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LIBRARY
Brigham Young University
DANIEL C. JACKLING LIBRARY
IN THE
FIELD OF RELIGION
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in 2011 with funding from
Brigham Young University
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INSTITUTIONS
LITURGIQUES
■^^wiip'''
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
PAR
LE R. P. DOM PROSPER GUERANGER
ABBÉ DE SOLESMES
Sanas Pontifîcii Juris et sacrae Liturgia
traditiones iabescentes confovere.
DEUXIEME EDITION
TOME PREMIER
SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DE LIBRAIRIE CATHOLIQUE
Victor PALMÉ, Éditeur des Bollandistes, Directeur général
PARIS
25, rue de Grenelle-St-Germain, 2 5
BRUXELLES
5, place de Louvain, 5
1878
k
BREFS
DE NOTRE-SAINT-PÈRE LE PAPE PIE IX
POUR HONORER LA MEMOIRE
DU TRES-REVEREND PERE
DOM PROSPER GUÉRANGER
ABBE DE SOLESMES
VIII
Plus PP. ÏX
AD FUTURAM REI MEMORIAM
Ecclesiasticis viris, quos nostra hœc tiilit œtas, reli-
gione, doctrina^ et Catholicœ rei propehendœ studio atque
industria maxime insignes, optimo quidem jure adscri-
bendus est dilectus Jilius Prosper Gueranger, Abbas ad
S. Pétri Solesmensis^ ac summus in Gallia Magister
Congregationis Benedictinœ.
Hic, cum abundaret ingenio, excellentisque eruditionis,
atque in canonicis disciplinis scientiœ laude, ad id, per
longœ suœ vitœ cursum, semper intendit animum, ut gra-
vissimis editis scriptis,pro Catholicœ Ecclesiœ doctrina,
et Romani Pontijicis prœrogativis strenuissime propu-
gnaret, adversariorum frangeret conatus, erroresque
refutaret. Neqiie vero, qiium Nos, plaudente Christiano
Populo, Sanctœ Dei Genitrici cœleste Immaculatœ Con-
ceptionis prœconiiim solemni Decreto conjirmavimus ;
neque novissime, quum Romani Pontijicis ex Cathedra
docentis Infallibilitatem, frequentissimo universi Catho-
lici Orbis Antistitum Consessu approbante, sanximus,
idem dilectus Jilius Prosper catholici scriptoris officio
defuit ; imo vulgatis operibus jîdei, sacrœque scientiœ
plenissimis, novum dédit prœstantis ingenii siii, ijnmo-
tœque erga Beatissimi Pétri Cathedram observantiœ
testimoniwn. Sed in quo ipse curas omn^s cogitationesque
collocavit, potissimum illud fuit, ut Romana Liturgia
THE LIBRAVY
BRIGHAM YGUNG UNÎVERSITY
BBOVO» UTAH
IX
PIE IX, PAPE
POUR PERPÉTUELLE MÉMOIRE
Parmi les hommes d'Eglise qui, de notre temps ^ se
sont le plus distingués par leur religion, leur ^èle, leur
science, et leur habileté à faire progresser les intérêts
catholiques, on doit inscrire à juste titre Notre cher fils
Prosper Guéranger, abbé de Saint-Pierre de Solesmes et
supérieur général des Bénédictins de la congrégatio?i de
France. Doué d'un puissant génie, possédant une merveil-
leuse érudition et ime science approfondie des régies
canoniques, il s'est appliqué, pendant tout le cours de sa
longue vie, à défendre courageusement, dans des écrits de
la plus haute valeur, la doctrine de V Eglise catholique
et les prérogatives du Pontife romain, brisant les efforts
et réfutant les erreurs de ceux qui les combattaient. Et
lorsque, aux applaudissements du peuple chrétien, Nous
avons par un décret solennel confirmé le céleste privilège
de la Conception Immaculée de la sainte Mère de Dieu ; et
tout récemment, lorsque Nous avons défini^ avec l'appro-
bation du très-nombreux concile qui réunissait les évêques
de tous les points de Vunivers catholique, V infaillibilité du
Pontife romain enseignant ex cathedra; Notre cher fils
Prosper n'a pas manqué au devoir de V écrivain catholique ;
il publia des ouvrages pleins de foi et de science sacrée, qui
furent une preuve nouvelle de son esprit supérieur et de
son dévouement inébranlable à la chaire de Saint-Pierre.
in Galliam^ veluti postiiminio, remearet. Quant quîdem
in re ita se gessit, ni ejus scriptis, nec non constantiœ,
atqiie indîistriœ singiilari prœ cœteris acceptnm i^eferri
debeat, si antequam ipse ex hac vita migravit, cunctœ
Galliœ Diœceses Romance Ecclesiœ ritus amplexce
sunt.
Hœc in Catholici nominis procurando hono tota fere
vita transacta, vehiii in novum splendorem redundat,
Congregationis Benediciinœ in Gallia consistentis^ satis
qnidem aliis nominibus clarœ, ita novum a Nobis quO'^
dammodo postulat propensœ animi voluntatis documen-
tum, Cum igitur a Romanis Pontificibus Prœdecessori^
bus Nostris quam plurima prodieriîit exempta Nobis ad
imitandum relicta^ quibus illi certos honores ac munera
nonnullorum Religiosorum cœtum Alumnis ita semper
addixerunty ut illi majores inde spiritus sumerent ad
Religionem colendam, sapientiœ laudem pot iundam, Chris-
tianasque virtutes exercendas, hinc est quod Nos, sin-
gulos ac universos quibus Nostrœ hœ litterœ favent^ ab
quibusvis excommunicationis et interdicti, aliisque eccle-
siasticis sententiis, censuris et pœnis quovis modo vel
quavis de causa latis, si quas forte incurrerint, hujus
tantum rei gratia absolventes ac absolut os fore censentes,
Motu proprio^ certa scientia, et matura deliberatione,
deque Apostolicœ potestatis Nostrœ plenitudine, volumus
ac decernimus ut deinceps^perpetuisfuturis temporibus,
Abbasad S. Pétri Solesmensispro tempore existens Cappœ
Magnœ^ servatis servandis, usu fruatur ; utque locus
inter Consultores Congregationis Venerabilium Fratrum
Nostrorum S. R. E. Cardinalium Sacris Ritibus prœ-
XI
Mais r objet principal de ses" travaux et de ses pensées a
été de rétablir en France la liturgie romaine dans ses
anciens droits. Il a si bien conduit cette entreprise, que
cest à ses écrits, et en même temps à sa constance et à
son habileté singulière, plus qu''à toute autre influence,
qu'on doit d'avoir vu, avant sa mort, tous les diocèses
de France embrasser les rites de V Eglise romaine.
Cette vie^ employée, on peut dire, tout entière aux
intérêts de la cause catholique^ ajoute l'éclat d'une spleu'
deur nouvelle à la congrégation bénédictine de France,
déjà illustre à tant d'autres titres, et semble exiger de
Nous un nouveau témoignage de notre bienveillante affec-
tion. Les Pontifes romains Nos prédécesseurs Nous ont
d'ailleurs laissé de nombreux exemples à suivre, par l'at-
tention constante qu'ils ont eue d'octroyer aux membres
des diverses familles religieuses des homieurs et des
emplois propres à leur inspirer une plus grande ardeur
dans le service de la religion, daîis la poursuite glorieuse
de la science et dans l'exercice des vertus chrétiennes.
En conséquence, pourvoyant d'abord à ce que tous et
chacun de ceux qui bénéficient de ces lettres soient, à cet
effet seulement et si toutefois il y a lieu, absous et consi-
dérés comme absous de toute espèce de sentence ecclésias-
tique, censure et peine portée de quelque manière ou pour
quelque cause que ce soit ; de Notre propre mouvement et
science certaine, après mûre délibération, de la plénitude
de Notre pouvoir apostolique. Nous voulons et décrétons
que désormais et pour toujours, dans la suite des temps,
l'abbé de Saint-Pierre de Solesmes, alors en charge,
jouisse de l'usage de la cappa magna, selon les règles
XII
positœ, sîiccedente illius pro tempore vacatiojie, uni ex
Monachis Ordinis S. Benedicti Congregationis Cassi-
nensis concedï atque adsignari debeat, vel si alias ab hac
S. Sede Apostolica concessus adsignatusque fuerit, coU'-
^rmetîir.
Hœc volumus, mandamus, edicimus, decernentes prœ-
sentes Nostras Litteras semperjîrmas, validas, et efficaces
exisiere et fore, siiosque plenarios et integros effectus sor-
tiri atque obtinere illisque,ad quos spectat^ac pro tempore
qiiandocumqiie spectaverit^ plenissime suffragari^ sicque
in prcemissis per quoscwnque Judices ordinarios et dele-
gatos etiam caiisarum Palatii Apostolici Audit ores jiidi-
cari et dejiniri debere, ac irritum et inane, si secus super
his a quoquam quavis auctoritate scienter vel ignor^anter
contigerit attentari. , Non obstantibus Constitutionibus et
Sanctionibus Apostolicis,et quatenus opus sit.dictœ Con-
gregationis etiam juramento, conjirmatione Apostolica,
vel quavis Jîrmitate alia roboratis Statutis et consuetudi-
ni bus, cœterisque contrariis quibuscumque.
Datîim Romœ, apiid S. Petrum, siib annulo Pisca-
toris, die XIX Martii MDCCCLXXV, Poniijîcatus
Nostri anno XXIX.
F. Gard. ASQUINIUS.
nu
ordinaires. De plus,, parmi les considteurs de la congré-
gation de Nos vénérables frères les cardinaux de la sainte
Église romaine préposée aux rites sacrés, une place sera
concédée et assignée à un des moines de V ordre de Saint-
Benoît de la famille du Mont-Cassin, chaque fois qu'elle
deviendra vacante ; et si cette faveur avait déjà été con-
cédée et assignée par ce saint Siège apostolique, Nous
voulons qu'elle soit confirmée par Notre présent décret.
Telles sont Nos volontés, Nos ordres et Nos décisions;
et Nous décrétons que les présentes lettres soient mainte-
nant et toujours invariables, valides et efficaces ; qu elles
obtiennent et produisent leurs effets pleins et entiers,
qu'elles soient complètement profitables à ceux qu'acnés
regardent et qu'elles regarderont plus tard en quelque
temps que ce soit ; et que tous les juges quels qu'ils soient,
ordinaires et délégués^ même les auditeurs des causes du
palais apostolique,, devront juger et définir d'après ce qui
est statué ci-dessus ; et tout ce qui pourra être tenté dans
un autre sens à ce sujet par qui que ce soit et quelque
autorité que ce soit, avec ou sans connaissance, sera nul
et de nul effet. Il en sera ainsi,, nonobstant les constitu-
tions et les décisions apostoliques, et autant que de besoin
nonobstant les statuts et les coutumes de ladite congréga-
tion, même corroborés par le serment, ou confirmés par
l'autorité apostolique ou quelque autre sanction que ce
soit, et malgré toutes choses contraires.
Donné à Rome,, à Saint-Pierre, sous l'anneau du
Pêcheur, le XIX mars MDCCCLXXV, la XXIX' année
de Notre pontificat.
F. Gard. ASQUINI.
XïV
II
VENERABILI FRATRI NOSTRO LUDOVICO EDUARDO,
EPISCOPO PICTAVIENSI
Plus pp. IX
Venerabilis Frater^ Salutem et Apostolicam ^enedic-
tionem. Decebat profectojunebria laudis officia claris-
simo Familiœ Sancti Benedicti ornamento Prospéra
Gîieranger a Viro persolvi^ qui optimus virtiitum et
scientiœjudex, illique familiarissimus, gesta simul et
mentent defuncti valeret exponere ac rêve lare.
Gaudemus autem, Venerabilis Frater, te sic istud
obiisse munus amicitiœ, ut in tota ejus vita demonstra*
péris aptissimum instrumentum a divina providentia
paratum Galliœ, cum ad restitiiendos Regulares Ordines
deletos, tum ad amplissimam eorum utilitatem oculis
subjiciendam. Luculenter enim ostendisti, ipsiim assecu*
tum utrumque fuisse, sive excitando rursum et propa-
gando in Gallia monasticum institutum et disciplinam ;
sive suadendo rituum uniformitatem, vitio temporum
distractam, cum Romana Ecclesia ; sive propugnando et
illustrando Sedis hujus Apostolicœ jura et privilégia ;
sive demum conjigendo errores omnes, ac prœsertim
jactatasuti nostrorum temporum ornamentum opiniones :
ita ut illa sententiarum inter sinceros catholicos concor-
dia,et communis illa observantia et dilectio vere Jîlialis,
qua Gallia Nobis conjungitur, ejus operositati, gratiœ,
scientiœ magna ex parte non immerito tribuenda
videatur.
XV
II
A NOTRE VÉNÉRABLE FRÈRE LOUIS-EDOUARD,
ÉVÉQUE DE POITIERS
PIE IX, PAPE
Vénérable Frère^ salut et bénédiction apostolique.
Il convenait assurément que les honneurs de l'éloge
funèbre fussent rendus à cette très-brillante gloire de
r Ordre de Saint-Benoit ^ Prosper Guéranger, par un
homme qui, excellent juge des pertus et de la science, et
intimement lié avec le pieux défunt, Jût en mesure de
raconter ses actions et de dévoiler son âme. Nous sommes
heureux, vénérable Frère, qu'en remplissant le devoir de
l'amitié, vous aye^ montré dans la personne et dans toute
la vie de ce religieux un instrument providentiellement
préparé à la France pour rétablir les Ordres religieux
détruits, et pour faire éclater à tous les jeux leur très^
grande utilité. Vous ave^ prouvé avec évidence quil a
rempli cette double mission, soit en relevant et en propa*
géant dans la France l'institut et la disciplifte monas-
tique, soit en persuadant de rétablir avec l'Église
romaine l'uniformité des rites détruits par le vice des
temps^ soit en défendant et en mettant dans un plus grand
jour les droits et les privilèges de ce Siège apostolique,
soit en réfutant toutes les erreurs et surtout ces opinions
vantées comme la gloire de notre époque. Ses efforts ont
eu un tel succès, que cet accord de sentiments entre les
véritables catholiques, ce dévouement universel, cet amour
vraiment filial par lequel la France Nous est unie, doi-
XVI
Hœc porro cum mirijîce consensiim foverint aut confir-
lîtaverint animoriim, qui necessarïo vertitur in summum
quoque civilis consortii heneficium, defuncto elogium
asserunt veri Benedicti discipidi, qui dum se totum Deo
et Ecdesiœ devovit, tanto se Jiliosque suos emolumento
prœbuit civili societati.
Copiosam operum suorum mercedem ipsi jam a Deo
collatam esse speramus ; tibi vero sterilem non futurum
confidimus laborem tuum : tum quodpiorum gesta vulgari
inaliorum incitamentum expédiât , tum etiam quodpro-
meritœ a defuncto laudes ob indictum recentibus errori-
bus bellum, novam quamdam vim adjiciant oppugnationi
illi st7^enuœ, quam eximiœ tiiœ litterœ pastorales iisdem
passim objiciunt.
Excipe, Venerabilis Frater, Apostolicam Benedictio-
nem, quam divini favoris auspicem, et prœcipuœ Nostrœ
benevolentiœ testent tibi tuœque Diœcesi universce pera-
manter impertimus.
Datum Romœ, apud S. Petrum, die ig Martii, anno
iSjS^ Pontijîcatus Nostri anno vicesimo nono.
Plus PP. IX.
XVII
vent être^ à bon droit, attribués en grande partie à son
activité laborieuse, à sa grâce et à sa science.
Ainsi a été produit et cimenté un merveilleux accord
des esprits, qui tourne nécessairement au très-grand bien
de la société elle-même ; et par là le défunt a glorieuse'-
ment justifié son titre de disciple de saint Benoit, puis-
qiien se dévouant tout entier à Dieu et à VEglise, il a
procuré, par lui-même et par ses fils, d^ vrais avantages
à la société humaine. Dieu, Nous l'espérons, lui a déjà
donné V ample récompense de ses œuvres ; et, quant à vous,
Nous avons la confiance que votre travail ne sera pas
inutile ; d'abord parce que l'éloge des bons est un encou-'
ragement pour les autres ; puis, en payant au défunt les
louanges qu'il a méritées pour avoir fait bonne guerre
aux erreurs modernes, vous ave:{ ajouté un nouveau coup
vigoureux à la vaillante attaque et résistance que leur
opposent sans cesse vos remarquables lettres pastorales,
Receve:{, vénérable Frère, la bénédiction apostolique que
Nous accordons avec tendresse à vous et à tout votre dio-
cèse comme un gage de la faveur divine et un témoignage
de Notre bienveillance toute particulière.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 2g mars de Vannée
18 j5, la vingt-neuvième de Notre pontificat,
PIE IX, PAPE. i
T. I h
%vm
III
VgNERABIU FRATRI CAROLO-^MILIO EPISGOPO ANDEGAVENSI
Plus pp. IX
Venerabilis Frater, Salutem et Apostolicam Benediç-
tionem. Illa Apostoli sententïa, Venerabilis Frater^
pietas ad omnia utilis est; promissionem habens vitas,qu«
nunc est et futurse^ necfacundius fartasse, nec luculentius
comment arium desiderare potuisset sermone illo tiio de
Ordine monastico. Nam si monachiis est homo dei uti
perspicue ostendisti, ac idcirco homo ecglesi^ illiusque
prœsertim cathedr^e a Deo positœ ad ipsam regendam,
ac ut sit omnibus veritatis magistra et centrum unitatis;
profecto sequitur, monachum in se prœferre virum Deo
proximisque plane dévot um, ipsisque potius quam sibi
viventem, Quid vero expectandum sit ab hominum hujus"
modi consociatione ratio facile assequitur, et constans
sçeculorum historia, voce argumentis omnibus potiore,
doçet,quomodo per ipsos diffusa fuerit christiana religio,
et ejus ope barbarœ gentes ad civilem ordinem compositœ^
cicurati mores, leges latœ, propagatœ litterœ ac scientiœ,
artes excultœ, agricultura provecta, mutuœ populorum
amicitiœ et commercia cojiciliata, ac innumera parta
hominibîis bénéficia, Pronam quidem tibi de hisce disse--
rendi occasionem suppeditavit recurrens anniversaria
dies obi tus piissimi et clarissimi Abbatis Prosperi
Guéranger, qui virtute, pietate, :{elo, scientia, operositate
verum se Benedicti discipulum seu monachum eximium
exhibuerat; sed nihil contingere poterat opportunius et
accommodatius prœsentibus quoque rerum adjunctis, in
XIX
III
A NOTRE VÉNÉRABLE FRÈRE CHARLES-ÉMILE,
ÉVÊQUE D'ANGERS
PIE IX, PAPE
Vénérable Frère, salut et bénédiction apostolique.
Cette parole de V apôtre, Vénérable Frère : la piété est
utile à tout : elle possède les promesses de la vie présente
et de la vie future, n^ aurait certainement pu recevoir un
commentaire plus éloquent, une démonstration plus lumi'
neuse que votre discours sur V Ordre monastique. Car si,
comme vous Vavei fait voir clairement, le Moine est
Vhomme de Dieu, et par conséquent l'homme aussi de
de l'Église, l'homme surtout de cette Chaire qui a été
établie de Dieu pour gouverner V Eglise et pour être la
maîtresse universelle de la vérité, et le centre de l'unité, il
faut évidemment conclure que le Moine présente en sa
personne le type par excellence de Vhomme dévoué à Dieu
et au prochain, vivant plus pour Dieu et le prochain que
pour lui-même.
Ce que Von peut attendre d'une réunion d'hommes
animés de pareils sentiments, la raison le conçoit sans
peine, et l'histoire de tous les siècles est là de son côté
pour nous apprendre , d'une voix plus puissante que tous
les argumente, comment, en effet, c'est par ces hommes
que la religion chrétienne s'est étendue, par leur influence
que l'on a vu les natio?îs barbares se civiliser, les
mœurs s'adoucir, la législation se former, les lettres
et les sciences se propager, les arts se perfectionner,
l'agriculture se développer et les relations mutuelles
XX
quibus pietas non solum irridetur, sed odio habetur et
proscinditur; monachi vero passim, uti scientiœ, artibus,
civili consortio infensi, aiit saltem inutiles, infestantur,
divexantur, disjiciiintur. Equidem lux ipsa solis frustra
mis objicitur, qui clausos ipsi oculos obfrmant ; verum et
honesti non désuni qui, perversis decepti doctrinis, ode-
runt non quod non norunt, et blasphémant quod ignora^it,
Istis saltem proficuam adprecamur egregiam orationem
tuam, ac intérim dipini favoris auspicem et prœcipuœ
Nostrce benevolentiœ testem tibi, Venerabilis Frater,
totique diœcesi tuœ Benedictionem apostolicam pera-
manter impertimus.
Datuni Romœ, apud S. Petrum, die lo aprilis,
anno'iSjâ, Pontificatus Nostri anno tricesimo.
Plus PP. IX.
XXI
d^amitié et de commerce se nouer entre les peuples; par
eux enfin que des bienfaits sans nombre ont été répandus
sur rhumanitê.
L'occasion favorable d'exposer ces vérités [s'offrait
7iaturellement à vous, Vénérable Frère, à l'anniversaire
de la mort du très-pieux et très-illustre abbé Dom Prosper
Guéranger, lui qui par sa vertu^ sa piété^ son ^èle, sa
science et les travaux de toute sa vie, s'est montré le vrai
disciple de saint Benoit, le Moine parfait.
Mais en même temps vous ne pouviez rien dire de plus
opportun^ rien de mieux adapté aux circonstances pré-
sentes, aujourd'hui que la piété est non-seulement bafouée,
mais encore en butte à tous les traits de la haine, et que,
pour les Moines, on se plaît partout à les représenter
comme les ennemis de la science,^ des arts, de la civilisation,
ou tout au moins comme des gens inutiles, afin de pou-
voir ensuite les inquiéter, les persécuter, les disperser.
C'est en vain, il est vrai, que la lumière du soleil vient
frapper la face de ceux quiYobstineîit à tenir les yeux
fermés; mais il ne manque pas 7ion plus de gens honnêtes,
qui, trompés par des doctrines perverses, haïssent ce
qu'ils ne co7maissent pas et blasphèment ce qu'ils ignorent.
A ceux-là, du moins, nous souhaitons que votre excellent
discours puisse profiter; en attendant, comme gage de la
faveur divine, et en témoignage de Notre bienveillance
toute particulière. Nous vous accordons.^ à vous. Véné-
rable Frère, et à tout votre diocèse, du fond de Notre
cœur, la bénédiction apostolique.
Donné à Rome, près Saint-Pierre, le lo avril iSjô^
la trentième année de Notre pontificat.
PIE IX, PAPE.
INSTITUTIONS LITURGIQ.UES
PRÉFACES
PRÉFACE
DE CETTE NOUVELLE ÉDITION
Depuis la mort du vénérable Père Dom Guéranger, Nécessité d'une
édition nouvelle
abbé de Solesmes, des sollicitations pressantes et multi- ^^s oeuvres
pliées n^ont pas cessé de se faire entendre pour demander Gueranger,
une édition nouvelle et complète de ses œuvres. Les éloges
que N.T. S. Père le Pape Pie IX a décernés au valeureux
champion de l'infaillibilité pontificale et de la liturgie
romaine, lui ont fait une place à part entre les écrivains
ecclésiastiques de notre temps. En exaltant « son puissant
« génie, sa merveilleuse érudition, son dévouement iné-
« branlable à la chaire de Pierre, » en énumérant avec la
clairvoyance d'un juge souverain les immenses résultats
obtenus « par ses écrits pleins de foi, d'autorité et de
« science,)) Pie IX a déclaré, on peutle dire, que Foeuvre du
savant Abbé fait partie désormais du patrimoine commun
de la famille catholique. La piété filiale n'est donc plus
seule à imposer comme un devoir aux moines de Solesmes
une publication nouvelle et intégrale des oeuvres de leur
père; c'est une dette que l'Église leur réclame et qu'ils
ont à cœur de payer le plus promptement possible.
U Année liturgique et la Vie de sainte Cécile^ les deux Écrits
œuvres de prédilection du vénérable Abbé, ont été éditées ces quatre
j,.^ . . ,,_, . volumes.
déjà, ainsi que l Essai sur la médaille de saint Benoit ;
XXVI INSTITUTIONS LITURGIQUES
aujourd'hui, nous annonçonsquatrevolumescomprenantles
Institutions liturgiques^ la Lettre sur le droit de la Litur^
gie^ les deux Défenses des Institutions liturgiques^ l'en-
semble en un mot des écrits polémiques deDom Guéranger
sur la Liturgie. Nous n'avons plus besoin d'en expliquer
l'importance, depuis que le Souverain Pontife a daigné
dire de notre père : « L'objet principal de ses travaux et de
« ses pensées a été de rétablir la Liturgie romaine dans ses
« anciens droits. Il a si bien conduit cette entreprise, que
f( c'est à ses écrits, et^en même temps à sa constance et à
'( son habileté singulière, plus qu'à toute autre influence,
'( qu'on doit d'avoir vu, avant sa mort, tous les diocèses de
« France embrasser les rites de l'Eglise romaine (i).»
Après ces paroles apostoliques, tout éloge des ouvrages que
nous offrons de nouveau au public est assurément super-
flu ; mais sans anticiper sur une biographie, dont la rédac-
tion est déjà commencée, il est nécessaire de rappeler briè-
vement au lecteur les principales circonstances qui ont
marqué l'apparition de ces écrits. Cette courte exposition
est indispensable pour en donner la pleine intelligence.
Anarchie En possession depuis des années déjà longues du
liturgique
à laquelle la bienfait de l'unité romaine, la jeune génération cléricale
rrance ' '-'
^a^vamifom^ ne peut elle-même se faire l'idée de l'anarchie liturgique
Guéranger. a^ laquelle Dom Guérauger a arraché notre pays. Vingt
bréviaires et vingt missels différents étaient en usage
dans nos églises, se partageant la France de la manière la
plus capricieuse ; deux diocèses limitrophes avaient rare-
ment la même liturgie; souvent on en trouvait deux et
(i) Bref Ecclesiasticis viris, ci-dessus.
PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXVIl
trois, quelquefois même jusqu'à cinq dans le même dio-
cèse (i). Ignorant d'ordinaire l'origine suspecte du plus
grand nombre de ces bréviaires et de ces missels, le clergé
les regardait volontiers comme des monuments vénérables
de l'antiquité, dès qu'il ne les avait pas vu fabriquer sous
ses yeux. Dans chaque diocèse on professait, pour la liturgie
locale, une admiration naïve, égalée seulement par le
suprême dédain avec lequel on traitait le bréviaire et le
missel romain. Par une étrange contradiction, ces œuvres
tant vantées étaient remaniées sans[cesse pour arriver à une
perfection plus grande, dont le type même variait selon le
goût des compositeurs à la mode dans chaque pays. Au
xvin^ siècle, les rédacteurs des nouveaux bréviaires, trop
souvent suspects dans la doctrine, étaient au moins des
hommes versés dans la science des Écritures et de la
tradition ; on ne pouvait plus en dire autant des faiseurs
du XIX® siècle ; et des élèves de rhétorique suppléaient
comme hymnographes Santeuil et Goffin. Cette anar-
chie et ces variations perpétuelles avaient fait perdre
au clergé le sens traditionnel et aux fidèles Tamour et
rintelligence des offices de l'Église. Les sacrements et
toutes les choses saintes étaient exposés à mille profana-
tions, par Fabsence de règles fixes et suffisamment auto-
risées. Le devoir de la prière publique était négligé ; et la
foi elle-même souffrait de ces désordres sans remède.
Choisi par la divine Providence pour arrêter le cours Dom Guéranger
né liturgiste,
(i) Tel était en particulier le cas du diocèse de Carcassonne, qui à son
ancien territoire avait ajouté tout ou partie de ceux de Narbonne, Saint-
Papoul, Alet et Mirepoix. Ces cinq diocèses avaient chacun leur Liturgie
avant la Révolution; elles furent toutes conservées jusqu'en 1842.
XXVIII INSTITUTIONS LITURGIQUES
{
de ces abus lamentables, Dom Guéranger naquit litur-
giste. Dès sa plus petite enfance, il aima avec passion
les offices de TÉglise ; il les suivait avec une attention
peu ordinaire à son âge, et de retour à la maison pater-
nelle, son plus grand plaisir était d'imiter les cérémonies
qui s'étaient déroulées sous ses yeux. Ce goût inné ou,
pour mieux dire, cette grâce reçue au saint baptême se
développa graduellement'avec l'intelligence et Pinstruction
de Prosper Guéranger. Écolier, il savait par cœur tous
les chants qu'on exécutait dans sa paroisse de Sablé et
sentait déjà cette poésie divine de la Liturgie, dont il
devait révéler à notre siècle le secret presque ignoré.
Élève des classes supérieures au collège royal d'Angers^
il conservait les goûts et les préoccupations de son
enfance au milieu du scepticisme et de la corruption
précoces d'un trop grand nombre de ses contemporains,
et fortifiait par des études de plus en plus sérieuses le
don mystérieux que le ciel lui avait départi.
Dom Guéranger ^^^ sortir de sa rhétorique, quand il entra au sémi-
des Liturgies naire du Mans, le jeune Guéranger était un clerc tout
durant sa formé, qui, à une érudition ecclésiastique déjà surpre-
jeunesse
cléricale. nante, joignait le goût d'une piété virile, nourrie de
l'Écriture Sainte et puisée dans les offices de rÉgHse.
A cette époque, cependant, le jeune élève du sanctuaire
partageait tous les préjugés de ses contemporains ; il
admirait sincèrement les liturgies qui régnaient en
France, et méprisait, sur la foi d'autrui, celle de Rome,
qu'il ne connaissait pas. Sa joie fut grande quand il se vit
appelé par le sous-diaconat à payer chaque jour au nom de
l'Eglise le tribut de l'office canonial à la Majesté divine, et
PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXIX
il récita avec une foi vive son Bréviaire manceau de M^^' de
Froullay et du docteur Robinet, sans se défier le moins
du monde qu'il dénoncerait un jour ce livre et ses pareils
comme radicalement impuissants à remplir leur but.
L'abbé Guéranger était déjà prêtre^ quand la Providence
mit entre ses mains le Missel romain, pour la célébration du
saint Sacrifice. Uétude de l'histoire ecclésiastique et des
Pères lui avait donné le goût de Tantiquité et le sens' du
langage de TEglise primitive. Quelle ne fut pas sa sur-
prise d'entendre dans le Missel romain, les mêmes accents
qui charmaient ses oreilles dans les monuments des pre-
miers âges du christianisme!
Il goûta immédiatement «Ponction ravissante, Pineffable Dans la
première année
'^ « mélancolie, la tendresse incommunicable de ces formules, de son
% ' sacerdoce,
« les unes si simples, les autres si solennelles, dans les- il apprend à
connaître
« quelles apparaît tantôt la douce et tendre confiance ^^ Liturgie
^ ^^ romaine et en
« d^une royale épouse envers le monarque qui l'a choisie ^^^P^^ l'usage.
« et couronnée, tantôt la sollicitude empressée d'un cœur
« de mère qui s'alarme pour des enfants bien-aimés ; mais
« toujours cette science des choses d^une autre vie, si
« profonde et si distincte, soit qu^elle confesse la vérité, soit
« qu'elle désire en goûter les fruits, que nul sentiment ne
« saurait être comparé au sien, nul langage rapproché de
« son langage (i). » Le jeune prêtre avait entendu la véri-
table prière de l'Eglise, qu'il ne connaissait pas encore. A
mesure que cette perception devenait plus distincte et plus
parfaite, il saisissait en même temps «le goût de terroir et
« l'odeur de nouveauté » de ces liturgies gallicanes, qu'il
avait jusqu'alors admirées sans réserve. Elles ne lui don-
(i) Institutions liturgiques, c. i, p. 3.
XXX INSTITUTIONS LITURGIQUES
naicnt que la pensée et la prière d'hommes privés,
dépourvus de mission pour parler et intercéder au nom de
l'Église. Avec la netteté d'esprit et la franchise de détermi-
nation qui devaient l'accompagner dans toute sa carrière,
l'abbé Guéranger se résolut aussitôt à adopter pour
son usage personnel la Liturgie romaine. Il ne voulut pas
cependant exécuter ce grave dessein, sans le consentement
de W de la Myre,évêque du Mans, à la personne duquel
il était attaché en qualité de secrétaire particulier. Le
vénérable prélat avait visité autrefois Rome, l'Italie et
l'Allemagne ; et quoique imbu des doctrines de l'ancienne
Sorbonne, il avait vu trop de choses et il était trop grand
seigneur pour partager les étroits préjugés des gallicans
de la dernière heure. Il ne fit aucune difficuhé d'accorder
à Tabbé l'autorisation qu'il lui demandait, et, privé par
ses infirmités de l'honneur de monter à Fautel, le vieil
évêque assistait chaque matin à la messe que son secré-
taire célébrait dans sa chapelle selon le rite romain.
On était alors en 1828.
Considérations Deux ans après, Tabbé Guéranger commençait sa
sur la Liturgie
publiées carrière d'écrivain dans le Mémorial catholique^ revue
dans le
Mémorial ^^^^^ Tinspirateur était M. de Lamennais, les principaux
catholique. ^
rédacteurs MM. de Salinis et Gerbet, et dont l'influence
fut considérable pour le retour de la France aux doctrines
romaines. Le nouveau collaborateur donna à ce recueil
quatre articles intitulés Considérations sur la Liturgie.
Il essayait d'y rendre ce qu'il éprouvait de respect et
d'aiïection pour la Liturgie i^omaine, et il établissait la
nécessité pour la Liturgie d'être antique, universelle,
autorisée et pieuse. Gesjprincipes allaient droit au renver-
PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXXI
sèment des bréviaires et des missels français ; mais l'au-
teur n'en tirait pas les conclusions et ne s'attaquait pas
directement à un abus, qu'il croyait trop enraciné pour
être détruit. Son but était surtout de compromettre une
fois de plus Técole gallicane, en montrant que ses fausses
doctrines et ses hardiesses à l'égard de Pautorité aposto-
lique l'avaient condiiite, sur ce terrain comme sur tant
d'autres, à deux pas de l'hérésie et Tavaient aveuglée, au
point qu'elle s^était fermé la source principale de la tra-
dition et ôté des mains les armes les plus sûres de l'ortho-
doxie et les plus puissants moyens d'action sur les âmes.
Cette première attaque n'était qu^une escarmouche. Première lutte
entre
mais elle suffit pour donner l'éveil à Tennemi. L'organe Dom Guéranger
^ ^ ♦ ^ et M. Picot
officiel du gallicanisme était alors VAmi de la Religion : à propos de ces
articles»
son rédacteur en chef, Picot, prit l'alarme et essaya de
réfuter l'abbé Guéranger. Celui-ci riposta avec la verve
un peu audacieuse de la jeunesse, et, sentant l'insuffi-
sance de son esprit et de son érudition. Picot battit en
retraite devant celui qu'il appelait déjà « un rude jouteur »
Quels cris de désespoir n'eût pas poussés le journaliste
gallican, s'il avait pu prévoir que ce jeune débutant devait
porter le coup de mort, non-seulement aux liturgies, mais
aux doctrines françaises du xviii'' siècle, objet de sa sénile
admiration ! Cette querelle passa inaperçue au milieu des
ardentes controverses du moment. Les ultramontains^
absorbés par les questions philosophiques et sociales agi-
tées par M. de Lamennais, les directeurs eux-mêmes du
Mémorial catholique toujours armés pour défendre contre
les gallicans les bases mêmes de la constitution de TÉglise,
avaient peine à comprendre la portée d'une question si
en i833.
XXXII INSTITUTIONS LITURGIQUES
secondaire en apparence ; et les articles de l'abbé Gué-
ranger étaient pour eux une fantaisie de spécialiste, qu'on
pardonnait à sa jeunesse dans l'espoir de meilleurs ser-
vices pour l'avenir. L'heure de la lutte décisive n'était
pas venue et, à vrai dire, le champion de la Liturgie
romaine n'était pas encore prêt.
Dom Guéranger Onze années s'écoulèrent avant que l'abbé Guéranger
commence ^ ' ji'. j j -^ j
la restauration reprit sa thcsc, onze années d études, de prières, de
de l'ordre de
saint Benoît et rudes souffrances, et par là même de préparation à
rétablit i r x x
la Liturgie l'œuvre que Dieu lui réservait. En 1 833, le jeune prêtre
romame dans ^ ' / x
de^Soieïmes ^^ retirait à l'ancien prieuré de Solesmes ; et là, avec le
concours de quelques hommes de foi, il entreprenait de
rendre à la France Tordre bénédictin, détruit chez nous
par la Révolution. Cette généreuse résolution le vouait
pour toujours au service liturgique, œuvre principale et
centre de la vie du moine bénédictin. Mais jusque dans
l'ordre de Saint-Benoît, les traditions avaient été foulées
aux pieds. La congrégation de Saint-Maur, rejetant les
livres romains que son saint patron avait le premier
apportés en France, s'était donnée, au xviii® siècle, une
Liturgie dans le goût du temps, que l'on avait proclamée
un chef-d'œuvre ; la réputation de cette compilation
s'était étendue au-delà de la France; on la vantait en
Italie, et au moment où le prieuré de Solesmes se repeu-
plait, les bénédictins de Hongrie faisaient réimprimer le
Bréviaire de Saint-Maur et le substituaient dans leurs
monastères au Bréviaire romano-monastique. Réagissant
contre ces pernicieux exemples, Dom Guéranger établit
à Solesmes la Liturgie romaine le ii juillet i833, jour
de rinstallation canonique de sa petite communauté. Il
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXXIII
rentrait ainsi de plein droit dans la portion la plus sacrée
du patrimoine bénédictin. De saint Grégoire le Grand à
saint Grégoire VII et au delà, les pontifes qui ont
façonné la Liturgie romaine ont été presque tous des fils
de saint Benoît, et si le patriarche du Cassin a prescrit
dans sa Règle une forme particulière de l'office divin, les
seules différences essentielles entre les usages monastiques
et les romains sont la* distribution du Psautier et le
nombre des leçons ; et les moines bénédictins n'ont jamais
eu d'autres responsoriaux ni d'autres antiphonaires que
ceux de PÉglise romaine, accrus de nombreuses pièces de
leur composition.
Rempli, dès le premier jour, avec surabondance de ^^tudel^Â^^
Tesprit de son état, le jeune prieur de Solesmes ne se ^uM^Liturâe^
contentait pas d'apporter à l'office divin une attention
toujours éveillée et un saint enthousiasme ; mais, grâce à
cette puissance de synthèse qui était un des caractères
principaux de son génie, il savait ramener à la Liturgie
comme à un point central les études qu'il poussait avec une
infatigable ardeur dans toutes les directions de la science
ecclésiastique. La théologie dogmatique et mystique, le
droit canonique, Phistoire et la littérature, Pesthétique
l'aidaient tour à tour à découvrir les mystères des rites
sacrés, à saisir jusque dans les moindres détails le sens
des formules, que le missel et le bréviaire faisaient passer
sous ses yeux. Depuis les plus minutieuses questions de
rubriques jusqu'aux arcanes de la théologie et de la sym-
bolique du sacrifice de TAgneau immaculé, la science litur-
gique dans son ensemble lui devint promptement fami-
lière, et nous osons dire qu'aucun moderne ne l'a possédée
T. 1 C
XXXIV INSTITUTIONS LITURGIQUES
au même degré. D'autres ont eu peut-être autant et plus
d'érudition sur des points de détail, mais personne n'a
compris et expliqué comme lui le mystère toujours
vivant, toujours opérant de la Liturgie.
Idée ciue La Liturgie, en effet, n'était pas pour Dom Guéranger le
Dom Guéranger i . i,
se formait but de curieuses recherches, l'objet d une science plus ou
de la Liturgie.
moins aride et humaine : c'était l'instrument de la prière
incessante, de la profession de foi et de la louange de
l'Église, l'organe principal de sa vie, la voie mystérieuse
de communication entre le ciel et la terre, le moyen prin-
cipal de la sanctification des âmes. L'année ecclésiastique
se présentait à lui comme la manifestation de Jésus-Christ
et le renouvellement périodique de ses mystères dans
l'Église. Le rôle du liturgiste tel qu'il le comprenait, était
de suivre avec attention ce mouvement sans cesse renais-
sant, d'en saisir toutes les formes extérieures, de les expli-
quer soigneusement afin d'aider les âmes à en recueillir
la grâce. Les sacrements et les sacramentaux lui apparais-
saient de même comme les canaux mystérieux par lesquels
la vie divine arrivait du ciel sur la terre ; et le moindre
détail de leur histoire ou de leur célébration prenait à ses
yeux l'importance d'un fait surnaturel. Ainsi envisagées,
les études liturgiques étaient avant tout, pour Dom Gué-
ranger, une préparation à la prière et aux fonctions sacer-
dotales ; l'amour de Dieu et de l'Église, le zèle pour sa
propre sanctification et le salut des âmes, devenaient les
mobiles qui soutenaient son ardeur dans ses recherches
incessantes et pénibles. Tel était l'esprit qu'il s'efforçait
d'inspirer à ses disciples, leur répétant sans cesse que le
service liturgique étant leur première obligation, ils ne
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXXV
pouvaient être de véritables enfants de saint Benoît qu'à
condition de le célébrer non-seulement avec ferveur^ mais
avec une pleine intelligence de ses mystères. Il voulait
qu'ils eussent comme lui une piété à l'antique, avide des
aliments qu'ojBPre directement la main de l'Église et
n'acceptant les autres qu'avec réserve et par surcroît*
Cette direction donna dès le premier jour à l'humble
communauté qui se formait à Solesmes, au milieu de
difficultés incessantes, un caractère à part, et fut le prin-
cipe de cohésion et de vie auquel elle dut de subsister et
de grandir malgré de rudes épreuves.
La conséquence nécessaire d'un pareil enseignement était La congrégation
^ i o bénédictine
de placer les études liturgiques au premier rang parmi les j^ S ^o^re^xvr
travaux des moines de Solesmes. Cette direction, donnée à ^^fo ^Vi^l^,i^^'
' la. misaioii
la naissante famille bénédictine par son'chef, reçut la sanc- les^saines^
^ 11, •/ T iirr traditions de
tion suprême de 1 autorité apostolique par le bret nimi- la Liturgie.
meras inter de Grégoire XVI, qui établit canoniquement
la Congrégation de France, érigea Solesmes en abbaye et
conféra la dignité abbatiale à Dom Guéranger, le i^^ sep-
tembre iSSy. Dans cet acte solennel, le Souverain Pontife,
après avoir déclaré que la nouvelle Congrégation avait
pour objet de restaurer la pratique de la Règle de Sainte
Benoît en France et de secourir les âmes désireuses de la
vie monastique, ajoutait qu'après ce but suprême, elle
devait travailler à ranimer, dans la mesure de ses forces,
la science de l'antiquité ecclésiastique et spécialement les
saines traditions de la Liturgie près de s'éteindre,
Sanas sacrœ Litiirgiœ traditiones labescentes confo-
vere.
Dom Guéranger inscrivit ces paroles comme épigraphe Portée de cet
acte apoetoiique
XXXVI INSTITUTIONS LITURGIQUES
en tête de ses Institutions liturgiques^ et les rappela sou-
vent, à bon droit, dans le cours de sa polémique, quand
on lui reprocha de soulever sans mission des controverses
inopportunes. Par Pacte apostolique du i^' septembre
1837, Grégoire XVI n'avait certainement pas eu le dessein
de provoquer en France une révolution liturgique, que
personne à Rome n'osait espérer ; mais il donnait réelle-
ment à la Congrégation bénédictine de France et à son
chef le mandat de travailler à la propagation et à la défense
des vrais principes de la science liturgique, et il accordait
d'avance à leurs efforts cette bénédiction de saint Pierre
dont l'efficacité dépasse toute prévision humaine, parce
qu'elle est la bénédiction même de Jésus-Christ. Dom
Guéranger, de son côté, était un de ces serviteurs que
Dieu aime à employer pour ses grands desseins. « C'était,
« pouvons-nous dire avec l'évêque de Poitiers, l'homme
« de la perfection évangélique, vivant de la vie de l'Eglise
« et tenant toutes les avenues de son âme ouvertes aux
« vouloirs divins. Dégagé des souillures du siècle, il était
« ce vase sanctifié et consacré dont le Seigneur use selon
« l'utilité et qui est prêt à toute bonne œuvre : erit vas
« sanctijîcatum^ et utile Domino^ ad omne opiis bonum
« paratiim (i).» C'est là, c'est-à-dire dans l'ordre mysté-
rieux de la grâce et de la toute-puissance divine, et non pas
dans des vouloirs humains, qu'il faut chercher le principe
de l'heureuse révolution, qui a renouvelé la face de nos
églises de France.
^ToiPçoitTe^'" P^^^ répondre à l'invitation du Souverain Pontife,
projet d'une
somme
liturgique, sous (0 H Tim. 11, 21. — Oraison funèbre du T, R. P. Dom Guéranger par
d'Ji^tituUons. ^^"^''^^'ëneur Pie, évêque de Poitiers, p. 9.
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXXVII
Dom Guéranger conçut le plan d'une somme liturgique,
dans laquelle il se proposait de condenser toute la science
des rites sacrés. Durand de Mende et d'autres écrivains
du moyen âge ont eu le même dessein ; mais leurs
ouvrages ne sont plus que des ébauches imparfaites. Les
travaux de l'érudition aux xvi®, xvii® et xviii® siècles ont
tiré de l'obscurité et quelquefois mis en œuvre pour des
points particuliers les matériaux de la science liturgique ;
les découvertes de l'archéologie chrétienne ajoutent sous
nos yeux de nouvelles richesses à ces trésors lentement
accumulés ; aucune main n'a su encore bâtir l'édifice.
Dom Guéranger avait l'ambition de le construire et il en
était capable. Dans la préface du premier volume des
Institutions^ il trace son plan d'une main hardie et sûre.
L'histoire étant le fondement et le cadre de tout enseigne-
ment ecclésiastique, il voulait d'abord exposer les vicissi-
tudes de la Liturgie dans l'Église en indiquant, à mesure
qu'il les rencontrerait sur son chemin, les sources auxquelles
on pouvait en puiser la science. Après cette introduction
historique et bibliographique, l'auteur se proposait de don-
ner les notions nécessaires sur les livres de la Liturgie, sur
le calendrier et les mystérieuses divisions de Tannée ecclé-
siastique. L'étude complète du sacrifice chrétien, des sacre-
ments et des sacramentaux devait former comme le corps
de l'ouvrage; des commentaires du bréviaire et du missel,
une série de traités spéciaux sur les règles de la symbo-
lique, sur la langue et le style, le droit et l'autorité de
la Liturgie comme moyen d'enseignement dans l'Église, et
enfin une théologie liturgique étaient destinés à couronner
ce vaste ensemble, que l'auteur espérait renfermer dans
XXXVIÏI INSTITUTIONS LITURGIQUES
cinq volumes, et qui, dans la réalité, aurait pu en réclamer
quinze ou vingt.
Publication du Le premier parut en 1840. Après quelques notions préli-
preniier volume ^
des Institutions minaires sur la Liturgie et Pimportance de son étude, Dom
liturgiques "
en 1840. Guéranger en retraçait l'histoire depuis les temps apos-
toliques jusqu'à la réforme commencée par saint Pie V et
achevée par Urbain VIII, à laquelle la Liturgie romaine
doit sa rédaction définitive. Par la simple exposition des
faits, l'Abbé de Solesmes démontrait que si une certaine
variété avait existé à l'origine dans les usages liturgiques
des diverses églises, les Pontifes romains avaient travaillé
au plus tard dès le v^ siècle à établir l'unité dans tout leur
patriarcat d'Occident, et que depuis le xi^ siècle, les livres
et les rites de l'Eglise romaine étaient, sauf quelques
variations de détail, les seuls usités dans la chrétienté
latine, à l'exception de Milan et de son territoire. La
France en particulier n'en connaissait pas d'autres depuis
Gharlemagne ; et bien loin de contester l'autorité souve-
raine des papes en matière de Liturgie, elle avait accueilli
avec la plus filiale obéissance les bulles de saint Pie V
pour la réforme liturgique et s'y était pleinement con-
formée, en conservant seulement quelques usages parti-
culiers, dont le Siège apostolique reconnaissait lui-même
la légitimité (i).
Applaudisse- La conséquence de ces principes était immédiate et écra-
ments
unanimes qui saute pour les liturgies gallicanes im.ais.comme l'auteur ne
raccueillent. ^ c o -> j
la tirait pas encore, beaucoup de lecteurs ne l'aperçurent
(i) Le premier volume des Institutions liturgiques s'arrêtait à la fin du
chapitre XV ; des nécessités typographiques nous ont contraint à y ajouter
dans cette édition, le chapitre xvi,;qui commence l'histoire de la Liturgie
au xvu6 siècle.
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XXXIX
pas et les applaudissements furent unanimes. Personne
ne sentit et n'exprima mieux la portée et le mérite de
l'ouvrage qu'une femme, dont nous pouvons citer ici les
paroles, à cause des liens particuliers qui l'unirent à
Dom Guéranger et surtout du respect que sa foi géné-
reuse, son zèle pour les intérêts catholiques, son heu-
reuse influence sur la haute société parisienne ont acquis
à sa mémoire : « Il suffirait de ce livre, écrivait la com- Jugement de
M^e Swetchine
« tesse Swetchine à Tabbé de Solesmes, pour conduire à sur cet ouvrage.
« la vérité intégrale un esprit droit, et, quand vous ne
« traitez que de la Liturgie, c'est toute la vérité catholique
a qui apparaît. Quelle modération puissante et profonde
« dont TEglise seule vous donnait le modèle ! quelle
« courageuse liberté, quelle indépendance de vous-même!
« car je n'y vois pas un trait que puisse revendiquer la
« nature. La vérité est toujours forte sous votre plume
« sans le secours d'aucune exagération; les propositions
« les plus neuves et par là même les plus hardies, y sont
« démontrées avec tant de raison, de clarté et de précision,
« qu'on est amené tout naturellement au point oià vous
« voulez conduire, comme par une rampe que l'on gravit
c( sans s'en apercevoir ; c'est vraiment lumineux et jamais
« l'érudition ne s'est montrée moins sèche. Les détails
« les plus insignifiants en apparence sont imprégnés d'un
« accent de foi et de piété ; dès la troisième page, je
« priais avec vous (i). « Trente-sept ans sont écoulés
depuis que M""*^ Swetchine écrivait ces lignes ; les passions
que Dom Guéranger combattait sont éteintes, les préjugés
(i) Lettres inédites de M^^ Swetchine, p. 4I3. Lettre à Dom Guéranger,
du 9 septembre 1840.
xviiie siècle.
XL INSTITUTIONS LITURGIQUES
vaincus; les principes qu'il exposait avec tant de lucidité,
acceptés de tous sans contestation, n'ont plus besoin d'être
démontrés; mais si les temps sont changés, la valeur du
livre ne l'est pas, et nous croyons que le lecteur ne pourra
parcourir ce premier volume, sans ressentir les impres-
sions que la noble et pieuse amie de Dom Guérange^
savait rendre avec tant de précision et de finesse.
Le second Le second volume des Institutions liturgiques parut
volume publié ^ ^ , .,
en 1841, raconte un an à peine ^apres son aine, et reçut un accueil tout
l'histoire des
liturgies différent. Les applaudissements redoublèrent, il est vrai,
gallicanes, ^^
fabriquées ^u j^^jg jjg cessèrent d'être unanimes, et une opposition
formidable et bruyante s'organisa contre le livre et son
auteur. Dès les premières pages, Dom Guéranger était
entré dans le vif de la question. Il montrait une coalition
naissant au sein des parlements et du clergé pour com-
battre l'influence de Rome et asservir TEglise à PEtat,
sous prétexte des libertés gallicanes. La magistrature
française commençait par porter la main sur la Liturgie,
au nom d'un droit prétendu de la couronne ; bientôt les
évêques eux-mêmes, outre-passant les limites de leur
autorité, se laissaient entraîner par les préjugés d'une
critique orgueilleuse et ennemie des plus saintes traditions,
altéraient les livres liturgiques de leurs églises, suppri-
maient des formules et des usages vénérables, pour y
substituer des nouveautés sans autorité et sans caractère.
La secte janséniste apparaissait ensuite, et prenait sur le
clergé de France une influence dont nous sentons encore
les pernicieux effets. Pour tarir la source principale de
la vie catholique, elle s'attaqua avec un art diabolique à
la Liturgie romaine. Profitant des préjugés nationaux
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XL!
des gallicans, des prétentions hautaines des hypercritiques,
elle réussit à jeter le discrédit et le ridicule sur les livres
vénérables, qui étaient depuis tant de siècles les instru-
ments de la prière pour toute la chrétienté latine. Quand
l'antique édifice élevé par les papes et les saints eut été
ébranlé, la secte odieuse fournit encore des ouvriers, tout
prêts à refaire, au goût du temps et en un jour, toute la
Liturgie. Avec Paccent de la foi et d'une juste indignation,
Dom Guéranger montrait le crime de ces attentats et le
tort irréparable qu'ils avaient fait à la religion en
France, Il peignait, avec une vivacité de couleurs et une
verve entraînante, le progrès rapide de cette coalition du
gallicanisme, du jansénisme et d'une critique à demi
rationaliste, qui gagnait peu à peu toutes les églises de
France et entraînait même quelques-uns des prélats les
plus catholiques du xviii^ siècle.
Dans la franchise de son langage monastique, l'auteur Modération
t convenant
du langage
de Fauteur,
,. . 1 «^ . ^ , «^ j • 1 ^t convenance
ne dissmiulait rien et ne craignait pas de signaler du langage
les faiblesses des hommes les plus illustres ; mais, alors
même que Tamour de l'Eglise et des âmes lui dictait les
pages les plus émues, il savait garder le respect dû à
des prélats morts dans la communion du siège apos-
tolique. Attentif à relever tout ce qui pouvait être à
l'honneur de l'ancienne Eglise de France, il s'attachait
à recueillir soigneusement les protestations que ces nou-
veautés liturgiques arrachèrent à des évêques et des
prêtres, qui avaient conservé dans sa plénitude l'esprit
de la tradition catholique. En traçant enfin l'histoire
liturgique de la France au xix^ siècle, il voilait sous des
formes délicates le blâme qui ressortait de l'exposé néces-
XLII INSTITUTIONS LITURGIQUES
saire de certains faits contemporains et louait au contraire
avec une effusion, qu'on trouvera aujourd'hui exagérée,
les moindres actes dans lesquels il pouvait saisir un indice
de retour aux saines traditions. Un argument irrésistible
en faveur de la Liturgie romaine résultait de l'ensemble
de ce récit. Quiconque n'était pas aveuglé par des préjugés
d'éducation ou de secte, se disait en fermant le livre : « Il
« faut revenir à la Liturgie romaine ; c'est le plus puis-
« sant moyen de raviver la foi en France et de rendre
« indissolubles les liens trop affaiblis, hélas ! qui nous
« rattachent au Saint-Siège. »
Dom Gu€ranger Dom Guéranger n'avait ni le dessein ni Tespérance de
n'avait pas
le dessein de provoquer une semblable révolution en quelques années.
provoquer *■
en France une L'accueil fait à son premier volume lui permettait de
révolution ^ ^
liturgique, penser que le second porterait coup et arrêterait peut-
être le progrès du mal qu'il dénonçait avec tant de vérité
et d'énergie ; mais, à vrai dire, le vaillant écrivain ne
s'arrêta pas à calculer Teffet de sa parole. Il allait où Dieu
le portait ; il avait senti qu'il avait une vérité à faire en-
tendre, et il l'annonçait avec simplicité. Credidi^ pou-
vait-il dire, pr^opter guod lociitus siim (i). « Je crois, et à
cause de cela, je parle ; c'est à Dieu de faire ce qu'il
voudra de ma parole. »
Déchaînement L'effet de Cette publication fut immense, et les vétérans
des gallicans j , / r
contre le livre du clerge français se rappelleront longtemps les contro-
et son auteur. ^
verses passionnées qu'elle excita dans son sein. Tous les
hommes qui par leur âge et leur éducation tenaient aux
traditions gallicanes, se déclarèrent violemment contre les
Institutions liturgiques. Il n'y eut qu'un cri dans leur
(i^Ps. CXV, I.
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XLIÏÏ
camp pour dénoncer la conspiration qui s'ourdissait à
Solesmes contre l'autorité des évêques, contre les doc-
trines de l'Église de France, contre ses gloires les plus
pures. Vainement Dom Guéranger avait pris soin de
réserver formellement la question du droit liturgique, et
avait blâmé toute démonstration imprudente et téméraire
du clergé du second ordre contre les Liturgies diocésaines;
vainement il répétait que le retour à l'unité ne pouvait
être accompli que par l'autorité des évêques : on ne lui
tint aucun compte de ces ménagements. Son nom devint
dans certaines bouches le synonyme de fauteur de rébel-
lion, d'écrivain exagéré et paradoxal. Heureux encore
quand on ne lui accolait pas des qualifications théolo-
giques plus sévères !
Tout autre était le jugement d'une fraction de Tépis- La cause
de la Liturgie
copat et du clergé français, moins nombreuse peut- romaine gagnée
' ^ par ce volume
être que la première, mais plus indépendante des pré- ^^^^ ^9^^^ ,
^ ^ ^ ^ iT r une jfraction du
jugés en vogue et plus solidement instruite. C'était <^iergé français,
celle qui, ralliée aux véritables doctrines catholiques,
appelées alors ultramontaines, travaillait à arracher la
France au joug funeste du gallicanisme. Pour celle-là, le
second volume des Institutions liturgiques donnait une
base inébranlable aux convictions que le premier avait fait
naître ; et le rétablissement de la Liturgie romaine dans
les diocèses de France, apparaissait comme la première et
la plus importante étape de ce retour vers Rome, objet
de tant de vœux et de persévérants efforts.
Malgré les récriminations dont son livre était l'objet, on cesse de
T^ n ' '^ ^' ' T fabriquer
Dom Lrueranger avait remporte un premier avantage. Le de nouveaux
coup de mort n'était pas porté aux liturgies gallicanes
roma
XLIV INSTITUTIONS LITURGIQUES
déjà subsistantes ; mais, à partir de la publication du
second volume des Institutions liturgiques^ on n'osa
plus en fabriquer de nouvelles. Le bréviaire, dont M. le
chanoine Quilien avait doté l'Église de Quimper en
1840, fut le dernier; le missel, déjà préparé pour lui
servir de complément, resta dans les cartons de Fauteur,
et la Liturgie romaine demeura en vigueur dans toutes ou
La Liturgie presque toutes les paroisses du diocèse. Il en fut de même
maine sauvée a n
dans les lieux ^^^^ les autres édises, OÙ elle s'était encore maintenue.
ou elle ^ '
^ encore!^ Nous sommes heureux d'inscrire ici les noms de deux pré-
lats, honorés aujourd'hui de la pourpre romaine, qui, les
premiers, se prononcèrent en faveur du rite romain. Son
Éminence le cardinal Donnet, archevêque de Bordeaux,
rassura les fidèles, qui l'avaient toujours possédé et qui
le savaient menacé d'une destruction prochaine ; Son
Éminence le cardinal Saint-Marc, archevêque de Rennes,
en attendant l'heure de le rendre à tout son peuple,
déclara son intention formelle d'en conserver les débris,
qui subsistaient dans un certain nombre de paroisses de
son diocèse.
Bref du pape Sur ces entrefaites, un prélat qui, avec M^'' Parisis,
Grégoire XVI a ' 1 i ^ 7
^!1kI°^^^^^^' ^vait pris la tête du mouvement ultramontain en France,
archevêque ^ '
"^îa^ue^don' M^^ Gousset, archevêque de Reims, consulta le Saint-
1 urgique. giége sur la situation de nos Églises, au point de vue
liturgique, et sur la ligne de conduite que devaient tenir
les évêques. Le pape Grégoire XVI répondit par un bref
du 6 août 1842, dans lequel, en déplorant comme un
malheur la variété des livres liturgiques et en rappelant
les; bulles de saint Pie V, il déclarait cependant que, par
crainte de graves dissensions, il s'abstiendrait non-seule-
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XLV
ment d'en presser Texécution, mais même de répondre
aux questions qui lui seraient adressées à ce sujet (i).
Ne pouvant obtenir de Rome une solution officielle à L'archevêque
de Reims
ses difficultés, l'archevêque de Reims consulta alors ^ ppse à Dom
^ ^ Gueranger trois
Tabbé de Solesmes et lui posa ces trois questions : ^^lïdroit
1° Quelle est l'autorité d'un évêque particulier en liturgique.
matière de Liturgie, dans un diocèse où la Liturgie
romaine se trouve être actuellement en usage ?
2° Quelle est l'autorité d'un évêque particulier en ma-
tière de Liturgie, dans un diocèse où la Liturgie romaine
n^est pas actuellement en usage ?
3° Quelle conduite doit garder un évêque dans un
diocèse où la Liturgie romaine a été abolie depuis la
réception de la bulle de saint Pie^ V dans le même
diocèse ?
Dom Gueranger répondit à ces trois questions par un L'abbé
de Solesmes
traité canonique intitulé^ Lettre à Monseigneur V Arche- y répond par sa
Lettre sur le
vêque de Reims, sur le droit de la Litiirsrie. Nous le droit de
^ ^ la Liturgie,
publions à la suite des Institutions liturgiques. Si l'on publiée>n 1843.
veut se reporter, en lisant cet écrit, aux circonstances dans
lesquelles il fut composé, à la tempête déjà déchaînée contre
Fauteur, aux dangers qui empêchaient le Souverain
Pontife de réclamer l'observation du droit liturgique en
France, on trouvera, croyons-nous, que Dom Gueranger a
déployé dans cet ouvrage, plus qu^en aucun autre, « la
constance et Fhabileté singulière « que N. S. P. le Pape
Pie IX, a louées dans sa conduite pendant la controverse
liturgique (2). Il fallait en eftet poser avec fermeté les
(i) On trouvera ce bref dans la Lettre sur le droit de la LiturgÎQ.
(2) Voy. le bref Ecclesiasticis viris ci-dessus.
XLVI INSTITUTIONS LITURGIQUES
principes et cependant tenir compte des difficultés, qui
arrêtaient les évêques les mieux intentionnés et effrayaient
Rome elle-même; la moindre exagération eût compromis
la cause de la Liturgie romaine aux yeux de l'épiscopat
et provoqué peut-être des manifestations intempestives
au sein du clergé du second ordre. Ce double écueil fut
sagement évité ; la Lettre sur le droit liturgique est
un chef-d^œuvre de tact et de prudence, en même temps
que de fermeté dans Texposéet l'application des principes.
Devons-nous dire ici que, vingt ou trente ans plus tard,
quand le triomphe de la Liturgie romaine était assuré,
certains Français n^ont pas trouvé TAbbé de Solesmes
assez absolu dans l'affirmation des droits du Pontife
romain, en matière de Liturgie. Cette assertion ne mérite
pas une discussion ; nous serions en droit de répondre
à ses auteurs, que, sans Dom Guéranger, ils diraient
encore certainement, et fabriqueraient peut-être des bré-
viaires gallicans. La vérité est que le vénérable abbé de
Solesmes a fait rentrer le Saint-Siège dans l'exercice plus
étendu et plus souverain que jamais d'un droit que Gré-
goire XVI n'osait pas réclamer et que ses prédécesseurs,
depuis le xviii® siècle, avaient cru perdu pour toujours en
France.
A la fin de cet En terminant sa Lettre sur le droit liturgique^ Dom
écrit, Dom ^ i • • ....
Guéranger Lrueranger répondait sommairement aux incrimmations
répond
sommairement dont les Institutions litursriques avaient été robiet; dès
aux attaques ^ ^ ' ^
^l^lyçH^l^ lors, il pouvait prévoir que cette première défense ne
suffirait pas. Dans les préfaces de ses deux volumes, il
s^était engagé à reproduire loyalement les objections
qui lui seraient faites et à y répondre dans la suite de
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XLVII
son ouvrage. Sûr de sa cause, il désirait la discussion
au lieu de la craindre ; mais il ne se serait jamais attendu
à l'éclat que prit tout à coup la polémique, ni surtout à
voir devant lui les champions qui descendirent dans la lice.
Nous ne parlons pas ici de M^ Tabbé Tresvaux du Première
^ ^ polémique avec
Fraval, chanoine de TEglise métropolitaine de Paris, ^du^FravjL^
ami et ancien auxiliaire de M. Picot, dans la première
rencontre de celui-ci avec l'abbé Guéranger. Les opinions
gallicanes de ce prêtre respectable et instruit, mais impré-
gné de tous les préjugés d'un autre âge, étaient bien con-
nues de l'abbé de Solesmes ; la lutte qu'ils eurent
ensemble dans VAmi de la Religion était prévue
et inévitable ; c'était un de ces combats d'avant-
garde qu'amène toujours le commencement d'une cam-
pagne et qui n'ont aucune influence sur son résultat.
L'intervention soudaine de M^^ d' Astros, archevêque de Mgr d'Astros,
archevêque de
Toulouse, eut une tout autre portée sur le débat. Le Toulouse,
, ^ ^ publie un livre
ranff que ce prélat occupait dans TE^lise, le souvenir de contre les
^ ^ ^ ^ o 7 Institutions
sa courageuse résistance aux volontés tyranniques de liturgiques.
Napoléon et de sa détention à Vincennes, sa réputation
de piété donnaient une grande autorité à sa parole sur la
masse du clergé et des fidèles, qui ignoraient l'atta-
chement |du vieil archevêque aux doctrines gallicanes.
Grande fut l'émotion quand parut un livre signé par
M^^ d'Astros et portant ce titre solennel : UÊglise de
France injustement flétrie dans un ouvrage ayant pour
titre\: — Institutions liturgiques ^ par le R, P. Dont
Prosper Guéranger^ abbé de Solesmes^ — par M^H^ar^^
chevêque de Toulouse (i),
(1) Toulouse, Delsol et C^c, Paris, Périsse frères, 1843^
XLVIII INSTITUTIONS LITURGIQUES
Portée Après l'apparition d'un tel livre, pour les laïques
et caractère de
cet écrit. [^ cause était jugée sans examen. Le titre de Touvrage et
le nom de Fauteur suffisaient ; sur la foi de M^^ d'Astros,
on eut une conviction toute faite. Jusque dans la tribu
sacerdotale, on était si mal préparé à cette controverse,
que de bons esprits furent troublés par la publication et
même par la lecture de cet étrange écrit. Le droit cano-
nique, la liturgie^ Phistoire ecclésiastique elle-même et
surtout les études d'érudition proprement dite, étaient tel-
lement négligés à cette époque, que tous ne saisissaient
pas du premier coup d'oeil la faiblesse des arguments du
prélat. Ressuscitant les procédés des vieux polémistes du
xvi^ et du XVII® siècle, M§^ d'Astros ne ménageait pas les
termes : son premier chapitre était une démonstration de
rimprudence et de la témérité de l'auteur des Institu-
tions lituî^giques ; le second mettait au jour son injustice
et ses dispositions hostiles envers l'Église de France.
Quarante pages étaient consacrées à cette réfutation
d'ensemble ; la seconde partie de Pouvrage contenait un
examen détaillé des reproches faits par Dom Guéranger
aux bréviaires et aux missels de Paris, et se terminait
par un examen des beautés de la Liturgie en usage
depuis le xviii^ siècle dans cette Eglise et dans une
grande partie des diocèses de France. Chemin faisant, le
vénérable auteur infligeait aux Institutions litin^giques
les notes d'imprudence^ de témérité^ d^injustice^ d'absuv"
dité^ de calomnie^ de fureur^ de blasphème^ d'indécence,
. d'obscénité; il traitait l'auteur ào, jeune impie ^q.X allait jus-
qu'à lui prédire la chute lamentable de M. de Lamennais.
Comment n'être pas impressionné par un pareil langage
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION XLIX
sortant d'une bouche justement révérée]? La brochure de
M^^' d'Astros, rapidement épuisée, eut bientôt une seconde
édition ; et dans la préface, Fauteur annonçait que près
de cinquante évêques lui avaient écrit pour le remercier
d'avoir pris la défense de T Église de France et qu'ils
partageaient son jugement sur les écrits et|les doctrines
de Dom Guéranger.
Dès le 14 août 1843, M^'^ Affre, archevêque de Paris, Lettre de
^ ^ ' ' ^ ^ ' Mgi" Affre,
s'était prononcé avec éclat, en adressant à son clersé une archevêcïue de
^ ^ ^ Pans, a son
circulaire pour protester, comme gardien de l'honneur ^^^colnre^îe^^^*
de son Église, contre les appréciations des Institutions ull^rgtques^t
j-, ' ^ r • ' • ' ^ j recommandant
liturgiques sur la Liturgie parisienne, et recommander le nvre
de Mê'^ d'Astros
à l'attention de ses prêtres l'ouvrage de M^'' d'Astros.
Soixante évêques adhéraient, disait-on, à cet acte épiscopal
qui, par sa forme officielle et la modération apparente de
sa rédaction, donnait une autorité inattendue au livre de
l'archevêque de Toulouse. Les défenseurs des Liturgies
gallicanes, et NN.SS. Affre et d'Astros les premiers, triom-
phaient même du bref de Grégoire XVI à l'archevêque de
Reims et du silence absolu que Rome était déterminée à
garder dans cette polémique; et on tirait de la paternelle
discrétion du Souverain Pontife, les conclusions les plus
inattendues contre Dom Guéranger et l'importance du
retour à l'unité liturgique.
Dès que l'abbé de Solesmes avait eu connaissance de Dom Guéranger
répond
l'écrit de M^'' d'Astros, il avait annoncé qu'il y répondrait, à Mgr d'Astros
' -1 J r pj^j. ga Défense
Descendant dans l'arène de la polémique, le vénérable ^%tur^Jig^^^l^^^
prélat s'était dépouillé pour ainsi dire de son caractère
sacré et avait pris les armes ordinaires des publicistes
pour attaquer les histitiitions liturgiques. Au même titre?
T. I d
L INSTlTUTIOiNS LITURGIQUES
Dom Guéranger croyait pouvoir répondre. M^;'^ Affre, au
contraire, avait donné à sa lettre la forme d'un acte d'auto-
rité épiscopale. L'abbé de Solesmes garda un humble
silence et ne se départit jamais de cette attitude dans tout
le cours de cette polémique, quoique plus d'un mande-
ment publié à cette époque autorisât de sa part une apo-
logie. Même à l'égard de M^^^ d'Astros, voulant pousser
les ménagements jusqu'aux dernières limites^ Dom Gué-
ranger laissa passer plusieurs mois avant de livrer au
public sa Défense des Institutions liturgiques, en réponse
au livre du vénérable prélat. Il espérait que la première
effervescence de la discussion passée, la question serait
jugée avec plus de calme et de raison ; il craignait aussi
d'opérer une diversion funeste aux efforts des catholiques,
alors concentrés sur la revendication de la liberté d'ensei-
gnement; mais ces ménagements devaient avoir nécessai-
rement un terme.
Plan et La réplique de Dom Guéranger parut en 1844: nous
caractère de cet o ± -r-r
écrit. la donnerons dans le quatrième volume de cette édition.
Elle est divisée en deux parties: dans la première, l'auteur
établit de nouveau l'importance de l'unité liturgique,
sa nécessité, son obligation dans tout le patriarcat d'Oc-
cident ; il montre ensuite qu'en racontant la révolution
qui avait privé la France du bienfait de cette unité, il n'a
ni excédé les droits d'un historien catholique, ni injurié
l'épiscopat ; qu'en paraissant enfin souhaiter et prédire le
rétablissement de la Liturgie romaine, il n'a point
attenté aux droits de la hiérarchie ni fomenté des troubles
dans le clergé. Cette réponse générale est suivie d'un
examen de toutes les accusations de détail portées par
î
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION Lt
l'archevêque de Toulouse contre les Institutions litur-
giques. Suivant page à page le livre de son vénérable
contradicteur, Dom Guéranger reproduit le texte même
des principaux passages et place en regard ses explica-
tions et ses réponses,toujours respectueuses dans la forme,
mais nettes et péremptoires sur le fond. En parcourant
ces pages, on ne s'étonne pas que l'abbé de Solesmes
ait dit en commençant sa défense : « Il me serait doux
« de m'avouer vaincu dans le combat, si |j 'avais la cons-
« cience de ma défaite ; malheureusement je ne Tai pas,
« cette conscience. Je pourrais, il est vrai, garder le silence
« et ne pas entreprendre ma justification ; mais, d'autre
« part, il me semble qu'un devoir impérieux, celui de
« défendre la vérité, me presse de prendre la parole et
« de présenter des explications nécessaires : je dirai plus
« (car je m'en flatte), une justification complète. »
La partie sérieuse et désintéressée du public jugea que Après cette
réponse
l'abbé de Solesmes avait tenu ce qu'il annonçait au début victorieuse, le
^ -* mouvement
de son apologie, et qu'il ne restait rien des accusations de ^^ retour à la
son adversaire. Dès lors la cause de la Liturgie romaine commence^par
fut gagnée et le mouvement de retour à l'unité, qui devait de Périgueux^ et
, /^ 1 , ^ -ri !• de Gap.
S étendre peu a peu a toutes nos Eglises, commença
pour ne plus s'arrêter. Un pieux prélat, dont la mémoire
est restée en bénédiction dans son diocèse, M^^' Georges-
Maçonnais, évêque de Périgueux, en prit l'initiative par
un mandement daté du i®^^ décembre 1844. Huit jours
après, le chapitre de Gap, par une délibération unanime^
demandait à son évêque, Ms^' Depéry, le rétablissement
de la Liturgie romaine; et le prélat, accédant avec
empressement à ces vœux, annonçait sa résolution à son
LU INSTITUTIONS LITURGIQUES
diocèse par une lettre pastorale, en tête de laquelle
il insérait un extrait de la Défense des Institutions
liturgiques.
Dernières et Cependant la polémique n'était pas terminée. Nous ne
tentatives de parlerons pas ici de la réplique essayée par M^^' d'Astros
pour arrêter ce sous ce titre : Exameu de la Défense de Dom Guéranger.)
mouvement.
et courte 7^éfutation de sa Lettre à Monseigneur V Arche-
vêque de Reims (i). L'accueil que lui fit le public
dispensa Dom Guéranger de toute réponse. Le vénérable
archevêque de Toulouse avait essayé d^arrêter par une
autre barrière les progrès de la Liturgie romaine : à
Punité liturgique de tout TOccident latin^ il voulut oppo-
ser Punité métropolitaine ; et usant de l'autorité qu''il
avait sur l'esprit d'un de ses suffragants^ M^^' de Saint-
Rome-Gualy, évêque de Carcassonne, il l'avait décidé à
prendre la Liturgie toulousaine ; mais les autres évêques
de la province n'acceptèrent point le système de leur
métropolitain. Dès 1847, ^^^ Doney, évêque de Mon-
tauban, promulguait dans son diocèse la Liturgie romaine;
et après moins de dix années de règne, la Liturgie tou-
lousaine devait disparaître de Carcassonne, à la voix de
Son Éminence le cardinal de Bonnechose, aujourd'hui
archevêque de Rouen (1854).
Mei' Fayet, En 1845, un nouveau défenseur des Liturgies gallicanes
évêcjue
^^jOrieans s'était révélé dans la personne de M^'^ Fayet, évêque
"^iJYnsUtTuom^^ P^^^^^ intitulé ; Z)^^ Institu-
liturgiques, f^^^^ Uturgiqucs de Dom Guéranger et de sa Lettre à
M^' r Archevêque de Reims., écrit dans un style tout
(i) Toulouse, Douladoure; Paris et Lyon, Périsse frères, 14 fé-
vrier 1846.
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION LUI
différent de celui de M^' d'Astros, n'était pas moins
sévère pour Tabbé de Solesmes et ses doctrines (i). « Pres-
<( que tout^ disait l'auteur, m'a paru faux ou dangereux
« dans le livre de Dom Guéranger : les principes, les
« raisonnements et même les faits. » M^*' Fayet attri-
buait en outre à son adversaire, les plus dangereuses
visées. « Ce n'est pas, disait-il, en simple écrivain
« ou en simple docteur que Dom Guéranger atta-
« que rÉglise de France, c'est comme pouvoir réfor-
« mateur qu'il se pose en face des évêques chargés de
« la gouverner ; et sous ce point de vue, l'épiscopat
« doit à ses entreprises plus d'attention qu^on n'en
« donne ordinairement à de simples productions litté-
« raires (2). »
Réfuter l'abbé de Solesmes paraissait du reste à Jugement
de l'évêque
révêque d'Orléans chose facile. "« Dans un temps, disait- d'Orléans sur la
^ 17 doctrine de
« il, OÙ il suffit de déployer un certain appareil de science Dom Guéranger.
« et d'érudition pour entraîner les esprits hors de For-
ce thodoxie, nous nous proposons de montrer combien
« la science et l'érudition ont peu de profondeur parmi
« nous, et à quelles étranges nouveautés elles peuvent
« conduire quand elles sortent des routes battues, et
« qu'elles se mettent en voyage pour faire des découvertes
« en théologie. Nous allons tout simplement les mettre
(i) Ce livre parut de nouveau en 1846 sous le titre légèrement modifié
d'Examen des Institutions liturgiques de Dom Guéranger et de sa Lettre
à Mgr l'Archevêque de Reims. CQtte différence de titre et de millésime, qui
semble annoncer une seconde édition, n'était en réalité qu'un artifice
d'éditeur pour écouler un ouvrage tiré à profusion d'exemplaires et peu
recherché par le public.
2 Des Institutions liturgiqueSy p. vi et xviii.
LiV INSTITUTIONS LITURGIQUES
« aux prises avec le catéchisme : car notre science à nous
« ne va pas plus loin (i). «
Propositions Le spirituel prélat se faisait donc fort de prouver que
"^"d'OrférnT le s\^stème liturgique du P. abbé de Solesmes reposait
prétendait
établir dans son g^j. ^ne erreur fondamentale en théologie, et sur une
livre,
fausse notion de la foi, de la prière et du culte divin. Les
premières pages de son livre étaient consacrées à démon-
trer que la « Liturgie proprement dite n'a aucun rapport
« nécessaire avec la vertu de la religion, qui ne .produit
« par elle-même que des actes intérieurs d'adoration, de
« louange, de sacrifice, etc. ; qu'il faut laisser la Liturgie
« dans son domaine, et le culte divin dans le sien ; enfin
« que par l'exercice public de la Liturgie, l'Eglise se met
« plutôt en communication avec les hommes qu'avec
« Dieu (2). » M^'^ Fayet entreprenait ensuite de discuter les
principales autorités sur lesquelles Dom Guéranger ap-
puyait son système ; et de là, passant aux faits liturgiques
qui regardaient la France, il entreprenait de prouver qu'ils
étaient, pour la plupart, altérés ou puisés à des sources sus-
pectes, et qu'ils n'avaient point eu sur l'affaiblissement de
la religion la funeste influence qu'on se plaisait à leur
attribuer.
Bien loin de Si Tévêque d'Orléans avait été réellement en mesure
réussir dans son
dessein, de remplir un tel programme, après la publication de
M»»" Fayet donne
sur lui-même son livre, c'en eût été fait des Institutions liturgiques
prétexte ^ ^
à la critique, et de Icur autcur; mais le prélat, plus spirituel que savant,
avait écrit avec^assez de verve et d'éclat un volume de
près de six cents pages, sans se défier que les bases
(i) Examen des Institutions liturgiques, p. xviii,
(2) Ibid., p. 40, 35, 36, 43.
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION tV
mêmes de son argumentation étaient fausses, et qu'il faisait
à chaque page ce qu'il reprochait à Dom Guéranger, les
découvertes les plus surprenantes en érudition et surtout
en théologie. Le nouveau champion des Liturgies galli-
canes ne devait pas les sauver de la ruine; mais tant qu'une
réfutation ne lui était pas opposée, il restait maître du
terrain. Des voix nombreuses s'élevaient du côté des galli-
canspourproclamerqu'il étaitjsans contestation vainqueur,
et leurs journalistes annonçaient que plus de trente évêques
avaient écrit à M^"^ Fayet pour adhérer à son livre.
Dom Guéranger commença donc une série de lettres Dom Guéranger
' publie pour
SOUS le titre de Nouvelle Défense des Institutions litiir- sa justification
•^ les deux
giqiies [i%/[6). La première était consacrée à établir que p^^^^^^^^j^^^^"^'^^
Ihi religion n'est pas complète sans le culte extérieur, et défense
que la Liturgie n'est autre chose que le culte extérieur fiturgfques^^^
rendu à Dieu par l'Église, principes élémentaires qu'un " ^ 4^-
évêque catholique n'aurait jamais pu nier, s'il n'eût pas
été sous l'empire de la préoccupation la plus étrange.
La seconde lettre, admirable dissertation, prouvait, par la
doctrine de saint Augustin, de Bossuet et de tous les théo-
logiens, que la Liturgie était le principal instrument de la
tradition de l'Eglise. M^^ Fayet avait été jusqu'à lui
refuser tout caractère dogmatique et à soutenir qu'une
erreur liturgique ne pouvait violer que les lois de la disci-
pline.
La troisième lettre parut en 1847. Après ses deux Publication
de )a troisième
théories surprenantes sur la vertu de reli^iion et l'autorité ^^"î;^
^ <^ en 1847.
doctrinale de la Liturgie^ M^^ Fa3^et avait cherché encore,
avec non moins de désinvolture, à montrer que la ques-
tion liturgique n'avait point une si grande importance.
LVI INSTITUTIONS LITURGIQUES
« Les changements opérés dans nos églises au xvin^ siècle
« n'intéressaient, tout au plus^ disait-il, que les règlements
« généraux ou particuliers que TEglise a faits sur cette
« matière, » et il se jugeait fondé à conclure « que le meil-
« leur bréviaire était celui que l'on disait le mieux (i). »
L'abbé de Solesmes répondait avec raison que toute
subordination était désormais abolie dans l'Eglise, du
moment que l'on pouvait regarder comme légitime un
ordre de choses qui avait contre lui les règles de la disci-
pline ecclésiastique. Dans sa troisième lettre, il s'attacha
donc à faire voir le lien intime qui relie la discipline à la
foi ; à rappeler les droits de la discipline générale contre
laquelle les tentatives isolées sont toujours nulles ; à
prouver enfin l'existence d'une réserve apostolique qui fait
de la Liturgie une chose papale et non une chose diocé-
saine.
La mort de I^<^^ Guéranger se proposait de compléter son apologie
M&r Fayet , , i , .. . /
interrompt par deux autres lettres, dont la première aurait expose sa
la publication
de cette doctrine sur l'hérésie antilitursique et démontré que son
apologiequi ^ ^
devait enseignement à cet égard ne ressemblait en rien à celui
comprendre ~
deuxTeures ^^^ ^^^ adversaire lui imputait ; la deuxième devait être
consacrée à la réfutation d'une foule d'accusations de
détail que M^^' Fayet avait multipliées sur un ton de
plaisanterie dégagée, assez étrange dans une pareille
controverse sur les lèvres d'un évêque. Dom Guéran-
ger, qui, dans ses lettres, discutait avec la gravité d'un
savant et d'un homme d'Église, même les objections les
plusbizarres,aurait peut-être laissé en terminant le champ
{\)Pes Institutions liturgiques. Préf. p. ix, xlix.
nouvelles.
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION LVII
plus libre à son esprit finement caustique, sans oublier
cependant les égards dus à un caractère sacré ; mais un
coup soudain vint interrompre la polémique, M^^ Fayet
mourut à Paris, le 4 avril 1849, emporté en quelques
heures par le choléra. Dom Guéranger renonça^aussitôt à
continuer sa défense des Institutions liturgiques. Il se
borna seulement à donner, dans la préface de son troisième
volume, une réponse sommaire à certaines attaques, que de
nouveaux adversaires répétaient après Tévêque d'Orléans
en cherchant à mettre en doute l'orthodoxie de l'abbé de
Soïesmes ou la probité de ses intentions.
Des écrivains, héritiers de tous les préjugés et même ^prompsauit^^
ir-j„ij j .^j essayent en vain
quelquefois des plus dangereuses erreurs du xvn* et du de prolonger
„ . V , V m 1 • 11 V la controverse.
XVIII® siècle, essa3/'erent en eiiet de continuer la lutte après
M^"" F'ayet. De ce nombre furent, en 1847, ^' l'abbé
Bernier, vicaire général d'Angers, homme d'esprit et
d'érudition, mais dont le jugement avait été absolument
gâté par les livres de l'école française du xvii® siècle ; et,
en i85o, M. Tabbé Prompsault, qu'on peut justement
appeler le dernier écrivain janséniste de notre pays.
Après son éclatante victoire sur ses deux premiers adver-
saires, Dom Guéranger n'avait pas besoin de se préoccuper
de ses nouveaux ennemis. Le mouvement de retour à la
Liturgie romaine se propageait avec une force irrésistible;
chaque année, deux ou trois diocèses rejetaient leurs bré-
viaires et leurs missels gallicans, pour reprendre les livres
grégoriens ; MM. Bernier et Prompsault, même renforcés
de M. Laborde (de Lectoure), ne pouvaient arrêter un
pareil triomphe. Quelques notes d'explication suffisaient
pour répondre à des critiques aussi mal fondées que véhé-
LVIII INSTITUTIONS LITURGIQUES
mentes. On les trouvera encore dans ] a préface du troisième
volume des histitutions liturgiques^ publié pour la pre-
mière fois en i85i (i).
La publication Dom Guéranger y commençait la partie didactique de
d&s Institutions , , , ,
liturgiques ^ son oeuvre, et traitait des livres liturgiques en gênerai,
suspendue après
l'apparition ^q leur importance, de leur antiquité, de leur langue^ de
du troisième ^ ^ ^
voiumeeni85i. j^^j^ traduction, de leur publication et de leur correction,
de leur forme avant et après l'invention de Timprimerie
et enfin de leurs ornements. En donnant ce volume,
l'auteur annonçait qu^il allait s^occuper immédiatement
d'un commentaire complet du Bréviaire et du Missel
romains, qu'on lui réclamait de tous côtés. Il promettait
aussi à bref délai sa théologie liturgique et ne doutait pas,
du reste, qu'il ne lui fût donné d'exécuter dans sa totalité
le plan immense tracé en tête de ses Institutions. Fami-
liarisé avec les moindres détails de la science liturgique,
Dom Guéranger trouvait sur-le-champ dans sa mémoire
et son génie, la notion exacte de toute chose, la solution
précise des difficultés et la réponse à toutes les questions ;
mais quand il s'agissait de composer un livre, malgré sa
vaste érudition et sa merveilleuse facilité, il ne pouvait
ni abréger les recherches, ni allonger les heures, ni se dé-
barrasser surtout des sollicitudes de sa charge pastorale.
S'il avait continué ses Institutions liturgiques^ sa vie
. entière aurait dû être consacrée à ce travail exclusivement
à tout autre, et il n'en aurait probablement pas vu le
terme. Il en rêva la continuation jusqu'au dernier jour de
sa vie ;mais d'autres labeurs, plus urgents, l'en détour-
(i) Paris, Julien, Lanier et O^-, et L Lecoffre.
PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE ÉDITION LIX
nèrent toujours. « Plusieurs vies patriarcales ajoutées les
« unes aux autres, a dit l'évêque de Poitiers, n'auraient
« pas suffi à Dom Guéranger pour produire tout ce qu'il
« avait en projet. Ses projets pourtant n'étaient pas des
« rêves et des chimères, parce qu'à la façon des patriar-
« ches, il devait agir encore dans la survivance des
« siens (i). » Espérons que cette parole du grand évê-
que sera réalisée un jour pour les Institutions litiir-
giques et que Dieu suscitera dans la postérité spirituelle
de Dom Guéranger des hommes capables d'élever peu
à peu l'œuvre gigantesque dont le savant abbé a posé
les fondements. Continuer, dans la mesure de leurs forces,
les traditions et les œuvres d'un père tel que Dom Gué-
ranger, est le plus grand honneur que puissent ambi-
tionner ses fils.
L'abbé de Solesmes n'a point achevé ses Institutions Triomphe
définitif de la
litîirfriqiies ; mais il en a écrit assez pour que sa mission Liturgie
*^ -^ -11 romaine en
de restaurateur de la Liturgie romaine en France ait été France.
accomplie dans sa plénitude. Après la publication des trois
lettres à M3^ Fayet, la polémique vraiment sérieuse fut
close pour toujours ; les clameurs d'une ignorance obstinée
et de préjugés aussi étroits qu'invincibles trouvèrent
encore quelques échos dans des articles de journaux et des
brochures sans portée ; Dom Guéranger, toujours pris à
partie dans ces tristes publications, dédaigna d'y répondre.
Plein de respect et de réserve à l'égard de l'autorité épis-
copale, il n'essaya pas non plus de presser le rétablisse-
ment de la Liturgie romaine dans les diocèses dont les
(i) Oraison funèbre du T, R. P. Dom Guéranger, p. 21.
LX INSTITUTIONS LITURGIQUES
prélats cherchaient à temporiser, trop longtemps, au gré
de certaines impatiences. Chaque année, quelqu'une des
Églises de France reprenait possession de la Liturgie
romaine ; Dom Guéranger gardait toujours le silence ;
et jamais on ne surprit sur ses lèvres une seule parole
indiquant qu'il s'attribuât à lui-même l'honneur de ces mer-
veilleux changements. Dieu lui réservait la consolation
d'assister au triomphe définitif de la cause qu'il avait
servie avec tant de vaillance. L'abbé de Solesmes vit la
Liturgie romaine remplacer à Paris l'œuvre des Vigier
et des Mézenguy ; et quelques mois avant sa mort,
Orléans, le dernier diocèse qui conservât le Bréviaire
parisien, le rejeta pour reprendre enfin possession de cet
héritage des Gélase, des Grégoire le Grand, des Pie V,
dont la perte avait été si funeste au clergé et au peuple de
France.
Les Institutions Après sa victoire, Dom Guéranger ne négligea pas
liturgiques , . . ^ . , . . ^
et V Année ses etudes liturgiques. S'il n'écrivit plus sur ces matières
liturgique de
Dom Guéranger sous Une forme polémique ou purement didactique, il fut
manueis^de la ^^ revanche appliqué jusqu'à son dernier jour à un tra-
^^'^'^sacrés.^'^^^ vail, qui a été l'œuvre de prédilection de sa vie et qui ren-
ferme la moelle exquise et nourrissante de presque toute
la science des rites sacrés. L'Année liturgique^ commen-
cée en 1841 par la publication de VAvent, et poussée
jusqu'à son neuvième volume, consacré aux fêtes de
l'Ascension et de la Pentecôte, présente l'explication des
rites et des mystères principaux de la Liturgie durant la
partie la plus longue et la plus importante du cycle ecclé-
siastique. Le fidèle y trouve le commentaire de tous les
offices auxquels il est appelé dans sa paroisse, et le
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION LXI
prêtre la clef de son missel et de son bréviaire (i). Aucun
des monuments d'érudition, qui font l'ornement de nos
bibliothèques, ne peut tenir lieu de cet ouvrage si modeste
en apparence ; et nous ne craignons pas d'être abusé par
notre tendresse filiale, en disant que les deux» œuvres
inachevées de Dom Guéranger sont deux manuels indis-
pensables pour former un liturgiste digne de ce nom.
Les Institutions renferment, avec l'histoire deJaLiturgie,
un immense amas de notions fondamentales et d'indica- '
tions bibliographiques qu'aucun autre livre ne présente ;
elles sont ainsi une introduction à peu près complète à la
science des rites sacrés, dont F Année liturgique^ de son
côté, dévoile en grande partie les mystères. En étudiant à
fond ces deux ouvrages, on acquiert le sens des études
liturgiques ; on apprend de quel côté il faut attaquer les
questions et à quelles sources on doit recourir ; dès le
premier pas, on entrevoit la solution, quand on ne la
possède pas déjà complète ; on se pénètre surtout de ce
respect pour les choses saintes, de cette piété à la fois
ardente et intelligente, de cet enthousiasme pour le culte
divin, sans lesquels on n'aura jamais le secret de la science
liturgique.
Depuis le rétablissement du rite romain en France, des Nécessité
de donner une
direction
nouvelle aux
(i) L'Année liturgique, éditée chez MM. Oudin frères, à Poitiers et à études
Paris, 68, rue Bonaparte, est divisée en sections, selon les temps de l'année i„ PrL'^r^^
ecclésiastique: la première est VAvent, qui comprend un seul volume,
la deuxième le Temps de Noël en offre deux ; les trois sections suivantes,
la Septuagésime, le Carême et le Temps de la Passion, n'ont qu'un volume
chacune; la dernière, le Temps pascal en a trois. L'ouvrage sera continué
par trois volumes qui achèveront l'explication de l'année ecclésiastique;
les âmes pieuses jouiront bientôt du premier et y retrouveront avec bon-
heur un reflet de la doctrine et de l'inspiration de Dom Guéranger.
en France.
Lxn INSTITUTIONS LITURGIQUES
travaux estimables ont été exécutés sur la partie purement
matérielle des rubriques et du cérémonial. Ces études
préliminaires étaient indispensables, puisqu'il fallait
renouer une tradition pratique, brisée depuis plus d'un
siècle ; mais il serait temps de comprendre que pour être
liturgiste, ce n'est pas assez de posséder à fond les céré-
moniaux accrédités présentement à Rome, de connaître
Gavanti et quelques autres rubricistes, de consulter enfin
avec un soin minutieux les moindres décrets de la Congré-
gation des Rites. C'est là sans doute le premier pas ; ce
travail donne le squelette de la science, mais non la
science elle-même, et un rubriciste consommé arrive
quelquefois à n'en pas avoir l'idée. On n'est liturgiste qu'à
la condition de faire pour les rites sacrés ce que l'inter-
prète des livres saints fait pour l'Écriture, d'appeler à son
secours toutes les ressources de l'érudition pour expli-
quer le sens du texte, de briser l'écorce de la lettre pour
saisir l'esprit. La moindre des cérémonies a un sens
et une histoire qu'il faut rechercher dans la tradition.
De la Liturgie de saint Pie V, on doit remonter aux
commentateurs et aux monuments liturgiques du moyen
âge pour arriver aux sources grégoriennes et atteindre
jusqu'aux premiers écrits des Pères et à l'Écriture sainte
elle-même. La théologie, l'histoire, l'archéologie doivent
être sans cesse mises à contribution ; et alors la science
des rites sacrés apparaît sur les lèvres ou la plume de
son interprète ce qu'elle est en réalité, la noble sœur et
l'indispensable auxiliaire de l'exégèse biblique et de la
théologie. Aucun écrit ne fera mieux comprendre l'im-
portance et la sublimité de ces études que les Institutions
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION LXIII
liturgiques de Dom Guéranger : et à ce titre, c'est une
des meilleures lectures que l'on puisse conseiller aux
jeunes clercs. En étudiant cet ouvrage, ils apprendront ce
que c'est qu'un travail d'érudition, et en voyant des hori-
zons tout nouveaux s'ouvrir devant eux, ils entendront
le cri éloquent d'une âme généreuse et sainte, dévorée
de Tamour de FÉglise et transportée d'enthousiasme
pour le culte divin. On trouverait difficilement un livre
plus propre à communiquer ces deux grandes passions,
sans lesquelles il n'y a pas d'âme vraiment sacerdotale ;
et nous oserons dire que les Institutions liturgiques
peuvent être à ce point de vue plus utiles aux élèves du
sanctuaire, que certains livres ascétiques, accrédités par
des usages séculaires.
On s'étonnera peut-être que Dom Guéranger n'ait pas Projets de
Dom Guéranger
réimprimé lui-même un ouvrage qui eut un si éclatant P^ur une
^ o 1 refonte de
succès. Chacun des trois volumes des Institutions^ tiré à ^^j^f^j^^^iT^
trois mille exemplaires^ fut presque immédiatement épuisé; ,
les brochures, que nous réunissons dans un quatrième
volume, sont depuis longtemps introuvables. QuoiquHl
en fût souvent sollicité, Dom Guéranger ne réédita pas
cet ouvrage, parce qu'il voulait le refaire. Comme tous
les auteurs qui marchent les premiers dans une voie inex-
plorée, Tabbé de Solesmes avait été nécessairement
incomplet. Dans la préface de son troisième volume, il
déclarait déjà qu'il était en mesure de remplir les lacunes
de son histoire de la révolution liturgique en France au
xviii® siècle (i); presque toutes les autres parties de son tra-
vail devaient être augmentées de même, dans une propor-
(i) Institutions Uturgiques, t. III, p. xLiir, î^e édit.
LXIV INSTITUTIONS LITURGIQQES
tion plus OU moins considérable; et ce que le vénérable abbé
disait en 1 85 1, il le répétait à plus forte raison en 1874, dans
les derniers jours de sa laborieuse carrière. Il parlait alors
quelquefois de la refonte de ses Institutions liturgiques
comme de l'œuvre qu'il réservait pour les heures paisibles
de l'extrême vieillesse. Dieu ne lui a pas donné la longé-
vité que rêvait la tendresse de ses fils et que tant de tra-
vaux commencés réclamaient pour être menés à terme ;
les Institutions liturgiques sont restées telles qu'il les a
composées en premier jet, et c'est ainsi que nous les
publions de nouveau. C'est un ouvrage qui est encore
unique en son genre et qui a sa place marquée dans la
bibliothèque de tout homme voué aux études ecclésiasti-
ques et même simplement historiques.
On pourrait sans doute, après Dom Guéranger et en
suivant ses traces, refaire l'histoire de la Liturgie, spécia-
lement pour la France du xviii^ siècle ; ce serait l'œuvre
d'une vie entière. Les Institutions liturgiques n'en reste-
ront pas moins à leur place parmi les travaux les plus
considérables de l'érudition ecclésiastique. Non-seule-
ment on les consultera^ mais on les relira comme un
modèle de polémique incisive et souvent éloquente, tou-
jours exacte et grave. Elles resteront comme le monument
de cette révolution liturgique, qui est un des principaux
événements de Thistoirejeligieuse de notre siècle. La res-
tauration de la Liturgie romaine en France a été le
prélude du concile du Vatican et de la ruine définitive du
gallicanisme ; or, de l'aveu de tous, amis et ennemis,
cette restauration est l'œuvre de Dom Guéranger, et c'est
par les Institutions liturgiques qu'il l'a opérée. L'avenir
i
I
PREFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION LXV
seul dévoilera toute l'étendue du [service que Tabbé de
Solesmes a rendu à TÉglise et spécialement à notre patrie ;
mais^ témoins des épreuves qui accablent le Souverain
Pontife, inquiets des menaces que l'avenir fait peser sur
* nos têtes, nous sentons déjà que le rétablissement d'un des
liens les plus étroits qui rattachent nos Eglises au centre
de Tunité catholique, est pour elles un principe de force
et un gage de sécurité.
Pour conclure cette préface, nous n'avons plus qu'à
dire un mot de notre propre rôle dans cette publication.
; il s'est réduit à celui d'un simple éditeur. Nous ne
' pouvions nous substituer à l'auteur, et surtout à un
auteur tel que celui des Institutions liturgiques^ pour
des remaniements qui auraient altéré le caractère de son
œuvre. Notre dessein a été de maintenir partout le texte
primitif, même dans les passages où nous savions ce
qu'aurait voulu y ajouter l'auteur. Nous venons de
raconter l'accueil fait aux Institutions liturgiques ; rare-
ment un travail d'érudition a été soumis à une critique
aussi malveillante et aussi prolongée ; telle était la solidité
de l'édifice, que pas une pierre de ses murailles n'a été
ébranlée. Notre devoir était donc de le conserver intact.
Secondé par le dévouement de nos frères en religion,
nous avons veillé avec soin à la correction du texte et placé
sur les marges un résumé de chaque alinéa, emprunté le
plus souvent aux propres paroles de l'auteur. Nous avons
inséré dans le corps de l'ouvrage quelques additions placées
dans le troisième volume, et se rapportant aux deux pre-
miers ; en résumé, l'œuvre de Dom Guéranger reste dans
son intégrité et garde par là même toute son autorité.
T. I e
I
LXVI PRÉFACE DE CETTE NOUVELLE EDITION
Le lecteur retrouvera même, religieusement conservées
en tête de ce volume, la préface de l'auteur et l'épître
dédicatoïre, par laquelle il faisait hommage de son œuvre
au cardinal Lambruschini, secrétaire d'Etat de S. S.
Grégoire XVI, qui lui avait témoigné une grande bien-
veillance au moment de Térection canonique de la congré-
gation bénédictine de France.
De son côté, notre intelligent éditeur n'a rien épargné
pour donner à Texécution matérielle de ces volumes la
forme élégante et noble dont il a su revêtir déjà les
grandes publications auxquelles il doit sa renommée. Nous
espérons donc que cette édition' sera un service rendu à
l'Eglise en même temps qu'un hommage à l'un de ses plus
grands serviteurs.
DoM Alphonse GUÉPIN, M. B.
Abbaye de Solesmes^ i^^ novembre iS'jj.
A SA SEIGNEURIE ÉMINENTISSIME
LOUIS CARDINAL LAMBRUSCHINI
SECRETAIRE D ETAT DE SA SAINTETE
ÉMINENTISSIME SeIGNEUR,
Les Institutions liturgiques dont Vôtre Eminence a
daigné agréer la dédicace, viennent enfin réclamer son
haut patronage.
Ce livre^ oii sont racontées les mystérieuses beautés et
les harmonies célestes que VEsprit-Saint a répandues
sur les formes du culte divin, tel que l'exerce la sainte
Eglise romaifîe, Mère et Maîtresse de toutes les autres,
se recommandait, par son objet même,, à Votre Seigneurie
EMINENTISSIME, che^ laquelle l'auguste qualité de Prince
de cette sainte Eglise est relevée encore, aux yeux du
monde entier, par les éclatantes marques de la confiance
apostolique du Successeur de saint Pierre.
Avant d'être élevée par son mérite supérieur aux pre-
miers honneurs de Rome chrétienne. Votre Eminence passa
de longues années dans les exercices de la vie régulière,
et dans les labeurs de la science, au sein de cette illustrée
famille religieuse qui a donné à la chrétienté le grand
LXVIII ÉPITRE DEDICATOIRE
Barthélemi Gavanti, et à la Sacrée Congrégation des Rites,
des consulteurs si renommés par le :{èle et la science du
culte divin. Puisse Votre Eminence reconnaître dans ce
faible ouvrage les saines doctrines liturgiques dans les-
quelles Elle a été nourrie, et dont Elle professe si haute-
ment la pureté !
J'ose, Éminentissime Seigneur^ chercher un heureux
présage du sort réservé à ce livre, dans la bienveillante
faveur dont Votre Eminence a daigné jusqu'ici environner
et son obscur auteur, et cette famille naissante qui, non^
seulement considère avec admiration dans votre Seigneurie
Éminentissime, Vémule et le collègue des Gerdil et des
Fontana, mais y révère, en même temps, avec une grati-
tude sans boriies, le puissant protecteur dont le nom lui
sera cher à jamais.
Daigne le Dieu de miséricorde conserver longtemps
Votre Eminence pour le bien de son Eglise et pour la
consolation de celui qui a l'honneur de se protester, avec
le plus profond respect et la plus entière reconnaissance,
De Votre Seigneurie Éminentissime,
Le très-humble et très-obéissant serviteur,
Fr. Prosper-Louis-Paschal GUÉRANGER,
ABBÉ DE SOLESMES.
PRÉFACE DE UAUTEUR
Notre intention, en publiant cet ouvrage, a été de satis- Abandon de la
science des
faire, du moins en quelque chose, à un des premiers rites sacrés en
besoins de la science ecclésiastique chez nous. Dans toutes .conséauence
^ inévitable des
les écoles catholiques des différents pays de l'Europe, la . variations
^ ^ -^ ^ ' incessantes de
Liturgie fait partie de l'enseignement ; elle a ses cours, ^^ ^J^^É^iîses^^^
ses professeurs spéciaux. Pourquoi, en France, partage-
t-elle Poubli dans lequel est tombée momentanément la
science du Droit canonique ? Il faut bien en convenir :
c'est que l'objet d'une science a besoin, avant tout, d'être
fixe et déterminé^ et que tandis que les diverses Eglises
de l'Europe sont en possession d'une Liturgie immuable
et antique, nos Églises ne sont pas encore arrêtées sur
leur bréviaire et leur missel. Comment bâtir sur ce sable?
quelle harmonie faire ressortir dans ces règles qui n'é-
taient pas hier, et seront demain modifiées, ou peut-être
remplacées par des règles toutes contraires ? Gomment
montrer la tradition, cette nécessité première de toutes les
institutions catholiques, dans des formules et des usages
tout nouveaux ?
Soyons sincères, notre désir de perfectibilité litur- Anarchie
liturgique dans
Soigne ne nous a-t-il pas insensiblement réduits à l'état laquelle est
^ ^ ^ ^ ^ ^^ tombée
que saint Pie V reprochait à nos pères, au xvi" siè- la France,
de ? Qu'est devenue cette unité de culte que Pépin et
LXX
INSTITUTIONS LITURGIQUES
Ces
changements
accueillis
avec une
complète
indifférence.
Les lois
et l'histoire de
la Liturgie
totalement
ignorées même
par les hommes
les plus
instruits.
Charlemagne, de concert avec les pontifes romains,
avaient établie dans nos Églises ; que nos évêques et nos
conciles du xvf siècle promulguèrent de nouveau
avec tant de zèle et de succès ? Vingt bréviaires et vingt
missels se partagent nos Églises, et le plus antique de
ces livres n'existait pas à l'ouverture du xviif siècle ;
il en est même qui ont vu le jour dans le cours des qua-
rante premières années du siècle où nous vivons.
Si nos Églises célébraient le service divin suivant les
règles du rite ambrosien, ou encore du rite gothique ou
mozarabe ; si, au lieu de fabriquer, de fond en comble,
des Liturgies inconnues aux siècles précédents, on nous
eût remis en possession de cette antique et vénérable
Liturgie gallicane, qui fut en usage chez nous jusqu'à la
moitié du viii^ siècle, la science des rites sacrés eût
trouvé ample matière à se nourrir dans l'étude d'aussi
précieux monuments. Mais, par un étrange renversement
des habitudes catholiques, on est devenu indifférent à ces
changements, à ces substitutions de bréviaires et de mis-
sels qui, il y a quelques siècles, eussent mis en révolution
le clergé et le peuple. Il n'est même pas rare de rencontrer
des hommes, instruits d'ailleurs, totalement dépourvus
des plus simples notions sur l'histoire des formes litur-
giques, et qui s'imaginent naïvement que toutes les prières
dont retentissent nos églises, remontent aux âges les plus
reculés. Il en est même qui, lorsqu'on leur fait remarquer
Pisolement dans lequel ces usages particuliers placent
nos Eglises à l'égard du Siège apostolique, vous objec-
tent les paroles de saint Augustin, sur l'harmonieuse
variété que produisent au sein de Tunité les coutumes
PRÉFACE DE l' AUTEUR LXXI
locales, et qui sont tout étonnés quand on leur fait voir
que nos coutumes n'ont point pour elles l'antiquité, qui
seule les rendrait sacrées au point de vue de saint
Augustin, et que d'ailleurs, depuis ce Père, l'Eglise a
expressément manifesté l'intention de réunir tout l'Occi-
dent sous la loi d'une seule et même Liturgie. Mais leur
surprise est à son comble, lorsqu'on leur raconte en quel
temps, sous quels auspices, par quelles mains une si
importante révolution s'est accomplie.
On nous demandera peut-être si, venant aujourd'hui But de l'auteur
dans la
soulever des questions délicates, notre intention est de publication de
^ cet ouvrage,
produire un mouvement en sens inverse, et de troubler
les consciences]qui, jusqu'ici, sont demeurées dans la
paix. A cela nous répondrons d'abord que nous ne pen-
sons pas que notre faible parole puisse avoir un tel reten-
tissement. Nous essa3^ons de traiter une matière grave et
épineuse de la science ecclésiastique, en nous appuyant
sur la nombreuse et imposante école liturgiste qui nous
a frayé la route, et nous n'entendons rien dire que de
conforme aux traditions et aux règlements du Siège apos-
tolique. On jugera si nous avons innové quelque chose ;
peut-être même s'apercevra-t-on que nous avons quelque
peu étudié et médité avant de parler ; mais, après tout,
quand notre livre appelant l'attention de ceux qui ont la
mission de veiller sur les Eglises, contribuerait, pour la
plus légère part, à arrêter de grands abus^ à préparer, en
quelque chose, un retour aux principes de tous les siècles
sur les matières liturgiques, notre crime serait-il si '
grand ?
La question du
Quant au reproche que l'on nous ferait de chercher à droit liturgique
réservée.
LXXII INSTITUTIONS LITURGIQUES
troubler les consciences, il n'a rien de sérieux. En effet,
ou nous parviendrions à éveiller des scrupules mal
fondés, et dans ce cas, les gens éclairés feraient justice de
nos assertions ; ou nous proposerions à l'examen des lec-
teurs de justes raisons de s'alarmer, et alors, loin de
mériter des reproches, il nous semble que nous aurions
rendu un service. Mais nous le déclarons tout d'abord,
notre zèle n'a rien d'exagéré ; la question du Droit de la
Liturgie est loin d'occuper la place principale dans cet
ouvrage, et dans tous les cas, elle n'est pas si facile à
trancher que l'on doive craindre si facilement que nous
ayons envie de la dirimer à la légère. Une décision
absolue, affirmative ou négative, pour ce qui intéresse la
France, n'est même pas possible. Il se rencontre, pour
ainsi dire, autant de questions qu'il y a de diocèses.
Dans les uns, les usages romains sont abolis depuis dix
ans, dans d'autres depuis quatre-vingts ou cent ans : ce
qui est fort différent ; d'autres enfin, et celui que nous
habitons est du nombre, ont, depuis quatre ou cinq siècles,
des livres sous le titre diocésain et soumis de temps im-
mémorial à la correction de l'ordinaire. La question,
comme Ton voit, est donc très-complexe, et, nous le
répétons, le désir de la résoudre n'est point le motif qui
nous a fait entreprendre un ouvrage où elle ne sera traitée
qu'accidentellement.
L'ouvrage Nous avons voulu, daus ce livre, donner, comme l'in-
commence par
unehistoire dique SOU titre, un enseignement général de toutes les
générale ■ o r>
de la Liturgie, matières qui concernent la science liturgique, et voici les
objets que nous nous sommes proposé de traiter.
D'abord, l'histoire étant le fondement et le cadre de tout
PREFACE DE L AUTEUR LXXIII
enseignement ecclésiastique, nous avons pris la tâche dif-
ficile, et non encore tentée avant nous, de donner l'his-
toire générale de la Liturgie. Nous la conduisons dans ce
premier volume jusqulà l'ouverture du xvn® siècle.
Dans ce récit, nous avons fait entrer un grand nom-
bre de détails qu'il nous eût été impossible de placer
ailleurs, et dont la connaissance et l'appréciation étaient
indispensables pour l'intelligence de la Liturgie consi-
dérée tant en général qu'en particulier.
En rédigeant cette importante partie de notre travail. Cette
introduction
nous n'avons pas tardé à reconnaître que ce coup d'œil historique
accompagnée de
historique serait insuffisant, si nous n'y faisions pas , ..î^'^^^^^s, .
^ 7 j jT bibliographi-
entrer une notice chronologique et bibliographique des ^^J^sameur"^
auteurs qui ont traité de la Liturgie, ou composé les for- iiturgistes.
mules liturgiques. Nous avons, pour cette partie, profité
de Texcellente jB/^//o/^^ca ritualis de l'illustre Zaccaria, à
laquelle, du reste, nous avons ajouté plus de quatre-vingts
auteurs, pour les seize premiers siècles seulement fi).
Nous avons réduit ces sortes de notices à la plus
petite dimension possible, pour ne pas trop grossir le
volume, et dans les articles qui nous sont communs avec
Zaccaria, de même que nous n'avons pas toujours inséré
les livres qu'il cite, ainsi nous en avons plus d'une fois
produit qui lui étaient échappés.
(i) Parmi les Liturgistes oubliés par Zaccaria et que nous avons
recueillis, nous citerons Victorin, Prudence, saint Paulin, Sedulius,
Cassien, saint Césaire, Chilpéric, saint Léon II, saint Chrodegang, Char-
lemagne, Helisacar, Loup de Ferrières, Charles le Chauve, Foulques II
d'Anjou, Guy d'Auxerre, Hartmann, Ekkehart, Létalde, Adelbode,
Alphane, Marbode, Guigues, Abailard, Adam de Saint-Victor, Maurice
de Sully, Cenci de Sabelli, Alain de Lille, le B. Charles de Blois_, Claude
de Sainctes, Galesini, Erasme, Democharès, Muret, Silvio Antoniani, etc.
LXXIV INSTITUTIONS LITURGIQUES
Plan général L'histoirc liturgique de l'Église que nous devons con-
de l'ouvrage. . , . ,
duire jusqu'au xix® siècle étant terminée, nous com-
mençons à traiter les matières spéciales. A la suite des
notions nécessaires sur les livres de la Liturgie, sur le
calendrier, sur le partage du temps et ses mystères dans
la Liturgie, nous passons à l'explication des traditions
et des symboles contenus tant dans la partie mobile de
l'année ecclésiastique que dans la partie immobile de ce
cycle merveilleux.
Le sacrifice chrétien est ensuite traité avec tous les
détails qui peuvent contribuer à bien faire connaître ce
centre divin de toute la Liturgie. Nous venons, après
cela, aux traditions qui concernent les Sacrements, ces
sept sources de grâce desquelles émane sans cesse le salut
du peuple chrétien. L'ensemble imposant des Sacramen-
taux attire ensuite notre attention, et nous fournit l'oc-
casion de montrer la réhabilitation universelle de l'œuvre
de Dieu par la vertu de la Croix^ d'où découle le divin
pouvoir de l'Église. Une dernière partie comprend les
Actes et Fonctions liturgiques qui ne se rangent pas sous
les divisions que nous venons d'indiquer.
Des traités Après avoir développé en détail toutes les parties de
spéciaux
compléteront ^^tte Somme, nous la faisons suivre de plusieurs traités
les Institutions. ■*
spéciaux dans lesquels nous examinons : i*^ les règles de
la symbolique en matière de Liturgie ; 2° la langue et le
style de la Liturgie ; 3° le droit de la Liturgie ; 4° l'au-
torité de la Liturgie, comme moyen d'enseignement dans
TEglise, et nous terminons cette dernière subdivision de
notre sujet par un petit travail dans lequel, sous le titre de
Theologia litiirgica, nous avons rangé par ordre de
romaine.
PRÉFACE DE l' AUTEUR LXXV
matières tout ce que la Liturgie, telle que Rome la pro-
mulgue aujourd'hui, renferme de secours pour Téclair-
cissement du dogme et de la morale catholiques.
Telle est la tâche que nous nous sommes imposée : que L'auteur
se déclare le
Dieu nous donne delà remplir d'une manière suffisante ! _, champion
^ de la Liturgie
Cet ouvrage, fruit de douze années d'études^ touche un
nombre immense de questions ; sa manière est totalement
neuve ; ses principes généraux et ses règles d'application
sont pris, et devaient l'être, dans un ensemble positif qui,
de fait et de droit, est souvent en désaccord avec les idées
reçues dans le pays où nous écrivons. Faut-il le dire ?
nous sommes tout Romain. On ne nous en fera sans doute
pas un crime. Depuis assez longtemps il est d'usage
de dire en France que les livres liturgiques de Rome ne
sont point à la hauteur de notre civilisation religieuse.
Il y a un siècle que nous en avons fait la critique la plus
sanglante en les répudiant en masse et bâtissant à priori
des offices nouveaux, qui sont en désaccord complet avec
ceux de la Mère des Églises, jusque dans les fêtes mêmes
de Pâques et de la Pentecôte. Qu'il soit donc permis de
relever le gant, de se faire un instant le champion de
l'Eglise romaine et de toutes celles de l'Occident (i), qui
chantent encore et sans doute chanteront jusqu'à la fin
des temps les offices que saint Grégoire le Grand recueil-
lit, il y a douze siècles, entre ceux que les pontifes ses pré-
décesseurs avaient composés. Après tout, n'est-ce pas une
chose louable que de faire l'apologie de Tunité dans les
_choses de la religion ? Est-il donc des points sur lesquels
(i) Milan excepté, et six ou sept églises à Tolède, dont la Liturgie est
antique et approuvée.
LXXVI INSTFTUTIONS LITURGIQUES
elle deviendrait dangereuse ? N'a-t-elle pas existé, n'exis-
tait-elle pas, cette unité liturgique, en France, encore au
xvii^ siècle ? Depuis que nous l'avons rompue, notre
Église a-t-elle éprouvé tant de prospérités ?
Engagement Qu'on ne soit donc pas surpris si, dans cet ouvrage,
^oSteTies '^ nous abondons dans le sens de la Liturgie romaine; que
objections qui , , , . • n
pourraient être si quelqu uu le trouvait mauvais, qu il nous attaque.
laites contre cet
ouvrage. Nous tâcherons de le satisfaire, et afin que le public
demeure juge de la controverse, nous nous engageons à
placer et les objections et les]réponses en tète du volume
qui suivra celui dont on aura combattu les faits ou les
principes.
Réaction Maintenant, c'est la grande mode de se porter défen-
inespérée en j, • • ^ ' • u ui
France seur de toute sorte d antiquités ; une nuée innombrable
dans le sens
de la d'archéologues s'est levée sur le pays, et nos monuments,
conservation ^
des monuments religieux surtout, sont désormais à l'abri non-seulement
de l'architecture ^ ^
et^nationaîe ^^ ^^ destruction, mais de toute mutilation, de toute répa-
ration indiscrète. Le plus bel accord règne sur ce point
entre nos autorités civiles et ecclésiastiques, et grâce à
une révolution si subite et si inespérée, la France jouira,
de longs siècles encore, des trophées de son antique gloire
dans les arts catholiques. Il y a là, sans doute, de quoi
rendre à Dieu de vives actions de grâces. Quand, en 1 832,
nous autres, pauvres prêtres inconnus, arrachions aux
mains des démolisseurs l'admirable monument de Soles-
mes, qui demandait grâce au pays depuis tant d'années,
nous étions loin de penser que nous étions à la veille d'une
réaction universelle dont le résultat devait être la conser-
vation passionnée de tous les débris de notre ancienne
architecture religieuse et nationale.
PREFACE DE L AUTEUR LXXVII
Aujourd'hui donc que les pierres du sanctuaire, deve- ^^f vieilles
■' T. r T églises
nues l'objet d'une étude et d'une admiration ardentes, ne reJeJ^^ndent
courent plus le risque d'être dispersées par des mains van- séculaires '^dont
dales ou malhabiles ; que tous les efforts sont concentrés retentissaient
... . .y , . autrefois.
pour produire des restaurations complètes^ et, au besoin,
des imitations exactes dans les cintres, les ogives, les
rosaces, les vitraux, les boiseries ; n'est-il pas temps de '^
se souvenir que nos églises n'ont pas seulement souffert
dans leurs murailles, leurs voûtes et leur mobilier sécu-
laire, mais qu'elles sont veuves surtout de ces anciens et
vénérables cantiques dont elles aimaient tant à retentir ; -
qu'elles sont lasses de ne plus répéter, depuis un siècle,
que des accents nouveaux et inconnus aux âges de foi qui
les élevèrent. Après tout, les paroles de la Liturgie sont
plus saintes, plus précieuses encore que les pierres qu'elle
sanctifie.
La Liturgie n'est-elle pas l'âme de vos cathédrales ? La Liturgie
^ ^ qu elles
sans elle, que sont-elles, sinon d'immenses cadavres dans l'éclament est la
' ^ -' romaine,
lesquels est éteinte la parole de vie ? Or donc, songez à rauacâent^^tous
leur rendre ce qu'elles ont perdu. Si elles sont romanes, ^^^^ souvenirs.
elles vous redemandent ce rite romain que Pépin et
Charlemagne leur firent connaître ; si leurs arcs s'élan-
cent en ogives, elles réclament ces chants que saint Louis
se plaisait tant à entendre redire à leurs échos ; si la
Renaissance les a couronnées de ses guirlandes fleuries,
n'ont-elles pas vu les évêques du xvi® siècle inaugurer
sous leurs jeunes voûtes les livres nouveaux que Rome
venait de donner aux Églises .^ Toute notre poésie natio-
nale, nos mœurs, nos institutions anciennes, religieuses
ou civiles, sont mêlées aux souvenirs de l'ancienne Litur-
LXXVIIl INSTITUTIONS LITURGIQUES
gie que nous pleurons. C'est ce que nous ferons voir dans
ce livre, tout insuffisant qu'il soit : nous oserions même
penser que, malgré sa destination cléricale, le poëte, l'ar-
tiste, Tarchéologue, Thistorien, auraient quelque chose à
y puiser.
Le but Quoi qu'il en soit, nous lui avons laissé le modeste titre
principal de
cène pubWc^ûon d'' Institutions litur^-igues, comme à un ouvrage spécia-
est d'initier . . .
la jeunesse lement destiné à l'enseignement. Son but principal est
cléricale " '^ ^
a^i'etude des j'jnitiei- les plus jeuiies de nos frères à l'étude de ces mys-
cuite divin. ^^^^^ j^ ^^j^^ divin et de la prière, qui doivent faire la
principale nourriture de leur vie. Une entreprise de librai-
rie ecclésiastique, dont les directeurs connaissaient notre
projet, nous avait demandé d'insérer cet ouvrage au rang
de ses publications. Il a donc été annoncé comme devant
paraître en i838. Nous avons reçu à ce sujet les plus
précieux encouragements, et nous savons, à l'avance, que
l'objet de ce livre, s'il doit déplaire à quelques-uns, a déjà
pour lui de nombreuses sympathies. Nos forces physiques
n'ayant pas répondu à notre attente, nous nous sommes
trouvé obligé de différer la publication de ce premier
volume jusqu'au moment présent, où nous le faisons
paraître sous notre seule responsabilité.
Annonce L'ouvrase entier formera cinq volumes : le second
de lapparition *-^ '■
prochaine d'une paraîtra dans le courant de l'année présente, et les autres
liturgique, suivront à des intervalles très-rapp roches. Ayant fait de
longues et sérieuses études sur la Liturgie, nous avons le
projet de publier, en dehors de ces Institutions^ plusieurs,
traités spéciaux. Nous indiquerons seulement ici le projet
d'une Année liturgique^ travail destiné à mettre les fidèles
en état de profiter des secours immenses qu'offre à la piété
PRÉFACE DE L^VUTEUR LXXIX
chrétienne la compréhension des mystères de la Liturgie,
dans les différentes saisons de l'année ecclésiastique. Cet
ouvrage n'aura rien de commun avec les diverses Années
chrétiennes qui ont été publiées jusqu'ici. Il sera destiné
à aider les fidèles dans J'assistance aux offices divins ; on
pourra le porter à l'église, et il y tiendra lieu de tout autre
livre de prières. La première division de l'Année lïtnr-
gique paraîtra, de format in- 12, sous le titre à'Avent
liturgique, dans le courant de l'automne de l'année pro-
chaine 1841.
Quant aux Institutions liturgiques elles-mêmes, nous Projet
^ , 1 r • • d'Institutions
pp. espérons les taire suivre d'un autre ouvrage de même canoniques.
dimension, et d'un genre analogue, qui portera le titre
d'Institutions canoniques. On commence pourtant à
sentir, de toutes parts, la nécessité de connaître et d'étu-
dier le Droit ecclésiastique. L'indifférence dans laquelle
a vécu la France, depuis quarante ans, sur la discipline
générale et particulière de FÉglise, est un fait sans exemple
dans les annales du christianisme. Les conséquences
de cette longue indifférence se sont aggravées par le
temps, et ne peuvent se guérir qu'en recourant aux véri-
I tables sources de la législation ecclésiastique, aux graves et
Moctes écrits des canonistes irréprochables. Nous n'avons
Cplus de parlements aujourd'hui pour fausser les notions du
t Droit, pour entraver la juridiction ecclésiastique ; plus de
[gallicanisme pour paralyser l'action vivifiante du chef de
J'EgHse sur tous ses membres.
Nos Institutions canoniques, destinées, comme la
iturgique, à l'instruction de nos jeunes confrères, nous
valent été demandées par les directeurs delà même entre-
LXXX INSTITUTIONS LITURGIQUES
prise de librairie ecclésiastique, dont nous avons parlé, et
ont été annoncées au public, il y a trois ans. Les raisons
que nous avons exposées nous ayant forcé à différer cette
publication, nous serons en mesure de l'effectuer après la
publication totale de la Liturgique. Nous nous abstien-
drons donc d'entretenir plus longtemps le lecteur sur un
ouvrage qui s'élabore, il est vrai, dès maintenant, mais
dont l'apparition doit encore attendre plusieurs années.
Nous terminerons cette préface en soumettant d'esprit
et de cœur au jugement et à la correction du Siège apos-
tolique le présent ouvrage, que nous n'avons entrepris
que dans le but de servir l'Eglise, suivant nos faibles
moyens, attendant le succès de Celui-là seul qui, Prêtre
et Victime., est à la fois le moyen et le terme de toute
LITURGIE.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
PREMIERE PARTIE
CHAPITRE I
NOTIONS PRELIMINAIRES
La Liturgie, considérée en général, est Vensemble des Définition
symboles, des chants et des actes au moyen desquels
VÉglise exprime et manifeste sa religion envers Dieu.
La Liturgie n'est donc pas simplement la prière, mais La Liturgie est
bien la prière considérée à l'état social. Une prière indivi- à l'état^ social,
duelle, faite dans un nom individuel, n'est point Liturgie.
Cependant les formules et les signes de la Liturgie peu-
vent être légitimement et convenablement employés par
u les particuliers, dans l'intention de donner plus de force
et d'efficacité à leurs œuvres de prière; comme lorsqu'on
récite des oraisons consacrées, des hymnes, des répons,
pour s'exciter à la religion. Ce genre de prière est même
T. I I
2 NOTIONS PRELIMINAIRES
INSTITUTIONS Je mcilkur, en fait de prière vocale, car il associe à Tef-
LITURGIQUES .,..,, i / • i ' ^' J T)T^ T
fort individuel le mente et la consécration de 1 hglise
entière.
La récitation Quant à la récitation privée des formules de la Liturgie
de rofficrdivin dans rOffice divin par les clercs, les bénéficiers et les vé^W'
^litulgique."^^ licrs, lesquels sont tenus de suppléer en particulier à ce
qu'ils n'accomplissent pas au chœur, on ne saurait la con-
sidérer comme une œuvre de dévotion privée : elle est un
acte de religion sociale. Celui qui prie ainsi est député offi-
ciellement pour ce sujet. Sa parole, son intention même,
appartiennent à FÉglise. S'il pèche en cet emploi, c'est
contre l'Église autant que contre lui-même qu'il pèche.
Ainsi la récitation du Bréviaire, quoique dans nos malheu-
reux temps et dans notre pays elle n'ait plus guère lieu
que dans le particulier, n'en est pas moins une chose litur-
gique, une œuvre liturgique.
La Liturgie De même que la vertu de religion renferme tous les actes
toutes"fe^s7o''rmes ^^ ^^^^^ divin, ainsi la Liturgie, qui est la forme sociale
L^ verui de ^^ ^^^^^ vertu, les Comprend tous également. On peut
religion. même dire que la Liturgie est l'expression la plus haute,
la plus sainte de la pensée, de l'intelligence de l'Eglise, par
cela seul qu'elle est exercée par l'Eglise en communication
directe avec Dieu dans la Confession, la Pr^ière et la
Louange.
Confession, Prière, Louange: tels sont les actes prin-
cipaux de la religion ; telles sont aussi les formes princi-
pales de la Liturgie.
i"LaConfes- La CoNFESSioN, par laquelle l'Eglise fait hommage à
Dieu de la vérité qu'elle en a reçue, redisant mille fois en
sa présence le triomphant symbole qui renferme écrites
dans le langage de la terre des vérités qui sont du ciel. Ce
symbole, elle le répète chaque jour en abrégé plusieurs fois
dans les Heures canoniales; plus développé dans l'action
du sacrifice au jour du dimanche et dans les grandes
solennités; enfin elle le confesse en grand, dans l'ensemble
sion.
I PARTIE ,.
CHAPITRE I
NOTIONS PRÉLIMINAIRES 3
de Tannée chrétienne, au sein de laquelle il est repré-
senté, mystère ,par mystère, avec toute la richesse des
rites, toute la pompe du langage, toute la profondeur des
adorations, tout l'enthousiasme de la foi.
De là rimportance si grande pour Pintelligence du La Liturgie est ,
^ o 1 o j^ tradition
dogme, donnée dans tous les temps aux paroles et aux à son
^ . . . ^ . -^ Ail- T 7 T plus haut degré
faits delà Liturgie. On connaît 1 axiome : Legem credendi "^de puissance.
statuât lex siippli candi . C'est dans la Liturgie que Tesprit
qui inspira les Ecritures sacrées parle encore ; la Liturgie
est la tradition même à son plus haut degré de puissance
et de solennité.
La Prière, par laquelle PEglise exprime son amour, son 2« La Prière
désir de plaire à Dieu, de lui être unie, désir à la fois
humble et fort, timide et hardi, parce qu'elle est aimée et
que celui qui Faime est Dieu. C'est dans la Prière qui
vient à la suite de la Confession^ comme l'espérance après
la foi, que l'Église présente ses demandes, expose ses
besoins, explique ses nécessités, car elle sait ce que Dieu
veut d'elle, et combien elle en est éloignée, jusqu'à ce que
le nombre des élus soit complet.
De là l'onction ravissante, l'ineffable mélancolie, la ten- avec les accents
les
dresse incommunicable de ces formules, les unes si simples, plus variés.
les autres si solennelles, dans lesquelles apparaît tantôt la
douce et tendre confiance d'une royale épouse envers le
monarque qui l'a choisie et couronnée, tantôt la sol-
licitude empressée d'un cœur de mère qui s'alarme
pour des enfants bien-aimés ; mais toujours cette science
des choses d'une autre vie, si profonde et si distincte, soit
qu'elle confesse la vérité, soit qu'elle désire en goûter les
fruits, que nul sentiment ne saurait être comparé au sien,
nul langage rapproché de son langage.
La Louange, car l'Eglise ne saurait contenir dans une 30 La Louange
silencieuse contemplation les transports d'amour et d'admi-
ration que lui fait naître l'aspect des mystères divins.
Comme Marie, à la vue des grandes choses qu'a faites en
4 NOTIONS PRELIMINAIRES
INSTITUTIONS ellc Cclul qui est puissant, elle tressaille en lui, elle le glo-
LITURGIQUES /i^l J 1 ' ^ ' J O '
— rifie. Elle célèbre donc les victoires du Seigneur et aussi
ses propres trionriphes. Le souvenir des merveilles des
temps anciens la ravit et Texalte ; elle se met à en faire le
récit pompeux, comme pour raviver les sentiments qu'elles
lui inspirent.
de Dieu Elle célèbre, après Dieu, les élus de Dieu ; d'abord
et de ses e us. p^j^^Qj^p^rable Marie, pour qui elle a des accents d'amour
et de prière d'une douceur céleste; les Esprits bienheu-
reux, dont les relations et les influences l'embellissent et
la protègent ; ses propres enfants qui l'ont arrosée de leur
sang, illuminée de leur doctrine, sanctifiée de leur glorieuse
confession, embaumée du parfum de leurs lis et de leurs
roses. Chaque année, elle redit avec amour et maternité
leurs vertus et leurs combats.
Ces trois formes Qr ces trois parties principales , Confession. Prière,
du culte divin t- ,,t. • -^
deviennent Louange ^ aQviennQnt dans la Liturgie une triple source
la Liturgie d'intarissable poésie : poésie inspirée du même esprit qui
^^d^inVarissabk^ dicta les cantiques de David, d'Isaïe et de Salomon ; poésie
poésie. aussi ravissante dans les images que profonde et inépui-
sable dans le sentiment. Dieu devait à son Eglise un lan-
gage digne de servir de si hautes pensées, de si ardents
désirs.
Elles deman- Mais, comme toutes les grandes impressions de l'âme,
nécessairement la foi, l'amour, le sentiment de l'admiration, la joie du
s'exprimer triomphe, ne se parlent pas seulement, mais se chantent,
^^Thant^^ ^ ^^ d'autant plus que tout sentiment établi dans l'ordre se
résout en harmonie, il s'ensuit que l'Eglise doit naturelle-
ment chanter louange, prièt^e tt confession^ produisant,
par une gradation quelque peu affaiblie sans doute, à
mesure qu'elle s'éloigne du principe, un chant beau
comme les paroles, des paroles élevées comme le senti-
ment, et le sentiment lui-même en rapport fini mais réel
avec celui qui en est l'objet et la source.
Et, comme l'Eglise est une société, non d'esprits, mais
NOTIONS PRÉLIMINAIRES 5
d'hommes, créatures composées d'âme et de corps, qui ^ partie
' ^ . CHAPITRE I
traduisent toute vérité sous des images et des signes, por-
tant eux-mêmes dans leurs corps une forme ineffable de et des signes
-» extérieurs .
leur âme ; dans PEglise, disons-nous, ce céleste ensemble ^ rites
, /> • 1 -N 17 - 1 ' j et cérémonies.
de confesston, de prière et de louange^ parle dans un
langage sacré, modulé sur un rhythme surnaturel, se pro-
duit aussi par les signes extérieurs, rites et cérémonies,
qui sont le corps de la Liturgie.
Ainsi, sentiment, parole, mélodie, action, tels sont les
éléments qui, mis en rapport avec le vrai et le bien, produi-
sent Tordre et l'harmonie parfaite ; que ne doivent-ils pas
enfanter quand ils prennent la proportion de l'Eglise
même de Dieu, initiée par le Verbe aux secrets de la vie
éternelle, dépositaire de la vérité immuable et féconde,
nourrie constamment de l'élément surnaturel ? Ne crai-
gnons donc pas de le dire, la Liturgie renferme éminem-
ment toute beauté de sentiment, de mélodie et de forme,
non-seulement à l'égal, mais infiniment au-dessus de tout
ce qu'on pourrait lui comparer, à part les Livres saints.
Nous en verrons à loisir la preuve.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE II
IMPORTANCE DE L^ETUDE DE LA LITURGIE
La Liturgie est On sent aisément que de tout cet ensemble dQ coiî/es-
d'unTscienœ siou, à^ prière et de louange, qui constitue la Liturgie,
'^'''bmnchesr'^' doit résulter la matière d'une science véritable ; science
des Offices divins, c'est-à-dire de cette partie de la Liturgie
qui consiste dans \t sacrifice des lèvres [\)\ science du
5acr/^ce réel avec tous ses rites et ses mystères; science
des sacrements, organes de la sanctification de Thomme;
science des bénédictions et des sacrajnentaux au moyen
desquels toute créature est purifiée et réhabilitée par la
vertu de la croix ; science enfin des supplications et
autres rites solennels que l'Eglise emploie dans des occa-
sions extraordinaires,
et qui s'élargit Mais si déjà cette simple énumération des forces et des
^"on^ pint moyens de la Religion nous place en regard d'un si vaste
des'souixes. ^^ si radieux ensemble, que sera-ce quand, poursuivant,
à travers la tradition, dans les écrits des Pères, dans les
ordonnances des conciles, dans les monuments de l'anti-
quité ecclésiastique, ces diverses formes du culte divin,
nous sommes conduits à interroger tous les siècles et à
enregistrer leurs réponses si belles d'unité et si fécondes
en tout genre d'inspiration ? Telle est cependant la science
liturgique telle qu'elle a été conçue, explorée, enseignée
par tant de grands docteurs, dont les noms glorieux et les
services immenses seront racontés plus loin.
Tous, sans doute, ne sont pas appelés à suivre dans la
science liturgique une carrière d'égale étendue, mais on
(i) Hcbr., XIII, i5.
I PARTIE
CHAPITJIE n
i
IMPORTANCE DE L ETUDE DE LA LITURGIE 7
peut affirmer, sans crainte d'être démenti, que, pour ne
parler que des personnes ecclésiastiques,, elle doit faire*"
pour elles Tobjet d'une étude non moins spéciale que la
casuistique à laquelle, dans l'état présent, l'usage est en , ^^^.^ ^^ j^^j
France de consacrer à peu près la moitié du temps assigné de cette science
,,.,-.,.. ^ , pour le prêtre.
à l'éducation cléricale. La récitation et souvent même la
célébration des divins Offices ne forment-elles pas l'occu-
pation journalière du Prêtre ? Quel plus grand intérêt
pour lui que de pouvoir suivre la chaîne de merveilles
qui se déroule dans la succession des fêtes et des temps de
l'année chrétienne, de pouvoir briser les sceaux de ce
livre journalier que l'Eglise d'aujourd'hui a reçu de l'Eglise
des premiers siècles avec une tradition de mystères cachés
et de chants admirables ? Le Prêtre monte chaque jour à
l'autel pour 34 sacrifier l'Agneau immolé depuis le com-
mencement du monde (i); où comprendra-t-il mieux la
sainteté, la grandeur de cette action^ comme on l'appelait
autrefois, où apprendra-t-il mieux la pureté de cœur qu'elle
exige, qu'en étudiant la manière dont elle s'est exercée
depuis la veille du jour où le Christ souffrit, jusqu'à ces
temps plus rapprochés de nous où l'Eglise, mue par
l'Esprit-Saint, a fixé d'une manière irrévocable les rites,
de la religion desquels .elle a voulu environner le plus
auguste des mystères ? Et les sacrements, sources divines
du salut, et les sacramentaux par lesquels l'Église épanche
sur le peuple fidèle la plénitude de sanctification qui est en
elle ; si tant de doctes écrits ont été composés par les plus
pieux et les plus savants hommes de l'Eglise, à l'effet
d'en expliquer les rites, d'en éclaircir les formules, d'en
développer toute la majesté, comment le Prêtre, ministre
de toute cette dispensation à la fois miséricordieuse et
sublime, ne se livrerait-il pas à la recherche de cette perle
d'un prix infini ? S'il lui a été dit d'imiter ce qu'il a entre
(i) Apoc.j XIII, 8.
8 IMPORTANCE DE l'ÉTUDE
INSTITUTIONS jes maiiis, imitamini qiiod tractatis (i), ne lui a-t-il pas
été dit par là même de Tétudier et de le connaître ?
LITURGIQUES
Les fidèles Oh ! qui pourrait dire les grâces de salut qui se répan-
ont^toufours draient sur le peuple chrétien, comme effet direct d'un
grandVofifd^m enseignement basé sur Texplication et la compréhension
enseignement ^^^ mystères, des paroles et des rites de la Liturgie, si
sur l'intelligence ^^^ peuples savaient et coûtaient ce que savaient et goû-
de la Liturgie. rr /v'i'i- •^
taient les simples catéchumènes des Eglises de Milan,
d'Hippone ou de Jérusalem, initiés par un Ambroise, un
Augustin, un Cyrille ! Et plus tard nos nouvelles Eglises
d'Occident, quelles lumières ne tiraient-elles pas de rensei-
gnement liturgique d'un Rhaban Maur, d'un Ives de Char-
tres, d'un Honorius d'Autun, d'un Hildebert du Mans et
de Tours, d'un Durand de Mende, etc. ! Quelle influence
sur les mœurs catholiques ! quel boulevard de la foi ! quelle
disposition à sentir les choses de la vie surnaturelle dans
ces populations instruites avec soin et détail des secrets
que le Christ et son Église ont cachés sous le vaste et pro-
fond emblème de la Liturgie ! On le sent tous les jours
dans ces contrées de l'Amérique du Nord, dans lesquelles
la vraie Eglise ne possède pour ainsi dire pour fidèles que
ces âmes que, sous la conduite du divin Esprit, elle va gla-
nant et recueillant dans les sueurs et les fatigues. Les lettres
des missionnaires ne cessent de parler du grand succès
qu'ils obtiennent en développant à leurs auditeurs le mer-
veilleux symbolisme de la Liturgie catholique. Assez heu-
reux pour la posséder en entier et pure de tout alliage
national, telle en un mot que le Siège Apostolique la pro-
mulgue, ces nouveaux apôtres n'ont aucune peine à faire
sentir l'harmonie et l'autorité dans cet ensemble vérita-
blement surhumain. S'il arrive qu'une nouvelle église
vienne à être dédiée par l'évêque, la simple explication
des symboles qui, dans cette auguste cérémonie, font tour
[\) Pontificale Rom. ^ in ordinatione^Presbyteri.
I PARTIE
CHAPITRE II
DE LA LITURGIE 9
à tour passer sous les yeux des fidèles les mystères de la
Jérusalem céleste, ceux de TEglise militante et ceux de la '
vie spirituelle, prépare une moisson abondante, et lors-
qu'après avoir accompli tous les rites si profonds de cette
solennité, le Pontife demande au Dieu qui se bâtit un
temple immortel avec des pierres vivantes, que cette exten-
sion matérielle que vient d'obtenir son Eglise, soit encore
dépassée par ses accroissements spirituels (i), il ne tarde
pas à connaître qu'il a été exaucé.
Et, en effet, quel autre moyen de faire pénétrer la con- La connaissance
naissance du dogme dans les esprits, que celui-là même nepeutmTeux
que Fauteur et le réparateur de notre nature a choisi pour danf^iefelprits
y faire descendre cette grâce invisible qui nous sanctifie ? n?o^^en^qu^
Mes paroles sont esprit et vie (2), dit le Sauveur : elles f^ï^ descendre la
. . . . grâce.
donnent à la fois la lumière à Tintelligence, et au cœur la
charité qui est la vie. Il en est de même des paroles de
l'Eglise qui possède la plénitude des mystères et la dispense
sur le peuple chrétien par des rites et des formules remplis
à la fois de vérité et d'amour.
Aussi a-t-on toujours considéré la Liturgie comme le La Liturgie
1 • 11 ^ 1 11 toujours
haut enseignement du dogme, en même temps qu elle est considérée dans
e 11 1 • AT 1 • ^A^ ^ l'Éalise comme
sa forme la plus populaire. Nous verrons bientôt que tous ^le haut
les saints docteurs étaient Liturgistes ; que les écrivains ^^Xgme!^^
ecclésiastiques qui les ont suivis cultivèrent avec ardeur la
science des rites sacrés ; que les théologiens scolastiques
du moyen âge voulurent aussi faire leur somme des mys-
tères ; qu'à l'époque de la Réforme, l'activité des docteurs
catholiques se porta vers cette étude et donna, la première,
naissance aux Collections liturgiques ; qu'enfin, chose
surprenante pour plusieurs, de savants protestants, au
(i) Deus, qui de vivis et electis lapidibus aeternum majestati tuae pré-
paras habitaculum, auxiliare populo tuo supplicanti, ut quod Ecclesiae
tuae corporalibus proficit spatiis, spiritualibus amplificctur augmentis.
(Missal. Rom., in Dedicatione Ecclesiae. Postcommunio.)
(2) Joan., VI, 64.
10 IMPORTANCE DE l'ÉTUDE
INSTITUTIONS Hsque d'exposer l'héritage de la Réforme aux invasions
LITURGIQUES , , , . .
de 1 antiquité ecclésiastique, ont cru aussi, ont cru, comme
tous les anciens Pères et docteurs catholiques, qu'il n'y
Les protestants avait point d'étude complète du dogme chrétien, si la ma-
confeîsTnt"^?ette tière des Htes et des formules sacrées n'était soigneuse-
^^^^^^* ment explorée, s'ils n'interrogeaient siècle par siècle ces
livres papistes qu'ailleurs ils voudraient donner comme un
instrument de corruption pour la doctrine évangélique.
On les a vus, on les voit publier des collections, des biblio-
thèques liturgiques, et faire honte à plus d'un catholique
par le zèle et l'importance qu'ils mettent à de semblables
travaux. Voici les propres paroles du célèbre Pfaff de
Tubingen, dans une dissertation de Liturgiis, missalibiis,
agendis et libris ecclesiasticis Ecdesiœ orientalis et occi-
dentalisa placée à la suite de ses Institutions d'histoire
Témoignage ecclésiastiaue : « Comme les livres ecclésiastiques, les
de Plaft ^ ^ ^
de Tubingen. « Liturgies, et ceux que l'on nommxe Agenda^ sont revêtus
« d'une autorité publique et de l'approbation de l'Église
« entière qui en fait usage ; comme ces Liturgies très-
ce anciennes, qui ont régné et régnent encore dans l'Église
« orientale et occidentale, ont emprunté beaucoup de
« choses des temps apostoliques ; comme enfin le culte
ce public lui-même ne peut dériver d'une autre source que
c( de ces mêmes Liturgies, il est aisé de voir que leur
ce étude ne saurait manquer de jeter un grand jour sur
ce toute l'histoire ecclésiastique, principalement sur la
ce partie dogmatique et rituelle, et qu'elle est propre non-
ce seulement à repaître la curiosité des érudits, mais à
V remplir leur esprit d'excellentes observations (i). »
(i) Cum libri ecclesiastici, Liturgiae, atque agenda quae vocant,ecclesias-
tica publica auctoritate, atque approbatione totius, ubi quidem eorum
•est usus, ecclesiae gaudeant, cum etiam antiquissimce illae, quae in eccle-
sia orientali, atque occidental! olim viguere, atque etiam nunc vigent,
liturgiae ex apostolicis temporibus multa trahant ; cum denique non nisi
ex liturgiis cultus publici ratio derivari, atque erui possit, facile est
perspiccre magnam easdem lucem omni historiae ccclesiasticae, maxime
DE LA LITURGIE. I I
Plus loin, il recommande la lecture des livres du cardinal ^ partie
^ CHAPITRE II
Bona, sur les matières liturgiques, comme présentant le
plus haut intérêt scientifique, et finit en disant que la théo-
logie polémique elle-même ne saurait se passer de ce genre
d'études accessoires (i).
Qu'il nous soit donc permis d'indiquer ici cette lacune Un enseigne-
^- . , , . . . ment spécial de
fâcheuse que laisse, dans l'enseignement ecclésiastique de la Liturgie
,, , 1 / j T • / • 1 indispensable
notre pays, labsence des études liturgiques spéciales, et dans
,,, , 1 . , . . • • , o ' • • les séminaires.
d émettre le vœu devoir nos séminaires imiter le bemmaire
romain et la plupart des principaux séminaires d'Italie,
dans lesquels la jeunesse cléricale se livre, sous la direction
d'un professeur, à l'étude d'Institutions liturgiques plus
ou moins complètes. L'intelligence du dogme catholique y
gagnera ; la science du droit canonique, qui a tant de points
de contact avec la Liturgie, en tirera de grands avantages ;
l'histoire ecclésiastique enfin sera mieux comprise et plus
attrayante, du moment que la tradition des rites sacrés qui
y occupe une si grande place, sera mieux connue et mieux
appréciée. Ces études d'antiquité et d'archéologie, qu'on
semble vouloir introduire en plusieurs lieux avec un zèle
si louable, prégarées par la ^cience au moins générale de
l'histoire ecclésiastique, obtiendraient des résultats véri-
vero dogmaticas, et rituali afferre, nec saltem curiositatem eruditorum
pascere, sed et praeclaris egregiisque observationibus animum imbuere.
{Disquisit. de litiirg., missalibus, etc. Tubingae^ 1721.)
(i) Porro quEenam veteris ecclesias de sacramentis singulis doctrina
exstiterit ex his maxime tanquam ex earum fontibus discere nos oportet,
nec inane hoc est, quod jam diximus, veteres liturgias egregiis quoque
observationibus asceticis, atque haud temnenda pietate animum imbuere;
quod qui inficiari audet, légat, quaesumus, liturgias graecas, légat eam
quae in Constitutionibus Apostolicis exstat, légat Chrysostomianam, légat et
Joannis Bonae libros quibus res liturgicas veteres isexplicavit, egregiisque
animadversionibus adspersit. Denique ad theologiam polemicam solidius
tractandam hoc studium vel maxime pertinet, Ita qui de cultu, et invo-
catione sanctorum accùrati quid dare tentaverit, sine veterum, recentio-
rumque liturgiarum inspectione nihil egregii efficiet. Idem de cultii ima-
ginum et reliquiarum Beatae Virginis Deiparae dictum esto. (Ibidem, In
Epimetro, pag. 72.)
I 2 IMPORTANCE DE L ETUDE
INSTITUTIONS tablcs, du moment qu'elles seraient éclairées par la connais-
MTURGiQUEs _ ^^^^^ ^^ ^^^ iTiinutieuse peut-être, mais indispensable,
des formules et des symboles du culte divin, depuis l'ori-
gine du christianisme jusqu'au temps présent. Enfin Pesprit
L'esprit de foi de foi, si précieux dans la dispensation des dons célestes,
y trouverait ^^^^ j^ garde du sanctuaire, dans la célébration des
aliment. pompes sacrées, prendrait de nouveaux accroissements
et produirait des fruits d'autant plus durables, que l'étude
et la science de la Liturgie est, de toutes, celle qui, présen-
tant pour objet direct et immédiat les choses de Dieu,
permet le moins à l'homme de perdre de vue les choses
surnaturelles, dont l'attrait seul peut faire entreprendre ce
genre de labeur : mais nous aurons ailleurs occasion de
développer ces considérations.
L'étude de la L'étude de la Liturgie n'est pas seulement nécessaire
nécessafreà aux clercs ; sans elle, il est impossible aux savants qui
'historien et a g^occupent d'explorer et de raconter les mœurs des diverses
1 antiouaire. ir x ^
sociétés européennes, depuis la prédication de l'Evangile,
il leur est impossible de faire un pas sans tomber dans des
méprises de plus d'un genre, de ne pas perdre une multi-
tude d'observations précieuses qui jetteraiqjat une grande
vérité et un plus grand intérêt sur leurs récits, ou sur leurs
tableaux. Malheureusement, cet inconvénient est peu senti,
et si la fureur du moyen âge qui possède tous les esprits
n'est pas parvenue encore à faire apprendre, d'une étude
même désintéressée, le catéchisme des peuples dont on
raconte les croyances, il faut convenir aussi qu'il n'était
guère à espérer que l'on eût la patience de pénétrer le
mystère de leurs rites et de leurs formules sacrées. C'est
un zèle qu'on peut avoir, quoiqu'avec des résultats beau-
coup moins faciles et beaucoup moins certains, quand il
s'agit des mystères et des croyances de l'Inde, delà Perse,
ou de l'Egypte. Pour l'Occident, il est vrai, on cite fastueu-
sement l'ouvrage de D. Martène, De Antiquïs Ecdesiœ
ritibiis ; mais les applications qu'on fait des richesses que
I PARTIE
CHAPITRE II
DE LA LITURGIE l3
renferme ce trésor sont loin de répondre à la bonne volonté
qu'on déploie. Toute science, en général, est rebelle à qui
ne Ta pas étudiée, et celle des rites catholiques demande
par-dessus tout une application profonde et non partagée,
puisque tout y est à la fois ou mystique, ou positif. Entre-
voir une certaine couleur générale de haute et gracieuse
poésie, construire sur ces éléments un récit plus ou moins
agréable, c'est chose facile, puisque c'est chose super-
ficielle ; mais la science n'est pas là. Les populations dont
vous dépeignez les mœurs n'auraient peut-être pas comme
vous analysé toute cette poésie ; mais elles savaient pour-
quoi elles agissaient, quelles croyances elles exprimaient
dans tel ou tel symbole ; et vous, vous ne le savez pas,
faute de connaître l'économie si vaste et si populaire du
catholicisme.
Si l'étude de la Liturgie est nécessaire à l'historien de Elle s'impose
V 11 • . 11 T. . ^ 1, . également
mœurs et a lantiquaire, elle ne 1 est pas moms a 1 artiste, aux artistes,
Mais qui sait aujourd'hui que tous les arts, architecture,
peinture, sculpture, musique, sont tributaires de la Litur-
gie, et par elle du catholicisme ? Quel artiste le sait, hors
Cornélius et Overbeck en Allemagne, et quelques jeunes
talents méconnus en France ? Cependant la Liturgie seule
a le secret de la construction des temples ; elle seule sait architectes,
combien de mystères devront exprimer les portes, les fenê-
tres, les colonnes, les chapelles, les tours ou flèches, les
distributions de l'édifice. Elle seule sait et peut dire au
peintre sous quels emblèmes fixés par les décrets ecclésias- peintres,
tiques les mystères doivent être représentés, avec quels
attributs les saints et les saintes seront reconnus tout
aussitôt et invoqués par la foi des fidèles. Elle seule peut
lui faire éviter ces hideux anachronismes de costume sacer-
dotal, que l'on voit pompeusement étalés sur les grandes
toiles qui encombrent les églises de la capitale, ou les
salles de l'exposition annuelle ; anachronismes quelquefois
d'autant plus risibles, qu'ils sont les résultats d'une étude
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
ii'
musiciens.
14 IMPORTANCE DE L ETUDE
mal digérée. Elle seule peut lui apprendre la tradition si
riche et si importante des couleurs, l'expression que donne
le contact des mystères divins (i).Elle seule peut révéler
sculpteurs, au sculpteur ces détails de pose, ces agencements de dra-
peries, le secret de ces groupes mystérieux qui se forment
dans la célébration des rites sacrés, ces convenances de
lieu et d'objet dont l'appréciation préviendrait ces malen-
tendus dont on ne s'aperçoit quelquefois que lorsqu'un objet
de sculpture, après avoir coûté beaucoup de dépense et de
travail, est trouvé incapable de remplir la fin à laquelle on
l'avait destiné. Elle seule peut révéler au musicien ces
ineffables mélodies grégoriennes qui sont à la fois l'unique
reste de cette musique antique, dont on raconte tant de
merveilles, et le produit de la plus noble et de la plus su-
blime inspiration catholique ; motifs admirables dont on
ne s'est écarté que pour tomber dans le barbare, en croyant
pouvoir substituer des mélodies tout aussi aisément qu'on
substituait des formules nouvelles aux formules de l'anti-
quité, ou pour se jeter dans un genre tout profane qui
forme le contraste le plus révoltant avec la sainteté du lieu,
la majesté des paroles et la religion des mystères ; si ce
n'est que d'autres fois on aime mieux composer patiemment
et exécuter de même des morceaux insignifiants et dépour-
vus d'un sens quelconque, à la condition que l'accord sera
parfait et que la mesure ne manquera pas.
s'esUmera^h ^^^ étude attentive de la Liturgie eût prévenu et pré-
reux viendrait tous les jours, dans tous les genres, bien des
(i) On peut lire sur ce sujet les excellentes remarques de M. le comte
de Montalembert sur la perte absolue de l'art catholique en France, dans
son admirable introduction aux Monuments de sainte Elisabeth. Seule-
ment, nous le prierons d'ajouter à l'énumération des tableaux étranges
qu'il signale dans les églises de Paris, certaine toile à la Sorbonne sur
laquelle est représenté, près de Robert Sorbon, un mo'inQ habillé de vert,
la seule de toutes les couleurs que jamais aucun ordre religieux n'ait
adoptée. Les traditions sont déjà si loin de nous que nous ne nous flattons
pas que tous les lecteurs comprennent toute l'étendue de cette bévue.
DE LA LITURGIE l5
erreurs : et quelle que soit Texiguïté de notre talent et de i partie
CHAPITRE II
nos connaissances en cette matière, nous n^estimerons pas
avoir perdu notre temps en composant cet ouvrage, si nous
111 • j-iT' * ^ s'il parvient à
parvenons a troubler quelque peu une maiiierence trop réveiller l'atten-
longtemps prolongée, à réveiller quelques hommes et à leur ^^° VJrfe^^'^^
faire apercevoir une science riche et féconde là où jusqu^ici ^^^^f|^ond?^ ^^
ils n^avaient pas soupçonné matière à une application
sérieuse. Il nous reste à poser, à discuter, à établir beau-
coup de principes, quelques-uns peut-être assez sévères ;
nous procéderons dans ce travail avec franchise, et, s'il plaît
à Dieu, sans perdre de vue un intant les principes de F Eglise
sur une matière aussi importante. Mais, comme nous Une histoire
. . sénérale
avons déjà été à même d'éprouver que, faute d'éclaircis- de la Liturgie
i . 1 r • 1 ' •^'' 1 ^-^ point de départ
sements sur les questions de fait, la vente sur les matières nécessaire de
liturgiques pouvait être quelquefois objet de contestation, i ouvrage,
nous avons cru devoir placer en tête de la discussion une
histoire générale de la Liturgie ; nous n'aurons plus alors
qu'à procéder par voie de corollaires ou d'applications.
Nous nous flattons qu'on rendra justice aux efforts que
nous avons faits pour nous mettre en état de traiter d'une
manière neuve des sujets qui, pour être aujourd'hui assez
généralement ignorés, n'en ont pas moins, dans tous les
siècles précédents, comme on le verra, occupé une grande
place dans la science ecclésiastique. Il est bien entendu
que, dans ce coup d'oeil historique qui va suivre, nous
nous arrêterons seulement aux faits généraux, et à ceux des
faits particuliers qui sont nécessaires pour mettre le lec-
teur à portée de saisir un ensemble. Les questions de détail
seront traitées à leur place dans les volumes suivants,
d'après l'ordre que les matières présenteront successive-
ment d'elles-mêmes.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE III
ÉTAT DE LA LITURGIE AU ' TEMPS DES APOTRES
Le principe La Liturgie est une chose si excellente, que, pour en
Liturgfe est en trouver le principe, il faut remonter jusqu'à Dieu ; car
^^^' Dieu, dans la contemplation de ses perfections infinies,
se loue et se glorifie sans cesse, comme il s'aime d'un
amour éternel. Toutefois ces divers actes ^accomplis
dans l'essence divine^ n'ont eu d'expression visible et
véritablement liturgique que du moment où une des trois
Personnes ayant pris la nature humaine, a pu dès lors
rendre les devoirs de la religion à la glorieuse Trinité.
Le Verbe Dieu a tant aimé le monde, qu'il lui a donné son Fils
incarnévenu sur
la terre pour Unique (i) pour l'instruire dans l'accomplissement de
instruire ,, iv • a - . / , / ' a '
le monde dans 1 œuvre liturgique. Apres avoir ete annoncée et préfigurée
plissement" de pendant quarante siècles, une prière divine a été offerte,
litur^rJuc, la ^^ sacrifice divin a été accompli, et, maintenant encore et
éternellement 1^^^^^ ^^^^s l'éternité, l' Agneau immolé dès le commen-
au Ciel. cément du monde s'offre sur l'autel sublime du ciel et
rend d'une manière infinie à l'ineffable Trinité tous les
devoirs de la religion, au nom des membres dont il est le
Chef, lesquels confessent ^ supplient et glorifient avec lui,
par la vertu du divin Esprit qui, les animant de son
souffle (2) et les couvrant de son ombre (3j, forme en eux
cet inénarrable gémissement (4} qui retentit doucemeftt
dans les cœurs.
(1) Joan., m, i6. — (2) Psalm. XXXII, 6. — (3) Luc, i, 35. — (4) Rom.,
vm, 26.
ÉTAT DE LA LITURGIE AU TEMPS DES APOTRES ly
Infiniment au-dessous de TAffneau, mais incomparable- ^ partie
<~> ' -L CHAPITRE III
ment au-dessus de toute autre créature, Marie, mère de
Dieu, assistant en corps et en âme, afin que rien ne man- La vierge Marie,
que à la plénitude de son expression liturgique, offre à
Dieu la prière la plus pure et la plus complète après celle
du Fils de Dieu, auprès duquel elle introduit les vœux de
la création, les complétant de sa perfection propre, les
rendant agréables de sa faveur toujours agréée.
Les chœurs des esprits angéliques célèbrent aussi la les
louange de Dieu. Ils ne cessent de crier alternativement : angéliques,
Saint y saint, saint! Ils rendent tous les devoirs de la reli-
gion pour eux-mêmes, et aussi pour le reste de la création,
particulièrement pour les hommes auxquels Dieu a,
comme à eux, confié Fhonneur de son service (i).
Les hommes élus et glorifiés, les saints^ établis dans une les
1 • r-^j ^ ..J1* u^^ •! Saints s'unissent
harmonie parfaite de grâce et de gloire, chantent aussi la au Verbe
divine louange, continuant d'un ton plus fort et plus mélo- reïdre^\^Dieu
dieux encore leurs cantiques de la terre, et, afin que rien ^Y T^ ^^^^
^ ? ? T. les devoirs
ne manque aux conditions de leur Liturgie, ils repren- ^^ ^^ religion.
dront un jour leurs corps pour lui pouvoir donner une
forme visible.
L'Église militante enfin loue Dieu avec TAgneau qui est L'Église
son époux et sur lequel elle est appuyée (2) ; avec Marie, asTociéeTce
qui est sa miséricordieuse reine ; avec les anges, qui la ^^^^^ concert.
gouvernent sous Pœil du Très-Haut ; avec les saints, qui
Taiment toujours d'une tendresse filiale, et la tirent d'en
haut ; enfin dans cette demeure mortelle où la retiennent
les décrets divins et qu'elle est appelée à sanctifier, elle
remplit admirablement toutes les conditions de la Liturgie,
ainsi que nous le ferons voir en détail dans ces Institu-
tions.
Mais suivons d'abord les principes et les développe-
(i) Deus qui miro ordine angelorum ministeria hominumque dis-
pensas, etc. Missal. Rom. in dedicatione et apparitione S. Michaelis.
(2) Gant., VIII, 5.
T. I 2
l8 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS mcnts de cette Liturgie sous ses formes générales. Recon-
LITURGIQUES .,..,,
~ naissons d'abord que le monde n a jamais ete sans elle :
La Liturgie Car, comme rÉglise date du commencement du monde,
^^"^datedu^ ^^^ suivant la doctrine de saint Augustin (i), la Liturgie date
'"^ck^momi^!"^ ^^^ ^^ même commencement. En effet, Phomme n'a point
été sans connaître Dieu qui se révéla à lui tout d'abord;
or, connaissant Dieu, il n'a point été sans l'adorer, sans
le supplier, sans célébrer ses grandeurs et ses bienfaits, et
ces sentiments n'ont point non plus été dans l'homme sans |j
se produire par des paroles et des actes.
Dieu daigna Dieu daigna révéler ces formes de la Liturgie, comme
révéïeriui-même il donna à l'homme la pensée, comme il lui donna la
indiquéeT%r parole, comme il se manifesta à lui en qualité d'auteur de
les sacrifices de j nature et d'auteur de la srâce et de la sloire. Aussi
et d'AbeL voyons-nous, dès l'origine, la Liturgie exercée par les
premiers hommes dans le principal et le plus auguste de
•ses actes, le sacrifice. Malgré la différence de leurs hosties,
et par la raison de cette différence même, Gaïn et Abel
attestent dans leurs offrandes diverses un ordre préétabli,
un rite commun, quoique le sacrifice du second soit san-
glant et que l'offrande du premier ne le soit pas. *
Énos enrichit Bientôt, à Cette même époque antédiluvienne, si riche
formes ^^ Communications divines, nous lisons d'Enos, homme
primitives, j^^^^ ^^ serviteur de Dieu, qu'il commença d'invoquer le
nom du Seigneur (2), c'est-à-dire, comme l'ont entendu les
Pères , à enrichir de développements plus vastes cette
première forme qui remontait au jour même de la création
de l'homme. Durant cette période, le sacrifice persévéra
toujours ; car Noé, au sortir de l'Arche, pendant que l'arc
du Seigneur resplendissait à l'horizon, immola en action
(i) Ipsa res quœ nunc christiana religio nuncupatur erat et apud anti-
ques, nec defuit ab initio generis humani, quousque ipse Christus veniret
in carnem, unde vera religio quae jam erat cœpit appellari christiana.
(S. August., Retract., lib. I, cap. xiii, n. 3, tom. I, col. 19.)
(2) Gen., IV, 26.
AU TEMPS DES APOTRES
19
de ffrâces plusieurs des animaux purs que, dans cette ^ partie
^ ^ . . / CHAPITRE III
intention même, Dieu avait ordonné de conserver en plus
grand nombre (i).
Ainsi le principe liturgique avait été sauvé du redoutable La Liturgie des
, ... . . , , , premiers
cataclysme qui engloutit pour jamais la plupart des souve- patriarches
1 • j -1 ' ^ 11 survivant au
nirs de ce premier monde; il survécut avec le langage, déluge
avec les traditions sacrées des patriarches. Nous en voyons ^^^AbraSam^^^
de fréquentes applications dans les pages si courtes du ^^^^^' Jacob,
récit antémosaïque. Abraham, Isaac, Jacob, offrent des
sacrifices d'animaux (2) ; ils dédient au Seigneur les lieux
où ils ont senti sa présence (3) ; ils élèvent des pierres en
autel (4) ; ces pierres, comme aujourd'hui, ont besoin
d'être inondées d'huile pour devenir dignes de recevoir la
majesté de Dieu (5) ; et non-seulement l'autel paraît, mais
le sacrifice futur est montré de loin. Tout à coup, un Roi
Pontife, tenant en ses mains le pain et le vin, offre une
hostie pacifique (6), et avec tant de vérité, que la mémoire
de son sacrifice et de sa consécration demeure pour être Le
invoquée mille ans après, par un autre prophète-roi, mais Meichisédech.
non plus pontife, comme type du sacerdoce et du sacrifice
du Messie à venir.
Durant toute cette époque primitive, les traditions litur- La précision
^ , . . . , . invariable des
giques ne sont point flottantes et arbitraires, mais précises formes
et déterminées : elles se reproduisent toujours les mêmes, prouve^^qu'eîies
On voit clairement qu'elles ne sont point de l'invention de imposéeïVr
l'homme, mais imposées par Dieu lui-même : car le Sei- , P^^}^
gneur loue Abraham d'avoir gardé non-seulement ses lois
et ses préceptes, mais encore ses cérémonies (7).
La loi mosaïque fut ensuite promulguée en son temps, à
l'effet de donner une forme plus précise encore et plus
\ (i)Gen, VIII, 20. — (2) Gen., xv, 9; xxii, i3.-t- (3) Gen., xii,7, 8; xxvi,25
xxviii, 16; xxxii, 3o. — (4) Gen., xxviii, i8, 22; xxxiii, 20. — (5) Gen.,
xxviii, 18; XXXI, i3; xxxv, 14. — (6) Gen., xiv, 18. — (7) Eo quod obe-
dierit Abraham voci meœ, et custodierit praecepta et mandata mea, et
cceremonias legesque servaverit. (Gen., xxvi, 5.)
lui-même.
20 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Dieu
I
solennelle à la Liturgie, de créer un corps de Prêtres
présidé par un Pontife souverain, de fixer, au moyen de
règlements écrits, des traditions jusqu^alors conservées
''1ès rit^^s""''' pures, mais dont la défection générale des peuples mena-
riturg'iques de • rintéffrité. Toutefois, avant que Moïse montât sur le
l'Ancienne yaiu i mt g, i • J!'•^ v \ „^^n^^ r^o^rQ]
Alliance. ginaï, OU il devait recevoir cette loi, de)a 1 Agneau pascal
avait été immolé au milieu des rites les plus mystérieux, et
déjà le chef des Hébreux avait chanté Thymne du passage
de la mer Rouge, pendant que Marie, à la tête du chœur l|
des vierges dlsraël, raccompagnait du son des instru-
ments sacrés.
Dieu parle donc et révèle cet ensemble de rites dans
lequel on voit figurer en un ordre admirable les diverses
espèces de sacrifices, les expiations, Toffrande des prémices,^
le feu sacré, les thurifications, les habits sacerdotaux, etc..^
La Liturgie sort de Tenfance et passe à son âge inter-
médiaire, durant lequel elle ne devait plus être exercée
sous une forme simplement domestique, mais sous une
forme plus sociale, au moyen d^une tribu sacrée ; mais,
- d'autre part, ses symboles, si riches quHls fussent, ne
devaient pas renfermer les réalités qu'ils signifiaient. Le
développement de ce magnifique tableau n'entre point
dans notre plan ; de nombreux et savants commentateurs
s'en sont occupés dans des ouvrages spéciaux que tout le
monde peut consulter.
La tradition D'ailleurs le Lévitiquê ne renfermait pas tous les détails
lesTgies rituels du culte mosaïque, non plus que les tables de la
îeTiW^r'Slain^s! 1^ toutes les croyances du peuple de Dieu. Beaucoup de
particularités liturgiques se conservaient par la tradition ;
tels sont le rite du cantique des degrés (i), la prière sept
fois le jour et au milieu de la nuit {2), l'onction des rois (3),
et mille autres faits épars dans les livres historiques et
prophétiques de l'Ancien Testament.
(i) Psalm. CXIX. — (2) Psalm. CXVIII. — (3) I Reg., x,xvi.
AU TEMPS DES APOTRES 21
Nous ne devons pas manquer de signaler aussi ce phé- ^ partie
i^ ^ C> r CHAPITRE III
nomène si remarquable, qui surprend dès l'abord Tobser-
vateur des anciennes religions, savoir, la ressemblance Analogie
, , des formes du
frappante des formes religieuses employées par la plupart culte chez les
des peuples Gentils avec les rites liturgiques du peuple avec lesMtes
Israélite. Ce fait est incontestable, et, ainsi qu'on Ta des^HéSeux.
remarqué il y a longtemps, il a contribué puissamment à
préparer les voies à l'établissement du culte chrétien, soit
■ qu'on l'explique, avec la plupart des anciens Pères, par
une suite de communications de ces peuples avec les Juifs,
soit qu'on le considère comme un débris des traditions
patriarcales dont le culte mosaïque n'était qu'un vaste
développement.
Quoi qu'il en soit, la plénitude des temps étant venue, le Le
VERBE SE FIT CHAIR ET HABITA PARMI NOUS : il Se donna à POÎV^ accomplit
7 V T 1 / N 1 11-1^^ perfectionne
a entendre, a toucher aux nommes (i), et, descendu du ciel les traditions
/ j j . ,.,,..,. liturgiques.
pour créer des adorateurs en esprit et en vente (2), il vint,
non détruire, mais accomplir et perfectionner les tradi-
tions liturgiques (3). Après sa naissance, il fut circoncis,
offert au temple, racheté. Dès Tâge de douze ans, il accomplit
la visite du temple, et, plus tard, on l'y vit fréquemment
venir offrir sa prière. Il remplit la carrière du jeûne de
quarante Jours ; il sanctifia le sabbat ; il consacra par son
exemple la prière nocturne. A la dernière cène, où il
célébra le grand Acte liturgique, et pourvut à son accom-
plissement futur jusqu'à la fin des siècles, il préluda par
le lavement des pieds que les Pères ont appelé un mystère,
et termina par un hymne solennel, avant de sortir pour
aller au mont des Oliviers. Peu d'heures après, sa vie
mortelle, qui n'était elle-même qu'un grand acte litur-
gique, se termina dans l'effusion du sang sur l'autel de la
croix; le voile de l'ancien temple se déchirant, ouvrit
comme un passage à de nouveaux mystères, proclama un
(i) I Joan., I; I. — (2) Joan., iv, 23. — (3) Matth., v, 17,
22 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS nouvcau tabernacle, une arche d'alliance éternelle, et
LITURGIQUES _ j^^^j^^^^jg j^ Llturgle commença sa période complète en
tant que culte de la terre.
La Liturgie Car le sacrifice ne cesse pas en ce jour, bien qu'il soit
Tnsiftudon' consommé. Du lever du soleil à son couchant (i), il devient
'rftabie perpétuel, quotidien, universel ; et non-seulement le sacri-
sacritice et des ^^^ centre de la Liturgie, reste, mais une nouvelle nais-
Sacrements. '
sance par Peau est offerte au genre humain ; la visite de
TEsprit de sanctification est annoncée, ses dons sont com-
muniqués aux Apôtres pour toute TÉglise par Tinsufflation
et l'imposition des mains. Enfin, lorsque le Médiateur
ressuscité a employé quarante jours à instruire ses disciples
de tout ce qui regarde le royaume de Dieu (2), c'est-à-dire
l'Église, lorsqu'il leur a dit solennellement, invoquant la
puissance qui lui a été donnée au ciel et en terre: Allei^bap-
tiseï toutes les nations ; enseignes-leur à garder toutes
les choses que je vous ai enjointes^ il les quitte en montant
au ciel, laissant ouvertes sur toutes les nations du monde
sept sources principales de salut dans les sacrements, dont
chacun contient une grâce agissante, mais invisible, en
même temps qu'il la signifie à l'extérieur par les symboles
les plus précis et les plus énergiques.
Le pouvoir Jésus-Ghrist laissa donc sur la terre ses apôtres investis
liturciquQ fondé , . / '^ '^ '^ ' ' i •
et déclaré de SOU pouvoir, euvoyes comme il avait ete envoyé lui-
TesTpItfeT^ même (3) ; aussi s'annoncent-ils, non pas simplement
'j-s comme propagateurs de la parole évangélique, mais comme
ministres et dispensateurs des mytèrcs (4). Le pouvoir
liturgique était fondé et déclaré perpétuel pour veiller à la
(i) Malach., i, ii.
(2) Act., i. S. Léon dit à ce sujet : a Non enim ii dies qui inter resurrec-
tionem Domini ascensionemque fluxerunt otioso transiere decursu : sed
magna in his confirmata sacramenta, magna sunt revelata mysteria. »
[Senn. LXXII, Edit. Ballerin, pag. 291.)
(3) Joan. XX, 21.
(4) Sic nos existimet homo u ministres Ghristi et dispensatores myst&-
riorum Dei. (I Cor., iv, i.)
et leurs
successeur
AU TEMPS DES APOTRES 2f3
I PARTIE
CHAPITRE III
garde du dépôt des sacrements et des autres observances
rituelles que le Pontife suprême avait établies, pour régler
les rites qui devaient les rendre plus vénérables encore au
peuple chrétien, pour étendre et appliquer, suivant les
besoins de Thomme et de la société, cette grâce de sancti-
fication qu'était venu apporter au monde Celui qui, comme
le chante PÉglise, Ôtant la malédictiony a donné la béné-
diction (i).
Les Apôtres durent donc établir et promulguer un ensem- Nécessité pour
, , , . , . 1 . les Apôtres
ble de rites, ensemble supérieur sur tous les points à la d'établir
T . . .. T^ 1 ' • 1 '-11 11 ,. un ensemble de
Liturgie mosaïque. 1 el était le génie de la nouvelle reli- rites
j ^ ^ T • • • 1 j*^ • ^ pour la nouvelle
gion, comme de toute religion ; car,, ainsi que le dit saint ^ religion.
Augustin, « jamais on ne parviendra à réunir les hommes
c( sous aucune forme ou appellation religieuse, vraie ou
ce fausse, si on ne les lie par une association de sacrements
« visibles (2). » C'est pourquoi le saint Concile de Trente, Doctrine
^ • ^ j AT-ATTTP • j ' ' • ^ j du Concile de
traitant dans sa XXI 1 session des cérémonies augustes du Trente
saint sacrifice de la messe, déclare, avec toute Tautorité de des^cérémÇni^es
la science et de renseignement religieux, qu'il faut rap- ^^ ^^ messe.
porter à Viitstitution apostolique les bénédictions mysti-
ques, les cierges allumés, les encensements, les habits sacrés,
et généralement tous les détails propres à relever la majesté
de cette grande action, et à porter Tâme des fidèles à la
contemplation des choses sublimes cachées dans ce profond
mystère, au moyen de ces signes visibles de religion et de
piété (3).
(i) Qui solvens maledictionem, dédit benedictionem.(In nativit. B.M. V.
Antiph. ad Magnificat\\n secundis vesp.)
(2) In nuUum autem nomen religionis, seu ve'rum, seu falsum coagu_
lari homines possunt, nisi aliquo signaculorum vel sacramentorum visibi-
lium consortio coUigentur. [Lib. contra Faustum, XIX, cap. ix.)
(3) Caeremonias item adhibuit ecclesia, ut mysticas benedictiones,
lumina, thymiamata, vestes, aliaque id genus multa, ex apostolicâ disci-
plina et traditione, quo et majestas tanti sacrificii commendaretur, et
mentes fidelium perhaec visibilia religionis et pietatis signa ad rerumaltis-
simarum quae in hoc sacrificio latent, contemplationem excitarentur.
[Gonc. Trid. Sess. XXII, cap. v.)
24 ' ETAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS Qf cq saiiit Concile n'était point amené à produire cette
■ LITURGIQUES __ ^^^^^^'^^ ^^^ quelque conjecture incertaine, déduite de
Tertuiiien prémisses vagues, il parlait comme parlaient les premiers
tn'voquenui^ siècles. Il iuvoquait la tradition primitive, c'est-à-dire
apostolique apostoUquc^ comme Pavait si éloquemment invoquée Ter-
pour rendre tullieu, dès le troisième siècle, pour rendre raison de tant
raison ' . . -ri'
de certains rites, de rites qui ne paraissaient point fondes sur la lettre des
saints Évangiles, tels que le renoncement au démon avant
le baptême, la triple immersion, la confession du baptisé
dont elle était précédée ; la nourriture de lait et de miel
qu'on lui donnait, l'obligation de s'abstenir du bain durant
la semaine qui suivait le baptême ; la communion eucha-
ristique fixée au matin, avant toute autre nourriture ; les
oblations pour les défunts ; la défense de jeûner ou de prier
à genoux, le dimanche et durant le temps pascal ; le soin
tout particulier des espèces consacrées ; l'usage continuel
du signe de la croix, etc. (i). Saint Basile signale aussi
la même tradition comme source des mêmes observances,
auxquelles il ajoute, en manière d'exemple, les suivantes,
ainsi de prier vers l'orient, de consacrer l'Eucharistie au
milieu d'une formule d'invocation qui ne se trouve rap-
portée ni dans saint Paul, ni dans l'Évangile ; de bénir
l'eau baptismale et l'huile de l'onction, etc. (2). Et non-
seulement saint Basile et Tertuiiien, mais toute l'antiquité,
sans exception, confesse expressément cette grande règle
de saint Augustin devenue banale à force d'être répétée :
Qiiod universa tenet ecclesia, nec conciliis institntum^ sed
semper retentiim est, non nisi aiictoritate apostolica tra-
ditiim rectissime creditiir (3).
Grotius, Grabe C'est pourquoi les protestants éclairés, en dépit descon-
et les autres / i i i*
protestants sequences que les catholiques en peuvent tirer contre eux,
ne font aucune difficulté de rapporter à l'institution apos-
(i) Voyez cet important passage Note A, à la fin de ce chapitre.
(2) Vid. Ibidem, Note B.
(3) De Baptism. contra Donat., lib. IV., cap. xxiv.
éclairés
AU TEMPS DES APOTRES 25
tolique les rites qui accompagnent la célébration des
sacrés mystères, toutes les fois que ces rites présentent un
caractère d^universalité. Grotius confesse franchement
qu^il ne voit pas le plus léger sujet d'en douter (T);Grabe
va plus loin et déclare qu'il ne comprend pas comment un
homme de sens se pourrait persuader un instant qu'il en
pût être autrement. « Non, dit-il, que je prétende adjuger
« toutes les Liturgies dites Apostoliques à ceux dont ©lies
« portent les noms ; il suffit bien que les Apôtres aient été
« les auteurs, sinon les rédacteurs des anciennes Litur-
« gies (^). » En quoi ils se trouvent pleinement d'accord
Tun et l'autre avec le grand cardinal Bona qui résume
admirablement toute cette question dans les paroles sui-
vantes :
« Il est dans foutes les Liturgies certaines choses sur
tt lesquelles toutes les Eglises conviennent, et qui sont
« telles que sans elles l'essence du sacrifice n'existerait pas,
« comme sont la préparation du pain et du vin, l'oblation,
« la consécration, la consommation, enfin la distribution
« du sacrement à ceux qui veulent communier. Ensuite,
« il y a d'autres parties importantes qui, bien qu'elles
« n'appartiennent pas à l'intégrité du sacrifice, se retrou-
c( vent cependant dans toutes les Liturgies, comme le
« chant des psaumes, la lecture de l'Écriture sainte, l'assis-
c( tance des ministres, l'encensement, l'exclusion des caté-
I PARTIE
CHAPITRE III
confessent
l'institution
apostolique des
rites qui ont
un caractère
d'universalité.
Témoignage
du
cardinal Bona
(i) Consensus liturgiarum per omnia loca ac tempora in precibus illis,
ut Deus dona per Spiritum suum sanctificet, eaque faciat corpus et san-
guinem Christi, me dubitare non sinunt venire hoc à prima apostolorum
institutione. {De pace ecclesise, pag. 670.)
(2) Illos qui omnibus istis Liturgiis exprimuntur, quique jani olim ubi-
que inter sacra mysteria 'usitati fuerunt, ritus ex apotolicâ traditione
fiuxisse; ecclesias enimab apotolis institutas formamaliquam et ritumoffe-
rendi sacrifîcium,cui tam arctasit, et praecipua cum religione connexio non
accepisse, quis sanus sibi persuadeat ? Non quod tamen liturgias omnes
apostolicas iis quorum nomina insigniuntur, adjudicare velim. Sufficiat
liturgiarum antiquarum si non scriptores, saltem primos auctores fuisse
apostolos. (In S. Ireneum, lib. I., cap. iii^ annotatJ
20 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS « chumèncs et des profanes, la fraction de Phostie, le sou-
liturgiques .^ , . -. , 11 • 1 A
-^ c( hait de paix, les prières multipliées, 1 action de grâces
« et autres choses de cette nature (i). »
Des traditions Mais si les Apôtres doivent être incontestablement consi-
di^ffSentes7es dérés comme les créateurs de toutes les formes liturgiques
unes des autres universelles, on n'est pas moins er, droit de leur attribuer
également des ^^ grand nombre de celles qui, pour n'avoir qu'une
Apôtres. ^ . ^ .
extension bornée, ne se perdent pas moins, quant à leur ori-
gine, dans la nuit des temps. En effet, ils ont dû plus d'une
fois assortir les institutions de ce genre, dans leur partie
mobile, aux mœurs des pays, au génie des peuples, pour
faciliter par cette condescendance la diffusion de l'Evangile :
et c'est là l'unique manière d'expliquer les dissemblances
profondes qui régnent entre certaines Liturgies d'Orient,
qui sont l'œuvre plus ou moins directe cf un ou plusieurs
apôtres, et les Liturgies d'Occident, dont l'une, celle de
Rome, doit reconnaître saint Pierre pour son principal
auteur. Ainsi encore pourra-t-on expliquer comment les
Églises d'Asie, au second siècle, soutenaient, comme une
tradition apostolique, leur manière de célébrer la Pâque,
contraire à celle de l'Eglise romaine qui invoquait, avec
raison , la tradition très-certaine et très-canonique du
Prince des apôtres.
Des On est même en droit de conjecturer que le même Apôtre
rites différents , , , ., , , ,. .
ont dû être a pu, dans le cours de sa carrière de prédication, se trou-
successive^ment ver dans le cas d'employer des rites différents, à raison
mêine Apôtre. ^^ ^^ diversité des lieux qu'il évangélisait tour à tour. C'est
4a remarque du savant Père Lesleus dans l'excellente pré-
face de son édition du Missel Mozarabe ; ce qu'il faut
néanmoins toujours entendre, sauf la réserve des points
sur lesquels on trouve accord universel dans toutes les
Liturgies (2). Ces diversités n'ont donc rien qui doive sur-
(i) Vid. le texte à la Note C.
(2) Vid. infrà la Note D.
AU TEMPS DES APOTRES 27
prendre : elles entraient dans les nécessités de Tépoque
apostolique, puisque, aujourd'hui même, Tunité fût-elle
rétablie entre TOrient et TOccident, on n'oserait se flatter
de les voir disparaître. Concluons donc que ce n'est point
une raison pour refuser d'admettre l'origine apostolique
des Liturgies générales et particulières, de ce que celles
qui portent les noms de saint Pierre, de saint Jacques, de
saint Marc, etc., ne s'accordent ni entre elles, ni avec celles
de l'Occident, dans les choses d'une importance secondaire,
tellQs que l'ordre et lateneur des formules de supplication.
On ne saurait non plus leur disputer cette même origine,
sous prétexte que, dans l'état où elles sont aujourd'hui,
elles présentent plusieurs choses qui paraissent visible-
ment avoir été ajoutées dans des temps postérieurs. Les
Apôtres tracèrent les premières lignes, imprimèrent la
direction ; mais l'œuvre liturgique dut se perfectionner sous
l'influence de l'Esprit de vérité qui était donné à l'Église
pour résider en elle jusqu'à la fin des temps. Telle est la
manière saine d'envisager les controverses agitées plusieurs
fois par des hommes doctes, à propos de ces Liturgies ;
assez généralement on a excédé de part et d'autre, en
soutenant des principes trop absolus.
Laissons donc saint Jacques auteur de la Liturgie qui
porte son nom, puisque l'antiquité l'a cru ainsi. Qu'im-
portent quelques changements ou additions ? ne fait-elle
pas le fond de toutes celles de l'Orient .? Quant à saint
Pierre, il y a deux questions à examiner. D'abord, comme
chef et prince des Apôtres, il n'a pu être étranger à l'insti-
tution ou règlement des formes générales de Liturgie que
ses frères allaient porter par tout l'univers. Du moment
que nous admettons son pouvoir de chef, nous devons
admettre, par là même, son influence principale, en ceci
comme en tout le reste, et reconnaître, avec saint Isidore,
que l'on doit faire remonter à saint Pierre, comme insti-
tuteur, tout ordre liturgique qui s'observe universelle-
I PARTIE
CHAPITRE III
Conséquences
de
cette doctrine
relativement
aux Liturgies
dites
apostoliques.
Saint Pierre,
chef ♦
des Apôtres,
instituteur de
tout Tordre
liturgique uni-
versel
et de la Liturgie
particulière de
l'Église
romaine.
ment.
28 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS mcnt dans toute TÉglise (i). En second lieu, quant à la
LITURGIQUES j^-^^^g'^ papticulière de TÉglise de Rome, sans s'arrêter
à donner ici des autorités que la suite de la discussion
amènera plus loin, le seul bon sens nous apprend que cet
apôtre n'a pu habiter Rome durant de si longues années,
sans s'occuper d'un objet si important, sans établir, dans
la langue latine, et pour le service de cette Église qu'il
faisait par son libre choix mère et maîtresse de toutes les
autres, une forme qui, eu égard aux variantes que néces-
sitait la différence des mœurs, du génie et des habitudes,
valût au moins celles qu'il avait établies et pratiquées à
Jérusalem, à Antioche, dans le Pont et la Galatie.
La formation Admettons tant qu'on voudra que cette formation de la
la Lkurgie Liturgie par les Apôtres a dû, comme toutes les grandes
^^\lll^pUQ^^ choses, s'accomplir progressivement ; que l'ensemble des
progressive- -^ ^^ saint sacrifice et des sacrements ne se sera pas
complété dès le jour même de la Pentecôte : le Nouveau
Testament lui-même n'a-t-il pas été formé successivement ?
De l'apparition de l'Évangile de saint Matthieu à la publi-
cation de l'Évangile de saint Jean, cinquante années ne se
sont-elles pas écoulées ? Accordons encore ceci, que les
nécessités de l'instruction chrétienne devant naturellement
absorber la plus grande partie des moments que les Apô-
très passaient dans les diverses Eglises, on se trouvait
obligé d'abréger le temps destiné à la Liturgie, comme il
arriva à Troade, où la fraction du pain, c'est-à-dire la
célébration de l'Eucharistie, se trouva retardée jusqu'au-
delà du milieu de la nuit, par suite de la longueur des
instructions que l'Apôtre reprit encore après la célébra-
tion des Mystères et continua jusqu'au lever du jour (2);
mais du moment que la foi chrétienne avait pris racine
(i) Ordo missse vel orationum, quibus oblataDeo sacriticiaconsecrantur,
primum à sancto Petro est institutus, cujus celebrationem uno eodemque
modo universLis peragit orWs. {De Eccles., Officiis, lib. I, cap. xv.)
(2) Vid. la Note E.
AU TEMPS DES APOTRES 29
. dans une ville et que les Apôtres avaient pu y établir un i partie
^ - . . , . CHAPITRE III
eveque, cies prêtres et des diacres, les lormes extérieures
acquéraient de Textension et le culte devenait nécessaire-
ment plus solennel. Ainsi saint Paul, dans sa première
Epître aux Corinthiens (i), nous montre-t-il cette nouvelle
Eglise déjà en possession des Mystères du corps et du
sang du Seigneur; mais il ne croit pas avoir accompli tous
ses devoirs à son égard, s^il ne la visite encore, s'il ne
dispose dans un ordre plus parfait, plus canonique, ce qui
concerne les choses saintes. Tel est le sens que les saints
docteurs ont constamment donné à ces paroles qui termi-
nent le passage de cette épître où il est parlé de TEucha-
ristie : Cœtera cinn venero disponam. Saint Jérôme, dans
son commentaire succinct sur ce passage, s'explique ainsi :
Cœtera de ipsius Mysterii Sacramento. Saint Augustin
développe davantage cette pensée dans sa lettre ad Janiia^
riiim (2) : « Ces paroles, dit-il, donnent à entendre que,
« de même qu'il avait dans cette épître fait allusion aux
« usages de TÉglise universelle (sur la matière et l'essence
« du sacrifice), il établit ensuite lui-même (àCorinthe) ces
« rites dont la diversité des mœurs n'a point arrêté l'uni-
« versalité. »
Mais, afin de préciser davantage la vérité de fait sur Rites
cette matière et appuyer nos observations sur des données ^à^\a^T?tuiïi^^
positives, nous allons essayer de produire quelques traits apostolique.
de l'ensemble de la Liturgie primitive. Nous en puiserons
les notions dans les Actes et les Epîtres des Apôtres, et
aussi dans les témoignages de la tradition des cinq pre-
miers siècles, où ces usages figurent comme remontant
à l'origine même du Christianisme, en même temps qu'ils
(i) I Cor., XI, 34.
(2) Cœtera autem cum venero ordinabo. Undè intelligi datur, quia mul-
tum erat ut in epistolâ totum illum agendi ordinem insinuaret quem uni-
versa per orbemservat ecclesia,abipso ordinatum esse quod nullâ morum
diversitate variatur. (S. Augustin. Opp., tom. II, pag. 127.)
ÔO
ETAT DE LA LITURGIE
Dans
le sacrifice
eucharistique
ou Fraction
du pain,
INSTITUTIONS v offrciit uYiQ îdéc de ces rites généraux qui, par leur géné-
LITURGIQUES ,.,a i» v / ^T '^1
ralité même, doivent être censés apostoliques, suivant la
règle de saint Augustin que nous avons citée, et que ce
grand docteur exprime encore ailleurs d'une manière non
moins précise (i).
Commençons par le sacrifice eucharistique. Nul doute
que tout ce qui le concerne ne soit à la tête des prescrip-
tions liturgiques. La Fraction du Pain paraît dès la pre-
mière page des Actes des Apôtres (2), et saint Paul, dans
la première Épître aux Corinthiens, enseigne quelle est la
valeur liturgique de cet acte (3). Mais le culte et Famour
que les saints Apôtres portaient à celui avec lequel cette
Fraction du Pain les mettait en rapport, les obligeait,
suivant l'éloquente remarque de saint Proclus de Cons-
tantinople, de l'environner d'un ensemble de rites et de
prières sacrées qui ne pouvait s'accomplir que dans un
temps assez long (4) : et ce saint évêque ne fait que suivre
en cela le sentiment de son glorieux prédécesseur, saint
le choix du lieu, J^^i^ Ghrysostome (5). D'abord cette célébration, autant
qu'il était possible, avait lieu dans une salle décente et
ornée ; car le Sauveur l'avait pratiquée ainsi, à la dernière
cène, cœnaculum grande^ stratum (6). Quelquefois des
les lumières, lampes nombreuses y suppléaient à la lumière du jour (7).
On doit comprendre que la Fraction du Pain célébrée
chez Gamaliel, à Jérusalem, ou à Rome, chez le sénateur
Pudens, devait s'y accomplir avec plus de pompe que
(i) Sunt multa quae universa tenet ecclesia et ob hoc ab apostolis prœ-
cepta benè creduntur. [De Baptismo, lib. V, cap. xxiii.)
(2) Act., II, 46.
(3) I Cor., X, 16.
(4) Vid. la Note F.
(b)Guni sacras illascœnas accipiebantapostoli,quidtùm faciebant? nonne
in preces convertebantur et hymnos ? nonne in sanctas vigilias? nonne in
longam illam. doctrinam et multae philosophiae plenam? (//o?n/7. XXF//
in 1 ad Cor.)
(6) Luc, XXII, 12. ■
(7) Act., XX, 8.
AU TEMPS DES APOTRES 3l
lorsqu'elle avait lieu dans la maison de Simon le cor- ^ partie
^ CHAPITRE III
royeur(i).
Le lieu de la célébration était remarquable par un autel : l'autel,
ce n'était déjà plus une table. Saint Paul le dit avec em-
phase : Allare habemus^ « nous avons un autel, et les
c( ministres du tabernacle n'ont point droit d'y parti-
ce ciper (2). «Autour de cet autel étaient rangés, dès l'ori-
gine de l'Église, suivant les traditions du ciel dévoilées
par saint Jean, dans l'Apocalypse (3), d'abord, en face,
l'apôtre ou l'évêque qui tenait sa place, comme celui-là la disposition
^ ^ ^ -1 r 7 j^gg sièges
tenait celle du Père céleste : à droite et à ffauche du siéffe, ^^s membres de
^ ; . . ^ *^ la hiérarchie,
les prêtres figurant les vingt-quatre vieillards ;' près de
l'autel, les diacres et autres ministres, en mémoire des anges
qui assistent aussi dans l'attitude de serviteurs près de
l'autel sur lequel se tient, dans les cieux, l'Agneau comme
immolé [/[). Tout le monde sait que cette disposition des
sièges, dans l'abside de l'Église chrétienne, s'observe
encore en Orient, et que si, en Occident, elle est presque
partout tombée en désuétude, Rome en a gardé la tradition
dans la disposition du chœur de plusieurs de ses anciennes
églises ; on la suit exactement aux jours où le Pape célèbre,
ou assiste pontificalement, dans quelqu'une des Basiliques
Patriarcales.
Les fidèles réunis ainsi dans le lieu du Sacrifice, que fai- ^^ lecture des
. . Epitres
sait le Pontife, à l'époque apostolique ? Comme aujourd'hui, des Apôtres
f et de l'h-vangile
il présidait d'abord à la lecture des Épîtres des Apôtres, à
la récitation de quelque passage du saint Évangile, ce qui
a dès l'origine formé la Messe des Catéchumènes ; et il ne
faut pas chercher d'autres instituteurs de cet usage que les
(i) On peut voir au premier volume des Origines de l'Église romaine,
page 273, quelques détails sur la pompe du culte à l'âge des persécutions.
Ils seront confirmés et enrichis de nouvelles particularités dans les volu-
mes suivants.
(2) Hebr., xiii, 10. -
(3) Apoc, IV.
(4) Apoc, V, 6. .
32 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS Apôtrcs eux-mêmes. Saint Paul dit aux Colossiens :
LITURGIQUES ^ t^ a • / • ' ' 1
■ « Lorsque cette Epitre que je vous écris, aura ete lue
« parmi vous, ayez soin qu^elle soit lue dans Téglise de
« Laodicée, et lisez ensuite vous-mêmes celle qui - est
« adressée aux Laodiciens (i). » A la fin de la première
Épître aux Thessaloniciens, ce même Apôtre ajoitfe : « Je
« vous adjure par le Seigneur, que cette Épître soit lue à
c( tous les frères saints (2). « Cette injonction apostolique eut
force de loi tout d'abord, car dans la première moitié du
second siècle, le grand apologiste saint Justin atteste la
fidélité avec laquelle on la suivait, dans la description
qu^il a donnée de la Messe de son temps (3). Tertullien (4)
et saint Cyprien (5) confirment son témoignage. Voilà
pour rÉpître.
Quant à la lecture de PÉvangile, Eusèbe (6) nous
apprend que le récit des actions du Sauveur écrit par
saint Marc fut approuvé par saint Pierre pour être lu
dans les Églises : et saint Paul fait, peut-être, allusion à
ce même usage, lorsque, désignant saint Luc, le fidèle
compagnon de ses pèlerinages apostoliques, il le nomme
ce frère devenu célèbre, par rÉvangile, dans toutes les
Eglises (7).
le Le salut au peuple par ces paroles : Le Seigneur
salut au peuple, .. , . ,. ,, . 1 • t-.
soit avec vous^ était en usage des 1 ancienne loi. Booz
Tadresse à ses moissonneurs (8) ; et un prophète à Asa,
roi de Juda (9). Ecce ego vobiscuin swn, dit le Christ à
son Église (10). Aussi TÉglise tient-elle cette coutume des
Apôtres, comme le prouve Tuniformité de cette pratique
dans les anciennes Liturgies d'Orient et d'Occident,
(i) Col., IV, 16. — (2) I Thess., v, 27. — (3) Commentaria Apostolorum,
scriptaProphetarum, quoad tempus fert, leguntur. (S. Justin. Apolog.Il.)
(4) Apologet., cap. xxxiv. -- (5) Epist. XXXIII et XXXIV. — (6) Hist.
Eccles., lib. II, cap. xv. — (7) Cujus laus est in Evangelio per omnes eccle-3
sias. (II Cor. viii.) — (8) Ruth, 11. — (9) II ParaL, xv. — (10) Matth.^|
xxviii, 20.
AU TEMPS DES APOTRES 33
comme renseigne expressément le premier Concile de
Brague (i).
La Collecte^ forme de prière qui résume les vœux de
rassemblée, avant même Toblation du sacrifice, appartient
aussi à rinstitution primitive. Saint Augustin l'enseigne
dans un passage que nous citerons plus loin : Taccord de
toutes les Liturgies le démontre également. La conclusion
de cette oraison et de toutes les autres par ces mots :
Dans les siècles des siècles^ est universelle, dès les premiers
jours de TÉglise. Saint Irénée, au second siècle, nous
apprend que les Valentiniens en abusaient pour accréditer
leur système des Eones (2). Quant à la coutume de
répondre Amen^ personne, sans doute, ne s'étonnera que
nous la fassions remonter aux temps apostoliques. Saint
Paul lui-même y fait allusion, dans sa première Epître aux
Corinthiens (3).
Dans la préparation de la matière du Sacrifice, a lieu le
mélange de Teau avec le vin qui doit être consacré. Cet
usage d'un si profond symbolisme, saint Cyprien nous
enseigne à le faire remonter jusqu'à la tradition même du
Seigneur (4). Les encensements qui accompagnent Tobla-
tion ont été reconnus pour être d'institution apostolique,
par le Concile de Trente, cité plus haut.
Le même saint Cyprien nous apprend que, dès le ber-
ceau de l'Église, V Action du Sacrifice était précédée d'une
Préface ; que le prêtre criait Sursum corda : à quoi le
I PARTIE
CHAPITRE III
la Collecte, sa
conclusion
et la réponse
Amen,
Fusage de
mélanger
l'eau avec le vin
dans
la préparation
du sacrifice
et les
encensements
sur les
oblations,
la Préface,
(i) Placuit ut non aliter episcopi, et aliter presbyteri populum, sed uno
modo salutent, dicentes: Dominas vobiscum, sicut in libro Ruth legitur, et
ut respondeatur a populo i-Ef cum spiritù tuo: sicut et ab ipsis apostolis
traditum omnis retinetOriens, et non sicut Priscilliana pravitasimmutavit.
[Concil. Braccaren., can. xxi.)
(2) Adv. Hœres., lib. I, cap. i.
(3) I Cor., XIV.
(4) Admonitos autem nos scias ut in calice offerendo Dominica traditio
servetur.... qua in parte invenimus calicem mixtum fuisse quem Dominus
obtulit. [Epist. LXIII, pag. 27G et seq.)
T I 3
34 ÉTAT DE LA LITURGIE
iN^sTiTUTioNs peuplc répondait : Hahemus ad Domininn (i). Et saint
LITURGIQUES r r JT i ' T 1 /
" ■ Cyrille, parlant aux catéchumènes de lEglise de Jéru-
salem, cette Église de fondation apostolique, s'il en fut
jamais, leur explique cette autre acclamation qui retentit
aussi dans nos Basiliques d'Occident : Grattas agamiis
Domino Deo nostro ! Digmum et justum est (2) !
le Trisagion Vient ensuite le Trisagion : Sanctiis, Sanctus, Sanctus
emprunté ,, . t • n t i
à isaie et à Domïmis ! Isaïe, sous lancienne Loi, 1 entendit chanter au
po c^yp , ^.^^ ^^ trône de Jéhovah ; sous la nouvelle, le prophète de
Pathmos le répéta tel qu'il l'avait ouï résonner auprès de
l'autel de l'Agneau. Ce cri d'amour et d'admiration révélé
à la terre, devait trouver un écho dans l'Eglise chrétienne.
Toutes les Liturgies le connaissent, et l'on peut assurer
que le Sacrifice eucharistique ne s'est jamais offert sans
qu'il ait été proféré,
le Canon de la Le Ganon s'ouvre ensuite, et qui osera ne pas recon-
Messe '
naître son origine apostolique ? Les fondateurs des Eglises
pouvaient-ils laisser flottante et arbitraire cette partie
principale de la Liturgie sacrée ? S'ils ont réglé tant de
choses secondaires, avec quel soin n'auront-ils pas déter-
miné les paroles et les rites du plus redoutable et du plus
fondamental de tous les mystères chrétiens ? « C'est de la
c( tradition apostolique, dit le Pape Vigile, dans sa lettre
c( à Profuturus de Brague, que nous avons reçu le texte
de la prière canonique (3). »
les dfff^^ t C'est cette même prière canonique que saint Paul a en
formes
(i) Ideo sacerdos, ante orationem, praefatione praemissa, parât fratrum
mentes dicendo : Sursum corda, ut dum respondet plebs : Habemus ad
Dominum, admoneatur nihil aliud se quam Dominum cogitare debere. [De
Orat. Domîn., pag. 107.)
(2) Deinde dicit sacerdos: Gr^^/(3S a^i3mM5 Z)ommo; certe gratias agere
debemus.... ad haec vos subjicitis : Dignum et justum est! etc. (Cateches.
Mystagog. V.)
(3) Quapropter et ipsiusCanonicae précis textum direximussubter adjec-
tum, quam Deo propitio ex apostolica traditione accepimus. (Vigil. cid
Profutunim Braccarensem. Labbc, tom. V, pag. 3i3.)
AU TEMPS DES APOTRES 35
vue, quand, dans sa première Epître à Timothée, parlant i partie
' ^ ^ ^ ^ ^ ... CHAPITRE III
des prières solennelles à adresser à Dieu, il distingue les ^ '
Obséa^ations^ les Oraisons, les Postulations, les Actions de prières que
, A / N TT • • 1 -l'A • saint Paul
de grâces (i). Voici le commentaire de saint Augustin sur et
ce passage : «Mon avis est qu^il faut entendre ces paroles ^y^signafent,^^
« de Pusage suivi dans toute ou presque toute FEglise,
« savoir : les supplications (precationes)^ c^est-à-dire celles
« que dans la célébration des mystères nous adressons
« avant même de commencer à bénir ce qui est sur la
« Table du Seigneur ; les prières (orationes)^ c'est-à-dire
« tout ce qui se dit lorsqu'on bénit et sanctifie, lorsque
« Ton rompt pour distribuer, et cette partie se conclut par
« rOraison dominicale, dans presque toute FEglise ; les
« interpellations (interpellationes)^ ou comme portent nos
« exemplaires, les postulations (j[?05/^z//(3^zo;^e59, qui ont lieu
« quand on bénit le peuple : car alors les Pontifes, en leur
« qualité d'avocats, présentent leurs clients à la très-misé-
« ricordieuse bonté ; enfin, lorsque tout est terminé et
« qu'on a participé à un si grand Sacrement, l'Action de
« grâces (Gratiariim aclio) conclut toutes choses (2). »
Après la divine consécration, les dons sanctifiés reposant l'Oraison
1, , -v 7« 1 1 • T • /o\ dominicale
sur 1 autel, cette prière prolixe dont parle saint Justin (3), chantée vers la
et par laquelle il désigne le Canon, touchant à sa fin, du Canon.
l'Oraison dominicale est prononcée avec une confiance
solennelle ; car dit saint Jérôme : « C'est d'après l'ensei-
« gnement du Christ lui-même, que les Apôtres ont osé
« dire chaque jour avec foi, en offrant le sacrifice de son
« corps: Notre Père qui êtes aux cieux (4). »
(i) Obsecro igitur primum omnium fieri obsecrationes, orationes, postu-
lationes, gratiarumactionespro omnibus hominibus, etc. (I Tim., ii, i.)
(2) Vid. la Note G.
(3) Apolog. I, no 65, pag. 82.
(4) Sic docuit Ghristus apostolos suos, ut quotidieincorporis illius sacri-
ficio credentes audeant dicere: Pater noster, qui es in cc^Xis. {Adv.Pelag.
lib I, cap. xviii.)
36 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS Lc Sacoficateur procède ensuite à la Fraction de
LITURGIQUES j, j^^^^^'^^ ^^^ ^^^j "j gg Diontre rimitateur, non-seulement des
_ — / i
la Fraction de Apôtres (i), mais du Christ lui-même, qui prit le pain, le
l'Hostie, ^^^.^ ^^ j^ ro77îpit avant de le distribuer (2).
le baiser de Mais, avant de communier à 4a victime de charité,
P^'^' tous doivent se saluer dans le saint baiser (3). « L'invita-
« tion de TApôtre, dit Origène, a' produit, dans les Églises,
« Tusage qu'ont les frères de se donner le baiser, lorsque
« la prière est arrivée à sa fin (4). »
Voilà donc certifiée Torigine apostolique des rites prin-
cipaux du sacrifice, tels qu'ils se pratiquent dans toutes les
Églises. Notre plan ne nous permet pas ici de traiter plus
en détail cette matière : nous ajouterons seulement quelques
mots, pour achever de donner une idée de la Liturgie, au
siècle des Apôtres.
Dans D'abord, pour ce qui regarde l'administration des Sacre-
l'admini^s^tration j^g^ts, nous y découvrons de suite la matière non-seulement
Sao-ements présumée, mais entièrement certaine, d'un grand nombre
nombreux sont de prescriptions apostoliques. Les cérémonies principales
d'institution ^ ^ ^ «ni-'J!
apostolique, qui précèdent, accompagnent et suivent 1 application de la
matière et de la forme essentielles ; comme, dans le Bap-
tême, les insufflations, les exorcismes, l'imposition des
mains, la tradition du sel, les onctions, avec les formules
qui y sont jointes, tous ces rites dont l'origine se perd dans
les ombres de la première antiquité, ne peuvent avoir
d'autres auteurs que les Apôtres eux-mêmes. L'Eglise
l'enseigne, les anciens Pères l'attestent, la raison même le
démontre ; car, autrement, comment expliquer l'univer-
salité de ces rites ? Il faut donc admettre nécessairement
(i) I Cor., X, 16.
(2) Matth., XXVI, 26; Marc, XIV, 22; Luc, xxii, 19.
(3) Rom., XVI, 16; I Cor., xvi, 2o;TI Cor., xiii, 12; I Thess.,v, 26; I Petr.^
V, 14.
(4) Ex hoc sermone mos ecclesiis traditus est ut post orationes,
osculo invicem se recipiant fratres. (Origen. in Epist. ad Rom,, cap. xvi.)
I PARTIE
CHAPITRE III
AU TEMPS DES APOTRES 3 7.
un Rituel apostolique^ écrit ou traditionnel, peu importe,
renfermant le détail de ces augustes pratiques, avec les
formules de prière ou de confession qui les accompagnent :
ainsi, pour le Baptême, les insufflations, les exorcismes et
impositions de mains, les onctions, les habits blancs ; pour
la Confirmation, le Chrême, avec la manière de le consa-
crer, rimposition des mains qui diffère dans Tintention et
dans les formules de celle qui se fait sur les catéchumènes,
de celle qui réconcilie les pénitents, et de celle qui, dans le
sacrem.ent de l'Ordre, enfante à PÉglise des évêques, des
prêtres et des diacres, etc. Il suffit d'indiquer ici ces points
de vue généraux, le lecteur peut suppléer aisément.
Nous ferons seulement remarquer ici que, comme PÉglise Les Apôtres
n'exerce pas seulement le pouvoir des Sacrements, mais laissé des
enseîsnernen ts
aussi celui des Sacramentaux^ par la vertu de bénédiction sur la
qui est en elle, les Apôtres, de qui elle a tout reçu, n'ont Sacramentaux.
pu manquer d'exercer ce droit de sanctifier toute créature
pour la faire servir au bien spirituel et temporel des enfants
de Dieu, et ont dû, par conséquent, laisser sur cette ma-
tière des enseignements et une pratique qui complètent cet
ensemble rituel dont nous venons de parler. Il n'yaurait
ni orthodoxie, ni logique, à contester cette évidente consé-
quence qui ne peut déplaire qu'à ces novateurs qui parlent
sans cesse de l'antiquité, et la déclinent ensuite lorsqu'on
vient à les confronter avec elle.
Parlerons-nous maintenant des habits sacrés ? Comment Les habits
les Apôtres de la Loi nouvelle, de cette loi qui ne détruisait ont Ta^^même
le symbolisme vide de l'ancienne que pour y substituer un ongme.
symbolisme plein de réalité, eussent-ils emprunté aux rites
mosaïques les onctions, le mélange de parfums qui forme
le Chrême, les encensements et tant d'autres choses, et
négligé la sainteté et la majesté des vêtemens sacerdotaux ;
détail si important, que Dieu lui-même, sur le Sinaï, l'avait
minutieusement fixé pour les ministres du premier Taber-
nacle ? La tunique de lin que portait saint Jacques à Jéru-
38 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS salciTi (i), ct \di IsiVciQ d'or dont saint Jean ceignait son front,
LITURGIQUES ^ . , ai • ^ ■> '
à Ephèse (2), attestent que ces pécheurs savaient s'environ-
ner de quelque pompe dans la célébration de leurs mystères.
Nous ne citerons ici que ce seul trait ; le témoignage de
saint Denys TAréopagite, dans sa Hiérarchie ecclésiastique^
éclaircirait grandement cette matière ; mais nous nous
interdirons les inductions tirées de cet auteur, jusqu'à ce
que nous ayons ailleurs justifié l'autorité des écrits qu'on
lui attribue.
Fêtes établies Parlerons-nous des fêtes établies par les Apôtres ? Saint
les Apôtres. Augustin énumère celles de la Passion, de la Résurrection,
de l'Ascension de Jésus-Christ et celle de la Pentecôte (3).
Nous démontrerons ailleurs l'origine apostolique de plu-
sieurs autres. Nous voulons seulement, dans ce chapitre,
tracer les premières lignes et fixer le point de départ de la
Liturgie chrétienne ; nous ne pousserons donc pas plus
loin dans cet endroit ces observations de détail, dont
l'occasion se présentera de nouveau. Nous placerons seule-
ment ici , en finissant , quelques remarques fondamen-
tales.
Extension 1° La Liturgie établie par les Apôtres a dû contenir
nécessaire de la . ^ ...
Liturgie nécessairement tout ce qui était essentiel à la célébration
apostolique. o • ' • ... o
du Sacrifice chrétien, à l'administration des Sacrements,
tant sous le rapport des formes essentielles que sous celui
des rites exigés par la décence des mystères, à l'exercice
du pouvoir de Sanctification et de Bénédiction que l'Eglise
tient du Christ par les mêmes Apôtres, à l'établissement
(i) Euseb., Hist. Eccles., lib. IV, cap. viii.
(2) Ibid., lib. V, cap. xxiv.
(3) Illa autem quae non scripta sed tradita custodimus, quae quidem toto
terrarum orbe servantur, datur intelligi vel ab ipsis apostolis, vel plenariis
conciliis, quorum est in Ecclesia saluberrima auctoritas,commendata atque
statuta retineri, sicuti quod Domini Passio et Resurrectio etAdscensio in
cœlum, et Adventus de cœlo Spiritus Sancti, anniversaria solemnitate
celebrentur, et si quid aliud taie occurrit quod servatur ab universa qua-
cumque se diffundit Ecclesia. [Epist.ad Januar. Opp., tom. II, pag. 124.)
AU TEMPS DES APOTRES 89
d'une forme de Psalmodie et de Prière publique: enfin, ce i partie
CHAPITRE III
recueil liturgique a dû comprendre tout ce que Ton ren-
contre d'universel dans les formes du culte, durant les
premiers siècles, et dont on ne peut assigner ou Fauteur,
ou Torigine. L'étude de l'antiquité chrétienne ne saurait
manquer de révéler à ceux qui s'y livrent la grandeur de
cet ensemble primitif des rites chrétiens, en même temps
que la réflexion et la considération sérieuse des besoins
de l'Église, dès cette époque, leur montrera toute la néces-
sité qu'elle avait, dès lors, de compléter et ses moyens de
salut et ses moyens de culte, qui forment, avec le dépôt des
vérités spéculatives, la principale partie de l'héritage divin
confié à sa garde.
2° Sauf un petit nombre d'allusions dans les Actes des Dès le temps
Apôtres et dans leurs Épîtres, la Liturgie apostolique se la Liturgie^est
trouve tout à fait en dehors de l'Écriture, et est du pur ^/^^ ^^^^^j^^^^^^
domaine de la Tradition. Ces allusions, même les plus
claires, par exemple celle de saint Jacques, sur l'Extrême-
Onction, tout en nous apprenant qu'il existait des rites et
des formules, ne nous apprennent rien, ni sur le genre des
premiers, ni sur la teneur des secondes. On doit donc
considérer, dès le principe, la Liturgie comme existant
plus particulièrement dans la Tradition que dans l'Ecri-
ture, et devant par conséquent être interprétée, jugée,
appliquée, d'après cette source de toutes les notions ecclé-
siastiques. Il ne faut ni étudier, ni réfléchir longtemps,
pour savoir que la Liturgie s'exerçait par les Apôtres et
par ceux qu'ils avaient consacrés évêques, prêtres ou
diacres, longtemps avant la rédaction complète du Nou- ^
veau Testament. Plus tard, nous verrons d'importantes
conséquences sortir de ce principe.
40 ÉTAT DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
NOTES DU CHAPITRE III
NOTE A
Hanc (observationem) si nulla Scriptura determinavit, certe consuetudo
corroboravit, quae sine dubio de traditione manavit; quomodo enim usur-
pari quid potest, si traditum prius non est? Etiam in traditionis obtentu
exigenda est, inquis, auctoritas scripta?Ergo quasramus, an et traditio nisi
scripta non debeat recipi? Plane negabimus recipiendam, si nulla exempla
prœjudicent aliarum. observationum, quas sine ullius Scripturae instru-
mente, solius traditionis titulo, et exinde consuetudinis patrocinio vindi-
camus. Denique ut a baptismate ingrediar, aquam adituri, ibidem, sed et
aliquanto prius in Ecclesia sub antistitis manu contestamur, nos renun-
ciare diabolo, et pompae, et angelis ejus. Dehinc ter mergitamur, amplius
aliquid respondentes, quam Dominus in Evangelio determinavit; inde sus-
cepti, lactis et mellis concordiam praegustamus; exque ea die lavacro quo-
tidiano per totam hebdomadam abstinemus. Eucharistiae sacramentum,et
in tempore victus, et omnibus mandatum a Domino, etiam antelucanis
cœtibus, nec de aliorum manu quam praesidentium sumimus. Oblationes
pro defunctis, pro natalitiis annua die facimus. Die Dominico, jejunium
nefas ducimus, vel de geniculis adorare. Eadem immunitate a die Paschae
in Pentecosten usque gaudemus. Calicis aut panis etiam nostri aliquid
decuti in terram anxie patimur. Ad omnem progressum atque promo-
tum, ad omnem aditum et cxitum, ad vestitum, ad calciatum, adlavacrum,
ad mensas, ad lumina, ad cubilia, ad sedilia, quaecuinque nos conversatio
exercet, frontem crucis signaculo terimus. Harum et aliarum ejusmodi dis-
ciplinarum, si legem expostules Scripturarum, nullam invenies: traditio
tibi praetendetur auctrix, consuetudo confirmatrix, et fides observatrix.
(Tertullianus, De Corona Militis, cap. lu.)
NOTE B
Nam, si consuetudines, quae scripto prodita non sunt, tanquam haud
multum habentes momenti conemur rejicere, imprudentes gravissimum
Evangelio detrimentum inferemus, imo potius ipsam fidei praedicationem
ad nudumnomencontrahemus. Quodgenus est (ut ejus quod primum est et
vulgatissimum primo loco commemorem) ut signo crucis eos, qui spenicol_
locaruntinChristum, signemus, quis scripto docuit? Ut ad orientem versi
prccemur, quae nos docuit Scriptura? Invocationis verba, quum conficitur
panis Eucharistiae, et poculum benedictioriis, quis sanctorum in scripto nobis
reliquit.'' Nec enim his contenti sumus, quae commémorât Apostolus aut
AU TEMPS DES APOTRES 4t
Evangelium, verum alla quoque et ante et post dicimus, tanquam multum i partie
habentia momenti ad mysterium,qu£e ex traditione citra scriptum accepi- chapitre m
mus. Consecramus autem aquam baptismatis,et oleum unctionis, praeterea
ipsum, qui baptismum accipit, ex quibus scriptis ? Nonne a tacita secreta-
que traditione? Ipsam porro olei inunctionem, quis sermo scripto proditus
docuit ? Jam ter immergi hominem, unde ex Scriptura haustum ? Reliqua
item quae fiunt in baptismo, veluti renunciare satanae e.t angelis ejus, ex
qua Scriptura habemus ? Nonne ex minime publicata, et arcana hac tradi-
tione? (S. Basilius, De Spiritu Sancto, cap. xxvii.)
NOTE C
Sunt quaedam in omnibus Liturgiis, in quibus omnes Ecclesiœ conve-
niunt, utpote sine quibus sacrificii ratio nullo modo subsisteret, cujus-
modi sunt panis et vini praeparatio, oblatio, consecratio, consummatio, et
ipsius sacramenti communicare volentibus distributio. Alias item prasci-
puae partes sunt, quae licet ad sacrificii integritatem non spectent, in omni-
bus tamen omnium gentium Liturgiis reperiuntur, Psalmorum scilicet
modulatio, lectio Sacrae Scripturœ, rhinistrorum adparatus, thurificatio,
catechumenorum et aliorum profanorum exclusio, fractio hostiae, precatio
pacis, preces diversœ, gratiarumactio, et si quae alias sunt ejusdem generis.
(Bona, Rerum Liturgie, lib. I, cap. vi, § i .)
NOTE D
Apostolus Petrus in Palestina, Antiochice, et in Syria, in Ponto, in Gala- -,
tia, Romae, in Italia, et in aliis Orientis et Occidentis provinciis, Euchari-
stiam non seinel celebravit. Num eodem ubique ritu? Si annuis, quaero
num Romano, num Hierosolymitano^?Si Romano, cur in Oriente Liturgia
Romana nullibi obtinuit? Si Hierosolymitano, cur hic ritus Romae, et in
Occidente admissus non fuit ? Est igitur credibile S. Petrum, et alios apos-
tolos uni eidemque Liturgiae constanter non adhassisse. (Lesleus, m
Missale Mo^arab., Praefat. n» i6i, not.)
NOTE E
7. Una autem sabbati, cum convenissemus ad frangendum panem, Pau-
lus disputabat cum eis profecturus in crastinum, protraxitque sermonem
usque in mediam noctem.
8. Erant autem lampades copiosae in cœnaculo, ubi eramus congre-
gati.
9. Sedens autem quidam adolescens, nomine Eutichus, super fenestram,
cum mergeretur somno gravi, disputante diu Paulo, ductus somno cecidit
de tertio cœnaculo deorsum, et sublatus est mortuus.
42 ÉTAT DE LA LITURGIE AU TEMPS DES APOTRES
INSTITUTIONS 10. Ad quem cum descendisset Paulus, incubuit super eum; et com
LITURGIQUES piexus dixît: Nolite turbari, anima enim ipsius in ipso est.
II. Ascendens autem, frangensque panem, et gustans, satisque allocu-
tus usque in lucem, sic profectus est. (Act., xx, 7-1 1.)
NOTE F
Salvatore nostro in cœlis assumpto, Apostoli antequam per omnem ter-
rarum orbem dispergerentur, conspirantibusanimis convenientes ad inte"
gram orandum diem convertebantur; et cum multam consolationem in
mystico illo Dominici corporis sacrificio positam reperissent, fusissime,
longoque verborum ambitu missam decantabant; id enim pariter, ac
docendi institutum caeteris rébus omnibus tanquam praestantius antepo-
nendum existimabant. Maxima sane cum alacritate, plurimoque gaudio
huic divino sacrificio tempus insumentes instabant impense, jugiter
memores illorum verborum Domini dicentis: Hoc est Corpus meum; et,
Hoc facite in meàm commemorationem ; et, Qui manducat meam carnem,
et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in eo. Quocirca et contrito
spiritu multas preces decantabant impense divinum implorantes numen
(S. Procli, GP. Episcopi, De traditione divinœ Liturgiœ.)
NOTE G
Eligo, in his verbis hoc intelligere, quod omnis, vel pêne omnis fré-
quentât Ecclesia, ut precationes accipiamus dictas, quas facimus in cele-
bratione Sacramentorum, antequam. iliud, quod est in Domini mensa,
incipiat benedici : orationes quum benedicitur, et sanctificatur, et ad dis-
tribuendum comminuitur, quam totam petitionem fere omnis Ecclesia
Dominica oratione concludit. Interpellationes autem, sive ut nostri codices
habent, postulation&s fiunt, quum populus benedicitur. Tune enim anti-
stites veluti advocati susceptos suos per manus impositionem misericor-
dissimse offerunt pietati. Quibus peractis, et participato tanto Sacra-
mento, gratiarum actio cuncta concludit. (S. Augustin. Epist. CXLIX,
ad Paulinum. 0pp. , tom. II, pag. 5og.^
I PARTIE
CHAPITRE IV
CHAPITRE IV
DE LA LITURGIE DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES
DE l'Église
Ce chapitre n'est, pour ainsi parler, que la continuation
du précédent ; car si, plus haut, nous avons cherché àpt*ou-
ver Torigine apostolique d'un certain nombre de rites et de
cérémonies, nous retrouvons encore dans les institutions
liturgiques des trois siècles primitifs, non-seulement l'in-
fluence des Apôtres, mais l'expression directe de leurs vo-
lontés, dans l'établissement de cette partie si essentielle de
l'ensemble du Christianisme. Néanmoins nous avons cru,
comme tout le monde, apercevoir un fondement suffisant à
cette distinction de l'époque primitive en deux âges, dont
l'un se prend depuis l'origine de la prédication des Apôtres
jusqu'au moment où le dernier d'entre eux disparaît, c'est-
à-dire vers l'an loo, époque de la mort de saint Jean ; et
dont l'autre embrasse toute la période qui s'est écoulée
depuis la publication de l'Evangile jusqu'à la conversion
des empereurs et la délivrance extérieure du Christia-
nisme.
Il' On peut dire que, durant les trois premiers siècles, l'élé-
ment liturgique, s'il est permis de s'exprimer ainsi, était
dans toute sa vigueur et extension ; car la Confession^ la
Louange et la Prière embrassaient l'existence tout entière
des Chrétiens de ce temps. Arrachés aux mystères profanes
du paganisme, les néophytes sentaient avec bonheur la reli-
gion se développer en eux, et pendant que l' Esprit-Saint
Dans cette
période
les institutions
liturgiques
sont encore
l'expression di-
recte de
la volonté des
Apôtres.
L'élément
liturgique est
alors
dans toute sa
vigueur.
44
DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS crcait en eux des cœurs nouveaux, leur bouche inspirée
LITURGIQUES ^ . . 111 11 1 •
faisait entendre des chants d enthousiasme, inconnus jus-
qu'alors. Aussi, voyons-nous que TApôtre, parlant aux
L'Apôtre fidèles de son temps, les engage, non-seulement à prier, mais
fidèles à chanter à chanter, comme à une fête continuelle : « Ne vous enivrez
comme à une . #11 1 t -i
fête continuelle. « pas avec le Vin, source de luxure, leur dit-il, mais rem-
c( plissez-vous de TEsprit-Saint, vous entretenant dans les
« psaumes, les hymnes, les cantiques spirituels, chantant et
« psalmodiant au Seigneur, dans vos cœurs (i). »
Et encore : « Que la paix du Christ tressaille dans vos
« cœurs ; que le Verbe du Christ habite en vous en toute
« sagesse; et vous-mêmes, instruisez-vous et exhortez-vous
« mutuellement dans les psaumes, les hymnes et les canti-
« ques spirituels, chantant à Dieu dans vos cœurs, par sa
« grâce (2). y>
Ferveur Dans les écrits des Pères de cette époque primitive, dans
chrétlenT^^ les Actes dcs Martyrs, nous voyons, en effet, les Chrétiens
louanee'divine occupés à la psalmodie, à la célébration des louanges
sous ^ divines, presque sans relâche, et cela, sous des formes
des formes et a ' -i^ ^ ' '
des heures non point va^ues et arbitraires, mais précises et détermi-
precises ^ ^ - , ^
et déterminées, nées ; noii à des moments vagues et capricieux, mais à des
heures précises et mystérieuses, que Pinstitution aposto-
lique avait fixées : ce qui est le caractère de la Liturgie
proprement dite.
^ î^es Si nous ouvrons les Constitutions apostoliques, recueil
Constitutions ... r 1 ^
apostoliques liturffique important, dont les critiques les moins prévenus
distmguent les ^ . , .
ne font aucune difficulté de placer la compilation à la fin
(i) Nolite inebriari vino in quo est luxuria : sed implemini Spiritu
sancto, loquentes vobismetipsis in psalmis, et hymnis, et canticis spi-
ritualibus, cantantes et psallentes in cordibus vestris Domino. (Eph.,
V, 18-19.)
(2) Et pax Christi exultet in cordibus vestris in qua et vocati estis in
uno corpore : et grati estote.Verbum Christi habitet in vobis abundanter,
in omni sapientia, docentes et commonentes vosmetipsos in psalmis,
hymnis et canticis spiritualibus, in gratia cantantes in cordibus vestris
Deo. (Col., III, i5-i6.)
I PARTIE
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE L^EGLISE 45
du deuxième, ou au plus tard durant le cours du troisième
siècle, nous y lisons ces paroles :
« Faites les prières, le Matin, à Theure de Tierce, de heures de la
« Sexte, de None, au Soir et au Chant dû Coq. Le Matin, canonLie.
« pour rendre grâces de ce que le Seigneur, ayant chassé la
« nuit et amené le jour, nous a illuminés ; à Theure de
« Tierce, parce que c^est celle à laquelle le Seigneur reçut
« de Pilate sa condamnation ; à l'heure de Sexte, parce
a que c'est celle à laquelle il fut crucifié ; à Theure de None,
« parce que c'est celle à laquelle la nature est émue, dans
« rhorreur qu'elle éprouve de l'audace des Juifs, et ne peut
« plus supporter l'outrage fait par eux au Seigneur crucifié ;
« au Soir, pour rendre grâces à Dieu de ce qu'il nous
« donne la nuit pour nous reposer des travaux du jour; au
« Chant du Coq, parce que c'est l'heure qui annonce
« l'arrivée du jour, durant lequel nous devons faire les
« œuvres de la lumière. Si, à cause des infidèles, il est
« impossible de se rendre à l'église, Evêque, vous ferez la
« congrégation dans quelque maison particulière (i). »
Mais cette discipline n'était pas seulement celle de l'Orient, Les Pères latins
à laquelle semblent appartenir principalement les Consti- cette discipline
luttons apostoliques ; les Pères latins du même âge nous
attestent la même chose pour l'Occident. « Puisque, dit
« TertuUien, nous lisons dans le Commentaire de Luc (les
« Actes des Apôtres)^ que l'heure de Tierce est cette heure
« de prière à laquelle les Apôtres, initiés par l'Esprit-Saint,
« furent regardés comme ivres par les Juifs ; que l'heure de
« Sexte est celle à laquelle Pierre monta à l'étage supé-
« rieur; que l'heure de None est celle à laquelle il entra
« avec Jean au Temple ; ne voyons-nous pas dans ceci, à
« part ce qui nous est dit ailleurs de prier en tout temps et
« en tout lieu, que ces trois heures si remarquables dans
« les choses humaines, et qui, sans cesse rappelées, servent
pour
l'Occident.
TertuUien.
(i) Vid. la Note A.
46 DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS « à diviscF le jour, à partager les travaux, ont dû aussi occu-
LiTURGiQUEs _ ^^ ^^^ ^^ ^^^^ ^j^^ soleimel dans les prières divines (i) ? »
Plus loin, il se sert du mot Offichim^ pour désigner les
prières ecclésiastiques faites à ces heures : Sexta diei hora
jiniri Officio hiiic possit (2).
Saint Cyprien. Saint CypHen rend aussi un témoignage formel à cet usage
des Heures canoniales, lorsqu'il dit dans son beau traité
de VOraison dominicale : « Nous trouvons, au sujet de la
« prière solennelle, que Daniel et ses trois enfants, forts
« dans la foi et vainqueurs dans la captivité, ont observé
« la Troisième, la Sixième et la Neuvième heure, marquant
c( par là le mystère de la Trinité, qui devait être manifesté
c( dans les derniers temps. En effet, la première heure arri-
« vant à la troisième, consomme le nombre de la Trinité ;
c< la quatrième heure venant à la sixième, manifeste une
« autre fois la Trinité ; et quand, par l'accession de trois
« autres heures, on passe delà septième à la neuvième, ces
« trois ternaires expriment aussi parfaitement la Trinité.
« Les adorateurs du vrai Dieu se livrant à la prière à
ce des temps fixes et déterminés, dénonçaient déjà spirituel-
ce lement le mystère figuré par ces intervalles d'heures,
ce mystère qui devait être plus tard manifesté. Ce fut en
ce effet à l'heure de Tierce que descendit sur les disciples
ce l'Esprit-Saint, qui les remplit de la grâce que le Seigneur
ce avait promise. Pierre, à l'heure de Sexte, montant sur
ce le toit de la maison, apprit par un signe, et en même
ce temps par la voix de Dieu, qu'il devait admettre tous le s
(i) Porro, cum in eodem commentario Lucae, et tertia hora orationis
demonstretur, sub qua Spiritu sancto initiati, pro ebriis habebantur ; et
sexta, qua Petrus ascendit in superiora ; et nona, qua templum sunt
introgressi, cur non intelligamus salva plane indifferentia semper et
ubique et omni tempore orandi, tamen très istas horas, ut insigniores
in rébus humanis quae diem distribuunt, quae negotia distinguunt, quae
publiée résonant, ita et solemniores fuisse in orationibus divinis. (Ter-
tullian.^ de Jejuniis, cap. x.)
(2) Ibidem.
')J.
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE L EGLISE 47
« hommes à la ffrâce du salut, au moment même où il i partie
. . . . . / V CHAPITRE IV
« doutait s'il purifierait les Gentils. Le Seigneur crucifié à
« cette même heure de Sexte, a lavé nos péchés dans son
« sang, à riieure de None, complétant sa victoire par ses
« souffrances, afin de nous pouvoir à la fois racheter et
« vivifier. Mais pour nous, mes frères chéris, au-delà des
« heures observées aux temps anciens pour la prière, de
« nouvelles nous ont été assignées, en même temps que de
« nouveaux mystères. Car il nous faut prier le Matin, afin
« de célébrer la résurrection du Seigneur par une oraison
« matutinale : c'est ce que TEsprit-Saint désignait autrefois
« dans les psaumes, disant : Rex meus et Deus meus, quo-
« nïam ad te orabo^ Domine: mane exaudiesvocemmeam:
« mane assistam tibi et contemplabor te. Et par le Pro-
« phète, le Seigneur dit encore : Diluculo vigilabunt ad
« me dicentes : Eamus et revertamur ad Dominum Deum
« nostrum. Quand le soleil se retire, et que le jour cesse, ij
« nous faut encore prier ; car le Christ est le vrai soleil, le
« vrai jour, et lorsqu'au moment où le jour et le soleil de ce
« monde disparaissent, nous prions et demandons que la
« lumière revienne de nouveau sur nous, c'est l'avènement
c( du Christ que nous demandons, du Christ qui nous don-
ce nera la grâce de l'éternelle lumière (i). »
Pour célébrer ainsi les louanges de Dieu, les Chrétiens se L'heure qui
, . . , , . précédait
réunissaient aux heures que nous venons de marquer; mais le lever du jour
c'était principalement à celle qui précédait le lever de la momenT ^de
lumière. Ils veillaient dans la psalmodie, et, tournés vers pnere.
l'Orient, ils se tenaient prêts à saluer de leurs chants le
divin Soleil de justice, dont le soleil visible a toujours été
l'image dans les monuments de la Liturgie universelle.
Dès l'an 104, Pline le jeune, écrivant à Trajan pour le Témoignage
consulter sur la conduite à tenir à l'égard des Chrétiens, pnne-fe^jeu
atteste que les réunions religieuses de cette nouvelle secte
(i) Vid. la note B.
ne.
48 DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS avaicnt lieu avant le lever du jour, et qu^on y chantait des
• hymnes au Christ comme à un Dieu (i). Tertullien appelle
fréquemment les assemblées des Chrétiens : Antelucani
cœtus. Toutefois on les tenait aussi à d'autres heures; car
saint Cyprien atteste que Ton faisait TofFrande eucharistique
dans Taprès-midi aussi bien que le matin, quoiqu'il estime
meilleur de la faire le matin (2).
Fêtes observées Les jours de fête observés durant les trois premiers
les temps siècles, étaient, outre la Commémoration de la Passion, de
apos 0 iques. ^^ Résurrection et de l'Ascension de Jésus-Christ, et la
Descente du Saint-Esprit, jours que nous avons mentionnés
dans le chapitre précédent : la Nativité du Sauveur, le
vingt-cinquième jour du neuvième mois, et son Epiphanie,
le sixième jour du dixième mois (3) ; à quoi il faut ajouter
Soin avec Panniversaire du trépas glorieux des Martyrs. On notait
'^ceïébraft^ie^^ ^^^^ ^^ P^^^ grand soin le jour auquel ils avaient souffert,
your natal dQs ^^ ^^ jq^p devenait annuellement un jour de fête et de
Martyrs. ' ^ ^ ^ ' ^
réunion religieuse, auquel on offrait des oblations et des
sacrifices, ainsi que l'atteste très-clairement saint Cyprien (4) .
(i) Affirmabant autem hanc fuisse summam vel culpae suae vel erroris,
quod essent soliti stato die ante lucem convenire, carmenque Christo,
quasi Deo, dicere secum invicem. (C. Plinii Secundi Bithyniœ Proprœ-
toris ad Trajan. Relatio).
(2) S. Cyprian. Epist. LXIII.
(3) Dies festos observate, fratres ; ac primum quidem diem Domini
Natalem , qui a vobis celebretur vigesima quinta noni mensis. Post hune
diem, dies Epiphaniœ sit vobis maxime honorabilis, in quo Dominus
nobis divinitatem suam patefecit ; is autem agatur sexta decimi mensis-
(Constit. Apost.y lib. V, cap. xiii.)
(4) Denique et dies eorum quibus excedunt annotate, ut commemora-
tiones eorum inter memorias martyrum celebrare possimus : quamquam
TertuUus fidelissimus et devotissimus frater noster, pro caetera soUicitu-
dine et cura sua quam fratribus in omni obsequio operationis impertit,
qui nec illi circa curam corporum deest, scripserit et scribat, ac significet
mihi dies quibus in carcere beati fratres nostri ad immortalitatem glo-
riosae mortis exitu transeunt. Et celebrentur* hic a nobis oblationes et
sacrificia ob commemorationes eorum, quae citô vobiscum. Domino pro-
tegente,celebrabimus. (Epist. XII, y)^g. 188.)
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE L^EGLISE 49
Longtemps avant lui, PÉdise de Smyrne, dans sa mémo- i partie
or 7 O J 7 ^ CHAPITRE IV
rable lettre sur le martyre de son évêque saint Polycarpe,
avait pratiqué cet usage, disant qu^elle espère, par le secours
du Seigneur, célébrer annuellement le jour Natal de son
martyre (i). On voit avec quel soin elle remarque non-
seulement le mois, mais le jour, mais Theure de cette glo-
rieuse confession (2). Ainsi le calendrier de FÉglise chré-
tienne allait s^enrichissant de jour en jour, au moyen des
fêtes commémoratives des mystères du salut du monde, et
aussi par l'accession des nouveaux triomphes remportés
par ses enfants.
Les lieux de réunion étaient, dans les moments de perse- , Lieux
,^ . -^ de reunion des
cution, les Cimetières ou Catacombes dans lesquels repo- fidèles
. . ,, . . durant les
saient les Martyrs ; mais, dans les mtervalles de paix, ces premiers siècles.
sombres asiles recevaient encore la prière des Chrétiens aux
jours anniversaires de la mort des soldats du Christ (3). On
s'assemblait également dans des maisons particulières,
consacrées par leurs possesseurs au nouveau culte, comme
à Rome, par exemple, la maison du sénateur Pudens. On
peut voir, dans le dialogue de Lucien intitulé P^//c>/7a^r/^,
que les salles dans lesquelles se réunissaient les fidèles étaient
quelquefois somptueusement décorées (4). Mais les Chré-
(i) Quo etiam loci nobis ut fieri poterit congregatis, in exsultatione ac
gaudio, praebebit Dominus natalem martyrii ejus diem cekbrare, tum in
menmoriam eorum qui certamina pertulerunt, tum in venturorum homi-
num exercitafionem et alacritatem. (Epist. Ecoles, Smyrnens .,apud Rui-
nart, Acta sincera martyrum.)
(2) Martyrium autem passus est beatus Polycarpus Xanthici mensis
ineuntis die secundo_, ante septimum kalendas maias, magno sabbato,
hora octava. (Ibidem.)
(3) Nous nous proposons de donner dans nos Origines de l'Église Ro-
maine, aux tomes II et suivants, tout ce qui a rapport aux Catacombes
et aux usages religieux auxquels les premiers Chrétiens les firent servir.
Nous sommes contraint d'abréger considérablement cette histoire rapide
de la Liturgie et de ses formes, et d'indiquer les notions plutôt que de
les épuiser.
(4) On peut voir le passage de Lucien au premier volume de nos Ori-
gines de l'Eglise Romaine, page 273. Nous traitons à cet endroit cette
T. I 4
5o DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS ticRs avaiciit aussi des temples proprement dits pour Fac-
LITURGIQUES ^ . ... ^,
• complissementde leurs pratiques liturgiques, busebe nous
apprend que les édits de Dioclétien portaient injonction de
les détruire par tout Tempire : ils existaient donc. Bien
plus, nous savons par Origène que Tun des effets de la
persécution de Maximin, laquelle commença en 236, fut
Pincendie des églises (i), que le même auteur dit ailleurs
avoir dès lors existé dans toute l'étendue de TEmpire (2).
Forme II serait impossible aujourd'hui d'assigner, d'une ma-
des sanctuaires .^ , . ^ r ^ • • ' ' r m r
primitifs. niere précise, la forme de ces sanctuaires primitifs. Saut
certaines salles des Catacombes, ornées de peintures et de
mosaïques, dont plusieurs remontent aux deuxième et
troisième siècles, il n'est rien resté de ces lieux saints,
témoins des assemblées religieuses des Chrétiens du pre-
mier âge ; mais on peut conjecturer, avec une apparence
de raison, que les premiers temples qu'on éleva à la paix
de l'Eglise, et dont la description si pompeuse est parvenue
jusqu'à nous, durent s'élever sur le modèle de ceux qui les
avaient précédés. La conversion des empereurs au Chris-
tianisme n'avait pu amener d'autres habitudes liturgiques, 4
et la forme qui semblait la meilleure pour ces édifices,
sous Dioclétien et Galerius, devait certainement encore
importante question d'une manière assez spéciale; mais nous nous propo-
sons de la suivre dans toute son étendue et dans tous ses détails dans les
volumes suivants du même ouvrage.
(i) Scimus autem et apud nos terrae motum factum in locis quibus-
dam et factas fuisse quasdam ruinas, ita ut qui erant impii extra fidem,
causarn terrae motus dicerent Ghristianos, propter quod et persecu-
tiones passae sunt Ecclesiae et incensae sunt. (Origen., Tractât. XXVIII
in Matthœum.)
(2) Olim quidem in uno Hierosolymae loco unum erat torcular ubi
coacti preces emittebant, cujus meminit Esaias' his verbis : Et œdifi-
cavi turrim et protorcular fodi in illa. Turris vero templum significat,
protorcular autem altare. Verum quoniam illa se destructurum com-
minatus est, et re vera destruxit, pro uno postea multa constituit tor-
cularia, Ecclesias nempe per totum orbem conditas. (Origen., in PsaL,
pag. 81. HexapL tom. I.) '
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 5i
être convenable vinfft ans après, sous le règne de Cons- i partie
C> ^ ' «-^ CHAPITRE IV
tantin.
La munificence des empereurs enrichit et décora somp- opulence des
tueusement les églises du quatrième siècle ; celles des siè- mêSe ^dans
clés précédents n^avaient pas été négligées par les fidèles, persécutions.
Non-seulement nous voyons qu^elles étaient dotées de
revenus fixes, souvent enviés, tantôt par les proconsuls,
tantôt par les clercs simoniaques ; mais d'incontestables
monuments nous apprennent que les objets qui servaient
au culte annonçaient une véritable opulence. Il suffit de se
rappeler les Actes de saint Laurent , archidiacre de
Rome(i), et aussi Tinventaire des meubles sacrés deTéglise
de Carthage, tel qu'il est rapporté au procès-verbal d'une
enquête faite par ordre des empereurs sur l'origine du
schisme des Donatistes (2).
La pompe des cérémonies devait être aussi grandement , Pompe
^ ^ '^ ^ des cérémonies
rehaussée par la présence du nombreux clergé qui se réu- rehaussée
nissait autour de 1 eveque dans les grandes villes. A Rome, nombreux
par exemple, au temps du Pape saint Corneille, c'est-à-dire
au milieu du troisième siècle, il n'y avait pas moins de qua-
rante-six prêtres, sept diacres, sept sous-diacres, quarante-
deux acolytes, et cinquante-deux tant exorcistes que lecteurs
et portiers (3).
(i) Hune esse vestris orgiis
Moremque et artem proditum est,
Hanc disciplinam fœderis
Libent auro ut antistites.
Argenteis scyphis ferunt
Fumare sacrum sanguinem.
Auroque nocturnis sacris
Adstare fixos cereos.
(Prudent. Peristephanon, in S. Laurent.)
(2) Calices duo aurei, item calices sex argentei, urceola sex argentea,
cucumellum argenteum, lucernas argenteas septem, cereofala duo^ can-
delas brèves aeneas cum lucernis suis septem, item lucernas œneas unde-
cim cum catenis suis, etc. (Baluz., Miscellan., tom. II, pag. g3.)
(3) Ignorabat (Novatianus) unum episcopum esse oportere in Ecclesia
clergé.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Importance
de l'autel
et de la chaire
de FEvêque.
Le Sacrifice
offert
chaque jour.
52 DE LA LITURGIE
Lorsque la plupart de ces ministres entouraient Tautel,
il devait sans doute paraître environné de quelque majesté:
aussi voyons-nous saint Cyprien employer fréquemment
ce terme d'<^///e/, comme nous ferions aujourd'hui : jusque-
là que, parlant de la consécration de Thuile sainte, il dit
clairement que, pour opérer ce rite sacré, il est besoin à la
fois et d'un autel et d'une église (i). Et ailleurs : « Parce
« qu'il plaît à Novatien, dit-il, d'ériger un autel et d'offrir
c( des sacrifices illicites, nousfaudra-t-il nous passer d'autel
« et de sacrifices, pour ne point avoir l'air de célébrer les
« mêmes mystères que lui (2) ? » Dans la même épître,
qui est adressée à Jubaien, le saint Évêque de Carthage
parle avec emphase de la Chaire de l'Evêque, siège ina-
liénable établi dans chaque église, au centre de l'abside, et
sur laquelle l'élu de l'Esprit-Saint pouvait seul s'asseoir.
On a trouvé de ces chaires au fond même des Catacombes ;
on y a gardé jusqu'à nos jours celle sur laquelle fut massa-
cré le Pape saint Etienne, et qui portait encore les traces
de son sang. La basilique de Saint- Pierre conserve encore
aujourd'hui la Chaire du prince des Apôtres. Mais ce genre
de détails appartient à nos Origines de V Eglise romaine.
Sur cet autel dont nous venons de parler, s'offrait le
Sacrifice des Chrétiens; car la Fraction du pain est désor-
mais désignée sous ce nom, dans les écrits des Pères qui
succèdent aux écrivains apostoliques. Tertullien est for-
Catholica, in qua tamen sciebat presbyteros quidem esse quatuor et qua-
draginta, septem autem diaconos, totidemque subdiaconos, acolythos
duos et quadraginta, exorcistas et lectores cum ostiariis duos quinqua-
ginta. (S. Cornel.) Epist. ad Fabium Antiochen., n" 3, col. i5o, apud
Coustant.)
(i) Porro autem Eucharistia est unde baptizati unguntur, oleum in
altari sanctificatum. Sanctificare autem non potuit olei creaturam qui
necAltare habuit, nec Ecclesiam. [Epist. LXX, pag. 3oi.)
(2) Aut quis Novatianus altare collocare, et sacrîficia offerre contra fas
nititur, ab altari et sacrificiis cessare nos oportet, ne paria et similia
Cum illo celebrare videamur ? (Epist. ad Jubaianum de hœreticis bapti-
:^andis.J
I PARTIE
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 53
mel (i) ; saint Cyprien ne Test pas moins (2) ; il explique
même, avec profondeur et éloquence, comment le Christ,
préfiguré par Melchisédech, a offert une hostie dont Tobla-
tion se continue dans TÉglise (3), et il affirme que, de son
temps , les prêtres offraient chaq^ue jour le sacrifice à
Dieu (4). Sans doute, nous regarderions comme une chose
précieuse un recueil liturgique qui renfermerait la forme
exacte du sacrifice, des sacrements et sacramentaux à Pusage
des trois premiers siècles : mais, comme ce recueil n'existe
p\s pour nous autrement que dans Tensemble des formules
essentielles, qui n'ont pu changer, parce qu'elles sont uni-
verselles et, partant, divines ou du moins apostoliques,
nous nous contenterons de produire ici certaines particu-
larités racontées par les écrivains du second et du troisième
siècle.
Commençons par la description des assemblées chré- Description
tiennes au jour du dimanche, telle qu'elle est présentée aux chrétiennes
empereurs par l'Apologiste saint Justin, au second siècle P^^ ^ ^ *
du Christianisme. L'extrême réserve gardée dans ce récit
laisse sans doute beaucoup à désirer, mais l'ensemble qu'il
offre n'en sera pas moins agréable et utile au lecteur.
« Le jour du soleil, tous ceux qui habitent soit la ville.
(i) Quae oratio cum divortio sancti osculi intégra... quale sacrificium
est a quo sine pace receditur. (De oratione, cap. XIV.)
Nonne solemnior erit statio tua, si et ad aram steteris ? Accepte Cor-
pore Domini, et reservato, utrumque salvum est, et participatio sacri-
ficii, et executio officii. (Ibidem.)
(2) Nam si Jésus Christus Dominus et Deus noster ipse est summus
sacerdos Dei Patris, et sacrificium Patri seipsum primus obtulit, et
hoc fieri in sui commemorationem praecepit ; utique ille sacerdos vice
Christi vere fungitur, qui id quod Christus fecit_, imitatur ; et sacrifi"
cium verum et plénum tune offert in Ecclesia Deo Patri, si sic incipiat
offerre, secundum quod ipsum Cliristum videat obtuUssQ.' {Epist. LXIII,
pag. 28I.)
(3) Ibidem, pag. 277.
(4) Ut sacerdotes qui sacrificia Dei quotidie celebramus, hostias Deo
et victimas praeparemus. {Epist. LVII, pag. 253.)
54 DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS « soit là campagnc, se rassemblent dans un même lieu, et
LITURGIQUES , • , >-i • i a ^
• « la, on lit les Commentaires des Apôtres et les écrits des
« Prophètes, autant que Theure le permet. Ensuite, quand
« le lecteur s'est arrêté, celui qui préside fait à l'assistance
« une admonition et exhortation à imiter de si beaux exem-
« pies ; après quoi nous:;ious levons tous ensemble et nous
« faisons les prières. Ces prières étant finies, on apporte
a le pain et le vin mêlé d'eau. Alors celui qui préside fait
« entendre avec force les prières et les actions de grâces, et
« le peuple avec acclamation répond : Amen. On fait la
« distribution des choses sur lesquelles il a été rendu
« grâces, à chacun de ceux qui sont présents, et on les
« envoie aux absents par les diacres. On fait ensuite une
« collecte : ceux qui sont riches donnent librement ce qu'ils
« veulent, et on dépose le tout aux mains de celui qui
« préside, et sa charge est de subvenir aux orphelins et
« aux veuves, à ceux qui sont dans le besoin pour maladie
« ou toute autre raison, à ceux qui sont dans les liens et
« aux voyageurs et pèlerins. Nous nous réunissons ainsi
« au jour du soleil, tant parce que c'est le premier jour,
« celui auquel Dieu ayant dissipé les ténèbres et remué
tt la matière, créa le monde, que parce qu'en ce même jour,
« Jésus-Christ notre Sauveur est ressucité d'entre les morts.
« La veille du jour de Saturne, ils le crucifièrent, et le
« lendemain de ce même jour, c'est-à-dire le jour du soleil,
« se manifestant à ses Apôtres et à ses Disciples, il ensei-
« gnales choses que nous venons de vous exposer (i). »
Le saint Sacrifice Dans un autre endroit de la même apologie, saint Justin
par sain't'^justin. donne d'autres détails qui complètent les précédents : par-
lant du Baptême et des rites qui l'accompagnent, il en achève
la description par celle du divin sacrifice auquel assiste le
néophyte.
« Lorsque nous avons ainsi lavé celui qui vient de ren-
(i) Vid. la Note C.
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 55
« dre témoignage de sa foi en notre doctrine, nous le con- i partie
« duisons vers ceux qui sont appelés /rère^, afin d^offrir
« des prières communes et pour nous-mêmes, et pour celui
« qui vient d^être illuminé, et pour tous les hommes, afin
« qu'arrivant à la connaissance de la vérité, ils deviennent
« dignes de participer à la même grâce. Quand les prières
« sont finies, nous nous saluons par le baiser. Ensuite on
« apporte à celui qui préside, le pain et la coupe de vin
« mêlé d'eau. Celui-ci les ayant reçus , rend gloire et
« louange au Père de toutes choses par le nom du Fils et
« du Saint-Esprit, et accomplit une longue Eucharistie,
a ou Action de Grâces, pour ces mêmes dons que nous
« avons reçus du Père. Quand il a achevé les prières de
« TEucharistie, tout le peuple crie : Amen. Or Amen en
« langue hébraïque équivaut à Fiat. Celui qui préside ayant
« terminé les prières, et le peuple ayant répondu, ceux que
« nous appelons diacres distribuent le pain, le vin et Teaui
« sur lesquels on a rendu grâces, afin que chacun de ceux
« qui sont présents y participent, et ils ont aussi le soin
ce de les porter aux absents (i). »
Dans ce récit succinct, nous voyons clairement exposé
tout Tensemble du sacrifice eucharistique, tel qu'il est
encore aujourd'hui. Le jour du dimanche est celui de l'as-
semblée générale ; la messe dite des Catéchumènes a lieu,
comme aujourd'hui, par la lecture des livres de l'Ancien et
du Nouveau Testament. Vient ensuite l'Homélie, adressée à
l'assistance par le pontife, en manière de commentaire sur
les lectures que l'on vient défaire. Après l'Homélie, l'as"
sistance se lève, et ont lieu les prières pour les besoins de
l'Eglise et du mo nde entier, qui sont placées dans toutes
les Liturgies avant la Consécration. La Consécration est,
comme aujourd'hui, précédée de l'Action de Grâces^ qui
est une formule longue, prolixa^ à laquelle appartient
(i) F/i. -la Note D.
56 DE LA LITURGIE
I
INSTITUTIONS spécialemeiit le nom d'Eucharistie : c'est le Canon. Les
■ ~ réponses du peuple par acclamation, le baiser de paix, la
communion, le ministère des diacres, tout le sacrifice en
un mot, se trouve exposé comme en abrégé dans cet admi-
rable et touchant récit, malgré l'attention de l'Apologiste
à ne pas révéler les m^Mères au-delà d'une certaine me-
sure qui lui a été permise.
Attitude Les Chrétiens de cette époque prenaient part aux prières
daîfs ^^a^^pHè^e. ^e l'Église, en se tournant vers l'Orient, et tenant les mains
étendues en forme de croix ; geste que l'Eglise latine a
retenu pour le prêtre, durant la plus grande partie du sacri-
fice, et qui est si expressivement rendu sur les peintures
des Catacombes romaines. Tertullien en explique le mys-
tère en son livre de la Prière (i).
Cérémonies De même que nous avons emprunté à saint Justin la des-
baptême d'après cription du Sacrifice de l'Eglise primitive, nous rapporte-
ertu len. ^^^^ l^- piusjgups des cérémonies qui accompagnaient le
baptême à cette époque, d'après Tertullien que nous venons
de citer. Voici quelques-uns des traits qu'il rapporte en
passant :
Avant d'entrer au lieu où était l'eau, le Catéchumène,
sous la main du pontife, protestait de sa renonciation au
diable, à ses pompes et à ses anges. Ensuite il était plongé
trois fois, et proférait les paroles qui appartiennent à la
Tradition et non à l'Évangile. Étant levé des fonts, on lui
donnait à goûter le lait et le miel, et à partir de ce jour, il
devait s'abstenir du bain ordinaire, pendant toute une
semaine (2). On se disposait au baptême par de fréquentes
(i)Nos vero non attollimus tantum manus, sed etiam expandimus e
Dominica passione modulatum et orantes cox\û\.&[miTCh.rh\.o.[DeOratione,
cap. XII.)
(2) Ut a baptismate ingrediar, aquam adituri, ibidem, sed et aliquanto
prius in Ecclesia, sub antistitis manu contestamur nos renuntiare dia-
bolo, et pompae. et angelis ejus. Dehinc ter mergitamur, amplius aliquid
respondentes, quam Dominus in Evangelio determinavit. Inde suscepti,
I PARTIE
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 5 7
oraisons, par des jeûnes, des génuflexions, et par la
confession secrète des péchés (i). Le temps d^admi- '
nistrer solennellement ce grand Sacrement était la fête
de Pâques et celle de la Pentecôte (2). Enfin on ne fini-
rait pas si Ton voulait rappeler ici tout ce que cet auteur
énumère, dans ses divers écrits, de rites et d'observances
relatives à Fadministration de ce premier sacrement des
Chrétiens.
Nous n'entreprendrons donc point de faire le dépouille- , Funérailles
^ ^ ^ . , . des Chrétiens
ment des richesses liturgiques dont sont remplis les écrits d'après le
, rr^ ,,. , . . , . 1 même auteur.
de Tertullien, ces écrits si énergiques dans lesquels on
retrouve au naturel les mœurs de PÉgUse d'Afrique. Nous
nous contenterons de dire ici un mot d'après lui sur l'im-
portant sujet des funérailles des Chrétiens. On voit par un
passage très-précieux de son traité De Animâ^ que le Chré-
tien de ces premiers temps allait à la sépulture, conduit par
un prêtre, et que ce prêtre confiant cette dépouille mor-
telle à la terre, souhaitait, comme aujourd'hui, la paix à
l'âme que la suprême volonté avait momentanément sépa-
rée du corps (3). Et tel était le zèle des Chrétiens à témoi-
gner leur foi dans la résurrection des corps, qu'ils n'avaient
lactis et mellis concordiam praegustamus, exque ea die, lavacro quoti-
diano per totam hebdomadam abstinemus. [De corona militis, cap. m.)
(i) Ingressuros Baptismum, oratiortibus crebris, jejuniis et geniculatio-
nibus, et pervigiliis orare oportet, et cum confessione omnium rétro
delictorum.... nobis gratulandum est, si non publiée confitemur iniqui-
tates aut turpitudines nostras. {De baptismo, cap. xx.)
(2) Diem Baptismo solemniorem Pascha prœstat; cumet Passio Domini
in quam tingimur adimpleta est exinde Pentecoste ordinandis lavacris
latissimum spatium est caeterum omnis dies Domini est, omnis hora,
omne tempus habile Baptismo, si de solemnitate interest, de gratia nihil
refert. [Ibid., cap. xix.)
(3) Scio feminam quamdam vernaculam Ecclesiae, forma et aetate intégra
ifunctam, post unicum et brève matrimonium cum in pace dormisset, et
tmorante adhuc sepultura, intérim oratione presbyteri componeretur, ad
primum halitum orationis, manus a lateribus dimotas in habitum sup-
[plicem conformasse, rursumque condita pace, situi suo reddidisse. [De -
l'Anima, cap. li.)
58 DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS ricH clc préclcux quand il s^agissait de la religion des tom-
^^^ beaux. « Si les Arabes, dit Tertullien au Sénat romain, si
« les Arabes se plaignent que nous n'achetons pas d'encens,
« les Sabéens, du moins, savent que la sépulture des Ghré-
« tiens consomme une plus grande quantité de leurs aro-
« mates, qu'il n'en est. employé à faire fumer devant les
c( dieux (i). »
La loi du secret Ce seul trait nous montre le zèle des Chrétiens pour les
^danïïèr pratiques de leur culte, et nous révèle la splendeur de leurs
premiers siedes cérémonies tant publiques que domestiques. Mais combien
certaines formes J^ autres détails, Combien de formules liturgiques précieuses
de la Liturgie ^ , . .
primitive. n'aurions-nous pas encore aujourd'hui, si le secret dont
furent environnés les mystères chrétiens à cette époque, eût
permis leur manifestation dans des écrits publics ! Cette
considération doit toujours être présente à quiconque veut
écrire ou résumer quelque chose sur la Liturgie, non-seu-
lement des trois premiers siècles, mais on pourrait même
dire des trois ou quatre qui les ont suivis. Ce n'est pas ici le
lieu de donner les preuves de l'existence de ce secret auguste
qui garda si fidèlement les traditions chrétiennes pures de
tout contact profane. Les témoignages en sont trop abon-
dants dans les écrits des Pères, soit avant, soit après la paix
de l'Eglise, et personne, que nous sachions, ne conteste
aujourd'hui un fait matériel aussi palpable. Seulement
nous répéterons ce que nous disions tout à l'heure, savoir:
que le premier résultat de ce secret pour les siècles où
nous vivons, a été de rendre plus ou moins obscures cer-
taines formes et certains accidents de la Liturgie primitive,
bien qu'un assez grand nombre de parties soit encore resté
en lumière, comme pour nous aider à suppléer le reste, au
moyen de conjectures probables.
Monuments Toutefois, ainsi que nous l'avons dit dan^ le chapitre
liturgiques
(i)Thura plane non emimus. Si Arabia^ queruntur, scient Sabœi plu-
ris et carioris suas merces Christianis sepeliendis profligari, quam diis
fumigandis. [Apologet., cap, xlii.)
I PARTIE
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE L^EGLISE 5g
précédent, nous sommes en droit strict de faire remonter
à répoque que nous décrivons en ce moment, sinon à celle
même des Apôtres, le texte des Liturgies dites Apostoli- de l'époque
ques, le Canon de la Messe latine, les formules accompa- ^^^^
gnant Tadministration des Sacrements ; en sorte que per-
sonne ne saurait nier raisonnablement que le style litur- j^ ikurgique
gique, tel qu'il est universellement exprimé dans tous ces produit du
o n. T n. r ^ génie chrétien
monuments, et tel qu'il a été imité dans les siècles suivants, . des ^
. , . , . , ... premiers siècles.
ne soit un produit du génie chrétien de Tepoque primitive.
Nous en donnerons ici une preuve qui n'a peut-être jamais
été alléguée, mais qui n'en est pas moins incontestable.
Nons voyons dans les Actes des Martyrs, la plupart de Preuve tirée
ciGs Actes
ces généreux Confesseurs du Christ, au moment de con- des Martyrs,
sommer leur sacrifice, résumer dans une prière de style
solennel leurs vœux et leurs adorations. Toutes ces for-
mules se ressemblent, qu'elles soient proférées par des
Evêques comme saint Ignace d'Antioche, par des laïques
comme saint Théodote d'Ancyre, par de simples femmes,
comme sainte Afra. Or rien de plus visible que l'identité
du style de ces prières avec celles de l'Église dans la célé-
bration des mystères. On pourrait donc légitimement, en
s'appuyant sur l'analogie comme sur une règle de certitude,
rapporter la rédaction de ces antiques formules à l'âge
héroïque, à l'âge des martyrs. Mais nous nous devons de
justifier notre assertion par des exemples. Nous citerons
ici, dans le texte, la prière de saint Polycarpe ; le lecteur
en trouvera plusieurs autres dans les Notes à la suite de
ce chapitre (i). Voici cette prière :
« Domine Deus orrinipotens, Pater dilecti ac benedicti Prière de
i-iM- • T /^i • • ... . saint Polycarpe
« Ji^iiii tui Jesu Christi, per quem tui notitiam accepimus; au moment
« Deus Angelorum et virtutum, ac universœ creaturae, son immolation.
« totiusque justorum generis qui vivunt in conspectu tuo ;
« benedico te, quoniam me hac die atque hac hora digna-
(0 Vid. la NoteE.
5o DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS « tus cs, Ut partcm caperem in numéro martyrum tuorum,
LITURGIQUES . ,. ^, . . • i
■ « m calice Christi tui, ad resurrectionem vitse ^ternœ,
c( animae et corporis, in incorruptione Spiritus sancti :
« inter quos utinam suscipiar hodie coram te, in sacrificio
« pingui et accepte, quemadmodum praeparasti et prsemon-
« strasti et adimplevistt, mendacii nescius ac verax Deus.
c( Quapropter de omnibus laudo te, benedico te, glorifico
« te, cum sempiterno et cœlesti Jesu Christo, dilecto
« tuo Filio ; cum quo tibi et Spiritui sancto gloria, et nunc
« et in futura secula. Amen (i). »
Les Canons Une autre source qu^on ne doit pas manquer de consulter
^^sourcîf ^' pour connaître Fétat de la Liturgie dans les trois premiers
^^^îa^sdence^^^ siècles, est le recueil de la discipline générale de cette
de la Liturgie époque. Nous placerons en tête les Canons apostoliques^
si anciens qu'on ne peut faire remonter leur rédaction
définitive au-dessous du second siècle.
On y lit, au canon troisième, la défense de placer sur
Tautel du miel, du lait, ou tout autre objet que la matière
même du Sacrifice du Seigneur ; après quoi il est ajouté :
« Qu'il ne soit permis d'offrir à Tautel rien autre chose
« que rhuile pour le luminaire, et Tencens au temps de la
a sainte oblation (2). »
Ce canon est important, principalement pour constater
l'antiquité de l'usage de brûler de l'encens à l'autel; usage,
du reste, qui, ayant été pratiqué dans la loi mosaïque et
dans toutes les religions , devait naturellement prendre
place parmi les observances chrétiennes. Si nous avons vu
plus haut Tertullien affirmer que les Chrétiens n'achetaient
(i) Epist. Eccles. Sniyrnens., apud Ruinart.
(2) Si quis episcopus, vel presbyter Domini de sacrificio ordinationem,
alia quœdam ad altare attulerit, mel vel lac, vel pro vino siceram, vel
confecta, vel aves, vel aliquaanimalia, vel legumina prœter ordinationem,
dcponatur, pra:;terquam nova legumina, tempore opportuno. Ne liceat
autem aliquid aliud ad altare offerre, quam oleum ad luminare, et incen-
sum tempore sanctae oblationis.
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 6i
pas d^encens, il entendait dire par là que, ne s'en servant ^ partie
que dans la célébration du sacrifice, par la seule main du
pontife, la consommation qu'ils en faisaient était de beau-
coup moindre que celle qu'en faisaient les païens, chez
lesquels les simples particuliers brûlaient eux-mêmes, à
toute heure^ Tencens devant les mille vains objets de leur
idolâtrie.
Au canon septième, le jour de la fête de Pâques, centre
de la Liturgie annuelle, est fixé de manière à empêcher la
communauté de pratiques avec les Juifs (i).
Au canon huitième, il est enjoint à Pévêque, au prêtre,
au diacre, à tout clerc, de communier à Toblation, à moins
de raison suffisante, et ce, sous peine d'être séparé du reste
du peuple (2) ; et, dans le canon suivant, on prononce la
même peine contre ceux des fidèles qui, étant entrés dans
l'Eglise, et ayant entendu la lecture des Ecritures qui forme
ce qu'on appelle la Messe des Catéchumènes, ne resteraient
pas pour prendre part aux prières et à la communion (3).
Le canon quarante-deuxième ordonne de séparer de la
communion un sous-diacre, un lecteur, ou un chantre qui
s'abandonnerait aux jeux de hasard. Ainsi l'Eglise avait
dès lors des chantres pour les offices divins. Du reste, il
:. en est parlé dans plusieurs endroits des Constitutions
apostoliques (4).
(i) Si quis episcopus, vel presbyter, vel diaconus, sacri Paschae diem
ante vernum asquinoctîum cum Judasis celebraverit deponatur. (Labb,,
tom. I, pag. 26.)
(2) Si 'quis episcopus, vel presbyter, vel diaconus, vel ex sacerdotali
catalogo, facta oblatione non communicaverit, causam dicat: et si proba-
bilis fuerit, veniam consequatur: sin vero minus segregetur, ut qui
populo offensionis causa sit et suspicionem dederit adversus eum qui
obtulit, tanquam non digne obtulerit.
(3) Quicumque fidèles ingrediuntur, et Scripturas audiunt, in preca-
tione autem et sacra communione non permanent, ut Ecclesiae confusio-
nem afférentes, segregari oportet.
(4) Hypodiaconus, vel lector, yoX cantor similia faciens, vel cessât, vel
[segregetur.
62 DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS Lc soixantc-onzième et le soixante-douzième canon^ sta-
LITURGIQUES . 1 i •
tuent de graves peines contre tout clerc et tout laïque qui
oseraient soustraire de la sainte Eglise, soit de la cire ou de
rhuile, soit un vase d^or ou d'argent^ soit un voile consacré
au culte (i).
Tels sont les principaux traits relatifs à la Liturgie que
nous trouvons dans les Canons apostoliques. On voit qu^ils
se rapportent parfaitement au genre de détails que nous
avons signalés plus haut, d'après les monuments de cette
époque.
Canons du Nous donnerons maintenant quelques canons du fameux
Concile d'Elvire . . v i A i • «v «v ,
relatifs Concile d'Elvire^ qui fut tenu a la fin du troisième siècle,
à la Liturgie. i t • • • i v
pour montrer que la Liturgie occupait, des ce moment, une
place importante dans les prescriptions ecclésiastiques, et
continuer de peindre les mœurs de l'Eglise sous ce point
de vue.
Au canon vingt-huitième, il est statué que PEvêque
ne recevra point l'offrande de celui qui ne communie
pas (2).
Au canon vingt-neuvième, qu'on ne récitera point à Tau-
tel, dans le temps de Toblation, le nom d'un énergumène,
et qu'on ne lui permettra point de servir de sa main dans
l'église (3); en quoi les évêques d'Espagne étaient plus
sévères que ceux d'Afrique, qui donnaient aux énergu-
mènes le soin de balayer le pavé de l'église (4).
(i) Si quis clericus, vel laïcus a sancta Ecclesia cerani vel oleum aufe-
rat, segregetur.
Vas aureum, vel argentum, vel vélum sanctificatum nemo amplius in
suum usum convertat; hoc fit enim prœter jus et contra leges. Si quis
autem deprehensus fuerit, mulctetur.
(2) Episcopos placuit ab eo qui non communicat munera accipere non
debere. (Labb., tom. I, pag. 973.)
(3) Energumenus qui ab erratico spiritu exagitatur, hujus nomen neque
ad altare, cum oblatione, recitandum, neque permittendum, ut sua manu
in ecclesia ministret.
(4) Pavimenta domorum Dei energumeni verrant. (Concil. Carthagin. IV,
can. xci, pag. 1207, Labb., tom.. IL)
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 63
Au canon trente-quatrième, il est défendu d'allumer, en i partie
plein jour, des cierges dans les cimetières, afin de ne pas
inquiéter les esprits des Saints (i)^ c'est-à-dire pour ne pas
troubler les fidèles qui y faisaient leurs prières.
Au canon quarante-troisième, il est dit qu'afin de réformer
un abus, on célébrera la Pentecôte, suivant les Écritures,
cinquante et non quarante jours après Pâques ; que ceux
qui ne se conformerout pas à cet usage seront notés comme
induisant à une nouvelle hérésie (2).
On a beaucoup disserté sur le canon trente-sixième de ce Ce Concile
... 1 Ti 1 -1 condamne-t-il
même concile, qui porte ces paroles : « Il n y aura point de les
j 1 / T j • *. • saintes images!*
« peintures dans les églises, de peur que ce qui est servi ^
c( et adoré ne demeure peint sur les murailles (3). » Certains
auteurs protestants ont voulu voir ici la condamnation des
saintes images ; mais les preuves que nous avons d'ailleurs
de l'usage qu'avaient les Chrétiens de représenter, au moyen
des arts delà peinture et de la sculpture, les objets de leur
culte, obligent tout homme de bon sens à donner une autre
interprétation au canon cité. Tertullien nous apprend, en
effet, que les calices mêmes portaient l'image du bon Pasteur ;
et le grand nombre d'objets conservés dans le Musée chré-
tien du Vatican, ojli gravés par Bosio, Arringhi, Boldetti,
Bottari, Buonarotti, ont mis les savants d'aujourd'hui à
portée d'étudier, d'une manière même assez complète, l'art
chrétien de cette époque. Peut-être le Concile d'Elvire ne
défend-il ici les peintures sur les murailles, que parce qu'il
y avait lieu de craindre que, ne pouvant être enlevées dans
(i) Cereos per diem placuit in caemeterio non incendi ; inquietandi
enim spiritus sanctorum non sunt; qui haec non observaverint, arceantur
ab Ecclesise communione.
(2) Pravam institutionem emendari placuit, juxta auctoritatem Scriptu-
rarum, ut cuncti diem Pentecostes post Pacha celebremus, non Quadrage-
simam,nisi Quinquagesimam. Qui non fecerit, novam haeresim induxisse
notetur.
(3) Placuit picturas in Ecclesia esse non debere, ne quod colitur et ado-
ratur in parietibusdepingatur.
64 DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS Ics moments de persécution, elles ne fussent profanées par
LITURGIQUES , . \, , v 1 i^ U* ^' J ^
les infidèles. On trouve encore une objection du même genre
Objection dans un passage de Minutius Félix, dans lequel Fauteur
Minudus'péiix semble convenir que les Chrétiens n'avaient point de tem-
contre j p^^P |g ^ul^-^ Je leur Dieu : à quoi il est facile de ré-
l'existence des r r ' ^
temples pondre que Fauteur entend par là montrer la différence du
chrétiens. j
christianisme au paganisme, Fun tellement esclave de la
matière, que les objets de son culte étant détruits, il est lui-
même atteint dans sa substance vitale, tandis que Fautre,
éminemment spirituel, survit à la ruine d'édifices qui ne
peuvent contenir la majesté du Dieu qu'il adore. En effet,
ces quelques phrases d'un opuscule philosophique ne sau-
raient détruire les innombrables témoignages de l'histoire
des trois premiers siècles, qui nous entretient sans cesse
des églises et lieux de réunion des fidèles.
La sollicitude Si les Conciles, durant la période que nous décrivons,
Apostof^^ue ont dû s'occuper, et se sont, en effet, occupés de règle-
lerpremieiï ments concernant la Liturgie, la sollicitude du Siège Apos-
sur k ïitur ie tolique, à cette même époque, ne devait pas s'étendre avec
moins de zèle à régler et. satisfaire ce premier besoin de
toutes les églises. La Providence a permis que l'un des actes
les plus caractéristiques de Fautorité pontificale durant les
trois premiers siècles^ fût en même temps un exercice sou-
verain du pouvoir romain sur les choses de la Liturgie.
Au second -siècle, les Églises d'Asie suivaient une pratique
différente de celle de FÉgUse romaine dans la célébration
de la Pâque. Au lieu de la fêter au dimanche, qui est le jour
de la création de la lumière, de la résurrection du Christ
et de la descente de l'Esprit-Saint, elles suivaient l'usage
judaïque de la solenniser le 14 de la lune de mars.
Cette divergence, dans le mode de célébrer le principal
événement du christianisme^ offensait gravement Funité du
culte^ qui est la première conséquence de l'unité de foi.
Cette persistance, au sein de la société chrétienne, des
usages de la Synagogue^ ensevelie à jamais sous les ruines
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 65
de son temple, attaquait d'une manière dangereuse la va- ^ partie
, , . CHAPITRE IV
leur complète des rites chrétiens ; enfin la prudence obli-
geait rÉglise à prendre tous les moyens de s'isoler de la
secte judaïque, devenue comme sans retour l'objet de l'exé-
cration du ffenre humain. Toutes ces graves raisons porté- intervention
V r • . , . du pape
rent le pape saint Victor a faire une tentative énergique saint Victor
., .* , ... , . dans la
pour ramener lunite sur un point si important. Il ordonna controverse
donc de tenir des conciles par toute l'Eglise, au sujet de à la
cette question, et ayant été à même de juger que la pratique ^^^de^Ja^^^
romaine de célébrer la Pâque au dimanche était admise ^^^® ^^ Pâques,
presque universellement, il crut devoir agir sévèrement à
l'égard des églises de la province d'Asie, qui paraissaient
vouloir persister dans la coutume opposée. Il alla jusqu'à
les retrancher de la communion ecclésiastique; peine sévère,
sans doute, et si sévère, qu'elle fut plus tard révoquée;
mais les évêques, et notamment saint Irénée, qui crurent
devoir faire, à ce sujet, des représentations au Pape, ne lui ;
reprochèrent point d'avoir^ en ceci, outrepassé les limites
de son autorité apostolique; ils se contentèrent de le prier
de ne pas mettre ainsi dans un état de séparation tant d'É-
glises attachées d'ailleurs aux plus saines traditions (i). La
longanimité du Siège apostolique produisit bientôt le réta-
blissement de la paix, mais cet acte important resta comme
une manifestation du pouvoir incontesté de l'Eglise romaine
sur les matières liturgiques, et comme un prélude des efforts
qu'elle devait faire- dans la suite des temps, pour réunir
toutes les Eglises dans la communion des mêmes rites et
des mêmes prières.
Le règlement du pape saint Victor, sur la Pâque, n'est Catalogue
, , 1 TA T • • 1 1 des Pontifes
pas le seul que les Pontites romains aient rendu pendant romains
les trois premiers siècles. L'importance des matières litur- àîette époque
giques, jointe à la souveraine dignité de leur siège, auquel ^^co^ncernant^^
nous voyons, par Eusèbe, saint Cyprien et saint Irénée, ^^ liturgie.
(i) Euseb., Hist. eccles., lib. V, cap. xxiii et seq.
T. I 5
55 DE LA LI-TURGIE
INSTITUTIONS qu^oii rccouralt dans toutes les circonstances graves, ont
LITURGIQUES _ ^^ ^^^ mettre souvent à même de rendre soit des décrets,
soit des réponses sur les rites sacrés. Le texte de ces règle-
ments s'est perdu par Tinjure des temps. Il ne nous en reste
plus qu'une trace demi-effacée dans les trop courtes notices
du Liber pontïjicalis, -chronïquQ dont nous avons déjà
établi Tautorité dans nos Origines de VÉglise romaine.
Dans la suite de cet ouvrage, on trouvera aussi une ample
histoire de l'affaire du pape saint Victor avec les Asiati-*
ques, et la discussion sérieuse des décrets dont la teneur suit.
Saint Lin. Saint Lin ordonna que les femmes entreraient dans
réglise la tête voilée (i).
Saint Anaciet. Saint Anaclet construisit la mémoire ou tombeau de
saint Pierre, et fixa le lieu de la sépulture des évêques de
Rome.
Saint Évariste. Saint Évariste divisa, entre les prêtres, les titres ou
, églises de Rome, et régla que Tévêque, annonçant la parole
de Dieu, serait assisté de sept diacres.
Saint Alexandre. Saint Alexandre ordonna qu'on insérerait la mémoire de
la Passion du Seigneur dans les prières du sacrifice, et que
l'on bénirait l'eau avec le sel pour en arroser la demeure
des hommes.
Saint Sixte i^^ Saint Sixte P^ statua que les vases sacrés ne seraient tou-
chés que par les ministres, et confirma l'usage de chanter
durant Y Action cette hymne : Sanctus, Sanctus, etc.
'saint Saint Télesphore établit que la nuit de la Naissance du
Téiesphore. g^-g^^^^^^ ^^ célébrerait le sacrifice; ce qui, aux autres
jours, ne devait point avoir lieu avant l'heure de tierce ;
qu'au commencement du même sacrifice, on chanterait
l'hymne angélique: Gloria in excelsis^eo.
Saint Anicet. Saint Anicet défendit aux clercs de nourrir leur che-
velure.
Saint Pie 1er. Saint Pie, à la prière de la vierge Praxède, dédia en église
(i) Liber pontificalis, ad Linum, Anacletum, etc.
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE L^ÉGLISE 67
les Thermes de Novat. in Vico Patricia ; il fît de riches i partie
CHAPITRE IV
offrandes à ce nouveau sanctuaire ; il y offrit souvent le
sacrifice au Seigneur^ il y fît construire une fontaine baptis-
male, et y baptisa de sa main, au nom de la sainte Tri-
nité, de nombreux catéchumènes.
Saint Soter défendit aux diaconesses de toucher les pâlies Saint Soter.
sacrées, et de mettre l'encens dans Tencensoir.
Saint Zéphyrin statua que l'ordination des prêtres, des Saint Zéphyrin.
diacres, et même des simples clercs, aurait lieu en présence
du clergé et des fidèles.
Saint Callixte fixa le jeûne du samedi, quatre fois Tan, au Saint Callixte.
quatrième, au cinquième, au septième et au dixième mois,
ir dédia la basilique de Sainte-Marie trans Tiberim ;
agrandit et décora sur la voie Appienne, le fameux cime-
tière qui porte son nom.
Saint Urbain fît faire d'argent les vases sacrés, et offrit Saint Urbain,
vingt-cinq patènes du même métal.
Saint Fabien fît faire beaucoup de constructions dans les Saint Fabien,
cimetières.
Saint Corneille leva les corps de saint Pierre et de saint Saint Corneille.
Paul du lieu où ils reposaient dans les Catacombes, et les
replaça, l'un dans les plaines du Vatican, l'autre sur le
chemin d'Ostie.
Saint Etienne défendit aux prêtres et aux diacres de se Saint Etienne,
servir, dans l'usage commun, des habits dont ils usaient à
l'autel.
Saint Félix I«^ recommanda la célébration du sacrifîce sur Saint Félix i^r.
les mémoires des martyrs, et dédia une basilique sur la
y oiQ, Aurélia.
Saint Euty chien établit qu'on ne bénirait à l'autel que les Saint Eutychien.
seules prémices des fèves et des raisins. Il ensevelit les
^jnartyrs de ses propres mains, et ordonna aux fidèles de
couvrir de riches vêtements les corps de ces courageux
athlètes du Christ, lorsqu'ils les rendraient à la terre.
Nous arrêterons ici cette, énumération, du reste fort
58 , DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS incompJètc, des lois des premiers pontifes romains en
LITURGIQUES ^^^-^^^ ^^ Liturgie, et nous nous contenterons de remar-
quer, ainsi que nous Pavons fait ailleurs, que ces règle-
Caractère ments doivent être considérés, les uns comme des ordon-
règlements. nances pour la seule Église de Rome, les autres comme
le renouvellement de fanons plus anciens, d'autres enfin
comme des lois adressées, ainsi que le décret de saint
Victor sur la Pâque, à toutes les Eglises.
Écrivains Après avoir ainsi donné, dans les lois et les canons des
litur^^iques ^^^.^ premiers siècles en matière liturgique, la physiono-
^""""'s'ièE'^'' mie générale de F Église sous cet important rapport, il
nous reste encore à parcourir les divers écrivains de cette
époque, sous le point de vue des ressources et des éclair-
cissements qu'on en peut tirer quant à la Liturgie.
Le compilateur Saint Clément de Rome, s'il était réellement l'auteur ou
Con^itidions le Compilateur de l'importante collection intitulée : Consti-
apostoliques, ^^fj^^^^ apostoUques, mériterait d'être placé à la tête des
liturgistes du premier âge de l'Église, comme il est digne
de figurer le premier sur la liste des écrivains ecclésiasti-
ques. En effet, les Constitutions apostoliques contiennent,
au livre huitième, une Liturgie du Sacrifice si complète
et si remplie en même temps de majesté et d'onction, que
Grancolas n'a pu s'empêcher de la qualifier une des plus
belles et une des plus grandes qui se trouvent dans l'anti-
quité (i) : mais nous n'avons aucune preuve à fournir à
l'appui du sentiment qui en attribuerait la rédaction à
saint Clément. Quoi qu'il en soit, elle a dû être composée
avant la paix de l'Église, puisque la compilation dont elle
fait partie remonte elle-même jusqu'aux temps que nous
. décrivons, non-seulement d'après le sentiment des docteurs
catholiques (2), mais mênie d'après celui de plusieurs
{i) Anciennes Liturgies, ^^g, (^6.
{2) Fronto,Prœnotationes ad Kal. Rom., § 5; Morin, De Sacris Ordi-
nat., part. III, pag. 20; De Marca, Concord., lib. Ill, cap. 11 ; Bona, Rerum
Liturgicarum, lib. I, cap. viii, § 4; Schelestrate, Antiq. illustr., part. II,
I PARTIE
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 69
savants protestants (i). Nous l'enregistrerons donc ici
comme un monument de Tépoque que nous racontons,
sans vouloir précisément en assigner Fauteur.
Nous avons cité la plus grande partie de ce que saint Saint Justin,
Justin rapporte dans sa première Apologie sur le sacrifice ^ ^^*
des chrétiens, qu'il avait à justifier des calomnies gros-
sières à Taide desquelles on Pavait travesti. Il explique aussi
le baptême au même endroit, mais nous avons préféré
citer quelques traits de Tertullien sur le même sacrement,
comme exprimant les usages chrétiens avec plus de détail
que ne le pouvait faire saint Justin dans un livre destiné •
aux païens.
Méliton, évêque de Sardes, qui vivait en 170, écrivit Méiiton, évêque
un traité' sur la célébration de la Pâque. Nous ne con-
naissons plus ce traité que par un fragment d'un autre
livre sur la Pâque, écrit par Clément d'Alexandrie, et égale-
ment perdu, sauf un passage dans lequel est cité Méliton :
ce passage nous a été conservé par Eusèbe (2). Méliton y
dit avoir écrit son livre du temps que Servilius Paulus était
proconsul d'Asie ; que Sagatis, évêque de Laodicée, souf-
frit le martyre, et qu'une grande controverse s'éleva dans
cette ville, au sujet de la solennité pascale. Cette, contro-
verse, antérieure à celle qui eut lieu sous saint Victor, est
remarquable. Méliton avait en outre laissé sur le jour du
Dimanche un traité qui est également perdu.
Le ffrand Clément d'Alexandrie tient rang parmi les au- Clément
,. . ^ . . ., , f. . d'Alexandrie.
teurs liturgistes ats trois premiers siècles. Ainsi que nous
venons de le voir, il avait aussi écrit sur l'importante ques-
tion de la Pâque. Il est, de plus, auteur d'un Hytq du Jeûne
qui a pareillement péri; mais nous possédons encore de
dissert. II, cap. ii; Pagi, Critic. Baron, ad annum loo, n» lo; Lebrun,
Explication de la Messe, tom. II.
(i) Henri Hammond, Gave,Thomas Brett,Collectio prœcipuanim Lititr-
giarum Ecclesiœ christianœ.
(2) Hist, eccles., lib. IV, cap. xxvi,
yo DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS lui uuQ hymnc admirable au Sauveur, placée à la suite de
-^ ^ — son Pédagogue. Cette hymne est la plus ancienne qui soit
parvenue jusqu'à nous : c'est un des cantiques spirituels
dans le genre de ceux dont parle T Apôtre ; nous essayerons
d'en rendre ici la ravissante mélodie.
Son hymne « Frein des jeunes coursiers indomptés, aile des oiseaux
au Sauveur. ^^ ^^- ^^'^^^ ^^ s'égarent, gouvernail assuré de l'enfance,
« pasteur des agneaux du roi ; tes simples enfants, ras-
ce semble-les, pour louer saintement, chanter avec candeur
« d'une bouche innocente, le chef des enfants, le Christ.
Cl O Roi des saints. Verbe, triomphateur suprême, dis-
cc pensateur de la sapience du Père, du Très-Haut ; toi,
« l'appui dans les peines, heureux de toute éternité. Sau-
ce veur de la race mortelle, Jésus !
ce Pasteur, agriculteur, frein, gouvernail, aile céleste du
ce très-saint troupeau ; pêcheur des hommes rachetés, amor-
ce çant à l'éternelle vie l'innocent poisson arraché à l'onde
ce ennemie de la mer du vice.
ce Sois leur guide, ô pasteur des brebis spirituelles ! ô
» saint! sois leur guide. Roi des enfants sans tache! les
ce vestiges du Christ sont la voie du ciel.
ce Parole incessante, éternité sans bornes, lumière sans
ce fin, source de miséricorde, auteur de toute vertu, vie
ce irréprochable de ceux qui louent Dieu.
ce O Christ! ô Jésus! nous qui, de nos tendres bouches,
ce suçons le lait céleste exprimé des douces mamelles de ta
ce sagesse, la grâce des grâces ; petit^nfants, abreuvés
ce de la rosée de l'esprit qui découle de ta parole nourris-
cc santé, chantons ensemble des louanges ingénues, des
ce hymnes sincères à Jésus-Christ Roi.
ce Chantons les saintes récompenses de la doctrine de
et vie. Chantons avec simplesse l'Enfant tout-puissant,
ce Chœur pacifique, enfants du Christ, troupe innocente,
ce chantons ensemble le Dieu de la paix (i). »
(i) Clément. Alexandr. Opéra. Edit. Potter. Oxon, tom. I, pag. 267.
•)'
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE L EGLISE 7 1
Tertullien offre les plus grandes ressources pour l'étude ^ partie
*-^ ^ CHAPITRE IV
des usages liturgiques de l'Eglise de son temps. Les traits
que nous avons cités dans ce chapitre, l'énumération des
pratiques chrétiennes qu'on remarque dans le passage cité Tertullien.
ci-dessus au chapitre m (i), ne donnent qu'une faible idée
de l'abondante moisson que les amateurs de la science des
rites sacrés peuvent glanerdanstoutl'ensembledeses écrits.
Nous leur recommandons principalement les traités de
Jejiiniis^ de Virginibiis velandis^ de Cidtu feminarum^ et
celui ad Uxorem.
Dans ce dernier livre, parlant des graves inconvénients de
la situation d'une femme chrétienne mariée à un païen, il
donne ces détails remarquables sur les mœurs de l'Église
du troisième siècle :
« Si elle doit se rendre à l'église pour la Station, le mari Détails
1 • 1 A ly ^^) f ' remarquables
« lui donnera rendez- vous au bain plus tôt qu a 1 ordinaire; sur les , mœurs
. . • de l'EsIise
« s'il faut jeûner, il se trouvera qu'il donne à manger le au m^ siècle,
« même jour ; s'il faut sortir, jamais les domestiques n'au- cet^au^teur."^
« ront été plus occupés. Souffrira-t-il que sa femme aille
« de rue en rue visiter les frères, et même dans les plus
« pauvres réduits ? qu'elle se lève d'auprès de lui pour assis-
. « ter aux assemblées de la nuit ? souffrira-t-il tranquille-
« ment qu'elle découche à la solennité de Pâques } la lais-
« sera-t-il sans soupçon aller à la table du Seigneur, si
« décriée parmi les païens? trouvera-t-il bon qu'elle se
« glisse dans les prisons pour baiser les chaînes des mar-
« tyrs ? Et quand même il se rencontrerait un
« mari qui souffrît toutes ces choses, c'est encore un mal
« de faire confidence de nos pratiques aux Gentils... Vous
« cacherez-vous de lui, lorsque vous faites le signe de la
ce croix sur votre lit ou sur votre corps; lorsque vous
« soufflez pour chasser quelque chose d'immonde, lorsque
« vous vous levez la nuit pour prier ? ne sera-t-il pas trente
(i) Pag. 24.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Saint Irénée.
Saint Hippolyte,
évêque
et martyr.
Saint Den)rs
d'Alexandrie.
72 DE LA LITURGIE
« de voir en tout ceci des opérations magiques ? ne saura-
« t-il point ce que vous goûtez, en secret, avant toute nour-
« riture? et s'il sait que c'est du pain, ne croira-t-il pas
« qu'il est tel qu'on le dit (i) ? »
Plus loin, parlant de la félicité du mariage chrétien, il
nous apprend qu'il se contractait dès lors en présence de
l'Église, au pied de l'autel : « Gomment suffirons-nous à
« raconter le bonheur de ce mariage dont l'ÉgHse forme
« l'alliance, que l'oblâtion confirme, que scelle la béné-
« diction, que les Anges rapportent au Père céleste qui
« le ratifie (2) ? »
Saint Irénée ne nous est connu, sous le rapport de la Li-
turgie, que par ses lettres dans la controverse de la Pâque.
Eusèbe nous a conservé un fragment de l'une d'elles dans
son histoire. Nous savons par le même auteur queThéophile
de Gésarée en Palestine et Polycrate d'Ephèse écrivirent
aussi des lettres sur la même matière; le premier, en
faveur de l'orthodoxie; le second, dans le sens des quarto-
décimains (3).
Saint Hippolyte, évêque et martyr, traça un cycle pour
la supputation de la fête de Pâques, et ce cycle se lit encore
aujourd'hui gravé sur la chaire de marbre de ce docte
évêque, laquelle, avec la belle statue qui y est assise, est
bien aussi un monument liturgique de l'époque que nous
traitons, et un des principaux ornements de la bibliothèque
Vaticane.
Saint Denys d'Alexandrie, au milieu du troisième siècle,
écrivit plusieurs lettres pascales, et une épître canonique
adressée à l'évêque Basilides, sur le même sujet de lacélé-
(i) Vid. la Note G.
(2) Unde safficiamus ad enarrandam felicitatem ejus matrimonii quod
Ecclesia conciliât, et confirmât oblatio, et obsignat benedictio ; Angeli
renuntiant, Pater rato habet? {Ad Uxorem, lib. II, cap. ix.)
(3) Euseb., Hist, eccîes., lib. V, cap. xxiii et seq.
I PARTIE
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE 7 3
bration de la Pâque; une lettre sur le samedi; une autre
de officio diaconi (i).
Saint Cyprien doit être rangé parmi les écrivains les plus Saint Cyprien.
importants sur la matière qui nous occupe. Il suffira de
rappeler son admirable épître à Cécilius sur le sacrifice
chrétien, et mille endroits tant de ses traités que de ses
lettres, écrits qui, comme ceux de Tertullien, reflètent
de la manière la plus exacte et la plus vive les mœurs de
r Église d'alors. Le livre de V Oraison dominicale est aussi
fort important; mais une phrase de ce livre ayant été,
ainsi que nous le verrons dans la suite des temps, le texte
d'un grand nombre de sophismes dangereux et subversifs
de toute Liturgie, malgré le désir que nous avons d'abréger
cette revue des écrivains ecclésiastiques des trois premiers
siècles, nous placerons ici ce fameux passage, en invitant
le lecteur à y recourir, toutes les fois qu'il en sera besoin,
dans la suite de ce récit.
« Le Christ avait dit que l'heure était venue où les vrais Passage célèbre
« adorateurs adoreraient le Père en esprit et en vérité, et ce son livre
,., . . ., ,, .. p . de VOraison
« qu il avait promis, il la accompli, en faisant que nous, dominicale.
« qui avons reçu pour fruit de son sacrifice l'esprit et la
« vérité, pussions, instruits par ses leçons, adorer vraiment
« et spirituellement. En effet, quelle prière plus spirituelle
« que celle qui nous a été donnée par le même Jésus-Christ
« qui nous a envoyé l'Esprit-Saint ? quelle prière plus vraie
« aux yeux du Père, que celle qui est sortie de la bouche
« du Fils, qui est la vérité même } Prier autrement qu'il n'a
cv enseigné, ce n'est pas seulement ignorance, mais faute ;
« car le Christ a intimé sa volonté, et a dit : Vous rejetez
« le commandement de Dieu pour établir votre propre
« tradition. Prions donc, frères chéris, prions comme Dieu
« notre maître nous a appris. C'est une prière amie et
« familière que celle qui s adresse à Dieu comme venant de
(i) Euseb., Hist. eccles., lib. VII, passim.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Anatolius
de Laodicée et
saint Pierre
d'Alexandrie.
L'hérésie
cherche déjà
à corromp)re
la Liturgie
pour répandre
ses erreurs.
Paul
de Samosate.
LesDonatistes.
Valentin
et Hiérax.
74 DE LA LITURGIE
« lui, et fait monter à ses oreilles la prière même du
« Christ. Arnica et familiaris oratio est Deum de suo
« rogare., ad aures ejus ascendere Christi orationem[\).yy
Nous terminerons cette revue par les noms d^ Anatolius
de Laodicée et de saint Pierre d^ Alexandrie, qui ont écrit
Tun et Tautre sur le suj^t de la Pâque (2); question qui,
comme on le voit, occupa presque tous les auteurs litur-
gistes des trois premiers siècles.
Tandis que la Liturgie était ainsi considérée comme une
des principales forces du christianisme, Thérésie qui cherche
toujours à contrefaire Torthodoxie, et à tourner au profit
de ses coupables projets les moyens que celle-ci emploie
pour maintenir les saintes traditions, mettait déjà la main
sur cette arme sacrée. Le précurseur d'Arius, Paul de
Samosate, abolissait les chants dont son église retentissait
jusqu'alors en Thonneur du Christ, et y substituait d'autres
cantiques dans lesquels il recevait les flatteries sacrilèges
de ses sectateurs (3). Les schismatiques qui, sous le nom
de Donatistes, fatiguèrent FEglise d'Afrique, de la fin du
troisième siècle jusque dans le cinquième, fabriquèrent
aussi, comme le rapporte saint Augustin, des chants, sous
forme de psaumes, destinés à répandre le venin de leurs
erreurs dans la multitude réunie pour la prière (4). Du
reste, longtemps auparavant, le fameux Valentin avait
aussi, avec une grande imprudence^ comme dit Tertullien,
composé ses Psaumes (5), et saint Épiphane nous apprend
(i) Vid. la Note H.
(2) Euseb., Hist. eccles., lib. VII, cap. xxxii.
(3) Psalmos in honorera Domini nostri Jesu-Christi cani solitos, quasi
novellos et a recentioribus hominibus compositos abolevit. Mulieres
autem magno Paschae die, in média Ecclesia psalmos quosdam canere ad
sui ipsius laudem instituit. (Euseb., ///5?. eccles., lib. VII, cap. xxx.)
(4) Donatistae nos reprehendunt quod sobrie psallimus in Ecclesia
divina cantica Prophetarum ; cum ipsi ebrietates suas ad canticum psal-
morum humano ingenio compositorum, quasi ad tubas exhortationis
inflammant. (S. Augustini Epist. XXXIV.)
(5) Tertullian., De Carne Christi, lib. IV, cap. xvii.
I PARTIE
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l'ÉGLISE ']5
qu'un autre sectaire, Hiérax, Pavait imité, dans le même
but de corrompre la foi par une prière mensongère (i).
Nous verrons, à différentes époques, de nouvelles appli-
cations de ce perfide système, commun à presque toutes
les sociétés séparées.
En concluant ce chapitre, nous observerons que la Litur- Conclusions
gie conserva après la mort des Apôtres le même caractère
traditionnel que nous avons reconnu en elle lorsqu'ils
vivaient encore;
Que les plus savants docteurs s'en occupèrent comme
d'une partie fondamentale du christianisme;
Que les hérétiques tentèrent dès lors d'empoisonner
cette source de foi et de doctrine ;
Que ses formes firent l'objet des plus graves prescrip-
tions ecclésiastiques;
Que des tendances d'unité commencèrent dès lors à se
manifester, du moins pour les rites principaux;
Qu'enfin l'Eglise romaine fut dès lors le centre de la
Liturgie, comme elle l'était de la foi; en sorte que, même
sous le point de vue qui nous occupe, on doit appliquer
les solennelles paroles de saint Irénée, en son troisième
Livre contre les hérésies : Ad hanc qiiippe Ecclesiam,
propter potentiorem princïpalïtatem, necesse est omnem
convenire Ecclesiam, id est qui sunt undiqiiejîdeles.
(i) s. Epiphanius, Adv. Hœreses, lib. II, Haeres. lxxvii.
¥
yÔ DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
NOTES DU CHAPITRE IV
NOTE A
Precationes ^facite mane, et tertia hora, ac sexta, et nona, et vespëre
atquein gallicinio. Mane: gratias agentes, quod Dominus, abducta nocte
et inducto die, illuminavit nos. Tertia hora: quoniam in ea Dominus sen
tentiam damnationis excepit a Pilato. Sexta: quod in ea crucifixus est
Nona: quia cuncta, crucifixo Domino, commota sunt, dumhorrentimpio
rum Judaeorum temeritatem, nec ferre 'possunt contumeliam Do-
mino illatam. Vespere: gratias agentes, quod noctem nobis dederit, labo-
rum diurnorum requietem. In gallorum cantu: eo quod illa horanuntiat
adventum diei, ad facienda opéra lucis. Si propter infidèles impossibile est
ad Ecclesiam procedere, in domo aliqua congregationem faciès, Episcope.
{Constit. apost. lib. VIII, cap. xxxiv.)
NOTE B
In orationibus vero celebrandis invenimus observasse cum Daniele très
pueros in fide fortes, et in captivitate victores, horam tertiam, sextam,
nonam, sacramento scilicet Trinitatis; quœ in novissimis tempo-
ribus manifestari habebat. Nam et prima hora in tertiam veniens, con-
summatum numerum Trinitatis ostendit. Itemque ad sextam quarta
procedens, déclarât alteram Trinitatem. Et quando a septima nona com-
pletur, per ternas horas Trinitas perfecta numeratur; quae horarum
spatia jampridem spiritaliter déterminantes adoratores Dei, statutis et
legitimis ad precem temporibus serviebant: et manifestata post modum
res est sacramenta olim fuisse; quod ante sic justi precabantur. Nam
super discipulos hora tertia descendit Spiritus Sanctus, qui gratia domi-
nicae repromissionisimplevit. Item Petrus horâ sexta in tectum superius
ascendens, signo pariter et voce Dei monentis instructus est, ut omnes ad
gratiam salutis admitteret, cum de emundandis gentilibus ante dubitaret.
Et Dominus hora sexta crucifixus, ad nonam peccata nostra sanguine
suo abluit, et ut redimere et vivificare nos posset, tune victoriam suam
passione perfecit. Sed nobis, fràtres dilectissimi, praster horas antiquitus
(tbservatas, orandi nunc et spatia et sacramenta creverunt. Nam et mane
orandum est, ut resurrectioDomini matutina oratione celebretur. Quod
olim Spiritus Sanctus designabat in psalmis dicens: Rex meus et Deus
meus, quoniam ad te orabo, Domine: mane exaudies vocem meam:
maneassistam tibi, et contemplabor te. Et iterum per prophetam loquitur
Dominus: Diluculo vigilabunt ad me dicentes: Eamus et revertamur ad
1,
CHAPITRE IV
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE L EGLISE 77
Dominum Deum nostrum. Recedente item sole ac die cessante, neces- i partie
sario rursus orandum est. Nam quia Christus sol verus, et dies est verus,
sole ac die seculi recedente quando oramus et petimus ut super nos lux
denuo veniat, Ghristi precamur adventum, lucis œternae gratiam praebi-
turum. (S. Cyprianus, De Oratione dominica, versus finem.)
NOTEC
Solis, ut dicitur, die, omnium sive urbes sive agros incolentium in
eumdem locum fit conventus, et commentaria Apostolorum, aut scripta
Prophetarum leguntur, quoad licet per tempus.Deinde ubi lector desiit,is
qui praeest admonitionem verbis et adhortationem ad res tàm praeclaras
imitandas suscipit. Postea omnes simul consurgimus, et preces emitti-
mus: atque, ut jam diximus, ubi desiimus precari, panis aiFertur et
vinum etaqua: et qui praeest, preces et gratiarum actiones totis viribus
emittit et populus acclamât, amen, et eorum, in quibus gratiae actae sunt,
distributio fit et communicatio unicuique praesentium, et absentibus per
Diaconos mittitur: qui abundant et volunt, suo arbitrio, quod.quisque
vult, largiuntur, et quod colligitur apud eum, qui praeest, deponitur, ac
ipse subvenitpupillis et viduis, et iis qui vel ob morbum, vel aliam ob
causam egent, tum etiam iis qui in vinculis sunt et advenientibus per-
egre hospitibus; uno verbo omnium indigentium curam suscipit. Die
autem solis omnes simul venimus, tum quia prima haec est dies
qua Deus, cum tenebras et materiam vertisset, mundum creavit, tum
quia Jésus Christus salvator noster eadem die ex mortuis resurrexit.
Pridie enim Saturni eum crucifixerunt, et postridie ejusdem diei, id est
solis die apostolis suis et discipulis visus ea docuit, quae vobis quoque
consideranda tradidimus. (S. Justinus, Apologia /, no 67.)
NOTE D
Nos autem postquam eum, qui fidem suam et assensum doctrinœ nos-
trae testatus .est, sic abluimus, ad eos, qui dicuntur fratres, deducimus
ubi illi congregati sunt, communes preces et pro nobismetipsis, et pro
eo qui illuminatus est, et pro aliisubique omnibus intento animo facturi,
utveritatis cognitionem adepti, hac etiam gratia dignemur, ut rectam
operibus vitam agentes et praeceptorum custodes inveniamur, quo salutem
aeternam assequamur. Invicem osculo salutamus, ubi desiimus precari.
Deindeei, qui fratribus praeest, panis afiertur, et poculum aquse etvini:
quibus ille acceptis, laudem et gloriam universorum Parenti per nomen
Filiiet Spiritus Sancti emittit, et Eucharistiam, sive gratiarum actionem
pro his ab illo acceptis donis prolixe exsequitur. Postquam preces et
Eucharistiam absolvit, populus omnis acclamât, amen. Amen autem
hebrœa lingua idem valet ac fiât. Postquam vero is, qui praeest, preces
absolvit, et populus omnis acclamavit, qui apud nos dicuntur dia-
y 8 DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS coiii panem et vinum et aquam, in quibus gratiae actae sunt, unicuique
LITURGIQUES preesentium participanda distribuunt, et ad absentes perferunt. (Ibidem^
no 65.)
NOTE E
Sanctus vero Dei martyr (Irenaeus)cumvenisset ad pontem, qui vocatur
Basentis, exspolians se vestimefita sua, et extendens manus in cœlum,
oravit dicens: Domine Jesu Christe, qui pro mundi salute pati dignatus
es, pateant cœli tui, ut suscipiant Angeli spiritum servi tui Irenaei, qui
propter nomen tuum et plebem tuam productam de Ecclesia tua catho-
lica Sirmiensium hœc patior. Tepeto, tuamquedeprecormisericordiam,ut
et me suscipere,ethos infide tua confirmare digneris. Sic itaquepercussus
gladio a ministris, projectus est in fluvium Savi. (Act. S. Irenœi, Episc.
Sirmiensis. Apud Ruinart.)
Cumque perducti essent (Lucianus et Marcianus) ad locum, tanquam
ex uno ore gratiasDeo agentes, dixerunt: Tibi, Domine Jesu, insufficientes
laudes dicimus, qui nos miseros et indignos de errore gentilitatis erutos,
ad hanc summam et venerabilem passionem propter nomen tuum perdu-
cere dignatus es; atque omnium sanctorumi tuorum particeps efficere. Tibi
laus, tibi gloria, tibi etiam animam et spiritum nostrum commendamus.
Et cum complevissent orationem, statim quaestionarii subposuerunt ignem
(Act. SS. Luciani et Matciani. Ibidem.)
Cumque ad locum pervenissent, orare cœpit martyr (Theodotus) in haec
verba: Domine Jesu Christe, cœli terraequê conditor, qui non derelin-
quis sperantes in te, gratias tibi ago, quia fecisti me dignum cœlestis
tuae urbis civem, tuique regni consortem. Gratias tibi ago, quia donasti
mihi draconem vincere, et caput ejus conterere. Da Ecclesiae tuae pacem,
eruens eam a tyrannide diaboli; Cumque orationem finiens adjunxisset,
Amen, conversus vidit fratres flentes, etc. {Act. S. Theodoti Ancyrani et
septem Vîrginum. Ibidem.)
Et ils dictis expletis, Afra circumdata sarmentis, igné supposito, vox
ejus audiebatur dicens: Gratias tibi ago, Domine Jesu Christe, qui me
dignatus es'hostiam habere pro nomine tuo, qui pro toto mundo solus
hostia oblatus es in cruce, justus pro injustis, bonus pro malis, benedic-
tus pro maledictis, mundus a peccato pro peccatoribus universis. Tibi
ofFero sacrificium meum, qui cum Pâtre et Spiritu Sancto vivis et régnas
Deus in saecula saeculorum. Amen. Et hœc dicens, emisit spiritum. {Acta
S. Afrœ. Ibidem.)
Positis (Julitta) genibus, oravit, dicens: Gratias tibi ago, Domine, qui
priorem me filium meum vocasti, et ut praesenti hac vanaque relicta vita,
aeternaeilli cumsanctis jungeretur, propter sanctum ac tremendum nomen
tuum dignanter voluisti; me quoque suscipe indignam ancillam tuam,
facque ut ingens illud bonum nanciscar,quo prudentibus virginibus, qui-
bus indultum ut in cœlestem ac incorruptum thalamum ingrederentur,
DURANT LES TROIS PREMIERS SIECLES DE l''ÉGLISE 79 '
accensear:acbenedicatspiritusmeus Patrem tuumDeum omnium conser- i partie
vatorem, ac universorum opificem, Sanctumque Spiritum in saecula. chapitre iv
Amen. (Act. SS. Cyrici et Julittœ. Ibidem.)
NOTE F
Fraenum pullorum indocilium,
Penna volucrum non errantium
Verus clavus infantium,
Pastor agnorum regalium,
Tuos simplices
Pueros congrega,
Ad sancte laudandum,
Syncere canendum
Ore innoxio
Ghristum puerorum ducem.
Rex sanctorum,
Verbum, qui domas omnia,
Patris altissimi
Sapientiae rector,
Laborum sustentaculum,
^vo gaudens,
Humani generis
Servator Jesu,
Pastor, arator,
Clavus, fraenum,
Penna cœlestis
Sanctissimi gregis.
Piscator hominum,
Qui salvi fiunt.
Pelagi vitii
Pisces castos
Unda ex infesta
Dulci vita inescans.
Sis dux, ovium
Rationalium pastor.
Sancte, sis dux,
Rex puerorum intactorum.
Vestigia Christi,
Via cœlestis,
Verbum perenne,
iEvum infinitum,
Lux aeterna,
Fons m.isericordiae,
Operatrix virtutis,
8o DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS Honcsta vita
LITURGIQUES DeuiTi laudantium, Christc Jcsu,
Lac cœleste
' Dulcibus uberibus
Nymphae gratiarum,
Sapientiae tuae expressum.
Infantuli
Ore tenero ■'
Enutriti,
Mammae rationalis
Roscido spiritu
Impleti,
Laudes simplices,
Hymnos veraces,
Régi Christo,
Mercedes sanctas
Vitae doctrinae,
Canamus simul,
Canamus simpliciter
Puerum valentem.
Chorus pacis,
Christo geniti,
Populus modestus,
Psallamus simul Deum pacis.
NOTE G
Si statio faciendaest, maritus de die condicat ad balnea; si jejunia obser-
vanda sunt, maritus eadem die convivia exerceat ; si procedendum erit,
nunquam magis familiae occupatio obveniat. Quis autem sinat conjugem
suam visitandorum fratrum gratia, vicatim aliéna et quidem pauperiora
quaeque tuguria circumire? Quis nocturnis convocationibus, si ita opor-
tuerit, à latere suo adimi libenter feret? Quis denique solemnibus Paschae
obnoctantem securus sustinebit ? Quis ad convivium illud dominicum,
quod infamant, sine sua suspicione dimittet? Quis in carcerem ad oscu-
landa vincula martyris reptare patietur ? Sed aliquis susti-
net nostra, nec obstrepit. Hoc est igitur delictum quod gentiles nostra
noverunt Latebisne tu cum lectulum, cum corpusculum
tuum signas, cum aliquid immundum flatu explodis, cum etiam per noc-
tem exurgis oratume ? Et non magiae aliquid videberis operari ? Non sciet
maritus quid secreto ante omnem cibum gustes ? Et si sciverit panem,
non illum crédit esse qui dicitur? (TertuUianus, Ad Uxorem, lib. II,
cap. m, IV, V, VI.)
NOTE H
Jam praedixerat horam venire, quandoveri adoratores adorarent Patrem
in spiritu et veritate, et implevit quod ante promisit; ut qui spiritum
DURANT LES TROIS PREMIERS ^lÈCLES DE l'ÉGLISE 8i
et veritatem de ejus sanctificatione percepimus, de traditione quoqueejus i partie
vere et spiritaliter adoremus.Quae enim potest essemagis spiritalis oratio, chapitre iv
quam quae vere a Christo nobis data est, a quo nobis etSpiritus Sanctus
missus est ? Quae vera magis apud Patrem precatio, quam quae a Filio
qui est veritas, de ejus ore prolata est ? Ut aliter orare quam docuit, non
ignorantia sola sit, sed et culpa: quando ipse posuerit et dixerit: Rejicitis
mandatum Dei, ut traditionem vestram statuatis. Oremus itaque, fratres
dilectissimi, sicut mâgister Deus docuit. Amica et familiaris oratio est
Deum de suo rogare; ad aures ejusascendere Ghristi orationem. (S. Cy-
prianus, De Orat. Dominica, in principio.)
T. I
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE V
DE LA LITURGIE, DANS l'ÉGLISE EN GENERAL, AU QUATRIEME
SIÈCLE
L'Église L'Église enfin sort pour jamais des cryptes qui, trop
des catacombes, souvent, avaient couvert de leurs ombres la majesté de ses
mystères. Elle étale au grand jour ces rites dont la pompe
et la saint.eté achèveront la victoire, que déjà Tauguste
vérité de ses dogmes et la beauté de sa morale lui ont
assurée sur le paganisme. Suivant notre usage, nous
recueillerons dans ce chapitre les faits généraux, qui don-
neront l'ensemble de l'époque liturgique quenoustraitons.
Le triomphe, Or le Caractère de cette époque est le triomphe : c'est
génSarde^cette maintenant que s'accomplit la parole du Sauveur : Ce qui
spécmkment ^^ disait à l' Oreille, prêche:{'le sur les toits (i). Ces
dans kïfturgie. mystères cachés ou comprimés dans l'enceinte des temples
éclatent au grand jour. La pompe et la richesse du culte,
quelque splendides qu'elles fussent par les largesses des
patriciens disciples du Christ, dépassent toute mesure du
moment que les empereurs ont franchi le seuil de l'Eglise.
De même que la foi, l'espérance des biens futurs, la charité
fraternelle avaient fait jusqu'ici le lien intime des chrétiens
par tout l'empire, désormais les formes liturgiques,
devenues formes sociales, proclament leur puissante
nationalité. « Que si, s'écrie Eusèbe, un seul temple situé
ce dans une seule ville de Palestine fut un objet d'admi-
(i) Matth. X, 27.
I PARTIE
CHAPITRE V
DE LA LITURGIE AU QUATRIEME SIECLE 83
« ration, combien plus est merveilleux le nombre, la
« grandeur, la magnificence de tant d'églises de Dieu ' '
oc érigées dans tout Tunivers (i) ! Les prophéties, dit-il
« ailleurs, sont véritablement accomplies, aujourd'hui
« que nous voyons des hommes décorés en cette vie de la
« dignité royale, confondus dans FÉglise de Dieu avec les
c( pauvres et le bas peuple (2). »
De toutes parts, on relevait donc les églises démolies ^ Splendeur
-t^ ' c> jes cérémonies
durant la persécution : on en édifiait de nouvelles par toute . pour
^ . , . l'inauguration
rétendue de Pempire. La dédicace de ces temples s'accom- des églises
,. . 11 • . 1 , A qui s'élèvent
plissait avec une splendeur toujours croissante; les eveques de toutes parts,
s'y réunissaient en grand nombre, et le Père de l'histoire
ecclésiastique nous a conservé dans des récits pleins d'en-
thousiasme la mémoire de ces augustes cérémonies.
La première dédicace d'église que nous rencontrons Dédicace
jf t. j - 1 • j /^ • 11 1 1 ^^ 1^ basilique
tout d abord après la paix de Constantin, est celle de la de Tyr
basilique de Tyr, inaugurée vers l'an 3x5. Cette ville, qui
avait pour évêque Paulin , avait vu périr son église
durant la persécution de Dioclétien, et les païens s'étaient
efforcés d'en défigurer jusqu'à l'emplacement, en y amassant
toutes sortes d'immondices. On eût pu aisément trouver
un autre lieu pour construire une église, lors de la paix
rendue au christianisme; mais l'évêque Paulin préféra faire
nettoyer le premier emplacement et y jeter les fondements
de la seconde basilique, afin de rendre plus sensible encore
la victoire de l'Église; et la gloire de ce second temple fut
plus grande que celle du premier. Eusèbe fut chargé de
prononcer l'homélie solennelle de la dédicace au milieu
(i) Quod si templum illud in una Palestinae urbe admiratione dignum
erat; quanto magis mirabilis illa frequentia, magnitudo et pulchritudo
ecclesiarum Dei in omni loco excitatarum! Nam totus orbis plenus eccle-
siis est. (Euseb. Comment, in Isaiam, pag. 56o.)
(2) Quod si videas regios viros dignitate ac praestantiainhacvita ornatos,
in Ecclesia Dei cum pauperibus ex infima plèbe congregatos, ne cuncteris
dicere etiam hacrationeimpletam esseScripturam. (Euseb. /^2<i., pag. 402.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Homélie
d'Eusèbe
de Césarée
à cette fête.
Importance
de ce discours
qui nous révèle
la forme
des Eglises
primitives.
84 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
d'un peuple immense accouru pour prendre part à cette
fête.
S'adressant d'abord aux évêques présents à la cérémonie,
il commence ainsi : « O amis de Dieu et Pontifes, qui
« portez la sainte tunique et la couronne céleste de gloire,
« qui avez Ponction di\ine et la robe sacerdotale du Saint-
« Esprit (i). » Fleury lui-même a reconnu ici désignés
clairement le costume pontifical et le diadème sacré dont
les évêques usaient déjà, au moins dans la célébration des
mystères ; et comme nous ne voyons à cette époque aucun
règlement ecclésiastique pour fixer ces usages, nous devons
en faire remonter Tinstitutionà Fépoque qui avait précédé,
et durant laquelle nous en avons déjà rencontré plusieurs
vestiges significatifs.
Il célèbre ensuite le triomphe que Dieu vient de donner
à son peuple sur ses ennemis, et la force victorieuse qu'il
a mise en son Christ, qui seul, par la puissance de son bras,
a opéré un si merveilleux changement. Après quoi, il s'étend
sur l'éloge de l'évêque Paulin qu'il compare tantôt à Bese-
léel, l'architecte du tabernacle mosaïque, tantôt à Zoroba-
bel, le réparateur du temple. Mais ce qui nous intéresse
davantage^ c'est la description que fait Eusèbe de l'ensemble
et des parties de la basilique avec le détail des mystères
signifiés dans sa construction. Ce passage est important
en ce qu'il nous révèle la forme des églises chrétiennes
primitives, suivant notre remarque au chapitre précédent;
mais jusqu'ici nous ne voyons pas qu'il ait été cité, ou
même connu de quelqu'un de ces innombrables parleurs
d'architecture religieuse dont le pays regorge depuis quel-
ques années, et qui nous étalent, avec une si grotesque
suffisance, tout le luxe d'un savoir improvisé.
« Paulin , dans la réédification de son église, dit l'élo-
(i) Amici et sacerdotes Dei, qui sacra tunica talari induti, et cœlestis
gloriae corona decorati, divinaque unctione delibuti, et sacerdotali Sancti
Spiritus veste amicti estis. (Euseb. Hist. eccîes., lib. X, cap. iv.)
AU QUATRIÈME SIECLE 85
« quent panégyriste, non content d'accroître l'emplacement
« primitif, en a fortifié Tenceinte comme d'un rempart au
« moyen d'un mur de clôture. Il a élevé son vaste et
« sublime portique vers les rayons du soleil levant; voulant
« par là donner à ceux mêmes qui n'aperçoivent l'édifice
« que de loin, une idée des beautés qu'il renferme, et inviter
« par cet imposant spectacle ceux qui ne partagent pas
« notre foi à visiter l'enceinte sacrée. Toutefois, lorsque
« vous avez franchi le aeuil du portique, il ne vous est
« pas licite encore d'avancer, avec des pieds impurs et
a souillés : entre le temple lui-même et le vestibule qui
« vous reçoit, un grand espace en carré s'étend, orné d'un
a péristyle que forment quatre galeries soutenues de
« colonnes. Les entre-colonnements sont garnis d'un treillis
« en bois qui s'élève à une hauteur modérée et convenable.
« Le milieu de cette cour d'entrée est resté à découvert, afin
« qu'on y puisse jouir de la vue du ciel et de l'éclatante
« lumière qu'y versent les rayons du soleil. C'est là que
« Paulin a placé, les symboles de l'expiation, savoir les
c( fontaines qui, situées tout en face de l'église, fournissent
« une eau pure et abondante, pour l'ablution, aux fidèles
(c qui se préparent à entrer dans le sanctuaire. Telle est la
« première enceinte, propre à donner tout d'abord une
« idée de la beauté et delà régularité de l'édifice, et offrant
ce en même temps une place convenable à ceux qui ont
« besoin de la première instruction. Au delà, plusieurs
« vestibules intérieurs préparent l'accès au temple lui-même,
« sur la façade duquel trois portes s'ouvrent tournées à
« l'orient. Celle du milieu, plus considérable que les deux
« autres, en hauteur et en largeur, est munie de battants
« d'airain avec des liaisons en fer et ornée de riches
« sculptures : les deux autres semblent deux nobles corn-
et pagnes données à une reine. Au-delà des portes, s'étend
« l'église elle-même, présentant deux galeries latérales
« au-dessus desquelles ouvrent diverses fenêtres ornées de
I PARTIE
CHAPITRE V
Description
de la
basilique
de Tyr.
86 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS « sculptuFcs en bois du travail le plus délicat, et par les-
LITURGIQUES . 1 -^ lui
« quelles une abondante lumière tombe d en haut sur tout
« rédifîce. Quant à la décoration de cette demeure royale,
« Paulin a su y répandre une richesse, une opulence
« véritablement colossales. Je ne m^arrêterai donc point à
« décrire la longueur et la largeur de Fédifice, son éclat
« splendide, son étendue prodigieuse, la beauté rayonnante
« des chefs-d^œuvre qu^il renferme, son faîte arrivant
« jusqu^au ciel et formé d'une précieuse charpente de ces
a cèdres du Liban, dont les divins oracles ont célébré
« la louange, quand ils ont dit : Les bois du Seigneur, les
c( cèdres du Liban seront dans la joie. Parlerai-je de
« rhabile et ingénieuse disposition de Touvrage entier, de
« Texcellente harmonie de toutes les parties, lorsque déjà
« ce que Toeil en contemple dépasse ce que Toreille en
« pourrait ouïr. Après avoir établi Tensemble de Tédifice,
« et dressé des trônes élevés pour ceux qui président, en
« même temps que des sièges de toutes parts pour les
« fidèles, Paulin a construit le Saint des Saints, Tautel, au
« milieu ; et pour rendre inaccessible ce lieu sacré, il en a
« défendu l'approche, en plaçant à distance un nouveau
« treillis en bois, mais si merveilleux dans Fart qui a pré- *
c( sidé à son exécution, qu'à lui seul il offre un spectacle
« digne d'admiration à tous ceux qui le considèrent. Le
« pavé même de l'Eglise n'a point été négligé : le marbre
« décrit de riches compartiments. Sur les nefs latérales de
« la basilique ouvrent de três-amples salles que Paulin,
« nouveau Salomon vraiment pacifique, a fait construire
« pour l'usage de ceux qui doivent recevoir l'expiation et
« la purgation par l'eau ou le Saint-Esprit. «
Après ces détails de description dont nous n'offrons ici
qu'une traduction libre et abrégée, l'évêque de Césarée se
livre de nouveau aux transports de l'enthousiasme que lui
inspire la délivrance de l'Église, figurée dans la splendeur
du glorieux édifice élevé par la main de Paulin ; mais
I
AU QUATRIÈME SIECLE 87
bientôt il rentre dans son sujet, et expose ainsi quelques-
uns des mystères exprimés dans les formes de la construc-
tion du temple qu'il vient de décrire.
« Sans doute cet œuvre est merveilleux et au-dessus de
c( toute admiration, si on en considère l'apparence exté-
c( rieure; mais bien autrement merveilleux est-il, si Ton
c( s'élève jusqu'à son type spirituel, savoir l'édifice divin
« et raisonnable bâti par le Fils de Dieu dans notre âme,
« qu'il a choisie pour épouse et dont il a fait un temple à
« lui et à son Père. C'est ce Verbe divin qui a purgé vos
« âmes de leurs souillures, et qui les a confiées ensuite au
(c pontife très-sage et aimé de Dieu qui vous régit. C'est
« ce Pontife lui-même, tout entier, au soin des âmes dont
« il a reçu la garde, qui ne cesse d'édifier jusqu'à ce jour,
c( plaçant en chacun de vous l'or le plus brillant, l'argent
« le plus éprouvé, les pierres les plus précieuses, en sorte
tt qu'il accomplit par ses œuvres sur vous, la mystérieuse
« prédiction qui porte ces paroles : Voici que f ai préparé
« l'escar boucle pour tes murs, le saphir pour tes fonde^
ce ments, le jaspe pour tes remparts, le cristal pour tes
« portes^ les pierres les plus recherchées pour ton enceinte
« extérieure : tous tes enfants sont instruits par Dieu
« même^ tes fils sont dans la paix ^ toi-même es bâtie dans
« la justice. Donc^ Paulin édifiant dans la justice, a disposé
c( dans un ordre harmonieux les diverses portions de son
ce peuple, enserrant le tout d'une vaste muraille extérieure
c< qui est la ferme foi. Il a distribué cette multitude infinie
« dans une proportion digne de la plus imposante
ce structure. Aux uns il a confié le soin des portes et la
ce charge d'introduire ceux qui veulent entrer ; ils forment
ce ainsi comme un vestibule animé. D'autres se tiennent
ce près des colonnes qui supportent la galerie quadran-
ee gulaire de la cour intérieure, parce qu'ils épellent encore
ce le sens littéral des quatre Evangiles. D'autres, qui sont
« les catéchumènes, ont leur place sous les galeries latérales
I PARTIE
CHAPITRE V
Mystères
exprimés
par la forme
même
du temple.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Toutes
les églises
du ive siècle
bâties
sur un même
ty}3e antérieur
à la paix
de Constantin.
88 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
« du royal édifice, pour signifier qu'ils sont moins éloignés
■ « de la connaissance de ces mystères secrets qui font la
« nourriture des fidèles. Quant à ceux-ci, dont les âmes
« sont immaculées et purifiées comme For, dans le divin
« lavoir, ils se tiennent soit auprès des colonnes de la nef
c< principale qui, s'élevant à une hauteur supérieure à celles
« du portique, figurent les sens mystérieux et intimes des
« Écritures; soit auprès des fenêtres qui répandent la
« lumière dans l'édifice. Le temple lui-même est décoré
« d'un simple et imposant vestibule, pour marquer la
« majesté adorable du Dieu unique ; les deux galeries
« latérales qui accompagnent l'édifice, expriment le Christ
« et le Saint-Esprit, double émanation de lumière : enfin,
« toute la doctrine de notre foi rayonne dans la basilique
« avec un éclat éblouissant. Les trônes, les sièges, les bancs
ce placés dans ce temple sont les âmes dans lesquelles
« résident les dons qu'on vit un jour s'arrêter sur les apôtres
« en forme de langue de feu. D'abord le pontife qui pré-
« side est pour ainsi dire rempli du Christ : ceux qui siègent
« après lui (les prêtres), font éclater dans leurs personnes
« les dons du divin Esprit. Les bancs rappellent les âmes
« des fidèles sur lesquelles se reposent les anges confiés à
« la garde des élus. Enfin, l'autel lui-même unique, vaste,
« auguste, qu'est-il, sinon l'âme très-pure du pasteur
« universel, de l'évêque, véritable Saint des Saints, dans
« lequel réside le Pontife suprême, Jésus, Fils unique de
« Dieu (i) ? »
Nous avons enregistré ces paroles d'Eusèbe comme le
point de départ des traditions écrites sur la construction
des basiliques, portion si importante de la science litur-
gique. Toutes les églises bâties au quatrième siècle, tant
en Orient qu'en Occident, nous apparaissent sous la forme
si éloquemment décrite ci-dessus : ce qui prouve jusqu'à
(i) Vid. la Note A.
AU QUATRIÈME SIECLE 8g
Févidence que le type, pour être ainsi universel, était anté-
rieur à la paix de Constantin (i). Les mystères cachés sous
les détails de la construction, etsi magnifiquement racontés
par Févêque de Césarée, étaient connus du peuple fidèle,
à qui le langage des symboles était familier dans une
religion qui sanctifiait toutes les parties de la création.
Nous verrons cette symbolique s^enrichir encore dans
FÉglise d'Occident, jusqu'à Fépoque où Fesprit positif de
la Réforme, réagissant même sur les peuples catholiques,
en vint à dicter des plans d'église muets et déshérités de
tous les souvenirs de la tradition. Quant aux rites au moyen
desquels les temples étaient consacrés^ au quatrième siècle,
dans FÉglise d'Orient, nous serions réduits à de pures
conjectures, du moment que nous voudrions les reproduire.
Il est hors de doute que le chant des psaumes et des
hymnes y occupait une grande place ; que des oraisons de
consécration, dans le style du reste de la Liturgie, devaient
résumer la prière des pontifes et lui donner une plus grande
force de sanctification; que, dans ces occasions, les
évêques paraissaient avec de riches habits pontificaux ;
qu'enfin une dédicace était comme aujourd'hui un sublime
spectacle de religion, destiné à graver, dans l'esprit et le
cœur des peuples, un profond sentiment de la sainteté et
de la majesté de cette demeure que le Seigneur daigne se
choisir au milieu des hommes.
Dans l'Occident, les traditions de l'Eglise romaine nous
apprennent que le pape saint Silvestre institua et régla en
détail, dès le quatrième siècle, les rites que nous pratiquons
aujourd'hui dans la dédicace des églises et des autels (2).
I PARTIE
CHAPITRE V
Incertitude
sur les rites
employés
en Orient
pour
la dédicace
des Eglises.
Saint Silvestre
règle
ces rites dans
l'Occident
dès le iv^ siècle.
(i) Nous rapprocherons des paroles d'Eusèbe ce passage des Consti-
tutions apostoliques : Primo quidem Sddes sit oblonga, ad orientem versa,
ex utraque parte pastophoria versus orientem habens, et qiiœ navi sit similis.
{Constitut. apostoL, lib. II, cap. lvii. Cotelier, pag. 261.)
(2) Ritus quos in consecrandis ecclesiis et altaribus Romana servat
Ecclesia, Beatus Silvester Papa primus instituit. {Brev.Rom. IX,Novemb.)
go DE LA LITURGIE DANS L EGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS Qq pontlfc cut Ics plus magnifiques occasions de les prati-
" quer dans Tinauguration des basiliques fondées à Rome
par la munificence de Constantin. Cet empereur bâtit, en
Dédicaces son palais de Latran, une église quUl dédia sous le titre du
des ■*■ . 1 1 o •
basiliques cons- Sduveiir, et qui mamteuaut, connue sous le nom de Samt-
tantiniennes ^ ,^ , i-'j-t^t
de Rome. Jean-de- Latran, est devenue le siège du Pontife romain,
la Mère et la Maîtresse de toutes les églises de Rome et du
monde entier, ainsi que le porte Tinscription qu^on lit sur
sa façade principale. Outre cette église, Constantin éleva
celle de Saint- Pierre, sur le corps même de cet apôtre, au
Champ-Vatican; celle de Saint-Paul, sur le corps de Fapôtre
des Gentils, sur le chemin d'Ostie ; celle de Saint-Laurent,
extra muros, sur la voie Tiburtine ; celle de Sainte-Croix
en Jérusalem, ïn agro Sessoriano ; celle de Sainte- Agnès,
sur la voie Nomentane; celle des Saints-Marcellin-et-Pierre,
sur la voie Lavicane; et plusieurs autres encore dans Rome
et dans les environs de cette capitale.
Constantinopie Non content de réédifier les sanctuaires de Tancienne
d'égii?es Rome avec une magnificence vraiment impériale, le pieux
^^"^ pa?^^^^ empereur voulut, autant qu'il était en lui, sanctifier la nou-
son fondateur, y^lle qu'il bâtissait sur l'ancienne Byzance. Il y construisit
de magnifiques basiliques^ entre autres celle qu'il dédia à
la Sagesse éternelle, sous le nom de Sainte-Sophie; celle
de Sainte Irène, qui fut sous son règne la Grande Eglise ;
celle des Douze Apôtres, qu'il destina pour sa sépulture,
et un grand nombre d'autres dans la ville et aux environs,
principalement sur les tombeaux des martyrs. Son zèle
pour les solennelles manifestations de la foi parut aussi
dans le soin qu'il prit de placer la figure de la Croix dans les
lieux publics de la nouvelle capitale. Il aima aussi à faire
représenter sur les fontaines, au milieu des places, deux
sujets principalement chers aux chrétiens de l'âge primitif,
le bon Pasteur et Daniel dans la fosse aux lions (i).
(i) Euseb. Vita Constantini, passim.
AU QUATRIEME SIECLE QI
Mais un sujet qui émut particulièrement en ce siècle les ^ partie
CHAPITRE V
chrétiens, et qui fournit Toccasion aux actes les plus ' '
pompeux de la Liturgie, fut la restauration faite par sainte
Hélène, des lieux sacrés de la Palestine qui avaient été les Restauration
témoins de la vie, des prodiges et des souffrances de ^^^^^^ H^^^^
r Homme-Dieu. Secondant avec zèle les pieuses intentions Palestine
de sa mère, Constantin mit les trésors de Tempire à la sainte Hélène,
disposition de saint Macaire, évêque de Jérusalem, afin
que réglise qui devait être bâtie sur le Saint Sépulcre
surpassât en magnificence tous les édifices que pouvaient
renfermer toutes les villes du monde (i). Eusèbe nous a La basilique
pareillement conservé la description de cette basilique, saint -sépulcre,
qui fut construite en six ans : nous plaçons ce précieux
morceau dans les notes à la fin du présent chapitre (2).
Après avoir étalé toutes les splendeurs qui brillaient dans
la construction de Téglise du Saint-Sépulcre, Thistorien
termine ainsi : « Il nous serait impossible de raconter la
« somptuosité, la délicatesse, la grandeur, le nombre, la
« variété des ornements et autres objets d^offrande,
« étincelants d'or, d'argent et de pierreries, que la magni-
« ûcQncQ, impériale accumula dans le temple de la Résur-
« rection (3). »
Mais si nous avons à déplorer le silence d'Eusèbe sur Dons offerts
. . ... aux églises
une matière aussi importante pour la Liturgie que les de Rome
1 . • 11 1 1 1 par Constantin.
vases sacres et autres dons qui entouraient 1 autel, dans la
basilique du Saint-Sépulcre, la Providence a permis du
moins que Finventaire de plusieurs églises de Rome, au
même siècle, parvînt jusqu'à nous, pour nous dédom-
mager en quelque sorte de ce que la négligence des histo-
riens nous a fait perdre. L'importante chronique, connue
sous le nom de Liber pontijîcalis^ dont nous avons entre-
(i) Voyez la lettre de Constantin à saint Macaire, dans Eusèbe, Vita
Constant., lib. III^ cap. xxx, xxxi, xxxii.
(2) Vid. la Note B.
(3) Euseb. Vita Constant., lib. III, cap. xi..
92
DE LA LITURGIE DANS L EGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS pns la Dublicatioii dans nos Origines de VÉglise
LITURGIQUES ^ ^ vii'ii «o-i
" ro7naine, renferme, a 1 article de saint Silvestre, la liste
des objets offerts à plusieurs églises de Rome, tant par ce
saint pontife que par Constantin lui-même. On peut,
d'après ces détails, se faire une idée du service divin, tel
qu'il était exercé dans de^, basiliques si richement pour-
vues de toutes les nécessités du culte. Nous nous conten-
terons de donner ici quelques traits, renvoyant aux notes
qui suivent ce chapitre le texte même de la Chronique.
Trésor a Constantin Auguste, dit la chronique pontificale,
de la basilique /i-/^ii-i- •• r^ t ni
du Latran « édifia la basilique constantimenne (de Latran), dans
it^Eiber « laquelle il mit beaucoup de vases d'or et d'argent, de
pontijica is. ^^ pierres précieuses et d'objets d'ornement. Il revêtit
« l'abside d'or pur, et en garnit la partie supérieure
« d'argent battu; il y plaça l'image du Sauveur assis sur
« un siège, haute de 5 pieds, et pesant 120 livres; et aussi
« les douze apôtres, pesant chacun 90 livres, avec des
a couronnes : le tout d'argent très-pur. En face de l'abside,
« une autre image du Sauveur assis sur un trône , haute
« de 5 pieds, d'argent très-pur, et pesant 160 livres;
« quatre anges d'argent, pesant io5 livres, ayant des escar-
« boucles aux yeux, et tenant des lances terminées en
« croix ; le phare ou lampadaire suspendu dans la tribune
« de l'abside avec cinquante dauphins d'or très-pur, le tout
« pesant, avec la chaîne, 2 5 livres; quatre couronnes d'or
« très-pur, avec vingt autres dauphins servant de lampes,
« le tout pesant i5 livres ; 5oo livres d'or laminé appli-
« quées à la voûte de la basilique dans sa longueur et dans
c( sa largeur ; sept autels d'argent très-pur, pesant chacun
« 200 livres ; sept patènes d'or, pesant chacune 3o livres ;
« quinze patènes d'argent, pesant chacune pareillement
« 3o livres ; sept coupes de communion en or, pesant
« chacune 10 livres ; une coupe particulière en métal,
« couleur de corail, garnie de toutes parts d'émeraudes et
« d'hyacinthes enchâssées dans de l'or, du poids de 20 livres
j
AU QUATRIEME SIECLE g2>
« 3 onces: vinst coupes d'argent, pesant chacune i5 livres: i partie
^ <~^ ^ O ' ^ ' CHAPITRE V
« deux ampoules en or très-pur, pesant chacune 5o livres,
ce et pouvant contenir chacune un médimne ; vingt am-
« poules en argent , de même mesure et pesant i o livres ;
ce quarante calices moindres, d^or très-pur, et pesant chacun
« I livre ; cinquante calices moindres, destinés au minis-
« tère, en argent, et pesant chacun 2 livres. v
« Dans la basilique même, hors de Tabside, devant
« Tautel, un autre phare d^or très-pur, dans lequel brûle
« une huile de nard sans mélange, avec Faccompagnement
« de quatre-vingts dauphins, le tout du poids de 3o livres;
« un phare en argent, avec cent vingt dauphins, du poids
« de 5o, livres; quarante- cinq autres phares en argent
« dans la grande nef de la basilique ; quarante dans la nef
« latérale de droite , et trente dans celle de gauche ; cin-
« quante candélabres en argent, pesant chacun 20 livres,
« placés dans la grande nef ; trois grands vases d'argent
ce très-pur, pesant chacun 3oo livres, et contenant chacun
ce dix médimnes ; sept candélabres d'airain, pesant chacun
ce 3 00 livres, destinés à être placés devant les autels,
ce hauts de 10 pieds, ornés de médaillons d'argent repré-
ce sentant les prophètes, etc. (i). »
Ce court fragment donnera une idée de la richesse des Munificence
églises bâties et ornées par les empereurs : le suivant g^j^t Silvestre
nous donne la mesure de la munificence d'un Pape du j^ basfuque
quatrième siècle, envers une simple église fondée par lui ,^PE?!^^
dans Rome, ce Silvestre bâtit, dans la ville, une église sur d'Equitius.
ce le terrain d'un certain prêtre nommé Equitius. Ce
« titre, situé près des Thermes de Domitien, est appelé
« encore aujourd'hui Titulus Equitii (2). Le Pape y
ce offrit les dons suivants : une patène d'argent, pesant
ce 20 livres, qu'il avait reçue à cet effet de Constantin
(i) Vid. la Note C
(2) On nomme maintenant cette église Saint-Silvestre-et-Saint-Martin,
aVMonti, ^ '
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
94 DE LA LITURGIE DANS L EGLISE EN GENERAL
Auguste ; deux coupes de communion en argent, pesant
chacune lo livres; un calice d'or du poids de 2 livres;
cinq calices pour le ministère, pesant chacun 2 livres;
deux ampoules d'argent, pesant chacune 10 livres; une
patène d'argent, pour le chrême, incrustée d'or et pesant
5 livres; dix lampes orries de couronnes, pesant chacune
8 livres; vingt lampes d'airain, pesant chacune 10 livres;
douze chandeliers d'airain, pour les cierges, pesant chacun
3o Uvres, etc. (i). »
Nous avons établi ailleurs l'autorité de la chronique
qui nous fournit ces détails, et fait voir qu'elle a été rédigée
successivement par plusieurs bibliothécaires du Siège
apostolique, sur les mémoires les plus anciens et les plus
Développement authentiques.
de la r^ ^ •^' • • • •
Liturgie. Les basiliques si vastes, si somptueuses, retentissaient,
le jour et la nuit, des chants du clergé et du peuple ; mais
la majesté des rites allait croissant, le chant devenait plus
mélodieux; les formules saintes revêtaient de jour en jour
plus de grandeur et d'éloquence. Nous parlerons plus loin
des diverses Liturgies tant de l'Orient que de l'Occident :
leur origine première se confond avec l'origine même des
églises qui les pratiquaient; mais elles recevaient de
nouveaux développements à cette époque de paix. De
grands évêques, illustres soit par la splendeur de leur
siège, soit par leur doctrine universelle, consacraient
leurs soins au perfectionnement des rites et des prières,
et fécondaient, par de nouvelles inspirations, les saintes
traditions de l'antiquité. Mais, comme dans les plans
de la Providence , tout sert à l'accomplissement des
desseins de Dieu sur son Eglise, il arriva que l'hé-
résie arienne, si désastreuse dans ses ravages, fut l'occa-
sion de nouveaux développements des formes liturgiques.
De même que l'hérésie, dans tous les temps, cherchera à
L'Église
s'en sert pour
combattre
l'hérésie
arienne.
(i) Vid. la Note D.
AU QUATRIÈME SIECLE 96
empoisonner les sources de la Liturgie, de même aussi
rÉglise catholique a su, à chaque époque^ tourner contre
sa mortelle ennemie cette arme toujours victorieuse. Nous
noterons donc ici deux grands faits, Tun appartenant à
rÉglise d'Orient, et Tautre à TEglise d'Occident, et attes-
tant Tun et l'autre le génie tout-puissant du sacerdoce chré-
tien lorsqu'il faut agir sur les masses et réveiller l'énergie
du peuple fidèle.
On doit savoir que durant les six premiers siècles du
christianisme et au delà, la vie des chrétiens de tout
âge, de tout sexe, de toute condition, était profondément
empreinte des habitudes religieuses. La prière, la psal-
modie, l'étude des divines Ecritures en faisait pour ainsi
dire le fond : l'Eglise avait remplacé, dans les mœurs du
grand nombre, le théâtre et le forum. Cette activité reli-
gieuse explique l'intérêt si violent que prit constamment
le peuple aux querelles théologiques qui signalèrent cette
période de l'Eglise chrétienne. L'assiduité aux offices
divins, le jour et la nuit, était donc le fait principal dans
la vie des chrétiens de ces siècles qu'on pourrait appeler
théologiques : les témoignages de toute l'antiquité nous
l'attestent : nous nous bornerons à rappeler ici ces
paroles de saint Augustin au peuple d'Hippone : « Levez-
« vous de grand matin pour les vigiles, réunissez-vous
« pour tierce, sexte et none, avant toute occupation. Que
« nul ne s'exempte de l'œuvre divin, à moins qu'il n'en soit
« empêché par une infirmité, une raison d'utilité publique,
« ou encore par quelque certaine et grave nécessité (i). »
La ville d'Antioche étant en proie aux ariens par la
perfidie de Léonce, son évêque, deux illustres membres de
cette grande église, Diodore qui fut, plus tard, évêque de
I PARTIE
CHAPITRE V
Assiduité
aux offices
divins,
trait principal
de la vie
des chrétiens
dans ces
premiers siècles.
Pour lutter
avec avantage
contre
les ariens,
Diodore
(i) Ad vigilias maturius surgite ; ad tertiam, ad sextam, ad nonam ante
omnia convenite. Nullus se a sancto opère subtrahat, nisiquem infirmitas,
aut publica utilitas, aut forte certa et grandis nécessitas tenuerit occupa-
tum. {Sermo LV de tempore.)
96 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS TaFsc, ct Flavicn, qui monta depuis sur le siège épiscopal
LITURGIQUES .,, iw • 1 1 ^ ' '
de la même ville d Antioche, s opposèrent, avec une gene-
et Fiavien rosité et une vigilance infatigables, à ce torrent d'iniquités,
à Andoche Voulant prémunir le peuple contre la séduction des héré-
^^aiîemTtîve^ tiques, et raffermir dans la solidité de la foi par les prati-
^^es fidTies^^^ ^^^ ^^^ P^^^ solennelles d^ la Liturgie, ils pensèrent que
le moment était venu de donner une nouvelle beauté à la
psalmodie. Jusqu'alors, les chantres seuls Texécutaient
dans réglise, et le peuple écoutait leur voix dans le recueil-
lement. Diodore et Fiavien divisèrent en deux chœurs
toute rassemblée sainte, et instruisirent les fidèles à psal-
modier, sur un chant alternatif, les cantiques de David (i).
Ayant ainsi séduit saintement le peuple par cette nouvelle
harmonie, ils passaient les nuits dans de saintes veilles,
aux tombeaux des martyrs, et là, des milliers de bouches
orthodoxes faisaient retentir des chants en Fhonneur de
Dieu (2). Théodoret rapporte, à la suite de ce récit, que le
chant alternatif, qui avait commencé de cette manière à
Antioche, se répandit de cette ville jusqu'aux extrémités du
monde (3).
Saint Jean L'Eglise de Constantinople suivit l'exemple de celle
trZnTpo?te^ d'Autioche, peu d'années après; elle y fut provoquée,
Co^nsta^ntmople. P^^^ ^^^^^ ^^^^? P^^ l'insolence des ariens. Ces hérétiques,
suivant l'usage de toutes les sectes, cherchant tous les
moyens d'intéresser la multitude, imaginèrent de s'appro-
prier le chant alternatif que les orthodoxes avaient récem-
ment inauguré à Antioche. Comme, sous le règne de
(i) Hi primi psallentium choros duas in partes diviserunt; et Davidicos
hymnos alternis canere docuerunt. (Théodoret, Hist. eccles., lib. II,
cap. XXIV.)
(2) lidem, divinarum rerum studiosis ad martyrum basilicas congre-
gatis, una cum illis pernoctare consueverant, Deum hymnis célébrantes.
{Ibidem.)
(3) Quod quidem tune primum Antiochiœ fieri cœptum, inde ad reliquos
pervasit, et ad ultimos usque terrarum fines perlatum est. (Ibidem.)
AU QUATRIÈME SIECLE 97
Théodose, ils avaient perdu les édises dont ils jouissaient ^ partie
^ ^ *^ ^ ' CHAPITRE V
à Constantinople, ils étaient réduits à faire leurs assemblées
sous des portiques publics. Là, ils se divisaient en chœurs,
et psalmodiaient alternativement, insérant dans les can-
tiques sacrés certaines sentences qui exprimaient leurs
dogmes impies. Ils avaient coutume de faire ces assemblées
aux fêtes les plus solennelles, et en outre le premier et le
septième jour de chaque semaine. Ils en vinrent même à
ajouter des cantiques entiers qui avaient rapport à leur
querelle avec les catholiques ; un de ces chants commen-
çait ainsi : Où sont maintenant ceux qui disent que trois
sont une puissance unique? Saint Jean Chrysostome, crai-
gnant avec raison que quelques-uns de son peuple, séduits
par ces nouvelles formes liturgiques, ne courussent ris-
que d^être pervertis, exhorta les fidèles à imiter ce chant
alternatif. En peu de temps, ils ne tardèrent pas à surpasser
les hérétiques, et par la mélodie qu'ils mettaient à exécuter
les chants, et par la pompe avec laquelle TEglise entière
de Constantinople, marchant avec des croix d'argent, et
portant des cierges, inaugurait ce nouveau mode de psal-
modie (i).
En Occident , le chant alternatif des psaumes avait Cette heureuse
y . . ^ ^ innovation
commencé dans TEglise de Milan, vers le rhême temps étendue
qu'on rétablissait à Antioche, et toujours dans le même de Milan
but de repousser Tarianisme par la manifestation d'une saint Ambroise.
nouvelle forme liturgique. Saint Augustin ayant été témoin
de cette heureuse innovation, nous en a laissé un récit
que nous placerons ici en son entier. Voici donc comme
il s'exprime au neuvième livre de ses Confessions : « Que
« de fois, le cœur vivement ému, j'ai pleuré au chant de Emotion
' . \^ d'Augustin
« VOS hymnes et de vos cantiques, o mon Dieu, lorsque encore pécheur
« retentissait la voix doucement mélodieuse de vptre iientend
« Eglise ! Ces paroles s'insinuaient dans mes oreilles ; la ^^l^cvts. ^
(i) F/âf. la Note E.
T l. 7
98 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS « vérîté pénétrait doucement dans mon cœur ; une piété
LITURGIQUES ^ -il
• ■ « affectueuse s'y formait avec chaleur^ et mes larmes coû-
te laient et mon bonheur était en elles. C'était depuis très-
« peu de temps que TÉglise de Milan avait adopté ce
« moyen de produire la consolation et Tédification, en
« unissant par des chant^ les coeurs et les voix des fidèles.
« Il nY avait guère plus d'un an que Justine, mère du
« jeune empereur Valentinien, séduite par les ariens dont
« elle avait embrassé l'hérésie, avait poursuivi votfe ser-
« viteur Ambroise de ses persécutions. Le peuple fidèle
c( veillait four et nuit dans l'église, prêt à mourir avec son
c( évêque. Ma mère, votre servante, toujours la première
« dans le zèle et dans les veilles, était là, vivant, pour toute
« nourriture, de ses oraisons. Moi-même, froid encore,
c( puisque je n'avais point ressenti la chaleur de votre
« Esprit, j'étais ébranlé par le spectacle de cette cité
« plongée dans le trouble et la consternation. Alors il fut
« ordonné que l'on chanterait des hymnes et des psaumes,
« suivant la coutume des Églises d'Orient, dans la crainte
« que le peuple ne succombât au chagrin et à l'ennui. Cet
« usage a été retenu jusqu'aujourd'hui, et dans toutes
« vos bergeries, par tout l'univers, l'exemple en a été
« suivi (i).»
Saint II est à remarquer ici que saint Ambroise n'institua pas
Ambroise , n/ t 1
fait chanter des seulement le chant alternatif des psaumes dans 1 église de
de sa^ Milan, mais qu'il fit aussi chanter les hymnes qu'il avait
composition, / 7 • . ; • ♦ ^ r '
qui servent composees, liymui et psalmi ^ ce qui est confirme non-
à*^touFies seulement par le témoignage de Paulin, diacre, dans le
^d^eT'Ocfident^^ ^'^^^^ ^^'^^ ^^^^ ^ laissé de la vie de son saint évêque, mais
encore par les paroles mêmes de saint Ambroise : « On
« prétend que je séduis le peuple au moyen de certaines
« hymnes que j'ai composées. Je n'en disconviens pas :
« j'ai, en effet, composé un chant dont la puissance est au-
(i) F/ûf. la Note F.
AU QUATRIEME SIECLE 99
« dessus de tout : car, quoi de plus puissant que la con- i partie
■^ ^ ^ ^ CHAPITRE V
« fession de la Trinité? A Paide de ce chant, ceux-là qui '
« à peine étaient disciples sont devenus maîtres (i). y> En
effet, dans les hymnes qu^il a composées, et dont la forme
a servi de modèle à tous les hymnographes des siècles
suivants, saint Ambroise s'est attaché toujours à confesser
énergiquement la foi du mystère de la Trinité.
Telle est Thistoire de Fintroduction du chant alternatif L'histoire
■^ T T)/-\ • 11/-X • t r ' ' deTintroduction
dans les diverses Eglises d Orient et d Occident : fait im- du chant
portant dans les annales de la Liturgie, et qui confirme prouve que
une fois de plus, parles circonstances dans lesquelles est la^prfè^e
il s'accomplit , cette maxime que nous avons expo- ^ ^'^^^^ social.
sée en commençant, que la Liturgie est la prière à Tétat
<
social.
Au reste, si TÉglise employa contre Thérésie les forces L'hérésie
cherche dès
de la Liturgie, il faut dire aussi que Thérésie, dès le qua- le iv^ siècle,
. V . V 1 1 1 V w 1 à propager ses
trieme siècle, chercha a détourner le coup, en propageant erreurs sur
des erreurs perfides sur le sujet des rites sacrés. Nous la rites sacrés^
verrons, dans toute la suite de cette histoire, fidèle à ce sp^édaiemerft
plan diabolique : ou elle appliquera à ses propres besoins pautoHtédeTout
les formes populaires du culte, ou elle décriera ces mêmes ^e qui, dans
, . . . .1^ Liturgie,
formes comme dangereuses, superstitieuses, ou d'invention appartient
, , 1 . .en propre
humaine. Elle répétera surtout ce sophisme, que ce qui, à la Tradition,
dans la Liturgie, n'est pas appuyé sur l'Écriture sainte,
doit être ôté, comme contraire à la pureté du service divin,
méconnaissant ainsi à plaisir le grand principe établi ci-
dessus, que toute Liturgie appartient particulièrement à la
tradition. Nous en avons eu déjà un exemple frappant,
dans l'erreur des quartodécimains que l'Eglise a qualifiée
d'hérésie : cependant, en célébrant la Pâque, le 14 de
(i) Hymnorum. quoque meorum carminibus deceptum populumferuntj
Plane nec hoc abnuo. Grande carmen istud est, et quo nihil potentius;
quid enim potentius quam confessio Trinitatis ? Facti sunt igitur omnes
magistri qui vix poterant esse discipuli. [Opusc, de Spiritu Sancto, in
Epist. XXXI.)
100 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS la luDC , CCS sectaîrcs se conformaient à la lettre des
LITURGIQUES '. ^. i m ^ '^J'-^'l
— Ecritures. Bien plus, ils soutenaient^ disaient-ils, une
tradition : car il y a des traditions- d^erreur comme de
vérité, et on ne saurait les distinguer qu'en les rapprochant
' de la source à jamais pure du Siège apostolique.
Le Gaulois Or, dans le quatrième, siècle^, un Gaulois, nommé Vigi-
précurseur^des laiice, fut suscité par Fenfer pour être le précurseur des
amfmui^gilfes, hérétiques antiliturgistes, dont nous donnerons bientôt la
i reusement succession. Lui aussi trouva et soutint que le culte se sur-
. P,^/ , chargeait de plus en plus de pratiques nouvelles , propres
à en altérer la pureté. La pompe du culte extérieur, Taf-
fluence des peuples aux tombeaux des martyrs, le culte
rendu aux fragments de leurs ossements, les flambeaux, les
cierges allumés en plein jour, pour marquer la joie* de
FÉglise ; la multitude des fêtes : toutes ces choses exci-
tèrent une fureur sans pareille dans Pâme de Vigilance.
Saint Jérôme, avec son éloquence incisive, entreprit de
confondre ce nouveau pharisien, et il s'est trouvé que les
arguments qu'il employa pour anéantir ses sophismes,
paraissent avoir été préparés contre de modernes sectaires,
de même que les erreurs de ces derniers ne sont qu'une
pâle copie des déclamations de notre hérésiarque gaulois.
La place nous manque pour insérer ici les pages pleines
de chaleur et de conviction que le docte prêtre de Bethléem
consacra à la réfutation de son adversaire ; son traité
contf^a Vigilantium serait à citer tout entier. Nous
invitons le lecteur à le relire dans les livres du saint
Docteur.
Dès le iv« siècle II nous reste encore à consigner ici un fait liturgique
les moines j?
ont des ^lises d une autre nature, et dont nous devons suivre la trace
qui leur sont <^^ns le cours de Cette histoire. Il s'agit des églises des
piopres. moines et des formes du culte qu'on y exerçait. Les mo-
nastères, en effet, ne pouvaient exister longtemps sous le
régime de paix dont jouissait l'Église elle-même, sans
réclamer les moyens de mettre à même ceux qui les habi-
i
I PARTIE
CHAPITRE V
AU QUATRIEME SIECLE lOI
taient de remplir les devoirs du christianisme, et dès lors
ils devaient renfermer une église^ un autel pour le sacri- "^
fice, des ministres pour les sacrements. En outre, FOffice
divin, faisant la principale occupation des moines, la ma-
nière de le célébrer devait être Tobjet de règlements litur-
giques spéciaux qui , tout en demeurant en rapport avec
les usages généraux de TEglise, devaient représenter d'une
manière particulière les maximes et les mœurs du cloître.
Nous traiterons de la forme des différents Offices monas-
tiques, dans la partie de cet ouvrage qui renfermera Tex-
plication de FOffice divin.
La célébration des saints mystères exigeait, dans chaque Malgré
^v 1 / j, t • ^ j- le sentiment
monastère, la présence d un ou plusieurs prêtres ou diacres, contraire
soit qu'ils fussent du nombre des moines^ soit qu'ils fus- ^des^p?e^tërs^^
sent du clergé de quelque Eglise voisine. Toutefois, les ^m?nastiqii?^^
premiers Pères de Tordre monastique, saint Pacôme, par l'^gHsetend
^ _ . . ^ multiplier
exemple, se souciaient peu de faire ordonner des sujets qui le nombre
w-v . r ' r • ' • / ^'^^ prêtres
geja avaient fait profession de la vie monastique : ils pre- parmi
rf ' 1 • • V j 11 11 A ,,.v les moines,
leraient employer au ministère de 1 autel des prêtres déjà dont elle
1 /j j , vi • ^ 1 '1' considère l'état
honores du sacerdoce, lorsqu ils avaient embrasse la vie comme une
parfaite du désert. L'Église ne tarda pas à manifester ses au^sacerdoc^.
intentions à ce sujet, et les lettres des souverains Pontifes,
comme les décrets des conciles , statuèrent les- règles à
suivre pour l'ordination des moines, dont ils regardèrent
l'état comme une véritable préparation au sacerdoce. Nous
nous bornerons à citer ici , comme autorité du quatrième
siècle, la fameuse décrétale de saint Sirice à Himerius de
Tarragone. Voici les paroles du Pape : « Nous désirons
« et voulons que les moines qui sont recommandables
« par la gravité de leurs mœurs, et par une vie et une foi
« saintes et irréprochables, soient agrégés aux offices des
c( clercs (i). »
(i) Monachos quoque quos tamen morum gravitas, et vitae ac fidei insti-
tutio sancta commendat, clericorum officiis aggregari et optamus et volu-
mus. {CousteLïït, lEpist. Rom. Pont. j tom. I, pag, 635.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Discipline
actuelle
à cet égard.
Les souverains
Pontifes
du ive siècle
portent des lois
nombreuses
concernant
les rites sacrés.
Règlements
liturgiques de
saint Silvestre,
102 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GEI^ERAL
La suite des ordonnances ecclésiastiques n'a cessé de con-
firmer, dans chaque siècle, cette maxime, et le décret de
Clément VIII, Cum ad regularem^ qui fait aujourd'hui le
droit des réguliers, sur l'article de l'admission des sujets
à la profession, défend expressément d'en admettre aucun
dans l'ordre des choraux, qui ne présente l'espoir fondé
de pouvoir être un jour élevé au Sacerdoce (i). Enfin,
parmi les propositions condamnées par Pie VI, dans la
Bulle Auctorem fidei^ on lit celle-ci : Ne compotes fiant
ecclesiasticœ hierarchiœ qui se huic [monastico) ordini
adjiinxerint , nec ad sacros ordines promoveantur, prœ-
terquam ad summum unus, vel duo, initiandi tanquam
curati , vel capellani mouasterii , reliquis in simplici
laicorum ordine remanentibtis. Il est fâcheux que cette
proposition soit identique à plusieurs de celles qu'on ren-
contre dans les Discours de Fleurj^,ct dans quelques autres
ouvrages français qui sont journellement entre les mains
du clergé ; mais nous n'avons point à traiter ici ces ques-
tions ; nous avons voulu seulement ouvrir, pour ainsi dire,
les églises des monastères dans lesquelles, par la suite,
nous aurons occasion de pénétrer, pour y étudier, soit les
rites généraux de l'Église, soit les rites particuliers des
moines.
Avant de résumer les travaux liturgiques des écrivains
de l'époque qui nous occupe, nous dirons un mot des lois
ecclésiastiques sur cette matière, durant la même période.
Les souverains Pontifes du quatrième siècle héritèrent
du zèle et de la sollicitude de ceux des trois premiers,
dans tout ce qui concerne les rites sacrés. Saint Silvestre
fit des règlements sur la consécration du saint chrême, et
sur les cérémonies du baptême à suppléer à ceux qui
(i) Quisque recipiendus in aliquo ordine regulari etiam mendicantium,
eam litterarum scientiam calleat, aut illius addiscendae spem indubiam
prae se ferat, ut minores, et, suis temporibus, majores ordines, juxta
décréta sacri Concilii Tridentini, suscipere valeat.
AU QUATRIÈME SIECLE Io3
avaient reçu ce sacrement en maladie. Il établit que les i partie
■* ^ ^ CHAPITRE V
diacres useraient de la dalmatique dans l'église, et por-
teraient au bras gauche un mouchoir de lin, qui est devenu
depuis le manipule; que le sacrifice serait célébré sur
Tautel, couvert, non d'un tapis de soie, ou de quelque
étoffe teinte, mais d'une toile de lin, à l'imitation du lin-
ceul dans lequel fut enseveli le corps de Jésus-Christ (i).
Saint Marc ordonna que l'évêque d'Ostie , auquel appar- de saint Marc
tenait déjà le droit de consacrer le Pape, aurait l'usage du
Pallium (2). Saint Jules statua que les notaires de l'Eglise et de saint Jules,
tiendraient un registre exact de toutes les donations faites
aux basiliques, et un état de tous leurs titres : mesure à
laquelle nous devons certainement les précieux inventaires
du trésor des églises de Rome, au temps de saint Sil-
vestre (3). Saint Damase, comme on peut le voir par la Saint Damase
, . , V 1 aidé dans ses
lecture de ses œuvres, composa plusieurs hymnes a la importants
I j . IV • ^- 1 r travaux sur
louange des saints, et orna d inscriptions en vers le lieu \^ Liturgie
où avaient reposé les corps des saints Apôtres, aux Cata- -g^j^^^ ^/érôme.
combes, et les tombeaux d'un grand nombre de martyrs.
II s'occupa aussi de régler l'Office divin ; et saint Grégoire
le Grand (4) nous apprend qu'à la persuasion de saint
Jérôme, il inséra dans les offices romains plusieurs usages
des églises d'Orient. Ce témoignage de saint Grégoire,
qui atteste les relations de saint Damase et de saint
Jérôme au sujet de la Liturgie, nous semble propre à con-
cilier un plus haut degré d'autorité à une opinion qu'on
rencontre dans tous les liturgistes du moyen âge : que
saint Jérôme aurait eu une grande part à un remaniement
de l'Office divin entrepris par saint Damase (5).
(i) Lib. pontiJîcaUs, in Silvestrum.
(2) Ibid., ip. Marcum.
(3) Ibid., in Julium. ■ ,
(4)Lib. XII, Epist. ix.
(5) Grancolas, Commentaire historique sur le Bréviaire romain. Tome I
pag. 26.
104 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS Saint Sirice, successeur de saint Damase, dans la décré-
■ LITURGIQUES ^^^^ ^^^ ^^^^ avons citée plus haut, corrige la témérité de
ceux qui conféraient le baptême à Noël, à TÉpiphanie,
Solennité aux fêtes même des Apôtres, et confirme la tradition de
Yafnt^âriV toutes les églises de n'administrer ce sacrement qu'aux
seTdSr^^^^^ fêtes de Pâques et de la Pentecôte (i). On trouve plusieurs
liturgiques. ^j.^j^5 j^ même genre dans les lettres de ce saint Pape,
qui ont été recueillies avec tant de soin par D. Constant;
mais il faut remarquer la solennité avec laquelle il intime
les volontés du Siège apostolique, en matière de Liturgie.
« Jusqu'ici on a assez erré sur ce point : que maintenant
« donc s'attachent à la règle que nous venons d'établir,
c( tous les Prêtres qui ne veulent pas être séparés de la
« solidité de cette Pierre apostolique sur laquelle le Christ
a a bâti son Église (2). » Nul doute que les décrets des
Pontifes antérieurs ne fussent rendus avec cette solennité :
le pouvoir du Siège apostolique ayant été le même depuis
l'origine de l'Église, et la vigueur des Papes toujours
inébranlable, quand il s'agissait du maintien et de la con-
servation des traditions.
Canons Si nous en venons maintenant aux conciles du quatrième
y des conciles . . ,
du ive siècle siècle, nous trouvons celui de Nicee avec son fameux
au service divin, canon sur la célébration de la Pâque; celui d'Antioche,
tenu en 332, avec ses règlements sur le même sujet; celui
de Laodicée, vers 362, qui prescrit plusieurs règles sur la
psalmodie et les lectures qui l'acconipagnaient; celui de
Gangres, vers 370, qui condamne ceux qui blâment les
assemblées que l'on tenait aux mémoires des martyrs; le
troisième deCarthage, en 397, qui, renouvelant des pres-
criptions déjà portées en 393 par un concile tenu à Hip-
(i) Coustant, £^725^ Rom. Ponti/iciim, tom. I, pag. 626.
(2) Hactenus erratum in hac parte sufficiat: nunc praefatam regulam
omnes teneant sacerdotes qui nolunt ab apostolicae Petrae, super
quam Christus universalem construxit ecclesiam, soliditate divelli.
(Pag. 627.)
AU QUATRIÈME SIECLE I05
pone, promulgua des canons très-importants sur la célé-
bration delà Pâque, les prières liturgiques, l'administration
des sacrements, Toffrande du saint sacrifice et la lecture
publique des saintes Écritures; le quatrième de Carthage,
en 398, qui détermine dans un détail si précieux les rites
de l'ordination (i).
La liste des écrivains du quatrième siècle, qui ont traité
des matières liturgiques est longue et imposante. En tête,
nous inscrirons d'abord Eusèbe, dont V Histoire ecclésias^
tique offre tant de traits remarquables sur l'objet qui nous
occupe, comme sur mille autres. Nous l'avons mise à
contribution dans ce chapitre, ainsi qu'on vient de le voir;
nous regrettons vivement que la perte de deux ouvrages de
cet illustre écrivain nous ait privé du puissant secours que
nous en eussions tiré. Ces deux opuscules sont une descrip-
tion spéciale de l'Église de Jérusalem et un livre de la fête
de Pâques.
Saint Eustathe d'Antioche, docteur orthodoxe, composa
une Liturgie syriaque qu'on trouve encore^ mais inter-
polée, au Missel des Maronites.
Saint Athanase, l'invincible vengeur de la foi de
Nicée, est réputé, chez les Orientaux, l'auteur de VAna-
phore , qui commence par ces paroles : Deus fortis
Domine. Les Grecs appellent Anaphore la partie des
prières de la Messe qui renferme l'offrande et le canon.
Saint Cyrille, de Jérusalem, doit être compté parmi les
liturgistes du quatrième siècle, pour les précieuses Caté-
chèses dans lesquelles il expose souvent, avec autant de
profondeur que d'éloquence, les rites des sacrements et du
saint sacrifice.
Saint Hilaire, de Poitiers, d'après le témoignage de
saint Jérôme et de saint Isidore, est auteur d'un Livré
d'Hymnes et de Mystères sacrés qui n'est pas venu jus-
I PARTIE
CHAPITRE V
Ecrivains
liturgistes
du iv^ siècle.
Eusèbe
de Gésarée.
Saint Eustathe
d'Antioche.
Saint Athanase.
Saint Cyrille
de Jérusalem,
Saint Hilaire
de Poitiers.
(i) Concil. Labb. Tom. II.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
I06 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
qu'à nous. Une seule de ces hymnes a survécu au nau-
frage, celle que le saint Évêque envoya à sa fille Abra, et
qui commence par ce vers : Lucis largitor splendide.
George Gassander et Grégoire Fabricius lui ont attribué
aussi celle de la Pentecôte : Beata nobis gaudia^ celle du
Carême : Jesii, quadragenariœ, et enfin celle de F Epi-
phanie : Jésus refulsit^ omnium. Le B. Tommasi lui
donne aussi cette dernière. Zaccaria paraît incliner à lui
attribuer la longue pièce qui commence : Hymnum dicat
turha fratrum : Hincmar, de Reims, est de ce senti-
ment. Enfin une autre hymne : Ad cœli clara non sum
dignus sidéra^ a été jointe, parD. Constant, à celle Lucis
largitor splendide j sans que le docte bénédictin ait pré-
tendu Tattribuer à saint Hilaire, mais seulement afin
qu'elle ne pérît pas. Le faux Alcuin désigne saint Hilaire
comme ayant complété Thymne Gloria in excelsis. En
outre, il nous est tombé entre les mains une dissertation
imprimée (sans date) à Poitiers, sous le nom de M. Tabbé
Cousseau, dans laquelle on veut faire saint Hilaire auteur
de rhymne Te Deum. Cet opuscule, qui n'est pas sans
quelque mérite, aujourd'hui surtout où si peu de personnes
paraissent s'intéresser aux études liturgiques, nous a
semblé d'ailleurs très-insuffisant pour démontrer la thèse
difficile que l'auteur s'est posée.
Saint Pacien,' de Barcelone, a laissé un livre de Bap-
tismo^ ad Catechumenos.
Saint Éphrem. Saint Ephrem, moine. Syrien de nation, diacre d'É-
desse, a composé une immense quantité d'hymnes en lan-
gue syriaque. Il s'était proposé de détruire, par des poésies
orthodoxes, les funestes effets que produisaient chez les
Syriens les vers de l'hérétique Harmonius. Ces hymnes
^ sont au nombre de quinze sur la Nativité de Jésus-Christ,
quinze sur le Paradis, cinquante-deux de la Foi et de
l'Eglise, cinquante et une de la Virginité, quatre-vingt-sept
de la Foi contre les ariens et les eunomiens, cinquante-
Saint Pacien
de Barcelone.
AU QUATRIEME SIECLE I07
six contre les Hérésies, quatre-vingt-cinq hymnes mor-
tuaires, quinze hymnes parénétiques , etc. Toutes ces
poésies sont étincelantes de génie, d'images orientales,
de réminiscences bibliques, et sont remplies d'une onction
admirable. On a donné, assez étrangement, à la plupart,
le titre de Sermons , dans l'édition Vaticane de saint
Éphrem. L'Église copte emploie une grande partie de ces
hymnes dans les offices divins.
Saint Basile de Césarée, outre ses livres du Baptême, est
auteur de la Liturgie grecque qui porte son nom.
Saint Grégoire de Nazianze passe pour être l'auteur d'une
Liturgie grecque, et de plusieurs prières du même genre,
qu'on trouve dans les livres d'offices des Syriens et des
Coptes, et qui auraient été traduites du grec.
Apollinaire le jeune, qui fut évêque de Laodicée, et,
depuis, condamné comme hérétique par saint Damase
dans un concile romain, composa des hymnes et des
cantiques, pour être chantés par le peuple dans les divins
offices.
Saint Ambroise n'ous présente, dans ses écrits, particu-
lièrement dans ses lettres, d'importants matériaux pour
la connaissance de la Liturgie du quatrième siècle. Ses
translations de martyrs, par exemple, offrent, sous ce
rapport, le plus précieux intérêt. Son traité des Offices des
Ministres^ et celui des Mystères appartiennent directe-
ment à notre sujet. Quant aux six livres <ie^ Sacrements,on
ne convient pas s'ils appartiennent ou non au docte évêque
de Milan ; mais ils n'en sont pas moins importants pour
leur haute antiquité et pour les richesses liturgiques qu'ils
renferment. Les hymnes qui sont attribuées à saint
Ambroise, avec le plus de certitude, sont d'abord les onze
que lui reconnaît Dom Ceiliier, savoir : JEterne rerum
conditor. Deus creator omnium. Jam surgit hora tertia.
Veni, redemptor gentium. Illuminans Altissimus. Orabo
mente Dominum. ^terna Christi mimera. Somno refectis
I PARTIE
CHAPITRE V
Saint Basile
de Césarée.
Saint Grégoire
de Nazianze.
Apollinaire
de Laodicée.
Saint Ambroise.
Onze hymnes
paraissent
certainement
de sa
composition.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
B. Tommasi,
d'après
d'anciens
manuscrits.
I08 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
artubus. Consors paterni luminis. O Lux beata Trinitas.
Fit porta Christi pervia. Le B. Tommasi, dans son
Hymnaire, ajoute les suivantes sur la foi des manuscrits :
Hymnes Jntende gui res'is Israël. Hymnum dicamus Domino.
attribuées . .
à Hic est aies verus Dei. Optatus votis omnium. Jesu.
saint Ambroise, . . i ^
parle nostra redeinptio. Jam Luristus astra ascenderat. Lon-
ditor aime siderum. Agnes beatœ virginis. A solis or tus
cardine. Mysterium ecclesiœ. Agathœ sacrœ virginis.
Grates tibi, Jesu, novas. Apostoloruin passio. Magni
palmam certaminis. Apostolorum supparem. Medice
noctis tempus est. Rerum creator optime. Nox atra
rerujn contegit. Tu Trinitatis unitas. Summœ Deus
clementiœ. Splendor paternœ gloriœ. jEternœ lucis
conditor. Fulgentis autor œtheris. Deus œterni luminis.
Christe, rex cœli, Domine. JEterna cœli gloria. Diei
luce reddita. Jam lucis orto sidère. Certum tenentes
ordinem. Nunc^ sancte nabis Spiritus. Bis ternas horas
explicans. Jam sexta sensim volvitur. Dicamus laudes
Domino. Rector potens, verax Deus. Ter hora trina
volvitur. Perfecio trino numéro. Rerum Deus tenax
vigor. Deus qui certis legibus. Sator princepsque tem-
porum. Lucis creator optime. Immense cœli conditor.
Telluris ingens conditor. Cœli Deus sanctissime. Magnœ
Deus potentiœ. Plasmator hominis Deus. Christe cœlestis
medicina Patris. Obduxere polum nubila cœli. Squalent
arva soli pulvere multo. Tristes nunc populi^ Christe
redemptor. Sœvus bel la serit bar bar us horrens. Presque
toutes ces hymnes font partie des Bréviaires romain et
ambroisien, et les autres se trouvent dans TOffice moza-
rabe. Au reste, nous ne donnons pas cette dernière énu-
mération comme authentique de tout point ; au contraire,
nous rendrons plusieurs de ces hymnes à saint Grégoire ;
mais le B. Tommasi lui-même n'a pas prétendu faire
autre chose que recueillir les traditions des anciens Hym-
naires, sans en prendre toujours la responsabilité. On a, en
AU QUATRIEME SIECLE 1 09
outre, attribué à saint Ambroise Phymne monastique Te i partie
^ "^ CHAPITRE V
decet laus^ mais il faut convenir que c'est sans aucune "^
espèce de fondement. On intitule d'ordinaire le Te Detim
laudamus , Hymne de saint Ambroise et de saint Le Te Deum
' -^ appelé Hymne
Auscustin : on ne peut avoir, pour appuyer ce titre, que . ^^ , .
^ ^ . . / saint Ambroise
des conjectures et une possession qui n'est pas très-an- et de
. saint Augustin.
cienne. Ces deux hymnes en prose n ont rien de commun
avec les véritables hymnes de saint Ambroise qui sont
mesurées; mais elles remontent à une antiquité voisine de
ce saint Docteur, puisqu'elles sont citées dans la règle de
saint Benoît, qui a dû être écrite dans la première moitié
du sixième siècle.
Théophile, d'Alexandrie, outre son cycle pascal, écrivit Théophile
y d'Alexandrie.
des Sacrés Mystères, ou du Mobilier sacré de l'Eglise de
Dieu : ouvrage que nous n'avons plus et qui avait été tra-
duit du grec par saint Jérôme.
Saint Augustin, dans tous ses écrits, mais particuliè- Saint Augustin
rement dans ses sermons, dans ses lettres, dans une foule des matériaux
de traités spéciaux, comme sont ceux de C ai echi candis ^liturgique^
rudibuSy de Cura gerenda pro mortuis^ de S/mbolo ad ^qu'lî donne^ '
catechumenos., ses Épîtres ad Januarium^ présente le ^^^,S°^,^^^
tableau le plus complet et le plus vrai des mœurs de
l'Église de son temps, et, par là même, fournit à l'obser-
vateur d'innombrables particularités propres à alimenter
la science liturgique; mais nous ne voyons pas qu'il ait
rien composé qui touche directement cette matière. Nous On lui attribue
ferons voir ailleurs que c'est à tort qu'on lui a attribué le vExuitet de
chant du cierge pascal : Exultet jam angelica. aques.
Fabius Marius Victorinus, personnage consulaire, ora- Fabius Marius
teur, rhéteur et grammairien, le même dont saint Augustin ictormus.
raconte la conversion au christianisme, au livre VIII de
ses Confessions., composa trois hymnes en prose sur la Tri-
ni té;, plusieurs fragments de ces hymnes sont entrés dans la
composition de l'Office de la sainte Trinité, au Bréviaire
romain.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Saint Jean
Chrysostome.
Saint Jérôme.
Prudence,
le prince
des poètes
chrétiens.
Le
Peristephanon.
110 DE LA LITURGIE DANS l'eGLISE EN GENERAL
Saint Jean Chrysostome n'est pas Fauteur de la Liturgie
" grecque qui porte son nom; nous aurons occasion de rêve-
nir sur cette question, quand nous traiterons des livres
liturgiques de TOrient. Ses Homélies et son Traité du Sa-
cerdoce renferment une foule de traits infiniment [précieux
sur. la célébration des saints mystères, sur les fêtes et les
assemblées chrétiennes.
Saint Jérôme, dont les travaux appartiennent en grande
partie au quatrième siècle, est infiniment riche en détails
sur les formes liturgiques de son temps, particulièrement
dans ses lettres et ses opuscules contre les hérétiques. Nous
parlerons ailleurs du Martyrologe et du livre appelé Co?nes^
qui lui ont été attribués.
Prudence, personnage consulaire, le prince des poètes
chrétiens, a grandement mérité de la Liturgie, par les
belles hymnes dont il a enrichi les offices divins, tant de
TEglise romaine que de TEglise gothique d'Espagne. Son
premier recueil intitulé Cathemerïnon^ ou collection de
prières quotidiennes^ renferme les suivantes : Ad Galli-
ciNiuM. Aies diei nuncius. Hymnus matutinus. Nox et te-
nebrœ et nuhila. Ante cibum. O crucifer bone^ lucisator.
PosT CIBUM. Pastis visceribus, ciboque sumpto. De novo
lumine paschalis sabbati. Inventer rutili^ aux bone,
luminis. Ante somnum. Ades, Pate?^ suprême. Hymnus jeju-
NANTiuM. O Na^arene^ lux Bethlem, Verbum Patris.
PosT JEJUN1UM. Christe^ serporum regimen tiiorum.
Omni hora. Da, puer^ plectrum, choris ut canani
Jîdelibus. Girca exequias defuncti. Deus, ignée fons
animarum. VIII, Kalendas januarias. Quid est quod*
arctum circulum. De Epiphania. Quicumque Christum
quœritis.
Le second recueil d'h3^mnes est intitulé : Peristephanon
(des couro7ines), parce que le poète y célèbre le triomphe
d'un grand nombre de martyrs, savoir : les saints Hémé-
térius et Gélédonius, saint Laurent, sainte Eulalie, les
1 1 1
I PARTIE
CHAPITRE V
AU QUATRIEME SIECLE
dix-huit martyrs de Sàragosse, saint Vincent, les saints
Fructueux, Eulogius et Augurius, saint Quirinus, saint
Gassien, saint Romain, saint Hippolyte, les saints apôtres
Pierre et Paul, saint Cyprien et sainte Agnès. Nous
donnerons ci-dessous dans les notes de ce chapitre, Thymne
magnifique que Prudence consacre à chanter la fête des
saints Apôtres à Rome(i); elle renferme la description des
églises de saint Pierre et de saint Paul, telles qu'elles
étaient alors. On y verra de précieux détails sur les
pompes de ce grand jour et notamment sur les deux Messes
que le Pape célébrait en cette occasion. Les hymnes
de Prudence, et la plupart de ses autres poésies, sont
remplies de particularités liturgiques du plus haut intérêt :
nous ne saurions trop en recommander Pétude aux
lecteurs.
En finissant ce tableau liturgique du quatrième siècle,
nous tirerons de tout ce qui précède les conclusions sui-
vantes :
La beauté, la grandeur, la richesse des églises fut un des Conclusions
caractères de cette époque de paix.
L'Église dirigea contre Thérésie Tarme puissante de la
Liturgie, en instituant contre les ariens le chant alternatif
des psaumes, en opposant des hymnes orthodoxes à des
cantiques inspirés par Terreur.
L'hérésie, redoutant l'effet prodigieux des formes litur-
giques sur le peuple, attaqua dès lors les pompes et le ca-
ractère traditionnel du culte, par les arguments que répétè-
rent les sectaires des âges suivants.
Les monastères, en ce siècle, commencèrent à avoir des
églises, et une Liturgie monastique se forma.
Le plus haut pouvoir de la chrétienté, le Siège aposto-
lique continua de promulguer les lois sur la Liturgie,
(i) Vid. la Note G.
112 DE LA LITURGIE DANS L EGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS préparant ainsi Tunité qui devait plus tard briller dans
LITURGIQUES __ ^^^^^ partie", comme dans tout le reste. Les conciles de ce
siècle mirent les questions liturgiques au rang des plus
importantes, et les plus illustres docteurs s'occupèrent
avec complaisance à expliquer et à régler les formes du
culte divin.
AU QUATRIEME SIECLE
Il3
NOTES DU CHAPITRE V
NOTE A
Itaque multo ampliorem locum metatus(Paulinus), exteriorem quidem
ambitum muro undique communivit, qui totius operis tutissimum esset
propugnaculum. Magnum deînde atque excelsum vestibulum ad ipsos
solis orientis radios extendit ; iis qui a sacro loci ambitu longius remoti
sunt, conspectum quemdam eorum quae intus reconduntur abunde exhi-
bons, et oculos eorum qui a nostra fide alieni sunt, ad conspicienda limina
quodam modo invitans. Caeterum. ubi portas ingressus sis, non statim
impuris et illotis pedibus in sacrarium introire permisit. Sed inter tem-
plum ac vestibulum maximo intervallo relicto, hoc spatium in
quadrati speciem. circiïmseptum quatuor obliquis porticibus cir-
cumquaque exornavit, quae columnis undique attolluntur. Interco-
lumnia porro ipsa septis e ligno reticulatis, in mediocrem et con-
gruam altitudinem elatis circumclusit. Médium autem spatium apertum.
et patens reliquit, ut et cœli aspectum prœberet, et aerem splendidum
solisque radiis coUustratum praestaret. Hic sacrarum expiationum signa
posuit; fontes scilicet ex ad verso Ecclesiae structos, qui interius sacra-
rium ingressuris copiosos latices ad abluendum ministrarent. Atque hoc
primum intrantium diversorium est ; cunctis quidem ornatum ac nito-
rem concilians; iis vero qui institutione adhuc opus habent,congruentem
praebens mansionem. Jam vero hoc spectaculum praetervectus, pluribus
aliis interioribus vestibulis aditus ad templum patentes effecit; rursus ad
ipsos solis orientis radios tribus ordine januis in uno eodemque latere
constructis. Quarum mediam duabus aliis utrimque positis et altitudine
et latitudine plurimum praestare voluit, eamdemque aereis tabulis ferro
vinctis, et sculpturis variis praecipue decoravit; ei tanquam reginae satel-
lites alias adjungens. Ad eumdem modum cum porticibus ad utrumque
templi latus fabricatis parem vestibulorum numerum disposuisset, diver-
sos aditus quibiis copiosum lumen superne in aedem infunderetur, supra
ipsas porticus excogitavit, easque fenestras variis e ligno sculpturis minu-
tissimi operis ornavit. Ipsam vero œdem regiamopulentioribus magisque
pretiosis speciebus instruxit, prolixa sumptuummagnificentiaadhocusus.
Hic jam mihi superfluum videtur aedis ipsius longitudinem ac latitudi-
nem describere, et hune splendidissimum decorem, atque inexplicabilem
magnitudinem; radiantem operum speciem ac splendorem ; fastigia ad
cœlum usque tendentia; et supra haec eminantes Libani pretiosissimas
cedros oratione prosequi, quarum mentionem ne divina quidem oracula
T. I 8
I PARTIE
CHAPITRE V
114 DE LA LITURGIE DANS l'eGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS prœtermiserunt, in quibus dicitur : Laetabuntur ligna Domini, et cedri
LITURGIQUES ^ibani quas plantavit. Quid jam attinet de solerti et ingeniosa totius
fabricae dispositione, ac de excellent! singularum partium pulchritudine
accuratius disserere, praesertim cum oculorum testimonium omnem quae
auribus percipi potest notitiam excludat. Porro cum templum in hune
modum absolvisset, thronisque altissimis in honorem praesidentium, ac
praeterea subselliis per universum templum ordine dispositis exornasset;
postremo sanctum sanctorum, altare videlicet, in medio constituit.
Utque haec sacraria multitudini inacçessa essent/ea rursus lignis cancelliis
munivit, minutissimo opère ad summum artis fastigium elaboratis, adeo
ut admirabile intuentibus spectaculum exhibeant. Quin etiam ne ipsum
quidem solum negligendum putavit. Quod cum mirum in modum mar-
more exornasset, inde ad ea quae extra templum posita sunt conversus,^
exhedras et œcos amplissimos utrimque summa cum peritia fabricavit,
qui sibi invicem ad latera ipsius basilicae conjunguntur, portisque quibus
in médium templum intratur connexi sunt. Quas quidem aedes in gratiam
eorum qui expiatione et purgatione per aquam et Spiritum Sanctum opus
habent, Salomon noster vere pacificus templi hujus conditor exs-
truxit.
Est quidem hoc opus miraculum, et omni admira-
tione majus, iis praesertim qui ad solam rerum exteriorum speciem atten-
dunt. Omnibus vero miraculis mirabiliora sunt archetypa, et primitivae
eorum imagines, spiritalia Deoque digna exemplaria : instaurationes divini
illius et rationalis in animabus nostris aedificii. Quod quidem aedificium
cum ipse Dei Filius ad imaginem suam condidisset, atque in omnibus
Dei similitudinem praeferre voluisset,incorruptibilem ei naturam et incor-
poream atque ab omni terrena materia segregatam largitus, rationalem
quoque substantiam et prorsus intellectualem ei tribuens; posteaquam
semel ex nihilo primum eam creavit, sponsam sanctam et sacrum tem-
plum sibi ac Patri suo constituit.
Cumque mentium vestrarum locum purum ac nitidum
reddidisset, huicsapientissimoposthaec Deique amantissimo praesidi eum
tradidit. Qui cum in aliis rébus singulari judicio et ratiocinandi solertia
praeditus, tum in animarum quarum curam sortitus est, cogitationibus
dignoscendis ac discernendis perspicacissimus, ab initio fere ad hune
usque diem aedificare non destitit : nunc aurum splendidissimum, nunc
purum ac probum argentum, nunc pretiosissimos lapides in uno quoque
vestrum coagmentans; ut suis erga vos operibus sacram denuo et arcanam
praedictionem adimpleat, quae sic habet : Ecce ego praeparo tibi carbun-
culum lapidem tuum, et fundamenta tua sapphirum, et propugnacula tua
jaspidem, et portas tuas lapides crystalli, et murum tuum lapides electos :
et omnes filios tuos doctos à Deo, et in multa pace filios tuos : et in justitia
aedificaberis. In justitia igitur œdificans, totius populi vires acfacultates con-
grua ratione distinxit : hos quidem exteriore duntaxat cingens muro, id
est firma fide. Cujus generis infinita est multitudo, quae praestantiorem
AU QUATRIÈME SIECLE I I 5
structuram ferre non potest. Illis vero aditus in templum permittens; ad i partie
portas stare et intrantes deducere eos jubet : qui non absurde templi ves- chapitre v
tibulis comparantur. Alios primis columnis quae forinsecus circa atrium
in quadranguli speciem dispositae sunt suffulsit, intraprimos litteralis qua-
tuor evangeliorum sensus obices eos inducens. Jam vero nonnullos circa
regiam aedem utrimque lateribus applicat, qui adhuc quidem catechu-
meni sunt: et augmentum ac progressum faciunt, non tamen procu^
absuntabipsa abditissimjorum Dei mysteriorum inspectione qua fidèles
fruuntur. Ex horum numéro eos quorum animae immaculatae sunt et
divino lavacro instar auri purgatas assumens; alios columnis, quae exte-
rioribus illis longe praestantiores sunt, arcanis scilicet et intimis sacrae
Scripturœ sententiis suffulsit. Alios vero fenestris ad lumen in aedes immit-
tendum factis illustrât. Ac universum quidem templum uno maximo ves-
tibulo, unius scilicet Dei summi omnium régis adoratione exornavit.
Christum vero et Spiritum Sanctum utrimque ad latus paternae auctori-
tatis, quasi secundum lumen praebet. Sed et in reliquis singillatim fidei
nostrae sententiis, per totam basilicam copiosissimam ac prasstan-
tissimam veritatis lucem atque evidentiam ostendit Insunt
etiam in hoc templo throni; et subsellia scamnaque innumera; in cunctis
scilicet animabus in quibusSancti Spiritus résident dona, cujusmodi olim
visa sunt sacrosanctis Apostolis; quibus linguae instar ignis divisae, et
singulis insidentes apparuerunt. Verum in ipso quidem omnium principe
ac praeside, totus, ut verisimile est, insidet Christus. In ils vero qui
secundum dignitatis locum obtinent, quatenusquisque dispertita virtutis
Christi Sanctique Spiritus dona capere potest. Subsellia quoque Angelo-
rum sunt quorumdam animae, quorum institutio et custodia illis deman-
data est. Augustum vero magnumque et unicum altare quodnam aliud
est, quam summi omnium sacerdotis purissima mens prorsusque sanc-
tum sanctorum. Gui dexter assistens maximus ille omnium Pontifex, ipse
scilicet Jésus unigenitus Dei Filius. (Euseb. Hist. eccles., lib. X,
cap. IV.)
NOTE B
Hoc, inquam, monumentum tanquam totius operis caput, imperatoris
magnificentia eximiis columnis et maximo cultu primum omnium deco-
ravit, et cujusque modi ornamentis illustravit. Transgressus inde est
ad vastissimum locum libero patentem cœlo. Cujus solum splendido
lapide constravit, longissimisqueundique porticibus ad tria latera additis.
Quippe lateri illi quod e regione speluncae positum, solis ortum specta-
bat, conjuncta erat basilica; opus plane admirabile, in immensam altitu-
dinem elatum,et longitudine maxima expansum. Cujus interiora quidem
jVersicoloribus marmoris crustis obtecta sunt: exterior vero parietum
superficies, politis lapidibus probe inter se vinctis decorata, eximiam
quamdam pulchritudinem, nihilo inferiorem marmoris specie, praefere-
I 1 6 DE LA LITURGIE DANS L EGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS bat. Ad culmen vero et caméras quod attinet, exteriora quidem tecta plumbo,
LITURGIQUES tanquam firmissimo quodam munimento, ad hibernos imbres arcendos
obvallavit. Interius autem tectum sculptis lacunaribus consertum, et ins-
tar vasti cujusdam maris compactis inter se tabulis per totam basilicam
dilatatum, totumque auro purissimo coopertum, universam basilicam
velut quibusdam radiis splendere faciebat. Porro ad utrumque latus, ge-
minae porticus tam subterraneae quam supra terram eminentes, totius
basilicae longitudinem aequabant; quaruni concamerationes auro perinde
variatae sunt. Ex his, quae in fronte basilicae erant, ingentibus columnis
fulciebantur: quae vero interiores, pessis magno cultu extrinsecus orna-?
tis sustinebantur. Portée très ad orientera solem apte dispositae, introeun-
tium turbam exceperunt. E regione harum portarum erat hemisphaerium,
qilod totius operis caput est : usque ad culmen ipsius basilicae protentum.
Cingebatur id duodecim columnis, pro numéro sanctorum Servatoris
nostri Apostolorum. Quarum capîta maximis crateribus argenteis erant
ornata: quos imperator tanquam pulcherrimum donarium, Deo suo
dicaverat. Hinc ad eos aditus qui ante templum sunt progredientibus,
aream interposuit. Erant autem in eo loco primum atrium, deinde por-
ticus ad utrumque latus, ac postremo portae atrii. Posthas totius operis
véstibula in ipsa média platea, in qua forum est rerum venalium,ambi-
tioso cultu exornata, iter forinsecusagentibus, aspectumearum rerum quae
intus cernebantur non sine quodam stupore exhibebant. (Eusebius, Vita
Constantini, lib. III, cap. xxxiv-xxxix.)
NOTE G
Hujus temporibus fecit Constantinus Augustus basilicas istas, quas et
ornavit : basilicam Constantinianam, ubi posuit ista dona. Fastigium
argenteum battutile, quod habet in fronte Salvatorem sedentem in sella
in pedibus 5. pens. libras 120. Duodecim Apostolos in quinis pedibus, qui
pensaverunt singuli libras nonagenas, cum coronis argenti purissimi.
Item à tergo respiciens in absida, Salvatorem sedentem in throno in
pedibus quinis ex argento purissimo, qui pens. libras 140. Angelos qua-
tuor ex argento, qui sunt in pedibus quinis costas cum crucibus tenentes,
qui pensaverunt singuli libras io5, cum gemmis alavandinis in oculos.
• Fastigium ipsum ubi stant Angeli vel Apostoli, pensât libras duo millia
viginti quinque ex argento dolatico. Farum ex auro purissimo, quod
pendet sub fastigio cum delphinis quinquaginta, quae pensant cum
catena sua libras 25. Coronas quatuor cum delphinis viginti ex auro
purissimo pensantes singulae libras i5. Cameram Basilicae ex auro
trimme in longum, et in latum in pedibus quingentis. Altaria septem
ex argento battutili pens. sing, libras 200. Patenas aureas septem, quae
pensant singulae libras 3o. Patenas argenteas i3 pensantes singulas libras
3o. Scyphos aureos 7, qui pens. singuli libras decem; scyphum singula-
rem ex métallo, corallo ornatum undique de gemmis prasinis, et hyacin-
AU QUATRIEME SIECLE I I 7
thinis auro interclusum qui pensât ex omni parte libras viginti et uncias i partie
très. Scyphos argenteos viginti pensantes singulos libras i5. Amas ex
auro purissimo duas, pensantes sing. libras quinquaginta portantes
sing. medemnos très. Amas argenteas viginti, quae pensant singulae
libras decem, portantes singulae medemnae singulas. Calices minores ex auro
purissimo quadraginta, pensantes singulos libras singulas. Calices minores
ministeriales quinquaginta pensantes singuli libras binas. Ornamenta
in basilica. Farum cantharum ex auro purissimo ante al tare, in quo ar-
det oleum nardinum pisticum cum delphinis octuaginta, qui pensant
libras triginta, ubi candelœ ardent ex oleo nardino pistico in gremio
Ecclesiae. Pharum cantharum argenteum cum delphinis centumet viginti,
quod pensât libras quinquaginta, ubi oleum ardet nardinum pisticum.
Phara canthara argentea in gremio basilicae quadraginta pens. singula
libras triginta, ubi ardet oleum quod supra. Parte dextra basilicae: Phara
argentea quadraginta pens. singula libras viginti. Phara canthara in laeva
Basilicae argentea viginti quinque pens. singula libras viginti. Can-
thara cyrostrata in gremio basilicae argentea quinquaginta pens. singula
libras viginti. Singularum librarum metrae très ex argento purissimo,
quas pensant singulae libras 3oo, portantes singulae medemnas decem.
Candelabra aurichalcha septem ante altaria, 'quae sunt in pedibus lo, cum
ornatu suo ex argento interclusa sigillis Prophetarum pens. singula
libras triginta, etc. (Liber ponttficalis, in Silvestrum.)
NOTE D
Hic fecit in urbe Roma Ecclesiam in praedio cujusdam presbyteri sui,
qui cognominabatur Equitius; quem titulum Romanum constituit juxta
thermas Domitianas : qui usque in hodiernum diem appellatur titulus
Equitii, ubi et haec dona contulit : Patenam argenteam pensantem lib. 20,
ex dono Constantini Augusti. Donavit autem scyphos argenteos 2, pen-
santes singulos lib. 10. Calicem aureum pensantem lib. 2. Calices minis-
teriales 5, pensantes singulos lib. 2. Amas argenteas 2, pensantes singulas .
lib. 10. Patenam argenteam auro clusam chrismalem, pensantem lib. 5.
Phara coronata 10, pensantia singula lib. 8. Phara aerea 20, pensantia
singula lib. 10. Canthara cerostrata aerea 12, pensantia singula lib. 3o, etc.
(Ibidem.)
NOTE E
Nam cum ariani, quibus, régnante Theodosio, ademptae fuerant ecclesiœ
Constantinopoli, extra urbis mœnia conventus ecclesiasticos agerent,
noctu in publicis porticibus primum congregabantur. Et in cœtus divisi,
antiphonatim psallebant, clausula^ quasdam juxta ipsorum dogma com-
positas adjicientes. Prima autem luce, eadem publice canentes, pergebant
ad loca in quibus collectas celebrabant. Atque id facere consueverant in
I 1 8 DE LA LITURGIE DANS l'ÉGLISE EN GENERAL
INSTITUTIONS cclebrioribus quibusque festivitatibus, et primo ac septimo cujusque heb-
LiTURGiQUEs domadis die. Tandem vero cantica quoque adjecerunt, quae ad rixam et
contentionem spectarent: Ubinam sunt qui très dicunt esse unicam
potentiam?Et alia ejusmodi hymnis suis intermiscentes. Joannes itaque,
veritus ne quis ex ecclesia sua per haec in fraudem induceretur, ple-
bem quae sub ipso erat, ut similiter psalleret incitavit. Qui brevi tempore
illustriores facti, arianos et multitudine et apparatus splendore longe
superarunt. Nam et crucum argentea signa, praecedentibus cereis, eos
anteibant. (Sozomen., Hist. eccles., lib. VIII, cap. viii.)
NOTE F
Quamtum flevi in hymnis et canticis tuis, suave sonantis Ecclesiae tuae
vocibus commotus acriter! Voces illae influebant auribus meis, et eliqua-
batur Veritas in cor meum; et exaestuabat inde affectus pietatis, et curre-
bant lacrymae, et bene mihi erat cum eis. Non longe cœperat Mediola-
nensis ecclesia genus hoc consolationis et exhortationis celebrare, magno
studio fratrum concinentium vocibus et cordibus.Nimirum annuserat, aut
non multo amplius, cum Justina Valentiniani régis pueri mater, hominem
tuum Ambrosium persequeretur, haeresis suae causa qua fuerat seducta ab
arianis. Excubabat pia plebs in Ecclesia, mori parata cum episcopo suo,
servo tuo. Ibi mater mea, ancilla tua, sollicitudinis et vigiliarum primas
tenens, orationibus vivebat. Nos adhuc frigidi a calore spiritus tui, exci-
tabamur tamen civitate attonita atque turbata. Tune hymni et psalmi ut
canerentur s^cundum morem orientalium partium, ne populus mœroris
taedio contabesceret, institutum est; et ex illo in hodiernum retentum,
multis jam ac pêne omnibus gregibus tuis, et per caetera orbis imitan-
tibus. (S. Augustin., Confessionum lib. IX, cap. vi et vu.)
NOTE G
Plus solito coeunt ad gaudia: die amice, quid sit.
Romam per omnem cursitant, ovantque.
Festus apostolici nobis redit hic dies triumphi,
Pauli, atque Pétri nobilis cruore.
Unus utrumque dies, pleno tamen innovatus anno,
Vidit superba morte laureatum.
Scit Tiberina palus, quae flumine lambitur propinquo,
Binis dicatum cespitem trophaeis.
Et crucis, et gladii testis : quibus irrigans easdem
Bis fiuxit imber sanguinis per herbas.
Prima Petrum rapuit sententia, legibus Neronis
Pendere jussum praeminente ligno.
nie tamen veritus celsae decus aemulando mortis
AU QUATRIEME SIECLE I 1 9
Ambire tanti gloriam magistri, i partie
• • • CHAPITRE V
Exigit ut pedibus mersum caput imprimant supinis, -.^,— ^__»_
Quo spectet imum stipitem cerebro.
Figitur ergo manus subter, sola versus in cacumen:
Hoc mente major, quod minor figura.
Noverat ex humili cœlum citilis solere adiri :
Dejecit ora, spiritum daturus.
Ut teres orbis iter flexi rota percucurrit anni,
Diemque eumdem sol reduxit ortus,
Evomit in jugulum. Pauli Nero fervidum furorem,
Jubet feriri gentium magistrum,
Ipse prius sibimet finem cito dixerat futurum,
Ad Christum eundum est, jam resolvor, inquit.
Nec mora; protrahitur, pœnae datur, immolatur ense.
Non hora vatem, non dies fefellit.
Dividit ossa dum Tibris, sacer ex utraque ripa,
Inter sacrata dum fluit sepulchra, *
Dextra Petrum regio tectis tenet aureis receptum,
Canens oliva, murmurans fluento.
Namque supercilio saxi liquor ortus excitavit
Frondem perennem chrismatis feracem,
Nunc pretiosa ruit per marmora, lubricatque clivum,
Donec virenti fluctuet colymbo.
Interior tumuli pars est, ubi lapsibus sonoris
Stagnum nivali volvitur profundo.
Omnicolor vitreas pictura superne tingit undas,
Musci relucent, et virescit aurum.
Cyaneusque latex umbram trahit imminentis ostri:
Credas, moveri fluctibus lacunar.
Pastor oves alit ipse illic gelidi rigore fontis,
Videt sitire quas fluenta Christi.
Parte aliatitulum Pauli via servat Ostiensis,
Qua stringit amnis cespitem sinistrum.
Regia pompa loci est: princeps bonus has sacravit arces,
Lusitque magnis ambitum talentis.
Bracteolas trabibus sublevit, ut omnis aurulenta
Lux esset intus, ceu jubar sub ortu.
Subdidit et parias fulvis laquearibus columnas,
Distinguit illic quas quaternus ordo.
Tum camuros hyalo insigni varie cucurrit arcus :
Sic prata vernis floribus renident.
Ecce duas fidei summo Pâtre conferente dotes,
Urbi colendas quas dédit togatag.
Aspice, per bifidas plebs Romula funditur plateas,
Lux in duobus fervet una festis.
I20 DE LA LITURGIE AU QUATRIEME SIECLE
INSTITUTIONS Nos ad utrumque tamen gressu properemus incitato,
LITURGIQUES g^ j^jg^ ^^ jjjjg perfruamuF hymnis.
Ibimus ulterius, qua fert via pontis Hadriani,
Laevam deinde fluminis petemus.
Transtiberina prius solvit sacra pervigil sacerdos,
Mox hue recurrit, auplicatque «vota.
Haec didicisse sat est Romae tibi ; tu domum reversus,
Diem bifestum sic colas, mémento.
(Prudentius, Peristephanon. Hymn. XII, de SS. Apostolis.)
I PARTIE
CHAPITRE VI
CHAPITRE VI
DE LA LITURGIE DURANT LES CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ÉTABLIR l' UNITE
Le régime de paix sous lequel vivait désormais F Eglise, Nécessité pour
son affranchissement de toutes attaques extérieures, lui de multiplier^
donnaient le loisir de régler les formes accidentelles de son f^i est^rendue^,^
gouvernement et de ses institutions; mais rien n'était pour ^^du ^pri^ncipe^^
elle plus urgent que de multiplier les applications de ce '^fo^d'^^^^ta/^*
grand principe d'unité qu'elle avait reçu du Christ comme
sa loi fondamentale, et par le bienfait duquel elle avait
traversé trois siècles de carnages, et les tempêtes non
moins affreuses de Tarianisme. Les dissensions qui
s'étaient élevées entre ses enfants, guerres de famille
si redoutables qu'on y avait mis en question le principe
même du christianisme, la consubstantialité du Verbe,
inspiraient aux pasteurs des églises le dessein de serrer
de plus en plus le lien qui unissait les fidèles dans la con-
fession des mêmes dogmes et dans l'obéissance au même
pouvoir. Le perfectionnement des formes liturgiques par
l'unité, devenait donc dès lors indispensable.
D'abord, sous le rapport du gouvernement ecclésias- Nécessité
tique, il était temps de pourvoir à l'unité liturgique. La nturgiaue
liturgie est le langage de l'Église, non-seulement quand elle du
parle à Dieu, mais quand elle fait retentir sa voix solen- fccîésiaTtique.
nelle dans le sanctuaire, quand ses enfants chantent avec
elle leur foi, leurs joies, leurs craintes et leurs espérances.
Or, dans un état, dans une société, le langage doit être un
comme le pouvoir qui les régit : une des principales causes
122 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
INSTITUTIONS dc dissolutioti d'un empire formé par la conquête sera
toujours la divergence de Fidiome des provinces avec la
langue parlée dans la métropole. La politique terrestre
s'efforce en mille manières d'effacer ces dissonances : elle
sent qu'il y va de la durée, de la stabilité des royaumes.
L'Église, par le côté où elle est une société humaine, a les
mêmes besoins, les mêmes nécessités, accrues encore de
toute l'importance de sa mission céleste. Nous n'aurons
que trop d'occasions de montrer dans la suite de ce récit
que les défections de provinces dans l'histoire de l'Église
ont été, en raison du plus ou moins d'unité conservée dans
la Liturgie par ces mêmes provinces, ou encore n'ont été
consommées sans retour qu'au moyen des changements
introduits dans cette forme si importante du christianisme.
Extension Et remarquons bien qu'il ne s'agit pas ici de l'unité
que devait avoir . , / .
cette unité, considérée dans les choses essentielles du culte divin,
comme la matière et la forme du sacrifice et des sacrements,
les rites généraux qui les accompagnent, et tant d'autres
détails. Nous avons prouvé que, sur ces articles, l'unité
avait toujours été parfaite dès l'origine de l'Église. Il
s'agit d'un nouveau degré d'unité dans les formules non
essentielles à la validité des sacrements, à l'intégrité du
sacrifice, dans la confession^ la prière^ la louange^ dans
les cérémonies dont le culte développé s'enrichit, en un
mot, dans l'ensemble des rites qui expriment en leur
entier, soit les mystères de l'initiation chrétienne, soit le
service offert par la cité rachetée ( i ) , comme dit saint
Augustin, à V auteur et au consommateur de la foi (2).
Des divergences Les premiers apôtres des diverses églises dont l'en-
Tl^époque Semble formait au Christ, dès l'époque de Constantin, un
persécutions ^^ magnifique empire, avaient porté avec eux les usages
dfsprrahîe ^^^ Églises mères qui les envoyaient; ils avaient complété,
à la paix.
(i) DeCivitate Dei, lib. X, cap. vi.
(2) Haebr. xii, 2.
I PARTIE
CHAPITRE VI
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ 123
interprété ce qui avait besoin de Têtre. Après eux, leurs
successeurs avaient, toujours en gardant Tunité sur le fond
inaltérable en tous lieux, ajouté avec plus ou moins de
bonheur, de nouvelles parties à Tœuvre primitif, pour sa-
tisfaire à de nouveaux besoins; mais cette divergence,
moins sentie, dans le cours des persécutions et durant les
violentes secousses de Tarianisme , était un grave incon- .
vénient, du moment que F Église avait à s'occuper des ins-
titutions propres à Tâge de paix qui s'ouvrait devant elle.
Tout en s'accommodant aux lieux et aux mœurs, il restait
comme il restera toujours, beaucoup à régler, à corriger, à
perfectionner; c'est ce travail, ce sont ces efforts constants
et éclairés que nous allons successivement mettre sous les
yeux du lecteur : mais auparavant, il nous reste à déve-
lopper une autre considération, non moins importante,
qui engagea l'Église des cinquième et sixième siècles à
poursuivre par des mesures efficaces le projet d'unité
liturgique.
Il y a d'admirables paroles du pape saint Sirice, pro- L'unité
noncées à la fin du quatrième siècle , qui révèlent toute la conséquence
• /i / ii')''i ' 'i' necessîiire
gravite des conséquences de lunite observée ou violée de l'unité
dans la Liturgie. « La règle apostolique nous apprend que d'après^le^pape
« la confession des évêques catholiques doit être une. Si ^^^"^ Since,
a donc il n'y a qu'une seule foi, il ne doit y avoir non
« plus qu'une seule tradition. S'il n'y a qu'une seule tra-
« dition, une seule discipline doit être gardée dans toutes
« les églises (i). » Tel est l'axiome fondamental de la
catholicité. Une seule foi, une seule forme d'une seule foi.
Cela étant , la Liturgie, si elle est une dans l'Eglise de
Dieu, doit être une expression authentique de la foi de cette
église , une définition permanente des controverses qui
(i) Catholicorum episcoporum unam confessionem esse deb'ere aposto-
lica disciplina composuit. Si ergo una fides est, manere débet et una tra-
ditio. Si una traditio est, una débet disciplina per omnes ecclesias custo-
diri. (Coustant, pag. 692.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Le pape
saint Gélestin.
déclare que
la rèçle de la foi
découle
de la rèj^le
de la prière.
Le principe
de l'unité
liturgique
appliqué
d'abord dans
les limites de
chaque province
ainsi que le
décrète
le concile
de Milève,
de 416, pour
la Niimidie.
124 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
s^élèveraient sur les points du dogme confessés dans les
formules sacrées.
Cette conclusion , si naturelle d'ailleurs , c'est un pape
du cinquième siècle qui nous la fournira. Voici ce que saint
Gélestin écrit aux évêques des Gaules dans sa lettre célèbre
contre Terreur des pélagiens : « Outre les décrets inviola-
« blés du Siège apostolique qui nous ont enseigné la vraie
« doctrine, considérons encore les mystères renfermés dans
c( ces formules de prières sacerdotales qui, établies par les
« Apôtres , sont répétées dans le monde entier d'une ma-
« nière uniforme par toute l'Eglise catholique; en sorte
« que la règle de croire découle de la règle de prier;
« UT LEGEM CREDENDI LEX STATUAT SUPPLICANDI. » Il fait
ensuite l'énumération des grâces demandées par le prêtre
dans l'action du sacrifice (i), et cette même énumération
se trouve presque avec les mêmes termes , employée dans
un argument du même genre par saint Augustin, dans son
épître GGXVII (2). Elle a pour but de montrer que tout
secours surnaturel vient de Dieu , puisque tout secours
surnaturel est demandé à Dieu dans la Liturgie.
L'intérêt de la foi, non moins que l'ordre de la disci-
pline, demandait donc que des mesures fussent prises de
bonne heure pour arrêter les innovations qui tendraient à
séparer les Églises plutôt qu'à les unir. Un des premiers
monuments de ce fait que l'on rencontre, est un canon qui
se trouve parmi ceux du second concile de Milève, auquel
assistèrent, en 416, soixante-un évêques de la province de
Numidie, durant les troubles du pélagianisme. Voici ce
qu'il contient : I
« Il a semblé aussi aux évêques, que les prières, les
« oraisons ou messes^ qui ont été approuvées dans un
« concile, les préfaces^ les recommandations^ les impo'
(i) Vid. la Note A.
(2) Vid. ibidem.
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ 125
« sitions de mains ^ devaient être observées par tous. On
« ne récitera dans P Église que celles qui auront été com-
« posées par des personnes habiles, ou approuvées par un
« concile, dans la crainte qu'il ne s'y rencontre quelque
« chose qui soit contre la foi, ou qui ait été rédigé avec
« ignorance ou sans goût (i). »
Ainsi des bornes sont mises aux effets d'un zèle peu
éclairé, aussi bien qu'à cet amour des nouveautés qui tra-
vaille si souvent les hommes, même à leur insu. Il faudra
désormais le contrôle d'un concile pour donner valeur et
légitimité aux formules nouvelles qu'on voudrait inaugurer
dans l'Église d'Afrique, et celles dont l'emploi est licite ont
déjà, dans le passé, reçu cette haute sanction. Transpor-
tons-nous maintenant dans les Gaules , nous allons voir,
avec plus d'énergie encore , l'unité liturgique proclamée
par les évêques d'un concile de Bretagne.
En 461, le concile de Vannes, présidé par saint Per-
pétuus , évêque de Tours , rend ce décret , au canon
quinzième :
« Il nous a semblé bon que dans notre province il n'y
« eût qu'une seule coutume pour les cérémonies saintes et
ft la psalmodie; en sorte que, de même que nous n'avons
« qu'une seule foi, par la confession de la Trinité, nous
« n'ayons aussi qu'une même règle pour les offices : dans
« la crainte que la variété d'observances en quelque chose
« ne donne lieu de croire que notre dévotion présente
« aussi des différences (2). »
I PARTIE
CHAPITRE VI
Le concile
de Vannes,
de 461, pose
le même
principe pour
la province
de Tours.
(i) Placuit etiam et illud, ut preces vel orationes, seu m.issae quae pro-
batae fuerint in concilio, sive praefationes, sive commendationes, seu
manus impositiones ab omnibus celebrentur. Nec aliœ omnino dicantur
in Ecclesia, nisi quae a prudentioribus tractatas vel comprobatae in synodo
fuerint, ne forte aliquid contra fidem, vel per ignorantiam, vel per minus
studium sit compositum. {Concil. Milev. Labb., tom. II, pag. 1540.)
(2) Rectum quoque duximus, ut vel intra provinciam nostram sacrorum
ordo et psallendi una sit consuetudo : et sicut unam cum Trinitatis con-
essione fidem tenemus, unam et officiorum regulam teneamus : ne variata
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Décrets
analogues
publiés
par les conciles
. d'Agde,
de,5o6, et
d'Epaone,
de 5 17, pour
d'autres parties
des Gaules.
126 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
Assurément, il ne se peut dire rien de plus précis, et les
siècles qui suivirent n'ont point professé la doctrine de
Tunité liturgique avec plus de franchise que ne le firent
dans ce concile les évêques bretons. Avec une voix plus
solennelle, avec leur autorité universelle et souveraine,
jamais les pontifes romains ne parlèrent un langage plus
précis et plus énergique. Il nous est doux, à nous que tant
de liens attachent à cette noble métropole de Tours, d'en-
registrer ce beau témoignage qui, du reste, ne sera pas le
dernier. Si aujourd'hui cette illustre province est triste-
ment morcelée, en sorte que sa voix ne monte plus la-J
même dans les huit cathédrales qu'elle garde encore de-
bout, du moins pour elle les jours d'unité liturgique
furent longs et glorieux.
Nous trouvons, quarante ans après, un autre concile
dans les Gaules, celui d'Agde, en 5o6, qui, dans son tren-
tième canon, proclame la même doctrine :
« Comme il convient que l'ordre de l'Église soit gardé
« également par tous, il faut, ainsi qu'on le fait en tous |
« lieux, qu'après les antiennes, les collectes soient récitées
« en leur rang par les évêques, ou par les prêtres (i). »
Mais en toute société, pour que l'unité devienne pos-
sible, il faut un centre avec lequel il soit nécessaire de
s'accorder. Dans les Gaules encore, au concile d'Epaone,
en 5 17, nous trouvons une règle fixée qui, tout imparfaite'
qu'elle est, peut encore produire de grands avantages, à
cet âge intermédiaire qui précède la grande unité litur-
observatione in aliquo devotio nostra discrepare credatur. {Concil. Venet.
Labb., tom. IV, pag. io5j.)
(i) Et quia convenit ordinem ecclesiœ ab omnibus aequaliter custodiri,
studendum est, ut sicut ubique fit, et post antiphonas collectiones perJ
ordinem ab episcopis vel presbyteris dicantur, et hymni matutini vel ves-
pertini diebus omnibus decantentur, et in conclusione matutinarum ve
vespertinarum missarum , post hymnos capitella de psalmis dicantur et
plebs, collecta oratione ad vesperam, ab episcopo cum benedictione di-j
mittatur. {Concil. Agath. Labb., tom. IV, pag. i388.)
I PARTIE
CHAPITRE VI
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ I27
gique. Au canon vingt-septième, ce qui suit est réglé
solennellement : '
« Dans la célébration des divins offices, les évêques de
« la province devront observer Tordre gardé par le métro-
ce politain (i). »
L'Église gothique d'Espagne , dans la même année, ^^ éninsule
éprouvait le même besoin d'unité et sanctionnait la même ibéric^ue
^ ^ ... cette règle
règle, en attendant l'unité romaine dont elle ne devait jouir d'unité
... liturgique
que longtemps après la France. Voici le premier canon du est sanctionnée
., - ^. par les conciles
concile de Gironne : de Gironne
« Pour ce qui touche l'institution des messes, dans
« toute la province Tarragonaise, on observera, au nom
« de Dieu, l'usage de l'église métropolitaine, tant pour
« Tordre de la Messe, que pour ce qui est de la psalmodie
« et de la fonction des ministres {2). ».
Dans une autre région de la même péninsule, nous trou- et de Brague,
vons , environ quarante ans après , des règlements de * '
concile dictés dans le même esprit. Le concile de Brague,
en 563, décrète les canons suivants :
« Canon i . Il a plu à tous , d^un commun consente-
« ment, que Ton gardât un seul et même ordre de psal-
« modie, tant aux offices du matin qu^'en ceux du soir, et
« qu'on ne mélangeât point la règle ecclésiastique de
« coutumes diverses , privées , ou même tirées des
« monastères (3). »
« Canon 2. Il a plu également d'ordonner que dans les
(i) Ad celebranda divina officia, ordinem quem metropolitani tenent
provinciales eorum observare debebunt. {Concil. Epaun. Labb., tom. IV,
pag. 1679.)
(2) De institutione missarum, ut quomodo in metropolitana ecclesia
fuerit, ita, Dei nomine, in omni Tarraconensi provincia tam ipsius missae
ordo quam psallendi, vel ministrandi consuetudo servetur. [Concil.
Gerund. Labb., tom. IV, pag. i568.)
(3) Placuit omnibus communi consensu, ut unus atque idem psallendi
ordo in matutinis vel vespertinis officiis teneatur; et non diversae, ac
privatae, neque monasteriorum consuetudines cum ecclesiastica régula
sint permixtae.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Le iv^ Concile
de Tolède.
128 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
« vigiles et messes des jours solennels, les mêmes leçons
« fussent lues par tous dans les églises (i). »
« Canon 3. Il a plu également d'ordonner que les
ce évêques et les prêtres ne salueraient pas le peuple
« diversement, mais d"'une seule manière, disant : Dominus
« vobiscum^ ainsi qu'on lit au livre de Ruth; et que le
« peuple répondrait : Et cum Spiritu tiio^ en la manière
« que rOrient tout entier Tobserve par tradition apos-
« tolique, et non en la façon que la perfidie priscillienne Ta
« innové (2). »
« Canon 4. Il a plu aussi d'ordonner qu'on célébrerait
c< universellement les messes suivant Tordre que Profu-
« turus, jadis évêque de cette église métropolitaine, Ta
« reçu par écrit de l'autorité du Siège apostolique (3). »
« Canon 5. Il a plu également d'ordonner que personne
« ne s'écartât dans l'administration du baptême de l'ordre
c( établi déjà dans l'église métropolitaine de Brague, lequel
« pour couper court à quelques doutes, a été adressé par
« écrit au susdit évêque Profuturus, par le Siège du très-
ce heureux apôtre Pierre (4). »
Dès le siècle suivant, entraînée par la force des principes,
l'Église gothique espagnole publiait un règlement pour
(i) Item plaçait, ut per solemnium dierum vigilias vel missas, omnes
easdem et non diversas lectiones in ecclesia legant.
(2) Item placuit, ut non aliter episcopi, et aliter presbyteri populum,
sed uno modo salutent, dicentes : Dominus sit vobiscum, sicut in libro
Ruth legitur; et ut respondeatur a populo : Et cum spiritu tuo, sicut et
ab ipsis apostolis traditum omnis retinet Oriens, et non sicut priscilliana:
pravitas permutavit.
(3) Item placuit, ut eodem ordine missae celebrentur ab omnibus, quem
Profuturus quondam hujus metropolitanae ecclesias episcopus ab ipsa
apostolicae Sedis auctoritate suscepit scriptum.
(4) Item placuit, ut nuUus eum baptizandi ordinem praetermittat, quem
et antea tenuit metropolitana Bracarensis ecclesia, et pro amputanda
aliquorum dubietate, prœdictus Profuturus episcopus scriptum sibi et
directum a Sede beatissimi apostoli Pétri suscepit. (Labb, tom. V,
pag 840.)
PREMIERES TENTATIVES POUR ETABLIR L UNITE I 29
établir Funité liturgique, non plus dans les limites étroites
d^une province, mais dans toute retendue de la Péninsule.
Voici le second canon du quatrième concile de Tolède,
en 633 :
« Après avoir pourvu à la confession de la vraie foi, qui
« doit être prêchée dans la sainte Église de Dieu, nous
« avons été d'avis^ que nous tous, ,Prêtres, qui sommes
« réunis dans Tunité de la foi catholique, nous ne souffririons
(c plus aucune variété, ni dissonance dans les mystères
« ecclésiastiques, de peur que la moindre divergence ne
« semblât, aux yeux des hommes charnels, provenir d'une
a sorte d'erreur schismatique, et ne causât à un grand
« nombre une sorte de scandale. On gardera donc, par
« toute PEspagne et la Gaule (Narbonnaise), un seul ordre
V dans la psalmodie, un seul mode dans la solennité des
« messes, un seul rite dans les offices du soir et du matin
« et il n'y aura plus diversité de costumes ecclésiastiques
« entre nous qu'une même foi et un même royaume réunis-
« sent. Déjà d'anciens canons avaient décrété que chaque
« province tiendrait une coutume uniforme dans la psal-
« modie et le ministère sacré (i). »
Encore un pas, et l'Espagne entrait, pour la Liturgie,
dans l'unité romaine. Au-delà des limites de ce royaume,
s'étendait le patriarcat d'Occident, et les principes expri-
més dans les canons cités, devaient, secondés par les
circonstances, amener une fusion de tous les usages litur-
giques de nos régions, dans la Liturgie mère du sein de
laquelle ils étaient pour la plupart émanés en divers temps.
En attendant, on a vu dans les canons du concile de
Brague, l'attention qu'avaient les conciles à se conformer
aux prescriptions liturgiques qui avaient été imposées par
le Saint-Siège. D'autres fois, ces mêmes conciles, sans y
être contraints en aucune manière, adoptaient certains
I PARTIE
CHAPITRE VI
établit l'unité
liturgique
pour toute
la péninsule
ibérique, 633.
Tendances
à se rapprocher
des usages
de l'Église
romaine
dans tout
le Patriarcat
d'Occident.
(i) Vid. la Note B.
T. I
9
l3o DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
INSTITUTIONS usaffcs dc rÉdise romaine, témoin le troisième concile
LITURGIQUES ^-^ ^ '^
"~ de Vaison, en 529, qui, dans ses canons troisième et
cinquième, établit le chant du Kyrie eleison^ et Paddition
Sicut erat in principio au Gloria Patri, parce que tel
était Fusage du Siège apostolique et de toutes les Eglises
de rOrient(i). Sur quoi Thomassin fait la réflexion suivante
qui nous a semblé revenir à notre point de vue : « Cela
« fait voir que si Ton ne se conformait pas entièrement
« aux offices romains, du moins qu^on s'en approchait
« toujours de plus en plus ; en effet, toutes les raisons qui
« déterminaient une province à suivre certaines pratiques,
« excitaient toutes les Eglises de l'Occident à les embrasser,
« afin qu'il n'y eût, autant que cela se pouvait, qu'une
« manière uniforme dans les moeurs et dans la célébration
« de l'office par tout l'Occident (2). »
Les Pontifes Pendant que de grandes améliorations se préparaient,
attentifs ^ue l'unité dans le culte tendait à devenir par tout l'Occi-
ce mouvement ^^i^t, la pure et fidèle image de l'unité de foi, les Pontifes
^^^îenteu/^^^ romains, attentifs à tous les besoins de l'héritage du
Seigneur commis à leur garde, ne hâtaient point outre
mesure la consommation de cette heureuse révolution,
mais ils la préparaient de loin, en profitant de toutes les
occasions pour décider les controverses liturgiques soumises
à leur tribunal, suivant les formes et les traditions en
(i) Et quia tam in Sede Apostolica, quam etiam per totas orientales
atque Italias provincias, dulcis et nimium salutaris consuetudo est intro-
missa, ut Kyrie eleison frequentius cum grandi affectu et compunctione
dicatur; placuit etiam nobis, ut in omnibus ecclesiis nostris ista tam
sancta consuetudo et ad matutinum, et ad missas, et ad vesperam Deo
propitio intromittatur Et quia non solum in Sede Apostolica, sed
etiam per totum Orientem, et totam Africam, vel Italiam, propter haere-
ticorum astutiam, qui Dei Filium non semper cum Pâtre fuisse, sed a
tempore cœpisse blasphémant, in omnibus clausulis, post Gloria^ Sicut
erat in principio dicitur, etiam et nos in universis ecclesiis nostris hoc ita
dicendum esse decernimus. (Labb., tom. IV, pag. 1680.)
(2) Discipline de V Eglise, tom. I^r^ pag, 991.
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ i3i
usage dans TÉglise de Rome. Nous avons vu, au chapitre
précédent, par les paroles de saint Sirice, avec quelle
énergie ils exigeaient la soumission aux décisions qu'ils
rendaient sur cette matière. A l'époque qui nous
occupe présentement, un autre pape, saint Innocent, va
nous faire savoir pourquoi le Saint-Siège réclame si
sévèrement l'obéissance des Eglises occidentales aux
décrets qu'il rend en matière de discipline et de liturgie
en particulier.
« Si les prêtres du Seigneur, dit-il à Décentius, évêque
« d'Eugubium, dans une décrétale de l'an 416, voulaient
« garder les institutions ecclésiastiques, telles qu'elles sont
« réglées par la tradition des saints Apôtres, il n'y aurait
« aucune discordance dans les offices et les consécrations.
« Mais quand chacune estime pouvoir observer, non ce
« qui vient de la tradition, mais ce qui lui semble bon, il
« arrive de là qu'on voit célébrer diversement, suivant
« la diversité des lieux et des Eglises. Cet inconvénient
« engendre un scandale pour les peuples qui, ne sachant
« pas que les traditions antiques ont été altérées par une
« humaine présomption, pensent ou que les Eglises ne
« sont pas d'accord entre elles, ou que des choses contra-
« dictoires ont été établies par les Apôtres, ou par les
« hommes apostoliques.
« Car qui ne sait, qui ne comprend que ce qui a été donné
« par tradition à l'Eglise romaine, par Pierre, le prince
« des Apôtres, se garde maintenant encore et doit être
« par tous observé ; qu'on ne doit rien ajouter ou introduire
« qui soit sans autorité, ou qui semble imité d'ailleurs?
« Et d'autant plus qu'il est manifeste que dans toute
« l'Italie, les Gaules, les Espagnes, l'Afrique, la Sicile et
c( les îles adjacentes, nul n'a institué les églises, si ce n'est
« ceux qui ont été constitués prêtres par le vénérable
« apôtre Pierre et ses successeurs. Que ceux qui voudront
« lisent, qu'ils recherchent si, dans ces provinces, un autre
I PARTIE
CHAPITRE VI
Décrétale
du pape
saint Innocent
à Décentius,
évêque
d'Eugubium,
pour réclamer
l'obéissance
aux usages
liturgiques
de l'Église
romaine.
l32 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
INSTITUTIONS « apôtrc E ciiseigné. Que s'ils n'en trouvent pas d'autre,
LITURGIQUES ^
« iJs sont donc obligés de se conformer aux usages de
« rÉglise romaine, de laquelle ils ont tiré leur origine,
« de peur qu'en se livrant à des doctrines étrangères, ils
« ne semblent se séparer de la source de toutes les insti-
« tutions (i). »
Abus dont Après ce préambule, le Pape corrige les abus qui
le Pape s'étaient introduits dans l'Édise d'Euffubium, en matière
reclame '^ ^
la correction, j^ Liturgie, Statuant plusieurs règlements, sur la Paix que
les communiants devaient se donner les uns aux autres,
sur le moment du Sacrifice auquel il fallait réciter les noms
de ceux pour qui on l'offrait, sur le sacrement de eonfir-
mation, sur le jeûne du samedi , sur la défense de célébrer
les Mystères dans les deux jours qui précèdent la Pâque,
sur les relations de l'Église matrice avec les autres titres,
sur les exorcismes, sur les pénitents, sur l'extrême-
onction, etc. Après quoi il conclut en ces termes : « C'esf j
« ainsi, très-cher frère^ que nous nous sommes mis en
« devoir de répondre, suivant notre pouvoir, à ce que
« votre charité demandait de nous, et votre Eglise pourra
« maintenant garder et observer les coutumes de l'Eglise
« romaine, de laquelle elle tire son origine. Quant au
« reste, qu'il n'est pas permis d'écrire, quand vous serez,
« ici, nous pourrons satisfaire à vos demandes (2). » 11^
s'agissait de questions sur les paroles mêmes du canon,,
ou sur la forme des sacrements, détails qui étaient encore]
alors couverts du plus grand mystère.
Droits réclamés 11 faut remarquer ici , à propos de cet important docu-j
le Siège ment, d'abord le zèle avec lequel le Siège apostolique
^^tur ie^^ veillait au maintien des saines traditions liturgiques, le]
cfOcddent, ^^^sir qu'il avait de ramener tout à l'unité, et en particulier
'^'^l'un^ré ^^ les droits spéciaux qu'il prétendait sur les Eglises d'Italie,]
^^^^"S/^^^^^I/^^^ des Gaules, des Espagnes, de l'Afrique, de la Sicile et]
ces contrées.
(i) Vid. la Note G.
(2) Vid. la Note G.
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ i33
autres îles adjacentes, comme filles de la prédication de
saint Pierre et de ses successeurs, et formant le Patriarcat
d'Occident. On voit que ces droits, développés plus tard
dans des institutions plus parfaites, amèneront dans les
moindres détails cette unité minutieuse que saint Innocent
n'exige pas encore. Les Iles Britanniques , l'immense
Germanie, à peine illuminées du flambeau de la foi, en
quelques points imperceptibles, ne figurent point dans cette
énumération ; mais bientôt le zèle apostolique de Rome,
les ayant entièrement arrachées aux ombres de la mort, et
incorporées, par cette pacifique conquête, à l'heureux
patriarcat d'Occident, elles subiront, dès leur première
enfance, le joug sacré de la Liturgie romaine, arrivant
ainsi tout d'abord à la plénitude de Tâge parfait des
Eglises.
L'Orient, au contraire, ne sentit point les bienfaits de
cette unité complète. Trop d'obstacles arrêtaient le zèle
des Papes pour qu'ils pussent songer, même un instant, à
établir le règne absolu de la Liturgie romaine dans les
patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche, de Constantinople
et de Jérusalem. Ils se contentèrent de veiller au maintien
de cette unité plus générale qui consiste dans la célébra-
tion , aux mêmes jours, de la fête de Pâques et des autres
solennités principales, dans l'intégrité des rites du sacrifice,
dans l'administration valide et convenable des sacrements,
dans le maintien des heures de l'office divin et de la
psalmodie, et, plus tard, dans le culte des images sacrées.
C'est ainsi que, suivant les temps et les lieux, le Siège
apostolique a su appliquer, en diverses mesures, la pléni-
tude de puissance qui réside en lui, en sorte que les Pon-
tifes romains n'ont jamais oublié cette doctrine du premier
d'entre eux, de paître le troupeau avec prévoyance et dou-
ceur^ et non dans un esprit de domination (i). Mais c'était
I PARTIE
CHAPITRE VI
En Orient,
les Pontifes
romains
se contentent
de veiller
au maintien
de l'unité
dans les rites
essentiels.
.(i) I Pet. V, 2-3,
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Grand nombre
des épîtres
des Papes
de cette époque
relatives
à la liturgie.
Application
spéciale
de leur zèle
au perfectionne-
ment de la
Liturgie
romaine.
Les formules
liturgiques
mises par
écrit avant
le ve siècle.
Sentiment
contraire
du P. Lebrun,
réfuté
par Muratori.
l34 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
le repos de la force ^ et malheur à ceux qui résistent aux
volontés de cette puissance paternelle, qui attend avec
longanimité, qui prépare, de concert avec les siècles, les
grands résultats que F Esprit-Saint lui ménage! Malheur à
ceux qui ne font pas, quand elle a dit de faire, qui n'exécu-
tent pas, quand elle a commandé! car toutes ses volontés
sont équitables, et le Seigneur s'en est déclaré le vengeur.
En parcourant les épîtres des Pontifes romains qui
ont siégé aux cinquième et sixième siècles, on trouvera un
grand nombre d'actes de leur autorité en matière litur-
gique, toujours dans le sens des mesures prises par saint
Innocent. L'énumération de ces faits nous prendrait trop
de place, et ajouterait peu de chose à la valeur des argu-
ments contenus dans ce chapitre. Nous nous attacherons
de préférence à montrer les travaux des Papes pour le per-
fectionnement de la Liturgie de l'Eglise locale de Rome, et,
dans cette partie de notre travail, nous ne nous écarterons
pas de notre but général, puisque la Liturgie romaine est
destinée à devenir, sauf d'imperceptibles exceptions , la
Liturgie de l'Occident tout entier, et qu'en la perfection-
nant ainsi au-dessus de toutes les autres, les Pontifes ro-
mains assuraient indirectement son triomphe, au jour
marqué par la Providence.
Ce serait ici le lieu d'examiner l'intéressante question ;
de savoir à quelle époque on a confié à l'écriture les for- ;
mules mystérieuses du sacrifice chrétien , et celles qui ac- ■
compagnent les rites de l'initiation. Le savant P. Lebrun, ;
dans son QxctlÏQniQ Explication de la Messe, au tome III, |
a prétendu qu'avant le cinquième siècle, aucune des an-
ciennes Liturgies, soit grecques, soit latines, n'avait encore ]
été mise par écrit, mais qu'elles étaient simplement trans-
mises par une tradition orale. Nous pensons, avec Mura-
tori (i), que cette assertion est exagérée, et qu'on peut
(i) Liturgia Romana vêtus. Dissertatio de reb. liturg., pag. 3 et seq.
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITE i35
donner un sens plus raisonnable aux passages de Fantiquité
qu^allègue le docte oratorien. Comment, en effet, s^ima-
giner qu'on eût pu conserver cette uniformité dans les
formules et les rites généraux, que nous avons prouvé ci-
dessus s'être maintenue dans son entier, durant les pre-
miers siècles de TÉglise, si un texte écrit ne se fût pas
trouvé dans chaque Église, pour corriger les innovations,
arrêter les effets de l'incurie ou delà négligence ? Admettez,
si vous voulez, que ce formulaire ne paraissait point à
l'autel, qu'il était gardé dans quelque lieu secret, loin des
regards profanes; mais, du moins, on pouvait, au besoin,
en appeler à son autorité, pour rassurer la mémoire
affaiblie, pour rectifier ce qui eût pu s'introduire de moins
conforme à l'antiquité. Avec ces précautions, le secret des
mystères n'en était pas moins assuré. Que si l'on vient à
songer aux formules spéciales que rendaient nécessaires
les différents rites du catéchuménat , par exemple, de l'or-
dination des diacres, des prêtres, des évêques ; de la so-
lennisation de la fête de Pâques et des autres grands jours;,
toutes choses dont nous trouvons la preuve positive dans
toute l'antiquité, on conviendra qu'il eût été, d'un côté,
déraisonnable, de l'autre , matériellement impossible de
surcharger la mémoire des évêques et des prêtres d'un
aussi grand nombre de prières, ou allocutions. Les saints
Docteurs dont s'appuie le P. Lebrun ont parlé de la Tra-
dition par opposition à l'Écriture sainte, et non pour dire
que les Liturgies n'étaient pas écrites. Voici, entre autres,
ce que disait saint Basile : « Nous ne nous contentons pas
« des choses qui sont rapportées par l'Apôtre, ou dans
« l'Evangile (au sujet de l'Eucharistie); il est d'autres
« choses que nous récitons avant et après (la consécration),
« comme ayant une grande importance dans le mystère,
« et que nous avons reçues d'une tradition non écrite (i).»
I PARTIE
CHAPITRE VI
Explication
de quelques
passages
des Pères
qui semblent
favoriser
cette opinion.
(i) Non enim his contenti sumus, quae commémorât Apostolus, aut
Evangelium; verum alia quoque et ante et post (consecrationem) dicimus,
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Les écrits
de
saint Grégoire
de Nazianze,
de saint Cyrille
de Jérusalem,
de saint Hilaire
démontrent
que les Liturgies
ont été fixées
par
l'écriture
avant
le y^ siècle.
Travaux
des Pontifes
romains
sur la Liturgie,
l36 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
Il est évident que le saint évêque entend ici parler d'une
source distincte des Ecritures saintes, et qu'il dit que de
cette source ont émané, par tradition, les formules du
canon de la messe. Nous l'accordons volontiers ; nous ne
disons pas autre chose; mais il ne suit pas de là que ces
traditions ne reposassent pas sur une écriture faite de
main d'homme et gardée dans l'archive de l'Église. Ne
savons-nous pas par le témoignage des Grecs, et notam-
ment par celui de saint Grégoire de Nazianze (i), que saint
Basile lui-même avait composé une Liturgie ? Ne l'avait-il
donc pas écrite, et même longtemps avant la fin du qua-
trième siècle? Ne trouve-t-on pas, dans les Catéchèses de
saint Cyrille de Jérusalem, composées vers l'an 847, une
très-grande partie de la Liturgie observée dans le baptême
et dans la sacrée Synaxe? Pourtant, ces Catéchèses étaient
destinées à servir à l'initiation des élus du christianisme.
Saint Hilaire, en même temps, dans les Gaules, ne com-
posa-t-il pas, au rapport de saint Jérôme, son contempo-
rain, un Livre des Mystères? C'est ainsi que, dans les
matières de l'érudition, aussi bien que dans celles qui sont
purement abstraites, on doit se garder avec vigilance des
envahissements de l'esprit de système dans lequel il est
toujours si facile de tomber. Sans doute, c'est un point
fort important à établir dans l'étude de l'antiquité, que ce
secret universel qui, durant tant de siècles, a couvert la
majesté de nos m3^stères, mais il importe aussi de faire
voir que les formes principales du culte chrétien datent
d'une origine antérieure à la paix extérieure de l'Eglise.
Lors donc que les Papes du cinquième siècle portèrent
leur attention sur les améliorations à introduire dans la
Liturgie de l'Eglise de Rome, nul doute que cette Eglise
ne possédât déjà un corps de formules liturgiques ap-
tanquam multum habentia momenti ad mysterium, quae ex traditione non
scripta accepimus. (S. Basil., de Spiritu Saticto, cap. xxvii.)
(i) Orat. XX. In Basilii laudetn.
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ iSy
proprié aux nécesssités présentes du culte divin. Le pre-
mier de cette époque, que nous trouvons indiqué au Liber
pontificalis comme ayant fait des règlements sur Toffice
divin, est saint Gélestin, qui siégea en 422. « Il établit, dit
« cette chronique , que les cent cinquante psaumes de
« David seraient chantés avant le sacrifice, avec antienne,
« et par tout le monde : ce qui n'avait pas lieu aupara-
« vant; car on récitait s^eulement FEpître du bienheureux
« apôtre Paul et le saint Evangile, après quoi la messe
« avait lieu. Il établit pareillement qu'on chanterait à la
« messe, après roffice,'le Graduel ^ c'est-à-dire le Répons
« qui se dit sur les degrés (i). » Ce psaume avec antienne,
que Ton chantait avant la messe, est ce que nous nommons
Introït; le Graduel a conservé le nom sous lequel la
chronique le désigne ; c'est un répons , parce qu'il se
chantait, comme autrefois tous les répons, avec les répéti-
tions encore en usage aujourd'hui pour les répons brefs
de l'office et l'alléluia de la messe. Ainsi la messe s'enri-
chissait d'une introduction solennelle; elle ne débutait plus
déjà par les lectures des Épîtres et de FÉvangile, comme
au temps de saint Justin.
Dix ans après saint Gélestin , saint Léon le Grand
monta sur la Ghaire de saint Pierre. Il perfectionna aussi
la Liturgie ; la chronique nous apprend qu'il ajouta à la
sixième oraison du canon, ces mots : Sanctum sacrificiiim^
immactilatàm hostiam (2). Le souvenir conservé de cette
légère addition montre quelle vénération religieuse envi-
ronnait cette auguste prière, jusque-là que l'histoire ait
enregistré comme un événement l'acte d'un Pontife ro-
I PARTIE
CAAPITRE VI
Saint Gélestin
établit
les chants
de V Introït
et
du Graduel.
Saint Léon
le Grand
ajoute quelques
mots
au canon
de la messe.
(i) Gonstituit, ut psalmi David GL ante sacrificium psâTlerentur anti-
phonatim ex omnibus : quod ante non fiebat, nisi tantum epistola beati
Pauli Apostoli recitabatur, et sanctum Evangelium, et sic missae fiebant.
Et constituit Gradale post officium ad missas cantari, id est, responso-
rium in gradibus. {Liber pontif., in Gœlestinum).
(2) Liber pontif., in S. Leonem.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
l38 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
main qui ajoute quatre paroles à cette même formule
qu'ailleurs nous avons vu saint Justin désigner sous le
nom de Prière prolixe.
Au siècle dernier, exi lyôS, Joseph Bianchini, prêtre de
rOratoire, neveu de Tillustre prélat François Bianchini,
Sacramentaire tira de la bibliothèque du chapitre de Vérone, un ma-
à saint Léon, nuscrit mutilé portant ce titre : Codex Sacramentorum
vêtus Romance Ecclesiœ a S. Leone Papa confectus. Le
savant éditeur donnait ce fragment comme ayant fait
partie d'un Sacramentaire Léonien^ et, comme il arrive
' d'ordinaire , les érudits se divisèrent sur la question de
l'authenticité de l'ouvrage. Certains Français tirèrent une
conclusion pratique de leur sentiment pour l'affirmative,
ainsi que nous le dirons dans la suite de cette histoire.
Nous déduirons ailleurs nos raisons de ne pas admettre
saint Léon comme l'auteur de ce prétendu Sacramentaire.
Nous citerons toutefois ici Honorius d'Autun, qui atteste
que ce grand Pontife avait composé des Préfaces (i), et
nous accorderons volontiers, avec le B. Tommasi (2) et le
P. Quesnel (3), que le style de saint Léon se rencontre
souvent dans les Oraisons et Préfaces du Sacramentaire
Gélasien. Nos difficultés ne portent que sur le manuscrit
même publié par J. Bianchini.
A la fin du cinquième siècle^ siégea saint Gélase, sur
lequel le Liber pontificalis rapporte qu'il composa des
Préfaces des Mystères et des Oraisons d'un style châtié (4).
Cette précieuse indication fait allusion à la publication du
Sacramentaire appelé Gélasien, que ce Pontife composa,
partie des formules dressées par ses prédécesseurs, partie
de celles qu'il y ajouta dans un style véritablement liturgique.
Saint Gélase
rédige le
Sacramentaire
qui porte
son nom.
(i) Hic (Léo) et praefationes composuit. [Gemma animce, cap. xlix.)
(2) Prœfatio ad Sacramentar. Gelasian. Opp., tom. IV.
(3) S. Leonis Opp., tom. I, ad sermonem XCVI.
(4) Fecit etiam sacramentorum praefationes et orationes cauto sermone.
[Liber pont if ., in. Gelasium)
AUTEURS LITURGISTES DES V^ ET VI® SIECLES 189
Ce Sacramentaire demeura en usage dans PEglise de
Rome jusqu'au temps de saint Grégoire, qui, d'après le
témoignage de Jean Diacre, en fit Tobjet de nombreuses
améliorations. Nous donnerons une idée du Sacramen^
taire Gélasien^ dans la partie de cet ouvrage qui sera
consacrée à Ténumération et à la critique des livres litur-
giques.
Le nom de saint Gélase est encore attaché à ce fameux
décret du concile romain tenu en 494, par lequel est fixé
le canon des Ecritures saintes, en même temps qu'on y
donne le catalogue des livres apocryphes. Le concile statue
qu'on ne lira point dans l'Église de Rome les Actes des
martyrs, au moins ceux dont les auteurs seraient inconnus
ou suspects, dans la crainte que certaines personnes n'en
prennent occasion de scandale ou de mépris (i). Nous
reviendrons sur ce règlement et sur ses applications, à
diverses époques, dans la Liturgie des offices divins ; et
nous montrerons que son esprit a toujours été fidèlement
gardé dans l'Eglise romaine.
Nous ne parlerons point ici des travaux de saint Grégoire
le Grand sur la Liturgie romaine, bien que ce grand
Pontife appartienne plutôt au sixième siècle qu'au septième,
étant monté sur le Saint-Siège en 690, et décédé en 604.
A raison de leur importance dans l'histoire générale et
particulière de la Liturgie, nous leur consacrerons le
chapitre suivant.
Donnons maintenant une idée des travaux entrepris, du-
rant les cinquième et sixième siècles, par les saints docteurs
et autres écrivains ecclésiastiques, sous le point de vue
qui nous occupe.
Vers 401, Sévérien, éveque de Gabales, en Syrie, et ami
de saint Jean Chrysostome, écrivit Du Baptême et de la
solennité de V Epiphanie un traité qui a péri.
I PARTIE
CHAPITRE VI
Décret
de saint Gélase
sur le canon
des Ecritures
saintes
et les Livres
apocryphes.
Catalogue
des auteurs
liturgistes
des
ve et vi® siècles.
Sévérien, évêque
de Gabales.
(i) F/^. la Note D.
140 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS (407). Théodorc, évêoue de Mopsueste, en Cilicie,
LITURGIQUES j, U J ' 1 J
homme d une orthodoxie plus que suspecte, donna une
nouvelle liturgie que Léonce de Byzance dit avoir été
Théodore, remplie, non de prières, mais de blasphèmes. Celle que
évêque 111/
de Mopsueste. nous trouvons SOUS le nom de Théodore, dans la collection
des Liturgies orientales publiées par Renaudot, ne présente
rien qui justifie les reproches de Léonce de Byzance.
Saint Maruthas, (^08). Saint Maruthas, évêque de Tagrite, en Mésopo-
de Tagrite. tamie, a laissé en langue syriaque une Anaphore qui se
trouve dans le Missel des Maronites.
S}rnésius, (410). Synésius, évêque de Ptolémaïde et d'abord philo-
eveqiie \ 1 / j ' 1. r
de Ptolémaïde. sophe, après son retour à des croyances plus positives,
composa des hymnes d'une grande beauté, qui nous restent
encore au nombre de dix. Nous doutons qu'elles aient
jamais été en usage dans la Liturgie.
^^cT^nT^^"' (410). Saint Paulin, sénateur et consul romain, ensuite
évêque de Noie, composa, au rapport de Gennadius, un
Sacrainentaire et un Hymnaire , que nous n'avons plus.
Dans ses intéressantes lettres, et dans ses poèmes si élégants,
il donne beaucoup de détails précieux pour le tableau de
la Liturgie du quatrième et du cinquième siècle. Nous
recommandonsparticulièrement auxamateurs de l'architec-
ture chrétienne primitive la XXX IP épître, ad Seperum,
V et les poèmes XXVI et XXVII, dans lesquels il fait la
description de l'église qu'il faisait bâtir à Noie, en l'honneur
de saint Félix: mais qui, aujourd'hui, s'intéressera à l'archi-
tecture chrétienne des quatrième et cinquième siècles ?
Saint Cyrille, (412). Saint Cyrille, d'Alexandrie, est auteur d'une ylw^^
ne. pjjQy^Q ç.^ l'honneur de saint* Marc, évangéliste, rapportée
par Assemani dans sa grande compilation liturgique.
Séduiius. (412). Sédulius, prêtre et poëte chrétien, a composé des ^
hymnes dont l'Église se sert encore aujourd'hui dans les
fêtes de Noël (A solis or tus cardine) et de l'Epiphanie
(HostisHerodes impie), lesquelles sont toutes deux extraites
d'un grand acrostiche composé de vingt-trois strophes, dont ■
DES CINQUIÈME ET SIXIEME SIECLES I4I
chacune commence par une des lettres de Talphabet. L'in-
troït : Salve, Sancta Parens, et Fantienne : Genuit puer-
pera regem^ sont Tun et l'autre tirés des poésies deSedulius.
(420). Jean Cassien, dans ses Institutions monastiques,
donne des détails intéressants sur la forme des offices divins
telle qu'elle était suivie dans les monastères d'Orient ; ces
usages sont un mélange des rites pratiqués dans la psalmo-
die des Églises de ces contrées, avec des observances
particulières fixées par les Pères des déserts d'Orient.
(426). Saint Loup, évêque de Troyes, et saint Euphrone,
évêque d'Autun, ont laissé une lettre précieuse à Talatius,
évêque d'Angers, dans laquelle ils répondent d'une manière
très-intéressante aux questions qu'il leur avait adressées
touchant la célébration de l'office divin, dans les vigiles de
Pâques, de Noël et de l'Epiphanie.
(428). L'hérésiarque Nestorius composa aussi une
Liturgie. On la trouve dans la collection de Renaudot.
(434). Saint Proclus, patriarche de Gonstantinople, a
laissé un opuscule très-court, intitulé : De Traditionibus
Missœ divinœ. Nous l'avons cité plus haut.
(440). Salvien, prêtre de Marseille, d'après le témoi-
gnage de Gennadius, composa, en grand nombre, des
Homélies des Mystères, Homilias Sacramentorum : ce
que D. Mabillon explique dans le sens de Sermons sur la
Liturgie, ou encore d'Oraisons même et de Préfaces
destinées à être récitées dans le sacrifice.
(445). Philoxène, autrement appelé Xenaias, évêque
d'Hiérapolis, disciple de Pierre le Foulon, et l'un des
plus fougueux apôtres du monophysisme, est auteur d'une
Liturgie syriaque, dont le texte se trouve dans la collection
de Renaudot.
(446). Narsès, surnommé Garbana, ou le Lépreux, parti-
san zélé de l'hérésie nestorienne, composa à Nisibe, dit
le savant P. Zaccaria, une Liturgie, une Exposition des
Mystères et un livre des Rites du Baptême,
I PARTIE
CHAPITRE VI
Jean Cassien.
Saint Loup,
évêque
de Troyes,
et
Saint Euphrone,
évêque
d'Autun.
Nestorius.
Saint Proclus,
de
Gonstantinople.
Salvien.
Philoxène,
évêque
d'Hiérapolis.
Narsès Garbana.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
142 AUTEURS LITURGISTES
(450). Isaac, surnommé le Grand, prêtre d'Antioche, est
auteur des deux hymnes qui font partie de Toffice de la
^^%rêtre^^ ' Semaine sainte, dans la Liturgie syriaque des Maronites.
d'Antioche. (458). MusSÊUs, prêtre de Marseille, est un des principaux
Musœus, prêtre rédacteurs de la Liturgie gallicane. Ce fut lui qui, à la
de Marseille. 00 n ?
prière de saint Venerius son évêque, comme le rapporte
Gennade, fît des extraits des saintes Écritures pour fournir
aux Leçons de, toutt Tannée; il en tira pareillement des
- Répons, et des Antiennes propres au temps, afin que les
lecteurs ne fussent pas embarrassés à chercher les passages,
et que le peuple prît plus de goût à la célébration des
solennités. Plus tard, à la demande de saint Eustase,
successeur de Venerius, il composa un Sacramentaire
d^une grande beauté et d^un volume considérable.
Voconius, (460). Voconius, OU Buconius, Africain, èvêque de
de Casfeiranum. Castellanum en Mauritanie, rédigea, dit le même Gennade,
un excellent livre Sacramentaire.
(462). Claudien Mamert, prêtre de Vienne, et frère de
saint Mamert, évêque de la même Eglise, mit en ordre
un recueil de psaumes et de leçons à Tusage de FEglise de
Vienne, et composa des hymnes. On lui attribue celle de
la Passion : Pange^ lingiia, gloriosi prœlium certaminis.
(472). Théoctiste, compagnon de saint Euthymius,
archimandrite de Palestine, a laissé, dit Zaccaria, une
série de cantiques sacrés en l'honneur des saints de tout le
mois d'avril.
(472). Saint Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont,
au rapport de saint Grégoire de Tours, est auteur de plu-
sieurs messes de la Liturgie gallicane.
(484). Saint Sabbas, cet illustre abbé de la Grande
Laure de Palestine, a écrit, pour Tusage de son monastère,
un' Typique ou Ordre pour la récitation de l'Office
ecclésiastique pendant Vannée, divisé en cinquante-neuf
chapitres. Ce livre, qui fut bientôt en usage dans tous les
monastères soumis à Févêque de Jérusalem, s'étant trouvé
Claudien
Mamert.
Théoctiste,
moine
de Palestine.
Saint Sidoine
Apollinaire.
Saint Sabbas
et son
Typique.
DES CINQUIÈME ET SIXIEME SIECLES 148
corrompu par Finjure du temps, fut restitué par saint i partie
^ ^ ' . ^ ^ *■ CHAPITRE VI
Jean Damascène.
(5oi). Saint Gésaire, évêque d'Arles, se montra grande- Saint Césaire,
ment zélé pour le culte divin. Il compila le premier Homi- d'Arles.
liaire que Ton connaisse. C'était un recueil de sermons
des saints Pères, destinés à être lus à matines. Il donna
une Règle aux moines, dans laquelle on trouve des parti-
cularités intéressantes sur la forme des Heures canoniales
en ce siècle.
(5 10). Siméon, évêque de Betharsam, hérétique mono- Siméon, évêque
physite, est auteur d'une Liturgie, que Ton a confondue Betharsam.
quelquefois avec celle de Philoxène, comme celle de
Philoxène avec la sienne. On peut voir sur cette question
le P. Zaccaria, qui expose les avis des savants, sans tirer
aucune conclusion qui lui soit propre.
(5 II). Saint Ennodius, évêque de Pavîe, a laissé deux Saint Ennodius,
, , . . . . . , évêque
Bénédictions du Cierge pascal^ qui sont différentes de de Pavie.
celles en usage dans les Eglises romaine, ambroisienne i
et gallicane ; une prière avant la messe pour Fusage d'un
évêque; enfin, onze hymnes qui ne paraissent pas jusqu'ici
avoir été en usage dans aucune Église.
(614). Jean, dit Bar-Aphtonius, abbé du monastère de Jean
C U' V U V ^1. Bar-Aphtonius.
Seleucie, hérétique monophysite, composa des hymnes
syriaques sur la Nativité de Jésus-Christ.
(5 18). Sévère, d'abord évêque d'Antioche, puis chassé de
ce siège pour sa doctrine monophysite, rédigea un livre litur-
gique qui existe encoreentre les mains des sectaires jacobites,
sous ce titre : Rites du Baptême et de la sacrée Synaxe.
(519). Jacques, évêque de Sarug, prélat dont l'ortho-
doxie a été victorieusement établie par Assemani, composa
entre autres prières liturgiques une Anaphore<\m se trouve
dans les Liturgies syriaque et éthiopienne; il est aussi
l'auteur d'un Ordre pour le saint Baptême^ inséré dans le
Rituel des Maronites.
(620). Elpis, femme de Boëce, illustre aussi par sa foi femme Se Boëce.
144 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS ct soii goût pouT les lettres, est auteur de deux hymnes en
' rhonneur de saint Pierre et de saint Paul, desquelles
rÉglise romaine a extrait plusieurs versets qu'elle chante
dans les différentes fêtes de ces deux saints Apôtres ; Tune
commence ainsi : Aurea luce et décore roseo^ et Tautre
par ces paroles : Félix per omnes festum mundi cardines.
Cette dernière est aussi attribuée à saint Paulin d'Aquilée,
et peut-être avec plus de certitude.
Saint siméon (527). Saint Siméon Stylite, le jeune, composa une de
^ ' ^ ' ces hymnes que PEglise grecque appelle Tropariiim^ en
rhonneur de saint Démétrius, martyr, et quelques oraisons
au Christ et à la Mère de Dieu.
Saint Nicétius, (527). Saint Nicétius , évêque de Trêves, a laissé un
évêque ..... . *
de Trêves, traité de Vigiliîs servorum Dei, et un autre de Bono
psalmodiœ.
Saint Benoît, (528). Saint Benoît, patriarche des moines d'Occident,
n?i tri fi 'pph f* y-w-»
des moines 'à donné, dans son admirable Règle, le plan de rOmce
CCI ent. monastique, tel qu^il a toujours été gardé par ses nom-
breux disciples, depuis le sixième siècle jusqu'aujourd'hui.
Thomas (53o). Thomas d'Edesse, nestorien, et Marabas (536),
d'Edesse ^ ' , . ,' '. . , ' ,.
et Marabas. SOU disciple , Ont travaille sur la Liturgie de 1 Eglise
syrienne.
. ^Jacques, (541). Jacques, évêque d'Edesse, qui a laissé son nom à
la secte des monophysites, qui sont en effet connus dans
rOrient sous le nom de Jacobites^ est l'auteur d'une
Anaphore qui se trouve dans la collection de Renaudot.
Maximien, (546). Maximieu, archevêque de Ravenne, mit dans un
d^^RaTe^nne. meilleur ordre les livres de cette Église, et y fit plusieurs
corrections.
SaintAuréiien, (54?). Saint Aurélien, évêque d'Arles, est auteur d'une
.évêque d'Arles. ^.7^' , . ' , ^ ' ...
Kegle pour les moines et d une autre pour les religieuses '^
à l'exemple de son illustre prédécesseur, saint Césaire, il
a inséré beaucoup de particularités intéressantes sur la|
forme des offices divins.
évêque^dePad^^^ (^^^)' ^^^"^"^ Germain, évêque de Paris, semble etn
I PARTIE
CHAPITRE VI
eveque
de Poitiers
et ses
hymnes.
DES CINQUIÈME ET SIXIEME SIECLES. l^b
Fauteur d'une exposition de la Messe gallicane , que
D. Martène a insérée dans son ouvrage De antiquis Ec^
cl est ce ritibiis.
(56o). Saint Venantius Fortunatus , évêque de Poitiers, Saint Venantius
^ ' ^ ^ ^ ^ Fortunatus,
parmi ses nombreuses poésies, a composé plusieurs
hymnes en usage encore aujourd'hui dans l'Eglise, savoir:
l'hymne en l'honneur de la sainte Croix, Vexilla Régis
prodeunt ; celle à la louange du saint Chrême, O Re-
demptor, sume carmen temet concinentiiim ; auxquelles il
faut ajouter d'après VHymnaïre du B. Tommasi, les sui-
vantes : Range, lingua^ gloriosi prœlium certaminis^
déjà attribuée à Mamert Claudien ; celles en l'honneur de
la sainte Vierge, Quem terra, pontus^ œthera^ et O glo-
riosa domina; une pour les fêtes de Noël, Agnoscat
omne seculurn; enfin le cantique solennel du jour de
Pâques, Salve , f esta dies, toto venerabilis œvo. On ne
doit pas oublier non plus l'hymne du même Fortunat en
l'honneur de saint Denis , laquelle commence par ces pa-
roles : Fortem jîdelem militem , et dans laquelle il rend
témoignage à la mission donnée à ce saint Apôtre par le
pape saint Clément.
(570). Ananus Adiabène, maître de l'école d'Édesse,
• écrivit de Causa solemnitatis Ho\annarum , et de Causa
feriœ sextœ Auri^ c'est-à-dire du vendredi dans l'octave de
la Pentecôte, jour auquel on lit le passage des Actes des
Apôtres, dans lequel saint Pierre dit : Argentum et aurum
non habeo. De plus, un traité des Supplications publiques^
et un autre de Vlnventioii de la sainte Croix.
(572). Chilpéric, roi de Soissons, fils de Clotaire P%
est, de tous les princes français, le premier qui se soit oc-
cupé de Liturgie. // composa^ dit saint Grégoire de Tours,
des Hymnes et des Messes; 7nais elles ne sont d'aucun
usage et ne pourraient l'être. Charlemagne et Robert
furent plus heureux. Du reste, nous n'avons plus ces
opuscules de Chilpéric.
Ananus
Adiabène.
Chilpéric
roi des Francs.
T. I
10
1^6 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS (ôyS). Saiiit Grégoire, évêque de Tours, historien des
- ^^"^"^^^^"^^ ■ pj-ancs , et l'un des premiers hagiographies de son siècle, a
composé une antienne en l'honneur des saints Médard et
Saint Grégoire, Gildard, évêques et frères. On lui a attribué aussi une
de Tou?s. prose de saint Martin, qui est plutôt une préface, ou con-
testation, suivant le terme de la Liturgie gallicane. Elle
commence par ces paroles : Sacerdotem Chrisii Martiniim.
Jésuiab, (58o). Jésuiab, patriarche des nestoriens, est auteur de
des nâoHens. vingt-deux questions De Sacramentis Ecclesiœ.
Joseph, (58o). Joseph, hérétique de la même secte, a écrit un
nesfone'if. grand nombre de traités, entre lesquels Zaccaria cite celui
intitulé : De Causis celebriorum festivitatnm.
Jean le Jeûneur, (582). Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople,
patriarche ^^^ auteur d'un Livre Pénitentiel et d'un traité de la
Constantinople. ^^^^j^^^-^^^ ^^ ^^ /^ Pénitence, publiés l'un et l'autre par le
P. Morin, dans son grand ouvrage De Pœnitentia. Saint
Isidore nous apprend qu'il écrivit aussi un Uvre du Sacre-
ment de Baptême, adressé à saint Léandre, évêque de
Séville.
Licinien, (584). Liciuien ou Lucinien, évêque de Carthagène, en
decSXgène. Espagne, écrivit une Épitre, citée par saint Isidore, sur le^
Sacrement de Baptême.
Saint Léandre, (585). Saint Léandre, évêque de Séville, écrivit aussi un
de Sévuîe. Épître du Baptême; mais, en outre, il eut une très-grande
part à la correction et au perfectionnement de l'Office
gothique ou mozarabe. Il composa, en effet, au rapport
de saint Isidore, son frère, des Oraisons nombreuses, tant
pour être récitées avec les psaumes, que pour être lues
dans la célébration des saints mystères. Nous parlerons
ailleurs et longuement de la Liturgie mozarabe.
Babaeus (589). Bab^us le Grand, d'abord moine du mont Izla,
pltriarch^ près de Nisibe, plus tard élevé sur le siège patriarcal de
des Chaidéens. ^^ nation, écrivit, suivant Zaccaria, de Causa Ho^annaru77î,
de Causa festi Crucis, et un autre livre dans lequel il
dispose, suivant le cercle de Vannée, les Triomphes de la
DES CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES. 147
sainte Vierge Marie et de saint Jean, ainsi que ceux des
autres solennités et commémorations. Dans la Liturgie
chaldéenne, on donne le nom de Triomphes à ce que
nous appelons JFfymnes dans celles d'Occident.
(590). Saint Colomban , Irlandais , célèbre abbé de
Luxeuil et de Bobbio, est auteur d'une Règle fameuse que
nous avons encore, et dans laquelle il institue, pour les
moines , une forme d'office divin différente de celle établie
par saint Benoît. On sait, d'ailleurs, que cette Règle ne
tarda pas à disparaître , vaincue par la supériorité de celle
du patriarche des moines d'Occident. Gomme saint Co-
lomban avait été moine dans le célèbre monastère de
Benchor, en Irlande, nous parlerons ici d'un précieux
monument de la Liturgie de ce monastère , publié par
Muratori, dans le quatrième tome de ses Anecdota Bi~
bliothecœ Ambrosianœ. C'est un Antiphonaire que le
docte éditeur conjecture avoir été transcrit vers l'an 636.
On y trouve, entre autres choses curieuses, une hymne en
l'honneur de saint Patrice, apôtre d'Irlande, dans laquelle
sont rapportés la plupart des faits que racontent les lé-
gendaires sur cet illustre personnage : par quoi sont réfutés
invinciblement certains critiques qui ont avancé que l'exis-
tence de saint Patrice n'était rien moins que prouvée, et
que ses actes étaient, pour le fond comme pour la forme,
un roman forgé par quelque moine du douzième ou du
treizième siècle.
(595). Saint Isidore, successeur de son frère saint
Léandre sur le siège de Séville, et le plus docte des Pères
de l'Eglise gothique espagnole, ce qui a porté l'Église
romaine à lui conférer la qualité de Docteur de l'Église^
a traité des matières liturgiques dans plusieurs de ses
écrits, notamment dans son livre des Origines. Mais, par
ses deux excellents livres, de Divinis seu Ecclesiasticis
Officiis^ il s'est placé avec honneur à la tête des écrivains
liturgiques dont la lecture est indispensable à ceux qui
I PARTIE
CHAPITRE VI
Saint
Colomban.
L'Antiphonaire
de Benchor
publié
par Muratori.
Saint Isidore,
évêque
de Séville
et docteur
de l'Église.
Ses livres
de
Divinis Officiis,
LITURGIQUES
148 AUTEURS LITURGdSTES
INSTITUTIONS veulciit faire une étude approfondie de cette science. Nous
placerons ici les titres des chapitres de cet important traité,
pour donner au lecteur une idée des richesses qu'il
contient.
Au livre premier : i. De Ecclesia et vocabulo Chris-
tianorum. 2. De Templis. 3. De Chorus. 4. De Canticis.
5. De Psalmis, 6. De Hymnis. 7. De Antiphonis. 8. De
Responsoriis. 9. DePrecibus. 10. De Lectionihis. 11. De
Libris Testamentorum. 12. De Scriptoribiis sacrormn
Lîbrorum. i?>. De Laudibus. 14. De Offertoriis. ib. De
Missa et orationibus. 16. De Sjmbolo Nicœno, 17. De
Benedictionibiis in populo, 18. De Sacrijîcio. 19. De
Tertiœ, Sextœ.et Nonœhorœ ojîciis, 20. De Vespertinis.
21. De Completis. 22. De Vigiliis. 23. De Matutinis.
24. De Dominica die. 25. De Natali Domini. 26. De
Epiphania. 27. De Palmarum die. 28. DeCœna Domini.
29. DeParasceve. 3o. De SabbatoPaschœ. 3i. DePascha.
2>2. De Ascensione Domini. ?>?>. De Pentecoste. 34. De
Festivitatibus Martjrum. 35. De Encœniis. 36. De
Jejiinio Qiiadragesimœ. Z-j. De Jejunio Pentecostes.
38. De Jejunio septimi mensis. 39. De Jejunio Kalen-
darum Nopembrium. 40. De Jejunio Kalendarum
Januariarum. 41. De Triduani jejunii consuetudine,
42. De diversorum dierum ac temporum Jejuniis.
43. De vario usu Ecclesiarum. 44. De Carnium esu vel
piscium.
Au livre second : i. De Clericis. 2. De regulis Cleri-
corum. 3. De generibus Clericorum. 4. De Tonsura\
5. De Sacerdotibus. 6. De Chorepiscopis. 7. De Près-
byter-is. 8. De Diaconibus. 9. De Custodibus sacrormn,
10. De Subdiaconibus. 11. De Lectoribus. 12. De Psal-
mistis. i3. De Exorcistis. 14. De Ostiariis. i5. De Mo-
Tîachis. 16. De Pœnitentibus. 17. De Virginibus. iS. Di
Viduis. 19. De Conjugatis. 20. De Catechumenis, Exor-
cismo et Sale. 21. De Competentibus. 22. De Sjmbolo,
DES CINQUIÈME ET SIXIEME SIECLES. I49
22). De régula Fidei. 24. De Baptismo. 25. DeChrismate. i partie
26. De Manus impositione, vel Corifirmatione.
Cet ouvrage si précieux a été placé, par Hittorp, à la
tête de sa collection liturgique, dans laquelle on peut aller
le consulter ; à moins qu'on ne préfère, ce qui vaut beau-
coup mieux, le lire dans les œuvres du saint Docteur, sur-
tout dans l'excellente édition d'Arevalo (i).
Saint Isidore est auteur des deux hymnes de sainte
Agathe, que l'on trouve dans l'office de cette Sainte, au
Bréviaire riiozarabe : Adesto, plebs Jîdissima y et Festum
insigne prodiit coruscum.
(599). Eutrope, évêque de Valence, adressa à Licinien, Eutrope, évêque
/A 1 /-. 1 V 1 • 1 T) • j de Valence.
eveque de Larthagene, une lettre au sujet de 1 onction du
chrême faite aux enfants après le baptême; mais cette
pièce ne se trouve plus.
Ici se termine la bibliothèque des principaux auteurs
liturgistes des cinquième et sixième siècles. On a dû voir
qu'elle se divise d'elle-même en deux classes : l'une de
ceux qui ont dressé ou corrigé les formules de la Liturgie,
l'autre de ceux qui ont traité, sous le point de vue didac-
tique, des particularités et des raisons des mystères et de
l'office divin.
Si nous passons maintenant aux conclusions qui Conclusions,
ressortent des faits énoncés dans le présent chapitre, nous
trouvons :
Que l'unité, qui est Télément essentiel du christianisme,
a tendu de bonne heure à se réfléchir, non-seulement dans
les formes essentielles de la Liturgie, desquelles elles n'a
jamais été absente, mais même dans celles de ces formes
qui n'ont trait qu'à la convenance et à la simple solennité
du culte divin ;
Que les pasteurs des Eglises, dans leurs conciles, dès
les cinquième et sixième siècles, ne se sont pas contentés
(i; Rome, i8o5, 7 vol. in-40.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
l5o DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
de reconnaître cette tendance, mais qu'ils ont fait des lois
pour l'ériger en droit précis ;
Que les pasteurs des Eglises, dans leurs conciles, ont
motivé leurs décrets en faveur de l'unité liturgique, sur la
nécessité de faire ressortir aux yeux des peuples l'unité de
foi, et de prévenir le scandale que causait déjà la diversité
des usages admis dans la célébration des offices divins ;
Que les Pontifes romains , en rappelant les évêques de
l'Occident à l'observance des usages et traditions du Siège
apostolique, et réclamant, dans la matière des rites sacrés
un droit spécial sur les églises de l'Italie, des Gaules, de
l'Espagne, de l'Afrique, de la Sicile et des îles adjacentes
à l'Italie, posèrent dès lors la base du droit que nous leur
verrons développer plus tard;
Qu'en outre, les mêmes Pontifes ne négligèrent aucune
occasion de montrer l'union intime de la Foi et de la
Liturgie, en sorte qu'ils proclamèrent dès lors leur grande
maxime : Legem credefidi statuât lex supplicandi ; maxime
dont nous ne cesserons de voir l'application dans toute la
suite de cette histoire ;
Qu'en même temps que l'Église, à cette époque de paix,
travaillait à établir l'unité liturgique, elle était occupée en
liturgies date ^^^g lieux à perfectionner les formes du culte divin ; en
sorte que la rédaction définitive des diverses Liturgies,
principalement en Occident, date des cinquième et sixième
siècles, savoir : la romaine, par saint Gélase et saint
Grégoire le Grand ; la gallicane, par Salvien, Musasus,
Sidoine Apollinaire, etc. ; l'africaine, par Voconius ; la
gothique, par saint Léandre et saint Isidore; la monastique
par saint Benoît, saint Césaire, saint Aurélien, saint
Colomban ;
Que, dans ce siècle aussi, les hérétiques, principalement
ceux d'Orient, se montrèrent empressés de souiller de leurs
erreurs et de leurs innovations la Liturgie, et cela, par le
même principe qui portait les conciles et les Pontifes
La rédaction
définitive
des diverses
liturgies date
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ i5i
romains à proclamer la Liturgie, la forme la plus sacrée i partie
. . . CHAPITRE VI
et la plus populaire de ladoctrine. A voir le grand nombre
d'hérétiques, dans l'époque que nous traitons, qui ont
dressé de ces formules sacrées qui ont traversé les siècles
et sont demeurées un si solide rempart de leurs erreurs,
on comprend plus que jamais quelle arme redoutable
contre l'orthodoxie tombe aux mains des novateurs, toutes
les fois que, dans une nation chrétienne, le pouvoir litur-
gique n'est pas lui-même le pouvoir souverain et infaillible
dans l'Eglise;
Que la Liturgie est donc, comme toutes les grandes
choses de ce monde, l'arbre de la science du bien et du
mal, puisque, dans ce chapitre qui nous a donné lieu
d'énumérer les noms de plusieurs des plus vénérables
docteurs de l'Eglise, nous n'avons pu nous empêcher d'y
joindre une ignoble liste sur laquelle figurent Théodore
de Mopsueste, Nestorius, Philoxène, Sévère d'Antioche,
Jacques d'Edesse, etc.
l52 DE LA LITURGIE AUX CINQUIEME ET SIXIEME SIECLES
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
NOTES DU CHAPITRE VI
NOTE A
Praeter has autem beatissimae et apostolicae Sedis inviolabiles sanctiones,
quibus nos piissimi patres, pestiferae novitatis elatione dejecta, et bonae
voluntatis exordia, et incrementa probabilium studiorum, et in eis usque
in finem perseverantiam ad Christi gratiam referre docuerunt; obsecra-
tionum quoque sacerdotalium sacramenta respiciamus, quae ab Apostolis
tradita in toto mundo atque in omni Ecclesia catholica uniformiter cele-
brantur; ut legem credendi, lex statuât supplicandi. Cum enim sanctarum
plebium praesuJes mandata sibimet legatione fungantur, apud divinam
clementiam humani generis agunt causam, et tota secum Ecclesia conge-
miscente, postulant et precantur, ut infidelibus donetur fides, ut idololatrœ
ab impietatis suae liberentur erroribus, ut Judaeis ablato cordis velamine
lux veritatis appareat, ut hœretici catholicœ fidei perceptione resipiscant,
ut schismatici spiritum redivivae caritatis accipiant, ut lapsis pœniten-
tiae remédia conferantur, ut denique catechumenis ad regenerationis
sacramenta perductis cœlestis misericordiae aula reseretur. (S. Cœlestini
Epist. XXI, apud D. Coustant.)
Exsere contra orationes Ecclesiae disputationes tuas, et quando audis
sacerdotem Dei ad altare exhortantem populum Dei orare pro incredulis,
ut eos convertat ad fidem, et pro catechumenis , ut eis desiderium rege-
nerationis inspiret, et pro fidelibus, ut in eo quod esse cœperunt, ejus
munere persévèrent, subsanna pias voces. (S. Augustini Epist. CCXVII,
ad Vitalem.)
NOTE B
Post rectae fidei confessionem, quae in sancta Dei Ecclesia praedicatur,
placuit ut omnes sacerdotes, qui catholicae fidei unitate complectimur
nihil ultra diversum, aut dissonum in ecclesiasticis sacramentis agamus,
ne quaelibet nostra diversitas apud ignotos seu carnales schismaticis
errorem videatur ostendere, et multis existât in scandalum varietas
ecclesiarum. Unus igitur ordo orandi atque psallendi nobis per omnem
Hispaniam atque Galliam conservetur, unus modus in Missarum solem-
nitatibus, unus in vespertinis matutinisque ofïiciis, nec diversa sit ultra
in nobis ecclesiastica consuetudo; quia in una fide continemur et regno;
hoc enim et antiqui canones decreverunt, ut unaquaeque provincia et
psallendi et ministrandi parem consuetudinem teneat. (Conc. Toletan. IV,
can. Il, Labb., tom. V.)
NOTE G
Si instituta ecclesiastica, ut sunt a beatis Apostolis tradita, intégra vel-
Icnt servare Domini sacerdotes, nuUa diversitas, nulla varietas in ipsis
PREMIÈRES TENTATIVES POUR ETABLIR l'uNITÉ i53
ordinibus et consecrationibus haberetur. Sed dum unusquisque non quod j partie ^
traditum est, sed quod sibi visum fuerit, hoc eestimat esse tenendum, inde chapitre vi
diversa in diversis locis vel ecclesiis aut teneri, aut celebrari videnturj ac
fit scandalum populis, qui dum nesciunt traditiones antiquas humana
praesumptione corruptas, putent sibi aut ecclesias non convenire, aut ab
Apostolis vel apostolicis viris contrarielatem inductam. Quis enim nesciat
aut non advertat, id quod a principe Apostolorum Petro Romanae eccle-
sias traditum est, ac nunc usque custoditur, ab omnibus debere servari;
nec superduci aut introduci aliquid, quod auctoritatem non habeat, aut
aliunde accipere videatur exemplum ? Prassertim cum sit manifestum, in
omnem Italiam, Gallias, Hispanias, Africam atque Siciliam, et insulas
interjacentes, nuUum instituisse ecclesias, nisi eos quos venerabilis apos-
tolus Petrus aut ejus successores constituerint sacerdotes. Aut legant, si
in his provinciis alius Apostolorum invenitur, aut legitur docuisse. Qui
si non legunt, quia nusquam inveniunt, oportet eos hoc sequi, quod eccle-
sia Romana custodit, a qua eos principium accepisse non dubium est; ne
dum peregrinis assertionibus student, caput institutionum videantur
omittere. Saepe dilectionem tuam ad Urbem venisse, ac nobiscum in eccle-
sia convenisse non dubium est, et quem morem vel in consecrandis mys-
teriis, vel in ceteris agendis arcanis teneat, cognovisse. Quod sufficere ad
informationem ecclesiœ tuae, vel reformationem, si prascessores tui minus
aliquid aut aliter tenuerunt, satis certum haberemus, nisi de aliquibus
consulendos nos esse duxisses. Quibus idcirco respondemus, non quod
te aliqua ignorare credamus, sed ut majori auctoritate vel tuos instituas,
vel si qui a Romanae ecclesiae institutionibus errant, aut commoneas,
aut indicare non différas, ut scire valeamus qui sint, qui aut novitates
înducunt, aut alterius ecclesiae, quam Romanae, existimant consuetu-
dinem esse servandam. (S. Innocenta I ad Decentium Eugub., apud
D. Coustant.)
NOTE D.
Item gesta sanctorum martyrum, qui multiplicibus tormentorum cru-
ciatibus, et mirabilibus confessionum triumphis illustrantur. Quis ista
esse catholicorum dubitet, et majora eos in agonibus esse perpessos
nec suis viribus, sed gratia Dei et adjutorio universa tolérasse 'i
Sed ideo secundum antiquam consuetudinem et singularem cautelam
in sancta Romana ecclesia non leguntur, quia et eorum qui conscripsere
nomina penitus ignorantur; et ab infidelibus aut idiotis superflua,
aut minus apta quam rei ordo fuerit, scripta esse putantur; sicut cu-
jusdam Cyrici et Julittae, sicut Georgii, aliorumque hujusmodi passio-
nes, quae ab haereticis perhibentur compositae. Propter quod, ut dictum
est, ne vel levis subsannandi oriretur occasio, in sancta Romana eccle-
sia non leguntur. Nos tamen cum prœdicta ecclesia omnes martyres,
et gloriosos agones, qui Deo magis quam hominibus noti sunt, omni
devotione veneramur. [Gelasii Papœ décret., in conc.Rom., apud Labb.,
pag. 1203.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE VII
TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND SUR LA LITURGIE
ROMAINE. — PROGRÈS DE CETTE LITURGIE DANS l'oCCIDENT.
— AUTEURS LITURGISTES DES VII^ ET VIII® SIECLES.
Avènement ^^ ^^ ^^ sixième siècle vit monter sur le Siège aposto-
du pape lique un homme dont le pontificat de treize ans et six mois
saint Grégoire ^ ^
le Grand expira l'an 604, mais laissa pour tous les siècles suivants
qui prépare ^ ^ . -^ ,
l'extension la renommée d'une gloire qui a pu être égalée, mais n'a
de la Liturgie . .,, 'o-i-'-ii- jj^ir
romaine jamais etc surpassee. Saint Grégoire le Grand, dont 1 un-
ie patriarcat mense correspondance nous retrace si vivement la sollicitude
d'Occident. ^^,-j ^^erçait sur toutes les Églises, dont les écrits si
remplis de gravité et d'onction justifient, par la plus pure
et la plus excellente doctrine, le titre de quatrième Docteur
que l'Église lui a assigné, saint Grégoire le Grand porta ses
soins éclairés sur la Liturgie de l'Eglise de Rome, et par
les perfectionnements qu'il y introduisit, prépara d'une
manière sûre, pour un temps plus ou moins éloigné, son
introduction dans toutes les provinces de l'immense
patriarcat d'Occident.
Nécessité Nous avons rapporté, au chapitre précédent, les travaux
d'une réforme , . ^ ,, . , • /-^ m ,
de la de saint Gelestin et de saint Gelase durant ce cinquième
romai^ne. siècle, qui fut, dans toute l'Église, un moment brillant
pour la Liturgie, puisqu'on vit alors les plus grands évêques
donner tous leurs soins à la perfectionner. Vers la fin du
sixième siècle, il était devenu nécessaire de compléter et
d'améliorer l'œuvre des siècles précédents; car la Liturgie,
comme le Symbole de l'Église, comme le recueil de sa
TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND l55
Discipline, doit s'enrichir par le cours des siècles, bien i partie
^ . CHAPITRE VU
qu'-elle ne puisse changer d'une manière fondamentale. Ce •
progrès dirigé par l'autorité compétente, en même temps
qu'il satisfait à de nouveaux besoins, n'expose jamais
l'intégrité des rites ecclésiastiques et n'amène point de
variations choquantes dans les formules saintes que les
siècles ont consacrées.
Ce fut donc dès les premières années de son pontificat Saint Grégoire
. . . donne
que saint Grégoire entreprit la réforme de la Liturgie une nouvelle
. o 1 • • T "r-v • 1 • / lorme hu
romaine, bon historien, Jean Diacre, nous a laisse sur ce Sacramentaire,
sujet les détails les plus intéressants ; ils nous sont confirmés son nom
non-seulement par le témoignage de tous les auteurs qui Grégorien.
l'ont suivi, mais même par l'autorité de plusieurs person-
nages qui ont vécu avant lui, tels que Walafride Strabon,
saint Adrien P% et Ecbert, qui occupa le siège d'York -
en 732. Or, voici les paroles de Jean Diacre, au chapitre xvii
du second livre de la vie de notre saint pontife :
« Il réduisit en un seul volume le livre du pape Gélase,
« qui contenait la solennité des messes, retranchant beau-
ce coup de choses, en retouchant quelques-unes, et en
« ajoutant plusieurs autres (i). »
Walafrid Strabon, qui mourut en 849, vingt-huit ans
avant le Pontificat de Jean VIII, par l'ordre duquel Jean
Diacre écrivit la vie de saint Grégoire, s'exprime ainsi dans
son traité De Rébus ecclesiasticis : « Gélase, le cinquante-
ce unième Pape, mit en ordre les prières, tant celles qu'il
« avait composées que celles que d'autres avaient rédigées
« avant lui ; les Eglises des Gaules se servirent de ses
« oraisons, et elles y sont encore employées par plusieurs.
« Mais comme beaucoup de ces formules semblaient appar-
« tenir à des auteurs incertains, ou ne présentaient pas
(i) Sed et Gelasianum codicem de missarum solemniis, multa subtra-
hens, pauca convertens, nonnulla vero adjiciens, pro exponendis Evange-
licis lectionibus, in unius libri volumine coarctavit. (Joann. Diac. Vita
S. Gregorii, lib. II, cap. xvii.)
l56 TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND
INSTITUTIONS « uR sciis claif et complet, le bienheureux Grégoire prit
LITURGIQUES . . , . O r
■ « soin de réunir tout ce qui était conforme à la pureté
« originale du texte, et ayant retranché les choses trop
« longues, et celles qui avaient été rédigées sans goût, il
« composa le livre qui est appelé des Sacrements. Que
« si on y trouve encore plusieurs choses qui s'écartent du
« but que nous venons de marquer, elles n'ont point
« été insérées par ce Pape, mais on doit croire qu'elles
« ont plus tard été ajoutées par d'autres personnes moins
« soigneuses (i). »
A l'occasion Telle est l'origine du Sacramentaire grégorien qui, joint
des ^Lombards à l' Antiphonaire dont nous parlerons bientôt, forme encore
saint^Grégo^ire aujourd'hui, à quelques modifications près, le Missel ro-
^^°%^aroïes^"^^ main dont l'Eglise d'Occident tout entière se sert, sauf
au canon jgg exceptions de fait ou de droit.
de la Messe. ^
L'historiographe de saint Grégoire nous apprend encore
d'accord avec le Liber pontificalis ^ que ce saint pontife
ajouta quelques paroles au canon delà messe. Remarquons
ici, pour la seconde fois, que l'addition d'une seule ligne -
au canon de la messe était un événement qui intéressait :
tout l'Occident et que les siècles à venir ne pouvaient plus ^
ignorer. Voici les paroles de Jean Diacre : « Il ajouta ;
« au canon de la messe : Diesque nostros in tua pace
disponas, atqiie ah œterna damnatione nos eripi^ et in
electorum tuorum jubeas grege numerari (2). » Cette
(i) Nam et Gelasius Papa, in ordine LI, ita tam a se quain ab aliis com-
positas preces, dicitur ordinasse. Et Galliarum Ecclesiae suis orationibus
utebantur, quae adhuc à multis habentur. Et quia tam incertis auctoribus
multa videbantur inserta, et sensus integritatem non habentia, curavit
beatus Gregorius rationabilia quaeque coadunare, et seclusis his, quae vel
nimia vel inconcinna videbantur, composuit librum qui dicitur Sacra-
mentorum, sicut ex titulo ejus manifestissime declaratur : in quo si aliqua
inveniuntur ad hune sensum claudicantia, non ab illo inserta, sed ab aliis
minus diligentibus postea credenda sunt superaddita. (Walafrid. Strabo.
de Rébus Ecclesiast., cap. xxii.)
(2) In canone missae apposuit : Diesque nostros, etc. (Joan. Diac, Vit.
S. Gregorii M., lib. II, cap. xvii.)
SUR LA LITURGIE ROMAINE iSy
addition qui exprime une demande de paix, paraît se i partie
rapporter à l'année 694, durant laquelle Âgilulphe, roi
des Lombards, vint mettre le siège devant Rome; ce qui
plongea dans la plus vive terreur cette ville, qui se trouvait
en ce moment privée de garnison. Inquiet du salut de son
troupeau, saint Grégoire suspendit les travaux qu^il faisait
alors sur le prophète Ezéchiel, et ses instantes prières,
jointes à sa vigilance et au courage des Romains, procu-
rèrent la délivrance de la ville, après un an de siège (i).
Saint Grégoire ne se borna pas à rectifier les formules n règle
, , . , . , les cérémonies
de la Liturgie et à les compléter; il s attacha aussi à donner extérieures
, , . j , , . . , et organisé
aux cérémonies du culte une pompe extérieure qui les ren- les stations.
dit plus efficaces encore pour l'instruction et l'édification
du peuple. Il régla, dans un ordre qui s'est conservé
jusqu'aujourd'hui presque dans son entier, les jours et les
lieux des Stations (2). « Il ordonna avec soin, continue
« Jean Diacre, les Stations dans les basiliques, ou dans les
« cimetières des saints martyrs, en la manière que garde
« encore aujourd'hui le peuple romain, comme si Grégoire
« vivait toujours. Dans ces Stations, auxquelles il prenait
« part lui-même, il prononça, en diverses époques, devant
« rassemblée des fidèles, vingt homélies sur l'Évangile ; il
« dicta seulement les vingt suivantes, et les fit déclamer
« par d'autres, à cause des langueurs de sa poitrine fatiguée.
« L'armée du Seigneur, composée d'une foule innombrable
« de fidèles de tout sexe, de tout âge et de toute condition,
« avide de la parole de doctrine, accompagnait, dans
« ces Stations, les pas du Pontife, qui, comme le
« chef d'une milice céleste, donnait à chacun des armes
« spirituelles (3). »
(i) Ciacconi, Vitdd Pont. Rom., tom. I, pag. 404.
(2) Nous donnerons ailleurs la désignation de ces Stations, ainsi que le
détail de ce qu'on y observait.
(3) Stationes per basilicas, vel sanctorum martyrum Cœmeteria secun-
dum quod hactenus plebs Romana quasi eo vivente certatim discurrit
INSTITUTIONS
DITURGLQUES
Sollicitude
de
saint Grégoire
pour
le culte
des SS. Apôtres
Pierre et Paul.
Les
Ordres romains
et le
Sacramentaire
grégorien
donnent
la forme de la
Messe papale
aux jours
àtï> Stations.
Réclamations
contre
les réformes
de
saint Grégoire.
l58 TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND
« Il régla les Messes solennelles que l'on célébrerait sur
« les corps des bienheureux Apôtres Pierre et Paul. Il fit
« l'acquisition d'un grand nombre de plants d'oliviers
« dont il grava le dénombrement sur des tables de marbre
ce placées aux portes de la basilique (i), et les affecta au
« luminaire qu'il augmenta, et à l'entretien duquel il
« pourvut avec soin (2). »
On peut voir dans les divers exemplaires du Sacra-
mentaif^e grégorien, qui ont été publiés sur des manuscrits
plus ou moins purs, et dans les anciens Ordres romaùts^
dont les deux premiers sont très-certainement contempo-
rains de saint Grégoire, la forme de la Messe papale, telle
qu'elle était célébrée aux jours des Stations. Fleury lui-
même n'apas cru devoir se dispenser d'en raconter plusieurs
détails dans son Histoire ecclésiastique. Nous réservons
ce récit, ainsi que la description de la Messe papale
telle qu'elle se célèbre aujourd'hui, pour la partie de notre
travail qui traitera à fond du sacrifice chrétien et de ses
mystères.
Les modifications que saint Grégoire avait introduites
dans la Liturgie n'avaient pas manqué, ainsi qu'il arrive
sollicitus ordinavit : per quas et ipse simul discurrens, dum adhuc elo-
qui praevaleretjviginti homilias Evangelii coram Ecclesia diverso tempore
declamavit : reliquas vero ejusdem numeri dictavitquidem, sed lacessente
stomacho languore continuo, aliis pronunciandas commisit. Sequebatur
exercitus Domini ultra citraque Gregorium praeeuntem, et auditurae ver-
bum doctrinae innumerabiles undique diversi sexus, astatis ac professionis
voluntariae confluebant cohortes : quibus ille, utpoteductor cœlestis militias,
cunctis duntaxat arma spiritalia suggerebat. (Joan. Diac, ibid., cap. xvin
et xix.)
(i) Ces tables existent encore parfaitement conservées, sous le portique
de la basilique actuelle de Saint-Pierre.
(2) Super corpora beatorum Pétri et Pauli apostolorum, missarum
solemnia celebrari decrevit, acquisitis numerosissimis olivetis, quorum
summam in tabulis marmoreis, prae foribus ejusdem basilicae annotavit,
luminaria superaddidit, officia sedula deputavit. (Joan. Diac, ibid.,
cap. XX.)
I PARTIE
CHAPITRE VII
SUR LA LITURGIE ROMAINE 169
toujours dans les mesures générales d'administration
d'exciter les réclamations de plusieurs. Le saint Pape, en
effet, en statuant plusieurs règlements sur la forme du
service divin dans l'Eglise de Rome, avait astreint par là
même à l'observation de ces ordonnances, les Églises de
l'Italie et des îles adjacentes qui sont, comme on doit savoir,
du domaine primatial de l'Église romaine, de même que
l'Occident, en son entier, forme sa circonscription patriar-
cale. Jean Diacre nous a conservé un important fragment
d'une lettre de saint Grégoire adressée à Jean, évêque de
Syracuse, et dans laquelle le saint Pape répond aux clameurs
qui s'étaient élevées en Sicile. Nous reproduirons ici cette
pièce, en y joignant nos observations.
« Un homme venant de Sicile m'a dit que quelques-uns , Réponse
^ ^ ^ du saint Pape
« de ses amis, grecs ou latins, sous prétexte de zèle envers dans sa lettre
. . à Jean, évêque
« l'Eglise romame, murmuraient contre mes règlements, de Syracuse.
« disant : Comment prétend-ïl abaisser T Eglise de Cons-
« tantinople, lui qui en suit les coutumes en toutes choses?
« Comme je lui disais : Quelles coutumes suivons-nous? il
« m'a répondu : Vous ave^fait dire Alléluia, aux messes^
« hors le temps pascal ; vous faites marcher les sous-dia-
« cres sans tuniques; vous faites dire Kyrie, eleison ; vous
« avei ordonné de dire l'Oraison dominicale aussitôt après
« le canon. A cela j'ai répondu que dans aucune de ces
i« choses nous n'avons suivi les usages d'une autre Église.
Y Car pour ce qui est de V Alléluia^ la tradition nous apprend
« qu'il a été introduit ici par le bienheureux Jérôme, au
« temps du papeDamase, de sainte mémoire, à l'imitation
f« de l'Église de Jérusalem ; et encore faut-il remarquer
« que, dans ce Siège, nous avons retranché plutôt quelque
« chose à ce que l'on avait ainsi reçu des Grecs (i). Si je
i« fais marcher les sous-diacres sans tuniques, c'est l'ancienne
(i) On sait que les Grecs chantent Alléluia pendartt le Carême, et même
laux sépultures.
l6o TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND
INSTITUTIONS c( coutume de l'Eglise; seulement, dans la suite des temps,
LITURGIQUES . , , ■ , , .^ .
« il avait plu a queiqu un de nos pontifes, je ne sais
« lequel, de les revêtir ainsi. Mais vos propres Églises
« (de Sicile), ont-elles donc reçu la tradition des Grecs ?
« Aujourd'hui encore, chez vous, d'où vient que les sous-
« diacres paraissent couverts d'une simple tunique de lin,
« si ce n'est parce qu'ils ont reçu cet usage de l'Église
« romaine leur mère ?
Différence « D'aiUeurs^ nous ne disons pas Kyrie^ eleison à la
de Rome « manière des Grecs. Chez eux, tous le disent ensemble ;
Consfantfnopie ^^ chez nous, il n'y a que les clercs^ et le peuple répond;
^^"^ dV^^'^^ ^^ ^^ ^^ plus, nous disons autant de fois Christe, eleison,
Kyrie eleison. ^^ q^^ j^g Grecs ne disent jamais. Dans les messes
« quotidiennes, nous passons sous silence certaines choses
« que l'on a coutume de dire aux autres jours, et nous
« disons seulement Kyrie^ eleison et Christe, eleison, en
c< les chantant avec un peu plus de lenteur. Nous disons
a l'Oraison dominicale aussitôt après le canon , parce que
« telle a été la coutume des Apôtres qui, en consacrant
-« l'hostie de l'oblation, se contentaient de cette prière (i).
« Il nous eût paru inconvenant de réciter sur l'oblation
« une prière rédigée par un savant, et d'omettre de réciter
« sur le corps et le sang du Rédempteur celle qu'il a lui-
c( même composée. De plus, l'Oraison dominicale chez les
« Grecs est dite par tout le peuple, tandis que, chez nous,
« c'est le prêtre seul qui la récite.
« En quoi donc avons -nous suivi les coutumes des
« Grecs, nous qui n'avons fait que rétablir nos anciens
« usages, ou en introduire d'utiles, quand bien même on
(i) On doit savoir que le mot consacrer, appliqué à l'Eucharistie, dans
la langue des Pères, a un tout autre sens que dans le langage de la théo-
logie actuelle. Il signifie certain usage qu'on fait de l'hostie sainte in.
ordine ad communionem. C'est ainsi que saint Ambroise, en son livre De
Officiis ministrorum, fait dire au diacre saint Laurent, que le pape saint
Sixte lui a confié la « Consécration du Sang du Seigneur, y> Dominici Sanguinis
consecrationem.
SUR LA LITURGIE ROMAINE
l6l
« prouverait qu'en cela nous avons imité les autres ?
« Quand donc Votre Charité aura occasion d'aller à
« Catane, ou à Syracuse, qu'elle ait soin d'instruire sur
« ces différents points tous ceux qu'elle sait avoir mur-
« muré à ce sujet; qu'elle s'y prenne à propos pour leur
« faire entendre ces raisons. Quant à ce qu'ils disent de
« l'Église de Constantinople, qui doute qu'elle ne soit
« sujette du Siège apostolique, ainsi que le très -pieux
« Empereur et notre frère l'évêque de cette ville , le pro-
« fessent assidûment? Néanmoins, si cette Église, ou
« toute autre, a quelque chose de bon, de même que je ré-
« prime mes inférieurs, lorsqu'ils font des choses illicites,
« de même je suis prêt à les imiter dans ce qu'ils ont de
« bon. Ce serait folie de mettre la primauté à dédaigner
« d'apprendre ce qui est le meilleur (i). »
On voit, dans cette curieuse lettre, l'exercice de la su-
prématie romaine dans les choses de la Liturgie. Le
Pontife rétablit des usages tombés en désuétude ; il en
institue d'autres qui lui paraissent utiles; il choisit dans
les rites des Eglises soumises à celle de Rome, ceux qu'il
lui semble à propos d'adopter; il professe le droit souve-
rain qu'il a reçu de réprimer les abus, jusque sur le Siège
de Constantinople; enfin, il proclame en même temps la
disposition si sage et si souvent mise en pratique par le
Saint-Siège, d^imiter ce qui se rencontre de meilleur dans
les usages des diverses Églises. Nous verrons constamment
les Papes, dans tous les siècles, suivre cette ligne si sage-
ment et si fortement tracée.
Le zèle infatigable de saint Grégoire ne se borna pas à
lui faire entreprendre la réforme des prières et des céré-
monies de la Liturgie; il entreprit aussi la correction du
chant ecclésiastique, dont la mélodie majestueuse devait
ajouter une nouvelle splendeur au service divin. Nous
I PARTIE
CHAPITRE YH
Cette lettre
est un
monument
de la
sollicitude
et de la
sagesse
apostolicjue
des Pontifes
romains
par rapport
à la
Liturgie.
Saint Grégoire
entreprend
la correction
du chant
ecclésiastique.
(i) Vid. la Note A.
T. I
II
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Caractère
du chant
grégorien,
qui conserve
les dernières
traditions
de la musique
des Grecs.
162 TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND
avons vu, au chapitre précédent, le pape saint Célestin
instituant le chant des antiennes et des répons, connus
sous le nom d'Introït et de Graduel, et l'on ne saurait
douter que ces morceaux ne fussent composés à l'instar
des autres pièces du même genre que nous voyons dès
lors en usage, soit dans la psalmodie des heures, soit
dans la célébration de la messe. Il y avait aussi, comme
nous l'avons vu , des préfaces et autres récits qui ne
pouvaient être chantés sans un système de musique
quelconque. Nous n'avons point à nous occuper, en cet
endroit, du caractère du chant ecclésiastique; nous
devons seulement rappeler en passant au lecteur que
tous les hommes doctes qui ont traité des origines de la
musique ont reconnu dans le chant ecclésiastique ou gré-
gorien, les rares et précieux débris de cette antique musi-
que des Grecs dont on raconte tant de merveilles. En effet,
cette musique d'un caractère grandiose et en même temps
simple et populaire, s'était naturalisée à Rome de bonne
heure. L'Église chrétienne s'appropria sans trop d'efforts
cette source intarissable de mélodies graves et religieuses;
seulement, le respect dû aux formules saintes, souvent
tirées des Écritures, qu'il fallait réduire en chant, ne per-
mettant pas de les soumettre à une mesure qui en eût sou-
vent altéré la simplicité et quelquefois même le sens, le
chant de l'Église, quoique puisé dans les modes antiques,^
n'avait pour thème que des morceaux en prose et d'un
rhythme vague et souvent irrégulier. On voyait que les
Pontifes avaient cherché plutôt à instruire les fidèles par la
doctrine contenue dans les paroles sacrées, qu'à ravir leurs
oreilles par la richesse d'une harmonie trop complète.
Toutefois, les besoins du culte avaient donné naissance,
dans l'Église de Rome, à un grand nombre de pièces de
chant, toutes en prose pour les paroles; car, à la différence
de celle de Milan et de presque toutes les autres, elle n'ad^
mettait pas d'hymnes. Les motifs de la plupart de ces
SUR LA LITURGIE ROMAINE l63
chants étaient inspirés par la réminiscence de certains airs i partie
r '^' 1, , . . , , .„ , CHAPITRE VII
familiers et dune exécution aisee, qu une oreille exercée — •■
reconnaît encore dans le répertoire grégorien , et qu'il
serait facile de rétablir dans leur couleur première.
Ce recueil de chants appelait aussi une correction, et L'Antiphonaire
srésoncn
Dieu , qui avait donné à saint Grégoire cette diction noble
et cadencée qui lui permit de retoucher le Sacramentaire
de saint Gélase, lui avait donné pareillement le sens de la
musique ecclésiastique, à laquelle il devait même attacher
son nom. « Grégoire, dit son historien, semblable dans la
« maison du Seigneur à un nouveau Salomon, pour la
« componction et la douceur de sa musique, compila un
« Antiphonaire , en manière de centon , avec une grande
« utilité pour les chantres (i). » Ces expressions compilavit^
centonem , font voir que saint Grégoire ne peut être con-
sidéré comme l'auteur proprement dit des morceaux qui
composent son Antiphonaire; en sorte qu'il en est du
chant ecclésiastique comme de toutes les grandes institu-
tions du catholicisme : la première fois qu'on les rencontre
dans les monuments de la tradition , elles apparaissent
comme un fait déjà existant, et leur origine se perd dans
une antiquité impénétrable. Mais il est permis de croire
que saint Grégoire ne se borna pas à recueillir des mélo-
dies : il dut non-seulement corriger, mais composer lui-
même plusieurs chants dans son Antiphonaire, par un
travail analogue à celui qu'il avait accompli sur le Sacra-
mentaire. Ce ne peut être qu'en qualité de correcteur
éclairé et même de compositeur, que Jean Diacre le loue
sur l'onction et la douceur de sa musique. Il nous serait
impossible de préciser aujourd'hui avec certitude dans le
détail, les morceaux de l'Antiphonaire grégorien qui ap-
partiennent proprement au grand Pontife dont nous par-
(i) Deinde in domum Domini, more sapientissimi Salomonis propter
musicae compunctionem dulcedinis, Antiphonarium centonem cantorurri
studiosissimus nimis utiliter compilavit. (Joan. Diac, ibid,, cap. vi.)
164 TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND
INSTITUTIONS loHS ; iHais telle était encore, au moyen âge, la reconnais-
LiTURGiQUEs ^^^^^ ^^^ Églîses d'Occldent envers le Symphoniaste inspiré
auquel elles devaient leurs chants, que le premier dimanche
Chants de l'Avent, on chantait solennellement les vers qui sui-
vies É^?ises' vent, avant d'entonner l'Introït de la messe Ad te levavi,
téliPoigna'ent comme unesorte de tribut obligé à la mémoire d'un ser-
^^ Teuf ^^' vice si important :
''^^^envirr''''^ Gregorius Praesul meritis et nomine dignus,
saint Grégoire. Unde genus ducit, summum conscendit honorem :
Quem vitae splendore, suae mentisque sagaci
Ingenio potius compsit, quam comptus ab illo est.
Ipse Patrum monimenta sequens, renovavit et auxit
Carmina, in Officiis retinet quae circulus anni :
Quœ clerus dulci Domino modulamine solvat,
• Mystica dum vitae supplex libamina tractât.
Suaviter heec proprias servat dulcedo nitelas;
Si quod voce sonat, fido mens pectore gestet.
Nec clamor tantum Domini sublimis ad aures,
Quantum voce humilis placido de corde propinquat.
Hœc juvenum sectetur amor, maturior aevo,
Laudibus his instans, aeternas tendat ad Horas.
Ces vers si expressifs se trouvent, avec quelques variantes, j
en tête des divers exemplaires de l' Antiphonaire de saint
Grégoire, qui ont été publiés sur des manuscrits des neu- j
vième, dixième et onzième siècles, par PameUus, Dom |
Denys de Sainte-Marthe et le B. Tommasi.
L'Antiphonaire L' Antiphonaire de saint Grégoire se divisait en deux
de la messe, parties, l'une qui contenait les chants usités dans la messeJ
appelé r •■ ^ n ^ r^ j i m
aujourd'hui p^ ^^ j ^st connue depuis longtemps sous le nom de Graduel; i
Graduel, ^ ^ . , t^ -7 4. "
et celui l'autre appelée, dans l'antiquité, ResponsoriaL ^ et conte-
de l'office divin, ^^ ^ , . i n r/z i 11^ r.
appelé dans naut les répous et les antiennes de lotlice, laquelle a
R^pomortal. retenu le nom d' Antiphonaire. Le manuscrit de Saint-Gall,
l'un des deux sur lesquels le B. Tommasi a publié le
Prologue Responsorial, porte, en tête, les vers suivants à la louange
en vers , . z-^ / •
à la louange de saint Grégoire :
de saint Grégoire
en tête Hoc quoque Gregorius, Patres de more secutus,
du Responsomal instauravit opus; auxit et in melius.
de Samt-Gall. ^ ' . , ,
His vigili Clerus mentem conamme subdat
SUR LA LITURGIE ROMAINE l65
Ordinibus, pascens hoc sua corda favo. i partie
Quem pia sollicitis solertia nisibus, omni chapitre vu
Scripturae campo legit et explicuit.
Carmina diversas sunt haec celebranda per horas,
Sollicitam rectis mentem adhibete sonis.
Discite verborum légales pergere calles,
Dulciaque egregiis jungite dicta Modis.
Verborum ne cura sonos, ne cura sonorum
Verborum normas nullificare queat.
Quicquid honore Dei studiis celebratur honestis,
Hoc summis jungit mitia corda Choris.
Pour assurer l'exécution parfaite des chants qu'il avait , ^^ole
^ ^ _ ^ de chantres
recueillis et renouvelés avec tant de soin, saint Grégoire établie et dotée
établit une école de chantres qui, au temps de Jean Diacre, saint Grégoire.
existait encore. Le saint Pape l'avait richement dotée et
lui avait assigné deux maisons dans Rome, l'une sous les
degrés de la basilique de Saint-Pierre, l'autre dans le
voisinage du palais patriarcal de Latran. « On conserve
« encore, dans cette dernière, ajoute l'historien, le lit sur
« lequel il se reposait en faisant répéter les modulations
« du chant, le fouet dont il menaçait les enfants et l'exem-
« plaire authentique de l'Antiphonaire (i). » Le Collège
des chantres établi par saint Grégoire a traversé les siècles
et après avoir subi diverses modifications et obtenu de
grands privilèges du Siège apostolique, il existe encore
aujourd'hui à Rome; il fait seul le service du chant à la
chapelle papale et dans les basiliques, quand le souverain
Pontife y célèbre les saints mystères. Conformément aux
usages de l'antiquité, lorsque les chantres de la chapelle
papale tiennent le chœur, l'orgue et les instruments de
musique sont interdits. Quant au chant grégorien, pro-
(i) Scholam quoque cantorum, quae hactenus eisdem institutionibus in
sancta Romana ecclesia modulatur, constituit : eique cum nonnullis prae-
diis duo habitacula, scilicet alterum sub gradibus basilicee beati Pétri
Apostoli, alterum vero sub Lateranensis patriarchii domibus fabricavit :
ubi usque hodie lectus ejus, in quo recubans modulabatur, et flagellum
ipsius, quo pueris minabatur, veneratione congrua cum authentico Anti-
phonario reservatur. (Joan. Diac, ibidem.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Saint Grégoire
permet
à saint Augustin
d'emprunter
certains usages
aux Églises
des Gaules
pour
les appliquer
à l'Angleterre
qu'il
évangélisait.
l66 PROGRES DE LA LITURGIE ROMAINE
prement dit, nous aurons occasion de parler en divers
endroits de ses destinées et des changements et altérations
dont il a été l'objet.
Nous avons vu, par la lettre de saint Grégoire à Jean
de Syracuse, l'importance que mettait ce saint Pape à voir
adopter la Liturgie romaine, telle qu'il l'avait réformée,
par les Églises qui étaient du ressort immédiat du Siège
apostolique. Mais le temps n'était pas venu encore où les
Pontifes romains en décréteraient l'extension aux autres
Églises de l'Occident. La volonté positive de saint Grégoire
à ce sujet paraîtévidemment dans un passage de sa réponse
aux difficultés que lui avait proposées le saint moine
Augustin, apôtre de l'Angleterre. Ce dernier l'ayant con-
sulté au sujet des usages qu'il était à propos de suivre,
dans la célébration de l'office divin, et se plaignant
du peu d'accord qu'il y avait entre les rites de l'Eglise
romaine et ceux des Églises des Gaules, saint Grégoire lui
répond : « Votre fraternité connaît la coutume de l'Eglise
« romaine dans laquelle elle a été élevée ; mais je suis
« d'avis que si vous trouvez, soit dans la sainte Eglise
« romaine, soit dans celles des Gaules, soit dans toute
« autre Église, quelque chose qui puisse être plus
« agréable au Dieu tout- puissant, vous le choisissiez avec
« soin, établissant ainsi, par une institution spéciale
« dans l'Église des Anglais qui est encore nouvelle dans la
« foi, les coutumes que vous aurez recueillies de plusieurs
« Églises; car nous ne devons pas aimer les choses a cause
« des lieux, mais les lieux à cause des bonnes choses (i). »
(i) IIL Interrogatio Augustini. Cur, cùm una fides, sunt ecclesiarum
consuetudines tam diversae, et altéra consuetudo missarum est in Romana
ecclesia, atque altéra in Galliarum ecclesiis tenetur ?
Responsio Gregorii Papœ. Novit fraternitas tua Romanae ecclesiae con-
suetudinem, in qua se meminit enutritam, Sed mihi placet ut sive in
sancta Romana, sive in Galliarum, sive in qualibet ecclesia, aliquid inve-
nisti, quod plus omnipotenti Deo possit placere, sollicite eligas, et in An-
glorum ecclesia, quœ adhuc in fide nova est, institutione praecipua quae
DANS l'occident I 67
Nous ensa^eons le lecteur à noter ce passage remar- i partie
w «Il CHAPITRE VII
quable, comme noXis lui avons recommande pareillement
de garder le souvenir d'un fameux texte de saint Cyprien,
au chapitre ïv. La marche de cette histoire nous mettra
à même de constater les applications pratiques qu'on a
prétendu faire de l'un et de l'autre, dans un certain
pays. Ici, nous n'avons qu'une chose à faire : c'est
d'enregistrer le fait et de dire sa valeur à l'époque à laquelle
il s'est passé.
Nous dirons donc qu'il est mis hors de doute, par ledit Fausses
* , . . ^ conclusions
texte, que saint Grégoire ne voulut pas astreindre la nou- qu'on
velle Église d'Angleterre à suivre les usages de l'Église de cette
j .V ^ 1 • • ^ j- ^}^ '^ ^- j ^' condescendance.
romaine, de manière a lui interdire 1 imitation des pratiques
usitées dans les Gaules, ou dans tout autre pays'; nous
ajouterons même, si l'on veut, et à plus forte raison, que
notre grand Pape n'entendit pas davantage abroger les
coutumes saintes et encore existantes de l'antique Église
des Bretons qui n'était pas absolument éteinte par toute
l'Angleterre, à l'époque de la mission de saint Augustin.
Mais nous dirons que cette permission d'adopter ainsi
divers usages, donnée postérieurement par saint Grégoire
à ses missionnaires, ne prouve pas qu'il ne les eût pas
chargés, en partant, des livres liturgiques de l'Église
romaine, pour l'usage de leur nouvelle chrétienté. Il
ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre que
saint Augustin et ses compagnons ne durent pas attendre
pour célébrer les saints mystères et les offices divins d'avoir
formé un prétendu corps de Liturgie, à l'aide de tant de
matériaux hétérogènes. Quand saint Augustin adressait à
saint Grégoire la question à laquelle ce saint Pape fit la
réponse que nous venons de citer, lui permettant de
puiser des usages aux diverses sources approuvées, saint
de multis ecclesiis colligere potuisti infundas. Non enim pro locis res
sed pro bonis rébus loca nobis amanda sunt. (Labb. ConciL, tom, V,
pag. i56*8.)
l68 PROGRÈS DE LA LITURGIE ROMAINE
INSTITUTIONS ' Augustlii SLYsàt déjà organisé sa nouvelle chrétienté,
-^^^^^ baptisé un grand nombre d'infidèles, ordonné des prêtres
et même des évêques; or, suivant quel autre rite que
celui de l'Église romaine, le saint Apôtre avait-il accompli
toutes ces choses ? La légèreté de certains hommes prévenus
a pu seule leur faire ici prendre le change ; ils y ont vu
ce qu'ils y voulaient voir, et non ce qui y était véritable-
ment. En outre, une étude plus patiente des monuments
La Liturgie de l'histoire liturgique de l'Eglise leur eût appris que,
a toujSurs^été soit que les usages dont parle saint Grégoire n'eussent
de iwîeterre. rapport qu'à des détails de peu d'importance, soit que les
évêques d'Angleterre n'aient pas jugé à propos de profiter
de la permission que leur donnait le saint Pape, la Litur-
gie romaine, épurée à sa source, a seule régné dans la
Grande-Bretagne, depuis la prédication de saint Augustin
jusqu'à la Réforme du seizième siècle, qui, il faut l'avouer,
n'a montré nulle part une forte prédilection pour la
Liturgie romaine.
L'archichantre Bède rapporte, en effet, que, vers l'an 676, saint Benoît
saint Pierre Biscop, illustre abbé d'Angleterre, étant allé à Rome,
dans^ia^Gmnde- obtint du pape saint Agathon la permission d'emmener
Bretagne ^^^ dâTis la Grande-Bretagne, Jean, archichantre de
par le pape 07 7
saint Agathon, l'égrlise de Saint-Pierre, pour enseigner en son monastère
a la prière ^ ira
du saint abbé « le rite annuel (cursum anmium) observé dans l'église de
Benoît Biscop, . , . • i 1 / 1
^ pour « Saint- Pierre de Rome. Jean, qui était aussi abbe du
V résler l'ordre
annuel « monastère de Saint-Martin, se conforma à l'ordre du
de Poffice^divin. « pontife ; c'est pourquoi il apprit aux chantres de saint
« Benoît Biscop l'ordre et le rite de chanter et de lire à
« haute voix, et tout ce que requérait la célébration des
« jours de fête, durant tout le cours de l'année; il laissa
« tous ces détails par écrit, et on les garde encore dans le
« même monastère, d'où ils ont été transcrits pour l'usage
« d'un grand nombre d'autres (i). »
(i) Intererat huic synodo, pariterque catholicas fidei décréta firmabat
vir venerabilis Joannes, archicantor ecclesiee sancti Pétri, et abbas monas-
DANS l'occident 169
On doit se rappeler que toutes les cathédrales de l'An-
gleterre étaient desservies par des moines; en] sorte que
les usages liturgiques de ceux-ci étaient pour ainsi dire
ceux de toutes les Eglises de ce royaume. Il faut remarquer
aussi que le service demandé par saint Benoît Biscop et
accordé par l'archichantre Jean, consistait principalement
à rétablir les traditions du chant qui se perdent ordinai-
rement les premières, et que nous ne voyons rien dans
Bède qui marque que, pour la lettre liturgique des offices
divins, on eût jusqu'alors fait aucun changement. Depuis
cette époque, on ne voit aucune trace de l'introduction
des livres romains en Angleterre, et au contraire tous les
monuments postérieurs, sans exception, s'accordent à
nous les montrer en usage.
Nous nous contenterons de citer ici en preuve de ce fait,
le treizième canon du second concile de Cloveshoe, tenu
en 747. Voici ce qu'il porte : « Les saintes et sacrées
I PARTIE
CHAPITRE VII
Canon
du 11^ concile
de Cloveshoe
en 747
ordonnant
solennités de notre Rédemption seront célébrées suivant M^tradfdo^n^^
liturgique
de l'Église
romaine.
« la règle que nous tenons par écrit de l'Eglise romaine,
terii beati Martini, qui nuper venerat a Roma per jussionem papas Aga-
thonis, duce reverendissimo abbate Biscopo, cognomine Benedicto, cujus
supra meminimus. Cum autem idem Benedictus construxit monasterium
Britanniae, in honorem beatissimi Apostolorum principis, juxta ostium
fluminis Vuyri, venit Romam cum cooperatore ac socio ejusdem operis
Ceolfrido, qui post ipsum ejusdem monasterii abbas fuit (quod et ante
sœpius facere consueverat) atque honorifice a beatae mémorise papa Aga-
thone susceptus est; petiitque et accepit ab eo in munimentum libertatis
monasterii quod fecerat, epistolam privilegiis ex auctoritate apostolica
firmatam juxta quod Ecgfridum regem voluisse ac licentiam dédisse no-
verat; quo concedente et possessionem terrae largiente, ipsum monaste-
rium fecerat; accepit et praefatum Joannem abbatem. in Britanniam per-
ducendum, quatenus in monasterio suo cursum canendi annuum, sicut ad
sanctum Petrum Romae agebatur, edoceret. Egitque abbas Joannes, ut jus-
sionem acceperat Pontiiicis, et ordinem videlicet, ritumque canendi ac
legendi viva voce praefati monasterii cantores edocendo, et ea quae totius
anni circulus in celebratione dierum festorum poscebat, etiam litteris
mandando : quae hactenus in eodem monasterio servata, et a multis jam
sunt circumquaque transcripta. (Bed., Hist. eccles., lib. IV, cap. xviii.)
lyo PROGRES DE LA LITURGIE ROMAINE
INSTITUTIONS « daHS tous Ics rites qui les concernent, soit pour l'office
■ ■ « du baptême, soit pour la célébration des messes, soit
« pour la manière du chant. De même, pendant tout le
« cours de l'année, les fêtes des saints seront vénérées à
a jours fixes, suivant le Martyrologe de la même Église
« romaine, avec la psalmodie et le chant convenable (i). »
Toutes II en devait nécessairement arriver ainsi, dans toutes
nouveifement ces Églises que Rome fondait en Occident, depuis celle
par le" Pontifes d'Angleterre, par saint Augustin, jusqu'à celles des diverses
recolverft régions germaniques ou slaves, par saint Boniface, saint
nécessairement Adalbert et tant d'autres, et celles des royaumes du Nord,
la Liturgie ...
cie par saint Anschaire, saint Rembert, etc. Ces Apôtres,
rEglise mère, ^ . , , . . , ^. , .
en vertu moines bénédictins, envoyés par le Siège apostolique, ne
du principe . i» i- i
posé par pouvaient porter avec eux d autres livres que ceux de
saintinnocentler ' . • j ^ -i • ^ i • • tvt
lEglise romaine dont us recevaient leur mission. Nous
avons vu quel droit liturgique, dès l'an 400, saint Inno-
cent P'' faisait découler, pour le Siège apostolique, du
seul fait de la fondation des Églises d'Italie, des Gaules,
d'Espagne et d'Afrique, par saint Pierre et ses successeurs.
Ce principe posé dès lors, et d'ailleurs fondé sur la nature
des choses (la fille devant parler la langue de sa mère),
devait, un jour, développer ses conséquences, et en
attendant qu'il amenât la destruction totale des Liturgies
gallicane et gothique, déjà il obligeait les Pontifes ro-
mains à ne plus souffrir de dissonances dans les nouvelles
Églises qui s'élevaient avec une si admirable rapidité, aux
septième, huitième, neuvième et dixième siècles. L'unité
grandissaittoujours, en proportion de la charité. Notre asser-
(i) Tertio decimo definitur decreto, ut uno eodemque modo dominicae
dispensationis in carne sacrosanctae festivitates, in omnibus ad eas rite
competentibus rébus, id est in baptismi officio, inmissarum celebratione,
in cantilena modo celebrentur, juxta exemplar videlicet quod scriptum de
Romana habemus ecclesia. Itemque ut per gyrum totius anni natalitia
sanctorum uno eodemque die, juxta martyrologium ejusdem Romanae
ecclesiae, cum sua sibi convenienti psalmodia seu cantilena venerentur.
(Concil. Cloveshaviœ //, can. xiii. Labb., tom. VI, pag. lôyy.)
DANS L OCCIDENT I7I
tion qui, du reste, n'a jamais été contestée par personne,
se prouve d'elle-même par la simple inspection des annales
ecclésiastiques des royaumes que nous venons d'énumérer;
à toutes les époques, nous y trouvons l'usage de la Liturgie
romaine, et nul vestige de son introduction postérieure.
En outre, nous voyons d'une manière positive les
Pontifes romains veiller par eux-mêmes à l'exécution de
leurs volontés en cette matière. Vers l'an 720, saint
Grégoire II, dans un capitulaire adressé à l'évêque
Martinien, qu'il envoyait en qualité de légat visiter les
nouvelles chrétientés de la Bavière, lui recommande, entre
autres choses, de s'informer de la canonicité de l'ordi-
nation des prêtres et des diacres, de voir s'ils sont d'une
foi pure, et dans le cas où ils seront trouvés réunir ces
conditions, « de* leur donner pouvoir de sacrifier, de
« servir à l'autel et de psalmodier suivant la forme et
« tradition de la sainte Eglise romaine et du Siège apos-
« tolique (i). » De plus, le Pape ordonne à Martinien de
pourvoir aux besoins des Egliseset de veiller à ce que chaque
prêtre ou ministre « observe les cérémonies solennelles
« des messes, les heures des offices du jour et de la nuit,
« les leçons de l'Ancien et du Nouveau Testament; le
« tout suivant la tradition du Siège apostolique (2). »
I PARTIE
CHAPITRE VII
Saint Grégoire II
ordonne
à Févêque
Martinien,
son légat
en Bavière,
de veiller
au maintien
de la tradition
romaine
pour
Fofnce divin
dans
les Eglises
naissantes
de ce pays.
(i) Ut datis nostris scriptis, ita ut cum duce provinciae deliberetis, qua-
tenus conventus aggregetur sacerdotum, et judicum, atque universorum
gentis ejusdem primariorum, et ex quaesitis sacerdotibus, atque ministris,
quorum canonicam approbaveritis extitisse promotionem, ac rectae fidei
tenere, aut recipere rationem, his sacrificandi, et ministrandi, sive etiam
psallendi ex figura, et traditione sanctae apostolicae, et Romanae sedis
ecclesiae ordine tradetis potestatem. {Capitulare Gregorii II, Labb. Concil.,
tom. VI, pag. 1452.)
(2) Ut loca singularum Ecclesiarum providentes, quomodo unusquisque
sacerdos seu minister, erga ecclesiam debeat conservare, vel qualiter sacra
missarum solemnia, sive cetera diurnarum, atque nocturnarum horarum
officia, sive etiam lectionem sacrorum novi atque Veteris Testamenti ordi-
nabilia praedicamenta studeat observare, secundum traditum apostolicae
Sedis antiquitatis ordinem disponatis. [Ibidem.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Sévère
jugement
du pape
saint Zacnarie
relativement
à certains
usages
liturgiques
particuliers
aux églises
de France.
La vigilance
du Siège
apostolique
n'allait pas
jusqu'à interdire
aux églises
d'Allemagne
quelques
variantes
qui n'altéraient
pas la pureté
des usages
romains.
172 PROGRÈS DE LA LITURGIE ROMAINE
Le graiid Apôtre de TAllemagne, saint Boniface, ayant
consulté le pape saint Zacharie au sujet de certaines béné-
dictions que donnaient les évêques de France et qui ne
se trouvaient point dans l'ordre de la Liturgie romaine,
le Pontife lui répond en ces termes : « Quant aux béné-
« dictions en usage chez les Français, vous savez qu'elles
« sont répréhensibles de diverses manières; car ce n'est
« point d'après la tradition apostolique qu'ils agissent
« ainsi, mais par vaine gloire, se préparant leur propre
« condamnation, puisqu'il est écrit : Sï quelqu'un vous
« évangélise autrement quil na été évangélisé, quil soit
« anathème ! Vous avez reçu la règle de la tradition
« catholique, frère très-chéri ; prêchez-la à tous ; ensei-
« gnez à tout le monde ce que vous avez reçu de la
« sainte Eglise romaine dont Dieu nous a fait le ser-
« viteur (i). »
Cette sévérité du Siège apostolique à l'égard de l'Église
de France, à une époque où elle ne se trouvait souillée
d'aucune erreur, montre le grand désir des Pontifes
romains de voir régner l'unité liturgique et présage la
destruction prochaine de la Liturgie gallicane; mais en
même temps elle fait voir avec quelle sollicitude Rome
veillait à la pureté des usages romains dans les églises
d'Allemagne. Toutefois, cette sollicitude n'empêcha pas
qu'il ne se glissât, comme il arrive toujours, certaines
variantes de peu d'importance dans la Liturgie observée
dans ces vastes contrées. Le docte Gerbert, abbé de Saint-
Biaise, en la Forêt-Noire, a donné un excellent ouvrage
(i) Pro benedictionibus autem quas faciunt Galli, ut nosti, frater, mul-
tis vitiis variantur. Nam non ex apostolica traditione hoc faciunt, sed per
vanam gloriam hoc operantur, sibi ipsis damnationem adhibentes, dum
scriptum est : Si quis vobis evangeli^averit prœter id qiiod evangeliiatum
est, anathema sit. Regulam catholicae traditionis suscepisti, frater aman-
tissime : sic omnibus praedica, omnesque doce, sicut a sancta Romana, cui
Deo auctore deservimus, accepisti ecclesia. {Zachariœ Papœ Epist. XII,
Apiid Labb., tom. VI, pag. i526.)
DANS l'occident lyS
sous le titre de : Liturgia Alemannica, dans lequel i partie
CAAPITRE VII
il décrit en détail la manière dont on gardait dans les
diverses églises de la Germanie la Liturgie romaine.
On voit que les usages particuliers de ce pays ne
dérogeaient en rien à l'unité liturgique qui, du moins,
chez les catholiques , n'a jamais été brisée en Alle-
magne.
Avant de donner la liste des auteurs liturgistes de Le Liber
, , , . , . . . - diurnus
lepoque qui nous occupe, nous dirons ici quelques mots Romanorum
d'un précieux monument de l'antiquité ecclésiastique dont monument
l'étude est nécessaire à quiconque veut posséder en leur poif/îa^sdence
entier les sources de la science liturgique. Ce livre est liturgique,
connu sous le nom de Liber diurnus Romanorum Ponti-
Jicum. L'histoire de sa publication tentée plusieurs fois
et enfin accomplie en 1680, par le P. Garnier, jésuite,
est longue et curieuse; mais elle nous entraînerait trop
loin de notre sujet. Nous dirons donc seulement que le
Liber diurnus est un recueil des formules dont les Papes
se servaient durant les sixième, septième et huitième
siècles, et dans lequel on trouve les rites de leur ordi-
nation, et de celles des évêques d'Italie qui étaient obligés
de venir recevoir é. Rome la consécration épiscopale, les
professions de foi, les privilèges, les mandats, les conces-
sions et autres actes semblables. Le recueil est divisé en
sept chapitres, subdivisés eux-mêmes en plusieurs articles.
Le premier chapitre contient des formules de lettres aux
princes et autres personnes séculières ; aux patriarches,
archevêques, évêques, prêtres, diacres, primiciers,
secondiciers. On trouve, dans le second, les formules de
toutes les lettres et de tous les actes qui précédaient et
suivaient l'élection du Pape. Le troisième chapitre com-
prend les formules des lettres, des rites et des actes qui
étaient d'usage dans l'ordination des évêques consacrés
à Rome. Entre autres promesses que faisait avec serment
le nouvel évêque, on remarque celle de célébrer toujours
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Les Ordres
romains,
les plus
importants
des écrits
liturgiques
de cette époque.
Les Hymnes
saint Grégoire
le Grand.
174 AUTEURS LITURGISTES
les divins offices suivant le rite romain (i). Dom Mabillon
attribue cette injonction à saint Grégoire le Grand (2). Le
quatrième chapitre regarde l'usage du Pallium, et en consé-
quence, il a un rapport direct avec la Liturgie, ainsi que le
cinquième qui contient les formules de rescrits, ou mandats
pour l'ordination d'un prêtre, la dédicace d'un oratoire,
la consécration d'une église, d'un baptistère, d'un autel;
pour la concession des reliques des saints, pour les
lever de terre et les renfermer dans des châsses, etc. Le
sixième chapitre renferme principalement les formules de
lettres et de commissions pour ceux qui étaient chargés
de la régie du patrimoine des Églises, ou des affaires qui
regardaient le Siège apostolique. Le septième enfin con-
tient le formulaire des privilèges accordés aux monastères,
aux diaconies et aux hospices.
En tête des écrits et compositions des septième et hui-
tième siècles sur la matière de la Liturgie, nous plaçons
tout d'abord ceux des Ordres romains qui se rapportent
à cette période. On sait, sans doute, que les Ordres
romains sont des écrits plus ou moins étendus renfer-
mant le détail des cérémonies de la messe papale, de
l'administration des sacrements, etc. Mais comme nous
devons faire ailleurs l'énumération raisonnée de tous les
monuments de ce genre, nous n'en dirons rien dans cet
endroit, et nous passerons incontinent à la liste des litur-
gistes de l'époque que nous décrivons.
(604). Nous avons encore un mot à dire sur les travaux
liturgiques de saint Grégoire : il nous reste à parler de
ses Hymnes. D. Denys de Sainte-Marthe lui donne les
suivantes qui sont presque toutes au Bréviaire romain :
Primo dierum omnium, Nocte surventes, vigilemus
omnes. Ecce jam noctis tenuatur umbra. Lucis
(i) Liber diurnus, cap. III, tit. vu.
(2) Musxum Italicum, tom. I, p. 106.
DES SEPTIÈME ET HUITIEME SIECLES l']b
Creator optime. Clarum decus jejunii. Audi, bénigne
conditor. Magno salutis gaudio. Rex, Christe, factor
omnium.
(608). Cyriaque, évêque de Nisibe, hérétique nestorien,
écrivit une Exposition des Mystères, et un traité de la
Nativité et de l'Epiphanie.
(609). Conantius, évêque de Palentia, composa de
nouvelles hymnes pour l'office gothique, et y adapta des
modulations musicales. Il rédigea pareillement des oraisons
sur tous les psaumes.
(61 5). Jean, d'abord moine, ensuite évêqiie de Sara-
gosse, composa aussi, pour la Liturgie gothique, plusieurs
prières remarquables par le style et l'harmonie.
(617). Jean, évêque de Bostres, en Arabie, hérétique
monophysite, est auteur d'une Anaphore^ traduite en
latin par Renaudot.
(620). Jean Mosch, moine de Palestine, dans son fameux
livre intitulé le Pré Spirituel, présente une foule de
particularités curieuses qui ont trait à la Liturgie de son
temps, et en particulier l'histoire des enfants d'Apamée.
- (620). Saint Protadius, évêque de Besançon, n'est
connu, sous le rapport de ses travaux liturgiques, que
par ce que nous en apprend l'auteur anonyme de sa vie.
Il dit que les clercs des églises de Besançon étant souvent
en difficulté au sujet des cérémonies qu^ils devaient obser-
ver, saint Protadius fit un livre en forme de rituel, dans
lequel il prescrivit de quelle manière on devait se
comporter dans l'assemblée des Frères; ce que l'église
devait pratiquer ou éviter; combien il devait y avoir de
ministres à l'autel, dans les fêtes solennelles; quel temps
on devait prendre pour les processions publiques, et les
lieux où elles devaient se diriger; quel jour les Congré-
gations de la ville devaient se rendre à la mère église;
enfin, ce qu'il fallait pratiquer dans l'église, chaque jour
de l'année.
I PARTIE
CHAPITRE VII
Cyriaque,
évêc^ue
de Nisibe.
Conantius,
évêque
de Palentia.
Jean,
évêque
de Saragosse.
Jean,
évêque
de Bostres.
Jean Mosch.
Saint Protadius,
évêque
de Besancon.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Saint Donat,
évêque
de Besancon.
Saint Maxime,
abbé
de Chrysopolis.
Eugène II,
évêque
de Tolède.
Jacques
le
Commentateur,
évêque
d'Édesse.
Jésuiab
d'Adiabène,
patriarche
des nestoriens.
Saint
Ildephonse,
évêque
de Tolède.
176 AUTEURS LITURGISTES
(626). Saint Donat, évêque de Besançon, a composé
une règle célèbre, pour des religieuses, dans laquelle on
on trouve de nombreuses et importantes particularités
sur l'office divin.
(645). Saint Maxime, abbé de Chrysopolis, le vengeur ^
de l'orthodoxie contre les monothélites , mérite aussi
d'être compté parmi les liturgistes, pour son excellente
Mystagogie ou Exposition de la Liturgie, et encore
pour son précieux commentaire de la Hiérarchie ecclé-
siastique de saint Denys l'Aréopagite.
(646). Eugène II, évêque de Tolède, suivant ce que
dit saint Ildephonse, corrigea les livres de l'Eglise gothi-
que, sous le rapport du chant. Le B. Tommasi lui donne,
d'accord avec Alcuin, l'hymne : Rex Deus immensi quo
constat machina mundi.
(65 1). Jacques dit le Commentateur, de la nature de ses
travaux, fut évêque d'Édesse. Il est honoré comme saint
et docteur orthodoxe par les Maronites. Entre autres
compositions liturgiques, il est auteur d'une Anaphore
en l'honneur de saint Jacques, apôtre, et d'une autre
insérée au recueil de Renaudot. Il a donné aussi un
Ordre du saint Baptême^ qui se trouve dans plusieurs des
rituels orientaux; une Lettre à Thomas, prêtre, dans
laquelle est décrite la messe des Syriens; une autre lettre
à Jean le Stylite, sur la bénédiction de l'eau; une autre
à Adée, prêtre, sur divers rites ecclésiastiques; dix hymnes
pour la fête des Palmes; une autre en l'honneur de la.-
sainte Vierge Marie, etc. I
(65 1). Jésuiab d'Adiabène, patriarche des nestoriens,"
mit en ordre V office pour le cercle de Vannée , dit Amro,
cité par Zaccaria. Il régla aussi l'ordre du baptême, de
la pénitence, des ordinations, et de la Dédicace de l'Église.
Il composa en outre des hymnes nombreuses.
(657). Saint Ildephonse', moine et ensuite évêque de
Tolède, l'une des plus brillantes lumières de l'Église
DU Vil® ET DU VIII'' SIECLE I77
gothique d'Espasne, a laissé un opuscule excellent sur les i partie
o l 1 C» 7 X CHAPITRE VU
cérémonies du Baptême. Il composa en outre deux Messes
d'un chant merveilleux, en l'honneur de saint Corne et
de saint Damien.
(661). George, appelé aussi Grégoire, évêque de Syra- George, évêque
cuse, a composé des Tropes en l'honneur de la Nativité
de Notre-Seigneur et de son Epiphanie.
(668). Théodore, moine, et plus tard archevêque de Théodore,
„ , , ^ . , , . j archevêque de
Gantorbery, est connu par son fameux Livre penitenUely Cantorbéry.
qui donne une idée de l'administration du sacrement de
Pénitence au vii^ siècle, dans l'Église latine.
(675). Saint Julien, successeur de saint Ildephonse sur Saint Julien,
le siège de Tolède, outre les hymnes qu'il a composées, ^^^Tofède!
rédigea un livre des Messes pour toute l'année, corrigeant
les anciennes et en ajoutant de nouvelles.
(682). Saint Léon II, pape, est appelé, dans le Liber g^^j^^ l^^^^ u
pontificalis, vir éloquent issirnus, cantilena ac psalmodia p^p^ célèbre
prœcipuuSf et in earum sensibus subtilissima exerci^ du chant
"*.-'. , ecclésiastique.
tatione elimatus. Platine vante aussi l'habileté de ce Pape
dans la musique, et dit qu'il régla la psalmodie et réforma
le chant des hymnes. L'abbé Lebeuf ne fait pas de diffi-
culté de lui attribuer une certaine part au Livre Respon-
sorial, dont le fond appartient à saint Grégoire.
(685). Jean Maron, premier patriarche des Maronites, Jean Maron,
qui tirent de lui leur nom, est auteur d'une Anaphore et patrUrdie^des
d'un livre du Sacerdoce. Maronites.
(691). Johannicius de Ravenne, mit en ordre les Livres johannicius
sacrés, les Antiennes et tous les rites de V Église de ^^ R^^enne.
Ravenne; c'est ce que rapporte Zaccaria, d'après de Rubeis
et Ginanni.
(700). Ecbert, Suédois, moine de Lindisfarne, écrivit Ecbert, moine
un livre de Ritibus catholicorum, de Lindisfarne.
(700). Saint Adelme, abbé de Malmesbury, et ensuite Saint Adeime,
évêque de Schirburn, se distingua, dit l'abbé Lebeuf, de sJh?rburn.
par son aptitude à composer le chant ecclésiastique.
T. I 12
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Bède
le vénérable.
Accâ, moine
anglais.
Saint André,
archevêque
de Crète.
Babaeus,
hérétique
nestorien.
Cosme, évêque
de Maiuma.
Saint Jean
Damascène.
Saint
, Çhrodegang,
eveque de Metz,
lyS AUTEURS LITURGÎSTES
{701). Le vénérable Bède, moine anglais, est auteur
du Martyrologe qui porte son nom, et de plusieurs
hymnes. Le B. Tomiiiasi lui attribue les suivantes :
H/înmim canentes Martyrum^ pour la fête des Saints
Innocents ; Hfmnum canamus gloriœ^ pour l'Ascension ;
Emitte^ Christe^ Spiritus, pour la Pentecôte; Prœcursor
altus lumïnis, pour la Nativité de saint Jean-Baptiste; et
Prœcessor almiis gratice^ pour sa Décollation; Aposto-
lorum glorïam, pour la fête des saints Apôtres Pierre et
Paul; Adesto, Christe, vocibus, pour la Nativité de la
sainte Vierge, Niinc Andreœ soîemnia, pour la fête de
saint André ; Hjmnum dicat turhafratrum, pour l'Office
de la Nuit ; Primo Deus cœli globum, sur l'œuvre des six
jours.
(705). Acca, moine anglais, ami du vénérable Bède,
écrivit un livre des Offices ecclésiastiques,
(710). Saint André, archevêque de Crète, est auteur
d'un grand nombre d'hymnes sur diverses fêtes de
l'année, sur la sainte Vierge Marie et sur plusieurs autres
saints.
(720). Babaeus, hérétique nestorien, érigea des écoles
de musique sacrée dans la province d'Adiabène, et
composa diverses bénédictions et des hymnes.
(730). Cosme, d'abord moine, puis évêque de Maiuma
en Palestine, fut le maître de saint Jean Damascène. Il
est auteur de plusieurs hymnes qui se chantent dans les
offices de l'Église grecque.
(730). Saint Jean Damascène a composé aussi diverses
hymnes sacrées que l'on trouve dans ses œuvres, et dont
plusieurs font partie de la Liturgie grecque.
(742). Saint Çhrodegang, évêque de Metz, dans sa
règle pour les Chanoines, a renfermé un grand nombre
de particularités précieuses pour la connaissance de la
Liturgie de son temps.
(750). Zaccaria place vers cette année TAnonyme auquel
DU VII® ET DU VIII® SIÈCLE 179
nous devons l'Exposition de la Messe romaine^ insérée
par Dom Martène, au tome premier de son grand ouvrage
de Antiquis Ecclesiœ ritibus.
(760). Théodose, évêque de Syracuse, composa des
hymnes destinées à être chantées à l'office des Vêpres, les
jours de jeûne.
(760). Florus, moine de Saint-Tron, fit des additions
importantes au Martyrologe de Bède.
(768). Charlemagne fut zélé pour la Liturgie. Nous
verrons bientôt les mesures qu'il prit à l'effet de procurer
l'unité des formes du culte dans toute l'étendue de son
vaste empire. Il est auteur de l'hymne Veni, Creator
Spiritus (i); d'un livre à Alcuin, de Sacrijïcio Missce et
ratione Ritiiiim Ecclesiœ; d'une lettre circulaire, de
Baptismo ejusque ritibus, adressée à Odilbert, archevêque
de Milan.
É (770). Saint Sturmius, premier abbé de Fulde, publia
un opuscule sous ce titre : Or do Officii in domo, seu
Ecclesia Frisingensi, ante Pascha. .
(770). Grégoire de Systre, hérétique nestorien, écrivit
sur les raisons des fêtes, et un cantique qui commence
ainsi : Estote parati.
(773). Cyprien, métropolitain de Nisibe, composa un
Ordre de Vimposition des mains.
(774). Paul, diacre d'Aquilée, moine du Mont-Cassin,
historien remarquable, est auteur de l'hymne de Saint
Jean : Ut qiieant Iaxis. Il rédigea aussi un Homiliaire,
ou recueil d'Homélies des Saints Pères, pour être lues
dans les Offices de l'Église. Vers le même temps, on
trouve un autre Homiliaire composé par Alain, moine
de Farfa.
(776). Saint Paulin, patriarche d'Aquilée, a composé
sept hymnes en grands ïambiques, parmi lesquels le
I PARTIE
CHAPITRE VII
L'auteur
anonyme de
V Exposition de
la Messe
romaine.
Théodose,
évêque de
Syracuse.
Florus^ moine
de Saint-Tron.
Charlemagne.
Saint Sturmius,
abbé de Fulde.
Grégoire
de Systre.
Cyprien, ^
métropolitain
de Nisibe.
Paul, diacre,
moine du
Mont-Cassin.
Saint Paulin,
patriarche
d'Aquilée.
(i) Acta SS. Apriîis. Tom. I. In VitaB. Notken BalbulL
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Alcuin.
Cyriaque,
patriarche
d'Antioche.
Théodulphe,
évêque
d'Orléans.
Leidrade,
archevêque de
Lyon.
Jessé, évêque
d'Anaiens.
Magnus,
archevêque
de Sens.
Conclusions.
l8o AUTEURS LITURGISTES
B. Tommasi et Madrisius, éditeur de saint Paulin,
comptent celle de la fête de saint Pierre et saint Paul,
l'une des deux attribuées à Elpis, femme de Boëce :
Félix per omnes festum mundi cardines.
(780). Alcuin, moine anglais, a été très-célèbre parmi
les liturgistes de son temps. On lui a longtemps attribué
un Sacramentaire, un Homiliaire, et surtout le livre de
Divifiis Officiis, qui est une exposition de VOrdre
romain, composée après l'an 1000 ; mais il est certaine-
ment auteur des ouvrages suivants : Liber Sacramen--
torum ; Officia per ferias; de Ratione Septuagesimœ,
Sexagesimœ et Quinquagesimœ^ Epistola ad Ethelar^
dum ;\de Psalmorum usu; à quoi il faut ajouter une autre
Epître au prêtre Oduin, de Baptismi cœremoniis.
(793). Cyriaque, patriarche d'Antioche, semble avoir
composé une Liturgie chaldaïque, bien que cette question
ne soit pas sans difficulté entre les savants dont Zaccaria,
rapporte les avis.
(794). Théodulphe, évêque d'Orléans, outre un livre
de Ordine et Oratione ritmim Baptismi, composa, pen-
dant sa détention à Angers, la fameuse hymne du Diman-
che des Rameaux : Gloria, laus et honor.
(798). Leidrade, archevêque de Lyon, adressa à Charle-
magne un livre sur le Sacrement du Baptême, et une,
Epitre au même, sur le même sujet.
(799). Jessé, évêque d'Amiens, écrivit une lettre à son
clergé et à son peuple, sur l'explication des rites observés
par l'Eglise, dans le Baptême.
Enfin, vers l'an ,800, Magnus, archevêque de Sens,j
composa, par ordre de Charlemagne, un opuscule, de\
Mysterio Baptismatis, inséré, par Dom Martène, dans]
le premier volume de ses Rites ecclésiastiques.
Nous conclurons ce chapitre par les observations sui-^
vantes :
Durant les vu® et viii^ siècles, la Liturgie suivit le
DU VII® ET DU VIII^ SIECLE l8l
même mouvement de perfectionnement qui lui avait été i partie
CHAPITRE VII
imprimé dès le iv® et le v® ;
Tous les grands docteurs, les grands évêques, les grands
abbés, furent liturgistes ; les hérétiques continuèrent, en
Orient, à souiller de leurs mains impures les livres des
prières sacrées;
Le Siège apostolique, sans déclarer encore l'intention
d'unir tout le patriarcat d'Occident sous la loi d'une
même Liturgie, exigea des évêques d'Italie le serment
de garder les usages de l'Eglise romaine, et n'en permit
pas d'autres aux nouvelles églises que ses [apôtres établis-
saient dans une partie de l'Europe ;
Enfin, les travaux de saint Grégoire sur les divins
Offices, la correction de l'Antiphonaire ; en un mot, tous
les perfectionnements que ce grand Pape et ses successeurs
introduisirent dans la Liturgie romaine, la rendirent de
plus en plus digne du respect et de l'admiration des
Eglises d'Occident, qui la vénèrent et la pratiquent encore,
excepté l'Eglise de Milan, qu'une possession non inter-
rompue autorise à conserver une Liturgie vénérable par
son origine pure, et quelques autres qui dans des jours
mauvais se sont séparées de l'harmonieux concert établi
dans tout le monde latin par l'unité liturgique.
iSt, travaux de saint GRÉGOIRE LE GRAND
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
NOTES DU CHAPITRE VII
NOTE A
Veniens quidam de Sicilia mihi dixit, quod aliqui amici ejus, vel Graeci
vel Latini, nescio, quasi sub zelo sanctae Romanae Ecclesiae de meis dispo-
sitionibus murmurarent, dicentes: Quoniam Ecclesiam Constantinopoli-
tanam. disponit comprimere, qui ejus consuetudines per omnia sequitur.
Qui cum dicerem : Quas consuetudines sequimur ? respondit : Quia
alléluia dici ad missas extra Pentecostes tempora fecistis; quia subdia-
çonos spoliatos procedere; quia Kyrie eleison dici; quia orationem Domi-
nicam mox post canonem dici statuistis. Cui ego respondi: Quia in nullo
eorum aliam Ecclesiam secuti sumus. Nam ut alléluia hic diceretur, de
Hierosolymorum Ecclesia, ex beati Hieronymi traditione, tempore beatae
memoriae Damasi Papae, traditur tractum: et ideo magis in hac sede
iilam consuetudinem amputavimus, quae hic a Graecis fuerat tradita. Sub-
diaconos autem ut spoliatos procedere facerem, antiqua consuetudo Eccle-
siae fuit. Sed quia placuit cuidam nostro Pontifici, nescio cui, qui eos
vestitos procedere praecepit. Nam vestrae Ecclesiae numquid traditionem
a Graecis acceperunt? Unde habent ergo hodie, ut subdiaconi lineis in
tunicis procédant, nisi quia hoc a matre sua RomanaEcclesia perceperunt?
Kyrie eleison ^utcm. nos neque diximus neque dicimus, sicut a Graecis dici-
tur : quia in Graecis simul omnes dicunt; apud nos autem aclericisdicitur,
et a populo respondetur, et totidem vicibus etiam Christe eleison dicitur,
quod apud Graecos nullo modo dicitur. In quotidianis autem Missis alia
quae dici soient tacemus, tantummodo Kyrie eleison et Christe eleison
dicimus, ut in his deprecatiônis vocibus paulo diutius occupemur. Oratio-
nem vero Dominicam idcirco mox post precem dicimus, quia mos apos-
tolorum fuit, ut ad ipsam solummodo orationem oblationis hostiam con-
secrarent: et valde mihi inconveniens visum est, ut precem quam Scho-
lasticus composuerat, super oblationem diceremus, et ipsam traditionem
quam Redemptor noster composuit, super ejus corpus et sanguinem tace-
remus. Sed et Dominica oratio apud Graecos ab omni populo dicitur, apud
nosveroasolosacerdote.InquoergoGraecorum consuetudines secuti sumus,
qui aut veteres nostras reparavimus, aut novas et utiles constituimus, in
quibus tamen alios comprobamur imitari ? Ergo vestra charitas, cum
occasio dederit, ut ad Gatanensem civitatem pergat, vel in Syracusana
Ecclesia, eos quos crédit aut intelligit, quia hac de re murmurare potue-
runt, facta collatione doceat, et quasi alia ex occasione eos instruere
non désistât. Nam de Constantinopolitana Ecclesia quod dicunt, quis eam
SUR LA LITURGIE ROMAINE l83
dubitet Sedi Apostolicae esse subjectam?Quod et piissimus domnus Impe- j partie
rator, et frater ejusdem civîtatis Episcopus assidue profitentur. Tamen si chapitre vu
quid boni vel ipsa vel altéra Ecclesia habet, ego et minores meos quos ab
illicitis prohibée, in bono imitari paratus sum. Stultus est enim qui in
eo se primum existimat, ut bona quee viderit, discere contemnat.
(S.,Gregorii Epist. ad Joannem Syracus., lib. IX, epist. XII.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE VIII
DIGRESSION SUR L^HISTOIRE DES AUTRES LITURGIES d'oCCI-
DENT : AMBROSIENNE, AFRICAINE, GALLICANE, GOTHIQUE OU
MOZARABE, BRITANNIQUE ET MONASTIQUE.
Nécessite de Les neccssites de 1 histoire que nous écrivons nous
quelques , , . ^ ...
notions sur les obligent a suspeudre notre récit pour placer ici quelques
particulières, notions sur diverses Liturgies qui ont déjà été nommées
plusieurs fois, et dont quelques-unes existent encore. Nous
consacrerons le présent chapitre aux Liturgies de l'Occi-
dent, et le suivant à celles de l'Orient.
La Liturgie La plus ancienne Liturgie de l'Occident, après celle de
"^i/pius"^ Rome, est la Liturgie de Milan, connue sous le nom d'Am-
l'Oc^c'icSiTaprès brosienne. S'il fallait en croire Jean Visconti (i), saint Bar-
la romaine, ^abé, que les Milanais, depuis plusieurs siècles, vénèrent
comme leur apôtre, aurait disposé l'ordre de la messe;
saint Miroclès, évêque de la même Eglise, aurait réglé la
psalmodie, et enfin saint Ambroise aurait complété et
perfectionné cet ensemble. Malheureusement les preuves
manquent totalement à ces assertions, et il est bien plus
simple de convenir que l'origine des formes du culte
divin, dans l'Eglise de Milan, se confond avec l'origine
même du christianisme. Si les circonstances avaient per-
mis à d'autres églises d'aussi haute antiquité de garder
leurs usages primitifs, on retrouverait chez elles la
même incertitude. Toutefois, le nom d'Ambrosienne
attribué de tout temps à la Liturgie de Milan, prouve
très-certainement qu'un aussi grand docteur que saint
(i) DeRitibus Missce, lib. II, cap. xii.
DIGRESSION SUR l'hISTOIRE DES LITURGIES D^OCCIDENT l85
Ambroise a dû, ainsi que tous les plus illustres évêques de i partie
CHAPITRE VIII
l'antiquité, travailler à la correction de la Liturgie de son
église. On peut donc lui attribuer un travail analogue à celui
de saint Gélase et de saint Grégoire sur le Sacramentaire Travaux de
^ - saint Ambroise
romain : mais c est sans aucune espèce de preuve que Pa- sur la Liturgie
mélius (i) attribue, d'une manière précise, à saint Ambroise, ^(JÎJ nonf.
la composition du plus grand nombre des messes, oraisons,
et préfaces du Missel ambrosien actuel. Lorsque le saint
docteur monta sur le siège de Milan, ayant reçu dans l'es-
pace de quelques jours le baptême et l'épiscopat, il trouva
sans doute une Liturgie toute faite, et dut mettre son
application à l'exécuter, avant de songer à y faire des
changements et des améliorations (2). Dom Mabillon, au
tome second du Musœum Italicum^ énumère les allusions
que présentent les divers écrits de saint Ambroise aux
usages liturgiques de son temps, et s'en sert pour fixer
jusqu'à un certain point la forme du service divin dans
l'Église de Milan, au vi® siècle (3). Il dit ailleurs que
les fameux livres des Sacrements semblent être le fon-
dement de la plupart des rites ambrosiens (4); mais ce
savant homme n'a pas jugé à propos de discerner ceux
de ces usages qui ont pour instituteur saint Ambroise,
d'avec ceux qui lui sont antérieurs. Cette tâche eût été,
en effet, bien difficile, pour ne pas dire impossible, à
remplir : toutefois, on peut donner avec certitude à saint
Ambroise, outre l'institution du chant alternatif dans
l'Occident, un grand nombre d'hymnes qui furent
accueillies avec enthousiasme par beaucoup d'églises;
jusque-là qu'au rapport de Walafride Strabon (5), en cer-
tains lieux, on les chantait même à la messe ; de plus,
(i) Liturgia, tom. I,pag. 45 1.
(2) Lebrun, Explication de la Messe, tom. II, pag. 176.
(3) Musœum Italicum, tom. I, pag. loi.
(4) De Liturgia Gallicana, lib. I, cap. 2, n» 7, pag. 8.
{5) De Rébus ecclesiasticis, cap. xxv.
I
i86
DIGRESSION SUR L HISTOIRE
INSTITUTIONS Ics mcsscs des martyrs, dont le saint évêque découvrit
LITURGIQUES . . __ . ^ i ^ •
les corps, «savoir les saints iNazaire et Celse, Gervais et
Protais, Vital et Agricole ; un certain nombre de pré-
faces, que Walafride Strabon nomme Tractatus, en l'en-
droit déjà cité ; les prières pour la Dédicace de l'église,
pour la consécration des saintes Huiles, pour la bénédic-
tion du Cierge pascal, qui toutes portent en tête le nom de
saint Ambroise, dans les plus anciens Sacramentaires, etc.
Quant aux prières de préparation à la Messe, Sum-'
me Sacerdos et Ad mensam diilcissimi, qui sont insérées
dans les Missels et les Bréviaires, sous le nom de saint
Ambroise, on ne voit rien qui puisse justifier cette asser-
tion. Les Bénédictins, éditeurs de notre saint docteur,
n'ont trouvé la première dans aucun manuscrit, et n'ont
rencontré la seconde que dans un seul qui ne datait pas
d'au-delà de sept cents ans.
Fréquente Un fait digne de remarque dans la Liturgie ambro-
conrormite ° .
de la Liturgie sienne, c'est la fréquente conformité avec la romaine.
ambrosienne 11/^
Non-seulement le Canon est presque entièrement sem-
blable, mais un grand nombre d'introït^ d'oraisons,
d'épîtres, d'évangiles, sont identiquement les mêmes
dans les Missels des deux Églises. Le Bréviaire offre,
aussi plusieurs ressemblances du même genre. Il semble
même que les livres romains aient été imités à Milan,
avec une intention toute particulière ; car on trouve au
Missel ambrosien la mémoire de sainte Anastasie, dans
la seconde messe de Noël, mémoire qui ne convient qu'à;
la Station qu'on fait à Rome dans l'église de cette sainte, :
ainsi que nous le dirons ailleurs (i). On trouve en outre
au Canon, l'addition de saint Grégoire : Diesque nostros\
in tua pace disponas. Faut-il attribuer cette conformité à]
avec la
romaine.
(i) On ne trouve plus cette mémoire dans le Missel du Cardinal Gays-"]
ruk, imprimé en i83o; mais outre les manuscrits, nous avons, en faveur]
de ce fait caractéristique, le Missel gothique, in-quarto, imprimé à Milan,,
en i5oo, et plusieurs de ceux qui l'ont suivi.
DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT 187
une exigence du Siège apostolique, qui aurait voulu que i partie;
^ , . , . . CHAPITRE VIII
l'Eglise de Milan, qui était de sa Primatie, comme toutes "
celles d'Italie, eût au moins dans ses usages quelque Origine de cette
chose de commun avec l'Eglise de Rome, et principale-
ment le Canon ? ou faut-il expliquer cette communauté
de rites et de prières par des emprunts volontaires, et
peut-être réciproques ? car l'Eglise romaine a, de tout
temps, été dans l'usage d'adopter ce qui lui paraissait
louable dans les autres, et l'on voit au Sacramentaire de
saint Grégoire plusieurs prières qui portent en titre le
nom de saint Ambroise. Il est probable que ces deux
hypothèses renferment quelque chose de véritable. Comme
nous devons donner en temps et lieu la description de la
messe et de l'office du rite ambrosien, nous nous con-
tenterons ici de faire l'histoire abrégée des vicissitudes
par lesquelles ce rite a passé.
L'Église de Milan s'est montrée, dans tous les temps, L'Église de
fort jalouse de l'intégrité de ses usages. Charlemagne, jalouse de
1 ^ u- ^A^ ^ 1 j l'intégrité de ses
ainsi que nous le raconterons bientôt, ayant conçu le des- usages, les
sein d'établir le rite romain dans toutes les Églises de ch^riemagne!
l'Occident, voulut étendre jusqu'à l'Eglise même de
Milan cette mesure vigoureuse. Il fut contraint de reculer
dans son entreprise, tant était profonde la vénération qui
s'attachait à l'œuvre réputée de saint Ambroise, L'oppo-
sition du clergé et du peuple fut même confirmée par un
prodige, si nous en croyons Landulphe, historien de
l'Eglise de Milan, qui écrivait en 1080, et qui a été
copié par Beroldus et Durand de Mende, D'après ce
récit, un évêque des Gaules, nommé Eugène, père spi-
rituel de Charlemagne, aurait intercédé auprès de ce
prince, à Rome même, pour la conservation du rite am-
brosien, qu'il nommait le Mystère des Mystères. Les avis
étant partagés, on indique un jeûne, des prières, pour
obtenir de Dieu qu'il veuille décider sur la préférence
qu'on doit donner à l'un des deux Sacramentaires, gré-
l88 DIGRESSION SUR l'hiSTOIRE
INSTITUTIONS sorieii ou ambrosien. Les deux livres, liés et scellés,
LITURGIQUES , , n i i • -r>w
sont déposas sur lautel de saint Pierre ; celui des deux
qui s'ouvrira sans qu'on y touche, sera préféré. Les
Miraculeuse portes de l'église demeurent fermées durant trois jours;
intervention du ^ . n • i i r< •
Ciel en faveur apres Cet intervalle, on revient consulter le Seigneur :
de la Liturgie , , i i i •!• > n n
ambrosienne. tout à coup, les portes de la basilique s ouvrent d elles-
mêmes. On avance vers l'autel; les livres y sont encore
immobiles et fermés. On gémit, on prie de nouveau.
Soudain, les deux Sacramentaires s'ouvrent à la fois avec
un grand bruit. Alors, ce cri se fait entendre dans l'as-
semblée : « Que l'Eglise universelle loue, conserve, garde
a dans leur intégrité le mystère grégorien et le mystère
« ambrosien ! »
Cette histoire si dramatique, rapportée d'après les
auteurs que nous venons de citer, par D. Mabillon et par
le P. Lebrun, est considérée comme suspecte par Mura-
tori (i), qui ne conteste pas d'ailleurs les efforts inutile-
ment faits par Charlemagne pour abolir le rite ambrosien. ,
Il faut dire aussi que le docteur milanais n'apporte pas
de preuves à l'appui de son sentiment.
Nicolas II Nicolas II qui, en 1060, avait fait des tentatives pour
et saint Pierre . -liv-
Damien, par abolir en Espagne le rite gothique, fit aussi des enorts
^pontife, ^ pour abolir le rite ambrosien. Il se servit à cet effet du
vain^emen^t zèle de saint Pierre Damien, homme énergique et capable
^ ambrosi^en?^ ^^ ^^^^^ réussir cette entreprise, si le succès en eût été
possible. Ce grand cardinal échoua dans sa légation, et
bientôt Nicolas II fut remplacé sur la Chaire de Saint-
Pierre par Alexandre II, Milanais, qui n'inquiéta point ;
ses compatriotes dans la jouissance de leurs usages. Nous^
ne voyons pas que saint Grégoire VII, si zélé pour la
propagation du rite romain, ait rien entrepris contre la
Liturgie ambrosienne.
Cette Liturgie prit même vers ce temps une sorte d'ex-
(i) Antîquitates Jtalice, tom. IV, pag. 834.
DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT 189
tension, qu'elle devait à la beauté incontestable de ses i partie
■•• ^ ^ . . , CHAPITRE VIII
formules et à la vénération qu'inspirait son auteur pre-
sumé. D. Mabillon, dans le Miisœum Italicum, a publié
plusieurs lettres de Paul et Gebehard, prêtres de l'Eglise La Liturgie
. de l'Efflise
de Ratisbonne, par lesquelles, vers l'an 1024, ils s'adres- de Milan portée
sent au prêtre Martin, trésorier de l'église de Saint- ^eipius^tard^
Ambroise à Milan, à l'effet d'obtenir de lui les livres de ^^ Bohême.
l'Office ambrosien, pour les répandre en Allemagne (i).
Vers le milieu du xiv' siècle, on vit l'empereur Charles IV
établir ce même Office de Milan dans l'église de Saint-
Ambroise à Prague (2) ; et le Sacramentaire tripartite que
l'abbé Gerbert a publié dans sa Liturgia Alemannica (3),
et qu'il avait tiré de l'abbaye de Saint-Gall, se compose
de l'ambrosien, du gélasien et du grégorien. Au reste,
ce sont là les seuls indices que nous ayons d'une expor-
tation quelconque des usages ambrosiens, hors de Milan.
Reprenons l'histoire des attaques auxquelles ils ont été en
butte, jusqu'à leur reconnaissance définitive par le Saint-
Siège.
Muratori rapporte, dans l'ouvrage cité plus haut, que Le peuple
le cardinal Branda de Gastiglione ayant été envoyé, en se soulève pour
1440, par Eugène IV, en Lombardie, en qualité de Légat, rite ambrosien
conçut le dessein d'abolir le rite ambrosien, jusque-là card^iTia^Branda
qu'il osa s'emparer d'un ancien Sacramentaire qu'on '^^ Cajtigiione,
croyait venir de saint Ambroise lui-même, et que le jour d'Eugène iv.
de Noël il fit chanter la messe au rite romain, dans
l'église même du saint docteur. Le peuple furieux cou-
rut aussitôt investir la demeure du légat, le menaçant
de mettre le feu s'il ne rendait le Sacramentaire qu'il avait
enlevé. Le cardinal, effrayé de cette sédition, jeta le livre
par la fenêtre, et sortit de la ville dès le lendemain.
Vers la fin du même siècle, en 1497, Alexandre VI
(i) Musœum Italicum, tom. I, pag. 95-99.
(2) Gerbertus, Vêtus Liturgia Alemannica, tom. I, pag. 63.
(3) Ibidem, tom. IL
igO DIGRESSION SUR L HISTOIRE
INSTITUTIONS rccoiinut solennellement, et confirma dans une Bulle rap-
LITURGIQUES ^ , "^
portée par Ughelli (i) le droit des ducs et du peuple de
Milan, de célébrer, suivant le rite ambrosien, les messes,
Alexandre VI les cérémonies, le chant, les offices tant de jour que de
confirme le rite , ^. . , .
ambrosien. nuit, saus f rien changer. Il est vrai que le Pape spécifie
l'église et monastère de Saint-Ambroise, mais il n'exclut
pas expressément les autres églises de la ville et du dio-
cèse. Aussi on commença peu à peu à imprimer les livres
d'usage du rite ambrosien, pour les nécessités de ces
diverses églises, et lorsque saint Pie Y, par les Bulles
de saint Pie V dont nous parlerons bientôt, déclara exemptes de Fobli-
pifbiicati'on gatiou de recevoir les livres romains, les églises dont les
^ etX^^^^ Bréviaires remontaient au-delà de deux siècles, le rite
œr^robo°e^t\e^ ^"^^^^^^^^ ^^^i P^^ ^^ même, indirectement, mais sé-
droit de l'Église rieusement reconnu pour Milan et son territoire. Fondé
milanaise au ^ ^ ^
lieu de dès lors sur l'évidence du droit, saint Charles Borromée,
l'infirmer. . . i t.t-i • i
. ayant appris que le gouverneur de Milan avait obtenu du
ZjQIq de saint .^
Charles Pape un bref qui l'autorisait à se faire dire la messe sui-
Borromée pour , . . , i / ,. ^ ., i • i •
le maintien du vaut le rite romaiu, dans toutes les églises ou il lui plai-
rait d'aller, réclama avec force contre cette permission,
dans une lettre adressée à un de ses amis, à Rome, et
qui est conservée comme une relique dans l'église de Saint-
Alexandre des Barnabites de Milan. Le P. Lebrun a
donné ; cette lettre : nous la plaçons à la fin du présent
chapitre (2). Au reste, elle n'est pas la seule qu'ait écrite
à Rome le pieux cardinal pour la défense de la Liturgie
ambrosienne. On en garde encore plusieurs autres dans
la bibliothèque du Vatican. Ce grand homme, pour ex-
pliquer son zèle en cette matière, avait coutume de dire
que la Liturgie ambrosienne était moins milanaise en-
core que romaine.^ ayant reçu tant de fois l'approbation
expresse des souverains Pontifes (3).
(i) Italia Sacra, Ecclesia Mediolanen, tom, IV, pag. 385.
(2) Vid. la Note A.
(3) Sala Not. in Bonœ Rerum liturgie, lib. I, cap. x, pag. i85.
DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT I
91
Tel a été de tout temps le zèle des Milanais pour la ^ partie
^ ^ ^ ^ CHAPITRE VIII
conservation de leur rite, dont ils ont, au reste, assez
fidèlement gardé l'intégrité, sauf l'addition qu'ils ont faite
d'un grand nombre de fêtes de Saints. Mais on peut dire L'attachement
^ ^ ^ des Milanais
qu'ils poussent l'intolérance à l'égard des autres Litur- po^r leur
, . • ï 1 * 1 Liturgie
gies, la romame y comprise, au-delà de ce qu'on a poussée jusqu'à
1 j t 1 «r n- / 1- l'intolérance
jamais pu reprocher de plus exclusir aubiege apostolique, mêmeâ l'égard
TT ^ r ' j 1 ' -^^ j ,. de la romaine.
Un exemple fera juger de la vente de ce que nous di-
sons. En iSSy, nous étions à Rome, et nous venions de
célébrer les saints mystères à la Confession de Saint-
Pierre; un chanoine de la cathédrale de Milan se présenta
accompagné d'un clerc milanais. Ce dernier portait un
missel ambrosien; il le posa sur l'autel sous lequel l'uni-
vers entier vénère la cendre du Prince des apôtres. Le
chanoine milanais commença tout aussitôt la messe et
l'acheva paisiblement, suivant ce rite étranger. Peu de
mois après, nous étions nous-même à Milan : nous de-
mandâmes à célébrer le saint sacrifice sur le corps de saint
Ambroise. On nous montra un règlement solennel qui dé-
fend d'offrir les saints mystères sur cet autel, autrement
qu'en la forme ambrosienne : le rite romain n'était pas
excepté. Il nous fallut donc sacrifier notre pieux désir.
Au reste, l'inconvénient ordinaire des Liturgies particu- L'inconvénient
Hères s'est fait sentir à Milan, comme en d'autres lieux. pa^kSifres
La puissance séculière a dû prétendre une surveillance ^^^^^^tiaii^"^^
sur des formes qui ne sont que nationales, et non com-
munes à toutes les Eglises. Naples, Florence, Venise,
célèbrent la fête de saint Grégoire VII, malgré le déplai-
sir qu'en éprouvent et qu'en ont souvent manifesté leurs
gouvernants; ces Églises jouissent de cette liberté, parce
qu'elles sont astreintes au Bréviaire romain, publié par le
Saint-Siège. L'Eglise de Milan n'a pas osé jusqu'ici rendre cette Église n'a
un culte au grand Pontife, que l'Europe éclairée proclame Jîf ^cuke î'sdnt
aujourd'hui l'héroïque vengeur de la dignité humaine et Grégoire vu.
de la civilisation. Comme nos Églises de France, elle n^a
192 DIGRESSION SUR L HISTOIRE
INSTITUTIONS pas sulvî l'injonction du Pontife romain, qui ordonna,
LITURGIQUES ^ ^^ ' , ^ ^ ^ ^
il y a un siècle, à toutes les Eglises du rite latin, de solen-
niser la mémoire du glorieux Hildebrand. Ces Eglises
manquaient de cette force que l'unité et l'universalité des
formes peuvent seules donner, et qu'elles maintiennent,
au défaut même du courage.
L'Eglise Après l'Eglise de Milan, ^//e de VEglise romaine (i), et
africaine fille de - wivua i- • i,t^i- ii*r-
l'Église fondée des rage apostolique, vient 1 Eglise d Afrique, qui
comme^cèue de ^^^^ pareillement son origine au Siège de Rome, sous le
Milan. règne d'Adrien (2). Cette Église, l'une des principales
divisions du patriarcat d'Occident, comprenait la pro-
vince dite Consularis^ dont Carthage était la capitale, la
Mauritanie et la Numidie. Son origine indique assez la
conformité qui devait exister, au moins jusqu'à un cer-
tain degré, entre ses usages liturgiques et ceux de l'Eglise
romaine.
La Liturgie Les fragments ou les allusions que nous rencontrons
africaine a dû , _ ,,. . ^ . . . . . J
être conforme dans TertuUien, saint Cyprien, saint Augustin, paraissent, j
^la romaine^ ^ Ics unes se rapporter assez bien aux formes de la Litur- \
puîsse^pasîe g^^ romaine, les autres s'en écarter plus ou moins. Il est
lerécrks^der ^^^^ ^^ ^^^^ ^^ ^^ Liturgie romaine, au temps de ces
Pères de cette auteurs, devait être quelque peu différente de ce qu'elle
nous apparaît dans l'œuvre de saint Gélase et de saint
Grégoire. Quoi qu'il en soit, des auteurs très-graves
maintiennent comme indubitable l'identité primordiale
de la Liturgie africaine avec la romaine (3). On a dit,
mais sans le prouver, que saint Augustin avait introduit
en Afrique la Liturgie de Milan ; dans tous les cas, ce fait
ne saurait démontrer qu'on ne suivait pas en Afrique la.
Liturgie romaine, antérieurement à saint Augustin : et]
d'ailleurs, il ne dépendait pas du seul évêque d'Hipponej
(i) s. Pétri Damiani Opusc, V, tom. III, pag. 78.
(2) Schelestrate^ Antiquitas Ecdesiœ illustrata, tom. II.
(3) Bona, Rerum liturgicarum, lib. I, cap. vu, § III. Lebrun, Explîca-'
tion delà Messe, tom. II, pag. 167.
DES LITURGIES PARTICULIÈRES D'oCCIDENT IqS
de changer les usages de toutes les églises d'Afrique, si i partie
^ '^ ^ ^ ^, CHAPITRE VIII
nombreuses et si attachées à leurs anciennes pratiques. ~~
Quoi qu'il en soit, nous pensons que la conformité de la
Liturgie d'Afrique avec la romaine, n'empêchait pas la
première d'avoir et de conserver certains usages particu-
liers, ainsi que nous en apercevons les traces dans les
auteurs que nous avons cités, auxquels on peut encore
ajouter Marins Mercator et saint Fulgence. En outre,
quel était l'ordre du Sacramentaire publié par Voconius,
vers 460, trente ans après la mort de saint Augustin ? En
quoi était-il conforme à celui de l'Eglise de Rome? En
quoi s'en écartait-il? La question nous paraît insoluble.
Disons toutefois qu'on ne trouve nulle part, dans l'anti-
quité, la trace d'une Liturgie africaine : la tradition
ne nous parle que de celles de Rome, de Milan, des
Gaules et de l'Espagne. Nous maintiendrons donc notr'e
sentiment, jusqu'à ce que de nouvelles découvertes nous
aient contraint à l'abandonner.
La Liturgie de l'Église des Gaules est trop différente de m. La Liturgie
la romaine, pour qu'on puisse croire qu'elle en soit issue; se distingue
^ ^ 1' 11- j)'« • 1 par un caractère
on a au contraire tout heu de la juger d origme orientale. orientai
D'abord, en elle-même, elle présente beaucoup d'analogie ^^^podgine ^
avec les rites des églises d'Orient, et si l'on considère les ^^apôtref^^
pays d'où sont venus les premiers apôtres des Gaules, on ^^^ Gaules.
s'expliquera aisément cette conformité. Saint Trophime,
fondateur de l'église d'Arles, était disciple de saint Paul ;
saint Crescent, pareillement disciple du même saint
apôtre, prêcha dans les Gaules ; saint Pothin et saint
Irénée, apôtres de Lyon, vinrent de l'Asie, aussi bien que
saint Saturnin, apôtre de Toulouse; enfin, la lettre des
églises de Vienne et de Lyon à celles d'Asie et de Phrygie,
montre, avec tous ces faits, d'une manière incontestable^
que les églises des Gaules sont filles de l'Orient: leur
Liturgie devait donc l'être aussi. Sans doute, tous ces
apôtres passèrent par Rome, centre de toute mission légi-
T. I i3 "
jg4 DIGRESSION SUR l'HISTOIRE
,.sT.TUT,oNs time: car telle est la tradition de toutes nos Églises; mais
LITURGIQUES .^ ^,^^^.^ ^^^ naturel qu'à cette époque de conquêtes, le
Siège apostolique suscitât des entraves indiscrètes aux
courageux prédicateurs que l'Orient dirigeait sur l'Occi-
dent, et leur imposât des usages différents de ceux qu'ils
avaient puisés dans les régions d'où ils étaient partis pour
évangéliser avec tant de zèle. Nous avons fait voir plus
haut comment les tendances à l'unité liturgique, jusqu'alors
suspendues par les circonstances, se développèrent, quand
la paix eut été donnée aux églises.
Splendeur La Liturgie gallicane est donc, avec l'ambrosienne,
et destinée de ^^ j^g monuments les plus précieux du premier âge de
cette Liturgie. j,^^j.^^_ ^^^^ la ferons connaître dans ses détails, à mesure
que l'occasion s'en présentera. Bientôt nous aurons à
raconter sa destruction, par les efforts réunis du Siège
apostolique et des princes carlovingiens. Nous suspen-
drons donc ici ce qui nous reste à dire sur cette impor-
tante Liturgie, dont notre illustre Mabillon, dans un
ouvrage spécial (i), a détaillé toute la splendeur, en même
temps qu'il a reproduit les débris mutilés des livres qui
la contenaient. Si le temps et l'espace nous le permettaient,
nous aimerions à faire le récit des pompes du rite gallican,
telles qu'elles apparaissent dans les écrits de saint Sidoine
Apollinaire et de saint Grégoire de Tours; mais nous ne
résisterons pas au désir d'offrir au lecteur un tableau de
l'Église de Paris au vi" siècle, tracé par saint Venance
Fortunat, dans un éloge de saint Germain et de son
clergé. On y verra la gravité et la majesté de l'office divin,
l'accord de la psalmodie, l'emploi des orgues, des flûtes,
des trompettes, pour l'accompagnement des chants
sacrés (2). Nous avons donné dans les chapitres précé-
dents les noms des liturgistes auxquels l'Église gallicane
{i) De Liturgia Galîicana îibri III . i685.
(2) Vid. la Note B.
DES LITURGIES PARTICULIERES D^OCCIDENT igS
était redevable de la beauté et de l'éloquence de ses for-
mules sacrées.
L'Église d'Espagne présente maintenant à notre observa-
tion ses usages liturgiques. S'il nous fallait approfondir
dans ces Institutions toutes les questions qui se rattachent
[aux origines du rite mozarabe, un volume entier ne suffi-
rait pas pour exposer et résoudre les nombreuses difficul-
; tés dont cette matière est semée. Nous serons donc
forcé de nous borner à consigner seulement ici quelques
notions.
On agite en premier lieu la question de savoir quelle
Liturgie fut exercée primitivement en Espagne, après
l'établissement du christianisme en ce pays. Plusieurs
auteurs, à la tête desquels nous inscrirons le docte Père
Lebrun (i), soutiennent que les usages de l'Eglise romaine
furent d'abord observés en Espagne, et ils s'appuient
sur le fait de la fondation de cette église par les sept
évêques envoyés par saint Pierre, et sur quelques canons
des anciens conciles d'Espagne, qui montrent en vigueur
plusieurs pratiques identiques à celles de Rome, telles
que le jeûne du samedi, la coutume de ne lire qu'une
seule épître à la messe, etc. Le savant père Pinius, dans
l'excellente dissertation qu'il a placée en tête du sixième
tome des Actes des Saints du mois de Juillet, et Florez,en
son Spagna Sagrada^ dans une dissertation sur le même
objet(2), reconnaissent aussi l'origine romaine de la Liturgie
primitivement gardée en Espagne (3). Ils sont énergique-
ment combattus par le jésuite Lesleus, dont nous avons déjà
cité la curieuse préface au Missel mozarabe (4). Ce dernier
I PARTIE
CHAPITRE VIII
La Liturgie
gothique
ou mozarabe
d'Espagne.
Controverses
des savants
au sujet
de son origine.
Affinité des
usages
liturgiques
primitifs de
Rome et de
l'Espagne.
(i) Explication de la Messe, tom. II, dissertât. V, art. i.
(2) Tractatus historico-chronologicus de Liturgia antiqua Hispanicd,
cap. I.
(3) Spagna Sagrada, tom. III, pag. 187 et suiv.
(4) Missale mixtum secundum RegulamBeatiIsidori,dictum Mozarabes,
praefatione, notis et appendice ab Alexandre Lesleo S. J. Sacerdote orna-
tum. Romae, 17 5 5.
196 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
INSTITUTIONS s'appuîc sur les canons de divers conciles d'Espagne,
LITURGIQUES ^^ . -i,
aux V® et vi^ siècles , dans lesquels sont signalées
plusieurs particularités de l'office divin, qui paraissent
plutôt s'accorder avec l'office mozarabe qu'avec celui de
l'Église de Rome. Cependant il semble qu'on peut dire,
non sans quelque apparence de raison, que ces divers
faits ne prouvent pas que les usages de l'Eglise romaine
n'aient pas été primitivement ceux de l'Eglise d'Espagne;
car on n'a jamais prétendu que la conformité des usages
avec Rome, à cette époque, fût possible pour quelque
Eglise que ce soit, avec la rigueur qu'on y peut mettre au-
jourd'hui. En outre, il reste bien peu de monuments à
l'aide desquels on puisse constater l'état précis de la Litur-
gie de Rome, tant pour la messe que pour les offices
divins, avant saint Gélase et saint Grégoire. On peut
encore ajouter à cela que l'affinité des usages liturgiques,
tant de Rome que de l'Espagne, ne saurait être plus
énergiquement attestée que par l'envoi que fit, en 538, le
pape Vigile à Profuturus,, évêque de Brague, de l'ordi-
naire de la messe romaine. Assurément, jamais un pape
n'a fait un pareil envoi au patriarche de Constantinople
ou d'Alexandrie. Il fallait donc que les évêques d'Espagne
eussent eu recours au Siège apostolique, comme à la
source de leurs traditions liturgiques, et cette conjecture
est d'autant plus certaine que nous voyons, ainsi que nous
l'avons rapporté plus haut, un concile d'Espagne, trente
ans après, décréter que tous les prêtres auraient à célébrer
les saints mystères dans la forme donnée par le Siège
apostolique, à l'évêque Profuturus.
L'invasion des Maintenant, SI l'on considère la Liturgie des Eglises d'Es-
détermine une pagne dans l'état OÙ la fixèrent les travaux de saint Léandre,
"^des^Htes" ^^ saint Isidore et des autres liturgistes que nous avons]
en Espagne, mentionnés au chapitre précédent, on ne peut s'empêcher]
d'être frappé de sa totale dissemblance avec les coutume;
de l'Eglise romaine. Le nom de gothique qu'elle retient
CHAPITRE VIII
DES LITURGIES PARTICULIERES d'oGGIDENT I97
déjà, atteste une origine entièrement différente. C'est ici j '^^^'^^^^^
encore l'occasion d'une nouvelle controverse entre le
P. Lesleus et les PP. Lebrun et Pinius. Le premier, fidèle à
son système, soutient que les particularités qui constituent
le rite appelé gothique, ont été pratiquées de toute anti-
quité en Espagne : les autres, au contraire, ont établi soli-
dement le fait d'une introduction des rites orientaux en
Espagne, par les Goths, qui se rendirent maîtres de ce
pays au commencement du v^ siècle, et y fondèrent un
établissement si solide et si imposant. Ces barbares, comme
nous l'apprenons de Philostorge (i), de Sozomène(2) et de
Théodoret (3), dans leurs courses à travers l'Asie Mineure,
avaient embrassé le christianisme. Leur fameux évêque
Ulphilas, qui traduisit les saints Evangiles dans la langue
des Goths, vint à Constantinople. Il y puisa malheureu-
sement les erreurs de Tarianisme qui régnait alors dans
cette capitale, par la protection de Valens; mais il dut y
prendre en même temps une plus grande habitude de la
Liturgie grecque, la seule que connaissaient les Goths,
puisque leur conversion au christianisme s'était opérée en
Orient. Nous voyons ensuite, par une lettre de saint Jean
Chrysostome(4), qu'il avait pris un soin tout particulier
de l'Eglise des Goths, et qu'il lui avait même donné un
évêque, nommé Unilas; il est naturel de croire que cet
évêque venu de Constantinople devait en pratiquer la
Liturgie. Quand les Goths furent établis en Espagne, nous
voyons des relations jusqu'alors inconnues s'établir entre
rÉglise de cette Péninsule et celle de Constantinople. Au
vi^ siècle, saint Martin de Brague traduisit du grec en
latin, pour Tusage d'Espagne, les canons des conciles, et
par là donna occasion à l'établissement de beaucoup de
(i) Lib. Il, n» 5, edit. Vales., pag. 470.
(2) Hist. eccles., lib. VI, cap. xxxvii.
(3) Lib. IV, cap. ultimo.
(4) Ad Olympiadem, Epist. XIV, tom. III, pag. 722. Edit. Gaume.
igS DIGRESSION SUR L'HISTOIRE
INSTITUTIONS pratiqucs liturgiques prescrites dans ces canons dressés
LITURGIQUES , , , ., ,,,^ . - , ^
la plupart dans des conciles d Orient. Vers le même temps,
Jean, qui fut depuis abbé de Biclar et évêque de Gironne,
et qui était Goth de nation, s^en alla passer dix-sept ans à
Constantinople oià il se rendit fort savant. Saint Léandre
avait aussi vécu plusieurs années à Constantinople : ce fut
même dans cette ville qu'il se lia d'une amitié étroite avec
saint Grégoire le Grand, qui résidait alors en cette ville,
en qualité d'Apocrisiaire du Siège apostolique, et avec Jean
le Jeûneur, patriarche de Constantinople, qui fut si fami-
lier avec saint Léandre, qu'il lui dédia un opuscule litur-
gique sur le baptême.
La conversion Or, les Goths étant les vainqueurs de l'Espagne, et ayant
*à^rorthodox\e^ apporté avec eux des usages liturgiques spéciaux, la Litur-
le se^conciie §^^ pratiquée dans cette contrée avant la conquête ne pou-
'^5^8^^cf'^îd ^^^^ longtemps subsister sans mélange, et tout portait
le triomphe même à croire qu'elle finirait par succomber. Il veut, sans
des rites \ ^ , ,
orientaux doute, des degrés, dans cette transformation ; des réclama-
en Espagne. .
tions durent s élever, tant de la part des conciles que de la
part du Siège apostolique : la lettre du pape Vigile à
Profuturus se place naturellement à cette époque, ainsi
que le concile de Brague de 563, que nous avons cité plus
haut. Un grand événement décida du triomphe absolu de
la Liturgie gothique sur l'ancienne : ce fut la conversion
totale de la nation des Goths à l'orthodoxie, dans le troi-
Saint Léandre sième concile de Tolède, en 589. Saint Léandre, qui fut,
principal • • i- n j ' j
rédacteur de la pour amsi dire, 1 auteur de ce grand œuvre, est en même
gothi^que temps le principal rédacteur de la Liturgie gothique qui,
^^^ danïïa^^^^ ^^^ ^^^^^ époque, devint Tunique Liturgie d'Espagne. Il est
^bérique^ naturel de penser que la préférence donnée, dans son tra-
vail et dans celui des autres liturgistes qui vinrent après
lui, aux formes orientales, jusqu'alors les seules suivies par
les Goths, fut motivée sur la nécessité de les rallier plus
sûrement au symbole de l'ancienne Église espagnole, en
écartant tout ce qui aurait pu être objet de tentation pour
DES LITURGIES PARTICULIERES D OCCIDENT I99
une foi encore chancelante. Au reste, comme nous venons i partie
, . j/.v CHAPITRE VIII
de le dire, la transformation des deux rites était deja pour — =--
ainsi dire accomplie, avant même le concile de Tolède ;
mais depuis cette grande époque, l'Eglise espagnole, deve-
nue église purement gothique, s'appliqua à réunir toutes
les provinces dans la pratique des mêmes usages, et c'est à
cette intention que fut porté, dans le quatrième concile de
Tolède, en 633, le canon dont nous avons cité les dispo-
sitions formelles, ci-dessus, au chapitre vi.
Toutefois cette Liturgie gothique ne se composait pas Rapports de la
, .^ . Liturgie
uniquement d'un fonds de prières orientales : on y ren- gothique avec
, - . . .... la Liturgie
contre quelquefois, quoique en petit nombre, des oraisons, romaine
des répons, des fêtes d'une origine entièrement romaine, ^ gaiijcanef ^
qui montrent la première source des rites sacrés en Espagne,
On y trouve, en outre, beaucoup d'analogies avec la Li-
turgie gallicane, et ce dernier fait a donné matière à une
controverse entre les savants qui ont traité de la Liturgie
gothique. Les uns, comme les PP. Lesleus et Pinius,
soutiennent, dans les ouvrages déjà cités, que la Liturgie
gallicane est émanée de la gothique ; d'autres, parmi
lesquels Dom Mabillon (i)et le P. Lebrun, prouvent contre
eux que la Liturgie gallicane est antérieure à l'époque à
laquelle a dû se former la gothique.
Nous avons montré, en effet, comment l'origine des
principales Églises des Gaules est orientale : ce qui explique
suffisamment l'existence d'une Liturgie, dans ces contrées,
totalement différente de la romaine, et, par suite, analogue
en quelque chose à la gothique, dont la source est la même.
Nous avons donné les noms des principaux auteurs de la
Liturgie gallicane, saint Hilaire, Musseus, saint Sidoine
Apollinaire, etc., qui, certes, n'ont pas été chercher en
Espagne les usages antiques qui furent corrigés et réformés,
plutôt qu'institués, par eux. De plus, on ne s'expliquerait
{i) DeLiturgiaGallicana, lib. I, cap. iv.
200 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
INSTITUTIONS pas cctte influence si intime de l'Eglise d'Espagne sur
celle des Gaules, influence qui ne serait justifiée par aucun
monument historique, ni même rendue possible par aucun
genre de primauté de Tune de ces Églises à l'égard de l'au-
tre. Il est vrai que, dans le canon du quatrième concile de
Tolède, il est statué qu'il yi'y aura qu'un inême ordre pout^
la prière et la psalmodie dans toute l'Espagne et la Gaule;
mais tout le monde sait qu'il ne peut être ici question que
de la Gaule narbonnaise, soumise alors aux mêmes lois
que l'Espagne elle-même. Or, outre que le rite gallican
était formulé longtemps avant ce concile, et qu'il était et
est resté, en somme, différent sur beaucoup de points du
rite gothique proprement dit, il serait absurde de suppo-
ser^ que la Gaule narbonnaise eût fait adopter tous ses
usages aux autres provinces des Gaules. Tout au contraire,
il faudra expliquer les incontestables rapports des deux
rites, gallican et gothique, par l'intention fort raisonnable
qu'eurent les compilateurs de ce dernier rite d'y retenir, ou
d*y insérer quelque chose qui fût analogue aux usages de
la Gaule narbonnaise, par le même motif qui leur avait
fait garder plusieurs formules et fêtes romaines, et qui les
avait portés à conserver pour fond principal les prières
orientales de la Liturgie gothique.
L'Église Nous terminerons ce que nous avions à dire de la
p?î-v^em\ Liturgie gothique, appelée plus tard mo\arabe (du nom
iftur'^^^ue^dans ^^^^ lequel OU désignait les chrétiens qui vivaient sous
son sein, \^ domination des Maures), par les deux observations
mais elle ne / ^ a
parvient pas suivantes :
à garantir ,
Torthodoxie de jo L'Eglise gothique d'Espagne parvint à établir dans
ses livres
son sein l'unité liturgique; elle dut cet avantage au zèle
de ses évêques et à la protection de ses rois. Mais si
elle put faire qu'une prière uniforme retentît dans tous ses
temples, elle ne put garantir toujours l'entière pureté, l'or-
La Liturgie , , • , . .. t t v • • '
romaine seule thodoxie de ces memes prières. La Liturgie romaine
est vierge de , . , iit^ v • i
toute erreur, seule est Vierge de toute erreur, comme 1 Eglise qui la
DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT 201
promulgue. Vers la fin du viii« siècle, Félix, évêque ^ partie
Jr O 7 7 1 CHAPITRE VIII
d'Urgel, et Elipand, archevêque de Tolède, troublèrent "
un moment l'Église en prêchant une hérésie qui aurait fait Vers la fin
. . du viii^ siècle
rétrograder le christianisme jusqu'aux dogmes impies Félix, évêque'
d'Arius. Non contents de s'appuyer sur de fausses citations et Eii^paVd,
des Pères, ils alléguèrent l'autorité de la Liturgie d'Espa- "''tS!"^"
gne, produisant plusieurs passages dans lesquels les une^^ér'^^'
termes à'adoptif et à^ adoption étaient appliqués à Jésus- , analogue
J^ ^ ■* ^ . , . , ^ larianisme et
Chrit, et ajoutant que ces oraisons avaient été récitées et cherchent
, . ^ -TU à l'autoriser
par conséquent approuvées par saint Eugène, saint llde- par des textes
fonse et saint Julien, évêques de Tolède. Il est possible à la Liturgie
aussi que Félix et Elipand eussent altéré par eux-mêmes ^° '^^^^'
les passages susdits. Quoi qu'il en soit, dans l'une et l'autre
hypothèse, le danger des Liturgies nationales n'en était
pas moins mis dans tout son jour. C'est ce que sentirent
les évêques du concile tenu à Francfort en 794, qui,
dans les paroles suivantes, montrèrent éloquemment
qu'une seule Liturgie peut être citée comme vraiment et
nécessairement pure et orthodoxe, savoir la Liturgie de
l'Eglise romaine. « Mieux vaut, » disent-ils aux deux Réponse
, ^ , . , . , . du concile tenu
eveques prévaricateurs, « mieux vaut en croire le temoi- à Francfort
« gnage de Dieu le Père sur son propre Fils, que l'auto- '^^^^'
« rite de votre Ildefonse, qui vous a composé, pour la
« solennité des messes, des prières qui sont telles, que la
« sainte et universelle Eglise de Dieu les ignore, et que
« nous-mêmes ne pensons pas que vous puissiez être
« exaucés en les prononçant. Que si votre Ildefonse, dans
« ses oraisons, donne au Christ le nom âiadoptif, notre
« Grégoire, pontife du Siège de Rome et docteur illus-
« tre dans tout l'univers, l'appelle toujours, dans ses
« oraisons. Fils unique (i). » Les Pères du concile aliè-
(ij Melius est testimonio Dei Patris credere de suo Filio quam Ildefonsi
vestri, qui taies vobis composuit preces in missarum solemniis, quales
universalis et sancta Dei non habet Ecclesia,nec vos in illis exaudiri puta-
202 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
INSTITUTIONS CTuciit ciisuite plusieurs oraisons du Sacramentaire gré-
LITURGIQUES , ^
~ ' gorien.
Aicuin compose Peu après, Alcuin composa un traité en sept livres
un ouvrage \ ^ ^ ^
contre Félix Contre Felix, et il ne manqua pas dV réfuter Tobjection
et le réfute . .
par rautorité que ces sectaires tiraient des oraisons du Missel gothique.
de la Liturgie ^^ j. «i » t-"i- i^' ' '
romaine. « ^l^^ VOUS ayez, dit-il a telix, altère ces témoignages,
« ou qu'ils soient réellement tels que vous les proférez,
« il n'y a pas lieu à s'en occuper beaucoup. C'est bien
« plutôt sur Pautorité de Rome que sur Tautorité de l' Es-
te pagne que nous souhaitons appuyer la vérité de notre
« foi. Ce n'est pas néanmoins que nous réprouvions l'au-
« torité de l'Espagne, dans les choses sur lesquelles elle
« n'est pas en désaccord avec l'Église universelle. Mais
« l'Eglise romaine, qui doit être suivie par tous les
« catholiques et tous les vrais croyants, professe dans la
« solennité des messes, comme dans tout ce qu'elle écrit,
« que c'est le Fils véritable de Dieu qui a daigné se faire
« homme pour notre salut et subir le tourment de la
« Croix (i). » Alcuin cite ensuite les oraisons de la messe
de Noël, du mercredi de la Semaine sainte, etc. Cet évé-
nement porta les évêques d'Espagne à veiller sévèrement
sur la pureté de la Liturgie gothique, et aujourd'hui ces
mus. Etsilldefonsus vesterin orationibus suis Christum Adoptivumnomi-
navit, noster vero Gregorius, Pontifex Romanae Sedis, et clarissi-
mus toto orbe Doctor, in suis orationibus semper eum Unigenitum
nominare non dubitavit. [Concil. Franco for diense. Labb., tom. VII,
pag. 1034.)
(i) Sed sive mutata, sive ut ab eis sunt dicta haec eadem testimonia a te
sint posita, non magnopere curandum est; nos enim Romana plus auc-
toritate quam Hispana, veritate adsertionis et fidei nostrae fulciri deside-
ramus; licetnecilla reprobemus,inhis tamen quaecatholicedicuntur.Unus-
quisque in hoc serefutatum sciât, in quo ab universali dissentit Ecclesia.
Romana igitur Ecclesia quae a catholicisetrectecredentibus sequenda esse
probatur, se per verumFilium Dei et in missarum solemniis. etincaeteris
quoque omnibus scriptissuis,vel inepistolisfaterisolet, eum qui pronostra
salute homo fieri dignatus est, et crucis subire tormentum. [Aîcuinus con-
tra Felicem Urgelitanum, lib. VII, Opp. tom. II, pag. 856.)
DES LITURGIES PARTICULIERES d'OCCIDENT 2o3
livres ne gardent plus aucune trace des erreurs ou incor- i partie
*-' . "^ , ^ CHAPITRE VIII
rections que Ton eut à leur reprocher au viii'' siècle.
Toutefois, on voit que Rome s'en était émue ; car en 918, Un concile
Ordogno, roi de Léon, et Sisenand, évêque de Compos- à Rome en 918
telle, ayant envoyé un prêtre nommé Jean, vers le Siège p^^j^ mrsTe/"^^
apostolique, il s'éleva une discussion sur le Missel gothi- gothique.
que, et il fallut le jugement d'un concile romain tenu
devant le Pape, et dans lequel on examina soigneusement
les prières de ce Missel, pour en certifier la pleine ortho-
doxie (i). Nous verrons bientôt la sollicitude du Siège
apostolique s'alarmer encore des dangers de cette litur-
gie particulière d'une grande Église, et enfin en décréter
Tabolition.
2° L'Église gothique d'Espagne qui fit, comme on vient ^^^^f^^^^^^^^
de le voir, une si fâcheuse expérience des dangers qui admis par le
... concile de
menaceront toujours l'orthodoxie d'une Liturgie particu- Braguede563
,.^ . • ,/i 1 • £ • ' qi-^i défend
liere, vit aussi s élever dans son sein une lausse opinion de chanter dans
que nous retrouverons ailleurs, et dont l'application serait ^^au^unf ^
destructive du caractère traditionnel do la Liturgie. Le „^2?^p°!^^*^^-
c poétique, mais
concile de Braque tenu en 563, en son canon douzième, seulement les
^ ' ^ Psaumes
s'exprimait ainsi : « Il est ordonné que l'on ne chantera et les Écritures.
a dans l'église aucune composition poétique : rien, hors
tt les Psaumes et les Ecritures de l'Ancien et du Nouveau
« Testament; ainsi que l'ordonnent les saints canons (2). »
Les Pères du concile font sans doute allusion à une dispo-
sition du concile de Laodicée, en 3oo, qui ordonne de
rejeter certains psaumes qui avaient été fabriqués et avaient
cours dans le peuple (3). Mais la mesure sage et précise
(i) Baronius, Annal, ad ann, gi8. Ambros. Morales, Chron. Hispan.,
lib. XV, cap, XLVii.
{2) Item placuit ut extra Psalmos, vel canonicarum Scripturarum Novi
et Veteris Testament!, nihil poetice compositum in Ecclesia psallatur:
sicut et sancti praecipiunt canones. [Concil, Bracar., Canon. XII. Labb.,
Tom. IV.
(3) De privatis et vulgaribus psalmis rejiciendis. {Conc. Laodic,
Canon LIX, Labb., tom. I, pag. iboS.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Protestation
du iv*' concile
de Tolède.
204 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
du concile de Laodicée n'avait rien de commun avec la
prohibition vague et générale du concile de Brague qui,
au reste, n'arrêtera point les développements de la Litur-
gie gothique et qui fut énergiquement improuvée par la
protestation du quatrième concile de Tolède,, dont voici
les paroles, au canon treizième qui est intitulé De non
renuendo proniinciare Hymnos,
« Que Ton doive chanter des hymnes, nous avons pour
ce cela l'exemple du Sauveur et des Apôtres ; car le Sei-
« gneur lui-même dit une hymne, comme saint Matthieu
c( nous l'atteste : Et hy?nno dicto^ exierunt in montem Oli^
a veti ;qx l'apôtre Paul écrivant aux Ephésiens, leur dit:
« Implemini Spiritu Sancto, loquentes vobismetipsis in
« psalmis et hj^mnis et canticis spiritualibus. Il existe,
« en outre, plusieurs hymnes composées par un art
« humain, pour célébrer la louange de Dieu et les triom-
« phes des apôtres et des martyrs, comme sont celles
« que les bienheureux docteurs Hilaire et Ambroise ont
« mises au jour. Cependant quelques-uns réprouvent ces
« hymnes parce qu'elles ne font pas partie du canon des
c< saintes Ecritures et ne viennent pas de tradition aposto-
« lique. Qu'ils rejettent donc aussi cette autre hymne
« composée par des hommes, que nous disons chaque
« jour, dans l'office public et privé, à la fin de tous les
« Psaumes : Gloria Patri et Filio, et Spiritui Sancto,
« in secula seculorum. Amen. Et cette autre hymne que'
« les Anges chantèrent à la naissance du Christ dans la
a chair : Gloria in excelsis Deo et in terra pax hominibus
« bonce voluntatis^ les docteurs ecclésiastiques n'y ont-ils
a pas ajouté une suite ? Faut-il donc qu'on cesse de la
ce chanter dans les églises, parce qu'on ne trouve point;
ce cette suite dans les Écritures saintes ? On compose donc-
ce des hymnes, comme on compose des messes, des,
ce prières ou oraisons, des recommandations, des impo-
ce sitions de mains ; et si on ne devait plus réciter aucun(
DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT 2o5
« de ces formules dans l^Édise, autant vaudrait faire i partie
. CHAPITRE VIII
a cesser les offices ecclésiastiques (i). » '
Ce sage canon vengea les véritables principes en ma-
tière de Liturgie, et on ne voit pas que ce zèle indiscret
pour les Écritures saintes, comme seule matière de la
Liturgie, se soit permis, depuis lors, en Espagne, de nou-
velles manifestations. Nous ne tarderons pas à le rencon-
trer en France.
Nous nous sommes appliqué dans les deux chapitres
précédents à recueillir les noms et les travaux des Litur-
gistes de FEglise gothique d^Espagne : nous aurons occa-
sion, dans la suite, de faire connaître en détail ses rites et
ses offices.
Si nous passons maintenant aux Iles- Britanniques pour Les Églises
*' des IleS"*
y explorer la Liturgie qu^on y observait, avant rétablisse- Britanniques
I . . , 1 j-zc 1 ' ont dû recevoir
ment du rite romain, nous trouvons de grandes dimcultes de Rome
pour donner quelque chose de certain. Cette Liturgie prfmitive," m'ais
devait être venue primitivement de Rome, puisque la foi ^^a^yofr'knkF^
fut plantée chez les Bretons par des missionnaires envoyés, ^^^^aUJc^nr^^^
au II*' siècle, par le pape saint Eleuthère, sur la demande
d^un roi de cette île, nommé Lucius. Mais, à cette époque,
la Liturgie romaine devait être encore à son enfance;
et, transplantée dans une région si écartée, isolée promp-
tement de sa source, elle avait dû subir plus d'une altéra-
tion, ou au moins recevoir quelques développements analo-
gues aux moeurs de la contrée. Il y a également des raisons
de penser que la Liturgie gallicane aurait pu fournir aussi
ses formes plus ou moins complètes aux Églises de ces
îles. On sait que saint Patrice, saint Germain d'Auxerre,
saint Loup de Troyes, qui ont eu tant d'influence sur les
églises des Iles-Britanniques, étaient Gaulois, ou du moins
avaient été élevés dans les Gaules. La question qu'adressa
saint Augustin à saint Grégoire^ au sujet de la diversité des
(i) Vid. la Note G.
206 DIGRESSION SUR L^HISTOIRE
INSTITUTIONS Litumles, et la réponse du Pape qui lui permet d^unir
LITURGIQUES t i t • • il- 11
' ensemble les rites romams et gallicans, semble montrer
assez clairement que saint Augustin avait rencontré quel-
ques vestiges de ces derniers dans Tîle qu'il évangélisait,
et qui, bien que retombée en grande partie dans Fidolâtrie,
par suite de Finvasion saxonne, gardait cependant un
faible débris de Tancienne Eglise des Bretons. Quant à
rirlande considérée à part, Mabillon pense que lorsque
saint Bernard raconte, dans la vie de saint Malachie, que
ce grand évêque changea les coutumes barbares des chré-
tiens de cette île pour les usages romains, il faut enten-
dre que jusqu'alors on avait conservé un rite particulier
dans cette île (i). Nous avons parlé ailleurs de FAntipho-
naire du monastère de Benchor, publié par Muratori, seul
débris qui nous reste des formes liturgiques gardées ancien-
nement en Irlande.
V. La Liturgie H nous reste enfin à parler de la Liturgie monastique
ou bénédictine OU bénédictine. De même que la Règle de saint Benoît
telle que saint , .^^ i -n ^ i
Benoît l'a fixée remplaça presque aussitôt .les Règles monastiques qui
^ t^a^règk^*^ Pavaient précédée en Occident^ de même aussi la forme
les^monasrères d'office qui y est établie succéda bientôt aux autres ordres
d'Occident. ^^ psalmodie gardés jusque-là dans les monastères. Nous
détaillerons ailleurs les particularités de cette Liturgie ;
mais nous devons expliquer tout d'abord les raisons de la
dissemblance qui règne entre la forme de l'office monas-
pafrfarche tique et Celle des offices de Rome. On voit par le texte
sciemment des ^^'^'^^ ^^ ^^ Règle de Saint Benoît, que ce saint patriarche
usages romams. g'est écarté à dessein des usages romains, comme lorsqu'il
dit : « Chaque jour^ on chantera à Laudes un cantique tiré
« des Prophètes, savoir le même que chante l'Eglise ro-
« maine, sicut psallit Ecdesia Romana (2). » Amalaire
Fortunat dit à ce sujet : « Nous ne devons pas croire que
(i) De Liturgia Gaîlicana, lib. I, cap. ii. Gerbert, de Veteri Liturgia
Alemannica, disquisit. II, cap. i.
{2) Reg. S. Benedictiy cap. xiii.
I
DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT 207
« cet illustre Père ait ainsi disposé toutes ces choses sans
« mystère; mais, de même que Toffice des clercs ne porte
« aucun préjudice à celui des moines, ainsi, réciproque-
« ment, Toffice monastique confirme celui des clercs (i). »
Walafride Strabon nous donne la raison de cette diffé-
rence dans les offices : « C'est aussi, dit-il, un ordre d'offi-
ce ces louables que celui qu'a donné aux moines le Bien-
oc heureux Père Benoît, lorsqu'il a voulu que ceux que
« leur profession sépare du reste des hommes, s'appli-
« quassent aussi à payer, dans une plus forte proportion
« que les autres, le tribut accoutumé du divin service {2). »
Honorius d'Autun rendant compte, à son tour, du motif de
cette divergence, ajoute encore la considération suivante :
« Il faut savoir, dit-il, que c'est avec une souveraine
« sagesse que cet homme rempli de l'esprit de tous les
« justes a voulu que de même que la vie contemplative
« est distinguée de la vie active par l'habit, elle en fût
« aussi distinguée par l'office divin, rendant plus recom-
« mandable, par ce privilège, la religion de la discipline
« monastique (3). » Aussi voyons-nous que le Siège
apostolique a, dans tous les temps, sanctionné la forme
I PARTIE
CHAPITRE VIII
Raisons de ces
différences
d'après
Amalaire,
Fortunat,
Walafride
Strabon
et Honorius
d'Autun.
(i) Nequaquam itaque fatendum est hune talem patrem absque mys-
terio cuncta disposuisse: et sicut cléricale officium monastico non praeju-
dicat, ita reciproco actu monasticum cléricale comprobat. (Amalarius,
De Officiis divinis, cap. xlviii. D. Mabillon, Vet. Analecta, tom. II,
pag. 96.)
(2) Est etiam ille ordo officiorum laudabilis quem beatus Pater Bene-
dictus monachis constituit observandum, scilicet ut qui proposito a ceete-
ris discernuntur, etiam continuas servitutis penso, aliquid ampiius caete-
ris persolvere studeant. (Walafrid. Strabo, de Rébus ecclesiasticis,
cap. XXV.)
(3) Quaeritur cur sanctus Benedictus aliter monachis horas ordinaverit,
quam mos Ecclesise habuerit, vel cur praecipuus Apostolicorum Grego-
rius hoc sua auctoritate probaverit. Sed sciendum est hoc sapientissima
dispositione provisum, utpote a viro pleno Spiritu omnium justorum,
scilicet ut contemplativa sicut habitu, ita etiam officio ab activa discerne-
,retur et monasticae disciplinae religio hoc privilégie commendaretur. (Ho-
norius Augustodun. Gemma animœ, lib. II, cap. lxv.)
208 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
INSTITUTIONS (Ic l'Officc bénédlctin, comme un précieux reste de Tan-
LITURGIQUES ^ ^j^^j^^ ^^ yj^ moHument de la piété monastique qui doit
paraître surtout dans la célébration incessante des offices
divins.
Points de D'un autre côté, TOrdre bénédictin, pour montrer son
'^^Lhurgie ^ attachement à TÉglise romaine, s'est fait de bonne heure
"^^la^UturgiT^^ ^1^ devoir de compléter Fensemble de ses offices, en
romaine. adoptant, aves les fêtes du Calendrier romain, toutes les
pièces du Responsorial grégorien qui se trouvaient com-
patibles avec la forme de l'office monastique ; et, quant à
ce qui est du saint sacrifice de la messe, dans tous les
temps et dans tous les lieux, il s'y est toujours servi des
Sacramentaires et Antiphonaires romains. Seulement,
on voit par plusieurs anciens manuscrits des principaux
monastères de l'Europe, que, jusqu'à une époque assez
rapprochée, les Sacramentaires dont se servaient les
moines, quoique formés du grégorien pour la plus
grande partie, avaient retenu plusieurs choses du gélasien.
Familles La Liturgie monastique est suivie par toutes les
de moines qui ^.,11 • • 1 ^^.ii «t^a
suivent familles de moines qui gardent la règle de saint Benoit,
monasd^que. et SOUS ce nom il faut entendre, non-seulement les moines
noirs proprement dits, mais encore les camaldules, les
cisterciens, les olivétains, ceux de Vallombreuse, les
célestins et même les chartreux, quoique ces derniers
aient retenu plusieurs coutumes qui leur sont propres.
Conclusions. Nous conclurons ce chapitre en faisant ressortir,
suivant notre usage, les inductions qui se présentent à la
suite des faits qui y sont énoncés.
En premier lieu, on voit qu'il y a eu dans l'Occident 1
plusieurs Liturgies plus ou moins différentes de la Litur-
gie romaine, et qu'il y en a même encore quelques-unes,
mais que ces Liturgies remontent à une haute antiquité ;
En second lieu, que ces Liturgies particulières ont
toujours tendu à se fondre plus ou moins dans Isl ^
romaine ;
DES LITURGIES PARTICULIERES D^OCCIDENT 209
En troisième lieu, que leur qualité de Liturgies parti-
culières les a souvent exposées au danger de Taltération
et de la corruption ;
En quatrième lieu, que c'est une idée fausse et contra-
dictoire, en matière de Liturgie, que de prétendre n'em-
ployer dans les offices divins que les seules paroles des
saintes Écritures, à Texclusion du langage de la tradition ;
En cinquième lieu, que dans toutes les églises, la Litur-
gie a toujours été considérée comme une chose capitale, à
laquelle le clergé et le peuple prenaient le plus ardent
intérêt; en sorte qu'on n'y pouvait toucher sans exciter
des troubles considérables.
I PARTIE
CHAPITRE VIII
T. I
H
210 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
NOTES DU CHAPITRE VIII
NOTE A
Extrait d'une lettre de saint Charles Borromée, à Monseigneur César
Speciano, Protonotaire apostolique, à Rome. (Lebrun, Explication de la
Messe, tom. II.)
M. R. S. Je dois avoir et je conserve tant de respect pour notre Saint-
Père, qu'il peut être assuré que je prendrai toujours en bonne part tout
ce qu'il aura ordonné; je me sens pourtant obligé de lui représenter
combien serait opposé au service de Dieu ce que je vois qui} résulterait de
la résolution qu'on a extorquée avec peu de sincérité, et par des vues
peu conformes à la bonne volonté de Sa Sainteté. Je dis ceci à l'occasion
du bref accordé, comme vous me le marquez, au gouverneur, pour faire
dire la messe selon le rite romain dans toutes les églises où il ira. Si
notre Saint-Père ne remédie à cette concession, je suis persuadé qu'elle
produira beaucoup d'inconvénients que vous pouvez prévoir vous-même,
à cause de l'usage qu'il pourra faire de la permission qu'il a obtenue
après tant d'empressement.
Il y a dans cette ville un grand nombre d'églises de réguliers où l'on
peut entendre la messe à l'usage de Rome. Sa Sainteté lui avait déjà per-
mis de la faire dire dans sa chapelle, et je ne lui ai jamais refusé une
semblable permission. Qu'est-ce qui l'a pu porter présentement à abuser
de la bonté de Sa Sainteté pour obtenir une chose qu'il ne s'était jamais
avisé de demander depuis tant d'années qu'il est gouverneur, non plus
que ses prédécesseurs, ni le Roi, ni les souverains de cet Etat, ni même
les légats qui ont passé par ici, ou qui y ont demeuré, autant que je
puis le savoir? Je puis citer un exemple dont j'ai été témoin, c'est celui
du cardinal Moroni qui, quoique légat avec une pleine autorité, étant
venu au Dôme, entendit une messe basse suivant le rite ambrosien ; et le
Visiteur apostolique n'y a jamais dit la messe, pour ne pas introduire
dans cette église un usage différent de celui qui est si ancien.
Quand il a été nécessaire pour la commodité des prêtres étrangers,
Ou des religieux qui faisaient la quête, je leur ai facilement accordé de
dire la m.esse suivant leur rite dans les lieux du diocèse où il n'y a ni
église, ni chapelle du rite romain, et quoique je l'aie fait avec restric-
tion, cela n'a pas laissé de causer quelquefois des murmures et du déplai-
sir au clergé. Lorsqu'une fois je permis de la dire dans l'église de Saint-
Ambroise de Milan pour favoriser la dévotion d'un religieux, qui ne
devait la dire que dans une chapelle obscure et secrète, on en fit tant de
DES LITURGIES PARTICULIERES d'oCCIDENT 2 I I
bruit et il y eut tant de dépositions, que je fus d'abord ^obligé de larévo- i PARTig
quer, en sorte qu'elle n'eut aucun effet. chapitre yiii
Je laisse à juger ce que produirait cette permission accordée à un
magistrat aussi considérable qu'est le gouverneur qui, 'sans aucun besoin,
s'en servirait dans les principales églises de la ville où il a accoutumé
d'aller accompagné d'un grand nombre de personnes, particulièrement
les jours de fête et lorsqu'il y a musique Vous parlerez à notre Saint-
Père conformément à cette lettre, afin qu'il remédie à cette conces-
sion......
De la Vallée de Gerça, le 12 novembre 1578.
NOTE B
Cœtus honorifici decus et gradus ordinis ampli,
Quos colo corde, fide, religione patres :
Jamdudum obliti desueto carminé plectri,
Gogitis antiquam me renovare lyram.
En stupidis digitis stimulatis tangere chordas,
Gum mihi non solito currat in arte manus.
Scabrida nunc resonat mea lingua rubigine verba,
Exit et incompto raucus ab ore fragor.
Vix dabit in veteri ferrugine cotis acumen,
Aut fumo infecto splendet in aère color.
Sed quia dulcedo pulsans quasi malleus instat;
Et velut incude cura relisa terit.
Pectoris atque mei succenditis igné caminum
Unde ministratur cordis in arce vapor;
Obsequor hinc, quia me veluti fornace recocto,
Artis ad officium vester adegit amor.
Gelsa Parisiaci cleri reverentia pollens,
Ecclesiae genium, gloria, munus, honor.
. Carminé Davidico divina poemata pangens,
Gursibus assiduis dulce revolvit opus,
Inde sâcerdotes, Leviticus hinc micat ordo,
lllos canities, hos stola pulchra tegit.
lUis pallor inest, rubor his in vultibus errât,
Et candent rutilis lilia mixta rosis.
Illi jam senio, sed et hi bene vestibus albent,
Ut placeat summo picta corona Deo.
In medio Germanus adest, antistes honore.
Qui régit hinc juvenes, subrigit inde senes.
Levitae praeeunt ; sequitur gravis ordo ducatum ;
Hos gradiendo movet, hos moderando trahit.
Ipse tamen sensim incedit, velut alter Aaron;
Non de veste nitens, sed pietate placens.
212 DIGRESSION SUR L^HISTOIRE
INSTITUTIONS Non lapidcs, coccus cidarim, aurum, purpura, byssus,
LITURGIQUES E^^omaiit humeros, sed micat aima fides.
Iste satis melior veteri quam lege sacerdos,
Hic quia vera colit, quod prius umbra fuit.
Magna futura putans, praesentia cuncta refellens,
Antea carne carens, quam caro fine ruens.
Sollicitus, quemquam ne devoret ira luporum,
Colligit ad caulas pastor opimus oves.
Assiduis monitis ad pascua salsa vocatus,
Grex vocem agnocens, currit amore sequax.
Miles ad arma celer, signum mox tinnit in aures,
Erigit excusso membra sopore toro.
Advolat ante alios, mysteria sacra requirens,
Undique quisque suo templa petenda loco.
Flagranti studio populum domus irrigat omnem,
Certatimque monent, quis prior ire valet.
Pervigiles noctes ad prima crepuscula jungens,
Construit angelicos turba verenda choros.
Gressibus exertis in opus venerabile constans,
Vim factura polo, cantibus arma movet.
Stamina psalterii lyrico modulamine texens,
Versibus orditum carmen amore trahit.
Hinc puer exiguis attemperat organa cannis,
Inde senex largam ructat ab ore tubam.
Cymbalicse voces calamis miscentur acutis,
Disparibusque tropis fistula dulce sonat.
Tympana rauca senum puerilis tibia mulcet,
Atque hominum reparant verba canora lyram.
Leniter iste trahit modulus, rapit alacer ille,
Sexus et aetatis sic variatur opus.
Triticeas fruges fervens terit area Christi,
Horrea quandoquidem construitura Dei.
Voce Creatoris reminiscens esse beatos,
Quos Dominus vigiles, dum redit ipse, videt.
In quorum meritis, animo, virtute, fideque,
Tegmine corporeo lumina quanta latenf !
Pontificis monitis clerus, plebs psallit et infans,
Unde labore brevi fruge replendus erit.
Sub duce Germano felix exercitus hic est,
Moses, tende manus, et tua castra juva.
(Venant a Fort unati opéra, lib. II, caputxiii. Edit. Luchi.)
NOTE G
De hymnis etiam canendis, et Salvatoris et Apostolorum habemus exem-
plum : nam et ipse Dominus hymnum dixisse perhibetur, Matthseo Evan-
DES LITURGIES PARTICULIERES D OCCIDENT 2l3
gelista testante :Et hymno dicto, exierunt in montem Oliveti. (Matth. xxvi.) i partie
Et Paulus Apostolus ad Ephesios scripsit, dicens : Implemini Spiritu, lo- chapitre viii
quentes vos in psalmis, et hymnis, et canticis spiritualibus. (Ephes. v.) Et
quia nonnulli hymni hurnano studio in laudem Dei, atque Apostolorum
et Martyrum triumphos compositi esse noscuntur^ sicut hi quos beatissimi
Doctores Hilarius atque Ambrosius ediderunt, quos tamen quidam specia-
liter reprobant, pro eo quod de Scripturis sanctorum canonum, vel apos-
tolica traditione non existunt; respuant ergo et'illum hymnum ab homi-
nibus compositum, quem quotidie publico privatoque Officio, in fine om-
nium psalmorum dicimus : Gloria et honor Patri, et Filio, et Spiritui
sancto, in secula seculorum. Amen. Nam et ille hymnus, quem, nato in
carne Christo, Angeli cecinerunt : Gloria in excelsis Deo, et in terra pax
hominibus bonce voluntatis; reliqua quas ibi sequuntur, ecclesiastici Docto-
res composuerunt. Ergo nec idem in Ecclesiis Scanendus est, quia in Scrip-
turarum sanctarum libris non invenitur. Componuntur ergo hymni, sicut
componuntur missae, sive preces vel orationes, sive commendationes, seu
manus impositiones : ex quibus si nuUa dicantur in Ecclesia, vacant Offi-
cia omnia ecclesiastica. {Concil. Toletanum JVj canon, xiii.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE IX
AUTRE DIGRESSION SUR l'hISTOÏRE DES LITURGIES ORIEN-
TALES : — LITURGIES APOSTOLIQUES ; — GRECQUE MEL-
CHITE ; *— COPTE, ÉTHIOPIENNE, SYRIENNE, ARMÉNIENNE,
POUR LA SECTE MONOPHYSITE ; — COPTE, SYRIENNE, ARMÉ-
NIENNE UNIES ; — MARONITE ; -^ ET CHALDÉENNE, POUR LA
SECTE NESTORIENNE.
Les Églises Lcs Liturgîes des Églises de POrient offrent à Tobserva-
au^ixe s?ède^ teur un spectacle bien différent de celui que lui présentent
toufSîfférent ^^^ Liturgies de FOccident. Déjà notre histoire est arrivée
présentenïïe^s ^^ ^^^ siècle, et les progrès de la Liturgie dans PÉglise
Églises latine, loin de s'arrêter, promettent de s'étendre et de se
d'Occident, , ' ., . - . .
spécialement développer dans les siècles suivants : dans PEglise orien-
au point de vue , . i^i -k ^ , a*/-.
de la Liturgie, taie, au contraire, des le ix* siècle, tout s apprête a finir
pour la Liturgie, comme pour Funité et la dignité du
christianisme.
Point de départ Cependant le point de départ de la Liturgie dans FOrient
de la Liturgie ^ . ,, t • • i ^ •
imposant fut imposant : elle commença, comme Liturgie chrétienne,
à Jérusalem, non-seulement par les actes et les paroles du
Rédempteur des hommes, mais encore par les ordonnances
des Apôtres qui fixèrent, ainsi que nous Favons dit, la forme
dans laquelle devaient être célébrés les mystères chrétiens.
Devant traiter, dans une des divisions spéciales de cet
ouvrage, tout ce qui a rapport aux livres liturgiques de
toutes les Eglises, nous ne ferons ici qu'une brève énumé-
ration des diverses formes usitées dans les Églises orien-
tales, pour les offices divins,
aijostoilques D'abord, viennent les Liturgies apostoliques. Celle
DIGRESSION SUR LES LITURGIES ORIENTALES 2x5
attribuée à saint. Jacques est la principale et la plus authen- i partie
/ / ,. / 1 ^,, ^ CHAPITRE IX
tique, au moins dans la générante de sa teneur. Elle fut
longtemps suivie dans l'Église de Jérusalem, à Fexclusion
de toute autre, et Ton voit assez clairement que c'est cette
Liturgie que saint Cyrille explique dans ses Catéchèses.
Il paraît démontré que FEglise de Jérusalem la gardait La Liturgie de
encore au ix^ siècle, puisque Charles le Chauve, dans une ^ ^^la p^iuT^^'
lettre au clergé de Ravenne, atteste avoir fait célébrer en usitée encore^àu
sa présence les saints mystères, suivant la Liturgie de ^^^ rl^nse^^^
Jérusalem, composée par l'apôtre saint Jacques, Depuis de Jérusalem,
lors, l'autorité du patriarche de Constantinople a interdit, célébrée qu'une
. . fois par an,
même à Jérusalem, l'usage de cette Liturgie, hors le 23 d'oc-
tobre, jour où cette Église célèbre la fête de saint Jacques.
Tous les autres jours de l'année, on doit employer les
Liturgies usitées à Constantinople, et dont nous allons
parler bientôt.
L'Église d'Antioche, dans l'origine, dut se servir d'une L'Éçiise
forme liturgique instituée par saint Pierre, puisque le qui^a dû s^e
Prince des apôtres fut le premier évêque de cette ville. ^dw^^iturfiS^
Cette Liturgie de saint Pierre n'était-elle point la même saint^fer^4^
que celle de saint Jacques ? si elle en différait, quelle était lj!^^^ i^^^e
sa forme ? Ces questions sont aujourd'hui devenues à peu Constantinople
■^ comme tous les
près insolubles. Il est vrai que les jacobites de Syrie, qui Grecs meiçhites,
ont dans leurs livres un grand nombre de Liturgies ou
Anaphores, en ont une qui porte le nom de saint Pierre :
mais l'autorité de ces sectaires est complètement nulle en
matière de critique.
Quoi qu'il en soit, le patriarche melchite d'Antioche, Origine
ainsi que tout le clergé de son ressort, est contraint de ^^^meicme,
suivre, comme celui de Jérusalem, la Liturgie de Cons-
tantinople, au moins depuis le xii^ siècle. Nous rappelle-
rons ici l'origine du nom de melchite. Après la
condamnation de Dioscore, patron du monophysisme, dans
le concile de Chalcédoine, il s'éleva entre les catholiques
d'Alexandrie et d'Antioche et les disciples d'Eutychès, un
2l6 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
INSTITUTIONS schisiTie violent qui dure encore. Les monophysites
LITURGIQUES
donnèrent aux catholiques le nom de melchites^ formé de
Tarabe melek^ qui signifie partisans du Prince^ parce
qu'ils se conformaient à Tédit de Tempereur Marcien pour
la publication et la réception du concile de Ghalcédoine.
Longtemps, ce nom de melchite a été le synonyme d'or-
II désigne thodoxe : depuis le schisme srec, il ne désigne plus que les
aujourd'hui ^ , ^ . .1,2,.
les Grecs unis Grecs qui soiit unis au patriarche de Constantinople.
au patriarche de . . m • i mi n a • i ' /
Gonstantinopie. Aujourd hui, la Ville d Antioche ayant ete presque entiè-
rement détruite, soit par les guerres, soit par les tremble-
ments de terre, le patriarche melchite a transféré son siège
à Damas. Mais telle est Tignorance et la dégradation du
clergé de ce patriarcat, que Ton est obligé de traduire la
Liturgie du grec en arabe, non-seulement pour Fusage du
peuple, mais afin que les clercs puissent en lire et en com-
prendre les paroles.
La Liturgie L' Église d'Alexandrie, fondée par saint Marc, s'est servie,
de saint Marc, - ,,..,,, - . . .
usitée à dans lantiquite, d une Liturgie qui porte le nom de cet
et aboHe^u^xiie évangéliste, et qui a été complétée par saint Cyrille,
siècle. Depuis le xii^ siècle, l'usage de cette Liturgie est entiè-
rement aboli dans les églises qui dépendent du patriarche
melchite d'Alexandrie. Ce patriarche, qui réside au Grand-
Caire, est astreint, ainsi que tout son clergé, à la Liturgie
de Constantinople.
II. L'Église Enfin, le siège principal de l'Église grecque melchite, la
mlkhite^de Nonvelîe RoTfie^ Constantinople, qui fait subir le joug de sa
se^sert deTdeif' Liturgie aux églises qui lui sont restées fidèles, ne connaît
Liturgies que deux Liturgies, au moyen desquelles elle célèbre le
de saint Jean ... , .
chrysostome service divin toute l'année. La première, appelée la Liturgie
saint Basile, de saint Jean Chrysostome, sert tous les jours, sauf les
exceptions ci-après ; c'est la seule qui contienne l'ordre de
la messe et les rubriques. La seconde, qui est celle de saint
Basile, est en usage seulement la vigile de Noël, la vigile
des Lumièr^es ou dejl'Épiphanie, les dimanches du Carême,
sauf le dimanche des Rameaux ; la sainte et grande Férié
DES LITURGIES ORIENTALES 217
OU le jeudi saint ; le samedi saint, et enfin le jour de la
fête de saint Basile. Elle est plus longue que la première ;
mais elle ne contient pas Tordre de la messe et les rubriques :
on les prend dans la Liturgie de saint Ghrysostome. Ce saint
docteur n'est point Fauteur de la Liturgie qui porte son
nom : il paraît même qu'on Ta appelée, jusque dans le
VI® siècle, la Liturgie des Apôtres, Quant à celle qui est
connue sous le nom de saint Basile, il est mieux prouvé
qu'elle appartient à ce saint docteur.
Le premier monument dans lequel on trouve la mani-
festation du pouvoir du patriarche de Gonstantinople sur
la Liturgie des autres Églises patriarcales melchites, est
un passage de Théodore Balsamon, cité par Leunclavius
au livre cinquième de son Droit gréco-romain. Ce juris-
consulte, membre distingué de TÉglise de Gonstantinople,
fut promu au siège d'Antioche en 1186. Il raconte que
Marc, patriarche d'Alexandrie, étant venu àGonstantinople,
prétendit célébrer les saints mystères suivant une Liturgie
particulière, et que lui, Balsamon, en présence de Tempe-
reur, disputa contre Marc, et soutint comme une vérité
incontestable : « Que toutes les Églises de Dieu devaient
« suivre la coutume de la nouvelle Rome, et célébrer le
« sacrifice suivant la tradition des grands docteurs et
« luminaires de la piété, saint Jean Ghrysostome et saint
« Basile (i). »
Non-seulement la Liturgie proprement dite, c'est-à-dire
la forme et les prières de la messe, à l'usage de l'Église de
Gonstantinople, est suivie dans toutes les Églises melchites,
mais encore les livres des offices divins dont on se sert à
Gonstantinople pour la célébration des fêtes de l'année
chrétienne, sont les seuls qui soient en usage dans les
I PARTIE
CHAPITRE IX
Le premier
monument
attestant
le pouvoir du
patriarche de
Gonstantinople
sur la Liturgie
des autres
Églises
patriarcales du
rite grec est un
passage de
Théodore
Balsamon,
canoniste du
xii^ siècle.
Les livres
liturgiques de
Gonstantinople
adoptés par
toutes les Églises
du rite grec ^
uni ou non uni.
(i) Quapropter omnes Ecclesiae Dei sequi debent morem novas Romae,
nimirum Gonstantinopolis, et sacra celebrare juxta traditionem magnorum
doctorum, et luminarium pietatis sancti Joannis Ghrysostomi et sancti
Basilii. (Leunclavius, Jiiris Grœc.Rom., lib. V, pag. 263.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Les livres
liturgiques de
Constantinople
traduits en.
slave par les
saints Cyrille et
Méthodius.
Leur extension
sous cette
forme.
L'Église
ruthène et sa
sœur l'Eglise
moscovite
adoptent
ces livres.
L'Église
ruthène
devenue uniate,
tandis que
l'Église
moscovite
restait
2l8 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
patriarcats d^ Alexandrie, d^Antioche et de Jérusalem.
L'influence de la Liturgie de Constantinople s'est même
étendue au-delà des limites trop restreintes de ces Eglises.
C'est elle que suivent toutes les Eglises du rite grec uni ou
non uni qui se rencontrent en Occident, à Rome même, à
Venise, dans la Fouille, la Calabre, la Sicile, la Corse, etc.
La Liturgie de Constantinople a eu une extension plus
grande encore sous une forme nouvelle que lui donnè-
rent^ au ix^ siècle, les saints Cyrille et Méthodius. Ces deux
vaillants missionnaires, frères par le zèle comme par le
sang et la profession monastique, commencèrent Taposto-
lat des Slaves sur les bords du Danube; et pour faciliter
leurs conquêtes, ils jugèrent utile d'adopter dans le service
divin l'usage de la langue slavonne. Tous les livres de la
Liturgie de Constantinople furent traduits dans cet idiome
par eux ou par l(^urs disciples; et sous cette forme, ils
sont encore en usage dans la Bulgarie, la Serbie, l'Alba-
nie^ la Dalmatie^ l'Esclavonie et la Hongrie. Ils étaient de
même seuls employés dans l'immense métropole de Kiev,
fondée au x® siècle et séparée de l'unité catholique
vers le xiii^.
Cette province ecclésiastique^ la plus vaste de la chré-
tienté, comprenait la Ruthénie et la Moscovie. Au xiv^ siè-
cle, à la suite des invasions mongoles, la Ruthénie fut in-
corporée à la Pologne ; et, grâce à cette union avec un Etat
catholique, les Églises ruthènes, c'est-à-dire la métropole
même de Kiev et ses plus anciennes sufifragantes, rentrè-
rent aux XVI®, xvii^ et xviii'' siècles dans le sein de l'unité
catholique. Les Églises de Moscovie, au contraire, s'en-
têtèrent de plus en plus dans le schisme et en subirent les
conséquences les plus humiliantes.
Elles eurent un instant l'honneur éphémère d'un
patriarcat établi à Moscou en i588 par le patriarche de
Constantinople; mais Pierre le Grand le supprima et
obligea les évêques de ses États à ne plus relever que d'un
I PARTIE
CHAPITRE IX
DES LITURGIES ORIENTALES 219
synode de prélats nommés par lui. L'Église moscovite,
devenue l'Église russe, lorsque Catherine II substitua le
nom de Russie au titre ancien de son empire, n'a aucun schismatique,
est cIg
lien de subordination à l'égard de Gonstantinople, mais nouveau
elle garde fidèlement sa liturgie. Il en était de même des ^rscEfsme,^et^
Églises uniates de Pologne. Nous verrons dans la suite de"riterf?eries
comment cette conformité de rites avec les schismatiques f^ciilt^sa^r^^ne
de Russie leur a été funeste. Aujourd'hui toutes les Églises
uniates des anciennes provinces polonaises soumises à la
Russie ont été successivement absorbées par l'Église schis-
matique; il n'en subsiste plus que deux qui, situées en
Galicie, dans le territoire occupé par l'Autriche, n'ont pas
eu à subir la persécution. Elles suivent encore, comme
leurs soeurs infortunées, la Liturgie de Gonstantinople.
Les livres de cette Eglise ont encore ete traduits en nturgiques de
géorgien et postérieurement en roumain. Dans le premier ^° ^aï^ts^en^^
idiome, ils n'ont servi qu'à un petit peuple du Caucase, géorgien et en
' ~i r r r ^ ^ roumain.
réduit aujourd'hui à quelques centaines de mille âmes;
dans le second, ils sont usités aujourd'hui en Moldavie et
en Valachie, et tendent même à y prévaloir complètement
sur les textes originaux en langue grecque.
Si nous en venons maintenant à rechercher les Liturgies ^^^' ^^^^^^^
des Églises d'Orient qui ne reconnaissent point l'autorité monophysites.
des patriarches melchites, nous trouvons d'abord celles
dont se servent les Coptes, qui vivent sous la juridiction du
patriarche jacobite d'Alexandrie. On sait que l'Église copte Liturgies
est un débris encore considérable de l'hérésie des mono-
physites. Ces Liturgies sont : celle dite de saint Grégoire de
Nazianze, dont ils se servent aux fêtes de Notre-Seigneur
et dans les jours les plus solennels; celle de saint Cyrille,
qui est en usage durant le Carême et l'Avent, et pour la
Commémoration des Défunts; celle enfin de saint Basile^
qu'ils emploient aux autres jours de l'année. Ces Liturgies
sont traduites en langue copte, et telle est l'ignorance du
clergé jacobite, que les livres qui les contiennent^ pour
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Liturgies
éthiopiennes.
^ L'Eglise
éthiopienne
tombée dans
l'hérésie
monophysite.
Liturgie des
monophysites
de Syrie.
Liturgie
arménienne.
220 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
Tusage de Tautel, ont une version arabe en regard du texte
copte, qui n'est presque jamais entendu des prêtres.
L'Eglise éthiopienne, ou abyssinienne^ fondée au
iv" siècle, par saint Frumence, envoyé d'Alexandrie par
saint Athanase, après s'être préservée de l'arianisme,
eut, au v^ siècle, le malheur de tomber dans le mono-
physisme, et depuis lors, elle y est restée plongée. Elle
n'a qu'un seul évêque qui a le titre de métropolitain, et
reçoit son institution du patriarche jacobite d'Alexan-
drie, résidant au Grand-Caire. Outre les trois Liturgies
des Coptes dont nous venons de parler, les Ethiopiens en
emploient dix autres, savoir celles de saint Jean l'Évange-
liste, de saint Matthieu^ des trois cent dix-huit Pères ortho-
doxes, de saint Epiphane, de Jacques de Sarug, de saint
Jean Chrysostome^ une intitulée de Notre Seigneur Jésus-'
Christ, des saints Apôtres, de Cyriaque, enfin de l'impie
Dioscore. Ces Liturgies sont en langue éthiopienne, dia-
lecte qui diffère de l'arabe vulgaire.
Outre les Coptes et leur patriarcat jacobite d'Alexan-
drie, la secte monophysite compte encore de nombreux
adhérents en Syrie, et y vit sous la juridiction d'un pré-
tendu patriarche d'Antioche qui réside dans un monastère
nommé Saphran, à deux journées de Diarbékir. Cette
branche d'eutychiens se sert principalement de la Liturgie
de saint Jacques : mais on trouve dans leurs livres un bien
plus grand nombre d'autres Liturgies. On en compte au-
delà de trente, la plupart composées par les coryphées du
monophysisme, tels que Jacques d'Edesse et Philoxène.
Ces Liturgies sont généralement en langue syriaque.
La troisième Eglise infectée de l'eutychianisme, après
celle des Coptes et celle des Syriens, est l'Église des Armé-
niens. Elle est présidée par un patriarche qui porte le
titre de catholique et réside à Edchmiatsin, près d'Érivan.
Trois autres patriarches inférieurs viennent après lui,
savoir ceux de Sys en Cilicie, de Cachabar et d'Achtamar
DES LITURGIES ORIENTALES 221
dans l'Asie Mineure. L'Église arménienne a une Liturgie cHApfTjE^ix
qui lui est particulière. C'est un composé, en langue '
arménienne, de diverses prières extraites des Liturgies
grecques, et qui sont même restées sous les noms de Liturgie,
saint Basile, de saint Athanase et de saint Jean Chrysos-
tome. Le reste appartient exclusivement à l'Eglise armé-
nienne, et l'on ne peut disconvenir que cette Liturgie,
qui est écrite dans la langue nationale, ne soit d'une
grande beauté.
Parmi les Coptes, les Syriens et les Arméniens, on ^^Lri^nï^'
compte un certain nombre de catholiques qui reconnais- ^^ Arméniens
^ ^ ^ ^ catholiques
sent la distinction des deux natures en Jésus-Christ et . suivent la
Liturgie de leur
sont soumis à l'autorité du Siège apostolique. Ils obser- nation, sauf
les corrections
vent la Liturgie en usage dans leur nation, sauf les exigées par
1 ^ • ^ '^ ' j ' X -r» l'orthodoxie.
changements qui ont ete ordonnes a Rome^ pour assurer
l'orthodoxie.
Nous ne devons pas non plus passer sous silence la ^^^'j^JJ^^^t^^
petite nation des Maronites, paisibles habitants du mont
Liban, qui, après avoir suivi les erreurs du monophy-
sisme et du monothélisme, les abjurèrent, au xif siècle,
pour embrasser la foi de l'Église romaine, à laquelle
depuis lors ils sont restés inviolablement attachés. Ils sont
régis par un patriarche qui reçoit de Rome le pal Hum.
Leurs Liturgies qui sont en langue syriaque, ont été
imprimées à Rome pour leur usage et sont au nombre de
quatorze, savoir : de saint Xyste, pape de Rome, de saint
Jean Chrysostome, de saint Jean l'Évangéliste, de saint
Pierre, prince des apôtres, des douze Apôtres, de saint
Denys, disciple de saint Paul (i), de saint Cyrille, de saint
Matthieu, pasteur, de Jean Barsusan, de saint Eustache,
de saint Maruthas, de saint Jacques, frère du Seigneur,
de saint Marc, et une seconde de saint Pierre.
Outre les Liturgies qui sont, à proprement parler, les
(i) C'est plutôt celle de Denys Barsalibi, célèbre jacobite.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Des livres de
l'office divin
dans ces Églises.
V. Liturgies
des nestoriens.
Les nestoriens
appelés
Chaldéens ou
chrétiens
orientaux.
L'archevêque
deGoa,Menezès,
corrige au
xvi^ siècle une
des liturgies
nestoriennes
et traduit le
Missel romain
en syriaque,
dans
l'espérance
de faciliter la
conversion
des Chaldéens.
Le principe de
l'unité
liturgique
22!i DIGRESSION SUR L HISTOIRE
prières de Tautel, les diverses Églises que nous venons de
nommer ont d'autres livres pour les offices divins et la
célébration des fêtes, lesquels s'écartent en beaucoup de
choses de ceux de PÉglise melchite^ bien qu'ils conservent
avec ces derniers certains rapports dans le style et la forme
des prières.
II nous reste encore à parler des nestoriens et de leurs
Liturgies. Ces tristes débris d'une malheureuse secte non
moins subversive du mystère fondamental du christia-
nisme que le monophysisme qui lui succéda sans la détruire,
portent vulgairement le nom de Chaldéens ou Chrétiens
orientaux. Leur patriarche prend le titre de Catholique, et
réside à Bagdad. L'Église nestorienne, qui s'est, étendue
autrefois jusqu'aux Indes, et qui est aujourd'hui considéra-
blement réduite, a trois Liturgies: celle de Théodore de
Mopsueste, qui sert de l'Avent jusqu'à Pâques ; celle des
douze Apôtres, qui sert de Pâques jusqu'à l'Avent; et celle
de Nestorius, qui n'est en usage que cinq jours dans
l'année. Au xvi" siècle, les Portugais ayant formé d'im-
portants établissements dans les Indes Orientales, et
fondé le siège archiépiscopal de Goa, Menezès, archevêque
de cette ville, s'appliqua sérieusement à la conversion
des chrétiens nestoriens du Malabar, et pour garantir
l'orthodoxie de ceux qu'il avait ramenés à la vraie foi, il
corrigea la Liturgie des dou^e Apôtres^ comme la plus
usitée : il fit même traduire le Missel romain en syriaque,
qui est la langue de la Liturgie nestorienne ; mais on ne
voit pas que de grands résultats aient été produits par
ces mesures, qui annonçaient peut-être plus de zèle que de
discernement.
Telle est la statistique générale des Liturgies de
l'Orient. Nous ajouterons à ce tableau les considérations
suivantes.
D'abord, on a dû remarquer le principe de l'unité litur-
gique consacré dans l'Église melchite de Constantinople,
DES LITURGIES ORIENTALES * 223
Alexandrie, Antioche, Jérusalem, etc. Ce fait a une grande i partie
' T^ • 1- -1 T T • • J n • CHAPITRE IX
portée. En premier heu, il explique le maintien de 1 union •
de foi et de discipline entre les différentes familles du consacré dans
schisme grec. Il y a longtemps qu'elles se fussent scindées mdfhfte
entre elles, si ce lien ne les eût pas retenues. Mais com- „ ^5^^^5^^?l
' ^ ^ runite de foi et
ment s'isoler du siège de Constantinople, quand on est de discipline
astreint à suivre la Liturgie de Constantinople ? L'autorité diflpérentes
, -Il ' ^• 11 1 familles du
du patriarche de cette église ne repose-t-elle pas sur le schisme grec.
texte même des prières sacrées dans lesquelles on lit son
nom, la grandeur et la suprématie de son siège ? Le peuple,
aussi bien que le clergé, ne connaît-il pas de cette
manière les droits de VÉvêqiie œcuménique^ qui confirme
les patriarches, comme ceux-ci confirment les métropoli-
tains et les évêques ? Voilà pour le lien de discipline et de
subordination. L'unité de foi s'est gardée aussi par la
Liturgie. Sans aucun doute, si l'Eglise melchite a conservé
jusqu'à présent la foi primitive, à l'exception de quelques
articles, elle le doit à l'inviolabilité des formules saintes, qui
ne sont inviolables que parce qu^étant universelles, on ne
pourrait les changer sans réclamation. On doit se rappeler
le soulèvement qu'excita en 1622, dans l'Église melchite,
le patriarche Cyrille Lucaris, qui avait embrassé, sur
l'Eucharistie, la doctrine calviniste. Les autres patriarches,
dans leur concile de Jérusalem, l'anathématisèrent comme
le violateur des saintes traditions, un novateur qui ren-
versait l'autorité des Pères.
En second Heu, on doit observer ce qui est arrivé à L'unité de la foi
1 . 1 HT^ T 11' • constamment
cette grande province de 1 Eglise melchite qui se nomme menacée dans
l'ÉgUse russe. C'est que, dans son sein, l'unité de foi est dqfuifque^la
constamment menacée, depuis qu'elle a été violemment Liturgie est
T r ^ a la merci du
soustraite par Pierre le Grand au lien qui l'unissait au pouvoir
■^ ^^ séculier.
patriarche de Constantinople, et par là même à sa Litur-
gie. Il est vrai que cette Liturgie existe encore de fait dans
les Eglises russes : mais quelle autorité empêchera le saint
Synode, responsable seulement devant l'Autocrate, d'intro-
224 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
INSTITUTIONS duirc dans cette Liturgie, désormais sans défense, tels
LITURGIQUES ^ ^ ^
dogmes^ telles pratiques que bon lui semblera ? Et comme
la Liturgie est la plus populaire et en même temps la
plus haute prédication, qui retiendra les Églises de la
Russie entraînées d'erreurs en erreurs, par Pascendant
toujours irrésistible des formes liturgiques ? C'est bien ici
le lieu de reconnaître que Tunité entretenue par l'autorité
du patriarche de \di Nouvelle Rome ^ ne pouvait durer qu'un
temps. C'est la retraite d'une armée en déroute. Tant que
les Grecs ont vécu sous le sceptre de l'islamisme^ leur
orthodoxie n'a couru aucun risque : ni le Grand Seigneur,
ni ses pachas ne pouvaient rien prétendre sur la forme à
donner aux mystères d'une religion qu'ils avaient en hor-
reur. Mais pour les Grecs soumis à un prince chrétien, il
en est tout autrement. Leur Eglise n'ayant qu'une autorité
humaine, puisque le centre sur lequel elle repose n'a
point de sanction divine, le prince en question trouvera,
tôt ou tard, que son autorité humaine à lui vaut bien celle
de ses prélats, et il ordonnera dans l'Église ce qu'il enten-
dra. C'est ce que ne manquèrent pas de faire les empe-
reurs de l'ancienne Byzance ; c'est ce qu'ont fait en Russie
empereurs et impératrices; c'est ce que Ton a déjà com-
mencé de voir, dans le petit royaume de Grèce, que son
roi Othon vient de détacher de l'obéissance du patriarche
de Constantinople.
L'unité En troisième lieu, sans parler même de Pépoque de
liturgique, ,. , . ,. • , . . /^ .,,., ,
qui donne la vie dissolution proprement dite, qui doit infailliblement arriver
'^Tatine, ^^^ pour toute Eglise séparée, il est encore une considération
'"^mainten?/^^ importante à faire sur le genre d'unité conservé par PÉglise
dans l'Église grecque dans sa Liturgie. Sans doute les efforts de Tauto-
grecque. . , .
rite patriarcale pour maintenir cette unité et les avantages
qu'elle a produits en retardant la ruine entière du Christia-
nisme en Orient, sont louables, en même temps qu'ils sont
un hommage rendu à la sainte politique du Siège aposto-
lique dans l'Occident; mais d'où vient que l'unité qui donne
DES LITURGIES ORIENTALES 225
la vie dans rÉdise latine est impuissante à la ranimer en i partie
^ . , . . . . CHAPITRE IX
Orient ? G^est que Tunite^qui est la condition d'existence de
toute société, n'est vraiment constituante qu'autant qu'elle
résulte de l'adhérence des membres divers à leur centre
véritable et naturel. Rome est la force vitale de l'Église ca-
tholique, parce que Rome est inamovible dans la foi^ parce
qu'elle est le fondement posé, non par l'homme, mais par
Jésus-Christ. Une Liturgie conforme à celle de Gonstanti-
nople peut donc être orthodoxe de fait ; une Liturgie con-
forme à celle de Rome est à la fois orthodoxe de fait et de
droit. Il est vrai que jusqu'ici la Liturgie des Eglises mel- si la Liturgie
chites ne renferme pas d'erreurs par affirmation, mais elle ^meiclltes^
en renferme par négation, le nom du Pape ne se récitant ^^ contient pas
plus dans les Diptyques^ comme aux premiers siècles, et par affirmation,
les points convenus entre les deux Eglises à Lyon et à Flo- pas exempte par
rence, n'étant l'objet d'aucune confession expresse dans les
prières de l'office, en même temps qu'ils sont expressément
niés par les pasteurs et leurs fidèles.
Toutefois, il est un fait curieux à observer dans les mœurs Quoique
liturgiques de l'Église grecque, c'est que, tout en demeu- ^TunTté ^
rant séparée violemment du Siège de Rome, tout en niant pÉaU^e^g^^cque
expressément sa principauté sur toutes les Églises, dans continue
plusieurs endroits de sa Liturme, elle rend un hommage hommage dans
■; . . , ^ sa Liturgie
a cette principauté. Joseph de Maistre, dans l'admirable à la
y 1 rt -11- 1 1 principauté du
livre duPape^ a recueilli ces passages, que tout le monde siège de Rome.
y a lus avec étonnement (i), et qui retentissent à la fois en
langue slavonne sous les dômes de Kiev et de Moscou, et
en langue grecque dans les églises de Gonstantinople. L'Église grecque
^-y^ . . ^ est comme
Que prouve cette inconcevable contradiction ? Deux choses, un nouveau
V • rxt 1 j IV • 1 1 1" • peuple juif,
a notre avis. D abord, lintention de la divine Providence, qui atteste par
1 , iiT^ !• , ses usages et ses
qui a voulu donner lEglise grecque en spectacle aux croyances,
^ . • ^ ' 'r r 1 ' • l'antiquité des
nations, comme un nouveau peuple juii, afin que, deposi- usages et des
taire des témoignages de l'antiquité^ elle attestât, par le fait lî^^HseTadnl
(i) Du Pape^ liv. I, chap. x.
T. I i5
INSTITUTIONS
IITURGIQUES
Les Grecs
en conservant
La Liturgie
grecque a un
caractère
d'immobilité
226 DIGRESSION SUR l'hiSTOIRE
même de ses croyances et de ses usages, l^antiquité des
croyances et des usages de FEglise latine, à laquelle on ne
peut la soupçonner d'avoir emprunté quoi que ce soit.
Nous, nous voyons, en outre, dans ce fait, une preuve de
plus du sentiment inné dans toutes les Eglises ei fondé sur
la nature des choses, du sentiment, disons-nous, de la
nécessité d'une Liturgie immuable, du moment que les
formes du culte ont été fixées solennellement. Les Grecs
lel^ condamnent ^"^ préféré garder ces textes qui les condamnent, plutôt que
obéissent à ce (j^ scandaliser les peuples par des chans-ements, ou de
sentiment inne ^ . ' .
qui demande porter atteinte à Tunité de leur Église en attaquant, par un
Liturgie soit funeste exemple, l'intégrité de la Liturgie qui maintient
immuable. , . ,
seule cette unité.
En quatrième lieu, on doit remarquer dans la Liturgie
grecque un caractère particulier qui dénote admirablement
çiui la rend la dégradation de TEglise qui l'emploie. Ce caractère,
àTom^^progrts, opposé à la marche de toute véritable orthodoxie, est une
^^ ^^delia^^^"^ immobilité brute qui la rend inaccessible à tout progrès.
^fS^'^4^V.°^ Dans F Église latine, en même temps que les hérésies
de l'Eglise . ^ . . ,
au sein de successives Ont fourni matière aux développements du
laquelle elle est 1 j ' 1 . a a
pratiquée, dogme, les développements du dogme eux-mêmes ont
cherché leur expression dans la Liturgie. De nouvelles fêtes
sont devenues nécessaires ; de nouveaux rites, de nouveaux
offices sont venus tour à tour enrichir Tannée chrétienne
de leurs pompes, sanctifier le peuple fidèle par l'application
des grâces dont ils sont la source. En outre, non moins
féconde que dans ses anciens Jours, l'ÉgUse a produit en
chaque siècle de nouveaux apôtres, de nouveaux martyrs,
de nouveaux docteurs : des pontifes, des confesseurs, des
vierges sont venus ajouter leurs noms à la liste triomphante
de ces héros que nous avaient légués les premiei's âges du
christianisme. La Liturgie latine réfléchit l'éclat de ces
brillantes constellations dont le ciel s'embellit de siècle en
siècle. En vain chercherait-on leurs traces dans les Menées
des Grecs : et non-seulement on n'y rencontre pas les saints
I PARTIE
CHAPITRE IX
DES LITURGIES ORIENTALES 22 7
de rÉglise latine^ mais l'Église grecque est devenue comme
impuissante à en proclamer de nouveaux, dans son propre
sein, du moment que le schisme et Thérésie Font para-
lysée au cœur. Depuis huit siècles, son calendrier n'a pas
fait un pas ; depuis huit siècles, pas une fête nouvelle n'est
venue attester ou Tamour, ou Tespérance, ou la recon-
naissance de cette Église envers celui qui Pavait autrefois
pour épouse. Elle ignore la solennité du saint Sacrement,
les pompes de ce grand jour à la fois si magnifiques et si
touchantes. Elle ignore tout ce qui s'est passé dans le monde
chrétien depuis qu'elle est morte à la grande Unité
romaine. Encore une fois^ ces livres liturgiques, rédigés
à l'âge de la foi et de la vie, maintenant muets, incompris,
immobiles aux mains des pontifes grecs, ne rappellent-
ils pas la Bible conservée^ lue, récitée par les Juifs avec un
respect aussi stérile qu'il est inviolable ? Aussi, cette Liturgie La Liturgie
^ ^ ^ ^ ^ ' ^ grecque
qui porte les noms révérés des Basile, des Chrysostome, impuissante à
tT T^ « ' ' ' • V -ini préserver de
des Jean Damascene, a ete impuissante a garantir de 1 abru- rabrutissement
tissementle malheureux clergé qui la célèbre : et si, dans quel- qui la célèbre.
ques lieux, cet abrutissement n'est pas synonyme d'ignorance
crasse, sila Russie, par exemple, offre unclergéde jour en jour
plus éclairé^ on sait à quoi s'en tenir sur la moralité de
ces prêtres et de ces pontifes qui ont cessé de voir le Chef
du Christianisme dans l'évêque de Byzance, pour le^énérer
dans un Pierre dit le Grand, dans une Catherine II, dans
un Nicolas P^.
Les dimensions de cet ouvrage ne nous permettent pas
de développer davantage ces considérations, en même
temps qu'elles nous ont contraint de nous restreindre au
plus strict laconisme dans le tableau que nous avons tracé
de la situation respective des diverses Liturgies de l'Orient.
Nous finirons ce qui regarde celle de l'Eglise grecque par
la réflexion suivante. Supposons que dès la paix de l'Église,
le Siège apostolique eût pu librement et avec discrétion
amener toutes les Eglises de l'Orient à la pratique de la
com
228 DIGRESSION SUR l'hISTOIRE
INSTITUTIONS Llturgle romaine, à Tusage de la langue latine; que les sou-
■ ^'^"^^^Q^^^ verains pontifes eussent, comme dans l'Occident, réglé avec
Si les pontifes le plus minutieux détail toutes les particularités de l'office
pu'érabil^^^^^^^^ divin, reçu toutes les consultations des Églises d'Orient à ce
liturgique • . ^irimé toutes les questions relatives aux formules
et la langue '^^j^^i "-^ ^ ^
^^?^^. sacrées ou aux cérémonies ; qu'ils eussent prévenu ou
dans l'Orient . i 1 1 • j
comme arrêté le danger des innovations dans la doctrine ou dans
^11 schSmT ' la discipline, par l'établissement de fêtes nouvelles, par la
"^^ ^Mkhei^^ "^^ promulgation de formules de prières obligatoires, en un
nt'ût^'pas mot, par tous ces moyens qui ont fait du calendrier du
^KcmpZT Bréviaire romain une sorte de tableau des nécessités dans
^^ ''deSeï ^^' lesquelles TÉglise s'est trouvée et auxquelles le Saint-Siège
d'une moitié satisfait : supposons, disons-nous, qu'il en eût été ainsi ;
du monde, ^^ . 1 1 /-i / 1 • 1
ompromisepar qu'auraient pu faire Photius et Michel Gerulaire, contre la
cette révolte, ^ ^ . , a ^ *. -t- *■
auraient pris simple résistance passive que leur eut opposée tout cet
'''' c^'ours!'^'^ ensemble à la fois populaire et sacerdotal ? Il est grandement
probable que le schisme n'eût pas si aisément remporté une
victoirequi, d'ailleurs, lui a été longtemps disputée, quoique
déjà tant de causes d'isolement tirées de la langue, de la
nature des institutions patriarcales, semblassent la lui
avoir préparée. Oui, nous le disons avec conviction,
Gonstantinople, Alexandrie, Antioche, Jérusalem, seraient
encore catholiques aujourd'hui, s'il eût été possible
d'astreindre ces Églises au rite et à la langue des Latins ;
et si ces Églises fussent restées unies de fraternité à celles
de l'Occident, il est probable encore que l'islamisme n'eût
point asservi les heureuses contrées qu'elles éclairèrent
longtemps de la vraie lumière ; la civilisation n'y eût point
péri, la race humaine n'eût point vu s'éteindre sa dignité
sous le joug du plus ignoble esclavage ; en un mot, les
destinées de l'Europe et de l'Asie, compromises et retardées
de mille ans par le schisme, se seraient accomplies, et nul
ne sait ce qui serait résuhé de tant de gloire et de tant de
force réunies à tant de vérité et tant d'amour. Mais des
obstacles invincibles s'opposaient à cette union : tant de
I PARTIE
CHAPITRE IX
DES LITURGIES ORIENTALES 229
bonheur n'était pas de la terre. Nous, du moins, catho-
liques de rOccident, apprenons de là à estimer Punité
liturgique dans toutes ses conséquences^ cette unité qui
sera toujours pour nous, tant que nous y serons fidèles, le
premier moyen de Torthodoxie, et, partant, le plus fort lien
de la nationalité catholique. Si elle existe, ne soyons pas
assez malheureux pour la briser : si elle a existé, plaignons
ceux qui ont été assez téméraires pour lever la main contre
elle.
La plupart des considérations que nous venons de faire Les Liturgies
sur la Liturgie de TÉglise grecque melchite, s'appliquent ÉgHs^es^d'OHent
sujettes aux
mêmes
inconvénients
que celle
des melchites,
sont devenues
en outre
l'expression de
dogmes
hérétiques.
naturellement aux Liturgies des Églises copte, éthiopienne,
syrienne, arménienne et chaldéenne. Ajoutons que Tiso-
lement dans lequel vit, à Tégard des autres, chacune de
ces familles d'un christianisme dégénéré, les a mises de
bonne heure en danger de voir, chez elles, la Liturgie se
corrompre et devenir l'expression des dogmes hérétiques.
Sous ce rapport, ces malheureuses Eglises présentent les
traces d'une dégradation qui les met incontestablement au-
dessous de l'Église melchite. Du moins,' les diverses pro-
vinces de celle-ci, tant qu'elles restent à l'état d'Eglises
unies à un centre ecclésiastique, gardent les anciennes
formes du culte ; les erreurs qui les paralysent n'ont pas
même une expression affirmative dans la Liturgie. Les
monophysites et les nestoriens, au contraire, portent de
honteuses traces de leur défection de la vraie foi, et les
noms de Dioscore, de Philoxène, de Jacques d'Edesse, de
Théodore de Mopsueste, et enfin de Nestorius, souillent
jusqu'aux livres de l'autel. De là résulte une sorte d'impos-
sibilité de revenir à l'orthodoxie ; car, pour cela, il faudrait
changer la Liturgie, et la Liturgie est de sa nature une
chose immuable, qui a sa racine dans les habitudes les d'impossibilité
^ ^ ^ ^ ^ de revenir
plus sacrées. L'histoire confirme cette induction de la à l'orthodoxie.
manière la plus lamentable. On a vu souvent des réunions
partielles de ces diverses Églises au Siège apostolique :
L'usage d'une
Liturgie
hérétique met
une Église dans
une sorte
aBo DIGRESSION SUR l'hISTOïRE
INSTITUTIONS j^aîs clks ojit toujours échoué contre le préjugé, si louable
LITURGIQUES / , l > u '
~~ — — ^ — ' — en lui-ms^me, qui poursuit tout changement dans la Litur-
Travaux gie. Cependant Rome ne pouvait recevoir ces familles
des souverains ,,, 'ii^j 11 •/ 1
Pontifes pour separees a une réelle et durable unité, qu après avoir pris
des^Liturgies 1^8 moyens d'arrêter le règne de Phérésie, en réformant le
orientales, ^^^te de la Liturgie dans les endroits où il était impur.
Depuis trois siècles, les souverains Pontifes ont établi à
Rome une Congrégation spéciale pour la correction des
livres de VEglise orientale : mais ces Liturgies, ainsi
expurgées, ont été souvent une pierre de scandale, le texte
de déclamations furieuses pour les sectaires opiniâtres,
l'occasion de rechute pour plusieurs de ceux qui avaient
momentanément ouvert les yeux à la lueur de Tortho'-
doxie.
Concluons de Tensemble des faits énoncés dans ce cha-
pitre, que Tunité et Timmutabilité de la Liturgie sont un
si grand bien^ que les sectes séparées de TOrient lui doi'
vent absolument ce qu'elles ont consçrvé de christia"
nisme ;
Que cette unité ne peut avoir de résultats importants
qu'autant qu'elle provient de la conformité des usages litur-
giques des diverses ÉgHses, avec ceux d'une Eglise mère
et principale;
Que cette conformité étant détruite, une Eglise, qui
s'est ainsi isolée, court les plus grands risques, puisqu'elle
demeure sans contrôle et ne peut plus avoir qu'une ortho-
doxie de fait, qui n'est même pas assurée pour le lende»
main ;
Que la Liturgie tombe au pouvoir du prince, en pro-
portion de ce qu'elle se sépare de l'autorité du chef majeur
ecclésiastique ;
Que la Liturgie, même d'une grande Eglise, se trouvant
être distincte de celle que promulgue l'Eglise mère, devient
par là même étrangère aux perfectionnements qui s'opè-^
rent dans celle-ci ;
DES LITURGIES ORIENTALES 23 I
Oue la Liturgie qui est destinée à sceller la foi des peu- ^ partie
^~ c> ^ i^ CHAPITRE ÏX
pies, puisqu'elle en est la plus haute et la plus sainte "
expression, devient^ quelquefois Tinstrument maudit qui
déracine cette foi, et en empêche le retour ;
Qu'enfin les Églises de TOccident doivent, en considé-
rant les malheurs du christianisme en Orient, s'attacher
fortement à l'unité liturgique qui, à elle seule, eût pu non-
seulement détourner, mais même rendre à jamais impos-
sibles le schisme et l'hérésie qui les ont préparés.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE X
ABOLITION DE LA LITURGIE GALLICANE. INTRODUCTION DE LA
LITURGIE ET DU CHANT DE l' ÉGLISE ROMAINE EN FRANCE.
PREMIÈRE ORIGINE DE LA LITURGIE ROMAINE-FRANÇAISE.
MODIFICATIONS INTRODUITES DANS LE CHANT. AUTEURS LITUR-
GISTES DES IX® ET X® SIECLES.
A partir
du ixe siècle,
tout Fintérêt
de l'histoire
de la Liturgie
est concentré
sur l'Église
d'Occident.
La Liturgie
romaine
triomphe
en France
de la Liturgie
gallicane.
L'Église d'Occident va désormais occuper seule notre
attention; nous continuerons néanmoins d'enregistrer les
noms et les travaux du petit nombre des liturgistes que
rÉglise d^Orient compte encore, dans le cours des siècles
qui nous restent à raconter. Sous le point de vue qui nous
occupe, comme sous tous les autres, Thistoire ecclésiasti-
que des Grecs et des autres chrétiens orientaux tire à sa
fin, passé l'ouverture du ix® siècle : toute la vie, tout
Fintérêt sont transportés en Occident. Aussi verrons-nous
que la Liturgie y est appelée à prendre de grands dévelop-
pements, par Tapplication de ces principes d'unité que
nous avons déjà vus maintes fois promulgués, soit par le
Siège apostolique, soit par les conciles des différentes pro-
vinces de la chrétienté occidentale.
Nous avons laissé notre récit au moment où la Liturgie
romaine, sortant des mains de saint Grégoire le Grand,
préludait à ses futures conquêtes, par son introduction pa-
cifique dans les nouvelles Eglises que les enfants de saint
Benoît fondaient, de jour en jour, dans la Grande-Breui-
gne, la Germanie et les royaumes du nord de l'Europe.
Maintenant un spectacle nouveau s'offre à nos regards. Une
ABOLITION DE LA LITURGIE GALLICANE 233
grande Eglise, toujours demeurée orthodoxe depuis son
origine, TÉglise gallicanej, pourvue d'une Liturgie natio-
nale^ rédigée par les plus saints docteurs, et pure de toute
erreur, renonce à cette Liturgie et embrasse celle de Rome,
afin de resserrer davantage les liens qui Punissent à la Mère
et Maîtresse des Églises, et d'assurer à jamais dans son
propre sein la perpétuité d'une inviolable orthodoxie. La
France dut ce bienfait à ses grands chefs. Pépin et Charle-
magne; mais il est juste de dire que le clergé seconda avec
zèle et franchise les pieuses intentions du souverain. Pour-
quoi faut-il qu'à une autre époque nous ayons à raconter
les efforts de ce même clergé pour anéantir cette unité li-
turgique, si chère à nos pères durant tant de siècles
La race carlovingienne, qui dut au Siège apostolique,
en la personne du pape saint Zacharie, la consolidation de
son avènement à la puissance souveraine, avait été desti-
née par la Providence à rendre à la société chrétienne le
plus grand de tous les services, en fondant l'indépendance
temporelle des Pontifes romains, et en prêtant l'appui de
la force publique à la réformation du clergé, par les im-
mortels Capitulaires que dressèrent les premiers princes
de cette dynastie. Il était temps pour l'Europe haletante
de se reposer dans l'unité d'un gouvernement fort et pro-
tecteur. Charlemagne allait bientôt paraître; mais Pépin
devait l'annoncer au monde et à l'Eglise.
Les violences des Lombards, que ne pouvaient plus ré-
primer les empereurs d'Orient, forçaient désormais les
Papes à se jeter dans les bras des Français, qu'ils avaient
toujours trouvés fidèles au Siège apostolique, et qui sem-
blaient à la veille de recevoir et d'exécuter, de concert avec
l'Église, la haute mission d'organiser un nouvel empire
romain. Les rapports de Rome avec la France devenaient
donc plus fréquents, de jour en jour, et la majesté du Siège
apostolique ne pouvait manquer de subjuguer, comme
toujours, ceux qui allaient conclure avec lui une si étroite
I PARTIE
CHAPITRE X
Mission
des princes
carlovingiens.
Intimité des
rapports
qui s'établissent
entre le
Saint-Siège
et les princes
francs,
ses défenseurs.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Pépin le Bref
députe au
pape Etienne II,
saint
Ghrodegang,
évéque
de Metz, 754.
Ghrodegang
instituteur
des chanoines
réguliers.
Il introduit dans
sa cathédrale
le chant
et l'ordre des
offices
de l'Église
romaine.
Etienne II,
réfugié
en France,
demande à
Pépin d'établir
la Liturgie
romaine dans
les Eglises
de ce pays.
284 ABOLITION
alliance. Il se trouva que Pépin le Bref était à la hauteur
de sa mission : la dureté soldatesque de Charles-Martel
envers TEglise n'avait point passé dans son fils. Il accueil-
lit avec une tendresse filiale la demande de secours que lui
fit, en 764, le pape Etienne II, opprimé par Astolphe, roi
des Lombards, et ce pontife ayant témoigné le désir de
venir chercher en France un asile momentané. Pépin dé-
puta vers lui saint Ghrodegang, évêque de Metz.
Cet illustre évêque préparait alors une œuvre bien im-
portante pour la régénération des mœurs du clergé. Tout,
le monde sait que Finstitution des chanoines vivant sous
une règle, desservant Téglise cathédrale, et observant la vie
commune, la pauvreté religieuse et le vœu d'obéissance à
l'archidiacre, remonte à saint Ghrodegang, et que cette
institution si féconde en fruits de salut pour le peuple, et
d'édification pour le clergé lui-même, fut imitée sous Char—
lemagne par la plupart des évêques de France.
Saint Ghrodegang étant donc allé à Rome chercher le:
pape Etienne, se confirma dans ses projets, sans doute
après avoir été témoin de la vie exemplaire des divers col-
lèges ecclésiastiques qui desservaient les basiliques, et par-
ticulièrement des moines du Patriarchium de l'église d(
Latran. Pour unir davantage le clergé de l'Église de Metz àj
l'Église romaine, et donner aux offices divins une form(
plus auguste, il introduisit dans sa cathédrale le chant el
l'ordre des offices de l'Eglise romaine (r).
Ce fait important, mais isolé, ne tarda pas à être suivi
d'un autre, général et solennel. Le pape Etienne étant en-
tré en France, et ayant été reçu par Pépin avec toute?
sortes d'honneurs, traita avec ce prince, non -seulement
de la liberté et de la défense de l'Église de Rome contre leî
Lombards, mais aussi des nécessités présentes de l'Église d(
(i) Ipsumque clerum abundanter lege divina, Romanaque imbutui
cantilena, morem atque ordinem Romanœ Ecclesiae servare praecepit^
{Pàulus Diaconus, apud Duchesne, Hist, Franc, tom. II, pag. 204.)
DE LA LITURGIE GALLICANE 235
France. Il demanda au roi, en signe de la foi qui unissait ^ partie
' ^ ^ CHAPITRE X
la France au Siège apostolique, de seconder ses efforts
pour introduire dans ce royaume les offices de l'Eglise
romaine, à Texclusion de la Liturgie gallicane. Le roi Le roi accède
,, .,, , /> 1 aux désirs
seconda ce pieux dessem, si conforme d ailleurs a la tranche du pape,
orthodoxie de son cœur, et les clercs de la suite d'Etienne
donnèrent aux chantres français des leçons sur la manière
de célébrer les offices (i). Nous citerons à ce sujet les pa-
roles de l'auteur des Uvres Carolins, ouvrage qui, il est
vrai, ne fut pas écrit par Gharlemagne, mais dont cet em-
pereur a déclaré depuis adopter le fond et la forme. L'au- Chariemagne
^ r r ^ ^ atteste dans
teur parle donc au nom de ce prince : « Plusieurs nations ^ les livres
., '//Il «j Carolins et dans
« se sont retirées de la sainte et vénérable communion de un de ses
,,T% ,. . . tA T •) • • Capitulaires
« ILglise romaine ; mais notre Eglise ne s en est jamais que son père
« écartée. Instruite de cette apostolique tradition, par la la^iturgie
« grâce de Celui de qui vient tout don parfait, elle a tou- ^p/ùf gmnde^
« jours reçu les grâces d'en haut. Étant donc, dès les pre- "?/5^r
f > <^ ^ ^ ^ avec l'Eglise
« miers temps de la foi, fixée dans cette union et cette reli- romaine.
« gion sacrée, mais s'en trouvant en quelque chose sépa-
« rée (ce qui, cependant, n'est point contre la foi), savoir
« dans la célébration des offices, elle a enfin connu l'unité
« dans l'ordre de la psalmodie, tant par les soins et l'in-
« dustrie de notre très-illustre père, de vénérable mé-
« moire, le roi Pépin, que par la présence dans les Gaules
« du très-saint homme Etienne, pontife de la ville de
« Rome; en sorte que l'ordre de la psalmodie ne fût plus
« différent entre ceux que réunissait l'ardeur d'une même
« foi, et que ces deux Églises, jointes ensemble dans la
« lecture sacrée d'une seule et même sainte loi, se trou-
ce vassent jointes aussi dans la vénérable tradition d'une
« seule et même mélodie; la célébration diverse des offices
« ne séparant plus désormais ce qu'avait réuni la pieuse
« dévotion d'une foi unique (2). »
(i) Walafrid. Strabo, De Rébus ecclesiasticis, cap. xxv.
(2) Vid. la Note A.
236
ABOLITION
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
La puissance
temporelle
des Pontifes
romains
constituée
en même temps
par Pépin.
Etienne II
envoie douze
chantres
au roi pour
établir
en France
les traditions
grégoriennes.
Sollicitude
de saint Paul 1er
pour la pureté
des usages
liturgiques et le
développement
de la
civilisation
en France.
Dans le capitulaire dressé en 789, à Aix-la-Chapelle,
Charlemagne exprime formellement Pacte souverain par
lequel Pépin supprima Toffice gallican, pour plus grande
union avec l'Église romaine, et afin d'établir dans l'Eglise
de Dieu une pacifique concorde (i).
Après avoir obtenu ce signalé triomphe en faveur de
Funité liturgique, Etienne repassa les monts, et, peu de
mois après, Fulrade, abbé du Mont-Gassin, déposait, sur
la Confession de Saint- Pierre, les clefs de vingt-deux villes
que Pépin avait arrachées à Astolphe. Ainsi, la puissance
temporelle des Pontifes romains commençait avec le
règne de la Liturgie romaine dans les Églises du royaume
très-chrétien.
Le moine de Saint-Gall nous apprend, dans sa Chro-
nique, que le pape Etienne, pour satisfaire au désir de
Pépin , lui envoya douze chantres qui , comme douze
apôtres, devaient établir dans la France les saines tradi-
tions du chant grégorien (2).
Saint Paul P^ remplaça peu après Etienne sur le siège
de Rome. Il eut aussi des rapports avec Pépin au sujet de
l'introduction récente des usages romains dans TEglise de
France. Remédius , frère de Pépin et archevêque de
Rouen, avait, dans le même but, envoyé à Rome quelques
moines pour y être instruits dans le chant ecclésiastique;
le Pape écrit à Pépin que ces moines ont été placés sous la
discipHne de Siméon, le premier chantre de TEglise ro-
maine, et qu'on les gardera jusqu'à ce qu'ils soient parfai-
(i) Monachi ut cantum Romanum pleniter et ordinabiliter per noctur-
nale et gradale officium peragant, secundum quod beatae memoriae genitor
noster Pipinus rex decertavit ut fieret, quando Gallicanum cantum tulit,
ob unanimitatem apostoiicae Sedis et sanctae Dei Ecclesiae pacificam con-
cordiam. (Baluz. Capitul. Aqiiisgranen. 789, cap. xc.)
(2) Stephanus Papa Pipini bonae voluntati et studiis divinitus inspiratis
assensum praebens, secundum numerum XII Apostolorum, de Sede apos-
tolica duodecim clericosdoctissimos cantilenae ad eum in Franciam direxit,
(Chronicon San-Gallense, lib. I, cap. x.)
DE LA LITURGIE GALLICANE 237
tement exercés dans le chant ecclésiastique (i). Dans une i partie
CHAPITRE X
autre lettre, le Pontife écrit au Roi : « Nous vous envoyons
« tous les livres que nous avons pu trouver, savoir VAn-
« tiphonaire, le Responsal, la Dialectique d'Aristote, les
« livres de saint Denys TAréopagite, la Géométrie, TOr-
« thographe, la Grammaire, et une horloge nocturne (2). »
On voit par ce passage vraiment curieux avec quel détail
les Pontifes romains remplissaient leur tâche de civilisa-
teurs de rOccident, et comment Tadoption des usages litur-
giques de Rome par les Églises de France, tenait à cet
ensemble de faits, qui devait élever si haut la prépondé-
rance de notre nation, quand le grand homme appelé à
combiner tant et de si riches éléments aurait apparu.
Charlemaffne vint enfin. Il n^est point de notre sujet de Chariemagne
, . . . , . .roi des Francs.
décrire ici tant de grandeur, tant de génie, et le sublime
et saint emploi que Chariemagne sut faire de cette gran-
deur et de ce génie; nous donnerons seulement ici quelques
faits de sa vie, pris dans la ligne des événements que nous
racontons.
On sait Tamour filial que Chariemagne porta au pape , .^"^
^ Dr -"^ -"^ les instances
saint Adrien, qui monta sur le Saint-Siège en 772. A .du pape
. . . . A . saint Adrien,
peine ce saint Pontife fut assis sur la Chaire de Saint- Charles achève
^. VI j • r^u 1 1 1 • • l'œuvre d'unité
Pierre, qu il adressa au roi Charles les plus vives ins- liturgique
1 ^ . . , 1 1 -I-. / • commencée par
tances pour le porter a imiter les ex,emples de Pepin, en son père.
propageant la Liturgie romaine ; c'est ce qui est rapporté
dans les livres Carolins, à la suite du passage que nous
avons cité plus haut : « Dieu, y est-il dit, nous ayant à
« notre tour conféré le royaume d'Italie, nous avons voulu
« exalter la grandeur de la sainte Eglise romaine, et obéir
« aux salutaires exhortations du Révérendissime Pape
« Adrien ; c'est pourquoi nous avons fait que plusieurs
« Eglises de cette contrée, qui autrefois refusaient de rece-
(i) Labb. Concil., tom. VI, pag. 1688.
(2 Pauli J Epist. XXV. Apud Gretser.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Charlemagne
demande
à saint Adrien
un nouvel
exemplaire du
Sacramentaîre
grégorien
et en prescrit
l'usage dans
toutes
les Églises
de son empire.
Malgré les soins
de Pépin et de
Charlemagne,
238 ABOLITION
« voir dans la psalmodie la tradition du Siège apostolique^
- « Tembrassent maintenant en toute diligence, et adhèrent
« dans la célébration des chants ecclésiastiques à cette
c( Église, à laquelle elles adhéraient déjà par le bienfait
ce de la foi. C'est ce que font maintenant, comme chacun
« sait, non-seulement toutes les provinces des Gaules, la
c( Germanie et P Italie, mais même les Saxons, et autres
« nations des plages de T Aquilon^ converties par nous,
« moyennant les secours divins, aux enseignements de la
« foi (t). »
Afin d'employer dans rétablissement de Tunité litur-
gique des sources d'une pureté incontestable, quoique
déjà on eût envoyé de Rome à Pépin diverses copies du
Sacramentaire grégorien, Charlemagne ne laissa pas d'en
demander un nouvel exemplaire à saint Adrien (2). Nous
venons de citer le Capitulaire d'Aix-la-Chapelle, en 789,
dans lequel ce prince requiert l'observation du rite ro-
main, tant dans les offices divins qu'à la messe elle-même,
per nocturnale et gradale officium. Les Capitulaires sont
remplis d^allusions à cette mesure, prise dans toutes ses
conséquences. C'est aussi sous l'inspiration de Charle-
magne que le concile de Mayence, en 81 3, décrète que
l'on suivra fidèlement le Sacramentaire grégorien, dans
l'administration du baptême (3).
Mais il était un point sur lequel le génie français résis-
tait, malgré lui-même, aux pieuses intentions de Charle-
(i) Vid. la Note B.
(2) De Sacramentario vero, a sancto praedecessore nostro deifluo Gre-
gorio Papa disposito, jampridem Paulus grammaticus a nobis eum pro
vobis petiit, et secundum sanctae nostrae Ecclesiae traditionem per Joannem
abbatem Excellentiae vestrae emisimus. (Duchesne, Hist, Franc.,, tom. III,
pag. 798O
(3) Sacramenta itaque Baptismatis volumus, ut sicut sancta vestra fuit
admouitio, ita concorditer atque uniformiter in singulis parochiis, secun-
dum Romanum ordinem inter nos celebreistur. (Conc. Magunt in., can. IV.
Labb., tom. VII, pag« 1242.)
t>E LA LITURGIE GALLICANE 2?>g
magne et de Pépin, Ce dernier avait pu, sans doute, intro-
duire le chant de PEglise romaine dans les Eglises de
France; mais il n^était pas en son pouvoir de le faire exé-
cuter avec la perfection des chantres romains, ni de le dé-
fendre, dans toutes les localités, des prétendues améliora-
tions dont rhabileté des clercs français croirait devoir
Fenrichir. Il arriva donc qu'en peu d'années les sources si
pures des mélodies grégoriennes, contenues dans les anti-
phonaires envoyés par Etienne II et Paul P"", s'étaient déjà
corrompues. Jean Diacre, dans la vie de saint Grégoire
le Grand, donne, avec la franchise d'un artiste, les raisons
pour lesquelles le chant grégorien ne s'était pas main-
tenu, sans altération, dans nos églises. Voici ses paroles
pleines de naïveté et sentant quelque peu l'invective.
Le lecteur d'aujourd'hui jugera, à son loisir, jusqu'à
quel point nos chantres de cathédrales, renforcés par les
serpents et les ophicléides, méritent ou ne méritent pas le
reproche d'avoir continué les barbares que l'historiographe
de saint Grégoire immole avec tant de sévérité.
ce Entre les diverses nations de l'Europe, les Allemands
«. et les Français ont été le plus à même d'apprendre et
« de réapprendre la douceur de la modulation du chant ;
ce mais ils n'ont pu la garder sans corruption, tant à cause
« de la légèreté de leur naturel, qui leur a fait mêler du
ce leur à la pureté des mélodies grégoriennes, qu'à cause
ce de la barbarie qui leur est propre. Leurs corps d'une
ce nature alpine, leurs voix retentissant en éclats de ton-
ce nerre, ne peuvent reproduire exactement l'harmonie
ce des chants qu'on leur apprend ; parce que la dureté de
ce leur gosier buveur et farouche, au moment même où
ce elle s'applique à rendre l'expression d'un chant mélo-
c« dieux, par ses inflexions violentes et redoublées, lance
« avec fracas des sons brutaux qui retentissent confusé-
« ment, comme les roues d'un chariot sur des degrés; en
<e sorte qu'au lieu de flatter l'oreilk dea ayditeuxs^
1 PARTIE
CHAPITRE X
les chantres
français
dénaturent
le chant
grégorien.
Plaintes que
ces altérations
arrachent
au biographe de
saint Grégoire.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Dispute entre
les chantres
romains
et les chantres
français
pendant le
séjour de
Charles à Rome
en 787.
Le Roi demande
au Pape
des chantres
habiles
pour rétablir
les traditions
grégoriennes
en France.
240 ABOLITION
« elle la bouleverse en l'exaspérant et en Pétourdis-
« sant (i). »
Charlemagne, qui sentait profondément les beaux-arts,
ne put souffrir longtemps une dissonance qui ne tendait à
rien moins qu'à détruire tout le fruit des nobles efforts
qu'il avait entrepris pour avancer la civilisation des Fran-
çais par rharmonie des chants de l'Eglise, les plus moraux
et les plus populaires de tous. Étant, en 787, à Rome, à
la fête de Pâques, il fut témoin d'une dispute entre les
chantres romains et les français. Ceux-ci prétendaient
que leur chant avait l'avantage, et, fiers de la protection
du roi, ils critiquaient sévèrement les romains. Ces der-
niers, au contraire, forts de l'autorité de saint Grégoire et
des traditions dont son antiphonaire n'avait cessé d'être
accompagné à Rome, se riaient de l'ignorance et de la
barbarie des chantres français. Charlemagne voulut mettre
fin à cette dispute, et il dit à ses chantres : « Quel est le
« plus pur, de la source vive ou des ruisseaux qui, en
« étant sortis, coulent au loin (2)? » Ils convinrent que
c'était la source. Alors le roi reprit : « Retournez donc à
« la source de saint Grégoire ; car il est manifeste que vous
« avez corrompu le chant ecclésiastique (3). »
Voulant remédier aussitôt à cet inconvénient, Charle-
magne demanda au Pape des chantres habiles qui pussent
remettre les Français dans la ligne des saines traditions.
Saint Adrien lui donna Théodore et Benoît, qui avaient
été élevés dans l'école de chant fondée par saint Grégoire,
et il présenta en outre au roi les antiphonaires du même
saint Grégoire, notés par Adrien lui-même, suivant la no-
(i) Ff^. laNoteC.
(2) Quis purior est et quis melior, aut fons vivus, aut rivuli ejus longe
decurrentes? (Caroli Magni vita per monachum Engolismen. Duchesne,
tom. II, pag. 75.)
(3) Revertimini vos ad fontem sancti Gregorii, quia manifeste corru-
pistis cantilenam ecclesiasticam. {Ibidem.)
DE LA LITURGIE GALLICANE
241
I PARTIE
CHAPITRE X
tation romaine. Il y avait donc dès lors une manière de
noter le chant ecclésiastique. Gharlemagne étant de retour
en France, plaça un de ces deux chantres à Metz et Pautre
à Soissons, et donna ordre à tous les maîtres de chant
des autres villes de France de leur présenter à corriger
leurs antiphonaires, et d'apprendre d'eux les véritables
règles du chant. Ainsi furent rectifiés les antiphonaires de
France que chacun avait corrompus à sa guise, ajoutant
ou retranchant sans règle et sans autorité, et tous les
chantres de France apprirent la note romaine qui, depuis,
a été appelée note française (i). Nous avons suivi, dans
cet intéressant récit, le moine d'Angoulême, historio-
graphe de Gharlemagne, dont le récit est confirmé par
Jean Diacre dans la vie de saint Grégoire le Grand,
et par Ekkehard , dans la vie du B. Notker, dit le
Bègue (2).
Ges trois auteurs ajoutent que ce fut à Metz que le
chant grégorien sMleva à un plus haut point de perfec-
. devient la plus
tion, en sorte que lecole de Metz remportait autant sur célèbre de toute
les autres écoles de France qu^elle le cédait elle-même à
celle de Rome. Le chroniqueur d'Angoulême ajoute que
les chantres romains instruisirent aussi les français dans
Tart de toucher Torgue (3).
L'école
des chantres
de Metz
(i) Vid, la Note D.
(2) ActaSS.Aprilis., tom. I, ad diem VI, pag, 582.
(3) Similiter erudierunt Romani cantores supradicti cantores Franco-
rum in arte organandi. Ibidem.
Les trois écrivains que cite ici l'auteur, parfaitement d'accord sur le
fond de cette histoire, diffèrent sur quelques détails. Ils rapportent do
la même façon la dispute des chantres romains et français, l'intervention
et la sage décision de Gharlemagne. Le moine d'Angoulême raconte
ensuite que le Pape donna à l'empereur deux chantres romains, Théodore
et Benoît, qui vinrent à Metz fonder l'école de chant. Jean Diacre et
Ekkehard disent, au contraire, que Charles laissa près du Pape deux clercs
de sa chapelle, qu'Adrien les instruisit de la tradition romaine et que,
revenus en France, ils l'enseignèrent â l'école de Metz. Après leur mort,
la confusion se mit de nouveau dans les usages des églises de France.
T. I 16
242 INTRODUCTION DU CHANT
INSTITUTIONS Ccttc supédorité dont Técole de Metz conservait encore
LITURGIQUES ^
la réputation au xii® siècle, sur les écoles de chant
La supériorité des autres Cathédrales de France, est due sans doute à la
de l'école de
Metz, discipline que saint Ghrodegang avait établie parmi ses
maintenue , . t i- • i i •
jusqu'au chanomes. Les traditions de ce genre devaient se conser-
^"^en^ p^artie ^^ ^'^i* plus pures dans cette église dont le clergé gardait avec
^ introduite^^ ^^^^ ^^ régularité les observances de la vie canoniale. Il y
cErode^Tn ^ longtemps qu'on a remarqué que les traditions du chant
parmi ecclésiastique se gardaient mieux dans les corps religieux
ses chanoines. , , . i o
que dans le clergé séculier. Les exemples ne nous man-
queraient pas ; mais nous avons voulu simplement ici
constater un fait qui a son genre d'importance.
V
I Charlemagne recourut alors une seconde fois à Adrien, qui lui envoya
deux chantres de l'école fondée par saint Grégoire. Jean Diacre ne les nomme
pas et dit seulementqu'ils trouvèrent la tradition beaucoup mieux conservée
à Metz que dans les autres églises et que par leurs leçons ils assurèrent à
cette école une complète et durable supériorité. Ekkehard est plus explicite;
il nomme les deux chantres envoyés par Adrien, Pierre et Romain, et il
ajoute que le Pape leur donna deux antiphonaires parfaitement conformes
à l'exemplaire authentique de saint Grégoire. Les deux envoyés se mirent
en route; mais, en traversant les Alpes, au passage du mont Septmer, prè"5
du lac de Constance, Romain tomba malade et n'eut pas la force de con-
tinuer sa route. Il atteignit à grand'peine l'abbaye de Saint-Gall , où il
arriva avec l'un des deux antiphonaires, que son compagnon lui avait
laissé, quoiqu'à contre-cœur. Les moines l'accueillirent comme un envoyé'
du ciel ; ils désiraient, en effet, réformer le chant de leur monastère
d'après la pure tradition grégorienne; la Providence leur envoyait de la
manière la plus inattendue le moyen d'accomplir ce dessein. Charlemagner"
vit de même dans ce qui s'était passé un signe de la volonté du ciel.
Quand Pierre lui eut raconté l'aventure de son compagnon, il ordonna
à celui-ci de rester à Saint-Gall pour y former une école de chant. A
Rome, l'Antiphonaire authentique de saint Grégoire était placé dans une
custode appelée cantarium et dans un lieu où chacun pouvait le consulter,
afin de corriger les fautes des antiphonaires et de relever les erreurs des
chantres ignorants. On fit de même à Saint-Gall, et le précieux manuscrit
de Romain fut placé près de l'autel des Apôtres, dans un riche écrin. Il
a échappé, dit-on, au temps et aux révolutions, et on croit le reconnaître
dans cet antiphonaire du viii^ siècle, que le P. Lambillotte, de la Com-
pagnie de Jésus, a publié en fac-similé à Paris, en i85i, sous le titre
d^ Antiphonaire de Saint Grégoire. (Note de l'éditeur.)
I PARTIE
CHAPITRE X
DE l'Église romaine en frange 243
Ainsi Charlemagne se montra zélé pour le chant ecclé-
siastique, et ne craignit pas de donner à ce grand objet
une importance majeure, suivant en cela l'exemple si frap- charlemagne
pant de saint Grégoire, qui ne trouva point au-dessous de pour le chant
lui d'enseigner lui-même le chant aux enfants. C'est ainsi ^'^parce^^ue^'
qu'ont agi toujours les grands législateurs du genre hu- ^^^^^ à^ses yeux
main : ils ont saisi avec bonheur les choses principales et ^^ pKÎr°e"^cace
ils s'y sont appliqués avec constance. Plus tard, le vul- ^e civilisation.
gaire n'y a rien compris, et le vulgaire est nombreux; car
qui, aujourd'hui, consentirait à voir dans la Liturgie le
plus grand mobile de la civilisation d'un peuple ? Il est
vrai que nous avons aujourd'hui des peuples sans habi-
tudes liturgiques : la postérité prononcera sur la moralité
des moyens qu'on a pris pour leur ouvrir d'autres sources
du beau et de l'enthousiasme.
Il Disons encore un mot de Charlemagne, ce grand per- Assiduité du
,. . ^ .,1 ^-1 j grand empereur
sonnage liturgique. On a vu ailleurs qu il est auteur de à tous
l'hymne Veni, Creator Spiritus : ajoutons qu'il assistait du jour
fidèlement aux offices, tant de jour que de nuit, dans la ^^^ ^ ^ ^^^^'
chapelle du palais. Sa vie, par Eginhard, renferme les
plus précieuses particularités sur le zèle de cet incompa-
rable prince pour le service divin. On y voit que Charle-
magne présidait aux offices, dans l'attitude qui convenait
à un prince chrétien, rempli, comme il l'était, du plus grand
respect pour le sacerdoce. Il ne se permettait pas de faire
entendre sa voix, comme il appartient aux prêtres : il ne
chantait qu'à voix basse, et encore dans les moments où
les laïques pouvaient se joindre au chœur ; mais il s'était
réservé le soin de désigner les leçons que ses clercs de-
vaient lire, afin qu^ils se tinssent toujours prêts à remplir
cet office correctement. Il n^en souffrait aucun dans sa
chapelle qui ne sût lire et chanter convenablement. Il
invita Paul Diacre, célèbre moine du Mont-Cassin, à com-
poser un recueil d'homélies choisies des saints Pères,
pour servir aux offices de l'Eglise, pendant tout le cours
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Extension
de la Liturgie
romaine
à la mort de
Charlemagne.
Louis le Pieux
imitateur
du zèle de son
père pour
la Liturgie.
Il envoie
à Rome
Amalaire, prêtre
de l'Église
de Metz,
avec mission
d'en rapporter
un nouvel
exemplaire de
l'Antiphonaire.
Amalaîre
compose son
livre
de Ordine
Antiphonarii,
244 PREMIERE ORIGINE
de Tannée. On ne finirait pas si on voulait rapporter tout
■ ce que Charlemagne a fait en faveur de la Liturgie : la
matière est si abondante qu'elle demanderait, pour ainsi
dire, un ouvrage spécial.
L'Église et le monde le perdirent en 814. A sa mort, la
Liturgie romaine régnait dans tout FOccident, à Texcep-
tion de l'Espagne, qui ne devait pas tarder à Tembrasser
aussi; à grand'peine Milan avait pu sauver son rite am-
brosien.
Louis le Pieux offrit dans son caractère peu de traits de
la grandeur de son père; mais il en avait au moins hérité
la piété et le zèle pour le service divin. C'était beaucoup
pour cet âge de la civilisation par le christianisme. Les^
capitulaires de Louis le cèdent à peine à ceux de Charle-
magne, pour la sagesse des règlements qu'ils contiennent.
Il s'occupa de bonne heure du chant ecclésiastique et des-
moyens d^en assurer la pureté : c'est pourquoi il députa à
Rome le célèbre liturgiste Amalaire, prêtre de l'église de
Metz, avec charge d'en rapporter un nouvel exemplaire
de TAntiphonaire, devenu sans doute nécessaire par suite]
de nouvelles altérations qu'on avait déjà faites au texte et
à la note de saint Grégoire. Le pape Grégoire IV sej
trouva hors d'état de satisfaire Tempereur, ayant précé-
demment disposé du seul exemplaire de l'Antiphonaire]
qui lui restât libre, en faveur de Vala, moine de Corbie.
Amalaire, à son retour en France, se rendit dans cette j
illustre abbaye : il y conféra l'Antiphonaire nouvellement!
apporté de Rome avec ceux qui étaient en usage en France,
et, après cette confrontation, il fut en état de composer
son précieux livre de Ordine Antiphonarii.
Quand nous disons que la Liturgie gallicane demeura!
détruite sans retour en France, nous n'entendons pas dire
qu'il n'en resta point quelques débris, qui se fondirent dans
les usages romains. Les Églises de Lyon et de Paris furent,
sans doute, celles qui gardèrent un plus grand nombre de
DE LA LITURGIE ROMAINE-FRANÇAISE 246
ces antiques formes gallicanes ; mais les autres Eglises en
conservèrent toutes plus ou moins quelques parties. On
en peut encore retrouver la trace dans les usages déroga-
toires au rite romain qui se retrouvent dans la généra-
lité des livres d'offices suivis autrefois en France. Ainsi,
nous signalerons, avec Grancolas et le P. Lebrun, comme
des pratiques de la Liturgie gallicane, dans l'office divin,
l'usage de répéter l'Invitatoire en entier, entre les versets
du Psaume XCIV, d'ajouter un répons après la neuvième
leçon de Matines, de dire Gloria Patri à la fin de chaque
répons des Nocturnes, et de répéter les troisième,
sixième et neuvième de ces répons, dans les principales
fêtes; de dire un verset appelé sacerdotal , entre Matines
et Laudes ; de ne dire qu'une antienne à Vêpres, quand il
n'y en a pas de propres tirées des Psaumes ; de dire les
Psaumes de la férié aux premières Vêpres des fêtes so-
lennelles; de chanter un répons à Vêpres, etc. Pour la
Messe, le principal rite gallican qui se fût conservé, et qui
ne se pratique plus guère aujourd'hui qu'à Paris, est la
bénédiction épiscopale après le Pater ; nous indiquerons
encore les prières générales que l'on fait au Prône; la
coutume déporter le livre des Evangiles à baiser au clergé;
de mêler l'eau et le vin dans le calice, en disant une orai-
son qui rappelle le sang et l'eau qui sortirent du côté
ouvert de Jésus-Christ ; l'usage de suspendre le saint
Sacrement au-dessus de l'autel, dans un vase, ordinairement
en forme de colombe, etc. Aujourd'hui, plusieurs de ces
usages sont tombés en désuétude, et l'on ne se met guère
en peine de savoir l'origine de ceux qu'on a conservés.
Nous dirons comment, au xviii^ siècle, l'Eglise de Lyon,
celle de toutes qui avait conservé un plus grand nom-
bre d'anciens usages gallicans, les vit succomber sans
retour, sous les coups du gallicanisme. Mais revenons à
Amalaire.
Son ouvrage était une compilation, que nous avons en-
I PARTIE
CHAPITRE X
Usages
gallicans
conservés dans
un grand
nombre
d'iiglises de
France,
spécialement
à Lyon
et à Paris,
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Nature du
travail
d'Amalaire sur
PAntiphonaire,
Son livre
devient
le régulateur
du chant
ecclésiastique
en France.
Agobard,
archevêque
de Lyon,
critique avec
violence
le travail
d'Amalaire.
246 PREMIÈRE ORIGINE
core, de diverses pièces des Antiphonaires romain et fran-
• çais, dont il fit un tout, en les corrigeant les unes sur les
autres : mais afin que l'on pût reconnaître, du premier
coup d'œil, les sources auxquelles il avait puisé, il eut
soin de placer en marge la lettre R, lorsqu'il suivait l'An-
tiphonaire romain, et la lettre M, quand il s'attachait à
celui de Metz. Dans quelques endroits où il avait jugé à
propos de s'éloigner de l'un et de l'autre, il avait mis en
marge un I et un C, comme pour demander Indulgence
et Charité [i). Ce recueil, qui constate la manie incorri-
gible des Français de retoucher sans cesse la Liturgie, de-
vint le régulateur du chant ecclésiastique dans nos Églises;
on ne retourna plus désormais à Rome chercher de nou-
veaux Antiphonaires, et telle fut Torigine première de
cette Liturgie romaine-française dont nous aurons occa-
sion de parler dans la suite de cette histoire. Toutefois,
pour être juste, il faut convenir que, dans le plus grand
nombre des offices de Tannée, la compilation d'Amalaire
ne présente pas de variantes avec les livres purement ro-
mains. Le petit nombre d'offices dans lesquels ces diffé-
rences se remarquent ne s'éloignent du romain que pari
la substitution, ou l'addition de quelques répons ou an-
tiennes, à d'autres répons ou antiennes de l'Antiphonairej
grégorien. Le Siège apostolique trouva ces nuances sil
légères qu'il ne jugea pas à propos de réclamer : la Liturgie,
gallicane n'en était pas moins détruite sans retour, et les
usages romains introduits (mais non, hélas! sans retour)
dans le florissant empire des Francs.
Le travail d'Amalaire essuya néanmoins une vive criti-'
que dans l'Eglise de Lyon. Ce siège était occupé par le fa^
meuxAgobard, prélat que son Église honore d'un culte que
le Siège apostolique n'a pas ratifié. Il se déchaîna avec
violence contre Amalaire, dans un opuscule qu'il intitula
(i) Biblioth. Max, Patrum, tom. XIV, pag. io32-io6i»
DE LA LITURGFE ROMAINE-FRANÇAISE 247
de la divine Psalmodie, et lui reprocha d'avoir attaqué la
sainte Eglise de Lyon, non-seulement de vive voix^ mais
par écrit, comme ne suivant point Pusage légitime dans la
célébration des offices. Agobard avait à venger en ceci une
querelle personnelle. Il avait corrigé aussi, à sa manière,
TAntiphonaire, en y retranchant, disait-il, les choses vaines,
superflues, ou approchant du blasphème et du mensonge,
pour n'y laisser que ce qui était de V Ecriture sainte, sui-
vant r intention des Canons (i).
L'Antiphonaire de Metz, au contraire, offrait un certain
nombre de pièces en style ecclésiastique, et qui n'étaient
point formées des paroles de l'Ecriture.
Il est assez étrange que l'Antiphonaire romain, que Pé-
pin et Gharlemagne avaient établi à Lyon, si peu d'années
auparavant, renfermât tant de choses répréhensibles; mais
rétonnement cesse quand on lit le livre du même Agobard,
de Correctione Antiphonarii . On voit que cet évêque n'était
point étranger aux théories qui furent improuvées en Es-
pagne, dans ce quatrième concile de Tolède, dont nous
avons ci-dessus rapporté un canon intéressant. Agobard
soutenait aussi qu'on ne devait chanter dans les offices que
les seules paroles de la sainte Ecriture, et pour mettre la
Liturgie d'accord avec son système, il avait commencé par
retrancher des livres grégoriens tout ce qui pouvait y être
contraire.
Dans ce dernier ouvrage dont nous venons de parler, il
attaque principalement le livre d'Amalaire, de Ordine An-
tiphonarii^ et fait une critique amère et violente de plu-
sieurs antiennes et répons qu'il prétend être de la com-
position du liturgiste de Metz. Il est fâcheux pour la
réputation d'Agobard, qui, au reste, n'a jamais joui de
I PARTIE
CHAPITRE X
Agobard dans
son livre
de Correctione
A ntiphonariif
soutient qu'on
ne doit chanter
dans les Offices
que les
seules paroles
de^ la sainte
Ecriture,
et il applique
cette théorie
aux livres
de son Eglise.
Injustice des
attaques
d'Agobard
contre
Amalaire.
(l) Antiphonarium pro viribus nostris magna ex parte correximus, am-
putatis his quae vel superflua, vel levia, vel mendacia, aut blasphéma vide-
bantur. (Agobard. De Correctione Antiphonarii, Biblioth. Max. Patrum,
tom. XIV, pag. 322.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Le système
d'Agobard ne
lui survit pas,
même
dans son Église.
Les tropes,
prélude
des séquences,
introduits dans
la Liturgie.
248 PREMIÈRE ORIGINE
celle d'un homme impartial, que la plupart des pièces
qu'il impute à Amalaire, aient fait partie de tout temps de
TAntiphonaire même de saint Grégoire, ainsi que le
B. Tommasi l'a fait remarquer dans ses notes sur les livres
Responsoriaux et Antiphonaires [i]-^ sur quoi notre illustre
D. Mabillon dit ces paroles : « Ainsi^ de rigides censeurs
« provoquent quelquefois contre eux-mêmes la juste cen-
« sure d'autrui (2). » Si donc Amalaire était répréhensible
pour avoir inséré quelque chose dansrAntiphonaire,Ago-
bard Pétait bien davantage, lui qui n'avait pas craint de
retrancher de son autorité privée tout ce qui n'était pas
tiré des paroles mêmes de l'Écriture sainte. L'un avait
attenté, du moins en quelque chose, à la pureté de la Li-
turgie ; l'autre y avait attenté gravement, et, de plias, avait
osé contester un des principaux caractères de toute Litur-
gie, le caractère traditionnel.
Au reste, Pœuvre d'Amalaire resta, parce qu'elle était
dans le vrai, malgré certaines hardiesses ; celle, au con-
traire, d'Agobard, ne lui survécut pas, au moins dans la
partie systématique. On trouve, en effet, dans l'ancienne
Liturgie lyonnaise, grand nombre de pièces en style ecclé-
siastique; nous nous contenterons de rappeler ici la ma-
gnifique Antienne : Venite, populi, ad sacrum et immor--
taie mjsterium, etc. , qui se chantait pendant la commu-j
nion. Quant aux offices de l'Eglise de Lyon, tels qu'ils''
s'étaient conservés jusqu'au siècle dernier, nous en donne-
rons une idée suffisante dans une autre partie de cet ou-
vrage.
La controverse d' Amalaire et d'Agobard nous amène à]
parler d'un développement que leur époque vit naître dans
la Liturgie. Il s'agit des tropes^ qui furent comme une]
(i) Ven. viri Josephi-Mariae Tommasii, S. R. E. Cardinalis Operà^
tom. IV et V, passim.
(2) Sic rigidi censores aliquando in se provocant justam censuram alio-]
rum. {Musœum Jtalicum, tom. II, pag. 4.)
DES TROPES ET DES SEQUENCES 249
première ébauche des séquences qui leur succédèrent. Les i partie
^ ^ ^ CHAPITRE X
tropes étaient une sorte de prologue qui préparait à Vlu' "
troït. Nous avons cité, au chapitre vu, celui qu^on chan-
tait le premier dimanche de TAvent, en Fhonneur de saint
Grégoire. Plus tard, on intercala des tropes dans les
pièces de chant, dans le corps même des Introït^ entre les
mots K/rïe et eleison, à certains endroits du Gloria in
excelsis, du Sanctiis et de VAgnus Dei. On en plaça aussi
à la suite du verset Alléluia, en prenant pour motif, dans
le chant, la modulation appelée Neuma ou Jubilus^ qui
suit toujours ce verset. Cette dernière espèce de trope fut
appelée séquence^ du nom qu'on donnait alors à cette^suite
de notes sur une même dernière syllabe (i).
Le cardinal Bona et la plupart des auteurs s'accordent L'invention
assez généralement à attribuer Tinvention première des attribuée'
séquences au B. Notker Balbulus, moine de Saint-Gall, au b. Notker
dont nous allons parler plus loin ; mais une précieuse dé- remonte'
couverte faite par Tabbé Lebeuf, sur un manuscrit de la vineTiè^cie.
bibliothèque du roi , nous contraint de ' placer plus haut
rinstitution des tropes qui, à le bien prendre, ne forment
point un genre différent des séquences mêmes. Le docte
sous-chantre d'Auxerre indique un manuscrit du Liber
pontijîcalis {ouvrage attribué, comme on sait, à Anastase
le Bibliothécaire), à la suite duquel se trouve la vie du
pape Adrien II (2); mais, à la différence des manuscrits
édités par Bianchini, Vignoli et Muratori, la vie de ce
pape que ces derniers nous présentent tronquée, offre, sur
le manuscrit cité par Lebeuf, des particularités curieuses
qui ne se trouvent point sur ceux qu'ont publiés ces au-
teurs. Nous renvoyons ce passage dans les notes du pré-
sent chapitre (3). Il y est dit qu'Adrien II, à l'exemple du
(i) Bona, Rerum îiturgicarum lib. II, cap. m et vi, Edit. Sala, tom. III,
pag. 54 et 137.
(2) Lebeuf, Traité historique sur le Chant ecclésiastique, pag. io3.
(3) Vid. la Note E.
250 PREMIÈRE ORIGINE
INSTITUTIONS premier pape de son nom, compléta en divers endroits
LITURGIQUES
PAntiphonaire romain, quUl plaça, en tête de la messe du
premier dimanche de PAvent, un prologue en vers hexa-
mètres, destiné à être chanté ; que ce prologue commence
de la même manière que celui qu'Adrien P'^ avait composé,
mais qu'il renferme un plus grand nombre de vers. On
doit donc faire remonter au viii® siècle la première
origine de cet éloge de saint Grégoire que nous avons rap-
porté ci-dessus, et par là même des tropes; car cet éloge
est un véritable trope (i).
Adrien II, au La chronique ajoute qu'Adrien II ordonna que, même
Liber dans les monastères, à la messe solennelle, aux princi-
pontificalis ^ r^ i • i y^/ • •
rétablit l'usage paies letes, on chanterait non-seulement au Gloria in ex-
qui^tombalent c^^^is^ mais eucore à Vlntroït^ ces hymnes intercalées que
en désuétude. |çg Romains appellent festivœ landes^ et les Français
tropes. Le même pape voulut aussi qu'avant l'Evangile
on chantât ces mélodies qu'on appelle séquences; et comme,
ajoute la chronique, « ces chants festifs avaient été premiè-
« rement établis par le seigneur Grégoire P*" et, plus tard,
« par Adrien, aidé de l'abbé Alcuin, ami particulier du
« grand empereur Charles, qui prenait un singulier plaisir
« à ces chants, mais qu'ils tombaient déjà en désuétude
« par la négligence des chantres, l'illustre pontife dont
« nous parlons les rétablit à l'honneur et gloire de Notre
« Seigneur Jésus-Christ ; en sorte que désormais on em-
« ploya, pour les chants de la messe solennelle, non plus
(i) Voici les vers qu'on trouve sur la plupart des anciens manuscrits de
l'Antiphonaire grégorien. D'après la chronique que nous suivons, ils
doivent être de saint Adrien l^^ puisqu'ils sont moins nombreux et moins
complets que ceux que nous avons rapportés.
Gregorius Prœsul meritis et nomine dignus,
Unde gemis duxit summum conscendit honorem,
Renovavit monumenta patrumque priorum,
Tune composuit hune libellum musicœ artis
Seholœ eantorum anni eireuli. Eia, die Domine, eia.
DES TROPES ET DES SÉQUENCES 25 ï
« seulement le Livre des antiennes, mais aussi le Livre ^ partie
' CHAPITRE X
« des tropes, » " ^
Il résulte de cet important fragment, que les séquences
existaient déjà au temps d'Adrien II, qui siégea en 867, et
que ce pape en renouvela l'usage déjà assez ancien. Nous
ne pensons pas au reste qu'on puisse soutenir ce qui est dit
ici de saint Grégoire, comme ayant institué cette forme de
chant; il en serait resté quelque autre trace dans l'anti-
quité. Peut-être pourrait-on, avec quelque probabilité, en-
tendre ceci de saint Grégoire II, qui paraît s'être occupé
du chant ecclésiastique. Quoi qu'il en soit, Notker ne fut
donc point l'auteur des tropes et des séquences^ bien qu'il
ait contribué à en répandre l'usage, ainsi que nous le rap-
porterons plus loin.
Les conséquences de l'institution de ces sortes de récits L'introduction
de ces pièces
poétiques et ornés d'un certain rhythme, furent impor- rhythmées
. • Tx» 1 consacre de plus
tantes, pour 1 avenir de la Liturgie. D abord, sous le rapport en plus
de la composition des formules saintes, elles consacrèrent l'usage'^du ^styie
de plus en plus le principe, contesté par Agobard et le ^^^ ^danï^^^
concile de Brague^ que les chants sacrés ne sont pas exclu- ^^ Liturgie.
sivement composés des paroles de l'Écriture sainte. Sans
doute, comme nous venons de le dire, V Antiphonaire et le
Responsorial romains renfermaient déjà une certaine
quantité de pièces en style ecclésiastique ; mais le nombre
toujours croissant des tropes et des séquences mettait de
plus en plus le principe dans tout son jour. Rome, qui L'Église
, . 1, , T , . , 1 ^ . . . , de Rome, qui
n avait pas d abord adopte les hymnes, parait avoir imite n'avait pas ^
en cela, au plus tard vers le xi® siècle, les églises ambro- ^^s°hymnes,
11* ^ ^u- 11 '^ -^ ' ' ^ les admet
Sienne, gallicane et gothique; elle y était préparée natu- ^u plus tard
Tellement par l'emploi des tropes et des séquences. Bien ^^^^^^^^^^^^^'^'
plus, l'Église de Lyon, en dépit d' Agobard, adopta aussi de
bonne heure ces poétiques superfétations, et a gardé plus
longtemps que toute autre les tropes du Kyrie eleison et
du Sanctus. On ne pouvait donner un plus énergique dé-
menti à ceux qui se scandalisaient d'entendre parfois reten-
252 MODIFICATIONS INTRODUITES
INSTITUTIONS ^jj. j^ grande voix de l'Église elle-même, dans les inter-
LITURGIQUES
mèdes de la psalmodie.
L'institution Une autre conséquence de Tinstitution des tropes fut
des tropes / i • i i
détermine une une revolution dans la marche du chant ecclésiastique. On
révolution , . i-, i i ^ ^ i
dans la marche n en Vint pas tout d abord a y chercher une mesure pro-
ecclésiastique, prement dite; mais la composition cadencée et presque
toujours rimée de ces pièces, pour être sentie dans le chant,
demandait une autre facture à la phrase grégorienne. La
physionomie primitive du [chant se trouva donc nécessai-
rement modifiée, dans ces parties nouvelles; le caractère
Le génie des diverses nations de TOccident, ou plutôt le sénie de la
des nouveaux , . , . .
peuples chrétienté occidentale, se fit jour par ses propres forces
de l'Occident se . . , . . ^
fait jour dans dans ces essais encore mal assures. Les français jouèrent
compositions un grand rôle dans cette puissante innovation, qui était
nouve es. arrivée à sa pleine maturité à l'ouverture du xi« siècle, ,^
époque qui vit la lutte du sacerdoce et de l'empire, les
croisades et la reconstruction de nos cathédrales sur un
plan si mystérieusement sublime. On garda toutefois assez
fidèlement, sauf les variantes inévitables dont nous avons
signalé la cause, les pièces du répertoire grégorien ; mais
elles contrastèrent désormais avec le genre des morceaux
qu'on y accola pour célébrer les fêtes nouvelles, celles des
patrons et autres solennités locales. Un ouvrage spécial
serait ici nécessaire, nous le sentons : les matériaux ne nous
manqueraient pas. Pour le présent, nous dirons seulernent
que l'on peut ranger les morceaux de chant ecclésiastique
composés, du viii® au xi® siècle, en deux grandes classes :
l'une composée des pièces traitées en tout ou en partie
dans le grand style grégorien (i), l'autre empreinte d'un
caractère nouveau, à la fois rude et pesamment mélo-
dieux (2). Cette dernière classe se subdivise encore en
(i) Le graduel, V alléluia et la communion de la Toussaint; les an-
tiennes de la même fête. Il est possible aussi que ces pièces aient été
composées à Rome.
(2) Les antiennes de la fête de la sainte Trinité, l'hymne Gloria laus,
DANS LE CHANT ECCLESIASTIQUE 253
pièces ornées de rimes et d'une certaine mesure, et en ^ partie
^ ^ ' CHAPITRE X
pièces de prose, mais revêtues d'une mélodie recherchée
et totalement étrangère, pour le caractère, à celle de la
phrase grégorienne.
Cette révolution, dans une partie si capitale de la Litur- Malgré les
' ^ ^ travaux
gie, agita grandement les compositeurs du chant, surtout ^^ nombreux
dans les monastères qui ont été pendant de longs siècles, qui cherchent
. .à résumer
avec les cathédrales, les seules écoles de musique en Occi- la synthèse
dent. De nombreux auteurs, en ces deux siècles, cherché- les traditions'
rent à résumer la synthèse de la musique, ou à formuler en souffrance
de nouveaux moyens de l'écrire. Mais au milieu de cette révoîution"et
agitation, les vraies traditions étaient en souffrance, et l'on ^^^^^ péd^^^"^
peut affirmer que si les livres romains n'eussent été déjà complètement
, , ' SI les livres
introduits en France, par la puissante volonté de Pépin , rçmains ^ ^
. , . ^^ n'avaient pas ete
et de Gharlemagne ; si toute l'économie des fêtes de Tan- introduits
née chrétienne n'eût déjà reposé sur ce répertoire admi-
rable; aujourd'hui, nous ne connaîtrions qu'en théorie
les antiques modes de la musique, et nous ignorerions,
dans cet art, un passé de deux mille ans. C'est ainsi
qu'en toutes choses, le catholicisme a su marier aux effets
de l'activité propre de chaque nation, l'immobilité de ses
formes : d'où résulte ce mélange de mouvement et de so-
lidité, qui est l'ordre vivant. Il n'y a eu dégradation que
quand on a voulu isoler ce que Dieu et son Eglise avaient
uni.
P'ils et successeur de Louis le Pieux, Charles le Chauve Zèle de Charles
,, , , 1 ^ j le Chauve
ne se montra pas moins zèle que les chefs de sa race pour pour la Liturgie
l'établissement des usages romains dans toute la France. i"0"^aine.
Il dit dans une lettre au clergé de Ravenne : « Jusqu'au
« temps de notre aïeul Pépin, les Églises gaUicanes celé-
« braient les divins offices autrement que l'Église
« romaine, ou celle de Milan. Nous avons vu des clercs
du dimanche des Rameaux, celle O Redemptor, dans la consécration des
saintes Huiles, etc.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Plusieurs
princes de cette
époque
témoignent un
respect
admirable pour
les offices
divins.
Lothaire, fils de
Louis le Pieux.
L'empereur
Othon 1er.
Alfred le Grand,
roi
d'Angleterre.
264 AUTEURS LITURGISTES
« de l'Église de Tolède célébrer en notre présence les
« saints offices suivant la coutume de cette Église ; pareil-
« lement, on a célébré devant nous la messe solennelle
« selon la coutume de Jérusalem, d'après la Liturgie de
« saint Jacques, et selon la coutume de Constantinople,
« d'après la Liturgie de saint Basile ; pour nous, nous
« jugeons que c'est l'Eglise romaine qu'il faut suivre
« dans la célébration de la messe (i). »
Ces paroles de Charles le Chauve, qui montrent si bien
l'intérêt que cet empereur portait aux choses de la Litur-
gie, nous engagent à mentionner ici les princes de cette
époque qui témoignèrent le plus grand respect pour les
offices divins. Ainsi, nous rappellerons la piété de
Lothaire, fils aîné de Louis le Pieux, qui, au rapport de
Léon d'Ostie, entendait chaque jour trois messes (2).
Othon P% empereur en 962, assistait tous les jours à tout
l'office, et dans les solennités, suivant Ditmar, historien
contemporain, il se rendait à l'église avec pompe et en
procession, accompagné des évêques et de tout le clergé,
avec les croix, les reliques et les encensoirs, pour assister
à vêpres, à matines et à la messe, et il ne se retirait jamais
avant la fin. En Angleterre, au ix® siècle, florissait
Alfred, prince qui fut aussi grand que le lui permit le
théâtre trop restreint de sa gloire. Il aima aussi les offices
divins, et ce grand guerrier, ce puissant législateur, ce
sage véritable, partageait les vingt-quatre heures du jour
en trois parties égales, en donnant huit à la prière et à la
lecture, huit aux nécessités du corps, huit aux affaires de
son royaume. Sur les huit heures consacrées à la prière,
il assistait à tous les offices du jour et de la nuit, et Guil-
laume de Malmesbury nous apprend qu'il avait toujours
le livre des offices divins dans son sein, afin d'y recourir
(i) Baluze, Capitulafîa Regum Francorum, t. Il, p. 730. V» la Note F*
(2) Chronic. Cassinense, lib* IV, cap* i25*
I PARTIE
CHAPITRE X
DU IX® ET DU X*" SIÈCLE 255
pour prier, dans tous les moments de loisir qu'il pouvait
avoir. Telle était la religion profonde de ces grands chefs
des peuples qui travaillèrent, de concert avec l'Eglise, à
tirer l'Europe de la barbarie.
Pendant que Tunité liturgique et, par elle, l'orthodoxie La décision
-, ri • 1 ii/-\ • ii-i^ !• du vue concile
jetaient de si profondes racines dans lOccident, 1 Eglise général
d'Orient était ensanglantée par les fureurs de l'hérésie saintes images
iconoclaste. La décision du septième concile général en desVands
faveur des saintes images fut un grand fait liturgique. a^J^œtte^é^lique!
Par cette décision, l'Église sanctionna pour jamais l'em-
ploi de la forme extérieure dans les objets du culte chré-
tien, et sauva l'art près d'expirer sous les coups du plus
brutal fanatisme. La place nous manque ici pour raconter
en détail cette victoire; mais nous devions au moins Ten-
registrer dans notre récit. Le même sentiment qui portait
les fidèles à vénérer les reliques des saints, les devait con-
duire naturellement à honorer leurs images. Nous verrons
rhérésie antiliturgiste parcourir la même ligne dans ses
blasphèmes et ses violences.
Il est temps de donner la liste des auteurs qui ont tra- Auteurs
litursistes des
vaille sur la Liturgie, à l'époque qui nous occupe, c'est- ixe et x^ siècles.
à-dire, durant les ix® et x® siècles.
Nous commencerons notre liste àOldibert, ou Odelpert, Oïdibert,
archevêque
qui fut fait archevêque de Milan vers 804. Il composa, à de Milan.
la demande de Gharlemagne, comme plusieurs autres
évêques de son temps, un livre de Baptismo.
(808). Joseph Studite, frère de saint Théodore Studite, Joseph studite,
^ . . archevêque de
et archevêque de Thessalonique, est auteur de plusieurs Thessaionique.
hymnes dans la Liturgie grecque*
(810). Philoxène, évêque de Bagdad, écrivit un traité Phiioxène,
sur les offices divins, et composa une Anaphore qui se ^e Bagdad.
trouve dans la collection de Renaudot.
(810). Amalaire Fortunat, archevêque de Trêves, est Amalaîre
1, 1- 7 7^ • • . T^ . . Fortunat,
auteur a un livre de Katione rituum sacri Baptismatis. archevêque de
(812). Amalaire, prêtre de l'église de Metz, est, dans
256
AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Saint Théodore
Studite.
Agobard,
archevêque
de Lyon.
Maxence,
patriarche
d'Aquilée.
Théodore
et Théophane
Graptus.
Josué^
patriarche
nestorien.
Icasie, princesse
grecque.
l'ordre des temps, après saint Isidore de Séville, l'auteur le
plus important sur l'ensemble de la Liturgie. Ses quatre j
livres de Ecclesiasticis Officiis, sont du plus grand prix
pour l'explication des mystères de l'office divin. Nous y
puiserons souvent dans la suite. La place nous manque
pour insérer ici la table des chapitres de cet ouvrage, ainsi
que nous l'avons fait pour les Origines ecclésiastiques de
saint Isidore. On a reproché à Amalaire d'avoir poussé à
l'excès la recherche des sens mystiques dans les choses de
la Liturgie. Il peut y avoir quelque fondement à ce
reproche : nous examinerons ailleurs les règles à suivre "|
dans l'explication mystique des particularités du service
divin, pour se tenir éloigné de tout excès dans .un sens |
comme dans l'autre. Nous avons parlé ci-dessus du livre
d' Amalaire, intitulé de Ordine Antiphonarii, Baluze, à la
suite de ses Capitulaires, a publié, du même auteur, un
opuscule intitulé : Eclogœ in Canonem Missœ.
(8i3). Saint Théodore Studite, archimandrite, intrépide
défenseur des saintes images, a composé une grande quan-
tité d'hymnes et de prières qui sont en usage dans la
Liturgie grecque, pendant le carême.
(8i3). Agobard, archevêque de Lyon, a écrit, comme,
nous l'avons rapporté, contre Amalaire de Metz, i^ de\
Psalmodia ; 2^ de Correctione Antiphonarii ; 3° Liber \
adversus Amalarium.
(81 3). Maxence, patriarche d'Aquilée, composa aussi, k
la prière de Gharlemagne, une lettre de Ritibus Baptismi,
eoj^umque signijicatu,
(818). Théodore et Théophane Graptus, moines de'
saint Sabbas, illustres défenseurs des saintes images, sont
auteurs de plusieurs hymnes de la Liturgie grecque.
(820). Josué, patriarche des nestoriens, écrivit de la\
Distinction des Offices ; de leur interprétation^ et de la
Vertu des hymnes.
(82Q). Icasie, princesse grecque, qui fut au moment de
DU IX*^ ET DU X® SIÈCLE 267
ceindre le diadème d'impératrice et d'obtenir la main de ^ partie
l'empereur Théophile, acheva sa vie dans les loisirs de ■
rétude et de la contemplation. Elle composa plusieurs
hymnes ecclésiastiques dont quelques-unes sont entrées
dans la Liturgie grecque.
(83o). Hélisacar, chancelier de Louis le Débonnaire^ Hélisacar, abbé
abbé de Saint-Riquier et ensuite de Saint-Maximin de Maximin
. • • ■ cic Trcvcs
Trêves, mit en ordre l'Antiphonaire romain, à l'usage
de plusieurs églises.
(837). Florus, diacre de Lyon, a laissé une Exposition diacr^^de^i!yon.
du Canon de la messe.
(840). Loup, abbé de Ferrières, est auteur de deux ^^perHères "^"^
hymnes en l'honneur de saint Vigbert.
(841). Grimoald, abbé de Saint-Gall, archichapelain ^Jbbé^de^'
de Louis le Débonnaire, fit une révision du Sacramen- Saint-Gali.
taire de saint Grégoire.
(842). Walafrid Strabon, abbé d'Auffie-la-Riche, est Waiafrid
, , . . , ^ 7 . . Strabon.
auteur d un précieux opuscule mtitule : De Officiis divinis^
sive de exordiis et incrementis rerum ecdesiasticarum.
Ce livre est encore une des principales sources de la
science liturgique du mo3^en âge.
(846). Eldephonse ou Ildephonse, évêque espagnol, a Eldephonse,
laissé un opuscule dans lequel il traite des hosties desti- espagnol.
nées au sacrifice eucharistique, et explique les mystères
signifiés par leur figure, leur poids, leur nombre, leur ins-
cription, etc.
(847). Rhaban Maur, d'abord abbé de Fulde, puis ar- Rhaban Maur,
^ . archevêque
cheveque de Mayence, est aussi un des principaux litur- de Mayence.
gistes du moyen âge. Il mérite ce titre par ses trois livres
de Institutione clerïcali, qui renferment la plus riche ins-
truction. Il y faut joindre plusieurs hymnes, un opuscule
de Sacris Ordinibus, sacramentis divinis et vestimentis
sacerdotalibuSy et enfin le Martyrologe qui porte le nom de
Rhaban Maur.
T. I
17
258 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS (85o). Waiidelbcrt , moine de Prum, est auteur d'un
LITURGIQUES ^ '
~ Martyrologe en vers.
^moîli^^"^^' (85o). Aurélien, moine de Moutier-Saint-Jean, a com-
de Prum. ^^^ ^^ ^^^.^^ ^^^ ^^ chant, qu'il dédia à Bernard, archi-
Aurelien, moine ^
de Moutier chantre. Nous n'avons plus cet ouvrage.
Saint-Jean.
Rodrade, prêtre (853). Rodrade, prêtre d'Amiens, fit, à 1 usage de cette
d'Amiens. ég^se, une révision du Sacramentaire grégorien, qu'il
divisa en deux livres.
Joseph (853). Joseph, de Sicile, surnommé VHymnographe, est
l'Hymnographe. ^^^^^^ ^^ beaucoup d'hynines en usage dans la Liturgie
grecque. Sa fécondité dans ce genre fut si grande, qu'il
n'en a pas laissé moins de six cents, en l'honneur de la
sainte Vierge. Ces cantiques sont d'une grande onction,
et souvent d'une poésie sublime.
Angeiome, (856). Angelome, moine de Luxeuil, en Bourgogne,
de Luxeuil. écrivit un livre de Dwinis Officiis.
Adon, (85q). Adon, archevêque de Vienne, est auteur du fa-
archevêque ^^ ,
de Vienne, meux Martyrologe qui porte son nom.
L'empereur (86o). Charles le Chauve, empereur, passe pour avoir
^Chauve!^ composé un Office en l'honneur du saint suaire, dont
réghse de Compiègne fut enrichie de son temps. On lui
attribue aussi un répons de saint Martin, qui commence
par ces mots : O qiiam admirabilis.
Saivus, abbé (862). Salvus, abbé d'Alvelda, en Navarre, composa des
d'Aivelda. j^y^^^^^s et des oraisons ecclésiastiques.
Moyse (863). Moyse Barcepha, nommé aussi Sévère, évêque de
évêque%^c^obite. Mosul, de la secte des jacobites, est auteur d'une ana-
phore au Missel syriaque; de deux traités, l'un sur le saint
Chrême, l'autre sur le Baptême, et d'une explication des
cérémonies usitées dans la tonsure des moines.
L'empereur (867). Basile le Macédonien, empereur de Constantii|
Macédonien, et nople, fit faire une édition du Ménologe, augmentée et ornée
sonMénoioge. ^^^ images des saints. C'est celle qui porte son nom et
qui a été pubHée, par ordre de Benoît XIII, à Urbin^en
DU IX* ET DU X® SIECLE 269
1727. Allatius attribue ce Ménolose à Basile le Jeune, qui i partie
- / / " ^ ^ CHAPITRE X
régna en 977. "
(876). Usuard, moine de Saint-Germaîn-des-Prés, com- Usuard, moine
^ , . _ , de Saint-
pila, par ordre de Charles le Chauve, un Martyrologe Germain-des-
formé de ceux qui avaient déjà été publiés.
(878). Adelhelme, évêque de Séez, composa un recueil Adeiheime,
,',,-.. 1 -i/r • 1, • , évêque de Séez.
de bénédictions pour la Messe, suivant 1 usage qui s en
était conservé en France, même après l'introduction des
usages romains. Ce recueil en contient trente-six; elles
sont pour les dimanches qui suivent Noël et l'Epiphanie,
jusqu'au Carême exclusivement.
(880). Rémi, moine de Saint-Germain d'Auxerre, fut un Rémi, moine de
, , . * j 1 Saint-Germain
chantre de premier ordre, comme le prouve son commen- d'Auxerre,
taire manuscrit sur le traité de Miisica de Martianus Capel- la'^tradi^Ion
la. L'abbé Lebeuf dit de lui qu'il tenait d^Héric la science du ecdésiasdque
chant; qu'Héric la tenait de Rhaban et d'Haymon d^Hal-
berstadt, lesquels avaient conversé avec les chantres ro-
mains venus en France sous Charlemagne, ou avec leurs pre-
miers élèves. On lui donne, dans la Bibliothèque des Pères
de Lyon, une exposition de la Messe. Trithème lui attri-
bue aussi un livre de Festivitatibus Sanctorum; enfin, on
trouve dans le grand ouvrage de D. Martène, de anti-
quis Ecclesiœ Ritibus, un petit traité attribué au même
Rémi d'Auxerre, et intitulé : de Dedicatione Ecclesiœ.
(880). Georges, archevêque de Nicomédie, est auteur de Georges,
. ^ . . archevêque
plusieurs hymnes de la Liturgie grecque. de Nicomédie.
(886). Léon le Philosophe, empereur de Constantinople, L'empereur
a composé aussi plusieurs pièces du même genre, qui se ^^ philosophe.
trouvent pareillement dans les livres d'offices des Grecs.
■ (892). Réginon, abbé de Prum, adressa à Radbod, ar- Réginon
chevêque de Trêves, un traité de harmonica Institîitio72ey ^^^^ ^^ Prum.
et compila un Lectionnaire pour toute l'année.
(899). Hucbald, moine de Saint-Amand, au diocèse de Hucbaid,
' Tournay, fut un chantre fameux. Pendant un séjour qu'il Saint-Amand.
fit à Reims, il composa le chant et les paroles d'un office
200 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS eii Thonneur de saint Thierry, pour les moines de cette
LITURGIQUES • i . / !• i /,
abbaye. Il enrichit encore d autres églises de ses mélo-
dies^ principalement celles de Meaux et de Nevers. 11
avait composé deux traités sur la musique, dans l'un des-
quels il avait ûxé des signes pour marquer les différents
tons de l'octave.
Aurélien, (900). Aurélien, clerc de l'Eglise de Reims, écrivit de
mis. j^^^^^i^^ modulationiim, quas tonos, sive tenores appellant,
et de earum vocabidis.
Marc, (901)- Le moine Marc a composé beaucoup d'hymnes
moine erec. . j 1 t • • m :\
qui se trouvent dans la Liturgie grecque, aux offices de
la semaine sainte.
Etienne, évêque (qoS). Etienne, évêque de Liège, est auteur d'un office
'^^^' en rhonneur de la sainte Trinité, dont une grande partie
se trouve dans celui que l'Eglise romaine emploie en cette
solennité. Il en composa aussi le chant, et fit en outre un
office pour la fête de l'Invention de saint Etienne.
Heipéric, moine (9o3). Helpéric, moine de Saint-Gall, écrivit un livre
de Musica^ et un autre de Compitto ecclesiastico.
Notker le Bègue, (904). Notker le Bègue, moine de Saint-Gall, a donné
moine -,/r 1 • t- m
de Saint-Gall. un Martyrologe qui porte son nom. En outre, 11 composa
un grand nombre de séquences et d'hymnes, que l'on
peut voir dans le tome II des Lectiones aritiquœ de Gani-
sius, et dans le tome I des Anecdotes de D. Bernard Pez.
Nous ne les indiquons pas plus explicitement, parce que
ces pièces ne sont pas employées dans les Offices de
l'Église. Notker écrivit aussi un traité sur les notes usitées
dans la musique ; il fut un des plus fameux chantres dans
l'abbaye de Saint-Gall, qui était une académie de chant
ecclésiastique pour les [moines, comme l'école de l'Eglise
de Metz en fut une pour le clergé séculier de la France.
Etienne, abbé (910). Etienne, abbé de Lobbes, nota le chant d'un Of-
fice en l'honneur de saint Lambert.
Saint Ratbod, (917). Saint Ratbod , évêque d'Utrecht, composa le
d'Utrecht. chant d'un Office en l'honneur de saint Martin; il a laissé
DU IX® ET DU X® SIÈCLE 20 1
aussi deux hymnes, à l'honneur de saint Switbert et de i partie
'' CHAPITRE X
saint Lebwin. "
(926). Saint Odon, illustre abbé de Gluny, et le fonda- Saint odon,
teur de l'Ordre de ce nom, est auteur de sept antiennes ^ ^ ^^^'
en l'honneur dô saint Martin, de deux hymnes pour la
fête du même saint, et d'une autre sur sainte Marie-Mag-
deleine.
(q3o). Gobert, évêque de Laon, écrivit une sorte de Gobert, évêque
, ^ . . . , . de Laon,
poëme de 1 onsura^ pestunentîs et vita clericorum,
(944.) Foulques II, dit le Bon, comte d'Anjou, fut un Foulques
grand prince; mais ses qualités élevées ne l'empêchèrent comte d'Anjou,
pas de montrer, comme Pépin, Gharlemagne et Alfred le pour les
>^ j v, , 1 r/- j- • Ti Offices divins.
Grand, un zèle empresse pour les omces divins. Il y as-
sistait en habit clérical, et chantait Tofiice avec le clergé ;
sur quoi le roi Louis d'Outremer l'ayant raillé, le comte
lui fit dire qw'un roi sans lettres est un âne couronné. —
La Liturgie était regardée par ces grands chefs des peu-
ples comme le plus noble et le plus puissant véhicule des
idées de progrès. Foulques était habile dans le chant, et
composa douze répons en Thonneur de saint Martin.
(945). Georges, patriarche des nestoriens, écrivit un Georges,
. , . f y-, ^ - . , - -^ - _ . . . patriarcne
livre intitule : Déclaration de tous les Offices ecclesias- des nestoriens.
tiques y et leur objet ; avec V explication de la divine éco-
nomie et des fêtes du Seigneur.
(945). Guy, évêque d'Auxerre , travailla sur le chant Guy, évêque
, , cl Auxerre.
ecclésiastique, et appliqua sur des paroles de son choix, en
l'honneur de saint Julien de Brioude, la mélodie du chant
des répons, qu'Héric et Rémi, moines de l'abbaye de
Saint-Germain, avaient composés pour la fête de leur
saint patron.
(949). Constantin Porphyrogénète, empereur d'Orient, L'empereur
écrivit un Cérémonial, tant à l'usage de la cour de Cons- Porphyrogénète
tantinople, que pour marquer ce qui concernait les pro-
cessions et les autres rites de l'Eglise, dans les fêtes so-
lennelles.
202 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS (qôi). Saiiit DuHstan , archevêque de Cantorbéry, est
■' auteur d'un Bênédictional archiépiscopal.
^^IvchtYèan^' (970- Notker, ou Notger, évêque de Liège, auparavant
de Cantorbéry. niojne de Saint-Gall, comme son homonyme, a, comme
^^de^Liége^^^ lui, travaillé ^ur la musique ecclésiastique, et fait un re-
cueil de séquencçs.
Hartmann (97^)- Hartmann et Ekkehard, moines de Saint-Gall,
^^ moines^ ' formés à l'école de Notker Balbulus, composèrent diverses
de Saint-Gaii. hymnes, litanies en vers, et autres morceaux rimes et
mesurés qui se trouvent recueillis, au tome II des Lec-
tiones antiquœ de Canisius.
Éiie, évêque (980). Elle, évêque de Cascare, écrivit des Bénédictions
f\ fit I Q Ci^O T*^
/ ' et oraisons y un livre de V Usage des Psaumes^ et un autre
des Sacrements ecclésiastiques.
Jean, abbé de (982). Jean, abbé de Saint-Arnould de Metz, composa des
de Metz. chants pour la fête de sainte Lucie et de sainte Glosside.
Sabarjésus, (985). Sabarjésus, prêtre nestorien, écrivit une Bénédic-
nestor[en. tion, OU formule, pour renvoyer le peuple à la fin de la
Messe.
Robert, (997)- Robert, roi de France, est auteur de plusieurs
roi de France. • v , 1 , , . .
pièces de chant dont nous parlerons au chapitre suivant.
Létaide, moine (007). Létalde, moine de Micy, étant venu au Mans
de Micy. ^-^^// 7 j ■> ■
pour voir l'abbaye de Saint- Pierre de la Couture, fut prié
par l'évêque Avesgaud de revoir la vie de saint Julien.
Lorsqu'il eut accompli ce travail, le même évêque lui de-
manda de composer un office entier en l'honneur de ce
saint apôtre du Maine. Létalde en nota aussi le chant, et,
dans ce travail, il s'attacha au style ancien du chant gré-
gorien qu'on altérait déjà en plusieurs lieux; « car, dit-il,
« je n'aime pas la nouveauté de certains musiciens qui
« introduisent un genre tellement à part, qu'ils dédaignent)
f( de suivre les anciens (i), » Cet office, si précieux pour^
(i) Non enim mihi placet quorumdam musicorum novitas, qui tantaJ
dissimilitudine utuntur, ut veteres sequi omnino dedignentur auctores.j
{Annal, ord. S. Bened., tom. IV, pag. iio.)
DU IX'' ET DU X® SIÈCLE 263
le chant et les paroles, est resté en usage dans l'Eglise du
Mans^ jusqu'en 1760, qu'il lui a fallu disparaître, avec
toutes les antiques mélodies si chères à nos pères, devant
la muette et lourde compilation de Lebeuf.
(999). Héribert, archevêque de Cologne, qui clôt la liste
des liturgistes du x'' siècle, a composé un livre de Eccle-
siasticis Officiis.
Concluons ce chapitre par les observations suivantes :
Au VIII® siècle, le Siège apostolique commence à poser
en principe la nécessité pour les anciennes églises d'Occi-
dent d'embrasser la Liturgie romaine dans toute sa
plénitude.
L'Église gallicane voit tomber ses anciens usages devant
ceux de Rome et abjure des traditions vénérables saris
doute, mais c'est pour en embrasser de plus sacrées encore.
Le but des papes et des princes français, dans ce grand
œuvre, est de resserrer le lien de l'unité, en détruisant
une divergence liturgique jugée par eux dangereuse dans
ses conséquences.
L'esprit français adopte volontiers ce nouveau régime
liturgique, mais il ne tarde pas à manifester sa mobilité
qu'il déguise souvent sous couleur de perfectionnement, en
altérant en plusieurs choses le dépôt delà Liturgie romaine.
Néanmoins, ces variantes n'affectent point le fond, et le
viii^ siècle voit commencer la période d'environ mille
ans, durant laquelle l'Eglise de France se fera gloire d'avoir
une seule et même prière avec l'Église romaine.
L'époque de l'unité liturgique devient une époque de
haute civilisation chrétienne; Charlemagne s'aide de ce
moyen puissant dans l'accomplissement de ses grands
projets : au chapitre suivant, nous verrons le Charlema-
gne de l'Eglise, saint Grégoire VII, hâter les grandes
destinées de l'Espagne, en la faisant participer, au moyen
de la Liturgie romaine, aux mœurs de la chrétienté
occidentale,
I PARTIE
CHAPITRE X
Héribert,
archevêque
de Cologne.
Conclusions.
264 INTRODUCTION DE h\ LITURGIE ET DU CHANT
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
NOTES DU CHAPITRE X
NOTE A
A cujus Romanae Ecclesiae sancta et veneranda communione multis
recedentibus, nostrae tamen partis nunquam recessit Ecclesia, sed ea apos-
tolica traditione instruente, et eo a quo est omne donum optimum tri-
buente, semper suscepit reverenda charismata. Quse dum a primis fidei
temporibus cum ea perstaret in religionis sacrae unione, et ab ea paulo
distaret, quod tamen contra fidem non est, in Ofïiciorum celebratione,
vener. mem. genitoris nostri illustrissimi Pipini régis cura et industria,
sive adventu in Gallias sanctissimi viri Stephani Romanae urbis Antistitis,
est ei etiam in psallendi ordine copulata, ut non esset dispar'ordo psal-
lendi_, quibus erat compar ardor credendi, et quae unitae erant unius
sanctae legis sacra lectione, essent etiam unitae unius modulationis vene-
randa traditione, nec sejungeret Officiorum varia celebratio, quas con-
junxerat unicae fidei pia"devotio. {Contra Synodum Grcecorum de imagin.,
lib. I.)
NOTE B
Quod quidem et nos, collato nobis a Deo regno Italiae, fecimus, sanctae
Romanae Ecclesiae fastigium sublimare cupientes, reverendissimi Papae
Adriani salutaribus exhortationibus parère nitentes : scilicet ut plures
illius partis Ecclesiae, quae quondam Apostolicae Sedis traditionem in psal-
lendo suscipere recusabant, nunc eam cum omni diligentia amplectantur;
et cui adhœserant fidei munere, adhaereant quoque psallendi ordine. Quod
non solum omnium Galliarum provinciae, et Germania, sive Italia, sed
etiam Saxones, et quaedam Aquilonaris plagae gentes, per nos, Deo an-
nuente, ad fidei rudimenta conversae, facere noscuntur. {Ibidem.)
NOTE G
Hujus modulationis dulcedinem inter alias Europae gentes, Germani, seu
Galli, discere, crebroque rediscere insigniter potuerunt : incorruptam vero
tam levitate animi, quia nonnulla de proprio Gregorianis cantibus mis-
cuerunt, quam feritate quoque naturali, servare minime potuerunt. Alpina
siquidem corpora, vocum suarum tonitruis altisone perstrepentia, sus-
ceptae modulationis dulcedinem proprie non résultant : quia bibuli gut-
turis barbara feritas, dum inflexioriibus et repercussionibus mitem nititur
I
CHAPITRE X
DE l'Église romaine en frange 265
edere caiitilenam, naturali quodam fragore, quasi plaustra per gradus con- i partie
fuse sonantia rigidas voces jactat, sicque audientium animos, quos mul-
"cere debuerat, exasperando magis ac obstrependo conturbat, (Johan. Diac.
Vitçi S. Grçgorii, lib, II, cap. vu.)
NOTE D
Reversus est (e ducatu nempe Beneventano) rex piissimus Garolus, et
celebravit Romae Pascha cum Domno Apostolico. Ecce orta est contentio
per dies festos Paschae inter cantores Romanorum et Gallorum. Dicebant
se Galli melius cantare et pulchrius quam Romani. Dicebant se Romani
doctissime cantilenas ecclesiasticas proferre, sicut docti fuerant a sancto
Gregorio Papa; Gallos corrupte cantare, et cantilenam sanam destruendo
dilacerare. Quae contentio ante Domnum Regem Garolum pervenit. Galli
vero, propter securitatem régis Garoli, valde exprobrabant cantoribus
Romanis. Romani vero propter auctoritatem magnae doctrinae, eos stultos,
rusticos et indoctos, velut bruta animalia, affirmabant, et doctrinam sancti
Gregorii praeferebant rusticitati eorum. Et cum altercatio de neutra parte
finiret, ait Domnus piissimus Rex Garolus ad suos cantores : Dicite palam,
quis purior est, et quis melior, aut fons vivus, aut rivuli ejus longe de-
currentes ? Responderunt omnes una voce, fontem, velut caput et origi-
nem, puriorem esse; rivulos autem ejus, quanto longius a fonte recesse-
rint, tanto turbuîentos, et sordibus ac immunditiis corruptos. Et ait
Domnus Rex Garolus : Revertimini vos ad fontem sancti Gregorii, quia
manifeste corrupistis cantilenam ecclesiasticam. Mox petiit Domnus rex
Garolus ab Adriano Papa cantores, qui Franciam corrigèrent de cantu. At
ille dédit ei Theodorum et Benedictum, Romanae Ecclesiae doctissimos
cantores, qui a sancto Gregorio eruditi fuerant, tribuitque Antiphonarios
sancti Gregorii, quos ipse notaverat nota Romana. Domnus vero Rex Garo-
lus revertens in Franciam, misit unum cantorem in Métis civitate, alterum
in Suessionis civitate, praecipiens de omnibus civitatibus Franciae magis-
tros scholae Antiphonarios eis ad corrigendum tradere, et ab eis discere
cantare. Gorrecti sunt ergo Antiphonarii Francorum, quos unusquisque
pro arbitrio suo vitiaverat addens vel minuens, et omnes Franciae cantores
didicerunt notam Romanam,quam nunc vocant notam Franciscam, excepto
quod tremulas, sive tinnulas, sive collisibiles vel secabiles voces, in cantu
non poterant perfecte exprimere Franci, naturali voce barbarica frangentes
in gutture voces potius quam exprimentes. Majus autem magisterium
cantandi in Métis civitate remansit. Quantumque magisterium Romanum
superat Metense in arte cantilenae, tanto superat Metensis cantilena cœte-
ras scholas Gallorum. Similiter erudierunt Romani cantores supradicti
cantores Francorum in arte organandi. Et Domnus Rex Garolus iterum a
Roma artis grammatices et computatoriae magistros secum adduxit in
Franciam, et ubique studium litterarum expandere jussit. Ante ipsum
206 INTRODUCTION DE LA LITURGIE ET DU CHANT
INSTITUTIONS cnim Domnum regem Carolum, in Gallia nullum studium fuerat libera-
LiTURGiQUEs y^^^^^ artium. {Caroli Magni vîta per monachum Engolismensem, apiid
Duchesne, tome IL)
NOTE E
Adrianus Papa GVIII. Sedit ann. V. ilatione Romanus, pâtre Julio. Hic
Ecclesiis ornamenta multa pretiosa superadministravit. Hic Antiphona-
rium Romanum^ sicut anterior Adrianus, diversa per loca corroboravit,
et secundum prologum versibus hexametris ad missam majorera in die
primo AdventusDomini J.-C. decantandum instituit, qui similiter incipit
sicut anterioris Adriani proaemium, quod ille ad omnes missas in eadem
Dominica prima Adventus decantandum strictissimum confecerat; sed
pluribus iste constat versibus. Hic constituit per monasteria ad missam
majorem in solemnitatibus praecipuis, non solum in Hymno Angelico
Gloria in excelsis Deo canere Hymnos interstinctos quos Laudes appellant
verum etiam in Psalmis Davidicis, quos Introitus dicunt, interserta can-
tica decantare, quae Romani Festivas Laudes, Franci Tropos appellant :
quod interpretatur, Figurata ornamenta in landibus Domini, Melodias
quoque ante Evangelium concinendas tradidit, quas dicunt Sequentias)
quia sequitur eas Evangelium. Et quia a Domino Papa Gregorio primo et
postmodum ab Adriano una cum Alcuino Abbate, delicioso magni Impe-
ratoris Caroli, hae cantilenae festivales constitutae accomodatae fuerant,
multum in his delectato supradicto Caesare Carolo, sed negligentia can-
torum jam intermitti videbantur j ab ipso almifico Praesule de quo loqui-
mur, ita corroboratae sunt ad laudem et gloriam Domini nostri J.-C., ut
diligentia studiosorum cum Antiphonario simul, deinceps et Tropiarius
in solemnibus diebus ad missam majorem cantilenis frequentetur
honestis.
Hic constituit ut çlerici Romani instruerent pauperes Domini nostri
J.-C, fratres nostros, ut ante Dominicum sacratissimum diei Paschae tribus
diebus, hoc est, Domini Cœna, Parasceve, et sancta sepultura Domini
nostri Jesu Ghristi, non aliter peterent eleemosymam per urbem hanc
Romanam (i), nisi excelsa voce cantilenam dicendo per plateas et ante
monasteria et Ecçlesias hujusmodi j Kyrie, eleison ; Christe, eleison ;
Domine, miserere nobis ; Ghristus Dominus factus est obediens usque ad
mortem. [Apud Lebeuf, Traité historique et pratique sur le Chant ecclésias-
tique. 1741, pag. io3 et suiv.)
NOTE F
Nam et usque ad tempora abavi nostri Pipini Gallicanae et Hispanicae
Ecçlesias aliter quam Romana vel Mediolanensis Ecclesia divina officia
(i) Ces paroles, Urbem hanc Romanam^ montrent évidemment que ceci
a été écrit à Rome.
i
DE L EGLISE ROMAINE EN FRANCE 267
celebrabant sicut vidimus' et audivimus ab eis, qui ex partibus Toletanae i partie
Ecclesias ad nos venientes, secundum morem ipsius Ecclesiae coram nobis chapitre x
sacra Missarum officia celebrarunt. Celebrata sunt etiam coram nobis
sacra Missarum officia more Hierosolymitano, auctore Jacobo Apostolo,
et more Constantinopolitano, auctore Basilio. Sed nos sequendam duci-
mus Romanam Ecclesiam in Missarum celebratione. (Baluze, Capitidaria
Regum Francorum, t. II, p. ySo. Glossarium Fr. Pittaei in Epistola Caroli
Caivi imperatoris ad Glerum Ravennatum.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE XI
ABOLITION DU RITE GOTHIQUE OU MOZARABE EN ESPAGNE.
TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE VII SUR LA LITURGIE. PROGRES
DU CHANT ECCLÉSIASTIQUE. RITE ROMAIN-FRANÇAIS. AUTEURS
LITURGISTES DES XI® ET XII® SIECLES.
La situation de Un grand événement liturgique signale l'époque que j
l'Espagne , , . . _. ^ . . , .
chrétienne nous embrassons dans ce chapitre. La Liturgie gothique
de^man^de^qu'eiie OU mozarabe succombe en Espagne sous les efforts de
aux^bienÇaits ^^^^^^^ Grégoire vu, comme la Liturgie gallicane avait
de l'unite succombé en France sous les coups de Charlemaene. Il
liturgique -t o
de l'Occident, ^^^jt temps, en effet, que TEspagne chrétienne, déjà, sinon
affranchie, du moins agrandie par les conquêtes de ses
héroïques chefs, comptât dans la grande unité européenne.
Sa Liturgie particulière faisait obstacle à cette réunion
intime. La prière qui, dans ces temps de foi, était le lien
des nations^ la prière n'était point commune entre l'Es-
pagne et les autres provinces de la chrétienté européenne.
Le Sacrifice, quoique le même au fond, différait essentiel-
lement dans les formes qui frappent les yeux du peuple :
les chants et les formules saintes étaient totalement dis-
semblables. En outre, Thérésie avait espéré un moment
s'appuyer sur les paroles d'une Liturgie dont rien ne ga-
rantissait la pureté, puisqu'elle émanait d'une autorité qui
ne saurait compter sur rinfaillibilité. Il était temps que
l'Église d'Espagne sortît de Tenfance et passât à l'âge ;
parfait.
Ce changement Ce grand changement fut préparé de longue main,
préparé de . .
longue main. Comme il arrive toujours, et le Pontife qui le consomma
romaine.
ABOLITION DU RITE GOTHIQUE OU MOZARABE EN ESPAGNE 269
ne fut qu'un instrument conduit par la Providence, qui ^ partie
^ , ^ ^ -"^ ^ ^ CHAPITRE XI
veut que TEglise montre, principalement dans les formes
du culte, Tunité qui est sa vie. L'œuvre de Pépin et de
Charlemagne avait dû retentir puissamment en Espagne,
seule contrée de l'Occident qui ne fût pas soumise aux
lois de la Liturgie romaine. On savait que l'Eglise galli-
cane n'avait plus désormais un autre rite que celui de
l'Église romaine : jusque-là que les chroniqueurs espa-
gnols, dont on peut voir les passages dans la dissertation
du P. Pinius^ que nous avons citée ci-dessus (i), se servent
du mot Offîcium Gallicanum , pour exprimer le rite
romain.
On voit d'abord, en io63, un concile tenu à Jacca, en Le concile de
Aragon (2), sous don Ramire P% ou Sanche Ramirez, ordonne de ne
son fîls^ dans lequel est rendu un décret, portant qu'on ne ^\^ manier^^
célébrera plus à la manière gothique , mais à la ro-
maine (3). L'histoire ne dit point expressément quelles
furent les causes directes de cette mesure; l'influence de
Rome dut y être, sans doute, pour quelque chose. On en
jugera par ce qui se passa, six ans après, à Barcelone.
Cette ville, conquise avec son territoire, en 801, par Char-
lemagne, avait adopté, sans aucun doute, la Liturgie ro-
maine, et ceci même nous explique la qualification de gaU
//ca^z^, appliquée en Espagne àla Liturgie romaine, pendant
le moyen âge ; les Espagnols désignant sous cette dénomi-
nation la Liturgie en usage dans la colonie française de
Catalogne. Mais cette vaste province n'était pas tout entière
soumise aux Français, et la Liturgie gothique y régnait
encore en plusieurs endroits. L'année 1068 la vit abolir
pour jamais, par les soins du cardinal Hugues le Blanc,
(i) Chapitre viii, pag. ig5.
(i) D'Aguirre, Coyic. Hispan, lom. III, pag. 228.
(3) Data sacerdotibus lex, ne quo alio more quam Romano precarentur;
neque Gothica, utpote peregrina, piacula exsolverentur. (Conc. Labb.,
tom. IX, pag. 1 112.)
270 ABOLITION DU RÎTE GOTHIQUE
INSTITUTIONS j^ffat d'Alcxanclre II. Dans un concile tenu à Barcelone,
LITURGIQUES <^ '
cette grande mesure fut consommée. L'Église dut ce
La Liturgie bienfait au grand zèle de la princesse Adelmodis, femme
mozarabe abolie j ^ ^ r, ^ jt-.i t-.ii''
en Catalogne, de Raymond Berenger, comte de Barcelone. Elle était
^^ soins du Française, et toutes les chroniques du temps s'accordent à
Te^Bianc^^ega? la montrer comme une princesse d'un grand caractère. Son
d'Alexandre IL autorité, Combinée avec celle du légat, décida du triomphe
de la Liturgie romaine dans la Catalogne (i).
Saint L'illustre successeur d'Alexandre II, celui qui avait été
^^^p?end rame de son pontificat, saint Grégoire VII monta bientôt
^Vachever^'^ ^^^ ^^ chaire de saint Pierre, et il résolut d'achever la vic-
la victoire toire de l'Éfflise romaine sur la Liturgie gothique. Les
de la Liturgie . ^ ^ , . .
romaine florissants rovaumes de Castille et de Léon la pratiquaient
en Espagne. .... . , -
encore avec un patriotisme chevaleresque : mais le grand
Hildebrand , qui poursuivait sans relâche l'œuvre de
l'unité européenne, ne pouvait être arrêté par des consi- 1
dérations de nationalité étroite, dans une matière aussi
grave que la Liturgie. Nous trouvons dans la collection
de ses lettres, celle qu'il adresse, en l'an 1074, a Sanche
Ramirez, roi d'Aragon. Il y félicite ce prince de son zèle
pour les usages romains, en ces termes si expressifs,, qui
montrent bien le fond de ses dispositions sur l'important
Sa lettre à objet qui nous occupe : « En nous faisant part de votre i
Sanche Ramirez, *i i t i / r i t»
roi d'Aragon. « zele et des ordres que vous avez donnes pour établir
« l'Office suivant l'ordre romain^ dans les lieux de votre
« domination, vous vous faites connaître pour enfant de
(c l'Eglise romaine ; vous montrez que vous avez avec
ce nous la même concorde et amitié qu'autrefois les rois
« d'Espagne entretenaient avec les Pontifes romains.
« Soyez donc constant, et ayez ferme espérance pour
« achever ce que vous avez commencé ; parce que nous
« avons l'espoir en le Seigneur Jésus-Christ, que le bien-
(i) Pinius, Tractafus historico-chronologicus. De Liturgia artfiqua His"
panica, cap. vi, pag. 48 et seq.
ou MOZARABE EN ESPAGNE 271
« heureux apôtre Pierre, qu^il a étabîT prince sur les ^ partie
^ ^ ^ CHAPITRE XI
« royaumes du monde, et auquel vous vous montrez fidèle,
« vous mènera avec honneur' à Paccomplissement de
« vos désirs, et vous rendra victorieux de vos adver*
« saires (i). »
La même année, le Pape écrivit la lettre suivante à Al- Grégoire écrit
sur le rnêine
phonse VI, roi de Gastille et de Léon, et à Sanche IV, roi sujet
à Alphonse VI,
de Navarre : roi de Castiiie
y-i / • /A . j . j -rx- et à Sanche IV,
« Grégoire, eveque, serviteur des serviteurs de Dieu, roi de Navarre!
« à Alphonse et Sanche^ rois d'Espagne, et aux évêques
« de leurs Etats. Le bienheureux apôtre Paul, déclarant
« qu'il a dû visiter TEspagne, et Votre Sagesse n'ignorant
« pas que les apôtres Pierre et Paul ont envoyé, plus tard,
« de Rome, sept évêques, pour instruire les peuples d'Es-
« pagne, et que ces évêques ayant détruit Fidolâtrie, fon-
« dèrent en votre pays la chrétienté, plantèrent la reli-
re gion, enseignèrent Tordre et l'Office à garder dans le
c( culte divin, et dédièrent les églises avec leur propre
« sang; on voit assez clairement quelle concorde a eue
« l'Espagne avec la ville de Rome, dans la religion et
ce l'ordre des divins Offices : mais quand, par suite de
ce l'irruption des Goths, et, plus tard, de l'invasion des
« Sarrasins, le royaume d'Espagne fut longtemps souillé
c< par la fureur des priscillianistes, dépravé par la perfidie
« des ariens, et séparé du rite romain, non -seulement la
ce religion y fut diminuée, mais les forces temporelles de '
ce cet Etat se trouvèrent grandement affaiblies. C'est pour-
(i) In hoc autem quod sub ditione tua Romani ordinis ofïîcium fieri
studio et jussionibus tuis asseris, Romanae ecclesiae te filium, ac eam
concordiam et eamdem amicitiam te nobiscum habere, quam olim reges
Hispaniae cum Romanis pontificibus habebant, cognosceris. Esto itaque
constans, et fiduciam firmam habeas, et quod cœpisti perficias; quia in
Domino Jesu Christo confidimus, quia beatus Petrus Apostolus, quem
Dominus Jésus Christus, rex glorise, principem super régna mundi cons-
tituit, cui te fidelem exhibes, te ad honorem desiderii tui adducet, ipse te
victorem de adversariis tuis efïiciet. (Labb., tom. X, pag, bi.)
272 ABOLITION DU RITE GOTHIQUE
INSTITUTIONS (( quoi, comme des enfants très-chers, je vous exhorte et
LITURGIQUES . , ^ ^ ^ y
' « avertis de reconnaître enfin pour votre mère, après une
« longue scission, P Eglise romaine dans laquelle vous
« nous trouverez vos frères ; de recevoir Tordre et l'Office
« de cette sainte Église et non celui de Tolède ou de toute
« autre Église ; gardant, comme les autres royaumes de
« rOccident et du Septentrion , les usages de celle
« qui, établie par Pierre et Paul, consacrée par leur
« sang, a été fondée sur la pierre ferme par le
« Christ^ et contre laquelle les portes de Tenfer, c'est-
« à-dire les langues des hérétiques, ne pourront jamais
« prévaloir. Car de la source même où vous ne doutez pas
« avoir puisé le principe de la religion, il est juste que
« vous en receviez aussi rOffi.cQ. divin dans Tordre ecclé-
« siastique : c^est ce que vous apprend et la lettre du Pape
« Innocent à Tévêque d^Eugubium, et les décrets d'Hor-
« misdas envoyés à TÉglise de Séville, et les conciles de
« Tolède et de Brague; c'est ce que vos évêques eux--
« mêmes, qui sont venus récemment vers nous, ont
« promis par écrit, et signé entre nos mains, après la
« décision d'un concile (i). »
Énergie avec Une résistance vive s'étant élevée en plusieurs lieux,
laquelle saint
Grégoire VII comme on devait s'y attendre, le Pontife n'en fut point
lutte contre les
résistances ébranlé. Nous avons une autre lettre de lui dans laquelle
parTa^decfslon. écrivant à un évêque espagnol, il montre toute Ténergie de
son âme apostolique dans la défense des ordonnances du
Saint-Siège. Elle est conçue en ces termes :
« Grégoire, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à
« Siméon, évêque en Espagne, salut et bénédiction apos-
« tolique.
a Ayant lu les lettres de Votre Fraternité, nous avons
« été rempli de joie, parce que nous y avons reconnu avec
« plénitude cette foi et cette dévotion que vous portez à
(i) Vid. la Note A.
I PARTIE
CHAPITRE XI
OU MOZARABE EN ESPAGNE 278
« rÉglise romaine, que vous ne voulez point délaisser,
« à la manière des adultères, mais bien embrasser tou- " '
« jours comme la source de toute filiation légitime. C'est Lettre
« pourquoi, Frère très-cher, il est nécessaire que vous gfniéo^nïans
« marchiez droit dans la voie que vous avez prise : caria lac^ueiie
^ y ^ Grégoire
« perversité des hérétiques ne doit point amoindrir ce qui réclame
^ ^ ^ _ ^ ^ 1 obéissance
« a été sanctionné par la tradition apostolique. En effet, en vertu
_. , ,. , ,1 . . de l'autorité
« le Siège apostolique sur lequel, par la permission apostolique et
... , . , . • 1- 1 /delà tradition
c( divine, nous présidons, quoique indigne, est demeure ancienne
a ferme depuis son origine, et restera sans tache jusqu'à d^Espaine!
« la fin, le Seigneur qui le soutient ayant dit : T ai prié
« pour toi afin que ta foi ne manque pas; et quand tu seras
« converti, coyijîrme tes frères. Forte d'un tel concours,
« rÉglise romaine veut que vous sachiez qu'elle n'a point
« intention d'allaiter, à diverses mamelles, ni d'un lait dif-
« férent, les enfants qu'elle nourrit pour le Christ, afin
« que, selon l'Apôtre, ils soient un, et qu'il n'y ait point
« de schisme parmi eux : autrement, elle ne serait pas ap-
c( pelée mère, mais scission. A ces causes, qu'il soit donc
« connu de vous et de tous les fidèles sur lesquels vous
« avez consulté, que nous entendons et que nous voulons
« que les décrets qui ont été rendus ou confirmés par nous,
ce ou plutôt par l'Eglise romaine, portant pour vous
« Tobligation de vous conformer aux Offices de cette
« même Église, demeurent inébranlables, et que nous ne
« voulons point acquiescer à ceux qui désirent vous faire
« sentir leurs morsures de loups et d'empoisonneurs. Nous
« ne doutons aucunement que, suivant l'Apôtre, il n'y ait
« parmi vous des loups dangereux, rapaces, qui n'épar-
« gnent rien, auxquels il faut résister fortement dans la
« foi. C'est pourquoi. Frère bien-aimé, combattez et tra-
a vaillez avec ardeur, jusqu'à l'effusion de votre sang, s'il
« était nécessaire : car il serait indigne, et on trouverait
« ridicule, que les séculiers, pour des choses d'un prix
« vil, pour un commerce qui déplaît à Dieu, s'exposassent
T I. 18
!274 ABOLITION bU RITE GOTHIQUE
INSTITUTIONS ^^ voloiitiers aux périls, et que le fidèle ne sût que céder
LITURGIQUES r ^ l 1
lâchement à Teffort de ses ennemis. En effets ceux-là ne
« pouvant acquérir la vertu, tombent facilement dès qu'on
« les attaque. Quant à ce que disent ces enfants de mort,
« au sujet des lettres qu'ils auraient reçues de nous, sachez
« que cela est faux de tous points. Ainsi, faites en sorte
« que par toute TEspagne et la Gallice, en un mot,
« partout où vous le pourrez , TOffice romain soit
« observé , avant toutes choses, avec plus de fidé-
« lité (i). »
Richard, abbé Pour presser avec plus d'efBcacité l'accomplissement de
de Saint-Victor ,/• •/-«'•tt-tt • j'
de Marseille ses desirs, saint Grégoire VU, suivant son usage, députa-
ilga^deTaint ^^ légat vers les Églises d'Espagne, et choisit, pour cette
?r&T^Lyi^ mission, Richard, abbé de Saint-Victor de Marseille, et
en xi(Spcigne^ '
,,^^b.oiit cardinal de l'Église romaine, qui fît jusqu'à deux fois le
définitivement ^ ^ ~i j i
le rite gothique vovage d'Espasue pour un si important objet. Dans un
avec le concours . \ ,
du roi concile tenu à Burgos, en io85, le légat, appuyé de l'auto-
de son épouse rite d' Alphonse VI, promulgua plus solennellement encore
de Bm-irgogne. TaboUtion de la Liturgie gothique, dans les royaumes
soumis à ce grand prince. Alphonse même ne s'arrêta pas
là; on le vit, en 1091, ordonner, pour l'uniformité et la
facilité du commerce avec les nations étrangères, l'abolition
des caractères gothiques (2), et l'adoption des latins, tels
qu'ils étaient alors en usage, quoique un peu altérés, en
France et dans les principales provinces de l'Europe. Dans
l'accomplissement de toutes ces mesures si énergiques,
Alphonse fut puissamment soutenu par les conseils de
Constance de Bourgogne, qu'il avait épousée en 1080, et à
(i) Vid. la Note B.
(2) On n'a pas besoin sans doute d'avertir que les caractères gothiques \
dont il est ici question ne sont pas ceux vulgairement désignés sous ce
nom, mais bien ceux que l'évêque Ulphilas paraît avoir donnés aux
Goths, au ive siècle. La qualification de gothique donnée aux carac-
tères latins du moyen âge est aussi absurde que lorsqu'on l'applique à
l'architecture chrétienne de la même période.
ou MOZARABE EN ESPAGNE 2^5
Pinfluence de laquelle Thistorien Rodrigue attribue princi- i partie
^ O X CHAPITRE XI
paiement Tintroduction de la Liturgie romaine en Es-
pagne (i) : ce que Ton doit entendre surtout de la destruc-
tion du rite gothique à Tolède, puisque les premières
attaques qu'il a éprouvées en Espagne eurent lieu, comme
nous Pavons vu, au concile de Jacca, en io63.
Le 25 mai io85, jour auquel mourut le Pontife saint Alphonse vi,
' ' ^ maître
Gréffoire VIL Alphonse VI entrait victorieux à Tolède. Il de Tolède par
. . , . la victoire,
mit aussitôt tous ses soins pour rétablir, dans sa haute y établit
dignité, l'Église de cette illustre cité. Il la dota libérale- romaine malgré
1 1 -r» 1 1 1 ' j o 1^ résistance
ment et appela, pour la gouverner, Bernard, abbe de ba- du clergé
hagun et Français de nation. Mais le prince devait ren- ^^ ^ ^^^^ ^'
contrer de grandes difficultés dans son projet d'abolir le
rite mozarabe à Tolède, où il était tellement établi, qu'on
l'appelait d'ordinaire, par toute l'Espagne, le rite de To-
lède, Nous empruntons la narration de l'historien Ro-
drigue, pour raconter ce grand fait, avec les circonstances
si dramatiques qui l'accompagnèrent.
« Le clergé et le peuple de P' Espagne entière furent
« troublés, parce que le légat Richard et le roi Alphonse
« voulaient les contraindre à recevoir TOffice gallican. Au
« jour marqué, le roi, le primat, le légat et une grande
« multitude de clergé et de peuple se trouvant rassemblés,
« il s'éleva une longue altercation, par suite de la résistance
« courageuse duclergé, delamilice^et du peuple, qui s'oppo-
« saient à ce qu'on changeât TOffice. De son côté, le roi,
« conseillé par la reine, faisait retentir des menaces ter-
« ribles. Enfin, la résistance du soldat fut telle, qu'on en
« vint à proposer un combat singulier pour terminer cette
(i) Et quia adhuc littera Gothica, et translatio psalterii_, et Oiïîcium
missae institutum ab Isidoro et Leandro pontificibus, quod cum transla-
tione et littera dicitur Toletanum, per totam Hispaniam servabantur, ad
instantiam uxoris suae reginae Constantiae, quœ erat de partibus Gallia-
rum, misit Romam ad Gregorium Papam VII, ut in Hispaniis, omisso
Toletano, Romanum seu Gallicanum Officium servaretur. (Rodericus To-
letanus, de Rébus Hispanicis, lib, VI, cap. xxv.)
276
ABOLITION DU RITE GOTHIQUE
INSTITUTIONS « disscnsion. Deux chevaliers ayant été choisis, l'un par
LITURGIQUES ^ •' ? JT
« le roi, pour l'Office gallican, l'autre par la milice et le
Duel entre deux ^* peuple, pour l'Office de Tolède, le chevalier du roi fut
chevaliers
combattant,
l'Office
de Tolède.
vaincu, au grand applaudissement du peuple, de ce que
,,^L^^ P°^^- « le champion de l'Office de Tolède avait remporté la vic-
rOmce romain, ■•■ ^ ^ ^ ^
l'autre pour « toire. Mais le roi, stimulé par la reine Constance, ne
a renonça pas pour cela à son dessein, disant que duel
« n'était pas droit. Le chevalier qui combattit pour TOf-
a fice de Tolède était de la maison de Matanza, près de
« Pisorica, où sa famille existe encore (i). »
Quoi qu'il en soit de la vérité de cette histoire, qui n'au-
rait de valeur pour démontrer le droit de l'Office de To-
lède, qu'autant qu'on admettrait le jugement des combats
singuliers, comme le jugement irréfragable de Dieu même,
le P. Lebrun s'est trompé, lorsqu'il a écrit qu'on ne trou-
vait ce fait que dans l'histoire de Rodrigue, mort en
1247 {2). La Chronique de saint Maixent, antérieure d'un
siècle à la mort de Rodrigue, puisqu'elle finit à l'an 1 184,
rapporte, quoique en abrégé, la même histoire (3). Le car-
dinal Bona paraît aussi avoir ignoré ce second témoi-
gnage (4). Au reste, nous n'avons pas tout dit encore sur
les oppositions que le ciel sembla mettre, si l'on en croit
Rodrigue, à la destruction du rite vénérable qui rappelait
à l'Église espagnole les noms chéris de saint Isidore et de
saint Léandre.
« Une grave sédition, continue l'historien, s'étant donc
Rodrigue, « élevée dans le peuple, il parut convenable d'allumer un
Liturgies rivales « grand feu et d'y placer le livre de l'Office de Tolède et
â°i'épre™e'du « ^^ livre de l'Office gallican (romain). Après un jeûne
^Tedéckrf^ « indiqué par le primat, le légat et le clergé; après les
pour le rite
gothique.
(i) Vid, la Note G.
(2) Explication de la Messe, tom. II, pag. 296.
(3) Chronicon S. Maxentii, vulgo Malleacense, apud Labbeum. Biblioth.
Mss., tom. II, pag. 190.
(4) Rerum Liturgicarum, lib, \, cap. xi.
Au rapport
de l'historien
I PARTIE
CHAPITRE XI
OU MOZARABE EN ESPAGNE 277
« prières accomplies dévotement par tous, le livre de l'Of-
« fice gallican (romain) est consumé par le feu ; tandis
« que le livre de l'Office de Tolède s'élance du bûcher,
« intact, exempt de toute trace de brûlure, aux yeux de
« l'assemblée, et au chant des louanges du Sei-
(i gneur (i). »
Ce double prodige doit rappeler au lecteur celui que ^L'autonté^
nous avons rapporté, au chapitre viii, sur la Liturgie . ^^es^^^po^^^^
ambrosienne. On verra du moins, dans le récit de Ro-
drigue, un nouveau témoignage du zèle que mettaient
autrefois les peuples et le clergé à tout ce qui concernait
la Liturgie, zèle qui contraste bien tristement avec l'indif-
férence profonde qui, de nos jours, a accueilli et accueille
encore en France les plus graves changements sur le
même objet. Quant à l'épreuve du feu, nous devons re-
marquer avec le P. Pinius (2), que Pelage d'Oviédo, con-
temporain d'Alphonse VI, et qui a rapporté les actions de
ce prince dans un grand détail, n'en a pas dit un seul
mot, non plus que Luc de Tude, qui vivait au siècle de
l'archevêque Rodrigue. Il est d'ailleurs difficile de croire
que si un véritable prodige eût eu lieu, le Siège aposto-
lique eût persisté dans l'intention de détruire l'Office go-
thique. Ce serait le premier miracle en opposition avec
les volontés de l'Église. Quant au fait en question, s'il
était démontré (ce qui n'est pas), la théologie catholique
trouverait peut-être encore à l'expliquer, sans recourir à
l'intervention divine.
Rodrigue conclut ainsi sa narration : « Tous pleurant ^,Q^^f ^^^^^\^
« et gémissant d'une issue si malheureuse, alors com- est
& 77 définitivement
a menca le proverbe : Quod volunt reges, vadunt leges : adopté
' . , 1 1 • T- j • 1 en Espagne.
a quand veulent les rois, s'en vont les lois. Et depuis lors,
« l'Office gallican (romain), qui n'avait jamais été reçu
(i) Vid. la Note C.
(2) Tract. Hist. Chron. de Liturgia antiq. Hispan., cap, vi, § v,
pag. 5o.
278 ABOLITION DU RITE GOTHIQUE
INSTITUTIONS « nî DOUF Ic PsauticF, ni pour le rite, fut observé en Es«
LITURGLQUES -"^ ^ ^
pagne; quoique, en quelques monastères^ on ait gardé
.« encore, un certain temps, celui de Tolède, et que l'an-
« cienne version du Psautier soit encore récitée aujour-
« d'hui dans plusieurs églises cathédrales et monas-
« tères(i). »
Cette mesure, Telles furent les circonstances qui accompagnèrent
qui détruisait i,,,.. iit- • i- t-. ^ ^
de précieuses labolition de la Liturgie gothique, en Espagne. Ce fut
était une' donc un acte solennel du zèle des Pontifes romains, de la
d'ordre^public pî^té des rois, une des nécessités qu'imposait le sublime
européen, pj^j^ ^^ l'unité sociale catholique. Dans cette mesure,
sans doute, de précieuses traditions nationales périrent,
mais l'Église ne reconnaît point de nations : elle ne voit,
qu'une famille dans le genre humain, et si les chrétientés
d'Orient se sont rompues en tant de morceaux, et ont vu
s'affadir en elles le sel du christianisme, de si grands
malheurs n'eussent point eu lieu, si Rome^ ainsi que nous
l'avons dit ailleurs, eût pu enchaîner ces vastes provinces
à celles de la chrétienté européenne, par le double lien
d'une langue commune et d'une Liturgie universelle. Ce-
pendant, s'il en est ainsi, quel sera le jugement de l'his-
toire sur ceux qui, plus tard, en Europe, en France, se
sont plu à détruire l'œuvre des siècles, le résultat des
efforts des pontifes et des princes les plus pieux, cette unité
liturgique si chèrement achetée, si laborieusement con-
quise ?
La Providence Quoi qu'il en soit, la Providence ne voulut pas que
pas que l'Église l'EgUse d'Espagne perdît à tout jamais le souvenir de ses
perdft^^ anciennes gloires gothiques. Quand le danger fut passé,
entièrement
ces anciennes ^^^ ^^ ^^^^ cunctis flentibus et dolentibus inolevit proverbium : quod
gloires. volunt reges, vadunt leges. Et ex tune Gallicanum officium tam in psal-
terio quam in aliis numquam ante susceptum, fuit in Hispaniis observa-
tum. Licet in aliquibus monasteriis Toletanum fuerit aliquanto tempore
custoditum : et etiam translatio psalterii in plurimis ecclesiis cathedra-
libus et monasteriis, adhuc hodie recitatur. (Roderic. Toletan. de Rébus
Hispanicis. Ibidem.)
l PARTIK
CHAPITRE XI
OU MOZARABE EN ESPAGNE 279
quand l'Espagne affranchie tout entière du joug sarrasin
et fondue désormais dans la société européenne, eut mé- ~
rite, à tant de titres, le nom de Rq/amne Catholique^ ce
qui n'était jamais arrivé pour aucune autre nation arriva
pour elle. Le passé fut exhumé de la poudre, et Tolède
tressaillit de revoir célébrer au grand jour les augustes
mystères des Isidore et des Léandre.
Un de ces hommes qui n'appartiennent pas tant à la Le cardinal
nation qui les a produits qu'à l'humanité tout entière, le archevêque de
. : , 1 ^ 1 rr. IX , .,,. Tolède, rétablit
grand cardinal Ximenès, archevêque de Tolède, recueillit le rite
, ^ ., , , , . , mozarabe dans
avec amour les laibles restes des mozarabes qui, sous la quelques
tolérance des rois de Gastille, avaient continué, dans quel- ae Tofèck,^ avec
ques humbles sanctuaires de Tolède, à pratiquer les rites ^^ 5u^^Jpe °^
de leurs pères. Il fit imprimer leurs livres que l'injure du ^^'^^^^ ^^•
temps avait mutilés en quelques endroits ; il leur assigna,
pour l'exercice de la Liturgie gothique, une chapelle de
la cathédrale et six églises dans la ville, et pourvut à
l'entretien du culte et de ses ministres. Mais afin de
rendre légitime cette restauration, Ximénès s'adressa au
souverain Pontife, et Jules II rendit deux bulles, à la
prière du cardinal, pour instituer canoniquement le rite
gothique dans les églises qui lui étaient affectées. Dans
la première de ces bulles^ qui est du 12 des calendes
d'octobre de l'année i5o8, le Pape loue grandement le
zèle de Ximénès pour le service divin, et qualifie l'Office
mozarabe de très-ancien et rempli d'une grande dévotion,
antiquissimiim et magnœ devotionis (i).
Les esprits superficiels, qui croiraient voir ici Jules II
en contradiction avec saint Grégoire VII, n'auraient pas
(i) Outre les églises de la ville de Tolède autorisées à suivre le rite
gothique, Pinius en cite encore deux autres : la petite église de Saint-
Sauveur, à Salamanque, et une chapelle de l'église paroissiale de Sainte-
Marie-Magdeleine, à Valladolid. Léon X confirma la première, et Pie IV la
seconde, en permettant d'y célébrer les saints mystères suivant le rite
gothique, mais seulement à certains jours de l'année,
28o
TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE VIT
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
La conduite
de Jules II en
cette rencontre
n'est pas en
contradiction
avec celle
de saint
Grégoire VII.
Cette
concession,
avantageuse
à l'Église, _
ne nuit en rien
au principe
de l'unité
liturgique.
apprécié les raisons de diverse nature qui dictèrent la
conduite de ces deux pontifes. L'unité, dans toutes ses
conséquences, est le premier des biens pour l'Eglise; son
développement social, ses heureuses influences pour le
bien de l'humanité, la conservation du dépôt de la foi, sont
à ce prix; on y doit donc sacrifier, dans certains cas, le
bien même d'un ordre secondaire. Or l'antiquité, la
beauté de certaines prières sont un bien, mais non un
bien qui puisse entrer en parallèle avec les nécessités gêné-
raies de l'Eglise. Telles sont les idées sous l'influence des-
quelles agit saint Grégoire VIL Mais, d'un autre côté,
quand Tunité est sauvée avec tous les biens qui en décou-
lent, rien n'empêche qu'on n'accorde quelque chose, beau-
coup même, à des désirs légitimes dont l'accomplissement
ne peut porter atteinte à ce qui a été si utilement et si
difficilement établi. Dans les six ou sept églises de Tolède
où il est relégué, le rite gothique ne fait plus obstacle à
la fusion du royaume d'Espagne dans les mœurs de la
catholicité d'Occident. A Tolède même, la Liturgie ro-
maine, loin d'en être obscurcie, en est plutôt rehaussée.
Nos dogmes antiques célébrés dans le langage pompeux
des grands et saints docteurs de Séville et de Tolède, n'en
deviennent que plus inviolables aux attaques des nova-
teurs.
Réduit à ces proportions, le rite gothique ne pouvait
nuire et pouvait être utile ; telle fut la raison de l'indul-
gence que montra Jules IL Rome n'a jamais eu peur de
l'antiquité : c'est le plus ferme fondement de ses droits,
comme de ceux de l'Église dont Rome est la pierre fon-
damentale. Elle aime à voir les deux rites ambrosien et
gothique demeurés debout, comme deux monuments an-
tiques de l'âge primitif du christianisme. Elle ne souffri-
rait pas que d'autres églises, rétrogradant vers leur ber-
ceau, abjurassent les formes de l'âge parfait pour revêtir
celles de l'enfance ; mais elle se plaît à mettre les nova-
I PARTIE
CHAPITRE XI
Saint
Grégoire VII
réforme
la Liturgie
romaine.
SUR. LA LITURGIE ROMAINE 28 1
teurs à même de comparer les croyances et les symboles
en usage dans ces antiques Liturgies, avec les symboles
et les croyances que renferme cette autre Liturgie que
l'univers catholique a vu croître avec les siècles. Il
est vrai que si les Liturgies ambrosienne et gothique
remontaient, comme celles d'un certain pays, au xviii%
voire même au xix® siècle , Rome n'aurait pas lieu
d'en vanter la haute antiquité, ni, tranchons le mot, la
vénérable autorité. Mais reprenons le fil de notre his-
toire.
Saint Grégoire VII ne nous apparaît pas seulement,
dans l'histoire, comme le zélé propagateur de la Liturgie
romaine; son nom vient aussi se placer à la suite de ceux
des Léon, des Gélestin,des Gélase,des Grégoire le Grand,
chargés par l'Esprit-Saint de la réformer. Quatre siècles
s'étaient écoulés depuis l'œuvre du dernier de ces Pon-
tifes; il était temps qu'une main forte intervînt pour une
amélioration. Ainsi qu'il arrive toujours dans les grandes
choses, saint Grégoire VII n'eut peut-être pas la con-
science entière de ce qu'il accomplissait pour les âges sui-
vants. Ses travaux qui, du reste, ne paraissent pas s'être
portés sur le Sacramentaire, aujourd'hui Missel romain,
partie la plus antique et la plus immuable de la Litur-
gie, eurent pour objet la réduction de l'Office divin. Les
grandes affaires qui assiégeaient un Pape, au xi® siè-
cle, les détails infinis d'administration dans lesquels il
lui fallait entrer, ne permettaient plus de concilier avec
les devoirs d'une si vaste sollicitude l'assistance exacte
aux longs offices en usage dans les siècles précédents.
Saint Grégoire VII abrégea l'ordre des prières et sim- il abrège l'office
. . divin à l'usage
plifia la Liturgie pour l'usage de la cour romaine. Il
serait difficile aujourd'hui d'assigner d'une manière tout à
fait précise la forme complète de l'office avant cette réduc-
tion; mais depuis lors, il est resté, à peu de chose près,
ce qu'il était à la fin du xi® siècle. Nous en avons
de la cour
romaine.
282 TRAVAUX DE SAINT GRÉGOIRE VII
, INSTITUTIONS pouT témoiii l'ancien auteur connu sous le nom àt Micro*
LITURGIQUES ^
logite, du titre de son livre, qui paraît avoir été écrit vers
Forme l'an 10Û7 (i). Cet auteur donne à entendre que c'est sur
de l'Office . , .
sanctionné par l'Office sanctionné par saint Grégoire VII, qu'il a établi
Grégoire VII ses observations. Or on trouve dans ce précieux opuscule
\QM?crofo^ue. ^^^ particularités suivantes : l'auteur y compte des offices
ciim pleno qfficio, ou à trois répons, ou à neuf leçons ; il
en mentionne de dominicaux, de fériaux^ de votifs. Il
marque à matines trois psaumes et trois leçons, du jour
de Pâques jusqu'au samedi in albis^^l du jour de la Pen-
tecôte jusqu'au samedi de la même semaine. Aux autres
jours de Tannée, si c'est une fête, neuf psaumes, neuf
leçons et autant de répons; aux dimanches, dix-huit
psaumes et neuf leçons. Ces détails montrent que le Bré-
viaire de saint Grégoire VII était conforme à celui d'au-
jourd'hui. Mais outre les particularités fournies par le
Micrologue, il existe un document important qui nous
apprend dans le plus grand détail l'ordre établi par ce
grand Pape, d'après les traditions antérieures, pour le
partage des leçons de matines, et cet ordre est conforme à
celui que nous gardons encore présentement.
Canon Ce document est un canon inséré au décret de Gra-
règiant^rordre tî^i^ (2), à la suite du canoH de saint Gélase, sur les Livres
de i^Écrkure ^P^cryphes. Les plus savants liturgistes, Grancolas, Me-
sainte pati, Azevedo, Zaccaria, s'accordent à reconnaître saint
a matines.
Grégoire VII pour l'auteur de ce second canon. En voici
la teneur :
ce Nous avons jugé à propos, pour l'édification des
« fidèles, d'indiquer les livres qui sont lus par plusieurs,
« dans les offices ecclésiastiques, durant le cercle de
« Tannée. Ce rite est celui que le Siège apostolique ob-
« serve lui-même, bien loin de le réprouver. Il en est
(i) Micrologus, de ecclesiasticis observationibus. Biblioth. vet. Patrum
Lugdunen., tom. XVIII, pag. 472-490.
(2) Decretum. Cap. Sancta Romana Ecclesia,
CHAPITRE IX
SUR LA LITURGIE ROMAINE 283
« donc qui, à la Septuagésime, placent le Pentateuque, f.„\lt^^i^,
« jusqu^au quinzième jour avant Pâques. Ce quinzième
(c jour, ils placent Jérémie, jusqu'à la Cène du Seigneur.
« A la Cène du Seigneur, ils lisent trois leçons de la La-
« mentation de Jérémie (Qz/omo<io sedet sola civitas, etc.)^
« et trois du traité de saint Augustin sur le psaume LIV
« ÇExaudi, Deus, orationem meam, et ne despexeris), et
« trois de TApôtre, à l'endroit où il dit dans l'Épître aux
a Corinthiens : Convenientibus vobis in iiniim. La seconde
« leçon commence ainsi : Similiter et calicem, postquam
a cœnavit. La troisième, De spiritalibiis aiitem nohimns
a vos îgnorare, fratres. Au vendredi saint, trois leçons
« de la Lamentation de Jérémie, et trois du traité de
« saint Augustin sur le psaume UKUlÇExaudi, Deus y ora-
(i tionem meam cum deprecor); et trois de l'Apôtre, à
« l'endroit où il dit, dans l'Épître aux Hébreux : Festine»
« mus ingredi in eam t^equiem, etc. La seconde leçon :
« Omnis namque Pontifex, La troisième : De qiio grandis
« nobis sermo. Au samedi saint, trois leçons de la La-
« mentation du prophète Jérémie, trois du traité de
« saint Augustin sur le même psaume LXIII, et trois de
« TApôtre, à l'endroit où il dit, dans l'Épître aux Hé-
« breux : Christus assistens Pontifex fiitiirorum. La
« seconde leçon: Ubi enim testamentiim est. ha. troisième:
a Umbram enim habens lex fiituroriim bonorum. En la
« Pâque du Seigneur, les homélies qui appartiennent à ce
« jour : pendant la semaine, les homélies convenables.
« A l'octave de Pâques, ils placent les Actes des Apôtres,
« les Epîtres canoniques et l'Apocalypse jusqu'à l'octave
« de la Pentecôte. A Toctave de la Pentecôte, ils placent
« les livres des Rois et les Paralipomènes, jusqu'aux ca-
« lendes de septembre. Au premier dimanche de septem-
« bre, ils placent Job, Tobie, Esther et Esdras jusqu'aux
« calendes d'octobre. Au premier dimanche du mois d'oc-
« tobre, ils placent le livre des Machabées, jusqu'aux
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
La réduction
de l'office divin
accomplie
par saint
Grégoire VII,
adoptée dans
toutes les
églises de Rome
excepté la
basilique de
Latran.
284 TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE VU
« calendes de novembre. Au premier dimanche du mois
« de novembre, ils placent Ezéchiel, Daniel et les petits
« Prophètes, jusqu'aux calendes de décembre. Au premier
« dimanche du mois de décembre, ils placent le prophète
« Isaïe jusqu'à la Nativité du Seigneur. En la Nativité
« du Seigneur, ils lisent d'abord trois leçons d'Isaïe. Pre-
« miQTQleçoniPrïmo tejnpore aîlepiata est terra Zabulon;
a seconde ; Consolamini , consolamini ; troisième : CoU'
a surge, consurge. On lit ensuite des sermons ou homélies
« appartenant à ce jour. En la fête de saint Etienne, l'ho-
« mélie de ce jour. En la fête de saint Jean, de même. En la
« fête des Innocents, de même. En la fête de saint Sylvestre,
« de même. En Toctave de la Naissance du Seigneur,
« ils placent les Épîtres de saint Paul jusqu'à la Septua-
« gésime. En l'Epiphanie, trois leçons d'Isaïe, la première
« commence : Omnes si tient es; la seconde : Siirge, illu-
« minare Jérusalem; la troisième : Gaudens gaudebo in
« Domino. Ensuite on lit les sermons ou homélies appar-
« tenant à ce jour (i). »
La réduction de l'office divin, accomplie par saint Gré-
goire VII, n'était destinée, dans le principe, qu'à la seule
chapelle du Pape : par le fait, elle ne tarda pas à s'établir
dans les diverses églises de Rome. La basilique de Latran
fut la seule à ne la pas admettre ; c'est ce qu'atteste déjà,
au siècle suivant, Pierre Abailard, dans une lettre
apologétique contre saint Bernard (2). Le livre responso-
rial de la basilique de saint Pierre, publié par le B. Tom-
masi, sur un manuscrit du xii^ siècle, prouve maté-
riellement que cette seconde église de Rome avait aussi
adopté l'ordre nouveau de l'office. Les Églises du reste de
{i\ Vid. la Note D.
(2) Antiquam Romanse sedis consuetudinem nec ipsa civitas tenet, sed
sola Ecclesia Lateranensis, quae mater est omnium, antiquum tenet offi-
cium, nuUa filiarum suarum in hoc eam sequente, nec ipsa etiam Romani
Palatii Basilica. [Abailardi opéra, Epist., V, pag. 232.)
SUR LA LITURGIE ROMAINE 285
l'Occident demeurèrent plus ou moins étrangères à cette chapitre^ xi
innovation; il faut remarquer que Fauteur du Micrologue, '
qui semble avoir été Ives de Chartres, a écrit hors de Rome, Les autres
et qu^il parle néanmoins des ordonnances de saint Gré- ^^ rocddent
goire VII, comme faisant droit sur la Liturgie. Toutefois, J^én^^^artfeks
il ne paraît pas que ce grand Pape ait jamais obligé les ordonnances
Églises à recevoir ses règlements sur cette matière : c^est Grégoire.
ce que l'on peut conclure d'une remarque de Raoul,
doyen de Tongres, auteur du xiv® siècle, qui dit ces pa-
roles, au sujet de la réduction de l'office divin : « Les
« autres nations de Funivers ont leurs livres et leurs
« offices, tels qu'ils sont venus des églises de Rome^ et
« non de la chapelle du Pape, ainsi qu'on le conclut avec
« évidence des livres et traités d'Amalaire, de Walafride,
« du Micrologue (i), du Gemma, et autres qui ont écrit
« sur l'Office (2). »
Ce mot de Raoul de Tongres nous ramène naturelle- ^^ ^î^ résulte
^ ^ ^ _ que beaucoup
ment à parler de Tétat de la Liturgie dans l'Occident, d'Églises
de France et
pendant les xi^ et xii® siècles. Il arriva donc, par le fait, d'ailleurs
I 11/ 1» T-« 11 conservent
que beaucoup d églises en rrance et dans les autres pro- une Liturgie
vinces de la chrétienté se trouvèrent avoir une Litur- ^ ^twoc ceiîe°^^
gie plus en rapport, au moins en quelque chose, avec celle Grégoire^
de saint Grégoire le Grand, qu'avec la nouvelle que saint Grand qu'avec
^ 7 T T. celle de saint
Grégoire VII avait inaugurée dans Rome. Du reste, tout Grégoire vil.
ce que renfermait cette dernière se trouvait dans F an-
cienne, dont elle était Fabrégé : les usages romains
(i) Raoul de Tongres est fondé à citer ici le Micrologue avec Amalaire
et les autres, parce que cet opuscule, quoiqu'il y soit parlé, en plusieurs
endroits, de l'office suivant la réforme de saint Grégoire VII, offre un
grand nombre de traits qui tiennent à une forme de Liturgie anté-
rieure.
(2) Aliae autem nationes orbis libros, et officia sua habent e directo ab
ipsis Ecclesiis Romanis, et non a Capella Papae, sicut ex libris et tracta-
tionibus Amalarii, Walafridi, Micrologi, Gemmae, et ceterorum de officio
scribentium colligitur evidenter. (Radulph. Decani Tungren, de Canonum
observantia. Propositio XXII. Biblioth. Patrum., tom. XXVI, pag. 3i3.)
286 FORMATION DU RITE ROMAIN-F*RANGAiS
INSTITUTIONS régnaient donc toujours. Toutefois, le respect qu'on avait
LITURGIQUES ^ ' ^ T 1
pour ces formules saintes n'empêcha pas qu'en certains
Nombreuses pays, mais principalement en France, on n'insérât, par le
superfétations . , . i j -v i, /r>
ajoutées aux laps du temps, un certam nombre de pièces et d offices
romain^es avec même, qui portaient le cachet du siècle et du pays qui les
au'^mofns^Tdte avaient produits. Rome,comme au temps d'Amalaire, cou-
des souverains tinua de voir ces superfétations nationales sans improba-
tion ; de même qu'aujourd'hui elle approuve encore les
offices et les usages locaux, dans le diocèse où règne le
Bréviaire romain. Bien plus, il arriva plus d'une fois
qu'elle adopta des prières, des chants et des offices em-
pruntés aux livres de quelque Église particulière. Les
diverses Églises de l'Europe échangeaient aussi les usages
liturgiques qui, dans le pays de leur origine, avaient ob-
^ ,, . tenu une plus grande popularité. Mais autant, parmi ces
de Paris diverses Eglises, celle de France avait l'avantage pour
^éga^rTà toutes la fécondité de son génie liturgique et pour la beauté de
^^^^^^et^de'^^^^^ ses chants, autant, au sein de notre patrie, l'Église de
la chrétienté, p^^is, à l'époque qui nous occupe, posséda et mérita une
supériorité incontestable.
Cette Une des causes qui maintinrent la Liturgie romaine-
^^Sécïdée^ parisienne dans cet état si florissant, fut l'influence de la
en partie par cour de nos rois d'alors, dont la chapelle était desservie
rinfluence de la , . .
chapelle des avec uue pompe et une dévotion merveilleuses. Gharle-
* magne, Louis le Pieux, Charles le Chauve, trouvèrent de
dignes successeurs de leur zèle pour les divins offices,
dans les rois de la troisième race. A leur tête, nous pla-
zèle de cerous Robert le Pieux et saint Louis. Le premier, monté
^^0%^ l'office^^ ^^^ ^^ trône en 996, régla tellement son temps, qu'il en
divin. donnait une partie aux œuvres de piété, une autre aux
affaires de l'Etat, et l'autre à l'étude des lettres. Chaque
jour, il récitait le Psautier, et enseignait aux clercs à
chanter les leçons et les hymnes de l'office. Assidu aux
offices divins, et plus zélé encore que Charlemagne, il se
mêlait aux chantres, revêtu de la chape et tenant son
FORMATION DU RITE ROMAIN-FRANÇAIS 287
sceptre en main. Le xi^ siècle, si illustre par la réédifi-
cation de tant d'églises cathédrales et abbatiales, s'ou-
vrit sous les auspices de ce pieux roi, qui fonda lui-même
quatorze monastères et sept églises. Gomme il était grand
amateur du chant ecclésiastique, il s'appliqua à en com-
poser plusieurs pièces, d'une mélodie suave et mystique,
que Ton chercherait vainement aujourd'hui dans les livres
parisiens, d'où elles furent brutalement expulsées au dix-
huitième siècle, mais qui régnèrent dans toutes les églises
de France, depuis le temps de Robert jusqu'à la régéné-
ration gallicane de la Liturgie. Ce pieux prince, qui se
plaisait à enrichir les offices de Paris des plus belles
pièce„s de chant qui étaient en usage dans les autres églises,
envoyait aux évêques et aux abbés de son royaume les
morceaux de sa composition, que leur noble harmonie,
plus encore que son autorité, faisait aisément adopter
partout. Étant allé par vœu à Rome, vers l'an 1020, et
assistant à la messe célébrée par le Pape, lorsqu'il alla à
Toffrande, il présenta, enveloppé d'une étoffe précieuse,
son beau répons, en Thonneur de saint Pierre, Cornélius
Centurio. Ceux qui servaient le Pontife à l'autel, accou-
rurent incontinent, croyant que ce prince avait offert
quelque objet d'un grand prix, et trouvèrent ce répons
écrit et noté de la main de son royal auteur. Ils admirè-
rent grandement la dévotion de Robert, et à leur prière,
le Pape ordonna que ce répons serait désormais chanté
en l'honneur de saint Pierre (i).
Robert lia une étroite amitié avec le grand Fulbert,
évêque de Chartres, si célèbre à tant de titres, mais aussi
par les admirables répons qu'il composa en l'honneur de
la Nativité de la sainte Vierge. La fête de ce mystère fut
en effet établie en France, sous le règne de Robert, qui
rendit un édit portant obligation de la solenniser. Ces
I PARTIE
CHAPITRE XI
Robert
compositeur
de chant
liturgique.
Amitié du roi
pour Fulbert,
évêque
de Chartres,
auteur de
répons célèbres
en l'honneur
de la Nativité de
la sainte Vierge.
(1) Trithem. Qhronic. Hirsaug., tom. I, pag. 141
288 FORMATION DU RITE ROMAIN-FRANÇAIS
INSTITUTIONS tfols répons sont tout à fait, pour le chant, dans le style
LITURGIQUES
du roi Robert. Il est probable que Fulbert les lui avait
communiqués, pour les répandre par ce moyen dans tout
le royaume. On les trouve dans tous les livres liturgi-
ques de France, antérieurs au xviii^ siècle, même dans
ceux de la Provence et du Languedoc. Tel était le mode
de propagation qu'employait Robert pour les chants qu'il
affectionnait : il les faisait exécuter dans la chapelle de son
palais, ou dans l'abbaye de Saint-Denys, puis dans l'église
même de Paris, et de là ils passaient aux autres cathé-
drales.
Les plus grands La piété de Robert pour les offices divins n'avait rien
sucrners
de cette époque de singulier dans ces siècles de foi. Les plus grands guer-
ferveur pour ^iers se montraient tout aussi dévots que ce roi pacifique.
omce ûivin. g-^ ^^ effet, nous passons en Angleterre, nous retrouvons
les mêmes exemples dans un prince tel que Guillaume
Guillaume ]e Conquérant. Guillaume de Malmesbury nous apprend
le Conquérant. . t o ....
que ce vamqueur des Saxons assistait chaque jour non-
seulement à la messe, mais à matines et aux autres heures
de l'office (i). Il attribue la catastrophe qui affligea P An-
gleterre à la négligence des seigneurs saxons qui n'avaient
pas renoncé, il est vrai, à entendre la messe et l'office, mais
qui ne remplissaient plus ce dQVOiv journalier que d'une
manière lâche et négligente (2). Matthieu Paris s'exprime
Godefroy dans les mêmes termes. Godefroy de Bouillon, partant pour
de Bouillon. , . , . , , . - ,. .
la croisade, avait emmené avec lui une troupe de religieux
exemplaires, qui, durant toute la marche, récitèrent de-
vant lui tous les divins offices de jour et de nuit (3). Telle
(i) Religionem christianam quantum saecularis poterat ita frequentabat,
ut quotidie missae assisteret, vespertinos et matutinos hymnos audiret.
(Guillelm. Malmesb. de Gestis Regum Anglor., lib. III.)
(2) Optimates gulas et veneri dediti, Ecclesiam more christiano mane
non adibant, sed in cubiculo et inter uxorios amplexus, matutinarum
solemnia et missarum a festinante presbytère auribus tantum libabant,
[Ibidem.)
(3) De claustris bene disciplinatis monachos insignes adduxerat, qui toto
i
FORMATION DU RITE ROMAIN-FRANÇAIS 289
fut aussi la conduite du pieux et invincible Simon de i partie
n/r r 1 1 «1 111.. CHAPITRE XI
Montrort, dans la croisade contre les albigeois (i). Nous '
choisissons de préférence les exemples de ces illustres Simon
guerriers qui savaient imiter, dans les camps, la piété ^ °"^ °^^'
paisible d'un saint Gérauld, comte d'Aurillac, d'un saint Saint Gérauid
Elzéar de Sabran, dont la vie, proclamée sainte par ^^ ^^^"^
les peuples, s'écoulait au milieu des actes de la plus
expansive charité et des plus augustes pratiques de la
Xiturgie.
Le xti^ siècle ne fut pas moins fécond que le xi^ en Au xne siècle,
heureuses innovations dans la Liturgie romaine, telle envers^ies safnts
que les Français, les Allemands, les Belges la prati- ^XqIux d!ants'
quaient. La dévotion à certains saints inspira les plus compositeurs
beaux chants en leur honneur ; nous citerons principale- liturgiques.
ment saint Nicolas et sainte Catherine, qui fournirent
matière à des antiennes et à des répons d'une mélodie
ravissante. Gavanti, appuyé sur l'autorité de saint Anto-
nin et de Démocharès rapporte à cette même époque la
composition ou au moins le complément de l'Office des Contrairement
,, , j. . j , . , à l'opinion
morts par raddition de plusieurs nouveaux répons et en de quelques
fait honneur à Maurice de Sully, évêque de Paris, qui au- roffice des
rait fait chanter ces pièces de sa composition dans son ^été^compiét?
église en 1 196. Malheureusement cette attribution est dif- ^ cette époque.
ficile à soutenir. Plusieurs répons de l'Office des morts
se trouvent déjà dans les antiphonaires et responsoriaux
grégoriens, publiés par le B. Tommasi; les autres, à sa-
voir : Domine^ quando veneris; Peccantein me; Domine, se-
ciindum actum meum; Libéra me ^Domine, de viis inferni ;
et Libéra me, Domine, de morte œterna, sont, il est vrai,
plus modernes, mais on les trouve cependant dans les
itinere, horis diurnis et nôcturnis, Ecclesiastîco more, divina illi minis-
trabant officia. (Guillelm. Tyi*., lib. IX, eap. ix;)
(i) Gum esset in bellis strenuissimus, omni tamen die missam et horas
canonicas omnes audiebat, semper sub armis. (Rigord., in Philipp.August.
anno I2i3.)
T. I
19
2Q0 FORMATION DU RITE ROMAIN-FRANÇAIS
INSTITUTIONS Antiphonaircs du x® siècle, près de deux cents ans avant
LITURGIQUES ^
~ Maurice de Sully,
L'influence Si nous sommes obligé de rectifier cette opinion de
^^ France ^ Gavanti et de Démocharès (i), l'influence de l'Église de
^^universeU?^ France sur la Liturgie universelle reste incontestable.
sert à coinpiéter £jjg servit à compléter, à perfectionner, à enrichir le ré*
et a enrichir r •> r 7
le répertoire pertoire grégorien, dont le fond resta toujours intact;
grégorien, dont ^ ...
le fond ces additioiis, ne consistant qu'en quelques proses et ré-
pons pour embellir les offices divins, ou encore dans Tad-
jonction d^un certain nombre de fêtes de saints, au calen-
drier romain. Le Livre des Messes^ tant pour les formules
récitées que pour les parties chantées, demeura toujours
le même, sauf les tropes et les séquences, que l'inspira-
tion de ces siècles de foi et de mélodie produisit en grand
nombre. Mais ces dernières pièces ne s'étendirent pas,
pour l'ordinaire, hors du pays qui les avait produites :
l'inspiration en était généralement trop nationale; tandis
Les tropes que les répons composés dans un caractère plus ffrave, se
et les séquences \ . ,.,..
de composition répandirent par toute la chrétienté occidentale. Il est vrai
nouvelle
se répandent que leur propagation fut due en grande partie à l'influence
moins j 1 t • i m
que les répons, des nouveaux ordres religieux; c est ce que nous racon* ;
terons au chapitre suivant.
Action de Nous ne devons pas terminer le tableau de l'époque :
l'ordre 1. • , .. , r ^ «
bénédictin liturgique dcs XI*' et xii^ Siècles, sans dire^ en quelques
sur la Liturgie ^^ r n • in 1 1 / / i- •
durant les xie mots, quelle lut laction de Tordre bénédictin en cette
partie de la discipline ecclésiastique. Il suffira, pour
mettre cette influence en état d'être appréciée^ de rap«
peler au lecteur que les moines, du viii^ au xii® siècle,;
remplirent tous les postes principaux dans l'Église,,
en même temps qu'ils furent presque les seuls dépo-
sitaires de la science et des traditions. Ils donnèrent
des papes comme saint Grégoire le Grand, saint Boni-
face IV, saint Agathon, saint Léon III, saint Pascal I^%
(i) Note de l'éditeur.
FORMATION DU RITE ROMAIN-FRANÇAIS 29 1
saint Léon IV, saint Léon IX^ Alexandre II, saint Gré-
goire VII, Urbain II, Pascal II, Galixte II et Inno-
cent IV; des docteurs sur la Liturgie et sur tout genre de
doctrine, comme saint Léandre, saint Ildephonse, Bède,
Alcuin, Walafrid Strabon, Rhaban Maur,Usuard, Remy
d'Auxerre, Notker le Bègue, Herman Contract, saint Pierre
Damien, Bruno d'Asti, Hildebert du Mans et de Tours,
Guy d'Arezzo, Rupert de Tuit, saint Bernard, Pierre le
Vénérable, etc. Il advint de là que plusieurs usages béné-
dictins se fondirent dans la Liturgie d'Occident. Ainsi,
l'Office du chapitre à Prime, la Leçon brève et le Confi-
teor avant Compiles, l'oraison Visita, quœsiimus, les
antiennes Salve, Regina, Aima Redemptot^is, etc. ; le
petit Office de la sainte Vierge ajouté à l'Office du jour ;
Pusage des hymnes, des séquences; l'Aspersion et la
Procession, le dimanche, avant la messe ; tous ces usages
et beaucoup d'autres ont une origine monastique. On sait
aussi que la Commémoration de tous les Défunts, au
deuxième jour de novembre, a passé de l'abbaye de Gluny,
où elle fut instituée par saint Odilon,àtoute l'Eglise d'Oc-
cident; de même que la coutume de chanter l'hymne Veni,
Creator, à Tierce, durant l'octave de la Pentecôte, avait
été établie dans le même monastère par saint Hugues,
avant d'être adoptée à Rome et étendue à toutes les pro-
vinces de la catholicité. Nous aurons ailleurs l'occasion
d'indiquer beaucoup d'autres détails du même genre, nous
avons voulu seulement, dans ce coup-d'œil général, signaler
une des sources principales des usages liturgiques de
l'Occident.
Si nous considérons maintenant l'office divin tel qu'il
se célébrait dans les monastères, à Tépoque qui nous oc-
cupe, nous voyons que le chant ecclésiastique, en particu-
lier, y était de plus en plus florissant. Les offices des
saints patrons s'y célébraient par des hymnes, des ré-
pons, des antiennes nouvellement: composés par les abbés,
I PARTIE
CHAPITRE XI
Nombreux
usages
bénédictins
introduits dans
la Liturgie
générale
de rOccident.
Le chant
ecclésiastique
très-florissant
dans
les monastères.
292 FORMATION DU RITE ROMAIN-FRANÇAIS
INSTITUTIONS q^ pgr. jg savaiits moines. On y tenait beaucoup plus que '^
dans les cathédrales, à la pureté grégorienne ; on consul-
tait les divers exemplaires anciens, et on cherchait avec
zèle à maintenir les traditions. Nous en voyons unexemplefj
célèbre dans la conduite des premiers pères de Cîteaux.
Une lettre de saint Bernard nous apprend que la réputa-
tion de l'Antiphonaire de Metz n'étant pas encore éteinte
au XII® siècle, les moines de cette réforme l'avaient
copié pour leur usage. Mais bientôt ils reconnurent que
le chant était défectueux et avait souffert, tant de l'injure '
^^^^ciw^^^^^ du temps que de l'esprit d'innovation. Le Chapitre de
par le Chapitre Pordre confia à saint Bernard la commission de corriger
de son ordre ^
de reviser les livres du chœur. Il s'adjoignit à cet effet ceux^ de ses ■
l'Antiphonaire . . t 1 1 1 m
cistercien, copié confreres qui passaient pour les plus habiles ; l'Antipho-
primitivement . . . r / 1 /-n •
sur celui naire, ainsi revu, tut approuve par le Chapitre, et injonc-
de Metz.
tion fut faite à tous les monastères cisterciens de s'en ser-
vir. A la suite de la lettre de saint Bernard, dont nous ve*
nons de parler, on trouve parmi les œuvres du saint doc-
teur un traité fort curieux, de Ratione cantus^ destiné à
servir de préface à TAntiphonaire de Cîteaux. Il y a des
raisons de douter que cet ouvrage soit de l'abbé de Clair-
vaux"; mais, quoi qu'il en soit, il est d'un haut intérêt, pour
le détail qu'on y trouve des principes qui présidèrent à la
correction du chant cistercien. On voit que les premiers
pères de Cîteaux furent d'habiles musiciens; mais peut-
être pourrait-on dire que quelquefois, de leur propre aveu,
ils réformèrent l'Antiphonaire de Metz, plutôt d'après des
théories que sur la confrontation des divers exemplaires
des églises. Il est évident néanmoins que si l'on est quel-
quefois en droit de croire qu'on possède la phrase grégo-
rienne dans sa pureté sur un morceau en particulier, c'est
lorsque les exemplaires de plusieurs églises éloignées
s'accordent sur la même leçon; mais ceci nous entraînerait
trop loin et donnerait matière à des discussions totale-
ment étrangères à Tobjet de notre récit.
I PARTIE
CHAPITRE XI
FORMATION DU RITE ROMAIN-FRANÇAIS 298
On voit, par les plus anciens bréviaires de Cîteaux, que
cette réforme adopta, en manière de supplément à PAn-
tinhonaire grégorien, plusieurs usages et pièces de chant Les ordres
^ 00 j.^ ^ • r de Cîteaux et de
qui appartenaient aux Eglises de France, et en particulier prémontré
. ^, ) ^ r • ^ A^^ ajoutent au
à celle de Pans. C'est une remarque qu on peut taire ega- ^^^^ grégorien
lement au sujet de Tordre de Prémontré, fondé en 1 120, tmprînffeï
et dont les livres présentent matière à la même observa- p^^^^J^^^^^j^^J^^^^^
tion. Ces livres sont restés purs, et comme l'un des réper- ^ Églises^
toires de l'ancienne Liturgie romaine-française, jusqu'à spécialement' de
fpllf^Hp Pfi fis
la fin du xviii^ siècle, où le dernier abbé général (M. Lecuy,
mort il y a peu d'années, grand vicaire de Paris), jugea
à propos de les abolir, pour leur substituer des usages
puisés dans ce que présentait de plus exquis la moderne
régénération gallicane.
Il nous reste encore à dire un mot sur le chant pendant Caractère
, , du chant
les XI" et xii^ siècles. Il se maintint, pour la couleur pendant les
. 1 • xi^ et xii^ siècles.
générale, dans le caractère que nous lui avons reconnu
au chapitre précédent, et dont les répons du roi Robert
sont la plus complète expression. Une mélodie rêveuse
et quelque peu champêtre, mais d'une grande douceur,
en fait le caractère principal. Elle est produite par de
fréquents repos sur la corde finale et sur la dominante,
dans rintention de marquer une certaine mesure vague, et
par une longue tirade dénotes sur le dernier mot, qui n'est
pas sans quelque charme.
Le répons de sainte Catherine, Virgo Jlagellatur, offre
une marche plus vive et plus animée, jusqu'au verset qui
. forme un intermède d'une mélodie tendre et suave ; mais
toutes ces pièces n'ont plus la simplicité grandiose des mo-
tifs dont l'Antiphonaire grégorien a puisé Tidée dans la
musique des Grecs.
A cette époque, la séquence se perfectionna. Elle cessa La séquence
1 , 11 • ' 1:^^ prend sa forme
d'être un trope à la marche lente, au rhythme irreguuer. ^ définitive.
Elle devint une sorte d'hymne à mesure égale, et offrit par
là l'occasion d'un précieux développement à la musique
î294 AÛTÈUkS LitURGISTËS
INSTITUTIONS ccclésiastique. Au xif siècle, la séquence d^Abailard
LITURGIQUES -^ . -"^
Mitiit ad Virginem^ fut ornée, probablement par son
auteur, de ce délicieux chant que les Parisiens modernes^
ont du moins conservé sur les modernes paroles de la prose
actuelle : Humani gêner is. Nous touchons à Fépoque du
Dies irœ et du Lauda, Sion,
Guy d'Arezzo ^e xi^ siècle vit en outre s'accomplir un grand évé^
iwTJîlement ^^^"^^"t pour le chant ecclésiastique. Guy d'Arezzo^
du chant simplifia et améliora la méthode d'enseignement du chant-
en fixant l'usage ^ <^
de la portée en fixant Fusage de la portée musicale, composée désor-
musicale, , iiv»
mais de quatre lignes parallèles superposées sur lesquelles
il échelonna les notes. On dit assez généralement qu'il fut
le premier à donner une méthode d'écrire le chant : c'est
une erreur ; on avaitfdes notes avant lui^ comme On a pu •
le voir ci-dessus. Seulement, sa méthode soulageait
beaucoup Toeil et la mémoire, et fit tomber toutes les
autres.
Auteurs Cette période fut donc véritablement féconde pour la
liturfiistes • • .
duxie et du Liturgie : on en jugera mieux encore en parcourant l'énu-
xiie siec e. niération des travaux qui furent alors exécutés en cette
partie. Nous l'ouvrirons donc, sans tarder davantage.
Le roi Robert. A la tête des Liturgistes du xi^ siècle, nous plaçons i
le roi Robert, dont nous avons déjà tant parlé dans de
chapitre. Il composa des séquences pour diverses fêtes.
Outre celle de la Pentecôte : Sancti Spiritus adsit nobis
gratia, que plusieurs ont confondue avec l'hymne Veni,
Creator Spiritus^ qui est de Charlemagne, il en composa
d'autres, pour Noël, Pâques, l'Ascension, la Nativité de la
Ses séquences sainte Vierge, les fêtes de saint Martin, de saint Denvs,
et ses répons. / ^
de saint Agnan, evêque d'Orléans, etc. Il célébra la sainte
Vierge en vers latins, dans lesquels il excellait, et avait
coutume de la nommer VÉtoile de son Royaume. Nous
avons parlé de son beau Répons : Cornélius centurio.
Un autre qui commençait par ces mots : Judœa et Jéru-
salem^ n'était pas moins goûté dans nos églises de France
i
I PARTIE
CHAPITRE XI
DU XI® ET DU XII*' SIÈCLE 296
au moyen âge. Tout le monde sait le tour innocent que
Robert joua à la reine Constance, lui faisant croire qu'il '
était question 'd'elle dans un répons qu'il avait composé
et qui commençait par ces mots : O constantia martf-
rum. Nous plaçons ici les paroles de ce répons que les
voûtes de nos cathédrales ont oublié, et que certainement
bien peu de nos lecteurs connaissent. Il est triste qu'un
siècle ait suffi pour effacer presque tous les points de con-
tact que la Liturgie, en France, avait avec l'histoire. On
nous a donné des rites nationaux que nos pères n'avaient
point connus.
^. O constantia martyr um laiidabilis, o char ii as inex-
tingidbilis, o patient ia invincibilis^ qiiœ licet inter pres-
suras perseqiientium visa sit despicabilis, ^ Invenietur in
laiidem^et gloriam^et honorent, in tempore retribiitionis.
f. Nobis ergo petimus piis subveniant meritis, honorifi-
cati a Pâtre qui est in cœlis. " Invenietnr. Gloria Patri.
O constantia martjyrum.
Ce beau répons, dont le chant est aussi touchant que
les paroles en sont nobles, était le neuvième des Matines,
au Commun de plusieurs martyrs, dans certains bré-
viaires romains-français. Heureux temps où les rois com-
posaient des chants pour leurs sujets, où les mélodies na-
tionales étaient d'innocents répons, ou des antiennes
pleines de paix et d'onction !
(1007). L'ami de Robert, Fulbert, évêque de Chartres, Fulbert, évêque
composa, comme nous l'avons dit, trois répons de la plus
grande beauté, pour la Nativité de la sainte Vierge. Ils
sont en vers, mais non rimes, comme ce fut plus tard la
mode, au xiii« siècle. Nous les insérons ici, parce qu'ils
ont péri dans toute la France (i) : nous voudrions pou-
voir en donner le chant plein d'une suave mélodie.
(i) L'Église du Mans chante encore le second, Stirps Jesse : mais en
dehors de l'office, à la procession du jour de l'Assomption de la sainte
Vierge, avant la messe.
INSTITUTION*
LITURGIQUES
Ses répons
en l'honneur
de la Nativité
de la
sainte Vierge.
Bernon, abbé
de Reichenau.
296 AUTEURS LITURGISTES
I. ^. Solemjustîtiœ Regem paritura stipremum,'^ Stella
Man'a maris hodie processif ad ortum.
f .Cerneredipimim lumen gaudete,Jideles^ Stella Maria.
IL ^. Stirps Jesse virgam produxit, virgaque florem,"^
et super hune florem requiescit Spiritus almus.
f. Virgo Dei genitrix virga est^Jlos Filiusejus. * Et
super hune,
III. % Ad nutum Domini nostrum ditantis honorem,"^
sicut spina rosam genuit Judœa Mariam,
y. Ut vitium virtusloperiret ^ gratia culpam, ^ Sicut
spina.
Tels sont ces admirables répons composés pour TÉglise
de Chartres, par le Pontife qui posa les fondements de la
merveilleuse cathédrale qui brille d'une si sublime auréole.
Un roi les nota en chant; la France entière les adopta;
l'Europe les répéta après la France. Aujourd'hui, ces
doux chants ne retentissent plus dans les divins offices, et
Chartres même, infidèle à son Fulbert et à la douce Vierge
qu'il chanta, les ignore I
Nous nous sommes permis d'insérer ces quelques lignes
de l'antique Liturgie de nos pères : ne pouvant résister
au désir de donner à nos lecteurs quelques traits de cette
Liturgie romaine-française qui gît maintenant incomplète
dans la poussière des bibliothèques. C'est de là que, dès
longues années, nous avons entrepris de l'exhumer. Les
volumes suivants nous fourniront plus d'une fois l'occa-
sion d'en mettre en lumière les inspirations qui, nous en
sommes sûr, seront trouvées nobles et touchantes.
Fulbert a composé en outre plusieurs séquences et plu-
sieurs hymnes. Parmi ces dernières, on remarque celle
du temps pascal : Chorus novœ Jérusalem.
(1008). Bernon, abbé de Reichenau, est auteur d'un pré-
cieux traité intitulé : De institutione missarum; d'un dia-
logue, sous ce titre : De Quatuor Temporum jejuniis.) per
sua sabbat a obserpandis^ ad Aribonem., Archtepiscopum
DU XI® ET DU XII® SIÈCLE 297
Mogîintinum ; d^une épître au même Aribon, De quatuor
Adventus dominicis. Il écrivit aussi un livre sur le chant,
intitulé Libellus tonarius, ou Opiis symphoniarum et
tonorum, et le dédia à Piligrin, archevêque de Cologne.
Trithême parle de trois ouvrages de Bernon sur le chant,
savoir : De musica, seu de tonis ; De instrumentis musi"
cis, et De mensura monochordi,
(loio). Adelbode, évêque d'Utrecht, composa le chant
de rOffice de la nuit pour la fête de saint Martin. Il écri-
vit de Rome une lettre curieuse sur la célébration de
PAvent; il ne faut pas la confondre avec un traité, en forme
de dialogue, qu^avait composé sur le même sujet Hériger,
abbé de Lobbes.
(10 12). Arnold, prévôt de Saint-Emmeran de Ratis-
bonne, composa des antiennes et des répons, pour la
fête de ce saint évêque.
(10 14). Guy d^Arezzo, abbé de Saint-Pierre-d'Avellane,
fut appelé à Rome par Benoît VIII, et travailla sous ce
Pape et son successeur Jean XIX, au perfectionnement de
la musique ecclésiastique. Il fixa, comme nous Pavons dit,
Tusage de la portée musicale, et pour graver dans la mé-
moire de ses élèves l'échelle des sons, il eut l'idée d'em-
ployer le chant de la première strophe de Thymne de saint
Jean- Baptiste :
Ut queant Iaxis resonare flbris
Miv2i gestorum/^muli tuorum,
SoIyq polluti lah'n reatum,
Sancte Johannes.
Dans cette strophe, l'intonation de la note s'élevait d'un
degré sur chacune des syllabes ut, ré, mi, fa, sol, la; en la
répétant, les élèves apprenaient à distinguer les différentes
notes de la gamme. Ils prirent naturellement l'habitude de
les désigner par ces syllabes qui les leur rappelaient ; plus
tard on ajouta si pour désigner la septième note, et le sys-
tème de notre gamme actuelle fut inventé. Cette méthode
I PARTIE
CHAPITRE XI
Adelbode,
évêque
d'Utrecht et
Hériger, abbé
de Lobbes.
Arnold, prévôt
de
Saint-Emmeran
de Ratisbonne.
Guy d'Arezzo.
Invention du
système
de la gamme
actuelle.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES-
Oldert, abbé
de Gemblours.
298 AUTEURS LITURGISTES
si simple, réduisant au pur mécanisme la pratique de la
gamme, simplifia prodigieusement Tétude du chant, en
sorte qu'on ' pût l'apprendre aux enfants avec autant de
facilité qu'on leur enseigne à épeler et à lire l'écriture. Ce
moine, véritablement digne du nom de Grand, pour un
si éminent service, écrivit un traité de la musique, en deux
livres, sous le nom de Micrologiie, qu'il dédia à Théo-
dalde, évêque d'Arezzo, et un opuscule De mensura mo-'
nochordi. Enfin il arrangea un antiphonaire, d'après sa
méthode de notation, et Benoît VIII fut tellement frappé
de la supériorité de ce travail, qu'au rapport de Guy lui-
même, il regardait cette œuvre comme une espèce de
prodige.
(io2o). Olbert, abbé de Gemblours, fut habile dans la
science du chant ecclésiastique. Entre autres compositions
de ce genre qui lui appartiennent, la chronique de son
monastère lui attribue les chants et les hymnes de saint
Véron et de sainte Vandru.
(102b). Saint Odilon, abbé de Cluny, instituteur de la
Commémoration des Défunts , au 2 novembre, nous a
laissé des hymnes en l'honneur de la sainte Vierge, de
sainte Adélaïde et de saint Mayeul, son illustre prédé-
cesseur.
Arnoui, moine (1026). Arnoul, moine de Saint- André d'Andaone, outre
de Saint-Andre ^ ^ / ' ^ '
d'Andaone. ses écrits sur le comput ecclésiastique, composa un mar-
tyrologe abrégé, ou plutôt un calendrier des saints de
l'année.
(1027). Saint Léon IX, auparavant Brunon, évêque de^
Toul, fut très-habile dans le chant ecclésiastique, et com-
posa avec un grand art les répons de l'office de saintj
Grégoire le Grand, de saint Cyriaque, martyr, de saint(
Odile, vierge, de saint Nicolas, de saint Hydulphe,évêqu<
de Trêves. On a chanté, jusqu'en 1775, cet office d(
saint Hydulphe, dans l'abbaye de Moyenmoutier. Depuisj
qu'il fut élevé à la papauté, se trouvant à Metz, il yj
Saint Odilon,
abbé de Cluny.
Saint Léon IX.
DU Xi^ Et Dt xii^ SIÈCLE î^gg
composa des répons, pour l'office de saint Gorgon, i partie
martyr.
(io3o). Adhémar, moine de Saint-Martial de Limo^res, Adhémar,
\ c / moine de
est regardé par plusieurs comme Fauteur du supplément Saint-Martial
14 i« r\ 1 • ' ' ^ /Y- ' - X ' T^Ti/r ^^ Limoges.
à l'ouvrage d Amalaire De divinis Ojjiciis, donne par D. Ma-
billon, au tome deuxième des Analecta.
(to35). Angelran, abbé de Saint-Riquier, mit en chant Angeiraji^, abbé
Toffice de saint Valéry et celui de saint Vulfran. Saint-Riquier.
(io3q). Godescalc, prévôt d^Aix-la-Chapelle, chapelain Godescalc,
^ ^' ' ^ 11 prévôt d'Aix-la-
de Henri III, composa un grand nombre de séquences chapelle.
pour la messe.
(1040). Herman Gontract, élevé d'abord à Saint-Gall. ^ Herman ^
\ ^ ' . ^ '' Gontract, moine
puis, moine de Reichenau, fut un prodige de science pour de Reichenau.
son temps. Nous ne devons parler ici que de ses travaux
liturgiques. Il écrivit sur le chant trois traités, savoir :
De musica, De monochordo, De conflictii sonorum. Pas-
sant ensuite de la théorie à la pratique, il composa les pa-
roles et le chant si mélodieux des Antiennes Salve^ Ré-
gi na ; Aima Redemptoris Mater; les séquences Ave^
prœclara maris Stella; O florens rosa; Rex omnipotens,
du jour de l'Ascension, et beaucoup d'autres, parmi les-
quelles plusieurs mettent le Veni^ Sancte Spiritiis, attri-
bué par d'autres à Innocent III; le répons Simon Bar-
jona pour saint Pierre, ceux de l'Annonciation, des saints
Anges, etc.
(1040). Aaron, abbé de Saint-Martin, puis de Saint- Aaron, abbé de
^ ^/ ' Vf -T- Saint-Pantaléon
Pantaléon de Gologne, écrivit un livre De utilttate can-- de Cologne.
tus vocalis et de modo cantandi et psallendi,
(1040). Jean de Garland, Anglais, composa un poëme, jeandeGarland.
intitulé Z)e mysteriis Missœ^ et le dédia à Foulques, évêque
de Londres.
(io5o). Michel Psellus, qui avait été le précepteur de Michel Pseiius.
l'empereur Michel Ducas, embrassa plus tard la vie mo-
nastique. Allatius nous fait connaître de lui les ouvrages
suivants qui ont rapport à la Liturgie : Expositio in illud
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Jean
le Géomètre,
Humbert,
moine de
Moyenmoutier
Odon, moine
de Saint-Maur-
des-Fossés.
Jean Mauropus
Saint
Pierre Damien
3 00 AUTEURS LITURGISTES
quod in solemni Christi Ascensionis die dicitur : Hodie
■ Sancta Condura et cras Ascensio ; Expositio in illud : Do"
mine, Jesu Ghriste, Deus noster, miserere nostri, Amen ;
Paraphrasis carminé iambico i?i canonem S. Cosmce,
Maiumœ episcopi, sancta et magna feria quinta canen^
dum.
(io5o). Jean, dit le Géomètre, souvent cité par saint
Thomas d'Aquin, dans sa Catena aurea sur les Évan-
giles, vécut au xr^ siècle. Il est auteur de quatre grandes
hymnes en l'honneur de la sainte Vierge, qui se trouvent
dans la Bibliothèque des Pères de Lyon et ailleurs. Alla-
tius nous apprend qu'il avait composé d'autres hymnes
pour les différentes fêtes de Tannée.
(io5o). Humbert, moine de Moyenmoutier, nota plu-
sieurs antiennes, en Fhonneur de saint Grégoire, pape,
de saint Hydulphe et de saint Colomban.
(io5o). Odon, moine de Tabbaye des Fossés, près Pa-
ris, est auteur des répons que Ton chantait autrefois le
jour de la fête de saint Babolein, premier abbé de ce mo-
nastère.
(1054). Jean, dit Mauropus (aux pieds noirs), d'abord
moine,puis métropolitain d'Euchaïte,dans l'Asie Mineure,
composa beaucoup d'hymnes, savoir vingt-quatre Canons
paraclétiques au Christ Sauveur, deux autres cantiques
adressés pareillement au Verbe incarné , soixante-sept à
la sainte Vierge, un au saint Ange gardien, deux à saint
Jean-Baptiste, d'autres pour les fêtes des saints Basile,
Grégoire de Nazianze et Jean Chrysostome.
{1057). Saint Pierre Damien, d'abord moine et abbé,
puis cardinal et évêque d'Ostie, a laissé de nombreux mo-
numents de son génie et de son savoir liturgiques. Nous'
citerons ici le traité De septem horis canonicis ; le livre sur^
Dominus vobiscum; un autre Contra sedentes tempore Di*
vini Officii; enfin une grande quantité d'hymnes, an-
tiennes et autres pièces liturgiques que l'on peut voir ei
I PARTIE
CHAPITRE XI
DU XI® ET DU XII* SIÈCLE 3oi
tête du quatrième tome de ses œuvres publiées par Cons-
tantin Gaetani. Nous citerons parmi celles-ci les belles
hymnes de la Croix, de Pâques, de TAnnonciation et de
TAssomption de la sainte Vierge, de saint Pierre, de
saint Paul, de saint André^ de saint Jean TÉvangéliste,
de saint Vincent, de saint Grégoire le Grande de saint Be-
noît, etc.
(1057). Albéric, moine du Mont-Cassin^ et depuis car- AibéHc, moine
,.,/.. j' 1 r\ • 1 1 du Mont-Gassin.
dmal, écrivit un dialogue De musica, et des hymnes pour
Pâques, l'Ascension, les fêtes de la Sainte-Croix, de TAs-
somption de la sainte Vierge, de saint Paul, de saint Apol-
linaire^ etc.
( 10.57). Einhard 11^ d'abord moine et abbé, puis évêque Einhard 11,
1 o • 1- ^ évêque
de bpire, composa en quatre livres un ouvrage très- de Spire,
important De cœremoniis Ecdesiœ.
(io58). Gosselin^ moine de Saint-Bertin, suivit en An- Gosselin, moine
, TT ' ^ j c 1- u ^ j-^ ' de Saint-Bertin.
gleterre Hermann, eveque de balisbury, et se rendit cé-
lèbre dans ce pays, par sa grande science du chant ecclé-
siastique. Il composa une séquence en Phonneur de sainte
Étheldrède.
(1060). Vitmond, moine de Saint-Évroul^ fut aussi un Vitmond,
habile compositeur de chant ecclésiastique. Orderic Vital Saint-Evroui.
dit que l'on chantait encore de son temps^ à Saint-Évroul,
des antiennes et des répons de la façon de Vitmond,
et des hymnes qu'il avait notées sur des airs très-
mélodieux.
(1060). Lambert, abbé de Saint-Laurent de Liége,com- Lamben,
^ ' ^ ^ abbe de
posa le chant et les paroles d'un office, en l'honneur de Saint-Laurent
. de Liège.
saint Héribert, archevêque de Cologne.
(1060). Francon, écolâtre de la cathédrale de Liège, écri- Francon,
vit, au rapport de Sigebert, un traité sur le chant ecclé- ^'^ Lfége.
siastique.
(1060). Alphane, moine du Mont-Cassin, archevêque de Alphane,
Salerne, a laissé des hymnes en l'honneur de sainte Chri* ^^^saîem^!
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Jean,
archevêque
de Rouen.
Jean Bar-Susan,
patriarche
jacobite
d'Antioche.
Guillaume,
abbé
d'Hirsauge.
Bonizon,
évêc[ue
de Plaisance.
Osberne,
chantre
de Gantorbéry.
Le B. Victor III,
pape.
Raynald,
évêque de
Langres.
Nicolas III,
patriarche de
Gonstantinople,
302 AUTEURS LITURGISTES
stine, de sainte Sabine, de saint" Matthieu, de saint Nico-
colas, de saint Maur, etc.
{1061). Jean, comte de Bayeux, d'abord évêque d'Avran-
ches, puis archevêque de Rouen, a écrit un Hvre célèbre
De divinis Officiis.
(1064). Jean Bar-Susan, patriarche jacobite d'Antioche,
est auteur d'une anaphore, qui se trouve au Missel chai»
daïque^ et d'un livre dans lequel il prétend justifier contre
les Coptes, Tusage de mêler du sel et de Fhuile au pain
eucharistique.
(1068). Guillaume, abbé d'Hirsauge, composa un traité
De miisica et tonis, et un autre De psalterio. Il recueillit
aussi les coutumes de son monastère, et ce recueil
renferme beaucoup de particularités liturgiques intéres-
santes. •
(1070). Bonizon, évêque de Plaisance, massacré cruelle-
ment par les schismatiques , fauteurs de Pempereur
Henri IV, écrivit un livre De Sacramentis^ adressé à
Gaultier, prieur du monastère de Léon, et publié par
Muratori.
(1070). Osberne, chantre et sous-prieur de Gantorbéry,
ami de l'archevêque Lanfranc, publia un traité De mu-
sica.
(1070). Didier, abbé du Mont-Gassin, et depuis Pape
sous le nom de Victor III, fut fort zélé pour le chant ecclé-
siastique et pour la splendeur des offices divins. Il composa
lui-même des chants, ou des hymnes en l'honneur de saint
Maur.
(1071). Raynald, évêque de Langres, rédigea lui-même
l'office de saint Mammès, martyr, patron de son Eglise.
Il en prit le texte dans les poésies de Walafrid Strabon,et
composa lui-même le chant.
(1074). Nicolas III, patriarche de Gonstantinople, est
auteur d'un poëme De jejuniis et festis totius anni, et
d'un règlement ecclésiastique De oblationibus liturgicis.
■ DU XI^ ET DU XII*' SIÈCLE 3o3
(1075). Lanfranc, moine du Bec, puis archevêque de i partie
, . . CHAPITRE XI
Gantorbéry, ayant fait confirmer les moines dans la pos- ■" ■
session où ils étaient de desservir les cathédrales en Angle- Lanfranc,
, j. ., j 1 1- • 1- moine du Bec
terre, rédigea un recueil de statuts concernant la discipline et archevêque
,. 1 . , , 1 V j de Gantorbéry.
que 1 on devait observer dans tous les monastères de ce
royaume, et principalement la célébration des offices divins.
Ces statuts sont une des plus précieuses sources où Ton
doive puiser la connaissance des usages liturgiques des
moines, au moyen âge.
{107 5). Thomas, archevêque d^York, composa le chant Thomas,
d'un grand nombre d'hymnes. Guillaume de Malmesbury d'York.
dit de ce prélat qu'il avait la voix très-belle, et que lorsqu'il
entendait un air agréable, il l'accommodait aussitôt aux
hymnes et aux chants ecclésiastiques ; mais il ne voulait
pas souffrir dans l'Église une musique efféminée et sans ,
gravité.
(1080). Durand, abbé de Saint-Martin de Troarn, com- Durand, abbé
^ ' , de Saint-Martin
posa des antiennes et des répons avec leur chant pour de Troarn.
diverses fêtes de l'année, et en l'honneur de Notre-Seigneur,
de la sainte Vierge, des Anges, des Apôtres, des Martyrs,
et autres saints révérés dans l'Église.
(1080). Udalric, moine de Gluny, recueillit les usages de Udairic, moine
. , . , , de Gluny.
cet illustre monastère, et son travail publie par dom Luc
d'Achery, est un des plus importants monuments de la
Liturgie bénédictine.
(1080). Irène, femme de l'empereur Alexis Gomnène, Irène, femme de
, .1 V 1 /-n 1 l'empereur
ayant fonde à Gonstantmople un monastère de filles, leur Alexis Gomnène
donna des constitutions qui sont contenues dans le livre
appelé Typique. Le cérémonial contenu dans ce livre çst
du plus haut intérêt pour la connaissance des usages claus-
traux des monastères de filles, en Orient.
(1091). Aribon, personnage dont Tétat et la qualité sont Anbon, auteur
,,, . . , . . • / T-w • VI d'un traité
aujourd hui inconnus, écrivit un traite IJe mustca., qu il De musiea.
dédia à un évêque, nommé Ellenhard. Il y parlait avec
enthousiasme de Guillaume, abbé d'Hirsauge, àoni nous
3 04 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS avoDs fait mention plus haut, et le qualifiait le premier des
LITURGIQUES ^ , ^ ^
musiciens, FOrphée et le Pythagore modernes.
Jean Saïd (1094). Jean Saïd Bar-Sabuni, évêque jacobite de Méli-
évêque jacobite. tine, est auteur d'une hymne acrostiche, que les jaco-
bites chantent durant la cérémonie de la tonsure des
moines.
Néveion, (1096). Névelon, moine de Corbie, rédigea un Martyro-
deCorbie. loge, abrégé de celui d'Adon.
Bruno d'Asti. {1097). Bruno d'Asti, abbé du Mont-Cassin, puis évê-
que de Segni, est un des grands liturgistes du xi® siècle.
On lui doit les livres suivants : De ornamentis ecdesiœ;
De Sacrificio a^ymi, et De Sacramentis ecdesiœ^ myste-
riisy atque ecdesiasticis ritibus.
L'auteur (lOQ?). Microloffus. tel est le titre d'un ouvrage ano-
inconnu \ ^ / / ^ . . . , . . .
Qu Micrologus. nyme qui est aussi intitulé De observationibiis ecdesias-
tîds. Ce livre, qui est un des monuments principaux de
la science liturgique, a été écrit peu après la mort de saint
Grégoire VII, arrivée en io85. On y trouve l'explication
de rOffice, suivant la forme en laquelle ce Pape Pavait ré-
duit. Il ne faut pas confondre cet opuscule avec le MicrO"
logue de Guy d'Arezzo, qui ne traite que de la musique
et du chant. Zaccaria croit pouvoir l'attribuer à Ives de
Chartres.
Ives, évêque (1097). Ives, d'abord abbé de Saint-Quentin, puis évêque .
de Chartres, fut un des plus grands, des plus doctes et des
plus saints prélats de son temps. Il excella dans l'explica-
tion des mystères de la Liturgie, comme on peut le voir
par la lecture d'un grand nombre de ses sermons, qui
font autorité en cette matière. L'indication de ces sermons
nous entraînerait trop loin : on peut consulter la biblio-
thèque des Pères, ou la collection d'Hittorp.
Saint Anselme, (1097). Saint Anselme, abbé du Bec, et ensuite arche-
archevêque de ^ 1 i-i 1 ' ,, . .
Cantorbéry. veque de Cantorbery, composa, avec Fonction qui se re-
marque dans tous ses écrits, des hymnes et un Psautier
de la sainte Vierge*
(lOQi). Le vénérable Hildebert de Lavardin, évêquedu i partie
^ -^ ' *■ CHAPITRE XI
DU XI® ET DU XII^ SIÈCLE 3o5
érable Hildebert de Lavardin, évêquedu
Mans, puis archevêque de Tours, a laissé, entre autres
compositions qui vont à notre sujet, un poëme infiniment archevêque 'de
précieux, intitulé : Versus de mysteriis et ordïne Missœ. Tours.
Nous citerons encore les opuscules suivants : Libei% seit
prosa de Natali Domini; De Sacramentis ; De utraque
parte altaris; De tribus Missis in Natali Domini.
(iio5). Odon, écolâtre d'Orléans, puis abbé de Saint- odon,
Martin de Tournay, enfin évêque de Cambrai, est auteur ^cambrai!
d'une courte exposition du Canon de la Messe.
(i i lo). Geoffroy, abbé de la Trinité de Vendôme, a com- Geoffroy,
posé quatre hymnes, dont la première en l'honneur de la Trinité
_^. , . , . . de Vendôme.
sainte V lerge, et les trois autres sur la conversion de
sainte Marie-Magdeleine. Plusieurs de ses opuscules ren-
ferment des traits importants pour la compréhension des
doctrines liturgiques de cette époque.
(il lo). Marbode, évêque de Rennes, est auteur de trois Marbode,
^ ^ ^ ^ eveque de
hymnes en l'honneur de sainte Marie-Magdeleine. Rennes,
(il II). Robert, prieur de Saint- Laurent de Lié^e, écri- Robert, prieur
/ ^ . , :. . .. ^ deSaint-Laurent
vit un traité i)(? divims Offlciis. de Liège.
(il II). Rupert, abbé de Tuy, se recommanda, comme ,,^^T^^i
liturgiste, par son ouvrage Z)^ diinnis Officiis per annicir-
cidum, divisé en douze livres. Il a composé en outre
plusieurs hymnes, savoir deux en l'honneur du Saint-
Esprit, et les autres pour la fête de plusieurs saints
martyrs.
fj" (m 3). Etienne, évêque d'Autun, et qui mourut moine Etienne, évêque
de Cluny, a laissé un livre De Sacramento Altaris^
et a s quœ ad illud variosqiie Ecclesiœ ministros per-
tinent.
fiii5). Saint Bernard, abbé de Clairvaux et docteur de Saint Bernard,
i Eglise, outre les travaux qu il accomplit sur 1 Antipho- oiairvaux et
^rn -m 1 • docteur de
naire, a compose un Omce entier en 1 honneur de saint r Église.
Victor, confesseur, à la prière de Guy, abbé de Montier-
Ramey. Cet Office^ d'un style élégant et plein d'onction,
T. I 20
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Principes de
saint Bernard
sur la
composition
liturgique.
^Q§ AUTEURS LITURGISTES
mais peu conforme à la couleur de Tantiquité, renferme
des h3/mnes totalement dépourvues 4^ mesure et de quan-
tité. C'est le reproche qu'on peut faire également à Thymne
de saint Malachie, composée aussi par saint Bernard et
publiée par dom M^rtène. Ces hymnes contrastent singu-
lièrement avec le petit poëme de mesure ïambique et si
mélodieux, qui commence par ces n|ots : Jesu, duleis
meînona, dont TÉglise a tiré les trois hymnes de TOffice
du sajnt Nom de Jésus. Dom Mabillon a placé parmi les
œuvres probables de saint Bernard, Thymne à Phonneur
des Cinq Plaies de N. S., qui commence: Salve^ mundi
sqliitare^ et une touchante prière au Christ et à Marie, dont
le premier vers est ainsi conçu : Siimme summi tu Patris
iinice. Quant à la gracieuse prose de Noël : Lœtabundiis^
on la trouve dans tous les anciens Missels, sous le nom de
saint Bernard.
Les principes de saint Bernard, sur la composition
liturgique, sont trop importants pour n'être pas rappelés
dans cet ouvrage : il serait à désirer qu'on ne les eût jamais
perdus de vue. Voici quelques traits du sainjt docteur
sur ce sujet, tirés de sa lettre à Guy, abbé de Montier-
Ramey :
« Ce n'est point votre affection pour moi que vous de-
ce vez considérer, dans une affaire si grave que la compo-
« sition d'un Office, mais le peu d'importance que j'ai
« dans l'Église. Un si haut sujet exige non simplement
« un ami, mais un homme docte et digne d'une pareille ,
« mission^ dont l'autorité soit compétente, la vie pure, le"
« style nourri, en sorte que l'oeuvre soit à la fois noble et
« sainte. Qui suis-je, dans le peuple chrétien, pour que
« mes paroles soient récitées dans les églises 1 Quelle est
« donc ma pauvre éloquence pour qu'on vienne me de-
ce mander des chants de fête et de triomphe? Quoi donc!
ce celui dont les cieux célèbrent les louanges, il faut que,
ce moi, je m'essaye à les redire sur la terre ? Vouloir ainsi
DU XI^ ET DU XII® SIÈCLE
307
I PARTIE
CHAPITRE XI
« ajouter à la gloire du ciel,c'est la diminuer. Ce n^est pas
« pourtant que les hommes doivent s'interdire de chanter
« les louanges de ceux que déjà les Anges glorifient; mais
« dans une auguste solennité, il ne convient pas de faire
« entendre des choses nouvelles, ou légères d'autorité ; il
« faut des paroles authentiques, anciennes, propres à édi-
« fier rÉglise et remplies de la gravité ecclésiastique. Que
« si, le sujet l'exigeant, il était nécessaire d'employer
(( quelque chose de nouveau, il me semble qu'il faut,
« dans ce cas, que la dignité de l'élocution jointe à celle
« de l'auteur, rende les paroles aussi agréables qu'utiles
« au cœur des auditeurs. Que la phrase donc resplendis-
« santé de vérité fasse retentir la justice, persuade l'humi-
« lité, enseigne l'équité ; qu'elle enfante la lumière de vé-
« rite dans les cœurs; qu'elle réforme les mœurs, crucifie
« les vices, enflamme l'amour, règle les sens. S'il s'agit
« de chant, qu'il soit plein de gravité, également éloigné
« de la mollesse et de ;la rusticité. Qu'il soit suave, sans
c( être léger; doux aux oreilles, pour toucher le cœur*
« Qu'il dissipe la tristesse, calme la colère ; qu'au lieu
« d'éteindre le sens de la lettre, il le féconde : car ce n'est
« pas un léger détriment de la grâce spirituelle que d'être
« détourné de goûter l'utilité du sens par la frivolité du
« chant, de s'appliquer davantage à produire des sons ha-
« biles qu'à faire pénétrer les choses elles-mêmes (i). »
(1118). Théotger, évêque de Metz, écrivit un traité du
chant ecclésiastique.
(11 20). Hugues, chanoine régulier de Saint- Victor de
Paris, un des plus illustres écrivains mystiques du moyen
âge, a passé pour être l'auteur de plusieurs écrits sur la ^^^^^pIhs!^^ ^^
Liturgie qu'on trouve dans ses œuvres. Mais il est impos-
sible de lui laisser les trois livres De cceremonïts, Sacra-
mentis et Officiis ecclesiasticis, qui sont de Robert Paulu-
Théotgef)
évêque
de Metz.
Hugues,
chanoine
régulier de
(i) Vid. la NoteE,
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Hugues
Métellus,
chanoine
régulier de
Toul.
Gilbert, évêque
de Limerik.
3 08 AUTEURS LITURGISTES
lus; ni Popuscule intitulé Z)e Canone Mystici libaminis,
ejusqiie ordinibiis, qui est de Jean de Cornouailles. Le
Spéculum de Mysteriis Ecclesiœ ne paraît pas beaucoup
plus assuré à Hugues de Saint- Victor.
(1120). Hugues Métellus, chanoine régulier de Toul, a
laissé cinquante-cinq lettres sur différents sujets. LaLIP et
la LHP ad Constantinum, ont pour objet l'explication des
rites de PEglise pendant le carême et les trois semaines qui
le précèdent.
Le bienheureux (ii2o). Le bienheureux Guigues, cinquième prieur de
^^^^de 'la^^ ^^^ la Chartreuse, rédigea les fameux Statuts qui portent son
^^^ l'euse. i^Q^^ e^ qyi forment aussi un des plus curieux monuments
de ]a Liturgie monastique.
(1120). Gilbert, évêque de Limerik, voulant aidera
rétablissement de Tunité liturgique, en Irlande, publia
une lettre circulaire à tous les évêques et prêtres de ce.
pays. Cette lettre est le prologue d'un opuscule intitulé:
De Statu Ecclesiœ^ dans lequel Gilbert expose avec unj
détail intéressant les fonctions sacrées de l'évêque et
du prêtre.
(ii23). Suger, illustre abbé de Saint-Denis en France, a
laissé un opuscule sur la Dédicace de Téglise de son abbaye
qu'il avait rebâtie.
(i 1 23). Pierre Maurice^ dit le Vénérable^ abbé de Cluriy,
a laissé plusieurs hymnes, et en particulier celles que
tout rOrdre de Saint-Benoît chante dans la fête de son,
saint Patriarche : Laudibus cives resonent canojHs ; Inter^
œternas superum coronas, et Quidqiiid antiqui cecinere^
vates. Les bénédictins français chantent aussi celle que le]
même Pierre le Vénérable a composée sur la Translation]
des reliques de saint Benoît en France et sur leur illation:
Claris coiy'ubila, Gallia, laudibus.
Drogon, (il 28). Drogon, abbé de Laon, puis évêque d'Os-^
eveque d'Ostie. ^-^^ ^ laissé un livre De divinis Officiis^ seu hormis Cano-
nicis.
Suger, abbé
de
Saint-Denis.
Pierre
le Vénérable,
abbé
de Cluny.
DU XI® ET DU XTI^ SIECLE SoQ
(ii3o). Honorius, écolâtre de Féglise d^Autun, est au- i partie
. . . . , CHAPITRE XI
teur de la belle Somme liturgique, intitulée : Gemma ani-
mœ. Dom Bernard Pez, en publiant, au deuxième tome écoiâ°re^de
de son Thésaurus anecdotorum novissimus^ l'importan^ d'Autun
écrit intitulé : Sacramentarium o[x De Sacramentis^sive de
causis et signijicatu mystico rituum diviiii in Ecclesia
OJficii, a presque doublé les richesses liturgiques que nous
devons à Honorius d'Autun.
(ii3o). Bérold, gardien et Cicendelarius de. l'église de Béroid, gardien
Milan, écrivit un livre curieux, intitulé : Ordo et cœremo- ^^ U\\-aju
niœ Ecclesiœ Ambrosianœ Mediolaneîisis.
(i i3o). Hervé du Mans, moine de Déols, au diocèse de Hervé du Mans,
T^ " 1 ,,,.., . 11 1 moinedeDéols
-Bourges, donna 1 explication des cantiques que Ion chante
dans les Offices divins, et écrivit un livre de remarques
sur les altérations que le texte de la Bible avait souffertes
dans les Z.^c/'/o/^/ia/re^ de certaines églises.
(i i3o). Guillaume de Sommerset, moine de Malmes- Guillaume de
, bury, fit un abrégé des livres d'Amalaire sur les Offices moine de '
,. . Malmesbury.
'divins.
{ti3o). Pierre Abailard qui, après une carrière aussi Pierre Abaiiard.
brillante qu'agitée, embrassa la vie monastique à Saint-
Denis, fut abbé de Saint-Gildas de Ruys, et mourut dans
l'ordre de Cluny, composa à la prière d'Héloïse un petit
livre d'hymnes et de séquences pour l'usage du monastère
du Paraclet. La plus célèbre de ces séquences est celle
pour la fête de l'Annonciation : nous en avons parlé ci-
dessus.
(i i3o). Rodulphe, abbé de Saint-Trond, fut très-habile Roduiphe, abbé
de
dans le chant ecclésiastique et nota un Office en l'honneur Saint-Trond.
de saint Quentin,
(i i36). Rinald H, abbé du Mont-Gassin et cardinal, Rinaid ii, abbé
. . .du Mont-Cassin
composa trois h3^mnes en l'honneur de saint Maur, trois et cardinal.
pour saint Placide et une pour saint Sévère, abbé du Mont-
Gassin.
(il 40). Anselme, archevêque de Magdebourg, et ensuite Anselme,
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
archevêque de
Ravenne.
Benoît^
chanoine de
3aint-Pierre,
^10 AUTEURS LITURGISTES
de Ravenne, écrivit un traité De ordine pronuntiandœ
Litaniœ,
(i 143). Benoît^ chanoine de Saint- Pierre, écrivit le livre
intitulé Pollicitus, dans lequel il rend compte des Offices
de toute Tannée et principalement de ce qui a rapport aux
fonctions papales. Dom Mabillon a placé cet opuscule
parmi les Ordres romains, entre lesquels il occupe le on-j
zième rang.
(i 147). Isaac, abbé de Stella au diocèse de Poitiers, écri-1
vit une Épître assez longue sur le Canon de la Messe.
(i i5o). Aelrède, abbé de Rhienvall, au diocèse d'York^
a laissé un livre De Officiis ministrorum.
(i i5o). Hugues, abbé de Prémontré, rédigea le livre des;
cérémonies de cet Ordre, sous ce titre: Ordinariiim Prœ-\
monstratensïs Ecclesiœ.
(i j5o). Richard, chanoine régulier de Saint- Victor de]
Paris, et Tami de Hugues, écrivit, au rapport de Trithème,!
urt livre De Officiis Ecclesiœ.
(ii5o). Damien, prémontré, aux Pays-Bas, passe pour]
avoir composé des chants admirables en Thonneur dis saint;
Corneille et de saint Cyprien.
( 1 1 5o). Nous plaçons à cette date Fanonyme du douzièm(
siècle, dont Zazzera a publié en 1784, d'après un ma-
nuscrit du Vatican, un intéressant ouvrage intitulé : Sanc-
tœ Ecclesiœ Rituum , divinorumque Officiorum expli-
catio.
Adam, chanoine (i i5o). Adam, chanoine régulier de Saint- Victor de Pa-
régulier de / /,, i u n ' vi
Saint-Victor de ris, est lUustre par les belles séquences qu il a composées,
parmi lesquelles on distingue celles de saint Etienne, de la
Purification de la sainte Vierge, de la sainte Croix, de la
sainte Trinité, de saint Nicolas, de saint Jean-Baptiste, de
saint Pierre et de saint Paul, de saint Laurent, de saint
Martin, sans oublier celle de saint Denys : Gaude proie,
Grœcia, si indignement travestie par les Parisiens mo-
dernes.
Isaac, abbé de
Stella.
Aelrède, abbé
de Rhienvall.
Hugues, abbé
de Prémontré.
Richard,
chanoine
régulier de
Saint-Victor de
Paris,
Damien,
prémontré.
Anonyme du
xii® siècle.
I PARTIE
CHAPITRE XI
DU Xl^ Et DU XII'' SIÈCLE 3 I T
(i i5o). Lisiard, clerc de Téglise de Tours, rédigea ï Or-
dinaire^ ou livre des cérémonies pour l'usage de Téglise ~
Lisiard, clerc de
de Laon. * l'église de
(1154). Denys Bar-Salibi, évêqué [jacobite d'Amida,
. . ; . t j 1 benys
a laisse en syriaque beaucoup de monuments de sa Bar-Saiibl,
t'^ • -vT "^ - 1 - • i évêque Jacobite
science liturgique. Nous citerons les ouvrages suivants : d'Amida.
Exposition des mystères qui sont contenus dans le Saint-
Chrême, Exposition des mystères qui sont contenus dans
V imposition des mains , ou l'ordination. Exposition de la
Messe, ou commentaire de la Liturgie de saint Jacques.
Trois Anaphores, dont l'une s'est glissée, jusque dans le
Missel des Maronites, comme nous l'avons observé en
son lieu, etc.
(11 60). Comme nous l'avons dit plus haut, on a attri- ^ ^^^^î^t^^t^.
^ ' ^ ' . Sully, evequedc
bué à Maurice de Sully, évêque de Paris, plusieurs ré- Paris,
pons de l'Office des morts. Peut-être a-t-il été l'auteur de
quelques-uns des nombreux versets ajoutés à cette époque
au répons Libéra me, Domine, de morte œterna; mais
toutes les pièces qui composent actuellement l'Office des
morts semblent antérieures à ce prélat.
(1162). Jean Beleth, recteur de l'Université de Paris, a JeanBeieth,
V . , ' recteur. de .
publié Rationale divinorum officiorum, qui est un traité l'Université de
liturgique très-important.
(1164). Michel, dit le Grand, patriarche des Jacobites, ^^'"^o^and '^ ^*^
mit en ordre le Pontifical et le Rituel des Syriens jaco- ^ patriarche
•^ ' des Jacobites.
bites et composa une Anaphore.
(1166). Nersès, natriarche d'Arménie, se réunit à Nersès,
. j ' ^ ^ patriarche
l'Église romaine et publia un livre entier d'hymnes de d'Arménie.
la plus grande beauté, qui sont encore en usage dans
l'Église d'Arménie.
(1169). Thomas de Bayeux , surnommé l'Anglais, Thomas de
composa des chants pour l'Eglise, et mit en ordre le surnommé
i' nr- ^m ' ■ i l'Anglais.
livre d'offices (Officiarium) à l'usage de la cathédrale
d'York.
(11 70). Jean dé Gornouailles, Anglais, est auteur du livre cornouaiiks.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
^^2 AUTEURS UTURGISTES
intitulé : Suiiima qualiter fiât Sacramenium Altaris pe?^
pirtUie77î Saiictœ Crucis et deseptem Canonihiis, vel ordi-
7iibiis Missœ.
Robert^ (1170). Robert Paululus, prêtre d'Amiens, a composé
d'Amiens, les trois livres De Cœreinomis, Sacramentis et Officiis,
qui se trouvent parmi les œuvres de Hugues de Saint-
Victor.
Arnuiçhe, (nyo). Arnulphe, chanoine régulier d'Arras, adressa à
ciiâ.noinc
régulierd'Arras. fVumald, évêque de cette ville, un commentaire du
Canon de la Messe,
sicard, évoque (i i85). Sicard, évêque de Crémone, est auteur d'un pré-
de Crémone. . ^ ' -r
cieux ouvrage, intitulé : Mitrale, vel siimma de divinis
Officiis,
^e'^CeUa-Sova'^ (ii^9)- Ordonius, moine espagnol, prieur de Cella-
Nova, en Galice, publia une sorte de Rational des divins
offices.
Adam de (i iQo). Adanl de Corlandon, moine de Citeaux, doyen
Corlandon, \ ^ / 1 •> j
moine de de Notre-Dame de Laon, écrivit un Ordinaire de l'office
Cîteaux. . 1 i,tA, ,.
divm, pour 1 usage de 1 Eglise de Laon.
Conrad, moine (iiqo). Conrad, moine d'Hirsauge, au rapport de Tri-
d Hirsauge. l ^
thème, composa un traité De Musica et tonis.
d^J'^Prémontr^ (i ^ 9<^)- Richard, Anglais, abbé de Prémontré, composa
un livre De Canone Missœ.
Etienne, évêque (i iqi). Etienne, évêque de Tournay, nota le chant d'un
de Tournay. - r-> ' iiir> .
omce de saint Gérard de la Sauve-Majour.
CencideSabeiii, (1192). Cenci de Sabelli, cardinal-diacre du titre de
cardinal-diacre. . . 1 1 • , ,.
sainte Lucie, chancelier de plusieurs papes, rédigea un
livre De Censibus Sanctœ Roinanœ Ecclesiœ^ dont une
partie considérable roule sur les cérémonies de la Cour
romaine; c'est cette partie que D. Mabillon a insérée
parmi les Ordres romains, au douzième rang. ,
Reiner, moine (i 197)- Reiner, moiiie bénédictin, qui assista au con- ^
cile de Latran, en i2i5, écrivit un commentaire sur les
neuf Antiennes que l'on chante avant Noël, et composa
sept hymnes en l'honneur du Saint-Esprit.
7 . — ,
bénédictm,
i
i
DU XI^ ET DU XII® SIÈCLE
3l3
(1198). Innocent III a laissé, parmi ses écrits, trois
livres De Mysteriis Missœ^ qui le mettent au rang des
plus profonds liturgistes du moyen âge. Cet ouvrage,
vraiment digne de son illustre auteur, n'a pas eu d'édition
depuis celle d'Anvers, en 1640 : aussi est-il devenu presque
impossible à trouver aujourd'hui. Il serait à désirer qu'on
entreprît une édition complète des œuvres de ce grand
pape : il n'existe même pas de recueil qui contienne
toutes ses lettres. Plusieurs le font auteur des séquences :
Vefii^ Sancte Spiritiis, et Stabat Mater dolorosa.
Si nous en venons mciintenant à résumer les considé-
rations qui se présentent à la suite des faits si importants
racontés dans ce chapitre, nous trouvons que l'unité litur-
gique, recherchée avec tant d'efforts par les plus saints
papes et par les plus grands princes, pourrait bien être
une des nécessités de la société catholique. Saint Adrien P^'
et Charlemagne, saint Grégoire VII et Alphonse VI: c'est
bien de quoi faire balance à des théories modernes
inventées et propagées par des noms obscurs ou sus-
pects ;
Qu'il est quelquefois des sacrifices d'orgueil national à
faire pour amener un grand bien dans l'ordre religieux
et social ;
Que les peuples catholiques du moyen âge n'auraient
peut-être pas vu le bouleversement de la Liturgie avec
le même sang-froid que les Français des xvni® et
xix^ siècles ;
Que la France, toute romaine d'ailleurs dans sa Litur-
gie, n'en fut pas moins féconde dans les embellissements
que son génie lui suggéra d'adjoindre à l'ensemble des
chants antiques; que l'unité liturgique n'étouffe donc pas
le génie national; que les siècles de foi produisirent des
chants nationaux dans la Liturgie, ceque n'ont certes pas
fait les siècles de l'innovation ;
Enfin, que ceux qui ont la charge de composer les
. I PARTIE
CHAPITRE XI
Innocent III.
Conclusions.
Bi4
AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS pièces dé là Liturgie doivent unir à l'inspiratiori dii génie
LITURGIQ^UES , ,
"""■"" — " la gravité, l'autorité, la sainteté de la vie; et si saint
Bernard n'ajoute pas à ces conditions celle de Vortho-
doxie dans la foi ^ c'est que personne n'eût pu s'imaginer^
avant une certaine époque, que l'on en viendrait à char-
ger des hérétiques de composer les hymnes de l'office, et
d'en régler, à leur fantaisie, le fond, l'ordre et la distri-
bution.
I
DU XI* ET DU XII* SiÈÇbE 3l5
I I^ÀRTIÈ
CHAPITRE XI
N0TES DU CHAPITRE XI
NOTE A
Gfegorius episcdpus| sérvus serVorurii Dei, Alphonse et Sancio regibus
Hispaniae, a paribus, et epîscopis in ditione sua constitutîs, salutem et
apôstolicam benedittionèm.
Cum beatus Apostolus Paulus Hispaniam se adiisse significet, ac postea
septem Episcopos ab urbe Roma, ad instruendos Hispaniae populos, a
Petro et Paulo Apostolis directes fuisse, qui, destructa idololatria, Ghris-
tiânitatem fundavérunt, religionem plantaverunt, ordinem et officium in
divinis cultibtis agendis ostenderunt, et sanguine suo Ecclesias dedicavere,
vestra diligèntia non ignoret, qùaritam concoi-diam cum Romand urbe
Hispania in religione et ordine divini Ofïicii habuisse satis patet : sed
postquam vesania Priscillianistarum diu pollutum, et perfidia Arianorum
depravatum, et a Romano ritu separatum, irruentibus prius Gothis, ac
demùm invadentibus Sarracenis; regiium Hispaniee fuit, non solum reli-
gio est diminuta, verum etiam mundanae sunt opes labefactatae. Quaprop-
ter ùt filios carissimos vos adhortor et moneo, ut vos sicut bonae soboles
etsi post diuturnas scissuras, demum tamen ut matrem rêvera vestram,
Romanam Ecclesiam recognoscatis, in qua et nos fratres reperiatis, Ro-
manae Ecclesiae ordinem et Officium recipiatis, non Toletanae, vel cujus-
libet aliae, sed istius quae a Petro et Paulo supra firmam petram per
Christum fundata est, et sanguine consecrata, cui portae inferni, id est
linguae haereticorum, nunquam praevalere potuerunt, sicut cetera régna
Occidentis et Septentrionis teneatis. Unde enim non dubitatis vos susce-
pisse religionis exordium, restât etiam ut inde recipiatis in Ecclesiastico
ordine divinum Officium; quod Innocentii Papas ad Eugubinum directa
Episcopum vos docet epistola, quod Hormisdae ad Hispalensem missa dé-
créta insinuant, quod Toletanum et Bracaretise demonstrant concilia :
quod etiam Episcopi vestri, ad nos nuper venientes, juxta constitutionem
conciliij per scripta sua facere promiserunt,et in manu nostra firmaverunt.
(Labb., tom. X, pag. 53.)
NOTE B
Gregorius episcopus, servus servorum Dei, Simeoni Hispanorum epis-
copo, salutem et apôstolicam benedictionem.
Cognitis fraternitatis tuae litteris, gaudio sumus repleti, quoniam eârri
quam erga Romanam Ecclesiam fidem et devotionem geris, in eis plene
3l6 AUTEURS LITURGISTES
ITt^Igiq^es f §^^^^^^^^/ ^' ^^^^ /^^^ adulterino eam more deserere, sed légitima pro^
lis successione amplecti desideras. Quapropter, carissime frater, necesse
est ut bene inceptum recto itinere gradiatur : nec hœretica débet pravitate
minui, quod apostolica constat traditione sancitum. Apostolica enim
Sedes, cui, quamvis immeriti, Deo auctore preesidemus, ipso gubernante
firma permansit ab ipsis primordiis, eoque tuente illibata perpetuo per-
manebit, testante eodem Domino : Ego pro te rogavi, ut non deficiat fides
tua ; et tu aliquando conversus confirma fratres tuos. His itaque fulta
praesidiis Romana te cupit scire Ecclesia, quod filios quos Ghristo nutrit,
non diversis uberibus, nec diverso cupit alere lacté, ut secundum Apos-
tolum sint unum, et non sint in eis schismata : alioquin non mater, sed
scissio vocaretur. Quapropter notum sit tibi cunctisque Christi fidelibus
super quibus consuluisti, quod décréta, quœ a nobis, imo a Romana
constat Ecclesia prolata sive confirmata, in peragendis a vobis ejusdem
Ecclesiœ Officiis inconcussa volumus permanere, nec eis acquiescere, qui J
luporum morsibus et veneficiorum molimine vos inficere desiderant. Nec -
dubitamus quod, secundum Apostolum, introeant in vos lupi graves, lupi
rapaces, non parcentes, quibus resistendum fortiter est in fide. Ideoque,
dilectissime frater, certa, et usque ad sanguinis efFusionem, si opportu-
num fuerit, desuda. Indignum enim et pro ridiculo potest haberi, quod '
saeculares homines, pro tam vili pretio, tamque Deo odibili commercio, \^
se ipsos periculo ultraneos exhibeant, et fidelis quisque irruentibus cedat ■
hostibus terga. Non enim ab eis poterit acquiri virtus qui facile corruunt
quo trahuntur. Quod autem filii mortis dicuntse a nobis litteras acce-
pisse, sciatis per omnia falSum esse. Procura ergo, ut Romanus ordo per
totam Hispaniam et Galliciam, et ubicumque poteris, in omnibus rectius
teneatur. Data Romae, mense maii, indictione décima quarta. (Labb.,
tom. X, p. 144.)
NOTE G
Ante revocationem (legati Richardi) clerus et populus totius Hispaniae
turbatur, eo quod Gallicanum Officium suscipere a legato et principe
cogebantur; et statuto die, rege, primate, legato, cleri et populi maxima
multitudine congregatis, fuit diutius altercatum, clero, militia et populo
firmiter resistentibus, ne Officium mutaretur, rege a regina suaso, con-
trarium minis et terroribus intonante. Ad hoc ultimo res pervenit, mili-
tari pertinacia decernente, ut haec dissensio duelli certamine sedaretur.
Cumque duo milites fuissent electi, unus a rege, qui pro Officio Gallicano;
alter a militia et populis, qui pro Toletano pariter decertarent, miles
régis illico victus fuit, populis exultantibus, quod victor erat miles
Officii Toletani. Sed rex adeo fuit a regina Gonstantia stimulatus, quod a
proposito non discessit, duellum indicans jus non esse. Miles autem qui
pugnaverat pro Officio Toletano, fuit de domo Matantiae prope Pisori-
cam, cujus hodiegenus exstat. (Rodericus Toletanus, de Rébus Hispanice,
lib, VI, cap. XXVI.)
DU Xl^ ET DU XII* SIÈCLE Siy
Gumque super hac magna seditio in populo oriretur, demum placuit, i partie
ut liber Officii Toletani, et liber Officii Gallicani in magna ignis congerie chapitre xi
ponerentur. Et indicto omnibus jejunio a primate et legato, et clero, et
oratione ab omnibus dévote peracta, igné consumitur liber Officii Galli-
cani; et prosiliit «uper omnes flammas incendii, cunctis videntibus et
Dominum laudantibus, liber Officii Toletani illaesus omnino (et) a com-
bustione incendii alienus. [Ibidem.)
NOTE D
Ceterum, quilibri in Ecclesiasticis Officiis per anni circulum a nonnullis
legantur (quod ritum illum Apostolica non reprobat, sed sequitur
Ecclesia), pro fidelium aediticatione adnotandum censuimus. Quidam,
quod in Septuagesima ponunt Pentateuchum usque in XV diem ante
Pascha, XV die ponunt Hieremiam usque in Cœnam Domini. In Cœna
Domini legunt très lectiones de Lamentatione Hieremiae : Qiiomodo sedet
sola civitas , etc., et très de Tractatu S. Augustini in Psalmum LIV :
Exaiidi, Deus , orationem meam, et ne despexeris et très de Apostolo,
ubi ait in Epistola ad Corinthios Convenientibus vobis in unum. Secunda
ilectio sic incipit : Similiter et calicem, postquam cœnavit. Tertia : De
Spiritalibus aiiteni noliimus vos ignorare , fratres. In Parasceve très
lectiones de Lamentatione Hieremiae, et très de Tractatu Sancti Augustini
in Psalmum LXill: Exaudi, Deus, orationem meam ciim deprecor;et très
de Apostolo, ubi ait in Epistola ad Hebraeos : Festinemus ingredi in illam
requiem, etc.. Secunda lectio : Omnis namque Pontifex. Tertia : De quo
grandis nobis sermo. In Sabbato Sancto très lectiones de Lamentatione
Hieremiae Prophetae, et très de tractatu Sancti Augustini in eumdem
• Psalmum LXIII : Exaudi, Deus, orationem meam cum deprecor, et très
de Apostolo, ubi ait in Epistola ad Hebraeos : Christus adsistens Pontifex
futurorum. Secunda lectio : Ubi enim testamentum est. Tertia : Umbram
enim habens lex futurorum bonorum. In Pascha Domini homilias ad
ipsum diem pertinentes, infra hebdomadam homilias. In Octavis Paschas
ponunt Actus Apostolorum, et Epistolas Canonicas, et Apocalypsim usque
n Octavas Pentecostes. In Octavis Pentecostes ponunt libros Regum, et
Paralipomenon usque in kalendas septembris. In Dominica prima sep-
tembris ponunt Job, Tobiam, Hester, Esdram usque in kalendas octo-
bris. In Dominica prima mensis octobris ponunt librum Machabœorum
usque in kalendas novembris. In Dominica prima mensis novembris
ponunt Ezechielem, et Danielem, et minores Prophetas usque in kalendas
decembris. In Dominica prima mensis decembris ponunt Esaiam pro-
phetam usque ad Nativitatem Domini. In Natali Domini legunt primum
de Isaia très lectiones. Prima lectio Primo tempore alleviata est terra
Zabulon, etc. Secunda : Consolamini , consolamini. Tertia : Consurge,
consurge. Deinde leguntur sermones, vel homiliae ad ipsum diem per-
tinentes. In natali sancti Stephani homilia de ipso die. In natali sancti
3(8 AUTEURS LITURGISTE^
INSTITUTIONS Johannis similiter. In nat9.1i Innocentium similiter. In natali sancti Sil-
LiTURGiQUgs ^estri similiter. In Octava natalis Domini homilia de ipso die. In Domi-
ïiica prima post Nativitatem Domini ponunt Epistolas Pauli usque ir
Septuagesimam. In Epiphania lectiones très deEsaia. Prima lectio incipit:
Omnes sitientes. Secunda : Surge, illuminare, Hierusalem. Tertia : Gau-
den§ gaudebo in Domino. Deinde leguntur sermones, vel homiliae ad ipsum
diem pertinentes. {Decretum. Part. I, Distinct. XV, cap. Sancta Romana.)
NOTE E
Venerabili Guidoni abbati Ar^remarensi , et sanctis qui cum eo sunt
fratribus , Bernardus servus sanctitatis eorum ^ servire Domino in
sanctitate.
Petis, carissime mihi Guido abbas, et tecum pariter qui tecum sunt
fratres, dictare me aliqua vobis legenda solemniter, vel canenda in fes-
tivitatej sancti Victoris, cujus apud vos corpus sacratissimum requiescit.
Cunctanti instas", dissimulantem urges, meam etsi justam vefecundiam
dissimulans ipse : adhibes mihi et alios precatores, quasi sit aliquid ad
inclinandum me tuae voluntati, tua ipsa voluntate cogentius. Verum tu
vel proprio judicio consulens, cogitare debueras non afFectum erga me
tuum, sed meum in Ecclesia locum. Sane altitudo negotii non amicum
desiderat, sed eruditum, sed dignum ; cujus auctoritas potior, vita sanc-
tior, Stylus maturior et odus illustret, et consonet sanctitati.
Quantulusego in populo christiano, cujus litterae in Ecclesiis lectitenturr
Aut quantula mihi ingenii eloquiive facultas, ut a me potissimum festiva
et plausibilia requirantur? Quid ? quem cœli habent laudabilem et lau-
datum, ego de novo laudare incipio super terram ? Supernis velle addere
laudibus, detrahere est. Non quod glorificatos ab Angelis, homines jam
laudare non audeant; sed quia in solemnitate celebri non novella audiri
decet vel levia, sed certe authentica et antiqua, quae et Ecclesiam sedifi-
cent, et ecclesiasticam redoleant gravita tem. Quod si nova audire libet,
et causa requirit, ea, utdixi, recipienda censuerim, quse cordibus audien-
tium quo gratiora, eo utiliora reddat et eloquii dignitas et auctoris. Porro
sensa indubitata resplendeant veritate, sonent justitiam, humilitatem
suadeant, doceant aequitatem : quae etiam lumen veritatis mentibus pa-
riant, formam moribus, crucem vitiis, afFectibus devotionem, sensibus
disciplinam. Cantus ipse si fuerit, plenus sit gravitate, nec lasciviam
resonet, nec rusticitatem. Sic suavis, ut non sit levis; sic mulceat aures^
ut moveat corda. Tristitiam levet : iram mitiget; sensum litteras non eva-
cuet, sed fœcundet. Non est levis jactura gratiae spiritualis, levitate cantus
abduci a sensuum utilitate et plus sinuandis intendere vocibus quam
nsinuandis rébus.
En qualia oportet esse quae in audieiitiam Ecclesiae veniunt, qualemve
horum. auctorem. Numquid talis ego, aut talia quae paravi ? Et tamen de j
paupertate mea, te puisante, te inquiétante, etsi non quia amicus es,
DU XT^ ET DU XII* SIÈCLE SlQ
certe ob tuam oportunitatem surgens, juxta verbum Domini, prœstit
quod petisti. Prasstiti dico, non quod tibi ad votum, sed quod mihi ad
manum venire potuit, pro posse utique meo, non pro velle tuo. Servata
tamen antiquorum veritate scriptorum, quae tu mihi transmiseras, de
vita Sancti duos sermones dictavi qualicumque sermone meo : illud
quantum potui cavens, ut nec brevitas obscuros, nec prolixitas reddere^-
onerosos. Deinde quod ad cantum spectat, Hymnum composui, metri ne-
gligens, ut sensui non deessem. Responsoria XII, cum Antiphonis XXVII,
suis in locis disposui, addito responsorio uno quod prioribus vesperis
adsignavi, itemque duobus aliis brevibus ipso die festo pro vestra regu-
lari consuetudine, uno ad Laudes, altero adVesperas decantandis.Et pro
his omnibus mercedern flagito, sequor retributionem. Quidni sequar ?
Sive placeant, sive non, mea non refert, qui quod habui, dedi. Ergo
merces njea, oratio vestra. (S. Bernardi Opéra, tom. I, Epist. CCCXII.)
I PARTIE
CHAPITRE XI
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE XII
REVISION DE L OFFICE ROMAIN PAR LES FRANCISCAINS. — BRE-
VIAIRE DES DOMINICAINS^ DES CARMES, ETC. OFFICE DU
SAINT SACREMENT. CARACTERE DU CHANT ECCLESIASTIQUE,
AU XIII® SIÈCLE. — AUTEURS LITURGISTES DE CETTE
ÉPOQUE.
L'unité
liturgique
menacée dans
le patriarcat
d'Occident
au moins pour
l'office divin
par la diversité
et la
multiplicité
des usages
locaux.
Remède opposé
à ce mal par
la Providence.
Saint Grégoire VII, en réformant les livres de Toffice
romain, avait eu principalement en vue la chapelle pa-
pale. La plupart des églises de Rome avaient pu adopter
par le laps du temps, cette forme réduite de l'office;
mais, ni ce grand Pontife, ni ses successeurs n'avaient
exigé que les diverses Eglises de l'Occident, soumises à
la Liturgie romaine, réformassent leurs livres d'après
cette dernière révision. Il en était donc résulté une sorte
de confusion qui devait nécessiter plus tard une so-
lennelle et dernière correction. Cette confusion était
encore accrue par les offices des Saints que Ton ajoutait
de toutes parts à Pancien calendrier : ce qui, joint aux
usages d^une Liturgie antérieure qui s'étaient conservés, f
quoiqu'en petit nombre, menaçait de plus en plus Tunité
liturgique dans le patriarcat d'Occident, au moins pour
les offices divins; car, nous ne nous lassons pas de rap-
peler que le Sacramentaire grégorien, qui allait bientôt
changer son nom en celui de Mme/ 7'omam, était demeuré
généralement intact.
En attendant les mesures vigoureuses qui ne devaient
venir qu'au xvi*" siècle, il était donc grandement à
désirer que le bréviaire de la chapelle papale, qui, dès
RÉVISION DE l'office ROMAIN PAR LES FRANCISCAINS. .321
le XII® siècle, avait déjà conquis toutes les Églises de i partie
Rome, hors la basilique de Latran, et qui devait tôt ou
tard succéder partout à l'ancien office, s'étendît de fait ou saint François
de droit dans le reste de TOccident. La Providence, ^^dlsclpfer^
pour procurer cette fin si désirable, se servit de Tinfluence to^t^r d^^
que prit tout à coup sur les sociétés du moyen âse un l'office suivi
• • j 1 u ui ^ ^ . par l'Eglise
institut dont les humbles commencements ne montraient romaine, 12 lo.
que mieux la sagesse admirable de Celui qui se sert de
ce qu'il y a de plus faible pour confondre ce qu'il y a de
plus fort. Saint François d'Assise parut sur la terre. Ce
grand .patriarche destinant ses nombreux enfants à la pré-
dication apostolique, leur enjoignit expressément de
garder inviolable fidélité à l'Eglise romaine, et afin de
sanctionner cette loi fondamentale par un lien extérieur,
il ordonna qu'ils garderaient en tout l'ordre de l'of-
fice suivi par cette mère et maîtresse de toutes les
Eglises (i).
Saint François ayant donné cette loi à ses enfants. Les frères
dans l'année 12 10, il était naturel que ceux-ci, deman- prennent Poffice
dant à Rome l'office qu'ils devraient suivre, elle leur assi- de la chipeiie
gnât celui que gardaient et la chapelle papale et les P^P^^ie.
diverses Eglises de cette capitale du christianisme. « C'est
« donc l'office abrégé, dit Raoul de Tongres, qu'ont
« suivi les frères mineurs. Ils intitulent leurs bréviaires
« et leurs divers livres d'office, selon la coutume de la
« Cour romaine, secundum consuetudinem Romance
« Curiœ (2). » En outre, cet office, étant plus court que
l'ancien, susceptible par là même d'être transcrit à moins
de frais, et son volume devant causer moins d'incommo-
dité dans les voyages, les franciscains ne pouvaient
(i) Régula S. P. Francisci, cap. m.
(2) Et îstud Officium breviatum secuti sunt fratres minores. Inde est,
quod breviaria eorum, et libros Officii intitulant secundum consuetudi-
nem Romance curiœ ; non autem curaverunt mores aliarum ecclesiarum
urbis Romae recipere, et observare. {De Canonum observantia. Propositio
XXII,pag. 3i3.)
T. I 21
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Les bréviaires
de la plupart
des églises
d'Europe au
%i\^ et au xv^
siècle sont
distribués
uivant la forme
de l'office
abrégé.
Révision
du bréviaire
romain
par Haymon,
quatrième
général des
franciscains.
322 RÉVISION DE l'oFFICE ROMAIN
manquer de le préférer à Tancien que gardait encore
l'église de Latran.
Déjà un grand nombre dé'glises en Italie avaient
adopté l'office abrégé. La propagation merveilleuse de
l'Institut des frères mineurs par toute l'Europe et au
delà, fit bientôt connaître en tous lieux cette nouvelle
forme de la Liturgie. Il serait difficile, impossible même,
aujourd'hui, d'apprécier l'influence que ce fait exerça
dans les diverses contrées de l'Occident. Elle fut variable
suivant les lieux; mais il est naturel de croire que les
franciscains que l'on vit en si grand nombre dès le xiii®
et le xiv^ siècle, élevés à l'épiscopat, n'oublièrent pas
tous, en changeant d'habit, la forme d'office divin qu'ils
avaient jusqu'alors pratiquée. Quoi qu'il en soit, qu'on
l'attribue à l'influence des franciscains, ou à la faveur
qui devait, à la longue, s'attacher à l'office le plus abrégé,
pour peu qu'on ait feuilleté les livres de Liturgie dans les
bibliothèques, on doit reconnaître que les bréviaires
de toutes ou presque toutes les églises de l'Europe, écrits
OU imprimés au xiv^ et au xv® siècle, ou même dans la
première moitié du xvi®, par conséquent avant la Bulle
de saint Pie V, sont généralement distribués suivant la
forme de l'office abrégé, et non plus suivant celle qui
était en usage antérieurement à saint Grégoire VII.
Mais les frères mineurs attachèrent leur nom au bré^
viaire romain, à un autre titre encore qu'à celui de
simples propagateurs. Haymon, leur quatrième général,
doit être compté en la liste des correcteurs, auxquels il est
redevable de la forme qu'il a gardée depuis. Nous
n'avons pas de détails précis sur les circonstances qui
amenèrent ce fait ; mais il n'en est pas moins incontes-
table. Wading pense que cette commission fut donnée à
Haymon par Grégoire IX (i). Quoi qu'il en soit, la cor-
(i) Annaîes Minonun. Ad annum 1244 et Religionis 'i'-j.
PAR LES FRANCISCAINS 323
rection du bréviaire romain par ce général des francis- i partie
, ^ T 1 T-k CHAPITRE XII
çains, est expressément attestée par Jean de Parme, son - — ■■
successeur, dans une lettre qu'il écrivit aux supérieurs de
son ordre (i).
Maintenant, en quoi consista la correction que fit Hay- En quoi
, î / . . . . ^ . , , consiste la
mon sur le bréviaire romain ? Cette question nous semble correction que
aujourd'hui insoluble ; mais si légers que fussent les aymon.
changements ou améliorations introduits par Haymon,
ils étaient néanmoins assez considérables pour que les
livres en usage à cette époque dans les églises de Rome,
quoique conformes, suivant le témoignage d'Abailard, à
ceux de la chapelle papale, ne se trouvassent plus d'ac-
cord avec ceux des frères mineurs. C'est ce que nous
apprend Raoul de Tongres, qui dit en parlant de Nico-
las III : « Il fit ôter des églises de la ville cinquante
« antiphonaires, graduels, missels (2), et autres anciens
« livres d'office, et ordonna que ces mêmes églises se ser-
« vissent à l'avenir des livres et bréviaires des frères
« mineurs, dont il avait confirmé la règle ; c'est pourquoi
« aujourd'hui à Rome, tous les livres sont nouveaux et
« franciscains (3). » Plusieurs auteurs ont révoqué en
(i) Quia, sicut indubitanter cognovi^nonnulli fratresOfïicium divinum,
qui {sic) de régula nostra secundum or4inem S. R. E. celebrare debernus
iji littera mutare interdum, sed id cantu maxime variare praesumunt, etc.
duxi praesentibus injungendum, quod praeter id solum, quod ordi-
narium Missalis, et Breviarium a fratre Haymone sanctae recordationis
praedecessore nostro pio correctum studio per sedem apostolicam confir-
matum, et approbatum postea nihilominus per générale capitulum nos-
citur continere, ut nihil omnino in cantu, vel littera sub alicujus festi
seu devotionis obtentu in hymnis , seu responsoriis.... in choro mutari...i
modo aliquo permittatis. (Wading. Annales M inorum. Ad annum 124g.)
(2) Il y a ici quelque exagération ; car nous ne voyons dans aucun
autre historien que les frères mineurs aient touché au Missel, dont Tin-
tégrité est clairement démontrée par les manuscrits.
(3) Fecit (Nicolaus) In ecclesiis urbis amoveri Antiphonarios, Gradualia,
Missalia et alios libros Oflicii antiquos quinquaginta, et mandavit, ut de
cetero fçclesiae urbis uterentur libris, et Breviariis fratrum mjnorum,
quorum regulam etiam confîrmavit; unde hodie in Roma omnes libri
sunt novi et fraacis€ani. (Radulphus. Ibid., pag. 314.)
324 RÉVISION DE L^OFFICE ROMAIN
INSTITUTIONS doutc ccttc asscrtion de Raoul de Tongres, appuyés
LITURGIQUES ^ ^ o 1 X J
sur ce que dit Abailard, que, dès le xii^ siècle, les églises
de Rome, celle de Latran exceptée, ne suivaient plus
Tancien office; mais nous répondons quelles pouvaient
néanmoins avoir retenu les anciens livres, en ayant soin
d^omettre, dans le chant du chœur, les parties retranchées
par saint Grégoire VII. La correction d'Haymon ayant
entraîné de plus grands changements, des additions peut-
être, ces livres, si on les eût conservés, pouvaient devenir
un obstacle à Tuniformité.
La correction Raoul de Tongres, qui, du reste^ se montre très-peu
franciscaine, /• i i r ^ • • i • i
quoiqu'en dise lavorable aux ireres mineurs, signale avec aigreur les.
de Tongres, défauts de la correction d'Ha37mon. Il accuse les francis-
^'^deïraSdeï"^ cains d'avoir défiguré Toffice romain, disant que leur bré-
modifications yiaire présente de grandes différences avec Tantiphonaire,
dans la Liturgie r o r ^
romaine. tel qu'on le trouve dans Amalaire, Walafrid Strabon et
les autres liturgistes du ix® et du x® siècle ; il leur reproche
amèrement d^avoir^ augmenté le nombre des ièîQs doubles,
inséré beaucoup de saints qui n^appartiennent qu'au
calendrier local de Rome, etc. Sur ces dernières imputa-
tions, il est fondé, sinon en raison, du moins en fait ;
quant à la première, elle tombe devant la réalité. Nous
avons dans la collection liturgique du B. Tommasi, un
Antiphonaire entier, à l'usage de Péglise de Saint-Pierre,
et écrit sous le pontificat d'Alexandre III, qui siégea
en r 169 : or, cet antiphonaire, qui renferme l'office réduit
par saint Grégoire VII, est presque entièrement semblable
au bréviaire romain actuel, lequel est tout à la fois
l'abrégé de l'antiphonaire grégorien et le bréviaire des
frères mineurs. Si donc il existe des différences entre les
livres romains tels qu'on les voit dans Amalaire, et lebré-
viaire des franciscains, il faut les attribuer principa-
lement aux réductions faites par saint Grégoire VII, et se
rappeler aussi que l'antiphonaire de Metz renfermait plu-
sieurs pièces qui n'étaient pas d'origine romaine. Con-
PAR LES FR.\NCISCAINS * 325
cluons donc de tout ceci que la correction franciscaine i partie
CHAPITRE XII
n'a pas entraîné de grandes modifications dans la Liturgie "
romaine, et que l'ancien fonds grégorien est toujours de-
meuré le même.
Les frères mineurs ajoutèrent au 'propre du bréviaire Les frères
les offices des saints que leur ordre ne tarda pas à enfan- ajouterft^pour
ter, et particulièrement celui de saint François. Tous ces au^propr?du
offices composés en prose cadencée et rimée, sont une des ^ bréviaire
, , des omces de
richesses littéraires du xiii® et du xiv^ siècle. Nous regret- leurs saints en
^ prose rhvthmée
tons que l'espace nous manque pour en insérer ici d'une
... . . onction naïve.
quelques traits d une onction naïve, comme toutes les oeu-
vres de Tordre séraphique, à cette époque de sa grande
gloire. Depuis, le xviii^ siècle a soufflé son vent glacé sur
ces fleurs si fraîches et si tendres : les franciscains des
provinces de France, avant de s'éteindre sous les coups de
la sécularisation, élaborèrent pour leur ordre une série de
nouveaux offices dans lesquels on ne trouve plus la
moindre trace de ces touchants cantiques que Tâge hé-
roïque des frères mineurs avait consacrés à la gloire
de saint François, de sainte Glaire, de saint Bonaventure,
de saint Antoine de Padoue^ etc. Clément XIV, Francis-
cain conventuel, accéda aux vœux de son ordre, en
approuvant les offices réformés qu'on lui présenta.
Les frères prêcheurs que Dieu donna à son Église par Les frères
prêcheurs
le ministère de saint Dominique, quelques années avant adoptent un
les frères mineurs, méritent une place distinguée dans et unVréviaîre,
les annales de la Liturgie. Fondés en France et bientôt fondSe^romain
établis à Paris par saint Louis, dans leur illustre couvent je^emprunts
de la rue Saint-Jacques, d'où ils ont pris le nom de faco- nombreux faits
■^ ^ ^ ^ ^ aux usages
bins, leurs usages liturgiques, auxquels ils sont demeurés des Églises de
' . d.Q France
fidèles, nous font connaître ceux des Eglises de France et et spécialement
particulièrement de TEgUse de Paris, au xm^ siècle. Pour ^e Paris.
la messe, ils ont gardé plusieurs rites et prières dont la
plupart se retrouvent dans les missels français du xiii*' au
xv^ siècle : le texte du missel est d'ailleurs le romain
326 BRÉVIAIRE
INSTITUTIONS pyj-^ g^uf quclqucs légères différences. Quant au bré-
LITURGIQUES ....
' viaire, il fut rédigé dans le couvent de la rue Saint-Jacques,
eri 1253, par Humbert de Romans, qui fut depuis gé-
néral de l'ordre. A l'exception des fêtes d'ordre, et de
quelques rites peu nombreux, tout ce qui, dans ce bré-
viaire, paraît surajouté au romain, se retrouve dans
Pancien parisien (i) : c'est ce qui rend ce bréviaire infini-
ment curieux, surtout depuis que FEglise de Paris a
abjuré la masse de ses traditions.
L'inspiration Les offices des saints de l'ordre, au bréviaire domini-
liturgique que . ^ , i- / i, , . ,
les dominicains cain, sont formes en totalité d une prose mesurée et rimee,
^conservée^^ comme ceux des frères mineurs; mais l'accent de triom-
^"^^manTère^^^ P^^' ^^ pompe du langage qui en font le principal caracv
'^ar^Fa^c^ent^d^ ^^^^' Contrastent d^une manière caractéristique avec la
triomphe simplicité naïve des offices franciscains. Il faut dire, de
et la pompe ^ ...
du langage avec plus, à la louange de Tordre dominicain, qu'il a su de-
là simplicité i ^ • • j • • j i, • n-
naïve des offices tendre son bréviaire des tentatives de lesprit d innova-
tion, et qu'il est le seul qui, dans ces derniers temps, ait
conservé l'inspiration liturgique dans les compositions
que les fêtes de ses nouveaux saints ont exigées. Les of-
fices de saint Pie V, de sainte Rose de Lima, de saint
Louis Bertrand, de sainte Catherine de Ricci, sont aussi
parfaitement dans la couleur du xiii® siècle, que les plus
anciens du Répertoire dominicain. L'office du saint Ro-
saire, rédigé dans ces dernières années, montre que cet
ordre illustre n'a point perdu ses traditions; seulement,
on regrette de ne plus retrouver en entier, dans la nou-
velle édition du bréviaire dominicain, qui est de i834,
l'admirable office de tous les Saints de l'ordre^ qu'on
lisait dans les éditions précédentes. On a malheureuse-
ment changé plusieurs antiennes et huit leçons, inspirées,
par ce noble esprit de corps, qui doit animer tous
les ordres religieux, mais qui est si bien à sa place dans
(i) Liturgia Domenicana spiegata in tutte le sue parti, da fra Luigi
Vincenzo Cassitto. Tom. I, pag. li.
DES DOMINICAINS^ DES CARMES, ETC. 827
cette fête qui leur est commune à tous et qui est destinée
à célébrer toutes les faveurs dont Dieu les a honorés, tous
les grands hommes qu'ils ont produits.
Le bréviaire des carmes offre aussi beaucoup de rap-
ports avec- le bréviaire romain-parisien. Il est vrai que
ces religieux ont prétendu que leur office était celui de
l'Église latine de Jérusalem, qu'ils avaient reçu de saint
Albert, leur restaurateur, et qu'ils avaient apporté avec
eux, en passant en Occident. Mais cet office, pour avoir
été celui de Jérusalem, n'en était pas moins d'origine
française. Guillaume de Tyr rapporte expressément que
Godefroy de Bouillon, instituant le rite latin dans
l'église du Saint Sépulcre, établit Toffice divin et les céré-
monies, comme dans les grandes églises de France, et
nomma chantre de la basilique, Anselme, chanoine de
Paris (i).
Les trinitaires, les augustins, les religieux de Sainte-
Croix et plusieurs autres corps fondés vers la même épo-
que, ont pareillement fait l'office, pendant plusieurs
siècles, suivant l'usage de Paris.
On comprendra aisément, diaprés tous ces faits, l'ex-
tension donnée à la Liturgie romaine-française^ bien au-
delà des limites du royaume. Les instituts que nous
venons de nommer, et qui, joints aux ordres de Gîteaux
et de Prémontré, s'étendirent avec tant de rapidité, ache-
vèrent de faire connaître à l'Europe les beaux chants que
la France avait ajoutés aux mélodies grégoriennes; de
toutes parts on les adopta, et ils se marièrent aisément
au bréviaire réformé de saint Grégoire VII et des frères
mineurs. Chaque Église puisa avec plus ou moins
d'abondance à cette source féconde, et l'on vit, ce qui ne
s'est jamais reproduit depuis, les nations qui avaient mis
en commun les trésors de la foi et de l'unité, cimenter
I PARTIE
CHAPITRE tlt
Bréviaire des
carmes.
son origine
française.
Autres
bréviaires
suivant l'usage
de Paris.
Extension
de la Liturgie
romaine-
française en
dehors
du royaume.
(i) Grancolas. Commentaire historique sur le Bréviaire Romain.
Tom I, p. 93.
328 PROPAGATION
ut^Jrgiques ^^"^ merveilleuse union par un échange de cantiques re*
■ ligieux. Mais on ne saurait trop le dire, la France eut la
principale part dans la suprématie des chants; il lui fut
donné de conipléter Foeuvre de saint Grégoire, et si,
depuis, elle a oublié cette gloire, elle pourra, quand elle
voudra, consulter les livres liturgiques des Églises étran-
gères, ou ceux encore des ordres religieux qu'elle a expul-
sés de son sein ; elle y retrouvera les douces mélodies
que ses évêques, ses moines et ses rois, composaient
pour TEurope entière, durant le xi® et le xii^ siècle.
La Liturgie C'est ici le lieu de parler plus en détail de la propasa-
romaine- • j i t ■ • • r r r d
française tiou de la Liturgie romaine-française. Nous venons de la
dansTÉptise ^^^^ établie, suivant l'usage de Paris, dans l'Église de
^" eïsiÉ? '' Jérusalem, par Godefroy de Bouillon. Elle Pavait été,
auparavant, en Sicile, par les princes normands, comme
d'anciens manuscrits liturgiques en font foi. Les ducs
d'Anjou Py maintinrent, ainsi que le prouvent des mis-
sels et bréviaires contemporains de leur domination sur
cette île (i); et, ce qui est plus remarquable, il existe
encore plusieurs missels imprimés à Venise, dans la pre-
mière moitié du xvi^ siècle, qui portent ce titre : Missah
Gallicanum juxta usum Messanensis Ecclesiœ, et un bré-
viaire de 1 5 12, également imprimé à Venise, et intitulé :
Breviarium Gallicanum ad usum Ecclesiarum Sicula*
rum,
dans les Éelises La bulle de saint Pie V, dont nous parlerons bientôt,
de Rhodes ^ ^ ' -
et de Malte, put seule déraciner de cette contrée les usages liturgiques
que nos armes y avaient introduits, et qui survécurent,
comme Pon voit, à la domination française.
Nous retrouvons encore ailleurs la liturgie parisienne.
Des monuments positifs nous apprennent que les grands
maîtres français de Pordre de Saint-Jean de Jérusalem
Pinstituèrent jusque dans les Églises de Rhodes et de
(i) Johannes de Johanne, Z)e Divinis Siculornm Officiis, Cap. V, VIII, X,
XII et seq.
DE LA LITURGIE ROMAINE-FRANÇAISE 329
Malte (i). Saint Louis, dans ses voyages d'outre-mer, la i partie
^ ' ' *^ C) 7 CHAPITRE XII
faisait célébrer devant lui avec toute la pompe dans les ""'"'
cérémonies et toute l'exactitude dans les chants que com-
portait la commodité plus ou moins grande de ses divers
campements.
L'estime que nos anciens rois faisaient de cette Liturgie H^He smt
, .^ , . T 1 ^^ chapelle du
les avait portés à en étendre Tusage à plusieurs lieux du roi dans ses
^ ji'- JJ-- j-n- déplacements,et
royaume, en dehors même des limites du diocèse de Pans, est adoptée dans
D'abjDrd, en quelque endroit qu'ils se trouvassent, ils fai- royaux et
saient célébrer devant eux^ suivant l'ordre de ce rite ^^^^égîffes.^^^^^^
observé minutieusement, et ne se contentaient pas des
Liturgies des autres Eglises qui mêlaient leurs usages à
ceux de Paris. En outre, le bréviaire de cette Eglise était
le seul que l'on pût suivre dans les saintes chapelles, du
Palais, de Vincennes, de Dijon, de Champigny au dio-
cèse de Chartres, de Ghâteaudun, et généralement dans
toutes celles des châteaux royaux. Il faut ajouter encore à
ce compte, les églises royales de Bourges, de Bourbon,
du Gué-de-Maulny ou de Saint-Pierre-Ia-Cour, au Mans,
de Saint-Clément de Compiègne, de Saint-Firmat de
Mortain, au diocèse d'Avranches. Grancolas, à qui nous
empruntons cette précieuse énumération, nomme encore
plusieurs églises de la ville et du vicariat de Pontoise,
comme la collégiale et les paroisses de Saint-André, de
Saint-Maclou et de Saint-Pierre ; et enfin les paroisses d'An-
nery, de Nivelières, de Génicourt, d'Osny et de Pizeux,
qui dépendaient du chapitre de Saint-Mellon (2). Nous ver-
rons plus loin comment la Liturgie de Paris fut ôtée de la
chapelle du roi, pour y faire place aux livres contenant
l'office romain dans toute sa pureté.
Ce genre de détails nous amène naturellement à parler zèle déployé par
11 ./^i ' \ ^} ^ j'' ^^ les rois à cett»
de la piete des rois a 1 époque que nous décrivons, et a époque
pour la Liturgie.
(i) Paciaudi, De Cultu S. Joannis Baptistœ, pag. 413.
(2) Grancolas, Commentaire historique sur le Bréviaire romain,
tom. I, pag. 64.
3^0 PROPAGATION
o^S^ ^^^^^^^^ ^'' ^^tes de leur zèle pour la Liturgie. A la tête
~ des souverains du xiii« siècle qui se sont montrés les plus
dévots pour les saints offices, nous devons placer le plus
Saint Louis, dévot d'entre eux, saint Louis, d'héroïque mémoire. On
peut dire que l'histoire de ce grand prince, sous le rapport
de sa piété, n'a point encore été écrite : nous emprunte-
Son affection ^'^^s à lun de ses biographes contemporains quelques
^""dlvin. ""^ t^^its propres à le montrer sous le point de vue qui nous
occupe. Geoffroy de Beaulieu, qui fut le confesseur de
saint Louis, rapporte, entre autres choses, que ce pieux
roi observa, pendant quelque temps, la coutume de se
lever à minuit; s'étant ainsi arraché au sommeil, il chan-
tait matines avec ses chapelains et restait ensuite en
prière autant de temps qu'il savait que les mêmes ma-
tines avaient coutume de durer dans Téglise cathédrale.
Ces longues veilles devenant préjudiciables à sa santé, il
prit le parti de se lever de manière à pouvoir entendre
bientôt prime, la messe et les autres heures, sitôt qu'on
aurait achevé le chant des matines. Il faisait assister
les princes ses enfants, dès leur jeunesse, à toutes les
heures canoniales. Après compiles, on chantait l'antienne
à la sainte Vierge, usage qui fut adopté depuis dans le
reste de FÉglise, et tout se terminait par l'aspersion de
Teau bénite. Il obligeait en outre ses fils à réciter en par-
ticulier le petit office de la sainte Vierge.
Il n'interrompt Pendant la navigation pour la croisade, il avait obtenu
pas ses pieuses , . . ]: . '
habitudes ia permission de faire porter l'Eucharistie sur son vais-
pendant ti r • • i 11
la croisade, seau. 11 y îaisait chanter les heures canoniales, et la messe
même : on omettait seulement le Canon; mais les prêtres
et les ministres étaient revêtus de leurs ornements sacrés.
Nous voudrions pouvoir suivre le royal chevalier dans la
visite des saints lieux et raconter avec quelle ferveur il
faisait célébrer les sacrés mystères dans les lieux mêmes
où ils se sont accomplis. Nous nous contenterons de citer
un seul trait du récit de Geoffroy de Beaulieu. Il raconte
DE LA LITUjlGIE ROMAINE-FRANÇAISE 33 I
comment le saint roi célébra la fête de l'Annonciation à J^f^^^^^^^
Nazareth, et dit ces paroles : « Combien dévotement il se -
« comporta en ce lieu, combien solennellement et glo-
« rieusement il y fit célébrer vêpres, matines, la messe
« et les autres offices d'une si auguste solennité ! Ceux-là
« peuvent en témoigner qui y furent présents; et, certes,
« plusieurs ont pu dire en toute vérité, que depuis le jour
« auquel le Fils de Dieu, dans ce même lieu, prit chair
(c de- la glorieuse Vierge, jamais si solennel ni si dévot
« office n'y fut accompli (i). »
Le glorieux contemporain de saint Louis, roi et cheva- p^,^?^^;;^, roi
lier comme lui, saint Ferdinand, roi de Castille et de de Castiiie.
Léon, ne fut pas moins zélé pour les divins offices. Ro-
drigue rapporte en détail les actions de sa piété;
comment il assistait à toutes les heures du jour et de la
nuit, même dans ses campagnes ; comment il chantait avec
les clercs les divins cantiques, et ne dédaignait pas de
remplir lui-même quelquefois Toffice de chantre (2).
Parlerons-nous de cet autre brillant chevalier, Richard (.^^^^^^^'^^Lion.
Cœur de Lion, qui remplit l'Orient et TOccident du
bruit de sa gloire? Les chroniques d'Angleterre nous
disent comment il se levait chaque jour de grand matin
pour chercher d'abord le royaume de Dieu et sa justice;
comment il se rendait à TÉglise et n'en sortait point qu'il
n'eût entendu tout l'office ecclésiastique (3).
Henri III, l'un de ses successeurs, entendait tous les Henri Iil,
jours trois messes en note, c'est-à-dire en plain-chant,
(1) Quam dévote ibidem se habuerit, quam solemniter et gloriose
fecerit celebrari vesperas, matutinas, missam, et cetera, quae ad solem-
nitatem tam celebrem pertinebant, testes esse possunt, qui affuerunt, de
quibus nonnulli attestari veraciter, sive edere potuerunt, quod postquam
Filius Dei in eodem loco de gloriosa Virgine carneni assumpsit, nunquam
tam solemne, tamque devotum Officium fuerit ibi factum. [S. Ludovici
vita per Gaufridum de Bello loco, cap. iv.)
(2) Roderic. Toletan. Dt Rébus Hispan.
(3) Roger. Pag. 753.
332 OFFICE
ut'ukoi'Zs ^^^^^ ^^' "^^ss^s basses auxquelles il avait assisté. Saint
Louis rayant exhorté à employer au moins une partie de
ce temps à écouter des prédications, le pieux roi d'An-
gleterre lui fît cette admirable réponse qui peint si bien la
tendre piété du moyen âge : « J'aime encore mieux voir
c( plus souvent celui que j^aime, que d'entendre seulement
« parler de lui (i). »
eJctZr le. ^^^' ^^^'^""^ ^''^''''^ ^"^ ""'''' ^^^^^^ l^s rois de la catho-
princes ^cite. (^ommeut les peuples n'auraient-ils pas eu une inef-
sur les peuples. ^^^^^^ intelligence des choses de la vie mystique, quand un
Louis IX et un Richard P^', par exemple, princes si dif-
férents d'ailleurs, se réunissaient dans l'amour passionné
des chants et de la prière liturgique, et passaient chaque
jour de longues heures à vivre d'une vie de foi et d^amour
des choses célestes ? Mais, après le xiii« siècle, cette géné-
ration de princes qu'on appelait liturgistes, et dont
la série commence à Pépin et à Charlemagne, se brise
tout à coup. Philippe le Bel avait bien autre chose à faire
que de chanter des répons : les Pierre Flotte et les Guil-
laume de Nogaret lui semblaient recrues plus avanta-
geuses que les frères prêcheurs et les frères mineurs de
son aïeul.
chréîienne ^^ ^"^' ^^^^^^ ^^^ ^^ théâtre d'un événement liturgique
coi^iilFau "^'^^^ ^^ ^^^^^ portée, que, depuis, un semblable ne s'est
^"""^HieTiède '''' P^s encore reproduit. Nous voulons parler de l'institution
^"dVii^^iJ^du "" ^^ 1^ ^^te du saint Sacrement ; car les fêtes universelles
Sacrem^ent. établies^ dans la suite par le Siège apostolique ne sont.
point d'un degré aussi élevé, n'ont point d'octave, et
n'emportent point l'obligation de cesser les œuvres ser-
viles. On peut donc dire que c'est à l'époque que nous
racontons dans le présent chapitre, que l'année chrétienne
a reçu son complément, au moins pour les grandes
lignes du calendrier.
(i) Thomas de Walsingham, tom. II, pag. 67.
DU SAINT SACREMENT 333
Cette solennité, si chère à toute la catholicité, fut éta- ^ partie ,
A 11/' ' • CHAPITRE XII
blie pour être un solennel témoignage de la foi* de l'Eglise ~
dans l'auguste mystère de l'Eucharistie. L'hérésie de ^^53-^^1??^
Bérenger, dès le xi^ siècle, avait rendu nécessaire une ^^ ^'^H^ cette
'-^ ... solenniteestune
nouvelle protestation liturgique en faveur de l'antique protestation
croyance : le rite de l'élévation de l'hostie et du calice, les hérésies
A^ j r 1 i''j'^ ^ ^1 sacramentaires.
pour être adores par le peuple, unmediatement après la
consécration, avait été promptement institué et s'était ré-
pandu en tous lieux. Au xin® siècle, de nouvelles attaques
se préparaient contre ce dogme capital d'une religion
fondée sur le mystère du Verbe incarné pour s'unir à la
nature humaine. Déjà les précurseurs des sacramentaires
avaient paru; les Vaudois, les Albigeois, préparaient la
voie à Wicleff, à Jean Huss, précurseurs eux-mêmes de
Luther et de Calvin. Il était temps que l'Église fît
entendre sa grande voix : la fête du saint Sacrement fut
donc décrétée par Urbain lY, en 1264, ^^^^ ^^s circons-
tances merveilleuses qui seront racontéees ailleurs: et,
non-seulement une solennité du premier ordre fut ajoutée
aux anciennes fêtes instituées par les Apôtres, mais une
procession splendide, dans laquelle on porterait le Corps
du Seigneur, ne tarda pas à être adjointe aux antiques
processions du dimanche des Rameaux et des Rogations.
Pour célébrer un si grand mystère, il était nécessaire Composition de
qu^un nouvel office fût composé qui répondît à l'enthou- saint
siasme de l'Église et à la grandeur du sujet. La Liturgie feï^noTateurs^
ne manqua point dans cette circonstance à l'attente du ^eurinêines^
peuple chrétien, et l'office du saint Sacrement est un ^"^ respecte.
monument tellement imposant, que les novateurs du der-
nier siècle, qui ont renversé la Liturgie antique pour en
créer une autre de fond en comble à l'usage des Églises
de France, ont jugé à propos d^en conserver plusieurs
parties, alors même qu'ils déchiraient sans pitié les of-
fices que tout le reste de la chrétienté latine, moins
l'Eglise de Milan, emploie dans la célébration des
334
OFFICE
'I^ZÏJZI "^y^^^^^^ ^^ Noël, de Pâques, deTAscension et de la Pen-
tecôte.
Cet office Mais il est arrivé au sujet de Toffice du saint Sacre-
parait devoir . . ' «^i^wj.^,
être attribué ment, Ce qui arrive à l'égard de tous les grands monu-
à saint Thomas i • j ii ^
d'Aquin. ments, objets de 1 amour des peuples ; une sorte de mys-
tère en a voilé l'origine. On a disputé pour en connaître
le véritable auteur. Personne, il est vrai, n'a jamais douté
que le docteur angélique, saint Thomas d'Aquin, n^
eût eu la part principale; mais, en rédigeant cet office,
n'avait-il point sous les yeux celui qui était déjà en usage
dans l'Église de Liège, où la fête du saint Sacrement avait
commencé ? C'est ce que les monuments du xiii' siècle ne
nous ont point éclairci suffisamment : bien qu'il soit
rendu indubitable, par tous les témoignages de l'histoire,
que saint Thomas fut chargé, par Urbain IV, de ré-
diger pour l'Église universelle l'office de cette nouvelle
fête (i).
^^^forme^ ^^ ^^ ^^^ frappe principalement dans cet office, tel qu'il
scoiastique est sorti des mains de saint Thomas, c'est la forme majes-
mélange des tueusemeiit scolastique qu'il présente. Chacun des ré-
sentences de i •
l'Ancien P^^s de matmes est composé de deux sentences, tirées
Tlsïm^en^dans ^'^^^ ^^ l'Ancien, et l'autre du Nouveau Testament, qui
composTtion. ^^^^^^"^^ ^i^^i témoignage conforme sur le grand mystère
qui fait l'objet de la solennité. Cette idée, qui a quelque
chose de grandiose, a été inconnue à saint Grégoire et
aux autres auteurs de l'ancienne Liturgie; et on doit con-
venir qu'autant elle est puérile et forcée dans les nou-
veaux bréviaires qui en font une règle générale, autant
elle est belle et solide, si on ne l'applique qu'avec mesure
et dans de grandes occasions.
mélhodfque ^^ ^^^^ S^^"^^^ méthodique du xiji« siècle paraît dans
dans le Lauda, la prose Lûuda, SioH, oeuvre étonnante qui est incontes-
iSion, de saint ^
Thomas. tablement de saint Thomas. C'est là que la haute puis-
(i) Bênédict. XiV, Defestis D. N. J. C, lib. I, cap. xiii.
\
DU SAINT SACREMENT
335
sance d'une scolastique, non décharnée et tronquée,
comme aujourd'hui, mais complète comme au moyen
âge, a su plier sans effort au rhythme et aux allures de la
langue latine, Texposé fidèle, précis, d'un dogme aussi
abstrait pour le théologien, que doux et nourrissant au
cœur du fidèle. Quelle majesté dans Pouverture de ce
:poème sublime! quelle précision délicate dans l'exposé de
la foi de l'Eglise ! et avec quelle grâce, quel naturel sont
rappelées, dans la conclusion, les figures de l'ancienne loi
qui annonçaient le Pain des anges, l'Agneau pascal et la
Manne ! Enfin, quelle ineffable conclusion dans cette
prière majestueuse et tendre au divin Pasteur qui nourrit
ses brebis de sa propre chair, et dont nous sommes ici-
bas les commensaux, en attendant le jour éternel où nous
deviendrons ses cohéritiers ! Ainsi se vérifie ce que nous
avons dit plus haut, que tout sentiment d^ordre se résout
Jiécessairement en harmonie. Saint Thomas, le plus
parfait des scolastiques du xin^ siècle, s'en est trouvé par-
là même le poëte le plus sublime.
Nous avons encore une production du même temps, et
dont l'appréciation doit être la même ; c'est la séquence
Dies irœ. On n'est pas d'accord sur le nom du poëte ins-
piré qui dota la chrétienté de ce cantique si tendre et si
sombre qui, sans doute, accompagnera l'Eglise, en ce
dernier jour dont les terreurs y sont si lamentablement
exprimées; mais quelle majesté, quelle onction, quel
rhythme digne d'un si redoutable sujet! On se sent porté à
croire qu'une assistance spéciale de l'Esprit-Saint a dû
conduire les auteurs du Dies irœ et du Laiida, Sion^ et
Içur découvrir les accents célestes qui seuls étaient en har-
monie avec de pareils objets.
Si, maintenant, nous en venons à considérer le chant
lui-même dont ces incomparables poèmes sont revêtus et
encore embellis, nous sommes forcés de reconnaître
qu'aucun siècle n'a surpassé le xin^ dans l'art de rendra
I PARTIE
CHAPITRE XII
Le Dies irce,
autre chef-
d'œuvre de la
même époque.
Apogée du chant
liturgique
au xiiie siècle;
sa supériorité
éclate surtout
dans
les séquen^res.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Défaut
d'originalité
dans les
chants de
l'office et de
la messe du
saint
Sacrement;
le xiiie siècle
dédaigne
de s'exercer sur
les morceaux
en prose.
336 CARACTÈRE DU CHANT ECCLESIASTIQUE
les passions de la Liturgie, avec les ressources en appa-
rence si bornées du chant ecclésiastique. Nous ferons une
seule remarque" : c^est que le xiii^ siècle a réussi principa-
lement dans les séquences, plutôt que dans les répons et
autres pièces en prose. Ceci tient aux observations que
nous avons faites au chapitre xi. Les compositeurs du
moyen âge étaient plus à l'aise, dans ces morceaux qu'ils
pouvaient traiter en suivant le génie national, que dans
les pièces sans rhythme, que les réminiscq^ices de la
musique grecque, appliquées par saint Grégoire, ont re-
vêtues d'ailleurs de tant de majesté. Déjà, un fait antérieur
à Toffice du saint Sacrement avait attesté cette faculté
musicale au xii*' siècle; le beau chant de la prose d'Abai-
lard, Mittit ad Virginem^ n'était déjà plus de la famille
des anciennes séquences. Il ne se peut rien voir de plus
tendre et de plus mystiquement joyeux. Nous avons dit
que ce chant appartient à la France, comme les paroles
sur lesquelles il a été mis. L'Italie nous a, en revanche,
donné le Lauda, Sion^ et le Dies irœ; quant aux répons,
antiennes, et autres pièces de- l'office du saint Sacrement,
la France et la Belgique les ont fournis.
On ne peut rien voir, sans doute, de plus remarquable*
ment mélodieux que ces répons et ces antiennes; mais,
pour être juste, il faut ajouter qu'elles ne sont rien moins
qu'originales. Nous surprendrons même plus d'un lecteur
en disant que toutes, ou presque toutes les pièces en prose
de l'office du saint Sacrement ne sont que les pastiches
de morceaux plus anciens, et presque tous du xi* et du
xii^ siècle. Ainsi, le répons Homo quidam est pris sur
Vïrgojlagellatur de sainte Catherine; Immolabit, sur
Te Sanctum Deum des saints Anges; Comedetis^ de
Stirps Jesse de la Nativité de la sainte Vierge; Unus
PaniSy de Ex ejus tumba de saint Nicolas; Misit me,
de Verbum caro du jour de Noël ; l'antienne O quain
suavis, est calquée sur 0 Christi pietas de saint Nico-
AU XIII® SIÈCLE 337
las, etc. La messe, si belle et si mélodieuse, n'est pas i partie
' . • . . . CHAPITRE XII
plus originale. L'introït Cibavit appartient, en propre, au ^
Lundi de la Pentecôte ; le graduel Ociili omnium^ au
vingtième dimanche après cette fête; Toffertoire Sacer-
dotes est pris sur Confirma hoc^ et la communion Quo-
tiescumque sur Factiis est repente, pièces qui appar-
tiennent toutes deux à la messe du jour de la Pentecôte.
Ce n'est pas tout; plusieurs de ces pièces présentent, dans
la composition, d'énormes contre-sens avec les paroles ;
par exemple, les antiennes O quam suavis est ; Sapientia;
O Sacrum conviviiim, etc. ; ce qui donne lieu de penser
qu'elles ont été traitées par des compositeurs habiles dans
la mélodie des sons, mais ignorants de la langue latine.
De cette double observation, il est permis de conclure
que le xiii® siècle, si divinement inspiré dans les compo-
sitions rhythmiques, dédaigna de s'exercer sur les morceaux
en prose, et ne fit guère d'autres frais que de transporter
sur des paroles nouvelles des motifs déjà connus; travail
presque matériel, et que des musiciens illettrés pouvaient
remplir.
S'il est permis de rechercher les analogies que présen- Analogies que
, • • • 1 1 1 ^ 1 ' • ^' présentent
tent les vicissitudes du chant ecclésiastique, au moyen jes vicissitudes
âge, avec la marche de l'architecture religieuse, qui a ecclésiastique,
toujours suivi les destinées de la Liturgie dont elle fait ^^^^ ^^^^P^^^ ^^^^^
une si grande partie et comme l'encadrement, nous sou- ^ /'ardii^tecture
mettrons à nos lecteurs les considérations suivantes. Le religieuse.
X® et le xi^ siècle enfantèrent des pièces de chant graves,
sévères et mélancoliques, comme ces voûtes sombres et
mystérieuses que jeta sur nos cathédrales le style roman,
surtout à répoque de cette réédification générale qui
marqua les premières années du xi® siècle. Ainsi, on re-
trouve encore la forme grégorienne dans les répons du
roi Robert, comme la basilique est encore visible sous
les arcs byzantins du même temps. Le xu'' siècle, époque
de transition, que nous appellerions, dans l'architecture,
T. i 22
338 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS le romaii fleuri et tendant à l'ogive, a ses délicieux
LITURGIQUES , , , ,
■ offices de saint Nicolas et de sainte Catherine, la séquence
d'Abailard, etc., où la phrase grégorienne s'efface par
degrés pour laisser place à une mélodie rêveuse. Vient
ensuite le xiii^ siècle avec ses lignes pures, élancées avec
tant de précision et d'harmonie; sous des voûtes aux
ogives si correctes, il fallait surtout des chants mesurés,
un rhythme suave et fort. Les essais simplement mélo-
dieux, mais incomplets, des siècles passés, ne suffisent
plus : le Laiida, Sion^ le Dïes irœ sont créés. Cependant
cette période est de courte durée. Une si exquise pureté
dans les formes architectoniques s'altère, la recherche
la flétrit; l'ornementation encombre, embarrasse, et bientôt
brise ces lignes si harmonieuses ; alors aussi commence
pour le chant ecclésiastique la période de dégradation
dont nous allons parler tout à l'heure. Malheureusement,
tous nos lecteurs ne seront pas à même de suivre ces
rapports et d'étudier les progrès et la décadence du chant;
les livres où se trouvent les monuments que nous rappe-
lons disparaissent chaque jour ; mais il faut pourtant que
l'on rache quels trésors de mélodie furent sacrifiés au
jour où l'on inaugura dans nos églises des chants que
n'avaient jamais entendus nos pères, et qui éclatent à
grand bruit sous des voûtes longtemps accoutumées à en
répéter d'autres.
Liste des Nous donnerons maintenant la bibliothèque des Li-
liturgistes du / . ^ i
xiiie siècle, turgistes qui ont fleuri à la grande époque du xin® siècle.
Alain de Lille, Nous trouvons d'abord Alain de Lille, moine de C&
Steaux.^ teaux, qui florissait en TUniversité de Paris, au com-
mencement du xiii^ siècle, et qui fut appelé le Docteur
universel. On trouve parmi ses œuvres deux séquences,
Pune sur l'Incarnation du Verbe, l'autre sur la fragilité de
la nature humaine.
Hugues des (1206). Husues des Noyers, évêque d'Auxerre^ com-
Noyers, évêque \ / o j w t>,i j r^
d'Auxerre. posa plusieurs hymnes, parmi lesquelles Flauae^ Lari'
DU XIII* SIÈCLE 339
ium^ia. en Thonneur de saint Thomas de Gantorbéry, qui i partie
. CHAPITRE XII
fut longtemps en usage dans le bréviaire d'Auxerre, dit —
Hurler. {Tableau des institutions au moyen âge, t. I,
p. 384.)
([2o8). Jean, appelé le Scribe ou PAcémète^ patriarche Jean le Scribe
des jacobites, paraît être l'auteur d'une anapJiore insérée l'Acémète,
par Renaudot au deuxième tome de son recueil des Litur- jacobites. ^^
gies orientales.
(121 5). Saint François d'Assise, patriarche de l'Ordre Saint François
, 1 . ' • a ' 1 T V • d'Assise.
seraphique^, a eu une influence marquée sur la Liturgie,
en obligeant ses enfants à embrasser le rite de TÉglise
romaine. On trouve dans ses œuvres un opuscule inti-
tulé : Or do récit andi officium dominicœ Passionis.
(1220). Guillaume deSeignelay, évêque d'Auxerre, puis Guillaume de
transféré sur le siège de Paris, avait composé un livre. De évoque de Paris.
Divinis Officiis, qui n'a point été imprimé.
(1222). Germain II, patriarche de Constantinople, est Germain 11,
. ' , ,...., patriarche de
auteur d'un opuscule intéressant sur la Liturgie, intitule : Constantinople.
Théorie des choses ecclésiastiques. Malheureusement, nous
ne Tavons point tel qu'il est sorti des mains de son auteur ;
il a subi de graves interpolations.
(i23o). Godefro}^ évêque de Gam.brai, écrivit un livre Godcfroy,
J)e Divinis OfficiiSy que nous n'avons plus. de ^Camb^rai.
(i23o). Jacques, évêque de Tagrite, de la secte des Nés- Jacques, évêque
toriens, est auteur d'une Exposition des Offices et des Tagrite.
, Oraisons,
(i238). Guyard de Laon, chancelier de l'Université de GuyarddeLaon,
T^ • M ' 1 .j V i>' ^ u' 1 r- u • '\ chancelier
I Pans, et eleve plus tam a 1 eveche de Cambrai, parait de rumversité
I être auteur d'un opuscule De Officiis divinis, sive eccle-
I siasticiSyQX d'un autre De Officiis sacerdotum.
(i23q). Havmon de Feversham, ministre général des Haymon de
. . Feversham
frères mineurs, corrigea le bréviaire romain, ainsi que ministre général
nous l'avons dit, et, en outre, écrivit un livre De Missœ f^^^-es 'mineurs.
cœy^emoniis .
(1240). Simon Taylor, dominicain, fut habile dans la Simon Tayior^
dominicain.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Vincent de
Coventer,
franciscain.
Jean
Bar-Maadani,
patriarche
des Jacobites.
Humbert
de Romanis,
cinquième
général
des
dominicains.
Théodore
Lascaris II,
empereur grec,
Grégoire
Bar-Hebraeus,
primatd'Orient
Hugues
de Saint-Gher
dominicain,
cardinal.
Latinus
Frangipani,
dominicain,
cardinal.
Saint Thomas
d'Aquin, docteur
angélique.
Guibert de
Tournay,
franciscain.
340 AUTEURS LITURG1STES
théorie du chant ecclésiastique, et composa deux livres De
- Pentachordis, deux De Tenore Musicali^ et un De Cantu
Ecclesiastico corrigendo.
(i25i). Vincent de Coventer, franciscain, professeur à
Cambridge, est auteur d'une Exposition de la messe.
(i 253). Jean Bar-Maadani, patriarche des Jacobites, com-
posa une anaphore qui se trouve au recueil de Renaudot.
(1254). Humbert de Romanis, cinquième général des
dominicains, compilateur du bréviaire de son ordre,
rédigea sur les offices qu'il contient, des Commentaires
qui étaient gardés, au rapport de Schulting, dans la biblio-
thèque des frères prêcheurs de Cologne.
(i255). Théodore Lascaris II, empereur grec, a com-
posé, en l'honneur de la sainte Vierge^ un canon ou
hymne qui se trouve dans le livre que les Grecs nomment
Paraclétiqiie.
(1260). Grégoire Bar-Hebrôeus, primat d'Orient, pour
la secte des jacobites, est auteur d'une anaphore qui se
trouve au recueil de Renaudot, et d'un abrégé de la Litur-
gie de saint Jacques.
(1260). Hugues de Saint-Cher, dominicain, cardinal,
auteur de la Concordance de la Bible, a aussi travaillé sur
la Liturgie. Il composa un livre sous ce titre : Specidum
sacerdotum et Ecdesiœ, de Symbolo et Officio missœ .
(1270). Latinus Frangipani, dominicain, cardinal,
neveu du pape Nicolas III, passe pour être Fauteur de la
séquence de3 morts, Dies irœ.^ et de plusieurs autres en
l'honneur de la sainte Vierge.
(1270). Saint Thomas d'Aquin, docteur angélique, outre
l'office du saint Sacrement, écrivit un livre intitulé : Ex-
positio missœ.
(1270). Guibert de Tournay, franciscain, a laissé un ou-
vrage très-curieux sous ce titre : De officio Episcopi et
Ecclesiœ cœvemoniis. Il est dédié à Guillaume, évêque
d'Orléans.
DU XIII^ SIÈCLE H^
(1270) Érard de Lésignes, cardinal, évêque d'Auxerre, JJ^''^^^^,,
étant allé à Rome, y entendit de si beaux répons de ,^^^^ ^^
l'histoire de Noé et d^Abra^am, pour les semâmes de ^^^Lésigne^s,^^^^
Sexagésime et de Quinquagésime, quUl les mtroduisit dans d'Auxçrre.
(,270). Sanche, infant d'Aragon, archevêque de Tolède, Sanche>fa,u
composa des litanies et des hymnes en l'honneur de la arch^vé3ue de
sainte Vierge. , ,■ , Saint
(1272) Saint Bonaventure, docteur seraphique, est au- Bo^^^enture,
teur d'une Exposition de la Messe et d'un office de la J°^^y^^^^
Passion de Jésus-Christ. On lui a attribué aussi l'office
de saint François. p^^i^^^
(1280) Peckam,franciscain, archevêque de Cantorbery, f^aneiscain,
laissa deux traités liturgiques imitulés, l'un De Ratione ^^^^f^
diei Dominiez, l'autre Spéculum Ecdesiœ de Mtssa. ^^^^^^^^^^
(1290). Guillaume Durand, dommicam, eveque de D,,rand,
Mende composa le fameux, Rationale divinorum Officio- ''l.^^q" e^à"'
rum, ouvrage dans lequel il explique tout l'ensemblede la Mende.
litursie à l'aide des auteurs qui l'ont précédé, en ajou- i, ^^^^^ ie
•'^'' 0 ^ . j / 1* dernier mot
tant ses propres observations. On peut considérer ce livre ^^ ^^^^^ ^^^
comme le dernier mot du moyen âge sur la Mystique du ^^^^V^J^ ^„
culte divin, et s'il est si oublié aujourd'hui, il ne le faut culte dum.
attribuer qu'à cette triste indifférence pour les formes
religieuses qui avait glacé nos pères, jusque-là qu'au
xviii" siècle, on a pu renverser, en France, toute l'an-
cienne liturgie et en substituer une nouvelle, sans que les
populations s'en soient émues. Les offices qu'expose Durand
ne sont plus ceux qu'on célèbre dans nos églises, et c'est
ce qui embarrassera tant soit peu nos modernes archéo-
logues qui, ayant par hasard rencontré Durand, dans la
poudre des bibliothèques, essayeront de s'en servir pour
expliquer le culte exercé aujourd'hui dans nos cathédrales.
Au reste, si quelqu'un d'entre eux devait un jour parcou-
rir ces lignes, nous prendrons la liberté de lui dire que
Durand, qui peut être d'un si grand secours pour Tinter-
^42 AUTEURS. LrTURGISTES ■
Z%Zo:à^Ts Prétation des mjthes (comme l'on dit) du Catholicisme at
moyen âge, n'est que le compilateur des avis émis par le-
Liturgistes qui l'ont précédé, depuis l'âge des Pères de
l'Eglise ; et que, dans la partie de son travail qui lui
appartient en propre, il n'est pas toujours sur de prendre
pour le génie de l'Église, les explications qu'il donne'
Son nvre est une Somme, il est vrai ; mais tout ce qu'il
renferme doit être jugé dans ses rapports avec les tradi^
tions de l'antiquité. En un mot, le Rational de Durand
est un monument dont, après tout, la science liturgique
pourrait se passer; car l'origine de cette science remonte
aux premières traditions du Christianisme, d'où elle est
venue jusqu'ici de bouche en bouche, toute vivante, et
sans avoir besoin que la science profane la restaure. L'état
de la France, quant à la Liturgie, n'est qu'un fait isolé et
passager, nous l'espérons du moins ; car s'il est vrai de
dire que Durand, s'il revivait aujourd'hui, ne compren-
drait plus rien à la Liturgie de Mende, sa propre Église,
de Lyon, de Paris, etc., il pourrait, du moins, en fran-
chissant les frontières de notre pays, retrouver en tous
heux de l'Occident ces formules saintes qu'il a commen-
tées avec tant d'amour.
'°";;-7miir '^ , N°"^ '^^^«"^ ^i^-^' ^ la gloire de la science liturgique et
dTci'?iti;'e1 l'f" ,de Guillaume Durand, en particulier, que le
métalliques. Kattonale dtvinorum Officiorum fut le premier livre
imprimé avec des caractères métalliques, préférence qui
montre grandement le respect qu'on lui portait. Il parut
en 1459 à Mayence, et on lit, sur la dernière page de cette
édition, les paroles suivantes : Prœsens Rationalis divino-
rum Codex Officiorum, venustate capitaliim decorattis,-
ritbricationibusque distincttts , adinventione artificiosa
imprimendi ac caracteriiandi, absque calami exaratione
SIC effigiatus, et ad Eusebiam Dei industrie est consum-
matusper Johannem Fust, civem Maguntinum, et Petrum
Gernzheim Clericum Diœcesis ejusdem, anno Domini
DU Xlir' SIÈCLE. CONCLUSIONS 343
millesimo quadringentesimo quinquagesimo nom. Sexto ^JJ^'.YeIu _
die octobris. On voit, par cette inscription que nous avons
conservée avec toutes ses incorrections, comment les sou-
venirs de la science liturgique s'unissent à Tune des plus
grandes et des plus glorieuses entreprises de Thumanité.
(1293). Ignace V, patriarche des jacobites, a composé pJ^g-^/jes
une anaphore qui est comprise dans la collection de jacobites.
Renaudot.
(1296). Ébédiesu, métropolitain de Soba, pour la secte J^^f^^^^^^^^
des nestoriens, a laissé un livre intitulé : Margaritœ de de Soba,
veritate Jîdei, dans lequel il traite un grand nombre de
questions de liturgie.
(1297). Engelbert, abbé bénédictin en Styrie, écrivit une .^btfélîSc'tin
explication des sept grandes antiennes. ^^ Styne.
(i 297). Jean Diacre, chanoine de la Basilique de Latran, ^^J^^^^^J^^^^'i,
dédia au Pape Alexandre IV un livre curieux intitulé : BasUiquede
De Sanctîs Sanctorum, dans lequel il parle des antiquités
liturgiques de cette mère et maîtresse des Eglises.
(i3oo). Pierre, chantre et chancelier de PÉglise de Pie-e^^^charu^^
Chartres, a laissé un traité sous ce titre : Spéculum Eccle- ^^^e^i:Égiise^
siœ, sive Maniiale mysteriorum Ecclesiœ.
Nous conclurons ce chapitre par les remarques sui-
vantes :
La Liturgie, au xiii' siècle, comme dans tous les
autres, fut l'expression de TÉglise. Les nouveaux Ordres
religieux qu'elle enfanta montrèrent leur action sur la
Liturgie, comme sur le principal théâtre des institutions
ecclésiastiques : le bréviaire universel fut franciscain; la
solennité nouvelle du saint Sacrement reçut de la main
d'un dominicain une partie de sa grandeur.
Cette époque de synthèse théologique produisit aussi la
-synthèse liturgique de Durand.
' L'antique dépôt de la Liturgie demeura intact dans
toutes ses parties, et après la correction franciscaine, on
put dire encore que l'Église d'Occident ne connaissait
Conclusions.
^44 CONCLUSIONS
'uriroJ^Ts P°i"t' quant à la substance, d'autres formes liturgiques
que celles qu'avait résumées saint Grégoire le Grand et
que Charlemagne et saint Grégoire VII avaient achevé
d établir dans l'Eglise latine.
Le chant ecclésiastique fit des progrès en rapport avec
la beauté, la noblesse, l'harmonie des lignes de l'architec-
ture de ce plus brillant des siècles de la Chrétienté occi-
dentale.
I PARTIE
CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIII
xVLTERATION DE LA LITURGIE ET DU CHANT, DURANT LE
XIV'' ET LE XV* SIÈCLE. NECESSITE D^UNE REFORME. — LEON X.
CLÉMENT VII. PAUL III. — FERRER! ET QUIGNONEZ. —
BURCHARD ET PARIS DE GRASSI. — LITURGISTES DU XIV*^ ET
DU XV® SIECLE.
Il était difficile que la Liturgie, après la correction fran- Causes
Al .^ , ^. , d'altération de
ciscaine^ se maintint dans une entière pureté. Le Siège la Liturgie au
apostolique n avait point oblige les Lglises a recevoir les siècle.
livres ainsi réformés, et Tadoption qu'on en avait faite en
plusieurs lieux avait été purement facultative. D'un autre
côté, dans les endroits où cette adoption avait lieu, on
retenait beaucoup d'anciens usages qui accroissaient
encore la confusion ; en même temps qu'une dévotion
ardente chargeait de jour en jour le calendrier de nou-
veaux saints, avec des offices plus ou moins corrects.
Quoique l'ancien fonds de la Liturme romaine restât Corruption
^ ^ ^ Y ^ provenant des
toujours, ainsi qu'on peut s'en convaincre en feuilletant copies
manuscrites
les livres qui nous restent encore, il est facile de penser
quelle anarchie de détail devait exister dans les usages des
différents diocèses. L'imprimerie manquant pour multi-
plier des exemplaires uniformes, on était réduit au dan-
gereux procédé des copies manuscrites dont il fallait subir
toutes les incorrections. Ces copies n'étaient pas seule-
ment corrompues par l'ignorance, ou l'incurie de leurs
auteurs ; mais elles se chargeaient d'une foule d'additions
grossières et même superstitieuses, ainsi qu'on le peut voir
346 ALTÉRATION DE LA LITURGIE ET DU CHANT
INSTITUTIONS p^j;» jgs ordoiinanccs des conciles qui se plaignent souvent,
LITURGIQUES ^ 1 r O 7
durant le xiv^ et le xv« siècle, des abus en ce genre.
La Liturgie Ces additions consistaient principalement en des his-
CCSS6 d'être la.
règle vivante toires apocryphes, inconnues aux siècles précédents, quel-
ciu peuple r ' ^ ' ' ■» . . , .
chrétien. quetois même rejetees par eux, et qu on avait introduites
dans les leçons, les hymnes ou les antiennes; en des
formules barbares insérées pour complaire à un peuple
grossier; en des messes votives qui prenaient la place des
messes ordinaires et qui présentaient des circonstances
superstitieuses dans leur nombre ou dans le rite qu'on
devait y garder ; en des bénédictions inconnues à toute
Fantiquité, et placées furtivement dans les livres ecclésias-
tiques par de simples particuliers. En un mot, au lieu
d'être la règle vivante, renseignement, la loi suprême du
peuple chrétien, la Liturgie était tombée au service des
passions populaires, et certaines fictions qui étaient par-
faitement à leur place dans les Mystères que représen-
taient les clercs de la Basoche, avaient trop souvent envahi
les livres de Tautel et ceux du chœur. Pour comprendre
toute rétendue des abus dont nous parlons, il ne faut que
se rappeler le sang-froid avec lequel le clergé livrait les
cathédrales aux farces étranges de la fête de l'Ane et de
la fête des Fous ; on pourra s'imaginer alors jusqu'à quel
point cette familiarité dans les choses les plus sacrées du
culte divin compromettait la pureté de la Liturgie.
Appréciation de Au siècle dernier, c'était la mode de vilipender le moyen
cette époque, a / j i i • • jn • ^
^ ^ âge, comme une époque de barbarie ; aujourd hui, et tres-
heureusement, la mode semble être d'exalter les siècles
qu'on appelle siècles catholiques. Assurément il y a un
grand progrès dans ce mouvement ; mais quand on aura
étudié davantage, on trouvera que le xii^ et le xiif siè-
cle, bien supérieurs sans doute à ceux qui les ont
suivis jusqu'ici, nous en convenons de grand cœur,
eurent aussi leurs misères. Si donc nous relevons en eux
les inconvénients graves et nombreux de l'ignorance et de
I PARTIE
CHAPITRE XIII
DURANT LE XÎV® ET LE XV*^ SIECLE 847
la superstition, nous parlons comme les Conciles et les
Docteurs de ces temps héroïques ; mais par la nature
même des reproches que nous leur adressons, nous les
mettons déjà infiniment au-dessus des siècles que dégra-
dent le rationalisme et les doctrines matérialistes.
L'antique dépôt de la Litureie courait donc de grands .V^^
. , ^ empiétements
risques, au milieu de cette effervescence d'un zèle peu cies nouvelles
, , . , . , . . , . . . formes
éclaire qui produisait de jour en jour, en tous lieux, des liturgiques
w. 1 , TT- • 1^-1/ portent atteinte
dévotions chevaleresques. La Liturgie, comme la foi chre- à l'œuvre des
tienne, appartient à tous les siècles. Tous font professée, précidents,
tous Font ornée de quelques flieurs ; mais il n'eût pas été
juste que Tantique fonds élaboré par les Léon, les Gélase,
les Grégoire le Grand, fût totalement recouvert par les
superfétations de deux ou trois siècles privilégiés qui,
ravisseurs injustes de la gloire des âges précédents, enle-
vassent aux suivants l'honneur et la consolation d'écrire
aussi leur page au livre des prières de TEglise, et, par
elle, du genre humain. La fête et Toffice du saint Sacre-
ment sont la seule œuvre liturgique que TÉglise ait voulu
garder de ce xiii* siècle si fécond d'ailleurs en toute
sorte d'inspirations pieuses ; et, certes, la gloire de ce
siècle est grande d'avoir doté le peuple chrétien d'une si
sublime institution, que l'on serait tenté de la regarder
comme le complément de l'année liturgique, si l'on ne
savait d'ailleurs que l'époux ne cesse jamais de révéler
à l'épouse de nouveaux secrets.
Un ffrave péril, outre celui dont nous parlons, était né ^}, '^^ menacent
c i- ^ ^ ^ l œuvre a unité
de l'anarchie en matière liturgique. L'oeuvre d'unité accomplie par
.^ . les Pontifes
accomplie par Charlemagne et les Pontifes romains, en romains et les
Princes
même temps qu'elle garantissait la pureté de la foi, con- chrétiens.
solidait une nationalité unique en Occident. C'était ce
grand bien que les rois guerriers et législateurs de l'Es-
pagne, d'accord avec saint GrégoireVII, avaient voulu assu-
rer à leurs peuples, en embrassant la Liturgie romaine.
Mais si cette Liturgie, livrée aux caprices des hommes.
348 ALTÉRATION DE LA LITURGIE ET DU CHANT
INSTITUTIONS vcnaît à se morceler non-seulement par nations, mais par
LITURGIQUES ^ 7 r
diocèses et par églises, où était le fruit de tant d'efforts
entrepris pour détacher de leurs anciens usages les peuples
retombant dans un état au-dessous du premier? Dans un
temps plus ou moins long, la prière cessait d^être com-
mune entre les diverses races européennes, Pexpression de
la foi s'altérait, la foi même était menacée. Nous verrons
plus loin les mesures que prit Rome pour ramener l'unité,
et le succès dont elles furent couronnées.
La Liturgie suit Au reste, en subissant une dégradation^ dans le xiv®
les vicissitudes
de la Papauté, et le XV® siècle, la Liturgie suivit, comme toujours, le
sort de l'Église elle-même. L'abaissement de la Papauté
après Boniface VIII, le séjour des Papes à Avignon, le
grand Schisme, les saturnales de Constance et de Baie,
expliquent plus que suffisamment les désordres qui
servirent de prétexte aux entreprises de la prétendue
Réforme. Nous plaçons Taltération de la Liturgie au rang
des malheurs que Ton eut alors à déplorer. Aussi ver-
rons-nous le saint concile de Trente préoccupé du besoin
d'une réforme sur cet article, comme sur les autres. Mais
nous ne devons point anticiper sur ce qui nous reste à
dire : nous n'avons pas encore signalé tous les abus qui
s'introduisirent dans les formes du culte, au xiv^ et au
XV® siècle..
Décadence L' architecture religieuse, surtout durant le xv® siècle
simultanée de ^' j a ' a. '^ *^ 11 1 j
l'architecture ^t une partie du xvi% présenterait a elle seule de graves
religieuse, sujets ^q plainte. Cet art si pur, si inspiré, si divin au
XIII® siècle, se prostitua bientôt jusqu'à donner l'igno-
ble caricature des choses saintes, non-seulement sur
les galeries extérieures, mais jusque sur les chapiteaux et
les boiseries du sanctuaire. Des images indécentes de clercs
et de moines souillèrent les abords de ces niches où l'âge
de saint Louis avait placé l'effigie placide et pure des Bien-
heureux et de la Reine des Anges. Rabelais n'est pas plus
cynique, pas plus indignement contempteur du sacerdoce
DURANT LE XIV® ET LE XV*' SIECLE 849
chrétien^ que certains architectes et sculpteurs de Tépoque i partie
A . K 1 1 r ' 1 t • CHAPITRE XIH
que nous racontons. Ajoutons a cela la confusion, la bizar-
rerie, le caprice de l'ornementation, ouvrant la porte aux
formes païennes, aux mélanges si déplacés des symboles
mythologiques les plus charnels avec les emblèmes mys-
tiques de notre culte. Nous ne faisons qu^indiquer ici les
traits généraux ; mais il faut bien comprendre que si le
paganisme recommença dans les arts, au xvi^ siècle,
la place lui avait été préparée de longue main par la fri-
volité et Fextrême liberté dans lesquelles s'était jeté déjà
Fart du moyen âge. Sachons-le bien, il y avait deux peu-
ples, dans nos siècles catholiques, comme aujourd'hui :
seulement les enfants de Dieu étaient plus forts que les
enfants des hommes.
Le chant ecclésiastique, non-seulement se transforma à Altération du
cette époque, mais faillit périr à jamais. Ce n'était plus le ecclésiastique
^ 1 -r» ' • ' • j • P^^ suite de
temps ou le Répertoire grégorien demeurant intact, on l'introduction
ajoutait pour célébrer plus complètement certaines solen-
nités locales, ou pour accroître la majesté des fêtes univer-
selles, des morceaux plus ou moins nombreux, d'un carac-
tère toujours religieux, empruntés aux modes antiques, ou
du moins rachetant, par des beautés originales et quel-
quefois sublimes, les dérogations qu'ils faisaient aux
règles consacrées. Le xiv^ et le xv® siècle virent le Déchant ^
c'est ainsi que l'on appelait le chant exécuté en parties
sur le motif grégorien, absorber et faire disparaître
entièrement, sous de bizarres et capricieuses inflexions,
toute la majesté, toute l'onction des morceaux antiques.
La phrase vénérable du chant, trop souvent, d'ailleurs,
altérée par le mauvais goût, par l'infidéhté des copistes,
succombait sous les eftbrts de cent musiciens profanes qui
ne cherchaient qu'à donner du nouveau, à mettre en évi-
dence leur talent pour les accords et les variations. Ce
n'est pas que nous blâmions Temploi bien entendu des
accords sur le plain-chant, ni que nous réprouvions abso-
35o NÉCESSITÉ D^UNE RÉFORME
INSTITUTIONS lumcnt tout chant orné^ par cela seul qu'il n'est pas à
LITURGIQUES ,,. ^ i5li'Tir
lunisson ; nous croyons même, avec rabbe Lebœuf, que
l'origine première du Déchanta qu'on appelle aujourd'hui
contrepoint, ou chant sur le livre^ doit être rapportée aux
chantres romains qui vinrent en France, au temps de
Charlemagne (i). Mais l'Esprit-Saint n'avait point en vain
choisi saint Grégoire pour Vorgane des mélodies catho-
liques ; son œuvre, réminiscence sublime et inspirée de la
musique antique^ devait accompagner l'Eglise jusqu'à la
fin des temps. Il devint donc nécessaire que la grande voix
du Siège apostolique se fît entendre, et qu'une réproba-
tion solennelle fût portée contre les novateurs qui voulaient
donner une expression humaine et terrestre aux soupirs
célestes de l'Eglise du Christ. Et afin que rien ne manquât
à la promulgation de l'arrêt^ il dut être inséré au corps du
Droit canonique, où il condamne à jamais non-seule-
ment les scandales du xiv^ siècle, mais aussi et à plus
forte raison ceux qui, de nos jours encore, profanent un
si grand nombre d'Églises, en France et ailleurs. Or, voici
les paroles de Jean XXII, dans sa fameuse Bulle Docta
sanctorum, donnée en 1822, et placée en tête du troisième
livre àç.s Extravagantes Communes, sous le Xixvt de Vita
et Honestate clericornm.
Le pape « La docte autorité des saints Pères a décrété que,
condamne les ^^ durant les offices par lesquels on rend à Dieu le tribut
innovauon^s en ^^ ^^ j^ louange et du service qui lui sont dus, l'âme des
^\uîiT Z)ocL^^ ^^ fidèles serait vigilante, que les paroles n'auraient rien
sanctorum. « d'offensif, que la gravité modeste de la psalmodie
« ferait entendre une paisible modulation ; car il est écrit :
« Dans leur bouche résonnait un son plein de douceur.
« Ce son plein de douceur résonne dans la bouche de
« ceux qui psalmodient, lorsqu'en même temps qu'ils
« parlent de Dieu, ils reçoivent dans leur cœur et allu-
(i) Traité historique du Chant ecclésiastique , pag. j3i
DELA LITURGIE ET DU CHANT 35 I
« ment, par le chant même, leur dévotion envers lui. Si i partie
1 J It^T iTx« 11 t CHAPITRE XIII
« donc, dans les Eglises de Dieu, le chant des psaumes —
« est ordonné, c'est afin que la piété des fidèles soit exci-
« tée. C'est dans ce but que Tofiice de nuit et celui du
« jour, que la solennité des messes, sont assidûment cé-
(( lébrés par le clergé et le peuple, sur un ton plein et
« avec gradation distincte dans les modes, afin que cette
« variété attache et que cette plénitude d'harmonie soit
« agréable. Mais certains disciples d'une nouvelle école
« mettant toute leur attention à mesurer le temps, s'ap-
« pliquent, par des notes nouvelles, à exprimer des airs
« qui ne sont qu'à eux, au préjudice des anciens chants
« qu'ils remplacent par d'autres composés de notes
« demi-brèves et comme imperceptibles. Ils coupent les
« mélodies par des hoquets^ les efféminent par le Déchant,
« les fourrent quelquefois de triples et de motets vul-
« gaires ; en sorte qu'ils vont souvent jusqu'à dédaigner
« les principes fondamentaux de l'Antiphonaire et du
« Graduel, ignorant le fonds même sur lequel ils bâtissent,
« ne discernant pas les tons, les confondant même, faute
« de les connaître. La multitude de leurs notes obscurcit
« les déductions et les réductions modestes et tempérées,
« au moyen desquelles ces tons se distinguent les uns des
« autres dans le plain-chant. Ils courent et ne font jamais
« de repos; enivrent les oreilles et ne guérissent point;
« imitent par des gestes ce qu'ils ffont entendre : d'où il
« arrive que la dévotion que l'on chercnait est oubliée, et
« que la mollesse qu'on devait éviter est montrée au
« grand jour. Ce n'est pas en vain que Boëce a dit : Un
« esprit lascif se délecte dans les modes lascifs, ou au
« moins, s'amollit et s'énerve à les entendre souvent.
« C'est pourquoi. Nous et nos Frères^ ayant remarqué
« depuis longtemps que ces choses avaient besoin de cor-
« rection, nous nous mettons en devoir de les rejeter et
« reléguer efficacement de l'Eglise de Dieu. En consé-
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Il permet
toutefois les
accords qui
respectent
l'intégrité du
chant.
352 NÉCESSITÉ d'une RÉFORME
« quence du conseil de ces mêmes Frères, nous défen-
« dons expressément à quiconque d'oser renouveler ces
(c inconvenances, ou semblables dans lesdits offices, prin-
ce cipalement dans les Heures canoniales, ou encore dans
« la célébration des messes solennelles. Que si quel-
ce qu'un y contrevient, qu'il soit, par l'autorité du présent
ce Canon, puni de suspension de son office pour huit jours,
c( par les ordinaires des lieux où la faute aura été
ce commise, ou par leurs délégués, s'il s'agit de personnes
ce non exemptes; et, s'il s'agit d'exempts, par leurs pré-
ce vôts ou prélats, auxquels appartiennent d'ailleurs la
ce correction et punition des coulpes et excès de ce genre
ce ou seri^blables, ou encore par les délégués d'iceùx. Ce-
ce pendant nous n'entendons pas empêcher par le présent
(( canon que, de temps en temps, dans les jours de fête
ce principalement et autres solennités, aux messes et dans
ce les divins offices susdits, on puisse exécuter, sur le
ce chant ecclésiastique simple quelques accords, par
ce exemple à l'octave, à la quinte, à la quarte et sem-
ée blables (mais toujours de façon que l'intégrité du chant
ce demeure sans atteinte, et qu'il ne soit rien innové
ce contre les règles d'une musique conforme aux bonnes
ce mœurs); attendu que les accords de ce genre flattent
ce Toreille, excitent la dévotion, et défendent de l'ennui
ce l'esprit de ceux qui psalmodient la louange divine (i). »
Sage discrétion C'est ainsi que dans tous les temps, à Avignon comme
par ^-appm'^t t à Roiiie, la Papauté enseignait le monde, avec cette admi-
rable précision qui concilie l'inviolabilité des principes
catholiques et le véritable progrès de l'art. Elle maintient
fortement la dignité, la gravité du chant ; mais elle ne
proscrit pas, elle encourage même une musique sainte et
mélodieuse qui élève l'âme à Dieu^ sans la dissiper, quj
fait valoir et n'étoufï^ pas l'antique et sacré rythme que
par rapp
l'art musical.
(i) Vid. U Note A.
DE LA LITURGIE ET DU CHANT 353
toutes les générations ont répété. Nous verrons plus loin
la suite des efforts que firent les Pontifes romains pour
l'amélioration de la musique à l'époque de la grande ré-
forme catholique.
Cette réforme catholique fut précédée, comme l'on sait,
de plusieurs tentatives infructueuses, mais qui attestaient
le malaise qu'on éprouvait de toutes parts. Les auda-
cieuses ordonnances de Constance et de Baie, pour la réfor-
mationdeTÉglise dans son Chef et dans ses membres ^corcwno,
on parlait alors, rencontrèrent dans les Pontifes romains la
résistance qu'elles devaient rencontrer, et Eugène lY, Ni-
colas V et Pie II, seront à jamais bénis pour n'avoir pas
tenu compte des insolentes fulminations qui furent lancées
de leur temps contre la Chaire de Saint-Pierre. Toutefois,
les successeurs de ces immortels Pontifes ayant dégénéré
de leur vertu, après Sixte IV, Innocent VIII, Alexan-
dre VI, on vit Jules II et Léon X, qui pourtant n'étaient
pas de la race des hommes par lesquels devait être sauvé
Israël, entreprendre l'œuvre de la réformation. Le cin-
quième concile de Latran, et les bulles qui l'accompagnent,
sont un monument de ce zèle auquel il ne manqua que la
persévérance pour opérer des fruits durables.
La Liturgie sembla dès lors un objet fait pour attirer
Inattention des réformateurs apostoliques; mais comme le
malheur de ces temps était qu'on n'apercevait pas toute
la grandeur de la plaie à guérir, il arriva aussi que, faute
de maturité dans les jugements, on ne se préoccupa guère
que de la forme extérieure qui, en effet, était vicieuse.
Mais le moment était mal choisi pour décider sur la forme
la meilleure, alors que Rome subissait les influences de
cette littérature profane que l'étude trop exclusive des
classiques grecs et latins avait enfantée. La première
pensée de corriger la Liturgie vint à Léon X, au moment
où la cour romaine était peuplée de poètes et de prosa-
teurs dont le goût ne pouvait supporter la barbarie
T. I 23
I PARTIE
CHAPITRE XIII
Tentatives
infructueuses
de réforme.
Efforts de
Jules II
et de Léon X.
Préoccupation
exclusive de
la forme
classique qui
fait avorter les
premiers essais
de réforme
liturgique.
354 PREMIERS ESSAIS DE REFORME
INSTITUTIONS du latin ecclésiastique. Celui-ci désignait le Dieu des chré-
LITURGIQUES . i % 7
-—-^ tiens sous le nom de Numen^ la vierge Marie sous celui
dCAlma Parens; celui-là récitait ses Heures en grec ou en
hébreu ; tel autre avait suspendu la lecture des Epîtres de
saint Paul, dans la crainte de compromettre la pureté de
son goût. On trouva donc que le principal défaut de la
Liturgie était l'incorrection du style, et, sans se préoccu-
per des droits que l'antiquité donne aux formules sacrées^
sans songer que le respect de cette vénérable antiquité
exigeait simplement qu'on élaguât les additions et inter-
polations indiscrètes, on crut, dans ce siècle de poésie^
que la principale chose à réformer tout d'abord était
VHymnaire. Mais veut-on savoir comment on s'y prit?
Le génie du catholicisme, dans tous les temps, a été d'amé-
liorer, de compléter, de réformer; la destruction violente
d'usages suivis durant des siècles, et la substitution
soudaine de formes toutes nouvelles aux anciennes est
sans exemple dans ses annales. C'est pourtant ce qui serait
Léon X ordonne arrivé si la Providence eût permis que le projet de Léon X ^
Ferred^^évêque ^ût réussi. Ce pontife donna ordre à Zacharie Ferreri de i
de œmpoTer un Viccuce, évêque de la Guarda, de composer un recueil
h '^mnaîre d'hymnes pour toutes les fêtes de Tannée, et d'y employer
un style qui fût digne de la littérature du xvi*^ siècle. Le
prélat mit tous ses soins à cette œuvre; mais Léon X, en-
levé par la mort, ne put jouir par lui-même du fruit des î
travaux de Ferreri. L'ouvrage ne vit le jour que sous Clé- ';
ment VII, successeur de Léon X, et^ comme lui, grand
amateur de l'ingénieuse antiquité.
Ce travail publié En i525, on vit paraître à Rome le recueil tant at-
à Rome en 1 525 ^ j «i v .♦ '^ ^ • i
SOUS tendu ; il portait ce titre magnifique que nous transcrivons J
en entier, attendu que l'ouvrage est devenu rare :
Zacharice FerreHi Vicentini, Pont, Gardien, Hymni
novi ecclesiastici, jiixta veram metri et latinitatis nor-
mam a beatissimo Pâtre Clémente VIL Pont, Max. lit in
divinis qidsque eis uti possit approbati^ et novis Ludovici
Clément VII.
L^HYMNAIRE DE FERRERI 355
Vicentini^ ac Lautitii Pey^usini characteribus in lucem ^ partie
. . CHAPITRE XIII
tradîtî. Sanctu?n ac necessariiim opus.
Breviarium Ecdesiasticum ab eodem Zacharia longe
brevius et faciliiis redditum et ab omni errore pnrgatiim
prope diem exibit.
A la fin du volume, on lit ces paroles : Impressum hoc
divimim opus Romœ^ in œdibiis Liidovici Vicentini et
Lautitii Perusiniy non sine privilegio. Kal. Fe-
bru.MDXXV.
L'ouvrage lui-même répond parfaitement à une si fas- Les hymnes de
tueuse annonce. Les hymnes qu'il contient sont telles qu'on caïquéersuV les
avait droit de les attendre du siècle et de Tauteur. Tout y n^on^'^'den'''de
est nouveau. Les mystères de la naissance, de la passion, avec°ies"œuvres
de la résurrection du Sauveur : ceux de la Pentecôte, du ^^^ Ppëtes
. . . ^ de l'Eglise
saint Sacrement ; les fêtes de la sainte Vierge et des saints; catholique, mais
tout, en un mot, y est splendidement célébré dans des supérieures
1 . , . , 1 r • cependant à
odes qui n ont rien de commun pour la forme, m pour celles des
l'expression, avec les antiques hymnes de saint Am- des^brlvia^re?
broise, de Prudence et des autres poètes de T Église ca- ^^ xvnïe^^sfècle.
tholique. En revanche, on y trouve, dans la plus
incroyable naïveté, toutes les images et les allusions aux
croyances et aux usages païens qu'on pourrait rencontrer
dans Horace. Nous ne citerons qu'un seul trait : Ferreri
ayant à raconter l'élection de saint Grégoire à la papauté,
dit naïvement que les Flainines le choisirent pour
Pontife souverain. Toutefois, pour être juste, il faut dire
aussi que plusieurs de ces hymnes sont simples et belles,
par exemple, celle des Apôtres^ Gandete^ mundi princi-
pes ; celle en l'honneur de la sainte Vierge : O noctis illus-
traiio. Dans un grand nombre d'autres, les figures tirées
de l'Écriture sainte, les souvenirs empruntés aux tradi-
tions catholiques sur les saints, leurs actions et leurs attri-
buts, jettent un certain charme sur ces compositions,
en dépit de la forme trop servilement imitée des œuvres
d'une littérature païenne. En un mot, telles qu'elles sont.
356
PREMIERS ESSAIS DE REFORME
Approbation
des hymnes
de
INSTITUTIONS CCS hymncs sont certainement préférables à la plupart de
LITURGIQUES , . , , . . ,
celles qui ornent les modernes bréviaires de France, et
parce qu'elles sont au fond Toeuvre d'une inspiration
forte et pure qui se reconnaît encore à travers le masque
de la diction classique, et, surtout, parce qu'elles ont été
approuvées par le Saint-Siège qui, s'il a, plus tard, révo-
qué cette sanction, ne Peut du moins jamais donnée, si
ces hymnes n'eussent renfermé une doctrine pure.
Par un bref du ii décembre i525. Clément VII ap-
prouva les hymnes de Ferreri. Voici les paroles remar-
Qéme^nt' Vil ^^^^les du Pontife : « L'évêque Ferreri, afin d'ac-
« croître la splendeur du culte divin^ ayant récemment
« composé pour sa consolation spirituelle, et pour celle
c( des fidèles chrétiens et principalement des prêtres let-
« très, plusieurs hymnes d'une vraie mesure pour le sens
« et la latinité, lesquelles sont destinées aux diverses fêtes
« du Dieu tout-puissant, de Marie toujours vierge,
« de plusieurs saints^ et aussi pour tout le cercle de l'an-
« née; et après les avoir réunies dans un seul volume, et
« soumises à l'approbation de plusieurs hommes doctes
« et même de quelques-uns de nos cardinaux de la sainte
« Église romaine, les ayant dédiées et offertes à Nous
« et au Siège apostolique; Nous, sachant qu'il est écrit
c( parmi les paroles saintes, que le fruit des travaux ex-
« cellents est plein de gloire^ et voulant que tant de soins
« n'aient pas été dépensés inutilement, mais, au contraire,
« que leur produit paraisse en lumière et serve pour
« l'avantage commun et l'utilité spirituelle de tous, spé- .
« cialement des chrétiens lettrés; de notre propre mou-
« vement et de notre science certaine. Nous concédons et^
« mandons d'autorité apostolique, par la teneur des pré-
« sentes, que tout fidèle, même prêtre, puisse user de ces
« hymnes, même dans les offices divins (i). »
ï
(i) Cum nupcr pro divini cultus splendore hymnos ecclesiasticos variîs
omnipotentis Dei, et Mariae semper virginis, et plurium sanctorum diebus
CHAPITRE XIII
;eri annonce
l'hymnaire de ferreri 357
Ainsi, par cette mesure, unique jusqu'alors, il était per- i partie
mis à tout ecclésiastique de se servir en particulier d'une
forme liturgique qui n'était point universelle; le choix des
prières à réciter, au moins dans une certaine proportion,
était livré à la volonté de chacun; à des maux publics il
était apporté un remède privé. C'était donc encore là un
de ces palliatifs qui ne réformaient rien et qui n'appelaient
que plus haut la grande et solide réformation du Concile
de Trente, et des Pontifes qui en interprétèrent et en ap-
pliquèrent si énergiquementles décrets.
On a dû remarquer sur le titre de V Hymnaire de Fer- Fern
reri, l'annonce d'un nouveau bréviaire élaboré par le ^^ pubhcation
même, et qui est recommande comme devant paraître ^02^5 eVexmirgé!^^
une forme abrégée^ plus simplifiée que l'ancien, et devant
être exempt de toute erreur. C'est qu'en effet, il ne suffi-
sait pas de donner un nouveau recueil d'hymnes, si k^fond
de l'office lui-même avait besoin de réforme. Toutefois
on conviendra que c'est une singulière idée de mettre en
évidence, comme la première des recommandations, la
brièveté du bréviaire expurgé qu'on veut substituer à
l'ancien. La longueur des prières du divin service ne peut
pas être mise au rang des abus, au même titre que les in-
terpolations de faits apocryphes qui pouvaient s'y être
festis, ac totius anni circule, et tempori congruentes veris metris, sen-
sibus, ac latinitate perspicuos pro suo, et fidelium Christianorum, peri-
torumque praecipue sacerdotum solatio spiritual! texuerit (Ferrerius), et
excusserit, eosque uno volumine congestos, et a plerisque viris doctis,
etiam nonnullis ex fratribus nostris S. R. E. cardinalibus celebratos^
Nobis et Apostolicae Sedi dicaverit, et obtulerit; Nos animo tenentes in
sacro eloquio scriptum esse bonorum laborum gloriosuni esse fructum,
cupientesque tôt studia frustra non esse impensa, sed pro communi om-
nium praecipue peritorum Christianorum fruge ac spiritual! utilitate in
lucem et publicam editionem prodire et in usum esse, motu proprio et
ex certa nostra scientia, ut quilibet etiam sacerdos eosdem hymnos etiam
in divmis légère, et eis uti possit, tenore prœsentium, auctoritate Apos-
tolica concedimus, et mandamus. (Ce Bref se trovive à la tête du recueil
des Hymnes de Ferreri.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
- Clément VII
confie
l'exécution decQ
projet à
François
Quig;nonez,
cardinal de
Sainte-Croix.
Paul III
approuve
en i535 le
nouveau
bréviaire.
Dans son épître
dédicatoire au
Pape,
Quignonez
expose le plan
de son
ouvrage.
358 PREMIERS ESSAIS DE REFORME
glissées. Mais tel était l'esprit général, durant la première
moitié du xvi^ siècle. On sentait qu'il y avait quelque chose à
faire, et, pour le découvrir, on tâtonnait, on cherchait bien'
loin ce qu'on avait sous la main.Saint Pie V fit autrement.
Ferreri étant mort, sans avoir pu donner son bréviaire
abrégé j Clément VII chargea de l'exécution de ce projet
le cardinal François Quignonez, connu sous le nom de
cardinal de Sainte-Croix, parce qu'il était titulaire de
Sainte-Croix en Jérusalem. Ce prélat qui était franciscain-;
et avait été général de son ordre, s'occupa activement de ;
remplir cette mission, et enfin, en i535, il put présenter
son travail à Paul III, successeur de Clément VII. Ce i
pape l'ayant approuvé, le bréviaire de Quignonez parut ;
à Rome, sous ce titre : Breviarium Romanum ex sacra
potissimum Scriptura et probatis sanctorum historiis
collectum et concinnatiim. Pour mettre le lecteur plus à •'
même de juger cet ouvrage, nous traduirons ici une partie i
de répître dédicatoire à Paul III, que le cardinal a placée
en tête de son bréviaire.
Quignonez expose d'abord les raisons pour lesquelles
rÉglise a fait un devoir aux clercs de réciter l'office cano-
nial. Il en reconnaît trois. La première se tire de la consé-
cration spéciale qui les lie au service de Dieu ; la seconde,
du besoin qu'ils ont d'un secours contre les tentations du
démon. « La troisième, dit-il, est qu'étant appelés à être
ce les précepteurs de la Religion, il est nécessaire qu'ils .
ce s'instruisent par la lecture journalière de la sainte Ecri-
cc ture et des histoires ecclésiastiques, et que, comme dit .
ce Paul, ils acquièrent une diction fidèle, conforme à la
ce doctrine, devant être puissants pour exhorter dans une
ce saine doctrine et pour reprendre ceux qui contredisent,
ce Que si quelqu'un considère avec soin le mode de prière
ce établi par la tradition des anciens, il verra clairement
ce s'ils ont pris garde à toutes ces choses ; mais il est
ce arrivé, je ne sais comment, par la négligence des hommes,
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ 359
« que Ton a décliné peu à peu de ces très-saintes institu-
« tions des anciens Pères. En effet, les livres de T Écriture
a sainte, qui devaient être lus à des temps marqués de
({ l'année, à peine sont-ils commencés dans TOffice^ qu'on
« les interrompt. Nous citerons en exemple le livre de la
« Genèse qui commence dans la Septuagésime, et le livre
« d'Isaïe^ dansPAvent; à peine en lisons-nous quelques
« chapitres, et il en est de même des autres livres de
« l'Ancien Testament^ que nous dégustons plutôt que nous
« ne les lisons. Quant aux Evangiles et autres Ecritures
« du Nouveau Testament, on les a remplacés par d'autres
« choses qui n"*}^ sont comparables ni pour Putilité, ni
a pour la gravité, et qui, chaque jour, sont plutôt Tobjet
tt de Tagitation de la langue que de Fintention de l'âme.
<i Des psaumes étaient destinés pour chaque jour de la
a semaine, la plupart du temps ils ne sont d'aucun usage;
« seulement, il en est quelques-uns que Ton répète presque
a toute Tannée. Les histoires des saints, placées dans les
a Leçons, sont écrites d'une manière si inculte et si négli-
« gée, qu'elles semblent n'avoir ni autorité, ni gravité. De
a plus. Tordre et la manière de prier sont si compliqués
« et si difficiles, que, parfois, on mettra presque autant de
« temps à rechercher ce qui doit être lu qu'à le lire. Clé-
ce ment VII, souverain Pontife d'heureuse mémoire, ayant
« considéré ces choses et compris que, s'il était de sa
« charge de pourvoir à Tavantage de tous les chrétiens, il
« se devait principalement aux clercs, dont il se servait
« comme de ministres dans le sein du troupeau commis à
« sa garde, m'exhorta et me chargea, autant que le pou-
c( valent comporter mes soins et ma diligence, de disposer
« les prières des Heures, en sorte que les difficultés et
« défauts dont je viens de parler étant retranchés, les clercs
« fussent engagés à la prière par l'attrait d'une plus grande
« facilité. J'acceptai volontiers cette commission, tant par
« obéissance au souverain Pasteur qui commandait une
I PARTIE
CHAPITRE XIII
Critique de
l'ancien
bréviaire,
36o PREMIERS ESSAIS DE REFORME
iNSTiTUTiGws « chosc sî convetiable, que pour contribuer, suivant mes .■
— ■ « forces, au bien public. Ayant donc emplo^^é le concours '
« de plusieurs de mes familiers^ hommes prudents, habiles •
« dans les saintes lettres et le droit canonique, autant que ]
« savants dans les langues grecque et latine, j'ai mis tous
« mes soins à remplir ma commission pour l'avantage et
« Futilité publique ainsi qu'il suit.
Ordonnance du « On a omis les antiennes, capitules, répons, beam-
brévffire. ^^ ^^^P d'hymnes et beaucoup d'autres choses du même ;
« genre qui empêchaient la lecture de l'Écriture sainte ;
« en sorte que le bréviaire est composé des Psaumes, de ^.
« l'Écriture sainte de l'Ancien et du Nouveau Testament, :
« et des histoires des saints que nous avons tirées d'au-
« teurs grecs et latins, approuvés et graves, ayant eu soin ^
« de les orner d'un style un peu plus châtié, mais sans \
« recherche. On a laissé celles des hymnes qui ont semblé
« avoir plus d'autorité et de gravité. Les Psaumes ont été -
« distribués de façon qu'en retenant, autant qu'il a été
« possible, l'institution des anciens Pères, on les puisse
« tous lire, chaque semaine de -l'année, savoir, trois à
« chaque heure, la longueur des uns étant ainsi compensée
« par la brièveté des autres ; ce qui fait que le travail de la
« récitation journalière est complètement le même pour
« toute la semaine comme pour toute l'année
«... Par suite des
« variations du temps pascal et des autres fêtes qu'on
« appelle mobiles, nous n'avons pu éviter entièrement de
a statuer quelques-unes de ces règles dont auparavant le
« bréviaire était tellement rempli, qu'à peine la vie d'un
« homme suffisait pour les apprendre parfaitement ; mais
« nous les avons rendues si graves et si claires, qu'il est
« facile à chacun de les comprendre
Avantages « Cette manière de prier a trois grands avantages. Le
de cette manière . . , .y ,
de prier. « premier, que ceux qui s en servent y acquièrent la con-
« naissance de^^ieux Testaments. Le second, que l'usage en
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ 36 1
« est très-expéditif, tant pour la grande simplicité de Par- i partie
CHAPITRE XIII
« rangement que pour une certaine brièveté. Le troisième,
« que les histoires des saints n'y présentent rien qui, comme
a auparavant, offense les oreilles graves et doctes ....
« La différence entre ce bréviaire et celui dont nous chaque année
« avons usé précédemment est donc que, dans Tancien, l'Écrîtlire^sainte
« contrairement à la volonté des anciens Pères, qui vou- ^^^ent^e^r. ^'^
« laient qu'on lût, chaque année, presque toute l'Écriture
« sainte, on lisait à peine une petite partie des livres;
« tandis que dans le nôtre, tous les ans, on lit la grande
« et principale partie de l'Ancien Testament et tout le
« Nouveau, moins une partie de TApocalypse : on répète
« même les Épîtres et les Actes des Apôtres
« Quoique nous ne nous soyons pas proposé la brièveté Le nouveau
^ 1^ ne «1 j''j ./• bréviaire à la
(( de 1 oince, mais la commodité de ceux qui récitent, nous fois plus court
« espérons cependant avoir atteint l'une et l'autre. Les commode.
« leçons sont plus longues dans ce bréviaire, il est vrai,
« mais il n'y en a jamais plus de trois ; tandis que, dans
« l'ancien, les Leçons sont au nombre de douze, avec
« autant de versets et de répons, si l'on compte Fofïice de
« la sainte Vierge. Que si quelques Psaumes, dans notre
« bréviaire, sont plus longs, dans l'autre on en lit chaque
« jour un beaucoup plus grand nombre, en comptant ceux
« qu'on répète
« L'ordre que nous avons établi est très-propre à mena-
ce ger le temps et à soulager la fatigue. La première et la
« seconde Leçon sont disposées invariablement pour toute
« l'année, qu'il tombe une fête ou non. La seule différence
« de l'office d'une fête, d'un dimanche ou d'un jour de
« férié, est dans la variation de l'invitatoire, des hymnes
« à Matines et à Vêpres, de la troisième Leçon et de
« l'Oraison : le reste demeure toujours sous la même
« forme (i). »
(i) Vid. la Note B.
362 PREMIERS ESSAIS DE REFORME
INSTITUTIONS Tclles étaient les intentions de Quignonez, tel avait été
LITURGIQUES , , o
le but de Léon X, de Clément VII, de Paul III, savoir : de
Cette réforme réformer l'office en l'abrégeant, et, pour ne point fronder
tom\rpassé^de l^s usages extérieurs de la Liturgie , d'introduire une dis-
^^désas^tre^use!^^ tinction entre Toffice célébré au chœur, et Toffice récité en
particulier. Au moyen d'une certaine variété dans les
prières et les lectures, en évitant, autant que possible, les
répétitions, en retranchant tout ce qui se rapporte à l'as-
semblée des fidèles, comme n'ayant plus de sens dans la
récitation privée, on pensait ranimer le goût de la prière
chez les clercs, et l'on ne voyait pas que c'était aux dépens
de la Tradition ; que Tantique dépôt des prières liturgiques
une fois altéré, ne tarderait pas à périr ; que cette forme
d'office, inconnue à tous les siècles chrétiens, pénétrerait
bientôt dans les Eglises, au grand scandale des peuples ;
en un mot, que c'était une Réforme désastreuse que celle
à laquelle on sacrifiait tout le passé de la Liturgie.
Caractère Si aujourd'hui nous nous permettons de juser aussi
delapprobation ' - ^ ^ ^ . .
donnée par sévèrement uue oeuvre qui appartient à plusieurs Pontifes
les souverains . • i /» • i • • •
Pontifes à romains, puisqu elle fut accomplie sous leur inspiration,
Fœuvre de , / i • n
Quignonez. ce n est certes pas que nous ne soyons résolu toujours d ac-
cepter comme le meilleur tout ce qui vient de la Chaire
suprême sur laquelle Pierre vit et parle à jamais dans ses
successeurs : mais il s'agit d'une œuvre qui ne reçut jamais
des trois pontifes que nous venons de nommer, qu'une
approbation domestique, qui ne fut jamais promulguée
dans l'ÉgUse, et qui, plus tard, par l'acte souverain et for-
mel d'un des plus grands et des plus saints papes des der-
niers temps, fut solennellement improuvée et abolie sans
retour.
Le caractère de l'influence que le Siège apostolique
exerça sur la publication du bréviaire de Quignonez, con-
traste avec tout ce qu'on a pu voir dans tous les siècles^
avant ou après. Rome semble désirer qu'on embrasse cette
forme d'office, et craindre, d'un autre côté, d'en faire une
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ 363
loi. On sent comme un état de passage qui doit durer jus- i partie
^ <-' ^ CHAPITRE XIII
qu'à ce que le pontife désigné de Dieu pour successeur des
Léon, des Gélase, des Grégoire^ dans Tœuvre liturgique,
paraisse et réforme saintement le culte divin^ comme parle
rÉfflise (i). En attendant, Paul III explique en ces termes Paul m permet
• • • j u ' • • ^ ^ • rusagedece
ses mtentions au sujet du bréviaire de Quignonez : bréviaire
« Nous accordons à tous et à chacun des clercs ou prêtres récitation privée
« séculiers seulement (2), qui voudront réciter cet office, ^^^aux^^
« de n'être plus tenus à la récitation de Tancien office qui sécuHer^sfqïi en
« est maintenant en usage dans la Cour romaine ou dans u^e^perm^ssion
« toute autre Église ; mais ils seront censés avoir satisfait spéciale.
« à la récitation de l'office et des heures canoniales,
« comme s'ils eussent récité l'ancien office, pourvu que
« chacun d'eux ait soin d'obtenir du Siège apostolique
« une licence spéciale pour ce pouvoir faire ; laquelle
« licence nous ordonnons devoir être expédiée par simple
« signature et sans autres frais (3). »
Dans l'année même où il paraissait à Rome, en i535, d^^Q^Snonez
le bréviaire de Quignonez ayant pénétré en France, y fut pun^^-^^^'^- ^^^
l'objet d'une attaque vigoureuse et rudement motivée de Paris, à la
, . , . . , , sollicitation du
la part des docteurs de l'Université de Pans. Il avait été parlement.
(i) Deus qui ad conterendos Ecclesiae hostes et ad divinum cultiim repa-^
randum, Beatum Pium, Pontificem maximum, eligere dignatus es, etc.
{Brev. Rom. ad diem V. Maii.)
(2) On voit que Rome craignait d'énerver la milice régulière, en lui
permettant l'usage de cet Office abrégé, et aussi d'ébranler les traditions
antiques qui se conservent dans les cloîtres mieux que partout ailleurs.
(3) Et insuper omnibus et singulis clericis, et presbyteris duntaxat secu-
laribus, qui illud recitare voluerint, concedimus, ut ad veteris Officii
secundum usum Romanae curiae, vel alterius Ecclesiae, quod nunc in usu
habetur, recitationem minime teneantur, sed recitationi officii et horarum
canonicarum, perinde ac si vêtus officium recitassent, satisfecisse cen-
seantur, dummodo singuli specialem super hoc licentiam a sede Aposto-
lica obtineant, quam per solam signaturam absque alia impensa expediri
mandamus,(Ge bref, joint à la première édition du Bréviaire de Quignonez,
de i535, porte cette suscription : « Dilectis filiis Thomasio et Benedicto
Junctae, Antonio Blado, et Antonio Salamanca Romœ librorum impres-
soribus. »)
364 PREMIERS ESSAIS DE REFORME
INSTITUTIONS déféré à la Faculté par le Parlement de Paris : nous ex-
UTURGIQUES . .
-"• trairons quelques parties de la censure. Elle débute
ainsi :
La Faculté « I^ f^ut d'abord remarquer que ledit bréviaire est en
^*m)uveau^^ « contradiction avec tous les autres bréviaires de quelque
qutYrejette une " <^iocèse que ce soit, et particulièrement de l'Église ro-
foule « maine : car tous les autres bréviaires renferment beau-
d anciennes
prières « coup de choses saiutes, salutaires et propres à entretenir
consacrées par ,.,/,,.
la tradition. « la piete et la dévotion des fidèles; lesquelles choses ne
tt se trouvent point dans ledit bréviaire; tels sont, par
« exemple, les Heures de la sainte" Vierge, les antiennes,
a les répons, les capitules, les homélies ou expositions
« des docteurs catholiques sur les Évangiles et autres
« Ecritures, Tordre et le nombre des Psaumes, le mode
« de les réciter dans l'Église, enfin Tordre observé jus-
« qu'ici dans TEglise dans la lecture des saintes Ecritures,
« aux Matines, suivant la différence des temps. Ces insti-
« tutions salutaires ayant été gardées dans les offices ecclé-
« siastiques depuis l'origine de TEglise, pour ainsi dire,
« jusqu'à nos temps, on a droit de s'étonner en voyant
« que celui qui a fait ce nouveau bréviaire rejette toutes
« ces choses et décide qu'elles doivent être rejetées comme
« ne conduisant, dit-il, ni à la piété, ni à la connaissance
« de la sainte Ecriture. A Ten croire, les antiennes, les
« répons et autres choses susnommées ne seraient d'au-
« cune utilité dans TEglise, et on les devrait retrancher
« comme superflues et inutiles. Cependant cette doctrine
« est erronée et nullement conforme à cette piété qui est
« suivant la doctrine.
Uauteur préfère « H nous a semblé aussi ne montrer point, en sa sagesse,
sentiment aux ^^ ^^^ sobriété suffisante, quand on le voit préférer sans
Père^à^^'Lfsa2e " l'otigir SOU Sentiment à lui seul aux décrets des anciens
conimun de „ Pères, à Tusage commun et approuvé de TÉslise, aux
l'Eglise, aux . . ^ , ^^ o >
histoires les plus « histoires les plus authentiques. Afin donc que tous con-
authentiques. . , . . • 1/ i_i i ur
« naissent combien est dangereuse et intolérable la publi-
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ 365
« cation de ce bréviaire, nous allons montrer d'abord ^ partie
. CHAPITRE XIII
« qu il n est permis à personne de s'écarter des règlements '
« antiques des Pères et des statuts universels de TÉglise, De pareilles
1 1 ^ i-^j 'l'/'T-i 1 libertés ne sont
« lesquels ont pour but de soutenir la piete. En second pas permises
« lieu, qu'il faut garder le rite commun et approuvé de catiion'ques!
« FEglise. De plus, que dans les choses dont il s'agit,
« l'Eglise ne s'écarte point des maximes professées dans
« les livres des docteurs de la foi. Enfin nous exposerons
« les maux qui résultent de la curieuse nouveauté de ce
« bréviaire. »
Les docteurs s'attachent ensuite à démontrer, avec l'éru-
dition de leur temps^ ces trois propositions et discutent en
détail les divers reproches qu'ils font au bréviaire de Qui-
gnonez, rapportant les raisons de Tinstitution de toutes
les particularités de l'office qu'il a cru pouvoir supprimer;
et, venant enfin aux inconvénients qui peuvent s'ensuivre
de l'adoption de cette nouvelle forme liturgique, ils s'ex-
priment ainsi :
« Enfin ce changement du bréviaire semble une chose Le changement
.. y . . . , . du bréviaire
« dangereuse ; car il est a craindre que si on le recevait, on ^ amènera
, A,i 11 A '^l'i^ nécessairement
« n en vint a changer de la même manière le missel et un
« l'office de la Messe, et qu'on n'en ôtât des choses saintes ^"""Jo^ardria"^
« et salutaires ; ce qui serait pour la destruction et non Liturgie.
« pour l'édification.
« Avec la même facilité on pourrait retrancher aussi les
« cérémonies et solennités, ainsi que les autres sacramen-
« taux, comme sont les consécrations d'églises, d'autels,
« de calices, le chant ecclésiastique, les fêtes des saints,
« l'eau bénite, et beaucoup d'autres choses semblables :
« d'où l'on voit clairement quelle voie dangereuse est
« ouverte par ce changement de bréviaire et cette nou-
« veauté.
« De plus ce serait un péril imminent et considérable, ^^^ P^^îl
'abandonner
ulier, on en venait l'u
... . . de
« à abandonner l'usage commun jusqu
« si, sous la signature d'un simple particulier, on en venait l'usage commun
. . , de toute l'Eglise
iner l'usage commun jusqu'ici observé dans pour suivre
366 PREMIERS ESSAIS DE REFORME
INSTITUTIONS « l'EgUse, Cil soFte que les églises cathédrales, collégiales
LITURGIQUES ... ,
« et paroissiales, ayant accepte ce nouveau bréviaire,
^^^s?mpie ^^^ ^^ l'Église se trouvât en possession d'un office garanti uni-
particuher. ^^ quement par la signature dont nous parlons ; ce qui
« tournerait à grand scandale pour le peuple et entraîne-
« rait péril de sédition, desquels malheurs Dieu nous
« veuille garder (i). »
Quignonez Cette vigoureuse critique, si gravement motivée, tom-
présente son . . >^ •
apologie dans bait à la fois et sur Quignonez et sur l'autorité qui sem-
nouvelle blait Pavoir mis en avant. Le cardinal fit seul semblant
édition de son j , • ti • ^ j • • j i
bréviaire, de S en apercevoir. 11 introduisit dans son œuvre quel-
^de\égè^ir ^^^^ changements presque imperceptibles; mais ce qui
^en^TôSô"^ dut surtout désarmer les docteurs, fut le ton significatif de
simplicité avec lequel il s^exprima, l'année suivante, dans
la préface de sa nouvelle édition de i536. Il s'adresse à
Paul III, comme dans la première édition, et s'exprime
ainsi (2) :
« Le bréviaire romain, composé par nous, suivant le
« désir de Clément VII, ou plutôt ramené à la lecture
« plus abondante des saintes Écritures et à la forme pri-
« mitive des saints Pères et des anciens conciles, enfin,
« publié par votre volonté, très-saint Père, a été reçu et
« approuvé avec une si grande faveur de la plupart des
« hommes graves et doctes (ainsi que je l'ai remarqué),
« qu'ils n'y ont rien trouvé à changer. En même temps,
« j^ai connu que d'autres, graves et prudentes personnes,
<( n'approuvant pas la forme de ce bréviaire, affirmaient
« qu^il y manquait plusieurs choses. Ce n'est pas que j'aie j
« jamais douté que sur un si grand nombre de personnes,
« il ne s'en trouvât qui, ayant vieilli dans la pratique;
« d'une forme différente de prières, n'auraient pas pour^
« agréable notre travail, pensant qu'en aucune façon il nei
(i) Vid. la Note C.
(2) La préface de cette seconde édition est^ comme la première, adressée 1
Paul III.
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ 867
pourrait être permis aux clercs de s'écarter de la i partie
coutume envieillie de prier. De plus, en publiant la
CHAPITRE XIII
censure.
« première édition du bréviaire, nous n'avions pas eu in- ii convient avec
c( tention de faire une sorte de promulgation de loi, son^^brév?a^?e
« mais plutôt d'ouvrir une délibération publique, à l'effet coSme un^Imre
« de recueillir le jugement de plusieurs, proposant ainsi ^^^^^^ ^ ^^
« le premier notre sentiment, et résolu de suivre le parti
« qui de tous semblerait le plus avantageux et le plus con-
« forme à la religion et à la piété, suivant le jugement
« du plus grand nombre des hommes prudents et
« graves
« C'est pourquoi, ayant pesé les avis que beaucoup nous
a ont adressés, les uns de vive voix, les autres par écrit,
« et voulant déférer aux avis de ceux qui ont semblé avoir
« fait preuve d'une prudence plus remarquable, nous
« avons volontiers ajouté certaines choses, changé quel-
« ques-unes, et revu avec soin tout Pensemble, mais en re-
« tenant toujours la forme générale de ce bréviaire. Toute-
ce fois, puisque c'est une chose fondée sur la nature, que
« rien de ce qui est à l'usage des hommes, quelque légi-
« time et raisonnable qu'il soit, s'il est nouveau, ne peut
« éviter de déplaire à quelques-uns, ce ne sera point une
« témérité de notre part si, dans cette seconde édition,
« nous expliquons avec un peu plus de soin et d'étendue
« le plan de tout notre travail que nous n'avions d^abord
« développé qu'en abrégé (i). »
On voit que Quignonez ne dédaigne pas de se disculper
devant la Faculté, et on a lieu d'être frappé de la naïveté
avec laquelle il convient que son bréviaire est un livre
comme un autre, destiné à subir la critique du public, su-
jet à la censure, œuvre toute humaine^ en un mot, et qui
ne pouvait avoir de vie dans l'Église éternelle. Moins de
quarante ans suffirent à sa durée; mais en attendant,
(i) Fîi. laNoteD.
368 PREMIERS ESSAIS DE REFORME
INSTITUTIONS la bnèvcté de cette forme d^office séduisit grand nombre
— ■ — de personnes. La Sorbonne elle-même, avec la légèreté
dont son histoire offre tant de traits, souffrit que, sous ses
En dépit de la , j u ' • • i in
censure de la yeux memes, une édition du bréviaire contre lequel elle
n^ouv^eaii avait tonué si fortement, s'imprimât à Paris, dès 1539. On
imprimé à Lyon ^^"^ trouve encore trois autres publiées dans cette capitale,
et a Pans, g^j-^g parler de dix, au moins, qui furent imprimées à
Lyon, et dont la dernière est de 1557(1). Ilyena, en outre,
un grand nombre d'autres publiées à Rome, à Venise, à
Anvers ; ce qui fait que Ton trouve encore assez facilement
aujourd'hui des exemplaires de ce fameux bréviaire, en
difterents formats.
Il se glisse Si le règne de cette étrange Liturgie eût été long, on
jusque dans le ,, ^ , i* i» • r t
chœur de 1 eut vue remplacer en tous lieux lancienne forme des
cathé^draies^ en ofïices romains, et briser le lien qui unissait les siècles de
granS^l^andaie l'^utiquité aux âges modemes. En effet, du cabinet du
du peuple, bénéficier ce bréviaire s'était glissé jusque dans le chœur,
et, pour ne parler que de l'Espagne, les cathédrales de
Saragosse, de Tarragone, de Palencia, avaient renoncé
à l'antique office pour inaugurer, aux yeux des peuples,
une manière de prier que nul ne connaissait. Des
troubles mêmes s'étaient élevés dans Saragosse à ce sujet,
et le peuple, scandalisé, désertait l'église cathédrale pour J
aller entendre l'office des moines. C'est ce que nous ap-
prenons d'un document précieux, manuscrit de la biblio-
thèque vaticane, indiqué par Montfaucon (2), et dont ,
Arevalo a donné d'importants fragments dans sa disserta- '
tion spéciale sur le bréviaire de Quignonez (3). C'est une :
consultation d'un docteur espagnol nommé Jean de Arze,
qui fut rédigée à Trente, durant la tenue du concile, en
i55i, et qui porte ce titre : De novo breviario Romano '
tollendo coyisultatio.
(i) Zaccaria, Biblioth. Ritualis, tom. I, pag. ii3. Arevalo, Hymnodia,
Hispanica. Appendix II, pag. 3g i.
(2) Biblioth. Bibliothecarum MSS., \.ov!\. I, pag. 122.
(3). Hymnodia Hispan. ad calcem. Appendix II, pag. 423 et suiv.
Xavier.
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ . SÔQ
Quelque facilité que Ton mît à permettre Tusage du ^ partie
^ ^ , ^ ^ ^ '^ CHAPITRE XIII
bréviaire de Quignonez, facilité devenue si excessive, au "
rapport de Jean de Arze, que Tunique clause de l'induit que rencontre le
qui s'accordait non plus seulement à Rome, mais dans les bréviaire
légations et les nonciatures, était que Vorateiir fût ca- focififéVv^ec
pable de s'en servir, iit possit tali novo breviario uti; laquelle l'usape
^ ^ r -^ en est concède.
néanmoins, on voit sur la consultation en question, que
plusieurs personnes graves résistaient de tous leurs
efforts à ce relâchement; que des évêques s'opposaient
vigoureusement à l'introduction de cette nouvelle forme
dans les offices publics. Mais la plus imposante de toutes
ces improbations est celle que donna saint François
Xavier qui, au rapport de son biographe Tursellini,
« fournit un grand exemple de religion au sujet de l'of- Exemple donné
« fice divin, si l'on considère la licence de ces temps. On François
« venait de publier un nouveau bréviaire à trois leçons,
« appelé le bréviaire de Sainte-Croix, et destiné au sou-
« lagement des gens occupés. On en avait dès le com-
« mencement concédé l'usage à François, à cause de ses
% travaux : mais il ne voulut jamais user de cette per-
« mission, malgré ses soins immenses et ses affaires si
« compliquées ; il récita constamment l'ancien bréviaire à
« neuf leçons, quoiqu'il fût beaucoup plus long (i). »
Certes l'autorité de Pincomparable apôtre des Indes
est d'un grand poids dans la question, et nous aimons
à la rapprocher de celle non moins sainte, et plus grave
encore, de Pie V et de tous ses successeurs sans excep-
tion. Au reste Toeuvre de Quignonez, outre les tristes
(i) Insignem vero ejus in hoc génère religionem fecit illorum licentia
temporum. Nuper novum ternarum lectionum Breviarium (sanctae Crucis
dicebatur) ad occupatorum hominum levamen editum erat; ejusque usus
Francisco propter occupationes ab initio concessus. Ille tamen quamvis
ingentibus curis negotiisque distentus, nunquam permissa uti voluit
licentia; vetusque Breviarium novenarum lectionum haud paulo longius
perpetuo recitavit. (Tursellini, Vita S. Francisa Xaverii, lib. VI,
cap. y.)
T. I 24
SyO JEAN BURCHARD ET PARIS DE GRASSI
INSTITUTIONS fruits doiit nous avons parlé, en eût produit, si elle eût
duré, un plus lamentable encore. Le bréviaire abrégé
abfég^'^TiXrTte enfanta un missel abrégé qui fut imprimé à Lyon, en
abré'gériympli ^^^^'> ^^ ^^^ renfermait grand nombre de nouveautés des^
des nouveautés j^3 audacieuses (i). Ainsi l'envie de simplifier l'office '
les plus A ^ ^ ^ ^
audacieuses, privé des ecclésiastiques avait donné naissance à un bré--
viaire par lequel était répudiée la forme antique des
divins offices, par lequel le prêtre cessait d'être en com-.
munion avec les prières du chœur, et voilà qu'en suivant
une pente toute naturelle, on était amené à défigurer le
livre sacré qui renferme les rites du sacrifice, et dont lai
forme, si elle est maintenue pure et inviolable, est d'uni
si grand poids pour prouver, contre les sectaires, l'anti-
quité vénérable des mystères de l'autel.
Publication En attendant le récit que nous ferons bientôt de la ré-
corps'dTrftes génération liturgique, commencée par. le saint concile de"
^' °s^a'c'ré™'^' Trente et accomplie par les grands Pontifes qui en appli-
Rub'rTues. quèrent les décrets, nous placerons ici un événement prin-
cipal dans la Liturgie, qui marqua la fin du xv^ et le
commencement du xvi^ siècle. C'est la publication défini-
tive du corps de rites et observances sacrées, connu sous
le nom de Rubriques : ensemble admirable de lois à la
fois mystérieuses et rationnelles, que ceux-là ^euls mépri-
sent qui ont perdu le sentiment de la foi, ou le goût des
choses sérieuses. Ces lois, dont l'origine se perd dans la
nuit des temps, et dont le commentaire complet nécessite-
rait une histoire générale des formes du culte catholique^
dont elles sont l'expression, se montrent de plus en plus
détaillées dans la série des Oj^d?-es 7-omams, à l'usage de la
chapelle du Pape. Mais il manquait un recueil dans lequel
elles se trouvassent traitées à l'usage de tous les prêtres,
et qui renfermât les particularités que les Ordres romains,
dont l'objet est tout spécial, ne contenaient pas, et qui
i) Arevalo, ibid., 424
RÉDACTION DES RUBRIQUES 87 1
avaient été jusqu'alors confiées à la tradition orale. Cette i partie
CHAPITRE XIII
œuvre fut entreprise et accomplie par Jean Burchard, de
Strasbourg, qui exerça l'importante charge de maître des ^^^^'^ Burchard,
cérémonies pontificales, dans la chapelle des papes cérémonies
Sixte ÎV, Innocent VIII et Alexandre VI. C'est le même rédige les'
, . , . 1 • • • • rubriques de la
qui a laisse un journal si important sur les actions pri- messe.
vées de ces trois souverains Pontifes. Son travail fut im-
primé en i5o2, à Rome, sous ce titre : Oi^do servandus
per sacerdotem in celebî^atïone Missœ (i). Merati et Zac-
caria en indiquent encore d'autres éditions postérieures
à la mort de Burchard, qui mourut évêque de Citta di
Castello, en i5o3; elles portent un titre différent de la
première. Enfin, dès i534, on vit des missels auxquels
cet appendice était joint; c'est ce qu'atteste le cardinal
Bona.
Quant aux rubriques du bréviaire, elles ont tant d'affi- Les rubriques
. , 1111 1 <^u missel et
nite avec celles de la messe, et les unes et les autres se du pomificai
1 . . 1 • A^ rédigées à la
supposent si constamment, que leur origine doit être même époque.
jugée la même. On en trouve le principe dans les ordres
romains, et leur rédaction définitive, si elle n'appartient
pas à Burchard, doit avoir eu lieu au temps de cet illustre
cérémoniaire, qui donna aussi celles du pontifical, en
1485. Les bréviaires antérieurs à celui de saint Pie V, les
présentent à peu près dans la forme sous laquelle ce saint
Pontife les promulgua.
Nous laisserons les esprits superficiels blasphémer ce Depuis
,., . • 1. 1 1-11' \.\:o\s siècles
qu ils Ignorent, et tourner en ridicule cet admirable re- qu'elle existe,
sumé de toutes les traditions liturgiques. Nous nous con- ^de?RTtef'^n'a^^
i. A. j • • r '^ • j-..-,^ ru:r.4-^i,--^ jamaiseu besoin
tenterons de remarquer ici ce fait unique dans 1 nistoiie ^ j^ modifier
des législations : c'est que, depuis bientôt trois siècles "^^ l^f^\\xnT^
qu'un tribunal a été établi à Rome, sous le nom de con- ^"^^^";iP^::^^^''
grégation des Rites, pour dirimer toutes les difficultés
(i) Merati, Annotât, in Gavantum, tom. I, p. 4. Zaccaria, Biblioth.
Ritualis, tom. I, p. 58*
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Paris de Grassi,
successeur de
Burchard,
dans la charge
de cérémoniaire
pontifical,
contribue
comme lui à
sauver la
tradition
liturgique de
l'Eglise
romaine.
372 JEAN BURCHARD ET PARIS DE GRASSI
d'application, ou d'interprétation des rubriques, tant du
missel que du bréviaire romains, après plus de six mille
consultations et réponses qui ont été imprimées, il est
inouï que les juges aient été obligés de s'écarter du texte
de la loi dans les arrêts qu'ils ont rendus. C'est ainsi
qu'une des institutions de l'Église romaine^ celle qui sem-
blerait 1^ moins grave, la moins sérieuse, à ceux du
moins qui ne savent pas la haute importance du dépôt
des traditions rituelles, peut défier en solidité, en immu-
tabilité, tout ce que les sociétés les plus civilisées ont éta-
bli de plus sage dans leurs formes gouvernementales.
Après Burchard, nous mentionnerons ici son succes-
seur dans la charge de cérémoniaire pontifical, Paris de
Grassi, qui fut plus tard évêquede Pesaro, et qui a laissé
à l'exemple de Burchard, un journal fameux qui contient
les événements privés des pontificats de Jules II et de
Léon X. Il était digne de recevoir et de transmettre à
d'autres les traditions liturgiques que Burchard avait lui-
même reçues de ses prédécesseurs. Sans ces deux
hommes fameux, dont l'un clôt les fastes de la chapelle
papale au xv® siècle, et l'autre les rouvre au xvi% tout le
passé liturgique de Rome était en danger de périr, à cette
époque où le besoin de nouveautés travaillait tout le
monde, où Quignonez, organe de Clément VII et de
Paul III, ne voyait dans la science des règles du culte
divin qu'une matière à d'inutiles fatigues, et dans la réci-
tation de l'ofiîce, qu'une lecture privée de la Bible et de
quelques Psaumes. Burchard et Paris de Grassi étaient
les hommes qu'il fallait pour dominer cette tendance, et
quoique déjà morts à l'époque du fameux bréviaire de
Sainte-Croix, leur œuvre, qui d'ailleurs avait ses raci-
nes dans le passé, avait revêtu assez de solidité pour
échapper à l'anarchie liturgique dont nous avons fait le
récit.
La raison du succès qui s'attacha ainsi à l'œuvre de ces
RÉDACTION DES RUBRIQUES 3^3
deux grands cérémoniaires, et la sauva de la destruction, i partie
,11/' VI • , ,. CHAPITRE XIII
est dans le sérieux qu us surent toujours mettre dans Tac-
complissement de leurs fonctions minutieuses aux yeux
des gens légers, mais si graves pour Phomme de foi^ et si
intéressantes pour l'antiquaire. Nous avons un monument
fameux de cette fidélité inviolable et même passionnée aux
traditions liturgiques, qui est du génie pour un cérémo- Publication
niaire/ dans la conduite de Paris de Grassi, lors de la cé/éiîiollal'des
publication du livre contenant les Cérémonies de VÉglise a^aîes^rédVé
romaine. Ce recueil avait été rédigé par Augustin J?^^. Augustin
<=> i n Patnzi, eveque
Patrizi, évêque de Pienza, en Toscane, d'après les ordres <^e Pienza.
dlnnocent VIII ; mais' on n'avait pas jugé à propos de
l'imprimer. En i5io, sous Léon X, Christophe Marcelli,
évêque de Corfou, à Finstigation d'un cardinal, se permit
de le faire imprimer à Venise, où il parut sous ce titre :
Rituum ecclesiasticorum, sive sacrarum Cœremoniarum
Sanctœ Romance Ecdesiœ libri très non ante impressi.
Rien ne pourrait peindre Tindignation de Paris de Grassi
à cette nouvelle. En effet l'impression de ce livre ne pou-
vait se justifier par des raisons d'utilité publique, puis-
qu'il s'agissait d'un ensemble de rites exclusivement
propres, pour la plupart du moins, à la personne du Pape.
C'était, de plus, un attentat contre la majesté de cérémo-
nies si augustes, que de les livrer ainsi au contrôle du
public et même des hérétiques, en les dépouillant pour
jamais du mystère qui les avait jusqu'alors enveloppées ;
l'office de préfet des cérémonies pontificales se trouvait
par là déshonoré, soumis à la critique du premier venu
qui aurait feuilleté le livre, et par là à une véritable dé-
considération; enfin, ce qui était plus fâcheux encore, cet
ouvrage, livré furtivement aux imprimeurs, renfermait
des fautes, des méprises, des altérations de la véritable
tradition liturgique.
Paris de Grassi porta devant Léon X les plaintes les plus indignation de
, . , / . . 1^ ^ TV/r«u;il^,-. Pîii'is de Grassi.
énergiques, dans un mémoire curieux que dom Mabillon
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
374 AUTFX'RS LITURGISTES
nous a conservé (i). ïl ne demandait rien moins au Pape
que défaire brûler Fauteur avec son livre^oz^ tout an moins
de le corriger et châtier convenablement. Librum cœre-
moniariim miper impressnm omnino comburi simul cum
falso anctore; aut saltem ipsum auctorem corrigi et cas-
tigari. Léon X était pltis porté à choisir le dernier parti,
comme on devait bien le croire ; cette affaire, toute fâcheuse
qu'elle était, s'assoupit d'elle-même. Comment, en eifet,
arrêter les diverses éditions qui ne pouvaient manquer de
sortir de celle de Venise, ainsi qu'il arriva en effet? Car
ce livre, tout imparfait qu'il est, toute frauduleuse que soit
son origine, est et doit être recherché de tous ceux qui
veulent prendre une connaissance tant soit peu profonde
de la Liturgie.
Paris de Gras«i, Paris de Grassi a laissé en manuscrit un Ordr^e romain
auteur du . 1 j • 1 • ^ ' lt ' j
dernier Ordre qui est le dernier de tous , et qui a ete publie par dom
romain, une des Ti«-v- .... 1 i 1 a l'
bases Martene, au troisième tome de son grand ouvrage de Antt-
^cSémonfai '^ ^^^^^ Ecclesiœ Ritibus (2). Il a servi de base, ainsi que les
romain, précédents, au cérémonial romain, qui n'est autre chose
que la forme des usages de la chapelle papale, adaptée aux
diverses églises cathédrales et collégiales du monde chré-
tien, ainsi que nous le dirons ailleurs. Il est temps de
passer à la bibliothèque des auteurs liturgistes du xiv^ et
du XV® siècle.
Auteurs (i3o6). Nous placerons à la tête de notre liste le B. Jac-
liturgistes du ^ '^ ^
xive et du xve ques de Benedictis, plus connu sous le nom de Jacôpone,
Le B. Jacôpone. de l'ordre des frères mineurs, mort en i3o6. On lui attri-
bue la prose Stabat Mater, et plusieurs autres.
(i3o7). Hermann,Grethus, chanoine et écolâtre d'une
Hermann . . .
Grethus. collégiale d'Allemagne , écrivit de Notabilibus divini
Officii Dominicariim et Festoriim de tempore et de sanctis.
Le cardinal (i 3 lo). Jacques Gaétan, cardinal, composa un Ordina-
Gaétan.
(i) Musœum Italicum, tom. IL Appendix, pag. 587 et seq.
(2) Tom. III, cap. xxxiv, pag. 607 et seq.
ji
DU XIV® ET DU XV^ SIECLE SyÔ
rium sanctœ Romance Ecclesiœ, ouvrage du plus grand
intérêt, qui forme le quatorzième Ordre romain dans la
collection de dom Mabillon.
{i3i2). Nicolas de Treveth, dominicain anglais, a écrit,
entre autres choses, huit livres de Missa et ejus partibus,
et un autre livre de Offîcio Missœ.
(i3i5). Thomas de Cabham, archevêque de Cantorbéry,
écrivit une somme de Ecclesiasticis Offîciis, et un livre de
Baptismo.
(i32o). Timothée II, patriarche des nestoriens, est au-
teur de l'ouvrage en sept chapitres, de Septem caiisis Sa-
crament or um ecclesiasticorum .
(i333). Nicéphore Galliste, moine de Sainte-Sophie à
Constantinople, a laissé des hymnes et autres pièces pour
(les offices ecclésiastiques.
^ (i335). Mathieu Blastares, moine grec, a écrit un
ÏCatalogue des Offices de la grande Église de Constanti-
nophy et un traité de Appositione cocti frumenti in Officio
pro morttiis.
«^ {1340). Hermann de Schilde^ ermite augustin, écrivit
une Exposition de la Messe, un Mannale Sacerdotum^ un
traité de Horis Canonicis, et un autre de Comparatione
Missœ.
(i35o). Nicolas Cabasilas, Grec schismatique, a laissé
une Exposition de la Liturgie.
I PARTIE
CHAPITRE XIII
Nicolas de
Treveth.
Thomas de
Cabham.
Timothée II,
patriarche des
nestoriens.
Nicéphore
Calîiste.
Mathieu
Blaslares.
Hermann de
Schilde,
Nicolas
Cabasilas.
(i35o). Le Bienheureux Charles de Blois, duc de Bre- Le bienheureux
,,• • 1 • ^' ' j . Charles de
tagne^ se montra r imitateur des princes religieux dont nous bioïs, duc de
Bretagne,
ivons parlé dans les chapitres précédents. Il ne se con- compositeur de
^enta pas d'assister avec grand zèle à tous les actes de la litJJ-aiq^ues
Liturgie, mais, à l'exemple de Charlemagne, du roi Robert
et de Foulques d'Anjou, il composa plusieurs pièces de
chant ecclésiastique. On cite, entre autres, une prose en
l'honneur de saint Yves, dont il accompagna les paroles
d'un chant si mélodieux, qu'elle fut chantée en divers
lieux de Bretagne, et même produite devant les commis^
INSTITUTr.ONS
LITURGIQUES
Philotée,
métropolitain
d'Héraclée.
Pierre
Amélius,
Philippe de
Maceriis,
chancelier du
royaume de
Chypre.
Arnauld
Terreni.
Raymond de
Capoue.
Raoul de Rivo,
doyen de
Tongres.
Ignace IV,
patriarche des
jacobites.
Henri de
Langestein.
Siméon,
archevêque de
Thessalonique.
376 AUTEURS LITURGISTES
saires députés pour instruire le procès de sa canonisa-
tion.
(i362). Phiiothée, archimandrite du Mont-Athos, et
depuis métropolitain d'Héraclée, a laissé une formule inti-
tulée : Liturgia et Ordo institiiendi Diaconum^ et plu-
sieurs hymnes et parties d'office à l'usage des Grecs.
(iSyo). Pierre Amélius^ augustin, patriarche de Grade et ^
d'Alexandrie^ a laissé un livre de Cœremoniis sanctœ Roma'
nœ Ecclesiœ, qui fait le quinzième Ordre romain dans la
collection de dom Mabillon.
(iSyo). Philippe Maceriiis ou de Maceriis, chevalier
picard, qui devint chancelier du royaume de Chypre, com-
posa^ sous le nom de Phiiothée Achillinus, l'office de la
Présentation de la sainte Vierge.
(iSyS). Arnauld Terreni, canoniste attaché à l'Eglise
d'Elne, écrivit un traité de M/sterio Missœ et Horis
Canonicis.
(i38o). Raymond (ie Fme/^, appelé vulgairement Ray-
mond de Capoue, composa un office pour la Visitation de
la sainte Vierge.
(i38o). Raoul de Rivo, doyen de Téglise de Tongres, a
laissé, outre son Calendarium Ecclesiasticum^ un curieux
livre intitulé : De Canonum observantia in ecclesiasticis
Officiis.
(1400). Jean, appelé aussi Ananie, patriarche des jaco-
bites, sous le nom d'Ignace IV, composa une anaphore
qui se trouve dans le livre de ces hérétiques.
(14 10). Henri de Langestein, chartreux, écrivit un livre
de Horis canonicis.
(141 o). Siméon, moine, puis archevêque de Thessalo-
nique, fanatique ennemi des Latins, a laissé, outre un
recueil intitulé : Precationes sacrœ^ un ouvrage impor-
tant sous ce titre : Comment ariiis de Divino Templo, de
ejiis Ministris, de sacris eorum vestibns, de sacrosancta
Mystagogia, sive missa, ad pios quosdam Cretenses.
DU XIV^ ET DU XV® SIECLE. 877
(141 1). Pierre d'Ailly, cardinal, évêque de Cambrai, i partie
,,vi 1 1 ne ' ,, . . . CHAPITRE XIII
célèbre dans les aiiaires ecclésiastiques de son temps,
publia un Sacramentale. Pierre d'AïUy.
(1420). Ignace Behenam , patriarche des iacobites, ^g^^^^^^^h^^^"^
^ ' ^ ^ ' ^ patriarche des
composa une anaphore remarquable par la beauté du jacobites,
style.
(1440). Nicolas Kempht, chartreux, écrivit une Exposi- Nicolas Kempht.
tion du Canon et de la Messe entière.
(1446). Troïle Malvetius, docteur de Bologne, a laissé Malvenus
• un livre de Sanctorum Canoniiatione.
(i45o). Fernand de Cordoue, sous-diacre de TEglise Femand de
. . . . . . Cordoue.
romaine, adressa au cardinal François Piccolomini, un
traité de Pontijîcii Pallii mysterio.
(1456). Jacques GiL dominicain, maître du sacré Palais, JacquesGii,
^ ^ I ^ ' '^ _ ' auteur de l'office
composa Foffice de la Transfiguration de Notre-Seigneur, de la
A A n w . TTT Transfiguration
par ordre de Lallixte 111.
(1460). Jean de Torquemada, dominicain, maître du Le cardinal
J ean
sacré Palais, cardinal et évêque de Sabine, a laissé un livre de Torquemada.
intitulé : De Efficacia Aqitœ Benedictœ.
(1460). Georges Codinus, surnommé Curopalate, publia, ccxUmas
depuis la prise de Constantinople par les Turcs, un livre
sous ce titre : De Ciiriœ et Ecdesiœ Constantinopolitanœ
.officiis et qfficialibus.
^ (147 1). Anse de Brunswick, Saxon, écrivit un livre sur _, Ange
\ ^' I o 11 ^Q Brunswick.
le Canon de la Messe.
(1474). Michel Lochmayr, recteur de l'Académie de Lc^chim-r
Vienne, rédigea le Parochiale parochoriim, qui renferme
beaucoup d'instructions dans le genre de celles de nos
rituels modernes.
(1475). Jean de Dursten, augustin, écrivit : De Mono- Jean
^ ^' ' ' c> ' de Dursten.
cordo; de Modo bene cantandi ; et de collectarum conclii'
sionibiis.
(1480). Gabriel Biel, docteur de l'Université de Tubin- Gabriel Biei.
gen, a laissé une Exposition du Canon de la Messe.
(1483). Jean Trithème, abbé de Saint-Martin de Span- jean Trithème.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Jérôme
Savonarole.
Jean
de Lanshem.
Nicolas
de Alfentia.
Balthazar
de Leipsick.
Conclusions
importantes
pour le
développement
de la véritable
doctrine
sur la Liturgie.
Principes
qui doivent
présider à toute
réforme
liturgique.
378 AUTEURS LITURGISTES
heim, puis de Saint-Jacques de V/urtzbourg, la grande
lumière de l'ordre de Saint-Benoît en son siècle, fut aussi
un liturgiste remarquable. Outre plusieurs séquences, il
composa un office en l'honneur de sainte Anne et de saint
Joachim, et plusieurs messes pour la Compassion de la
sainte Vierge, pour l'Ange Gardien, pour saint Pierre,
saint André, saint Jean l'Evangéliste, sainte Marie-Made-
leine, sainte Marthe, etc.
(1490). Jérôme Savonarole, dominicain, ajoute à ses
autres titres de célébrité, celui d'avoir traité les matières
liturgiques avec élévation et onction. Il a composé un
traité de Sacrijîcio Missœ et Mjsteriis ejus, et un autre
de Mjsterio Crucis, avec un office de la sainte Croix.
(1495). Jean de Lanshem, augustin allemand, écrivit
un Spéculum Missœ.
(1495). Nicolas de Alfentia, carme, composa un volume
très-étendu sur TOrdinaire de la Messe et le Canon.
(1497). Balthazar de Leipsick, abbé cistercien, est auteur
d'une Exposition du Canon de la Messe, qui fut imprimée
à Leipsick en 1497.
En terminant ce chapitre, nous trouvons un grand nom- ;
bre de considérations à recueillir pour l'instruction du
lecteur, et pour le développement de la véritable doctrine
sur la Liturgie.
1° Ce n'est point une forme liturgique durable que celle
qui a été improvisée pour satisfaire à de prétendues exi-
gences littéraires.
2° La réforme de la Liturgie, pour durer, a besoin
d'être exécutée non par des mains doctes, mais par des \
mains pieuses et investies d'une autorité franchement
compétente.
3° Dans la réforme de la Liturgie on doit se garder de
l'esprit de nouveauté, restaurer ce qui se serait glissé de
défectueux dans les anciennes formes, et non les abolir.
4° Ce n'est point réformer la Liturgie que de Tabréger;
DU XIV^ ET DU XV'' SIECLE 879
sa longueur n'est point un défaut aux yeux de ceux qui i partie
, . . , 1 . V " CHAPITRE Xi II
doivent vivre de la prière.
5° Lire beaucoup d'Écriture sainte dans l'office n'est
pas remplir toute Tobligation de la prière sacerdotale; car
lire n'est pas prier.
6° Il n'y a pas de fondement à la distinction de Toffice Une distinction
j ,, rn ' ' -1 ) 1 -v entre l'office
public et de 1 omce prive : car il n y a pas deux prières public et l'office
qui soient à la fois la prière officielle de P Église. Le clerc ^^fonciemen?.^^^
légitimement absent du chœur, de même qu'il y est réputé
présent, doit se tenir uni à ses frères en récitant avec eux
ce qu'ils chantent en union avec lui. Les lectures qu'il
fera dans un bréviaire savant l'isolent de cette prière com-
mune.
7° Ce n'est pas un mal que les règles du service divin inconvenance
. . , , . de tout
soient nombreuses et compliquées, afin que le clerc ap- reproche
prenne avec quelle diligence il faut accomplir Tœuvre du ^ ongueui.
Seigneur. Toute satire sur les Rubriques annonce un
homme prévenu, ou superficiel, et l'Église répond à ces
nouvelles et molles théories, en promulguant plus haut
que jamais l'ensemble de ses lois si belles d'harmonie et
d'unité.
8° Enfin, s'il n'y a pas à balancer pour la conscience Conséquences
, "^ ^ . , . de cette
entre saint Pie V, souverain Pontife rétablissant solen- doctrine et de
. f^ ' l'histoire du
nellement 1 ancien office, et le cardinal de bainte-Lroix, bréviaire
,~^ . / ,. 111, \ m ' de Sainte-Croix
Quignonez, éditeur responsabled un nouvel omce inconnu par rapport
à tous les siècles, quel choix doit- on faire entre l'office de '"^^francaVsIs^^
l'Église catholique, et celui ou ceux qu'auraient improvisés ^^^ ^^'"^' ^-^''^^^•
en leur propre nom, ou, si l'on veut, sous un patronage
qu'il faut bien reconnaître inférieur à celui de Clément Vil
et de Paul III^ quelques prêtres obscurs, suspects dans la
foi, et quelques-uns même frappés des foudres de l'Eglise ?
N'est-il pas à craindre que le jugement de la Sorbonne,
de i535, ne leur soit devenu applicable ?
La suite de cette histoire mettra le lecteur en état de
conclure,
38o PREMIERS ESSAIS DE REFORME LITURGIQUE
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
NOTES DU CHAPITRE XIII
NOTE A
Docta sanctorum Patrum decrevit auctoritas , ut in divinae laudis-^
Officiis, quae debitae servitutis obsequio exhibentur, cunctorum mens
vigilet, sermo non cespitet, et modesta psallentium gravitas placida modu-
latione decantet. Nam in ore eorum dulcis resonabat sonus. Dulcis
<
quippe omnino sonus in ore psallentium resonat, cum Deum corde sus-
cipiunt, dum loquuntur verbis; in ipsum quoque cantibus devotionem
accendunt : inde etenim in Ecclesiis Dei psalmodia cantanda praecipitur,
ut fidelium devotio excitetur; in hoc nocturnum diurnumquc Officium
et Missarum celebritates assidue Clero ac populo sub maturo tenore, dis-
tinctaque gradatione cantantur, ut eadem distinctione collibeant, et ma-
turitate délectent. Sed nonnuUi novellae scholae discipuli, dum tempo-
ribus mensurandis invigilant, novis notis intendunt, fingere suas, quam
antiquas cantare malunt; in semibreves et minimas Ecclesiastica can-
tantur, notulis percutiuntur ; nam melodias hoquetis intersecant, discan-
tibus lubricant, triplis et motetis vulgaribus nonnunquam inculcant, s
adeo ut interdum Antiphonarii et Gradualis fundamenta despiciant,
ignorent super quo aedificant, tonos nesciant, quos non discernunt, imo
confundunt ; cum ex earum multitudine notarum ascensiones pudicae»
descensionesque temperatae, plani cantus, quibus toni ipsi secernuntur,,
ad invicem obfuscuntur; currunt enim, et non quiescunt ; aures ine-
briant, et non medentur ; gestibus simulant quod depromunt, quibus
devotio quaerenda contemnitur, vitanda lascivia propalatur. Non enim'
inquit frustra ipse Boëtius, lascivus animus, vel lascivioribus delectatur
modis, vel eosdem sœpe audiens emollitur, et frangitur. Hoc ideo dudum-
nos, et Fratres nostri correctione indigere percepimus, hoc relegare, imo'
prorsus abjicere, et ab eadem Ecclesia Dei profligare efficacius propera-
mus. Quocirca de ipsorum Fratrum consilio districte praecipimus, ut
nullus deinceps talia, vel his similia in dictis Officiis, prœsertim Horis
Canonicis, vel cum Missarum solemnia celebrantur, attentare praesumat.
Si quis vero contra fecerit, per Ordinarios locorum ubi ista commissa
fuerint, vel deputandos ab eis in non exemptis, in exemptis vero per
pr^epositos seu praelatos suos, ad quos alias correctio, et punitio culpa- .
rum, et excessuum hujusmodi , vel similium pertinere dignoscitur, vel;
deputandos ab eisdem, per suspensionem ab Officio per octo dies, auc-
toritate hujus Canonis, puniatur. Per hoc autem non intendimus pro-J
hibere, quin interdum diebus festis praecipue, sive solemnibus in Missis,'
et praefatis divinis Officiis aliquae consonantiae, quae melodiam sapiunt,
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ 38 1
puta octavae, quintœ, quartae, et hujusmodi supra cantum Ecclesiasticum i partie
simplicem proferantur : sic tamen, ut ipsius cantus integritas illibata chapitre xiii
ermaneat, et nihil ex hoc de bene morata musica immutetur, maxime
cum hujusmodi consonantiae auditum demulceant, devotionem provocenl,
et psallentium Deo animos torpere non sinant. Actum et datum, etc.
{Extravagant. Commun, lib. III, tit. I.)
NOTE B
I
Ad Sanctiss. Patrem, et D. N. Paulum III. Pont. Max. Francisci Qui-
gnonii tit. S. Crucis in Jerus. presb. card. in breviarium proxime con-
fectum Praefatio.
Cogitanti mihi, Pater Sanctiss., atque animo repetenti initia veteris
nstituti, quo sancitum est, ut clerici sacris initiati, vel sacerdotiis
prœsidentes, singulis diebus perlegant horarias preces, quas Canonicas
etiam appellamus; très omnino causae spectatae fuisse videri soient.
Quarum ea prima est, quod cum ceteri homines in quaque civitate aut
suum quisque negotium agant, aut in republica administranda sint oc-
cupati, clericis ex eo vocatis, ut Hieronymus testatur, quod de sorte
Domini sint_, quique bonis ecclesiasticis aluntur hoc potissimum nego-
tium divinis et humanis legibus est injunctum, ut in commissum sibi
populum, ac de se bene merentem Deum propitium habere cunctis ratio-
nibus enitantur. Quod non solum sacrificiis efficitur, sed etiam precibus,
quae a pio corde proficiscantur, teste Jacobo, qui nos ad precandum co-
hortans, orate (inquit) pro invicem ut salvemini , multum enim valet
deprecatio justi assidua. Altéra causa est, ut qui reliquo populo exemplo
debent esse virtutis, et sanctimoniae, assidua precatione Deum allo-
quentes, minus opportuni reddantur tentatori diabolo, si eos invenerit,
ut Hieronymus ait, occupatos, et a cogitationibus caducarum rerum
subinde avocati, contemplationi divinarum assuescant. Tertia, ut Reli-
gionis quoque futuri magistri quotidiana sacrae Scripturœ, et ecclesias-
ticarum historiarum lectione erudiantur, complectanturque, ut Paulus
ait, eum, qui secundum doctrinam est, fidelem sermonem, et potentes
sint exhortari in doctrina sana, et eos, qui contradicunt, arguere. Et pro-
fecto si quis modum precandi olim a majoribus traditum diligenter con-
sideret, horum omnium ab ipsis habitam esse rationem manifesto depre-
hendet. Sed factum est nescio quo pacto hominum negligentia, ut
paulatim a sanctissimis illis veterum Patrum institutis discederetur, Nam
primum libri sacrae Scripturae, qui statis anni temporibus erant perle-
gendi, vix dum incœpti a precantibus praetermittuntur. Ut exemplo esse
possunt liber Genesis, qui incipitur in Septuagesima, et liber Isaiae, qui
in Adventu , quorum vix singula capitula perlegimus, ac eodem modo
cetera Veteris Testamenti volumina degustamus magis quam legimus :
nec secus accidit in Evangelio, et reliquam Scripturam Novi Testamenti,
quorum in loco successerunt alia, nec utilitate cum his, nec gravitate
382 PREMIERS ESSAIS DE REFORME LITURGIQUE
INSTITUTIONS comparaiida, quœ quotidie agitatione linguae magis quam intentione
LITURGIQUES mentis inculcantur. Deinde Psalmorum plerisque, qui singulis hebdo-
madae diebus erant destinati, rejectis, pauci quidam toto fere anno repe-
tuntur. Tum historiae Sanctorum tam inculte, et tam negligenti judicio
scriptae leguntur, ut nec auctoritatem habere videantur nec gravitatem.
Accedit tam perplexus ordo, tamque difficilis precandi ratio, ut interdum
paulo minor opéra in inquirendo ponatur, quam cum inveneris, in
legendo. Quibus rébus animadversis, felicis recordationis Clemens VII,
Pontifex maximus, cum intelligeret officii sui esse, cum aliorum Ghris-
tianorum commoditatibus prospicere, tum imprimis Clericorum, quibus
ministris uteretur in commisso sibi grege administrando, me hortatus
est, negotiumque dédit, ut quantum cura et diligentia niti possem,'}3reces
horarias ea ratione disponerem, ut sublatis, quas dixi, difficultatibus, et
dispendiis, clerici majoribus etiam commodis ad precandnm allicerentur.
Quam ego provinciam libentissime suscepi, simul ut bono publico pro
mea virili parte servirem. Adhibitis igitur quibusdam meorum domes-
ticorum prudentibus hominibus sacrarum litterarum, et Pontifîcii juris
doctrina praeditis, eisdemque grœce, et latine eruditis, dedi operam quam
maxime potui, ut commode ac ex utilitate publica rem conficerem in
hune maxime modum.
Omissis antiphonis, capitulis , et responsoriis, ac multis hymnis,
ceterisque id genus rébus Scripturae sacrœ lectionem impedientibus, Bre-
viarium constat ex Psalmis, et Scriptura sacra Veteris et Novi Testamenti,
et Sanctorum historiis, quas ex probatis, et gravibus auctoribus graecis
et latinis decerpsimus, easdemque stylo paulo quidem cultiore, non
tamen fucato, exornare curavimus. Relicti sunt etiam ex hymnis, qui
plurimum omnium habere visi sunt auctoritatis, et gravitatis. Psalmi
sunt itadistributi, retento, quatenus licuit, veterum Patrum instituto, ut
omnes perlegantur singulis hebdomadis anni, terni singuli horis, unius
longitudine cum alterius brevitate sic compensata, ut labor legendi
diurnus par propemodum sit tota hebdomada, et perinde toto anno.
Quod pertinet ad ceteram Scripturam sacram ex Veteri Testamento,
perleguntur utilissimi, et gravissimi quique libri. Ex Novo autem nihil
prastermittitur, prœter Apocalypsim, cujus principium tantum legitur :
quin potius Epistolae Pauli cum Canonicis, et Actis Apostolorum repe-
tuntur. Ex lectionibus enim ternis, quae singulis diebus totius anni
leguntur, prima est ex Veteri Testamento, secunda ex Novo, qua totum
ipsum (dempta, ut diximus, parte Apocalypsis) absolvitur, tertia ex his-
toria Sancti, si cujus festum celebratur; quod si nullum fuerit, Aposto-
lorum Acta, et Epistolee tertia lectione repetuntur ordine notato in
Gaiendario.
Propter inconstantiam temporîs Paschalis, et aliorum festorum, quee
mobilia dicuntur, fieri non potuit, ut régulas omnino vitaremus, quarum
tam plénum erat prius Breviarium, ut vix œtas hominis ad earum ratio-
nem perdiscendam sufïiceret, sed nos tam raras, et perspicuas régulas
disposuimus, ut eas cuivis facile sit intelligere.
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ 383
Officium beatse Virginis quotidianum non legitur, scd loco ejus ad i partie
,, . n • .-j- . -u Ul „4-;^ CHAPITRE XIII
Vesperam, et Matutinum fit commemoratio quotidie, et omnibus sabbatis
totum Officium eidem Virgini praestatur, nisi festum inciderit.
Habet haec precandi ratio très maximas commoditates. Primam, quod
precantibus simul acquiritur utriusque Testamenti peritia. Secundam,
quod res est expeditissima^ propter summam ordinis simplicitatem, et
nonnullam brevitatem. Tertiam, quod historiae Sanctorum nihil habent,
ut prius, quod graves, et doctas aures ofFendat. Hic autem est ordo, et
precandi ratio.
AD MATUTINUM.
Pater noster cum signo crucis, Gonfiteor Deo, etc.. Domine labia mea,
etc. Deus, in adjutorium, etc. Deinde sequitur Invitatorium tempori,seu
festo conveniens. Psalmus, Venite, exultemus, etc. In cujus fine duntaxat
Invitatorium repetitur, non autem in medio. Tum Hymnus destinatus.
Post heec sine Antiphona leguntur très Psalmi, deinde Lectiones très
quarum quaeque incipitur a benedictione, et desinit in : Tu autem,
Domine, etc. Benedictio ante primam Lectionem, quae est ex Veteri Tes-
tamento, Deus Pater omnipotens, etc. Ante secundam, quse ex Novo,
Unigenitus Dei, etc. Tertia Lectio est vel ex historiis Sanctorum, cum
dies est festus, et tune praecedit benedictio, Cujus festum colimus, etc. Vel
ex Epistolis, vel Actis Apostolorum repetendo, et tune prœcedit bene-
dictio, Spiritus Sancti gratia, etc. In sabbatis autem, in quibus tribuimus
Officium beatce Virgini, dicitur benedictio, Per Virginem matrem, etc,
Post tertiam Lectionem, Te Deum laudamus, cujus loco in Adventu, et
Quadragesima dicitur Psalmus, Miserere mei, praeterquam in festis Sanc-
torum, in quibus dicitur etiam tune Te Deum laudamus.
AD LAUDES.
Deus, in adjutorium, deinde terni Psalmi cum cantico, Benedictus,
quod canticum nullo die preetermittetur. Domine, exaudi, etc. Oratio
conveniens. Postremo, nisi totum Officium tribuatur beatae Virgini, fit
de ipsa commemoratio, item de Apostolis, et omnibus Sanctis. Benedi-
camus Domino, et, Fidelium animas, etc.
AD PRIMAM.
Pater Noster, cum signo crucis. Deus, in adjutorium. Hymnus consuetus.
Terni Psalmi, diebus autem Dominicis additur symbolum Quicumque
vult, aliis vero symbolum. Credo in Deum, Domine, exaudi, Oratio con-
sueta, Benedicamus Domino, et, Fidelium animœ.
Ad Tertiam, Sextam, et Nonam eodem modo, exceptis symbolis, et
dicitur Oratio quae dicta fuerit ad Laudes.
AD VESPERAM.
Pater noster, cum signo crucis. Deus, in adjutorium. Hymnus. Psalmi
terni. Canticum Magnificat, quod nullo die prœtermittitur. Oratio et
commemorationes, ut ad Matutinum.
INSTITUiIONS
LITURGIQUES
384 PREMIERS ESSAIS DE REFORME LITURGIQUE.
AD COMPLETORIUM.
Cpnverte nos, Deus. Deus, in adjutorium. Hymnus Te lucis. Psalmi
terni, cum cantico, Nunc dimittis, quod etiam dicitur singulis diebus.
Oratio Visita. Salve Regina. Oratio Omnipotens sempiterne Deus. Quae
omnia supra dicta latius explicantur in prima Dominica Adventus.
Discrimen igitur inter illud, quo hactenus usi sumus, et hoc Breviarium
est, quod in illo, quanquam veteribus Patribus placuisset, totam fere
sacram Scripturam legi singulis annis, tamen vix una particula legitur
carptim libros degustando. In hoc autem legitur singulis annis magna, et
prœcipua pars Veteris Testamenti, et totum Novum praeter partem Apo_
calypsis, ut diximus, Epistolis et Actis Apostolorum etiam repetitis.
Quod pertinet ad Psalterium, in illo Breviario pauci quidam Psalmi
saspissime repetuntur, plerique ne semel quidem leguntur toto anno. In
hoc omnes leguntur singulis hebdomadis, sine taedio, nam singulis horis
terni psalmi accommodantur_, nullo eadem hebdomada repetito. Deinde
in illo Sanctorum historiée non paucae leguntur tam rudi stylo, ,tam sine
rerum delectu et gravitate, ut sint interdum contemptui, atque derisui
legentibus. In hoc nihil taie relictum est, omnia sunt cultiora, graviora, et
ex historia ecclesiastica, et auctoribus probatis gravibusque decerpta.
Postremo in illo summa erat confusio propter regularum multitudinem,
et perplexitatem , et Festorum translationem, et varias commemora-
tionum, versiculorum, responsoriorum, antiphonarum, et similium
rerum laboriosas ac parum graves incultationes, et iterationes, quae nec
ad pietatem, nec ad cognitionem Scripturae sacrae magnopere conducebant.
In hoc talibus omnibus impedimentis sublatis, in sacrae Scripturae con-
tinua lectione potissimum, et gravibus Sanctorum historiis versamur,
paucis et perspicuis regulis appositis.
Itaque si quis diligenter animadvertat, et vêtus Patrum consilium,
institutumque consideret, plane intelliget hoc Breviarium non tam esse
novum inventum, quam Breviarii veteris in commodiorem et cultiorem
formam restitutionem, sublatis quibusdam rébus, quae medio tempore
praeter judicium et gravitatem obrepserant.
Porro quanquam non fuit nobis propositum brevitati, sed commoditati
precantium consulere, utrumque tamen, ut speramus, consecuti sumus.
Nam licet lectiones singulas longiores sint in hoc Breviario, sunt tamen
très duntaxat, cum in priore adjuncto Officio beatae Virginis sint duo-
decim cum totidem versiculis, et responsoriis, et licet quidam Psalmi in
hoc sint longiores, in illo tamen singulis diebus leguntur multo plures,
si repetitos numeres tamque diverses.
Accedit, quod in illo magna est perplexitas, et longitudo Officii tum
feriae, tum etiam dominicae diei. In hoc nullum, aut minimum est
dierum ^totius anni discrimen; nec enim interest ad longitudinem de
dominica, seu feria agatur, an de festo. In illo Psalmi hinc inde cum
difficultate, mora et taedio volvendis chartis exquiruntur. In hoc perdies
et horas totius hebdomadae dispositi sunt. Qui noster ordo non parum
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ 385
facit ad temporis brevitatem, et laboris levamen. Adjuvat et idem ordo i partie
,.,.•.• . u-1- j- j- CHAPITRE XIII
lectionum; nam prima et secunda simphci et immutabili ordine dispo- — - — ■
sitae sunt in totum annum, sive festum incidat, sive non. Diversitas enim
Officii festi, dominicae, et ferialis diei consistit in mutatione invitatorii,
et hymnorum ad Matutinum, et Vesperam, et tertiae lectionis, et ora-
tionis, cetera sunt ejusdem rationis utrobique.
Si cui autem laboriosum in hoc Breviario videbitur pleraque omnia ex
libro legi, cum multa in alio, quse propter frequentem repetitionem
ediscuntur, memoriter pronuntientur, compensât cum hoc labore cogni-
tionem Scripturae sacrae, quae sic in dies augescit, et intentionem animi,
quam Deus ante omnia in precantibus requirit (hanc enim majorem
legentibus, quam memoriter proferentibus adesse necesse est), et hujus-
modi laborem non modo fructuosum, sed etiam salutarem judicabit.
Habes, Pater Sanctiss., instituti nostri rationem, habes formulam Bre-
viarii, superest, ut si tibi res, quemadmodum speramus, non improba-
bitur, ipse quoque faveas incœptis nostris, et labori publicas commoditatis
gratia suscepto. Vale.
NOTE C
Rationes et motiva propter qiiœ videtur Universitati Parisiensi non
recipiendum Breviarium, nuper edituni et promulgatum.
In primis advertendum est, quod dictum Breviarium discrepat et
dissonum est aliis omnibus Breviariis quarumcumque diœceseon, etiam
Romanae Ecclesiae ; cum alia omnia Breviaria pleraque sancta et salutaria
ad pietatem et devotionem fidèles inducentia contineant quee istud Bre-
viarum non habet ; cujus generis sunt Horee Beatae Marias, antiphonee,
responsoria, capitula, homiliae, sive expositiones catholicorum Docto-
rum super Evangeliis et aliis Scripturis, ordo et numerus Psalmorum, et
modus legendi illos in Ecclesia, nec non et ordo legendi sacras Scripturas
in Matutinis, juxta varietatem temporum ab Ecclesia hactenus observatus.
Cum autem haec usque adeo salutaria Ecclesiae instituta in Ecclesiasticis
Officiis a primordiis ferme Ecclesiae, ad hœc usque tempora servata fuerint,
mirum quonam pacto is qui hoc novum Breviarium condidit, haec omnia
rejiciat et rejicienda décernât, tamquam, ut inquit, nec ad pietatem, nec
ad cognitionem sacrae Scripturae magnopere conducant. Quod si verum
esset, nulla utique esset antiphonarum, responsoriorum, et reliquorum
praenominatorum in Ecclesia utilitas, forentque haec omnia ut superflua
et inutilia resecanda. Quod tamen erroneum est, nec ei quae secundum
doctrinam est, pietati consentaneum. Parum quoque sobrie sapere visus
est hujusmodi scriptor, dum suam unius sententiam antiquis Patrum
decretis, communi et approbato usui Ecclesiae et authenticis historiis
minime erubuit praeferre. Proinde ut quam periculosa sit nec ferenda
hujusmodi Breviarii editio, cognoscant omnes, operae pretium in primis
est ostendere, quod a veteribus Patrum ordinationibus et Catholicis
T. I 25
386 PREMIERS ESSAIS DE REFORxME LITURGIQUE
INSTITUTIONS Ecclesiac statutis ad pietatem conferentibus nemini liceat discedere. Deinde
LITURGIQUES quod scrvandus sit communis et prôbatus Ecclesiœ ritus. Ad haec, in his
de quibus agitur, nequaquam a receptae Fidei Doctorum scriptis Ecclesia
dissideat. Denique mala, quae ex hac curiosa hujusmodi Breviarii novitate
sequuntur, explicanda sunt
Caeterum periculosa videtur talis Breviarii
mutatio. Nam timendum est, si talis mutatio suscipiatur, ne eadem
ratione immutetur Missale et Officium Missae, et multa ex eo sancta et
salutaria detrahantur, non in œdification&m, sed in destructionem.
Eadem quoque facilitate auferri possent caeremoniae et solerrinitates
Sacramentorum, et alia sacramentalia, cujusmodi sunt consecrationes
ecclesiarum, altarium, calicum, cantus Ecclesiae , festa Sanctorum,
aqua benedicta, et alia id genus multa. Ex quo clare apparet quali via,
et quam periculosa sequantur ex ista mutatione Breviarii et novitate.
Periculum insuper imminet non médiocre, si sub signatura particularis
hominis ecclesiastici, non religiosi, communem usum Ecclesias hactenus
observatum relinquant , ut accipiant hoc novum Breviariùm ecclesiae
Cathédrales, Collégiales et Parochiales, consimili signatura receptum
Officium relinquant Ecclesiae, id quod in magnum scandali populi
cederet, et periculum immineret inducendi seditionem, a quibus Deus nos^
avertat. (D'Argentré, CoUectio Judiciorum, tom. II, pag. 12-126.)
NOTE D
kd Sanctissimum Patrem et Dominum nostrum Paulum tertium,
Pontificem maximum, Francisci Quignonii tit. Sanctae Crucis in Jéru-
salem presbyteri cardinalis, in Breviariùm proxime confectum ac denuo
recognitum praefatio.
Breviariùm Romanum nuper a nobis felic. recor. démentis VII
Pontif. Max. hortatu confectum, ac potius in ampliorem sacrarum
Scripturarum lectionem ad veterem Sanctorum Patrum, et Conciliorum^
antiquorum formam revocatum, tuaque voluntate, Sanctissime Pater,
aditum, graves plerosque ac doctos viros ita probasse et récépissé in-
tellexi, ut nihil in eo mutandum existimarent. Alios item animadverti
graves etiam et prudentes homines, qui ejus rationem magnopere pro-
bantes, nonnihil tamen in eo desiderari adfirmarent. Illud vero numquam
dubitavi, fore in tanta multitudine nonnullos, ex iis videlicet, qui in
diverso precandi ritu consenuissent, quibus labor ille noster non esset
perinde gratus, existimantibus ab inveterata illa cousuetudine precandi
nuUa ratione clericisesse discedendum. Imo vero nobis primam editionenl
Breviarii non tahquam promulgationem legis esse placuerat, sed quasi
publicam quamdam deliberationem, ut sic, proposita nostra sententia,
judicia multorum exquireremus, et quod omnium commodissimum ei
religioni ac pietati convenientissimum plerisque prudentibus gravibusque
viris esset visum, sequeremur... Itaque multorum sententiis collatis, quae
nobis partim vocibiis, partim scriptis innotuerunt, judicium eorum
LE BRÉVIAIRE DE QUIGNONEZ 387
secuti qui omnium prudentissime sentire visi sunt, libenter quasdam ad- i partie
didimus, alia mutavimus , et omnia diligenter recognovimus, retejita chapitre xiii
.' tamen summa forma Breviarii. Sed quoniam sic fert natura rerum, ut
'-. nihil sit tam rectum, nihil tanta ratione in vitam usumque hominum
inductum, cujus novitas non sit aliquibus ingrata, non temere facturi
esse videmur, si rationem totius instituti nostri a nobis prius summatim
redditam, nunc adcuratius recognito Breviario, paulo latius explicabimus.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE XIV
DE l'hérésie antiliturgique et de la réforme protes-
tante DU XVI^ SIÈCLE, considérée DANS SES RAPPORTS AVEC
LA LITURGIE.
La Liturgie
nécessairement
en butte aux
attaques de
l'hérésie.
Les notions
traditionnelles
conservées avec
le sentiment
de la foi par
les sectes
orientales.
La Liturgie est une chose trop excellente dans TEglise,
pour ne pas s'être trouvée en butte aux attaques>de Phé-
résie. Mais de même que l'autorité de l'Église ne fut point
combattue directement, comme notion, par les sectes de
rOrient qui déchirèrent d'ailleurs le Symbole en tant de
manières, aussi n'a-t-on point vu dans cette patrie des
mystères, le rationaliste poursuivre les formes du culte
par système. Scindées entre elles par de violents dissenti-
ments, les sectes orientales ont marié au christianisme^
les unes un panthéisme déguisé, les autres le principe
même du dualisme ; mais, par-dessus tout, elles ont besoin
de croire et d'être chrétiennes ; leur Liturgie est l'expres-
sion complète de leur situation. Des blasphèmes sur.
rincarnation du Verbe déshonorent certaines formules;'
mais ce désordre n'empêche pas que les notions tradi-
tionnelles de la Liturgie ne soient conservées dans ces
formules et dans les rites qui les accompagnent : bien
plus, la foi, si défigurée qu'elle soit, a été féconde, presque
jusqu'à nos jours, chez ces hommes qui croientmal, mais
qui pourtant veulent croire; et les jacobites, les nestoriens,
seulement depuis Tan looo, ont produit plus de formules
liturgiques, d'anaphores, par exemple, que les Grecs mel-
chites, dont les livres n'ont rien gagné depuis leur sépara-
tion de l'Église romaine, si l'on excepte certains recueils
l'hérésie antiliturgique 389
d^hymnes composées par toute sorte de personnes, et ^^'J^^J^l^^
adjointes aux livres d^offices. Mais encore ce dernier genre
de prières ne tient point au fond de la Liturgie, comme Ljinspiration
\Qs anaphores, les bénédictions, etc., composées par les toujours féconde
jacobites et les nestoriens modernes, et dont nous trou- hérétiques.
vons le texte ou la notice dans l'ouvrage de Renaudot sur
les Liturgies d'Orient, ou dans la bibliothèque orientale
d'Assemani. Le lecteur se tromperait néanmoins, s'il
pensait que nous entendons donner cette abondance ex-
trême comme l'indice d'un progrès ; l'antiquité, Timmuta-
bilité des formules de l'autel, est la première de leurs qua-
lités; mais cette fécondité est du moins un signe de vie, et
Ton ne peut s'empêcher de reconnaître que le style ecclé-
siastique de ces anaphores, même des plus récentes, est
parfaitement conforme à celui que les siècles ont
consacré. Quant aux traditions sur les rites et cérémonies,
les sectes d'Orient les ont toutes conservées avec une
.rare fidélité, et si des circonstances superstitieuses s'y trou-
vent quelquefois mêlées, elles attestent du moins un fonds
primitif de foi, comme chez nous la diminution progres-
sive des pratiques extérieures accuse la présence d'un
I' rationalisme secret qui montre ses résultats.
^' L'Église grecque a généralement conservé avec grand i^l^^^
soin, sinon le génie, du moins les formes de la Liturgie, le^schisme les
Nous avons dit ailleurs comment Dieu l'a prédestmee, ^^^u^^^,^
t pour un temps du moins, à rendre, par l'immobilité de eiie reste stérile.
ses usages antiques, un irrécusable témoignage à la pureté
des traditions latines. C'est pourquoi Cyrille Lucaris
échoua si honteusement dans son projet d'initier l'Eglise
orientale aux doctrines du rationalisme d'Occident.^ Tou-
tefois, l'esprit disputeur et pointilleux de Marc d'Ephèse
est demeuré au sein de l'Église grecque, et produira ses
fruits naturels, du moment que cette Église sera appelée à
se fondre dans nos sociétés européennes. L'Église grecque
doit infailliblement passer par le protestantisme avant de
INSTITUTION*
LITURGIQUES
L'hérésie
antiliturgique,
ennemie des
formes du culte,
ne peut
fermenter qu'au
sein de^ la
véritable Église,
Au viije siècle,
les iconoclastes
sont les
premiers
représentants
de cette hérésie
en Orient;
mais elle se
développe
principalement
en Occident.
La vitalité
propre au
cnristianisme
romain et le
caractère des
nations
occidentales
favorisent cette
tendance.
^9^ l'hérésie antiliturgique
revenir à Funité, et l'on a bien des raisons de croire
■ que la révolution est déjà faite dans le cœur de ses Pon-
tifes. Dans un pareil ordre de choses, la Liturgie, forme
officielle d'une croyance officielle, demeurera stable, ou
variera suivant qu'il plaira au souverain. Ainsi, point
d'hérésie liturgique possible là où le Symbole est déjà
miné, où Ton ne trouve plus qu'un cadavre de christia-
nisme auquel des ressorts ou un galvanisme impriment
encore quelques mouvements, jusqu'au moment où, tom-
bant en lambeaux de pourriture, il deviendra tout aussi
incapable de recevoir les impulsions externes, qu'il l'est
depuis longtemps de sentir les touches de la vie.
C'est donc seulement au sein de la vraie Église que doit
fermenter l'hérésie antiliturgique ^ c'est-à-dire celle qui se
porte l'ennemie des formes du culte. C'est là seulement où
il y a quelque chose à détruire, que le génie de la des-
truction tâchera d'infiltrer ce poison délétère. L'Orient
n'en a éprouvé qu'une fois, mais violemment, les atteintes,
et c'était aux jours de l'unité. Une secte furieuse s'éleva,
au viii^ siècle, qui, sous prétexte d'affranchir l'esprit du
joug de la forme, brisa, déchira, brûla les symboles de la
foi et de l'amour du chrétien; le sang coula pour la dé-
fense de l'image du Fils de Dieu, comme il avait coulé
quatre siècles plus tôt, pour le triomphe du vrai Dieu sur
les idoles. Mais il était réservé à la chrétienté occidentale
de voir organiser dans son sein la guerre la plus longue,
la plus opiniâtre, qui dure encore, contre l'ensemble des
actes liturgiques. Deux choses contribuent à maintenir les
EgUses de l'Occident dans cet état d'épreuve : d'abord,
comme nous venons de le dire, la vitalité propre au chris-
tianisme romain, le seul digne du nom de christianisme,
et par conséquent celuij contre lequel doivent se tourner '
toutes les puissances de l'erreur; en second lieu, le carac-
tère rationnellement matériel des peuples de l'Occident
qui, dépourvus à la fois de la souplesse de l'esprit grec et
ET LA RÉFORME PROTESTANTE DU XV f SIECLE SqI
:-du mysticisme oriental, ne savent que nier, en fait de
"croyances, que rejeter loin d'eux ce qui les gêne ou les
^humilie, incapables, pour cette double raison, de suivre,
comme les peuples sémitiques, une même hérésie pendant
de longs siècles. Telle est la raison pour laquelle, chez
nous, si Ton excepte certains faits isolés^ l'hérésie n'a
jamais procédé que par voie de négation et de destruc-
tion. C'est, ainsi qu'on va le voir, la tendance de tous les
efforts de l'immense secte antiliturgiste.
Son point de départ connu est Vigilance, ce Gaulois im-
mortalisé par les éloquents sarcasmes de saint Jérôme. Il
déclame contre la pompe des cérémonies, insulte grossiè-
rement à leur symbolisme, blasphème les reliques des
saints, attaque en même temps le célibat des ministres sa-
crés et la continence des vierges; le tout pour maintenir
la pureté du christianisme. Gomme on voit, cela n'est pas
mal avancé pour un Gaulois du iv^ siècle. L'Orient, qui
n'a produit en ce genre que l'hérésie iconoclaste, épargna
du moins, quoique par inconséquence, les rites et lés usages
de la Liturgie qui n'avaient pas un rapport immédiat avec
les saintes images.
fc Après Vigilance, l'Occident se reposa pendant plusieurs
siècles ; mais quand les races barbares, initiées par
l'Eglise à la civilisation, se furent quelque peu familiari-
sées avec les travaux de la pensée, il s'éleva des hommes
d'abord, puis des sectes ensuite, qui nièrent grossière-
ment ce qu'elles ne comprenaient pas, et dirent qu'il n'y
avait point de réalité là oià les sens ne palpaient pas immé-
diatement. L'hérésie des sacramentaires, à jamais impos-
sible en Orient, commença au xi^ siècle, en Occident, en
France, par les blasphèmes de l'archidiacre Bérenger. Le
soulèvement fut universel dans TEglise contre une si
monstrueuse doctrine; mais on dut prévoir que le ratio-
nalisme, une fois déchaîné contre le plus auguste des actes
du culte chrétien, n'en demeurerait pas là. Le mystère de
I PARTIE
CHAPITRE XIV
Le point de
départ de
l'hérésie
antiliturgique
en Occident
remonte au
iv*^ siècle, à
Vigilance,
Les blasphèmes
de Bérenger
contre le dogme
de l'Eucharistie
au xio siècle,
signe de
l'insurrection
du rationalisme
contre le culte
chrétien au sein
des nations
occidentales.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Terrible
déchaînement
de Satan après
Fan 1000.
L'hérésie
-Tnanichéenne
reparaît en
Occident,
toujours
ennemie des
formes
extérieures du
culte, comme
au temps des
Léon, des
Gélase et des
Augustin.
392 l'hérésie antiliturgique
la présence réelle du Verbe divin sous les symboles eucha-;
ristiques, allait devenir le point de mire de toutes les at-,
taques ; il fallait éloigner Dieu de l'homme, et, pour atta-
quer plus sûrement ce dogme capifal, il fallait fermer
toutes les avenues de la Liturgie qui, si Ton peut parler
ainsi, aboutissent au mystère eucharistique.
Bérengern'avait donné qu'un signal : son attaque allait i
être renforcée en son siècle même et dans les suivants, et
il en devait résulter, pour le catholicisme, la plus longue
et la plus épouvantable attaque qu'il eût jamais essuyée.
Tout commença donc après Tan 1000 : C était peut-
être, dit Bossuet, le temps de ce terrible déchaînement
de Satan marqué dans P Apocalypse, après mille ans ;
ce qui peut signifier d'extrêmes désordres : mille ans
après que le fort armé, c'est-à-dire le démon victorieux,
fut lié par Jésus-Christ venant au monde (i).
L'enfer remua la lie la plus infecte de son bourbier, et^
pendant que le rationalisme s'éveillait, il se trouva quel
Satan avait jeté sur l'Occident, comme un secours diabo-
lique, l'impure semence que l'Orient avait sentie, avec]
horreur, dans son sein, dès l'origine, cette secte que saint
Paul appelle le mjstère d'iniquité, l'hérésie manichéenne.
On sait comment, sous le faux nom de gnose, elle avait
souillé les premiers siècles du christianisme ; avec quelle
perfidie elle s'était, suivant les temps, cachée au sein de
l'Eglise, permettant à ses sectateurs de prier, de commu-
nier même avec les catholiques, et pénétrant jusque dans
Rome même, où il fallut, pour la découvrir, l'œil péné-
trant d'un saint Léon et d'un saint Gélase. Cette secte
abominable, livrée sous le prétexte de spiritualisme à
toutes les infamies de la chair, blasphémait en secret les
plus saintes pratiques du culte extérieur, comme gros-
sières et trop matérielles. On peut voir ce que saint
(i) Histoire des Variations, livre XI, § 17.
I PARTIE
CHAPITRE XIV
ET Lx\ RÉFORME PROTESTANTE DU XVI^ SIECLE SqS
Augustin nous en apprend, dans le livre contre Fauste le
Manichéen, qui traitait d'idolâtrie le culte des saints et de '
leurs reliques.
Les empereurs d'Orient avaient poursuivi cette secte in- Dès le ixe siècle
^ , ^ . on la retrouve
famé par les ordonnances les plus sévères, sans pouvoir en Arménie
réteindre. On la retrouve, au ix' siècle, en Arménie, sous des pauHciens.
la direction d'un chef nommé Paul, d'où le nom à^ pau-
Hciens fut donné à ces hérétiques en Orient; et ils y de-
viennent assez puissants pour soutenir des guerres contre
les empereurs de Constantinople. Pierre de Sicile, envoyé
vers eux par Basile le Macédonien, pour traiter d'un
échange de prisonniers, eut le loisir de les connaître, et
écrivit un livre sur leurs erreurs.
c( Il V désigne ces hérétiques, dit Bossuet, par leurs Dans le portrait
•J o i- ^ ^ -de ces sectaires
« propres caractères, par leurs deux principes, par le tracé par
^ ^ . iw • rr-i Bossuet, d'après
« mépris qu ils avaient pour lAncien 1 estament, par pjerre de Sicile,
c( /ez/r adresse prodigieuse à se cacher quand ils voit- ^es nSrs^'de
l'hérésie
c< laient, et par les autres marques que nous avons vues, ^ntiiiturgiste.
c( Mais il en remarque deux ou trois qu'il ne faut pas ou-
« blier : c était leur aversion particulière pour les
« images de la croix^ suite naturelle de leur erreur, puis-
« qu'ils rejetaient la passion et la mort du Fils de Dieu;
« leur mépris pour la sainte Vierge^ qu'ils ne tenaient
« point pour Mère de Jésus-Christ, puisqu'il n avait pas
« de chair humaine; et surtout leur éloignement pour
« r Eucharistie (i). Ils disaient encore que les catholiques
« honoraient les saints comme des divinités, et que c'était
« pour cette raison qu'on empêchait les laïques de lire la
c( sainte Écriture, de peur qu'ils ne découvrissent plu-
« sieurs semblables erreurs (2). »
C'était bien déjà, comme l'on voit, l'hérésie antilitur-
giste toute formée. Il ne lui manquait que des populations
(i) Histoire des Variations, livre XI, g 14.
(2) Ibidem.
394 l'hérésie antiliturgique
INSTITUTIONS disposécs à l'accueillir. Pour arriver en Europe, la secte
LITURGIQUES 1T>1-vi1' J ri
passa par la Bulgarie ou elle jeta de profondes racines; ce
Les manichéens ^^'^ ^^^ cause qu'on donna, dans l'Occident, le nom de
OcdllnTpavH ^^i^g^^^^ à ses adeptes. En loiy^sous le roi Robert, on en
Bulgarie et sous découvrit plusieurs à Orléans, et peu après^ d'autres dans
cathares, de le Languedoc, puis en Italie, où ils se faisaient nommer
pubhcains, t \ t-
d'albigeois, de cuthares^ c est-a-dire purs; enfin jusqu^au fond de l'Aile-
patarins, ils ^ i • ta • • ' j
infestent magne. Leur parole intame avait mine en dessous comme
v\^\\i^^' le chancre (i), et leur doctrine était toujours la même,
surtout^^ie^mfdi fondée sur la croyance aux deux principes, et sur la haine
de la France, j^ ^^^^ l'extérieur du culte, renforcée de toutes les abomi-
nations gnostiques. Du reste, fort dissimulés, confondus
dans l'Eglise avec les orthodoxes, prêts à toute sorte de
parjures, plutôt que de se laisser deviner, quand une
fois ils avaient résolu de ne pas parler. Ils étaient déjà
très-puissants, au xii^ siècle, dans le midi de la France, et
l'on ne peut douter que Pierre de Bruis et Henri, dont les
doctrines eurent pour adversaires saint Bernard et Pierre
le Vénérable, ne fussent leurs deux chefs principaux. On les
voit en ii 60 passer en Angleterre, oia ils furent appelés
poplicains ou publicains. En France, on les désigne sous
les noms d'albigeois^ à cause de leur puissance dans une
de nos provinces, et les plus profondément initiés aux
dégoûtants mystères de la secte sont appelés jc'^^f^rm^. On
La croisade sait avec quel zèle les populations catholiques du moyen
prêchée contre ^ . v . ii-ri i«
les albigeois âge se jetèrent contre ces sectaires : lEglise crut pou-
comprime • i i- ^ , . ,
l'expansion du voir publier coutre eux la croisade, et une guerre
"^^^mafs^"^^' d'extermination commença, à laquelle prirent part, di-
reste cachée^ recte OU indirecte, tous les grands personnages de l'Église
comme une et de l'État. On étouffa la doctrine des albigeois, au
semence ^ ^ ^
des erreurs moins quant à sa prédominance extérieure: elle resta
qui éclatent au
xvie siècle et sourdemeut comme semence de toutes les erreurs qui de-
surtout du . , , ., . 11. 1
quiétisme. vaient éclater au xvi^ siècle, et les doctrines de son mons-
(i) II Tim. II, 17.
ET LA RÉFORME PROTESTANTE DU XVI® SIECLE SgS
trueux mysticisme se perpétuèrent jusqu'à nos jours dans ^ partie
•^ ^ ^ . ^ CHAPITRE XIV
l'hérésie quiétiste, plus dangereuse ennemie peut-être de
la vraie doctrine liturgique, que le pur rationalisme lui-
même.
Une nouvelle branche de la secte, moins mystique et Au xne siècle, la
secte des
par conséquent plus appropriée aux mœurs de TOccident, v audois,
^ .»-r ,A j ' \ f' • nouvelle forme
poussait a Lyon, sur le même tronc du manichéisme im- de l'hérésie
, ,,^>, . . ^ * 1 • antiliturgiste,
porté d Orient, au moment même ou le premier rameau sape
était menacé d'une destruction violente. En j i6o, à Lyon, SufrlS'^d^u
Pierre Valdo, marchand, formait la secte de ces fanati- ^athoUque.
ques turbulents, connus sous le nom de pauvres de Lyon^
mais surtout sous celui de vaudois, du nom de leur fon-
dateur. Ce fut alors qu'on put présager l'alliance de
l'esprit de la secte avec celui dont Bérenger avait été chez
nous le premier organe. Dégagés bientôt des opinions
manichéennes, impopulaires chez nous, ils prêchent sur-
tout la réforme de l'Église, et, pour l'effectuer, ils sapent
audacieusement tout l'ensemble de son culte. D'abord,
pour eux, il n'y a plus de sacerdoce, tout laïque est prêtre;
le prêtre, en péché mortel, ne consacre plus; par consé-
quent, plus d'Eucharistie certaine; les clercs ne peuvent
posséder les biens de la terre; on doit avoir en horreur
les églises, le saint Chrême, le culte de la sainte Vierge et
des saints, la prière pour les morts. Il faut en réfé-
rer sur toutes choses à l'Écriture sainte, etc. Les vaudois
trouvent la morale de l'Église scandaleuse pour son relâ-
chement, et affichent même une rigueur de conduite qui
contraste avec les débordements des albigeois.
Mais la France n'était pas le seul théâtre de cette réac- Au xiye siècle,
^ . . Vi^iclef
tion violente contre la forme dans le catholicisme. A la dogmatise de la
r ' - môme façon
fin du xiv^ siècle, Wiclef se levait en Angleterre et taisait en Angleterre.
entendre presque tous les blasphèmes des v audois. Ce-
pendant, comme tout système d'erreur en religion a
besoin, pour avoir quelque consistance, de s'appuyer de
près ou de loin sur le panthéisme, le mysticisme gnos-
396 l'hérésie antiliturgique
INSTITUTIONS tique ne pouvant convenir aux masses, chez nous, comme
LITURGIQUES , ' ^,^^ 1
— ' nous 1 avons remarque, W iclei imagma d etayer ses doc-
trines dissolvantes sur un système de fatalisme dont la
source était une volonté immuable de Dieu dans laquelle
se trouvaient absorbées toutes les volontés des créatures.
Jean Huss Vers le même temps, Jean Huss dogmatisait en AUe-
prépare en , . . / i • n • /
Allemagne une magne et préparait cette immense révolte qui allait sepa-
révo/S^contre ^^^? pour des siècles, des nations entières de la commu-
l'Egiise j^Jqj^ romaine. Lui aussi appuyait fortement sur des con-
romaine. ^^ */
séquences exagérées du dogme de la prédestination, et
passant à la pratique, humiliait le sacerdoce devant le laï-
cisme, prêchait la lecture de F Écriture sainte aux dépens de
la Tradition, et rompait en visière à Tautorité souveraine
en matière liturgique, par les réclamations qu'il faisait
entendre pour l'usage du calice dans la communion
laïque.
Luther arrive Vint enfin Luther, qui ne dit rien que ses devanciers
avec Calvin et , , . , . . / t rp i • ^
Zwingie pour n eussent dit avant lui, mais prétendit anranchir, en même
l'homme^ de la temps, Thomme de la servitude de la pensée à l'égard du
servhude^du po^voir enseignant, de la servitude du corps à l'égard du
pouvoir pouvoir liturgique. Calvin et Zwinde le suivirent, traî-
enseignant et ^ c> ^ o '
du pouvoir nant après eux Socin, dont le naturalisme pur était lacon-
liturgique. , . , . . ,
séquence immédiate des doctrines préparées depuis tant :j
de siècles. Mais à Socin toute erreur liturgique s'arrête; -
la Liturgie, toujours de plus en plus réduite, n'arrive pas
jusqu'à lui. Maintenant, pour donner une idée des ravages
dernier^terme ^^ ^^ sccte antiUturgiste, il nous a semblé nécessaire de
"^^ l'hérésie ^^ résumer la marche des prétendus réformateurs du chris-
antiiiturgiste tianisme depuis trois siècles, et de présenter l'ensemble
s arrête a lui. *■ ^ ^
de leurs actes et de leur doctrine sur l'épuration du culte
divin. Il n'est pas de spectacle plus instructif et plus propre
à faire comprendre les causes de la propagation rapide
du protestantisme. On y verra l'œuvre d'une sagesse dia-
bolique agissant à coup sûr, et devant infailliblement ame-
ner de vastes résultats.
ET LA RÉFORME PROTESTANTE DU XVI* SIECLE 397
1° Le premier caractère de Thérésie antilitursique est la i partie
^ . . CHAPITRE XIV
haine de la Tf^adition dans les formules du culte divin.
On ne saurait contester ce caractère spécial dans tous les Résumé de
, , . -jT-. ., la doctrine de
hérétiques que nous avons nommes, depuis Vigilance ces prétendus
,.^1. 1 • ^r'i> r 1^4. réformateurs
jusqu'à Calvin, et la raison en est facile a expliquer, lout du culte divin
sectaire voulant introduire une doctrine nouvelle, se ^^ ''phéré^ie^ ^^
trouve infailliblement en présence de la Liturgie, qui est j?[;!,^'\;^;^^;^^^'^'j^
la tradition à sa plus haute puissance, et il ne saurait la^t^i^adidon
avoir de repos qu'il n'ait fait taire cette voix, qu'il n'ait formules du
déchiré ces pages qui recèlent la foi des siècles passes. Ln
effet, comment le luthéranisme, le calvinisme, l'anglica-
nisme se sont-ils établis et maintenus dans les masses ? Il
n'a fallu pour cela que la substitution de livres nouveaux
et de formules nouvelles, aux livres et aux formules an-
ciennes, et tout a été consommé. Rien ne gênait plus
les nouveaux docteurs; ils pouvaient prêcher tout à leur
aise : la foi des peuples était désormais sans défense.
Luther comprit cette doctrine avec une sagacité digne de
nos jansénistes, lorsque, dans la première période de ses
innovations, à l'époque où il se voyait obligé de garder
encore une partie des formes extérieures du culte latin, il ^
établit le règlement suivant pour la messe réformée :
« Nous approuvons et nous conservons les introït des Règlement de
^^ • j -oA Luther pour
ce dimanches et des fêtes de Jésus-Christ, savoir de Pâques, la messe
, , T ^ /-, • j -t ' réformée.
« de la Pentecôte et de Noël. Nous préférerions volontiers
« les psaumes entiers d'où ces introït sont tirés, comme
« on faisait autrefois ; mais nous voulons bien nous con-
« former à l'usage présent. Nous ne blâmons pas même
« ceux qui voudront retenir les introït des Apôtres, de
« la Vierge et des autres Saints, lorsque ces trois introït
« SONT TIRÉS DES PSAUMES ET d'aUTRES ENDROITS DE L ECRI-
« TURE (i). « Il avait trop en horreur les cantiques sacrés
composés par l'Église elle-même pour l'expression pu-
(i) Lebrun, ExpUcation de la Messe, tom. IV, pag. i3.
398 l'hérésie antiliturgique
INSTITUTIONS bliquc dc sa foi. Il sentait trop en eux la vigueur de la
LITURGIQUES ^ , ^ ^ ^ ,
Tradition qu'il voulait bannir. En reconnaissante TEglise
le droit de mêler sa voix dans les assemblées saintes
aux oracles des Écritures, il s'exposait par là même à en-
tendre des millions de bouches anathématiser ses nou-
veaux dogmes. Donc, haine à tout ce qui, dans la Litur-
gie, n'est pas exclusivement extrait des Ecritures saintes.
2° Suppression 2° C'est en effet le second principe de la secte antilitur-
des formules . t y- 11 1 7 > • •
de style giste, de remplacer les jormules de style ecclésiastique
rempfacées'^par par dcs lectures de FÉcriture sainte. Elle y trouve deux
l'Écriture^ sain te avantages : d'abord, celui de faire taire la voix de la Tra-
choisies dition qu'elle craint toujours: ensuite, un moven de pro-
trop souvent ^ f ^ ^ j r
avec un art pager et d'appuyer ses dogmes, par voie de négation ou
de manière à d'affirmation. Par voie de négation, en passant sous si-
inculquer ji 1 • j • 1 • •
l'erreur. lence, au moyen d un choix adroit, les textes qui expri-
ment la doctrine opposée aux erreurs qu'on veut faire
prévaloir; par voie d'affirmation, en mettant en lumière
des passages tronqués qui, ne montrant qu'un des côtés
de la vérité, cachent l'autre aux 3^eux du vulgaire. On sait
depuis bien des siècles que la préférence donnée, par
• tous les hérétiques, aux Ecritures saintes sur les défini-
tions ecclésiastiques, n'a pas d'autre raison que la facilité
qu'ils ont de faire dire à la parole de Dieu tout ce qu'ils
Motifs de la Veulent, en la laissant paraître ou l'arrêtant à propos. Nous
préférence ... , -, . , . , .
donnée par les verrons ailleurs ce qu ont fait en ce genre les jansénistes,
hérétiques des i_r ' j^ * 1 ^ ^^ ^ j 1 i* ^' •
derniers temps obliges, d apres leur système, a garder le lien extérieur
saînte'^sur^^^ies ^^^^ TEglise ; quant aux protestants, ils ont presque ré-
définitions ^^uj^ j^ Liturffie tout entière à la lecture de l'Écriture,
ecclésiastiques <^ '
et libertés qu'ils accompagnée de discours dans lesquels on l'interprète par
prennent a . . ,..
l'égard la raison. Quant au choix et à la détermination des livres
des livres sacrés. . . . • 1 //•
canoniques, ils ont fini par tomber au caprice du refor-
mateur, qui, en dernier ressort, décide non plus seule-
ment du sens de la parole de Dieu, mais du fait de cette
parole. Ainsi Martin Luther trouve que, dans son sys-
tème de panthéisme, l'inutilité des œuvres et la suffisance
ET LA RÉFORME PROTESTANTE DU XVI^ SIECLE 399
de la foi sont dogmes à établir, et dès lors il déclarera i partie
Df^^^J '^T , ^. 7 -TT CHAPITRE XIV
que 1 Epitre de saint Jacques est une e^itre de 'paille^ et
non une épître canonique, par cela seul qu'on y enseigne
la nécessité des oeuvres pour le salut. Dans tous les
temps, et sous toutes les formes, il en sera de même;
point de formules ecclésiastiques; l'Écriture seule, mais
interprétée, mais choisie, mais présentée par celui ou
ceux qui trouvent leur profit à l'innovation. Le piège est
dangereux pour les simples, et ce n'est que longtemps
après que l'on s'aperçoit qu'on a été trompé^ et que la
parole de Dieu, ce glaive à deux tranchants, comme parle
l'Apôtre, a fait de grandes blessures, parce qu'elle était
maniée par les fils de perdition.
3° Le troisième principe des hérétiques sur la réforme 3° introduction
, cie formules
de la Liturgie est, après avoir expulsé les formules ecclé- nouvelles qui
. . , . 1 > . . 1 ^^de^t au
siastiques et proclame la nécessite absolue de n'employer maintien de
' , l'erreur,
que les paroles de l'Ecriture dans le service divin^ voyant
ensuite que l'Ecriture ne se plie pas toujours, comme ils
le voudraient, à toutes leurs volontés; leur troisième
principe, disons-nous, est ào, fabriquer et d'introduire
des formules diverses^ pleines de perfidie, par lesquelles
les peuples sont plus solidement encore enchaînés à Ter-
reur, et tout rédifice de la réforme impie sera consolidé
pour des siècles.
4° On. ne doit pas s'étonner de la contradiction que 4° Contradiction
,,,,,., • • j j habituelle
Iheresie présente ainsi dans ses œuvres, quand on saura des hérétiques
que le quatrième principe, ou, si l'on veut, la quatrième leurs propres
nécessité imposée aux sectaires par la nature même de principes.
leur état de révolte, est une habituelle contradiction àveC
leurs propres principes. Il en doit être ainsi pour leur
confusion dans ce grand jour, qui vient tôt ou tard, où
Dieu révèle leur nudité à la vue des peuples qu'ils ont
séduits, et aussi parce qu'il ne tient pas à l'homme d'être
conséquent; la vérité seule peut l'être. Ainsi, tous les sec-
taires, sans exception, commencent par revendiquer les
400 L HERESIE ANTILITURGIQUE
INSTITUTIONS droits de l'antiquité ; ils veulent dégager le christianisme
LITURGIQUES , ,, i • i i
de tout ce que 1 erreur et les passions des hommes
y ont mêlé de faux et d'indigne de Dieu ; ils ne veulent
rien que de primitif, et prétendent reprendre au berceau
l'institution chrétienne. A cet effet, ils élaguent, ils effa-
cent, ils retranchent; tout tombe sous leurs coups, et
lorsqu^on s'attend à voir reparaître dans sa première pu-
reté le culte divin, il se trouve qu'on est encombré de
formules nouvelles qui ne datent que delà veille, qui sont
incontestablement humaines, puisque celui qui les a rédi-
gées vit encore. Toute secte subit cette nécessité; nous
l'avons vu chez les monophysites, chez les nestoriens ;
nous retrouvons la même chose dans toutes les branches
de protestants. Leur affectation à prêcher l'antiquité n'a
abouti qu'à les mettre en mesure de battre en brèche
tout le passé, et puis ils se sont posés en face des peuples
séduits, et leur ont juré que tout était bien, que les
superfétations papistes avaient disparu, que le culte divin
était remonté à sa sainteté primitive. Remarquons encore
une chose caractéristique dans le changement de la Li-
Non-seulement turgie parles hérétiques. C'est que, dans leur rage d'inno-
suppriment^îes vation, ils ne se contentent pas d'élaguer les formules
°^^tyfe ^ ^^ style ecclésiastique qu'ils flétrissent du nom de parole
ecclésiastique, ^m-Q^iiie. mais ils étendent leur réprobation aux lectures
IIlcllS lis ' -'-
Changent tout ^^ ^y^ prières memes que TEglise a empruntées à l'Ecri-
ce que l'Eglise a . . .
emprunte aux ture; ils changent, ils substituent, ne voulant pas prier
saintes i,-.^ t • • • a
Écritures. avec 1 bglise, S excommuniant ainsi eux-mêmes, et aussi
craignant jusqu'à la moindre parcelle de l'orthodoxie qui
a présidé au choix de ces passages.
5o Retranche- 5" La réforme de la Liturgie étant entreprise par les
ment de tout ce ^ . , i a , i /r i i
qui dans le sectaires dans le même but que la reforme du dogme
eTpr?me™s ^^^^ ^^^^ ^^^ ^'^ conséquence, il s'ensuit que, de même
mystères. q^£ |ç5 protestants se sont séparés de l'unité afin de
croire moins, ils se sont trouvés amenés à retrancher
dans le culte toutes les cérémonies, toutes les formules qui
DANS SES RAPPORTS AVEC LA LITURGIE 4OI
expriment des mystères. Ils ont taxé de superstition, i partie
jr J TA^ • ^ ^ • 1 1 , . CHAPITRE XIV
d idolâtrie, tout ce qui ne leur semblait pas purement "
rationnel, restreignant ainsi les expressions de la foi, obs-
truant par le doute et même la négation toutes les voies
qui ouvrent sur le monde surnaturel. Ainsi, plus de
sacrements, hors le baptême, en attendant le socinianisme
qui en affranchira ses adeptes ; plus de sacramentaux, de
bénédictions, d'images, de reliques des saints, de proces-
sions, de pèlerinages, etc. Il n'y a plus d'autel, mais sim-
plement une table; plus de sacrifice, comme dans toute
religion, mais seulement une cène; plus d'église, mais
seulement un temple, comme chez les Grecs et les Ro-
mains; plus d'architecture religieuse, puisqu'il n'y a plus
de mystères; plus de peinture et de sculpture chrétiennes,
puisqu'il n'y a plus de religion sensible ; enfin, plus de
poésie dans un culte, qui n'est fécondé ni par l'amour, ni
par la foi.
6° La suppression des choses mystérieuses dans la Li- 6» Extinction
totale de cet
turgie protestante devait produire infailliblement VextinC' esprit de prière
tion totale de cet esprit de prière quon appelle onction onction ïan^s le
dans le catholicisme. Un cœur révolté n'a point d'amour, catholicisme.
et un cœur sans amour pourra tout au plus produire des
expressions passables de respect ou de crainte, avec la
froideur superbe du pharisien; telle est la Liturgie pro-
testante. On sent que celui qui la récite s'applaudit
de n'être pas du nombre de ces chrétiens papistes qui
rabaissent Dieu jusqu'à eux par la familiarité de leur
langage vulgaire.
7" Traitant noblement avec Dieu, la Liturgie protes- 70 Proscription
. . . / 1. • '/ T--n • • du culte de
tante n a point besoin d'intermédiaires crées. Llle croirait la sainte yierge
A , , pf des saints
manquer au respect dû à l'Etre souverain, en invoquant
l'intercession de la sainte Vierge, la protection des saints.
Elle exclut tonte cette idolâtrie papiste qui demande à la
créature ce qu'on ne doit demander qu'à Dieu seul; elle
débarrasse le calendrier de tous ces noms d'hommes que
T. I 26
402 DE LA REFORME PROTESTANTE DU XVr SFECLE
INSTITUTIONS l'Église romaiile inscrit si témérairement à côté du nom
LITURGIQUES i ta • 1 1 i •
de Dieu ; elle a surtout en horreur ceux des mornes et
autres personnages des derniers temps qu'on y voit figu-
rer à côté des noms révérés des apôtres que Jésus-Christ
a choisis, et par lesquels fut fondée cette Eglise primi-
tive, qui Seule fut pure dans la foi et franche de toute
superstition dans le culte et de tout relâchement dans la
morale.
8° Revendication 8° La réforme liturgique ayant pour une de ses fins
de^ia langue principales l'abolition des actes et des formules mystiques,
^service dfvin/ ^^ s'ensuit nécessairement que ses auteurs devaient reven-
diquer r usage de la langue vulgaire dans le service
divin. Aussi est-ce là un des points les plus importants
aux yeuxdes sectaires. Le culte n'est pas une chose secrète,
disent-ils; il faut que le peuple entende ce qu'il chante. La
haine de la langue latine est innée au cœur de tous
les ennemis de Rome; ils voient en elle le lien des catho-
liques dans l'univers^ l'arsenal de Torthodoxie contre
toutes les subtilités de Tesprit de secte, Parme la plus
puissante de la papauté. L'esprit de révolte qui les pousse
à confier à Tidiomede chaque peuple, de chaque province,
de chaque siècle^ la prière universelle, a, du reste, produit
ses fruits, et les réformés sont à même tous les jours de
s'apercevoir que les peuples catholiques, en dépit de leurs
prières latines, goûtent mieux et accomplissent avec plus
de zèle les devoirs du culte que les peuples protestants.
A chaque heure du jour, le service divin a lieu dans les
églises catholiques; le fidèle qui y assiste laisse sa langue
maternelle sur le seuil; hors les heures de la prédication,
il n'entend que des accents mystérieux qui même cessent
de retentir dans le moment le plus solennel, au canon de
la messe; et cependant ce mystère le charme tellement,
qu'il n'envie pas le sort du protestant, quoique l'oreille
de celui-ci n'entende jamais que des sons dont elle perçoit
la signification. Tandis que le temple réformé réunit, à
CONSIDÉRÉE DANS SES RAPPORTS AVEC LA LITURGIE 4o3
grand^peine, une fois la semaine, les chrétiens puristes, i partie
,,-/,,. . . CHAPITRE XIV
1 Eglise papiste voit sans cesse ses nombreux autels assié- '
gés par ses religieux enfants; chaque jour, ils s'arrachent à
leurs travaux pour venir entendre ces paroles mystérieuses
qui doivent être de Dieu, car elles nolirrissent la foi et
charment les douleurs. Avouons-le, c'est un coup demaître
du protestantisme d'avoir déclaré la guerre à la langue
sainte; s^il pouvait réussir à la détruire, son triomphe
serait bien avancé. Offerte aux regards profanes, comme
une vierge déshonorée, la Liturgie, dès ce moment, a
perdu son caractère sacré, et le peuple trouvera bientôt
que ce n^est pas trop la peine qu'il se dérange de ses tra-
vaux ou de ses plaisirs po^r aller entendre parler comme
on parle sur la place publique. Otez à V Eglise française
ses déclamations radicales et ses diatribes contre la pré-
tendue vénalité du clergé, et allez voir si le peuple ira
longtemps écouter le soi-disant primat des Gaules crier :
Le Seigneur soit avec vous; et d'autres lui répondre : Et
avec votre esprit. Nous traiterons ailleurs, d'une manière ,
spéciale, de la langue liturgique.
9° En ôtant de la Liturgie le mystère qui abaisse la 90 AflPranchisse-
k, . j 15 1 T 1 ' ment des
protestantisme n avait garde d oublier la conse- pratiques
quence pratique, savoir V affranchissement de la fatigue Va^piVte^et^^
et de la gêne qu imposent au corps les pratiques de la Li- ^'^^ gomme "^^
turgie papiste. D'abord, plus de jeûne, plus d'abstinence; des prières^
plus de génuflexion dans la prière; pour le ministre du particulières.
temple, plus d'offices journaliers à accomplir, plus même
de prières canoniales à réciter, au nom de TEglise. Telle
est une des formes principales de la grande émancipation
protestante : diminuer la somme des prières publiques et
particulières. L'événement a montré bientôt que la foi et
la charité, qui s'alimentent par la prière, s'étaient éteintes
dans la réforme, tandis qu'elles ne cessent, chez les catho-
liques, d'alimenter tous les actes de dévouement à Dieu et
aux hommes, fécondées qu'elles sont par les ineffables
10° Haine de la
puissance
papale
commune
à toutes les
sectes
dissidentes.
404 DE LA RÉFORME PROTESTANTE DU XVI® SIECLE
INSTITUTIONS ressourccs de la prière liturgique accomplie par le clergé
LITURGIQUES ^ \ '^ ^ J. JT O
■ séculier et régulier^ auquel s'unit la communauté des
fidèles.
10° Comme il fallait au protestantisme une règle pour
discerner parmi les institutions papistes celles qui pou-
vaient être les plus hostiles à son principe, il lui a fallu
fouiller dans les fondements de l'édifice catholique, et
trouver la pierre fondamentale qui porte tout. Son instinct
lui a fait découvrir tout d'abord ce dogme inconciliable
avec toute innovation : la puissance papale. Lorsque
Luther écrivit sur sa bannière : Haine à Rome et à ses
lois, il ne faisait que promulguer une fois de plus le
grand principe de toutes les branches de la secte anti-
liturgiste. Dès lors, il a fallu abroger en masse le culte
et les cérémonies, comme l'idolâtrie de Rome; la lan-
gue latine, l'office divin, le calendrier, le bréviaire, toutes
abominations de la grande prostituée de Babylone.
Le Pontife romain pèse sur la raison par ses dogmes,
sur les sens par ses pratiques rituelles ; il faut donc
proclamer que ses dogmes ne sont que blasphème et
erreur, et ses observances liturgiques qu'un moyen
d'asseoir plus fortement une domination usurpée et
tyrannique. C'est pourquoi, dans ses litanies émanci-
pées, l'Eglise luthérienne continue déchanter naïvement ;
De r homicide fureur, calomnie, rage et férocité du Turc
et du Pape ^ délivrez-nous.^ Seigneur [i). C'est ici le lieu
de rappeler les admirables considérations de Joseph de
Maistre, dans son livre du Pape^ où il montre, avec tant
de sagacité et de profondeur, qu'en dépit des dissonances
qui devraient isoler les unes des autres les diverses sectes
séparées, il est une qualité dans laquelle elles se réunissent
toutes, celle de non romaines. Imaginez une innovation
quelconque^ soit en matière de dogme, soit en matière de
(i) LutheHsches Gesangbuch. Leipzig. Pag. 667.
Il
H DANS SES RAPPORTS AVEC LA LITURGIE 405
discipline, et voyez s'il est possible de l'entreprendre sans i partie
, ' 1 ' 1 1 . . CHAPITRE XIV
encourir, bon gre, mai gre, la note de non romain^ ou si ■
vous voulez de moins romain^ si on manque d'audace.
Reste à savoir quel genre de repos pourrait trouver un
catholique dans la première, ou même dans la seconde de
ces deux situations.
11° L'hérésie antiHturgiste, pour établir à jamais son u» Un vaste
règne, avait besoin de détruire en fait et en principe tout nisme^esuâ
sacerdoce dans le christianisme; car elle sentait que là où imSilt'e^dria
il y a un pontife, il y a un autel, et que là où il y a un du^p^o^ntffi?rt
autel, il y a un sacrifice, et partant un cérémonial mysté- souverain.
rieux. Après donc avoir aboli la qualité du Pontife
suprême, il fallait anéantir le caractère de Tévêque, duquel
émane la mystique imposition des mains qui perpétue la
hiérarchie sacrée. De là un truste presbytérianisme^ qui
n'est que la conséquence immédiate de la suppression du
Pontificat souverain. Dès lors, il n'y a plus de prêtre
proprement dit; comment la simple élection, sans consé-
cration, ferait-elle un homme sacré ? La réforme de Luther
et de Calvin ne connaîtra donc plus que des ministres de
Dieu, ou des hommes, comme on voudra. Mais il est
impossible d'en rester là. Choisi, installé par des laïques,
portant dans le temple la robe d'une certaine magistrature
bâtarde, le ministre n'est qu'un laïque revêtu de fonctions
accidentelles; il n'y a donc plus que des laïques dans le
protestantisme; et cela devait être, puisqu'il n'y a plus de
Liturgie; comme il n'y a plus de Liturgie, puisqu'il n'y a
plus que des laïques.
1 2° Enfin, et c'est là le dernier degré de Tabrutissement, i^" Toute la
^ ^ ^ . , . hiérarchie
le sacerdoce n'existant plus, puisque la hiérarchie est résumée dans la
, personne
morte, le prince, seule autorité possible entre laïques, se du prince
proclamera chef de la Religion, et l'on verra les plus fiers le PoTuVe
réformateurs, après avoir secoué le joug spirituel de Rome, suprême,
reconnaître le souverain temporel pour pontife suprême,
et placer le pouvoir sur la Liturgie parmi les attributions du
406 DE LA RÉFORME PROTESTANTE DU XVf SIECLE
INSTITUTIONS droît mdj estatîûîte . Il n'y aura donc plus de dogme, de
LITURGIQUES j m j l ai
~ morale, de sacrements, de culte, de christianisme, qu'au-
tant qu^il plaira au prince, puisque le pouvoir absolu lui '
est dévolu sur la Liturgie par laquelle toutes ces choses ont
leur expression et leur application dans la communauté des
fidèles. Tel est pourtant PaxiomeTondamental delà Réforme
et dans la pratique et dans les écrits des docteurs protes-
tants. Ce dernier trait achèvera le tableau, et mettra le
lecteur à même de juger de la nature de ce prétendu
affranchissement, opéré avec tant de violence à l'égard de
la papauté, pour faire place ensuite^ mais nécessairement,
à une domination destructive de la nature même du chris*^
tianisme. Il est vrai que, dans les commencements, la secte
antiliturgiste n'avait pas coutume de flatter ainsi les
puissants : albigeois, vaudois, v^iclefites, hussites, tous
enseignaient qu'il fallait résister et même courir sus à tous
princes et magistrats qui se trouvaient en état de péché,
prétendant qu'un prince était déchu de son droit, du
moment qu^il n'était pas en grâce avec Dieu. La raison de
ceci est que ces sectaires craignant le glaive des princes
catholiques, évêques du dehors, avaient tout à gagner en
minant leur autorité. Mais du moment que les souverains,
associés à la révolte contre l'Eglise, voulaient faire de la
religion une chose nationale, un moyen de gouvernement,
la Liturgie réduite, aussi bien que le dogme, aux limites
d'un pays,ressortissait naturellement à la plus haute auto-
rité de ce pays, et les réformateurs ne pouvaient s'empê-
cher d'éprouver une vive reconnaissance envers ceux qui
prêtaient ainsi le secours d'un bras puissant à l'établisse-
ment et au maintien de leurs théories. Il est bien vrai qu'il
y a toute une apostasie dans cette préférence donnée au
temporel sur le spirituel, en matière de religion; mais il
s'agit ici du besoin même de la conservation. Il ne faut
pas seulement être conséquent, il faut vivre. C'est pour
cela que Luther, qui s'est séparé avec éclat du pontife de
CHAPITRE XIV
DANS SES RAPPORTS AVEC LA LTTURGTE 407
Rome, comme fauteur de toutes les abominations de Baby- ^„'J*^^"^'^
ione, ne rougit pas lui-même de déclarer théologiquement
la légitimité d'un double mariage pour le landgrave de
Hesse, et c'est pour cela aussi que Tabbé Grégoire trouve
dans ses principes le moyen de s'associer tout à la fois au
vote de mort contre Louis XVI à la Convention, et de se
faire le champion de Louis XIV et de Joseph II contre les
Pontifes romains.
Telles sont les principales maximes de la secte anti-
liturgiste. Nous n'avons^ certes, rien exagéré; nous n'avons
fait que relever la doctrine cent fois professée dans les
écrits de Luther, de Calvin, des Centuriateurs de Magde-
bourg, de Hospinien, de Kemnitz, etc. -Ces livres sont
■ faciles à consulter, ou plutôt Toeuvre qui en est sortie est
sous les yeux de tout le monde. Nous avons cru qu'il était
utile d'en mettre en lumière les principaux traits. Il y a
toujours du profit à connaître l'erreur; renseignement
direct est quelquefois moins avantageux et moins facile.
C'est maintenant au logicien catholique de tirer la contra-
dictoire.
1
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE XV
REFORME CATHOLIQUE DE LA LITURGIE. — PAUL IV. PIE IV,
— CONCILE DE TRENTE. SAINT PIE V. BREVIAIRE ROMAIN.
MISSEL ROMAIN. — INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
EN ITALIE^ EN ESPAGNE, EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE ^
l'occident. — PALESTRINA. — SIXTE-QUINT. CONGREGATION
DES RITES. — GRÉGOIRE XIII. REFORME DU CALENDRIER.
MARTYROLOGE ROMAIN. CLEMENT VIII. PONTIFICAL RO-
MAIN. CÉRÉMONIAL ROMAIN. — AUTEURS LITURGISTES DU
XVI® SIÈCLE.
Le XVI® siècle, "au sein duquel les véritables doctrines
liturgiques avaient souffert de si rudes atteintes, et qui
avait été témoin des réformes malavisées de Ferreri et de
Quignonez, devait néanmoins voir s'accomplir une véri-
table, solide et légitime réforme; mais c'était aux pontifes
romains qu'il était réservé de l'entreprendre par eux-
mêmes et de la consommer. Gomme toujours, le clergé
régulier dut influer sur une œuvre si importante ; mais ce
n'étaient déjà plus les franciscains. A l'action insuffisante
des ordres mendiants s'était adjoint le zèle de cette nou-
velle branche qui venait de pousser au grand arbre de
l'état religieux, et qu'on désignait sous le nom de Clercs
réguliers. Les plus anciens de cette milice, les théatins.
Clément VII fondés par saint Gaétan deThienne, attachèrent leur nom
charge -^
saint Gaétan et à la première tentative de réforme liturgique qui puisse
Jean— r lerre ^ ^ ^ 1/1
Caraffa être prise au sérieux, et préparèrent le grand résultat
au projet d'un obtenu plus tard par saint Pie V. Glément VII, le même
nouveau . , r^ • 1 «n x i. '
bréviaire, qui chargea Quignonez de travailler a un nouveau bre-
I
REFORME CATHOLIQUE DE LA LITURGIE 409
viaire, avait donné la même commission à saint Gaétan ^ ^^^"^^^
et à Jean-Pierre Garaffa, l'un de ses premiers associés,
qui plus tard fut pape sous le nom de Paul IV. Le Bref
qui leur confère cette marque de haute confiance aposto-
lique existe encore dans les annales des théatins (i), où il
porte la date du 21 janvier 1529. Le bréviaire de Quignonez
fut préféré, parce que sans doute il était moins long, et dis-
posé dans une forme plus élégante : celui des théatins, dû en
partie à Garaffa, alors évêque de Ghieti, ne se recomman-
dait que par le maintien des antiques et vénérables usages,
par l'épuration des histoires apocryphes, la correction des
rubriques, la substitution des vraies leçons des saints
Pères à des homélies tirées d'auteurs hétérodoxes^ tels que
Origène, Eusèbe Emissène, etc. (2). Garaffa était trop grand
amateur de l'antiquité et trop grave pour ne pas dédaigner
l'œuvre de Quignonez; il suivit donc l'exemple de sain^
François Xavier, et montra, même ouvertement, son mé-
pris pour le bréviaire de ce cardinal (3). Il vint à monter Devenu Pauliv,
en i555, sur la chaire de Saint-Pierre, et l'un de ses pre- ^Y^^tVenir^^
miers soins fut de déclarer qu'on n'accorderait plus, à ^d'Sseî^dïTa^
l'avenir, la permission d'user de cette liturgie abrégée. Liturgie abrégée
\ ^ D D 7 de Quignone?:
bien qu'il ne jugeât pas encore à propos de retirer les et continue
^ . . , , . son travail su
facultés d'en user qui avaient été antérieurement obtenues. i« bréviaire.
Il se remit ensuite à travailler avec ardeur à la rédaction
de son bréviaire réformé ; mais, comme il voulait accom-
plir par lui-même cette œuvre si importante et si digne
d'un pape, il arriva qu'étant détourné par les nombreuses
et graves préoccupations de la dignité suprême, il ne put
arriver à mettre ce bréviaire en état d'être promulgué. Il
(i) Silos. Hist. Theatin., lib. III. Apud Bolland., tom. II, August
die VII, pag. 25 1.
(2) Vita e gesti di Giovanni Pietro Caraffa, cioè di Paolo IV Pon-
tefice Massimo, raccolti dal P. D. Antonio Caracciolo. Mss. de l'an i633,
cité par Arevalo. Hymnodia Hispanica, pag. 392 et seq.
(3) Ibidem.
sur
410 REFORME CATHOLIQUE DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS nr^Qurut en t55q, après quatre ans d'un pontificat éner-
LITURGIQUES J^ l i- x
gique, qu'il avait commencé ayant déjà atteint sa soixante-
dix-neuvième année.
Paul IV ne Après la mort de Paul IV, Pie IV, son successeur, mit
consent pas a la -r^
reprise des tous ses soins à la Continuation du concile ouvert à Trente
travaux . v i.
du concile sous Paul III, en 1545, et depuis suspendu à diverses
de Trente
et veut que 'la fois. Paul IV^ dans son zèle ardent pour les droits du Siège
de PÉgiise soit apostolique, n'avait pas voulu consentir à la reprise des
TaSîon^^ travaux de ce concile, persuadé que Fautorité du Pontife
immédiate des j^Qj-Q^in, employée avec fermeté et persévérance, suffisait
pontifes. ipouv accomplir la réforme de l'Eglise. Au reste, Paul IV
était digne de concevoir une pareille espérance; mais il
était dans les plans de la divine Providence que, pour
s^accommoder davantage aux idées et aux prétentions de
ce siècle, un concile, entravé d'ailleurs en mille manières
par les puissances et les nationalités temporelles, eût la
plus grande part à Toeuvre de la réforme catholique. Il est
vrai aussi d'ajouter que cette assemblée eut le bonheur de
se sentir dirigée par des légats dévoués au Siège aposto-
lique, dont ils recevaient et transmettaient les instructions,
et qu'une suite de grands pontifes, saint Pie V, Gré-
goire XIII, Sixte-Quint, Clément VIII, Grégoire XV, se
montra disposée à appliquer les canons de Trente avec
cette vigueur inviolable qui en a fait pénétrer l'esprit et
les maximes dans toutes les institutions catholiques, depuis
cette grande époque.
Dans le dessein Paul IV avait pensé que la réforme de la liturgie ne
laWorme pouvait se faire qu'à Rome; qu'elle devait être Poeuvre
devfdtXe propre d'un pontife romain, successeur des Gélase et des
dïn YucceTseur Grégoire. Il ne tint pas à Pie IV, comme nous verrons,
et deÏGré^o? e ^^^ ^^^^^ réforme ne se fît à Trente ; mais le divin auteur
de l'Église, qui a établi Rome métropole du gouvernement
ecclésiastique, et son Église la mère de tous les fidèles,
sut bien amener les choses au point oià elles devaient être,
et la publication delà Liturgie réformée se fit définitivement
RÉFORME CATHOLIQUE DE LA LITURGIE 41 I
par l'autorité du souverain Pontife, dans cette capitale du ^ partie
T1-- A^J ^ 1// ., CHAPITRE XV
catholicisme. Avant de raconter ce grand événement, il
est nécessaire que nous donnions quelques détails sur les
dispositions daiTS lesquelles se trouvait le concile au sujet
de la réforme liturgique.
Nous avons parlé, au chapitre précédent, des nécessités Projet
,,../. 1, . , de réforme
qui réclamaient impérieusement 1 attention des pasteurs liturgique '
de rÉglise, sur la matière si grave du culte divin. Dès ^^cœicik ^
Pan i536, on avait tenu à Cologne un concile dont les ^InfssT.^
canons, très-expressifs, sont de la plus haute importance
pour caractériser les éléments qui se remuaient alors au
sein de l'Eglise. Il fut assemblé par le fameux archevêque
Hermann, qui eut depuis le malheur d'embrasser le
luthéranisme. Cette circonstance explique plus que suffi-
samment l'extrême liberté avec laquelle la discipline de
cette époque se trouve parfois qualifiée dans les actes de
ce concile. Sur l'article de la Liturgie, aux sixième et au
onzième canon de la seconde partie, on articule le projet
d'une réforme ; on affirme que le bréviaire se trouve con-
tenir des histoires dépourvues d^autorité et de gravité,
plainte qui n'aurait rien eu que de très-légitime; mais on
émet hardiment le vœu de voir supprimer même les his-
toires authentiques, pour les remplacer par de simples
lectures de TEcriture sainte (i). Quant au missel, les Pères
réprouvent, avec raison, plusieurs innovations qu'on y
avait introduites, et qui offensaient le respect dû au plus
auguste des mystères (2). La prétention émise ici sur
(i) Nam cum olim a sanctissimis Patribus institutum sit, ut solae
Scripturœ sacrae in Ecclesia recitarentur, nescimus qua incuria acciderit,
ut in earum locum successerint alia cum his neutiquam comparanda,
atque intérim historiée sanctorum tam inculte ac tam negligenti judicio
conscriptae, ut nec auctoritatem habere videantur, nec gravitatem. Deo
itaque auctore, deque concilio capituli nostri, ac theologorum, alio-
rumque piorum virorum, reformationem Breviariorum meditabimur.
{Conc. Labb., tom. XIV, p. 504.)
(2 Peculiaria missarum argumenta, recens praeter veterum institu-
tionem inventa, etiam Patribus displicuerunt, quod tantum mysterium
412 RÉFORME CATHOLIQUE DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS TEcriture sainte, comme matière unique de la Litursie,
LITURGIQUES . ,. , , t> '
"— — ■ avait déjà été exprimée en Allemagne, dans les articles de
réforme proposés par Tempereur au concile de Bâle (i).
Réclamations Dans la première période du concile de Trente, les
le bréviaire Pères n'eurent pas le loisir de s'occuper de la Liturgie;
et d enf a^iKie? ^^îs OU a VU plus haut que déjà des réclamations en
de^hTutuJ^e f^^i^^^ avaient été déposées contre le bréviaire de Quigno-
présentées au j^^^^ ^^ concile ayant été momentanément suspendu,
de Trente, nous retrouvons encore des réclamations concernant la
Liturgie, dans un projet de réforme dressé par Charles-
Quint, à Augsbourg. On y demande que la forme des
prières de l'Eglise soit ramenée aux institutions des anciens
Pères ; que l'on donne à des hommes pieux et doctes le
soin de purger les bréviaires de tout ce quMls contiennent
d'apocryphe et de moins conforme à la pureté du culte
divin (2). A la reprise du concile, sous Pie IV, on trouve
dans un mémoire donné au cardinal de Lorraine, qui se
rendait à Trente, en i562, l'injonction faite à ce prélat par
le roi et les états généraux du royaume d'insister for-
tement auprès des Pères du concile sur la nécessité d'épu-
rer le service divin, de retrancher les superstitions et de
revoir les prières et les cérémonies (3). Tous ces faits qui
attestent déplus en plus l'urgence de la réforme liturgique
pro affectu cujuslibet tractari non deceat. Prosas indoctas nuperius mis-
salibus caeco quodam judicio invectas prasterniittere per nos liceret. Vide-
bimur ergo operae pretium. facturi , si Missalia perinde atque Breviaria
pervideri curemus, ut amputatis tantum superfluis, et quae superstitiosius
invecta videri possint, ea tantum, quas dignitati Ecclesias et priscis insti-
tutis consentanea fuerint relinquantur. (Ibidem.)
(i) Breviaria et Missalia expurganda, resecandaque omnia quœ non ex
divinis sint desumpta Litteris, et taediosam prolixitatem psalmorum et ora-
tionum, habito delectu, contrahendam. Articul. XIL [Vid. Grandcolas,
Commentaire hist. sur le Brév. Rom., tom. I, pag. 20.)
(2) Breviarium in formam precum et orationum ab antiquis Ecclesiae
Patribus et rectoribus traditampraescriptamque redigendum; insuper apo-
crypha, parumque ad sincerum cultum pertinentia a Breviariis resecanda.
[Vid. Benedict. XIV, De Canoni^atione Sanctoriim,\\h. IV, part. II, cap. j3.
(3) Histoire ecclés . de Fleury . Continuation. Tom. XXXIII, pag. 14.
RÉFORME CATHOLIQUE DE LA LITURGIE 4l3
et le zèle que les peuples catholiques mettaient encore au i partie
CHAPITRE XV
XVI® siècle à ce qui concernait le culte divin, montrent en
même temps toute la gravité de la situation dans laquelle
allait se trouver le concile, au milieu de toutes ces préten-
tions, parmi lesquelles on ne pouvait s^empêcher de
démêler certaines inspirations plus ou moins suspectes.
Pie IV, qui montra toujours dans la direction du con- Pie iv envoie
., , , -A • • • n- ^^^x Pères
cÛQ^ par ses légats, un tact si sur et une si juste mteili- du concile le
gence des véritables besoins de l'Église, voulant mettre de Paul iv,
les Pères en mesure d'accomplir, suivant toutes les con- inspiré ^^deS a
venances canoniques, Tœuvre tant désirée de la réforme grégo'rienne.
liturgique, leur envoya le travail de Paul IV. C'était leur
tracer la ligne la plus sûre, puisque ce grand Pape n'avait
eu en vue dans sa réforme que de rapprocher le bréviaire
des sources grégoriennes et de le dégager des additions
arbitraires, ou peu séantes, qu'on s'était permis d'y faire
dans les derniers siècles. Le concile, préoccupé des graves
objets qui remplissaient ses sessions, de la dix-huitième à
la vingt-cinquième, se trouva être arrivé à Tan i563,
avant que la commission chargée par lui de la réforme du
bréviaire eût eu assez de loisir pour terminer son œuvre.
Deux sentiments semblaient partager l'assemblée : les uns
voulaient qu'on établît une parfaite unité liturgique dans
toute l'Eglise^ les autres soutenaient les rites particuliers
des diocèses. La décision d'une si importante affaire. Le concile
renvoie
jointe à la lenteur qu'entraînerait infailliblement la correc- au Pontife
tion faite en détail de l'ensemble de la Liturgie, devait exi- de réformer
, j ., , . . , l'ensemble
ger beaucoup de temps ; car il ne s agissait pas seulement de la Liturgie,
du bréviaire, mais encore du missel; or il était urgent de poppo^iti^on de
terminer enfin le concile. Pour éviter de nouveaux retards ^r^rékts^*
les légats proposèrent de renvoyer le soin de la réforme
liturgique au Pontife romain ; ce qui fut approuvé dans la
vingt-cinquième session (i). Il y eut bien quelques prélats
(i) Conc. Trid. Sess. XXV. Decretum de Indice librorum et Catechismo,
Breviario et Missali.
414 REFORME CATHOLIQUE DE LA LITURGIE
INSTITUTIONS qui maiiifestèrent de Topposition. Uévêque de Lérida,
LITURGIQUES 1 i-
entre autres, prononça un long discours pour prouver
qu'on avait bien plus de ressources dans le concile pour
traiter un si important objet qu'on , n'en pourrait avoir à
Rome, où l'on n'avait point une connaissance aussi exacte
des usages des différents pays. Cette prétention ne fut pas
écoutée et ne devait pas l'être, pour peu que l'on voulût
arriver à une conclusion quelconque. En effet il ne s'agis-
sait pas de donner une nouvelle Liturgie, mais simplement
d'épurer, de ramener à la forme antique celle de l'Église
d'Occident. Or cette Liturgie était celle de Rome ; ses
sources étaient à Rome ; cette capitale de l'Eglise catho-
lique était donc le seul endroit où la correction liturgique
En remettant pût s'accomplir. Si le concile de Trente, pour rétablir
au Pontife ^ ^ ^ ^ ^ ^ ^
romain l'unité, eût voulu faire un ensemble de tous les usages
la réforme , it tv /-\ > -ia/'
liturgique, le epars dans les divers diocèses de l'Occident, il n eut réussi
proclame une qu'à produire un ensemble monstrueux et incohérent qui
fois de plus la , ^^ '^ i r i? v 5 r • ^ ^ i • • ^ ^ 1
nécessite pour ^ eut rétabli 1 unitc qu en froissant a plaisir toutes les
^^d'Occidim^ prétentions locales, allumant ainsi une guerre entre les
de suivre la églises dont les usages eussent été préférés, et celles qui
de Rome. auraient cru voir leurs coutumes tombées dans le mépris.
Pie IV mande Le concile, en remettant au Pontife romain la réforme
la commission du bréviaire et du missel, ne fit donc autre chose que de
du^co^iîci^e. proclamer une fois de plus la nécessité pour toute l'Eglise
d'Occident, de suivre la Liturgie de l'Église mère et maî-
tresse. On rapporta à Rome les manuscrits de Paul IV,
et toutes les pièces du travail qu'avaient exécuté, dans la
même ligne, les commissaires du concile. Pie IV manda
en même temps auprès de lui ces derniers, et leur adjoi-
Saint Pie V gnit plusieurs doctes personnages de Rome; mais ce Pape
augmente , , , , • -n»- tr
le nombre des ayant ete prevenu par la mort, saint Pie V, son succès-
commissaires . • 1 • • 1
et presse seur, prit en main ce grand œuvre et ajouta aussi de nou-
feur^travaii.^ veaux commissaires pour en hâter la consommation (i)*
(i) Benedict. XI V. Ibidem.
BRÉVIAIRE ROMxVIN DE SAINT PIE V 4l5
Nous n'avons pu découvrir jusqu'ici, malgré toutes nos i partie
. CHAPITRE XV
recherches, les noms de tous les membres de cette impor-
tante commission. Merati se borne à nous faire connaître Noms de
le cardinal Bernardin Scotti, et Thomas Golduelli, évêque ^^^ ï^s^'^^^^
d'Asaf, tous deux de Tordre des théatins, auquel appar- commissaires.
tient la plus grande part de l'honneur de la correction
liturgique du xvi^ siècle (i). Zaccaria pense, avec
Lagomarsini, qu'il faut attribuer aussi une action impor-
tante sur cette oeuvre au cardinal Guillaume Sirlet et au
docte Jules Poggio (2).
Nous exposerons ici, en peu de mots, les principes qui Principes qui
présidèrent à la correction du bréviaire de saint Pie V. ^^^correSon
D'abord, l'idée fondamentale de Paul IV et de ses con- de'^sai^'t^'^Pie v.
frères les théatins, idée adoptée par le concile de Trente
et par Pie IV, mais diamétralement opposée à celle de
Oui^nonez, était qu'il n'y avait d'autre réforme de la Rapprocher
, , . la Liturgie
Liturgie à accomplir, que de la rapprocher des sources des sources
. . , ,. . . , ^ , . , antiques
antiques, en rejetant la distinction d'un office récite en et rejeter la
,. ,, pr 1 1- Ti r 11 • 1 1 distinction d'un
particulier et d un omce public. 11 lallait donc consulter office public
les plus anciens manuscrits et rétablir Tordre et la dis- ^partkuHer!
position qu'ils offraient, tant dans le psautier que dans
le partage des livres de TEcriture^ dans les répons, les
antiennes et les hymnes. Par ce moyen, l'Église demeu-
rait semblable à elle-même.
Quant aux fêtes des nouveaux saints, les correcteurs sobriété
jugèrent devoir se montrer très-sobres à les admettre, non padmissUm des
par un amour systématique de V Office féi^ial^ mais pour nouveaux
ne pas usurper la place des âges suivants. Ils conservèrent
donc un certain nombre d'offices en Thonneur des saints
admis au calendrier depuis saint Grégoire ; mais on eut
soin que ces offices, ordinairement réduits aux leçons du
second nocturne, n'eussent plus ni hymnes, ni antiennes
(1) Merati, tom. III, édit. Venet., pag. i5.
(2) Zaccaria, Bibliotheca Ritualis, tom. I, pag. 116,
saints.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Le canon de
saint
Grégoire VII
sur le partage
, des saintes
Ecritures remis
en vigueur et
les leçons
choisies
de manière à
donner l'aspect
complet des
livres sacrés.
Discernement
dans le choix
des homélies et
autres
passages des
saints Pères.
Révision de la
teneur
et du style des
légendes
des saints.
416 BRÉVIAIRE ROMAIN DE SAINT PIE V
propres , pour prévenir un encombrement qu'un zèle
mal réglé n'eût pas manqué de produire dans un temps
plus ou moins long. Les Propices des diverses Églises
devaient suppléer à ce que le bréviaire général ne renfer-
merait pas.
Le nombre des fêtes des saints se trouvant réduit de
beaucoup, les correcteurs se virent en mesure d'assigner à
l'office férial deux cents jours environ sur l'année, et par
là tomba le reproche que faisait Quignonez au bréviaire
de son temps, de priver les clercs de la récitation hebdo-
madaire du psautier.
On remit en vigueur le canon de S. Grégoire Vïl, sur le
partage des saintes Ecritures dans les leçons de Matines.
Il n'y eut que les Paralipomènes, Esdras et Baruch, pour
lesquels il ne se trouva pas de place : mais le choix des
passages fut fait avec tant de goût et de précision, que l'on
peut dire que leur ensemble donne un aspect aussi com-
plet des saintes Ecritures que celui même que peut four-
nir le bréviaire de Quignonez, dans la préface duquel on
promet, il est vrai, la lecture annuelle de la Bible : pro-
messe qui n'est cependant pas remplie.
Les homélies et autres passages des saints Pères sont
choisis, pour l'ordinaire, avec un discernement supé-
rieur. S'il en est quelques-uns empruntés à des livres
que la critique moderne a reconnus apocryphes, il faut
se rappeler que cette science ne faisait alors que de naître, J
et que les grandes et correctes éditions dont nous jouis-
sons aujourd'hui n'existaient pas. Un homme impar-
tial n'oserait reprocher à Baronius et à Bellarmin les
taches de ce genre qu'on remarque dans leurs immortels
écrits.
Les légendes des saints se montrent purgées de tous lesj
faits apocryphes qu'on y voyait avec peine ; et si, aujour-
d'hui, de sévères censeurs ont encore des reproches à faire
au bréviaire romain, sous le rapport de la critique histo-l
BRÉVIAIRE ROMAIN DE SAINT PIE V 417
;rique, nous les renvoyons à Benoît XIV, qui a traité la i partie
matière (i), en attendant que la marche suivie dans cet '^"^^^^^"'^^ ■
ouvrage nous amène à discuter la valeur de cette censure.
Quant au style de ces légendes, on doit reconnaître que s'il
offre des variations, parce qu'on jugea à propos d'en rete-
nir quelques-unes d'anciennes, le plus grand nombre est
d'une rédaction à la fois élégante et conforme au style
liturgique. Nous citerons surtout, dans cette dernière
classe, celles des saints docteurs qui appartiennent d'ordi-
naire à Sirlet et à Poggio.
Pour ce qui regarde les rubriques du bréviaire, on Les rubriques
put y faire quelques corrections ; mais elles restèrent à p'^u ~ans
en somme ce qu'elles étaient. Nous avons exposé au "^^^^^^^^^o^-
chapitre xiii les principes de l'Église sur cette matière,
et fait voir combien ils diffèrent des maximes de Qui-
gnonez.
Tel était le bréviaire réformé, conforme du reste, pour Rien de plus
les répons, les antiennes et autres formules dont nous ài?andq?i!é
n'avons pas parlé en détail, aux anciens livres grégoriens ^^^ le bréviaire
... rn*., ofc> ^^? réforme,
etprincipalement a 1 Antiphonaire ou Responsorial publié ^^ ^^^^ i^ême
par le B. Tommasi. On ne pouvait donc rien voir de plus Grancoias.
pur, de plus conforme à l'antiquité; c'est ce qui fait dire au
docteur Grancolas, malgré ses préjugés : « Si, auix^ siècle,
le bréviaire romain mérita tant d'applaudissements,
et d'être préféré à tous ceux des autres églises, il parut
avec plus de lustre, après que le pape Pie Y l'eut fait
revoir ; aussi, peut-on dire que,depuis ce temps-là, toutes
les églises particulières l'ont tellement adopté, que
celles qui ne l'ont pas pris sous le nom de Bréviaire
romain, l'ont presque tout inséré dans le leur, en l'ac-
commodant à leur rite (2). » Il est vrai que, sous ce
dernier rapport, les choses ont quelque peu changé en
(i) De Canoni^atione SS,, lib. IV, part. II, cap. xiii.
(2) Commentaire historique sur le Bréviaire romain., tom. I, p. u»
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Saint Pie V
publie la bulle
Quod a nobis
pour la
promulgation
du bréviaire.
Raisons qui
rendaient
là réforme du
bréviaire
nécessaire.
418 BRÉVIAIRE ROMAIN DE SAINT PIE V
France, depuis 1727, époque à laquelle Grancolas écrivait
son livre.
Quand tout fut terminé, saint Pie V donna la Bulle pour
lapromulgationdu bréviaire. Elle commence par ces mots :
Quod a nobis. En voici la traduction.
« Pie, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu :
« Obligé par Tofïice de Notre charge pastorale à mettre
tous Nos soins à procurer, autant que Nousle pourrons,
par le secours de Dieu, l'exécution des décrets du concile
de Trente, Nous Nous y sentons d'autant plus tenus dans
les choses qui intéressent directement la gloire de Dieu
et les obligations spéciales des personnes ecclésiastiques.
Nous plaçons au premier rang, parmi ces choses, les
prières sacrées, louanges et actions de grâces qui sont
comprises au bréviaire romain. Cette forme de l'office
divin, établie autrefois avec^piété et sagesse par les sou-
verains Pontifes Gélase I et Grégoire I^ réformée ensuite
par Grégoire VII , s'étant, par le laps du temps, écar-
tée de Fancienne institution, il est devenu nécessaire de
la rendre de nouveau conforme à Tantique règle de la
prière. Les uns, en effet, ont déformé Tensemble si
harmonieux de l'ancien bréviaire, le mutilant en beau-
coup d'endroits, et l'altérant par Taddition de beaucoup
de choses incertaines et nouvelles. Les autres, en grand
nombre^ attirés par la commodité plus grande, ont
adopté avec empressement le bréviaire nouveau et
abrégé qui a été composé par François Quignonez,
cardinal-prêtre du titre de Sainte-Croix en Jérusalem*
En outre, cette détestable coutume s'était glissée dans
les provinces, savoir, que dans les églises qui, dès l'ori-
gine, avaient l'usage de dire et psalmodier les Heures
canoniales, suivant l'ancienne coutume romaine, aussi
bien que les autres, chaque évêque se faisait un bré-
viaire particulier , déchirant ainsi , au moyen de ces
nouveaux offices dissemblables entre eux et propres,
BREVIAIRE ROMAIN DE SAINT PIE V 419
« pour ainsi dire, à chaque évêché, cette communion qui ^ partie
CHAPITRE XV
« consiste à offrir au même Dieu des prières et des
« louanges en une seule et même forme. De là, dans un
« si grand nombre de lieux, le bouleversement du culte
« divin ; de là, dans le clergé, l'ignorance des cérémonies
« et des rites ecclésiastiques, en sorte que d'innombra-
« blés ministres des églises s'acquittaient de leurs fonc-
« tions avec indécence, et au grand scandale des gens
« pieux.
« Paul IV, d'heureuse mémoire, voyant avec une très- La révision
j . •' ' j 1 rc j- • -^ du bréviaire
« grande peme cette variété dans les omces divms, avait commencée par
« résolu d'y remédier, et pour cela, après avoir pris des et confiée ensuite
« mesures pour qu'on ne permît plus à l'avenir l'usage ^Trente ^a^été^
« du nouveau bréviaire, il entreprit de ramener la forme ^f,^^°^îl,Ç,^L
■*- cette assemoiee
« des Heures canoniales à l'ancienne forme et institution. ^^ souverain
pontife.
« Mais étant sorti de cette vie sans avoir encore achevé ce
« qu^il avait excellemment commencé, et le concile de
« Trente, plusieurs fois interrompu, ayant été repris par
« Pie IV, de pieuse mémoire, les Pères, réunis en assem-
« blée pour une salutaire réforme, pensèrent 'que le bré-
« viaire devait être restitué d'après le plan du même
« Paul IV. C'est pourquoi tout ce qui avait été recueilli
« et élaboré par ce Pontife dans cette intention, fut envoyé
« par le susdit pape Pie aux Pères du concile réunis à
« Trente. Le concile ayant donné à plusieurs hommes
« doctes et pieux la charge de la révision du bréviaire en
« sus de leurs autres occupations, et la conclusion dudit
« concile étant proche, l'assemblée, par un décret, remit
« Paffaire à terminer à l'autorité et au jugement du Pon-
« tife romain qui, ayant fait venir à Rome ceux des
« Pères qui avaient été désignés pour cette charge, et
« leur ayant adjoint plusieurs personnes idoines de la
même ville, entreprit de consommer définitivement cette
« œuvre.
<( Mais ce Pape étant lui-même entré dans la voie de
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Saint Pie V
a surveillé
lui-même
rexécution de
cette grande
entreprise.
Abolition du
bréviaire
de Quignonez
et de tous les
autres bréviaires
qui n'ont pas
une possession
légitime de
deux cents ans.
420 BREVIAIRE ROMAIN DE SAINT PIE V
« toute chair, et Nous, par la disposition de la clémence
■ « divine, ayant été élevé, quoique indigne, au sommet
« de TApostolat, Nous avons poussé avec un très-grand
« zèle l'achèvement de cette œuvre sacrée, appelant même
« le secours d'autres personnes habiles, et Nous avons
« aujourd'hui le bonheur, par la grande miséricorde de
« Dieu (car Nous le comprenons ainsi), de voir enfin ter-
ce miner ce bréviaire romain. Nous étant fait rendre
« compte plusieurs fois de la méthode suivie par ceux que
« nous avions préposés à cette affaire; ayant vu que, dans
c( l'accomplissement de leur œuvre, ils ne s'étaient point
« écartés des anciens bréviaires des plus illustres églises
« de Rome et de Notre bibliothèque Vaticane; qu'ils
« avaient, en outre, suivi les auteurs les plus graves en
« cette matière ; et que, tout en retranchant les choses
« étrangères et incertaines, ils n'avaient rien omis de ce
« qui fait l'ensemble propre de l'ancien office divin; Nous
« avons approuvé leur œuvre et donné ordre qu'on l'im-
« primât à Rome, et qu'elle fût divulguée en tous lieux.
« Afin donc que cette mesure obtienne son effet, par Tau-
« torité des présentes. Nous ôtons tout d'abord et abolis-
c( sons le nouveau bréviaire composé par ledit cardinal
« François, en quelque église, monastère, couvent, ordre,
c. milice et lieu, soit d'hommes, soit de femmes, même
« exempt, qu'il ait été permis par le Siège apostolique,
« même dès la première institution ou autrement.
« Et aussi, Nous abolissons tous autres bréviaires, ou
« plus anciens que le susdit, ou munis de quelque privi-i
« lége que ce soit, ou promulgués par les évêques dansj
« leurs diocèses, et en interdisons l'usage dans toutes les;
« églises du monde, monastères, couvents, milices, ordres
c( et lieux, tant d'hommes que de femmes, même exempts,]
« dans lesquels, de coutume ou d'obligation, l'office divin
« se célèbre suivant le rite de FEglise romaine; exceptant
c( cependant les Églises qui, en vertu d'une première ins-
BREVIAIRE ROMAIN DE SAINT PIE V 421
« titution, approuvée par le Siège apostolique, ou de la chap^tre^xv
« coutume, antérieures, l'une et l'autre, à deux cents ans, ""^
« sont dans l'usage évident d'un bréviaire certain. A celles- Toutes
• • • les éslises
« ci nous n'entendons pas enlever le droit ancien de dire autorisées sans
c( et psalmodier leur office, mais nous leur permettons, à se'sTrvir^clu
« s'il leur plaît davantage, de dire et de psalmodier au bréviah-e
« chœur le bréviaire que nous promulguons, pourvu que ^^pé7ê^uT^
« l'évêque et tout le chapitre y consentent. ^^ ^^ chapitre
■^ . y consentent.
« Nous révoquons entièrement toutes et chacune per- ^, . ^
^ ^ Revocation des
« missions apostoliques et autres, coutumes , statuts, permissions,
coutumes et
« même munis de serment, confirmation apostolique ou statuts
. ., , ,. -Il 1 . contraires,
« toute autre ; privilèges, licences et induits de prier et
c( psalmodier, tant au chœur que dehors, suivant l'usage
« et rites des bréviaires ainsi supprimés, accordés aux
« susdites églises, monastères, couvents, milices, ordres
« et lieux, ou aux cardinaux de ^a sainte Eglise romaine,
« patriarches, archevêques, évêques, abbés et autres pré-
ce lats des églises ; enfin à toutes autres et chacune per-
ce sonnes ecclésiastiques, séculières et régulières, de l'un
ce et l'autre sexe, pour quelque cause que ce soit; même
ce approuvés et renouvelés, en toutes formules qu'ils soient
ce conçus et de quelques décrets et clauses qu'ils soient
ce corroborés ; et voulons qu'à l'avenir toutes ces choses
ce aient perdu leur force et effet.
ce Ayant ainsi interdit à quiconque l'usage de tout autre, La forme
ce nous ordonnons que Notre bréviaire et forme de prier contenue dans
le bréviaire
a et psalmodier soit gardé dans toutes les églises du monde romain,
prescrite en
ce entier, monastères, ordres et lieux, même exempts, dans tout lieu, tant
ce lesquels l'office doit, ou a coutume d'être dit, suivant Xhors^'so^us^
ce l'usage et rite de ladite Église romaine, sauf la susdite étaWieFp^r^ les
ce institution ou coutume dépassant deux cents ans : sta- ^^^^ canoniques,
ce tuant que ce bréviaire, dans aucun temps, ne pourra
ce être changé en tout ou en partie, qu'on n'y pourra ajou-
cc ter, ni en enlever quoi que ce soit, et que tous ceux qui
« sont tenus par droit ou par coutume à réciter ou psal-
m
422 BREVIAIRE ROMAIN DE SAINT PIE V
INSTITUTIONS « modier les Heures canoniales, suivant l'usage et rite de
LITURGIQUES , _ ^ ^ ^ ^
« l'Église romaine (les lois canoniques ayant statué des
« peines contre ceux qui ne disent pas chaque jour Poffice
« divin), sont expressément obligés désormais, à perpé-
« tuité, de réciter et psalmodier les Heures, tant du jour
« que de la nuit, conformément à la prescription et forme
« de ce bréviaire romain, et qu'aucun de ceux auxquels
ce ce devoir est formellement imposé, ne peut satisfaire que
« sous cette seule forme.
« Nous ordonnons donc à tous et à chacun des patriarches,
c( archevêques , évêques , abbés et autres prélats des
« Églises, d'introduire ce bréviaire chacun d^ns leurs
• « églises, monastères, couvents, ordres, milices, diocèses
a et lieux susdits, [faisant disparaître les autres bréviaires^
« même établis de leur autorité privée, que nous venons
a de supprimer et abo.lir; et il est enjoint, tant à eux
« qu'aux autres prêtres, clercs, séculiers et réguliers, de
« l'un et l'autre sexe, fussent-ils d'ordres militaires ou
« exempts, auxquels est imposée l'obligation de dire ou
c( psalmodier l'office, d'avoir soin de le dire ou psalmo-
« dier, tant au chœur que dehors,^suivant la forme de ce
« bréviaire (i). »
Saint Pie V Le saint Pontife déclare ensuite éteindre l'obligation de
Pobifgatîon de réciter à certains jours l'office de la sainte Vierge et des
^deTa'saift? Morts, les Psaumes de la pénitence et les Psaumes
^^^jvP^ r ^^^ graduels, afin de donner plus de zèle au clergé pour la
les Psaumes de récitation du bréviaire réformé, et publie des indulgences
la pénitence . , . , . ^
et graduels, pour ceux qui, désormais, auront la dévotion de continuer
et accorde des . 15 1 i« • 1 r
indulgences ces pratiques. 11 annonce que 1 obligation de se conformer
à ceux qui les ,,.. ,^ ,v j^\. «jj
diront au breviaire reforme pèsera de tout son poids dans un
par evotion. j^^jg^ g^j, ^^^g ^^^^^ q^j g^j^^ présents à la cour de Rome ;
pour ^^'adoptfon dans trois mois sur ceux qui, sans être à Rome, habitent
brévi^Ire.^ en-deçà des monts; dans six mois, pour ceux qui sont au
(i) Fîif. la Note A.
MISSEL ROMAIN DE SAINT PIE V 423
delà, aussitôt du moins qu'ils auront la facilité de s'en
procurer un exemplaire. Enfin, pour maintenir ce bré-
viaire dans toute sa pureté, il est dit qu'on ne pourra
l'imprimer dans aucun lieu sans la permission du Siège
apostolique, ou d'un commissaire par icelui délégué. Le
reste de la bulle est rempli par les clauses ordinaires de la
Chancellerie, et se termine par ces paroles : « Donné à
« Rome, à Saint- Pierre, l'an de l'Incarnation du Seigneur
« i568, le 7 des ides de juillet, la troisième année de
« notre Pontificat. »
Tel fut le premier acte de la réforme liturgique à Rome;
nous aurons bientôt à raconter l'application des mesures
de saint Pie V, dans les diverses églises de l'Occident. On
a sans doute observé les clauses de la bulle. Elle porte
l'abolition générale du bréviaire de Quignonez ; elle éta-
blit en tous lieux la forme d'ofiice contenue au Bréviaire
romain, sans y astreindre cependant les églises qui sont
depuis deux cents ans en possession d'un bréviaire parti-
culier, leur laissant toutefois la faculté de passer au nou-
veau bréviaire moyennant certaines formalités. Rome ne
pouvait pas appliquer au grand mal de l'anarchie litur-
gique un remède à la fois plus efficace et plus discret.
Nous allons montrer comment toutes les églises de l'Oc-
cident le comprirent et se firent un devoir d'entrer dans
les vues du Pontife romain et du concile de Trente.
Il restait encore à publier une portion non moins im-
portante de la Liturgie réformée ; le bréviaire ne pouvait
être utile sans un missel pareillement corrigé qui lui fût
conforme. La Commission romaine y avait simultané-
ment donné ses soins, et deux ans après la publication
du bréviaire, en lôyo, saint Pie V fut en mesure de pro-
mulguer le nouveau missel. Il était accompagné de la
Constitution suivante qui commence par ces mots : Quo
primum tempore,
« Pie, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu :
I PARTIE
CHAPITRE XV
Discrétion
et efficacité de
cette réforme
du bréviaire.
Promulgation
du missel
par la bulle
Quo primum
tempore tn iSyo.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Après avoir
corrigé
le bréviaire,
selon le vœu du
concile
de Trente, _
le Pape devait
s'appliquer à la
correction
du missel, afin
qu'il n'y eût
plus qu'un seul
rite pour la
célébration de
la messe
comme un seul
mode
de psalmodie.
Méthode selon
laquelle
ce travail a été
exécuté.
424 MISSEL ROMAIN DE SAINT PIE V
« Du moment que Nous avons été élevé au sommet de
« TApostolat, Nous avons appliqué de grand cœur toutes
Nos forces et dirigé toutes Nos pensées aux choses qui
concernent la pureté du culte ecclésiastique, travaillant
avec toute notre application à préparer et obtenir ce
but. Comme, entre les autres décrets du saint concile de
Trente^ il en est un qui Nous donne le soin de statuer
sur la publication et correction des saintes Écritures,
du catéchisme, du missel et du bréviaire; ayant déjà,
avec le secours de Dieu, fait paraître le catéchisme pour
l'instruction du peuple et corrigé le bréviaire , qui con-
tient la manière de rendre à Dieu les louanges qui lui
sont dues ; comme il était indispensable que le missel
répondît au bréviaire (puisqu'il convenait et semblait
même tout à fait nécessaire que, dans l'Eglise de Dieu,
il n'y eût plus qu'un seul mode de psalmodie et un seul
rite pour la célébration de la messe), il Nous restait à
Nous occuper, au plus tôt, de la publication du missel
qui manquait encore.
« Ayant, à cet effet, choisi plusieurs hommes doctes,
nous leur avons confié ce travail; et ceux-ci, ayant con-
féré avec grand soin tous les plus anciens manuscrits
de notre bibliothèque Vaticane, et d'autres encore appor-
tés d'ailleurs, les plus purs et les mieux corrigés; ayant
aussi consulté les ouvrages des auteurs anciens et
approuvés, qui ont laissé des écrits contenant la
science des rites sacrés, ils ont restitué le missel lui-
même, suivant Tantique règle et rite des saints Pères.
Ce missel ayant donc été reconnu et corrigé avec un
grand soin, afin de mettre tout le monde à même de
recueillir les fruits de ce travail. Nous avons donné
ordre qu'on l'imprimât et qu'on le publiât au plus tôt,
à Rome, pour que les prêtres connussent quelles prières,
quels rites et quelles cérémonies ils doivent désormais
retenir dans la célébration des messes. Afin donc que
MISSEL ROMAIN DE SAINT PIE V 425
;« tous embrassent et observent en tous lieux les traditions i partie
^ CHAPITRE XV
« de la sainte Eglise romaine, mère et maîtresse des ~"
« ajLitres Eglises, Nous défendons, pour Pavenir, et à per- ^ Ordre de
, . , 1, 1 , . . célébrer la messe
« petuite, que Ion chante ou récite la messe autrement que suivant la
'■ « suivant la forme du missel par Nous publié, dans toutes m[^ei dlns
^' a les édises ou chapelles du monde chrétien, patriarcales, }^^^^^ les
s- ^ ^ ^ ^ . églises qui
p(( cathédrales, collégiales, paroissiales, tant séculières que ^'^^\ p^s gardé
^ ' c> ' L ^ X depuis au moins
■ « régulières, de quelque ordre que ce soit, tant d'hommes deux cents ans
j r ^ j .,.,,.. ^ , un usage
; « que deiemmes, même de milice régulière et sans charge particulier dans
1 fi r*f* I f* h T'A t* 1 o n
[, « d'âmes, dans lesquelles la messe conventuelle doit être des messes
« suivant le droit ou la coutume célébrée à voix haute ou ^^ première"^
« basse, au chœur, diaprés le rite de PEfflise romaine ; J^^stitution ou
T T r t> ') d'une possession
« quand bien même lesdites églises, même exemptes, se- légitime.
« raient munies d'induit apostolique, coutumes, privi-
a léges, ou toutes facultés, confirmés par serment ou sanc-
« tion apostolique; à moins qu'en vertu d^une première
« institution ou d'une coutume, antérieures, l'une et l'autre
« à deux cents ans, on ait gardé assidûment dans les
c( mêmes églises un usage particulier dans la célébration
(( des messes ; en sorte que, de même que nous n^enten-
« dons pas leur enlever le droit ou la coutume de célébrer
« ainsi, de même nous permettons que, s'il leur plaît
« davantage, ils puissent^ du consentement toutefois de
« révêque ou prélat et du chapitre entier, célébrer les
« messes selon le missel que nous publions par les pré-
ce sentes : quant à toutes les autres églises susdites, nous
« ôtons et rejetons entièrement et absolument Tusage des
« missels dont elles se servent.
c( Statuons et ordonnons, sous la peine de Notre indi- Défense de rien
1 . . . j . , . V changer
« gnation, en vertu de cette constitution qui doit valoir a au missel,
a perpétuité, qu'on ne pourra rien ajouter, retrancher ou
« changer au missel que Nous publions; mandant etcom-
« mandant en vertu de la sainte obéissance, à tous et à •
« chacun des patriarches et administrateurs desdites
« églises, et autres personnes honorées d'une dignité ecclé-
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Liberté entière
de se servir
de ce missel
dans quelque
église que ce
soit.
Joie causée par
l'apparition
du bréviaire et
du missel
réformés.
426 INTRODUCTION DE LA LITURGIE RÉFORMÉE EN ITALIE
siastique quelconque, même cardinaux de la sainte
Eglise romaine, ou de quelque autre degré et préémi-
nence qu'ils soient^ de chanter et lire désormais la moese,
selon les rite, mode et règle que Nous publions dans ce
missel, en ayant soin d'omettre et rejeter entièrement,
à Tavenir, toutes autres manières et rites observés jus-
qu'ici d'après d'autres missels même anciens, en sorte
qu'ils n'aient pas la hardiesse d'ajouter d'autres céré-
monies ni de réciter d'autres prières dans la célébration
de la messe que celles contenues dans ce missel. De
plus. Nous concédons et accordons d'autorité aposto-
lique, par la teneur des présentes , que Ton puisse se
servir librement et licitement de ce missel pour les
messes tant chantées que récitées, dans quelques églises
que ce soit^ sans aucun scrupule de conscience et sans
pouvoir encourir aucunes peines, sentences ou cen-
sures ; déclarant aussi que nuls prélats, administrateurs,
chanoines, chapelains et autres prêtres de quelque nom
que ce soit, séculiers ou réguliers, ne pourront être
tenus à célébrer la messe autrement qu'en la forme par
Nous statuée, ni contraints et forcés à changer l'ordre
de ce missel (i). »
Le reste de la bulle a rapport au mode de promulga-
tion, qui est le même que pour le bréviaire, et aux pré-
cautions à garder dans l'impression. Après les formules
ordinaires de chancellerie, on lit ces paroles : « Donné à
« Rome, à Saint-Pierre, l'an de l'Incarnation du Seigneur,
« iSyo, la veille des ides de juillet^ la cinquième année
« de Notre pontificat. ^\m^
L'apparition d'un bréviaire et d'un missel réformés,
causa une grande joie dans toute l'Église. Des réclama-
tions universelles sur le désordre qui avait régné dans la
Liturgie, s'étaient fait entendre, et on y voyait un remède
(i) Vid. la Note B.
EN ESPAGNE, EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE L OCCIDENT 427
efficace. Le missel de saint Pie V était puisé exclusive- i partie
CHAPITRE XV
ment aux sources les plus pures de Tantiquité : son bré-
viaire, dégagé de toutes superfétations inutiles, n'avait plus Nature de la
,'rien, il est vrai, qui flattât l'orgueil diocésain ou national, par fe saint^
mais aussi on retrouvait à peu près tout ce qu'il contenait ^p|^^ ?app^of tT
dans les bréviaires locaux. Les diocèses qui se trouvaient l'adoption de
dans le cas de l'exception prévue par la bulle, avaient
encore le choix entre l'adoption pure et simple du bré-
viaire réformé, ou la correction si facile des leurs, d'après
ce modèle excellent. Saint Pie V ayant supprimé à per-
pétuité le bréviaire de Quignonez, et détruit par là l'in-
fluence qu'il pouvait avoir à raison de sa plus grande
brièveté, la question se réduisait à savoir quel parti on
devait prendre dans les églises qui étaient dans le cas de
l'exception, savoir d'adopter le bréviaire réformé pure-
ment et simplement, en faisant imprimer à part un Propre
supplémentaire qui contiendrait ces précieuses traditions
locales dont Rome ne fut jamais l'ennemie, ou de faire
imprimer de nouveau le bréviaire sous le titre diocésain,
en unissant, dans une même rédaction, les particularités
du rite local avec tout l'ensemble du bréviaire réformé.
Toute la question se réduisait donc à peu près à savoir
quelle dépense on pouvait supporter pour les frais de
l'impression. La seule raison d'une plus grande économie
détermina beaucoup de diocèses à prendre les livres ro-
mains purement et simplement.
Rome tout entière adopta immédiatement les nou- Seule parmi les
éslises
veaux livres. La basilique de Latran elle-même s'empressa de Rome,
IV j . , , . . . , , . 1 la basilique
a inaugurer dans son sem un bréviaire qui n était plus vaticane
simplement celui de la chapelle papale, ou encore celui nouveaux^ livr
des frères mineurs , mais le bréviaire de TÉglise catho- j^^JJi'ffic^'tioï
lique. La basilique Vaticane, elle qui, suivant Abailard,
avait moins souci des anciens usages, au xii® siècle,
que l'église de Latran, fut la seule qui n'adopta le nou-
veau bréviaire qu'avec modification. Elle fut maintenue
ivres
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Situation des
différents ordres
religieux
relativement
à la réforme
de saint Pie V.
Saint Charles
Borromée
sauvegarde à
Milan les
prérogatives de
son Eglise
et les droits du
Saint-Siège.
428 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE EN ITALIE
dans le droit de conserver l'usage de l'ancien psautier Ita^
lique ; mais, pour le reste^ son bréviaire n'est que le ro-
main actuel avec l'office des saints papes et autres dont les
corps reposent dans la basilique ou dans son trésor.
A propos de la ville de Rome, il est naturel de parler
des ordres religieux dont elle est la patrie commune. Les
ordres de moines se trouvant dans le cas de l'exception,
non depuis deux siècles seulement, mais depuis près de
mille ans, conservèrent l'ancienne forme de leur office. Les
ordres mendiants, hors les dominicains et les carmes, qui
gardèrent leur bréviaire romain-parisien^ réformèrent
leurs livres suivant l'office de saint Pie Y, qui n'était
que le bréviaire des frères mineurs épuré; mais ces
derniers continuèrent d'y fondre leur propre. Les ordres
de clercs réguliers suivirent sans exception les nouveaux
livres; les théatins avaient puissamment influé sur cette
réforme ; les jésuites devaient, suivant la volonté de leur
grand patriarche, garder toujours la forme d'office obser-
vée par l'Eglise romaine ; les autres familles religieuses
du même genre étaient amenées à les imiter par la nature
même de leur constitution de corps cosmopolites. Enfin,
les ordres de chanoines réguliers, si l'on excepte les pré-
montrés, dont l'office était, comme nous avons dit, un
mélange de romain et de parisien, ne tardèrent pas à
embrasser, en tous lieux, la liturgie réformée. Quant aux
religieuses, elles suivirent, pour l'ordinaire, les livres
propres aux différents ordres de moines ou autres aux-
quels elles se rattachaient ; celles dont l'institut était isolé
adoptèrent, sans plus varier jamais, le bréviaire de saint
Pie V.
L'Église de Milan était alors gouvernée par saint Charles
Borromée. Nous avons vu plus haut le grand zèle de cet
illustre cardinal pour le maintien de la vénérable Liturgie
ambrosienne. Il ne se montra pas moins exact observa-
teur des volontés du souverain Pontife, en procurant Fin-
EN ESPAGNE, EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE l'oCCIDENT 429
troduction des livres de saint Pie V dans toutes les églises
de sa ville, de son diocèse et de sa métropole, qui étaient
obligées, par le droit ou la coutume, à suivre l'office
romain. On peut voir, dans sa vie, avec quelle intégrité
il sut ménager à la fois les prérogatives de son église et
les droits du Siège apostolique. Les évêques de sa pro-
vince se montrèrent jaloux de Timiter, et dans le second
concile de Milan, tenu en lôôg, nous trouvons un décret
. par lequel les prélats des seize églises de la province de
Milan déclarent expressément que les clercs, sous peine
de ne pas satisfaire au précepte de Poffice divin, sont tenus
de réciter les Heures canoniales, suivant la forme du Bré-
viaire romain publié par saint Pie V_, à moins qu'ils ne
soient attachés à des églises qu'une ancienne coutume ait
placées dans le cas de l'exception prévue par la bulle (i).
' Le saint archevêque donna lui-même une édition du missel
ambrosien, en iSyo, et une du bréviaire en i588. Elles
ont été fidèlement reproduites jusqu'à nos jours , sans
autres changements que la correction de quelques hymnes
et Paddition d'un certain nombre de fêtes de saints.
Nous ferons, au sujet de la province de Milan, une
observation dont l'occasion se présentera encore plus d'une
fois, et dont le but est de montrer, par les faits matériels
eux-mêmes, que la liturgie publiée par saint Pie Y n'était
(i) Episcopi curent, in sua quisque diœcesi, ut officia divina, quœ
singulis canonicis horis praestari debent, et publiée in ecclesia, et privatim
a singulis sacerdotibus clericisve inferioris ordinis, qui illa obire debent,
celebrentur et peragantur ad praescriptam breviarii Romani nuper editi
rationem': nisi tamen ecclesias hujusmodi sint in quibus , ex veteri con-
suetudine, ut summi Pontificis PU Quinti litteris, eo nomine confectis,
cautum est, alius ritus aliaque ratio adhibeatur. Si vero secus a quibus-
dam factum erit, cum isti, ut eisdem summi Pontificis litteris nominatim
sancitum. est, horarum canonicarum officio,quod debent, non satisfacient*
eos ipsos episcopi pœnis iis mulctent, quœ Lateranensi concilio a
Leone X, et provincial! synodo superiori contra clericos constitutae sunt,
qui canonicarum horarum officium intermittunt. (Labb., tom. XV,
pag. 35i.)
I PARTIE
CHAPITRE XV
L'œuvre
de saint Pie V
consiste dans de
simples
corrections
et non dans
l'introduction
d'une Liturgie
inconnue
et nouvelle.
43 O INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE EN ITALIE
INSTITUTIONS poiiii uuQ Llturgic nouvelle, mais simplement la restitu-
LITURGIQUES . . , ,, .
■ tion et correction de lantique Liturgie romaine établie
déjà par tout l'Occident. Un canon du sixième concile de
Milan, parlant des livres de chœur, recommande aux évê-
ques de veiller à ce qu'on les corrige, conformément au
bréviaire nouvellement publié (i). C'étaient donc de sim-
ples changements^ de pures modifications qu'avait faites
saint Pie V, et non une Liturgie inconnue qu'il avait
introduite. L'unité du culte avait donc toujours existé mal-
gré les incorrections qui s'étaient glissées dans les livres
ecclésiastiques.
L'Église L'Église de Milan était la seule non-seulement de l'Italie,
"^^euie^unT^^ mais de l'Occident, qui eût une Liturgie propre, si l'on
Liturgie propre, excepte les quelques églises d'Espagne, dans lesquelles la
liturgie mozarabe se maintenait par privilège. Toutes les
églises qui se trouvaient dans le cas de l'exception prévue
par la bulle de saint Pie V, avaient simplement mêlé la
liturgie romaine avec quelques usages locaux, et donné à
cet ensemble un titre d'Eglise particulière. Cette observa-
tion s'applique même au rite de l'Eglise d'Aquilée, le plus
vénérable de ces rites mélangés qu'il y eût en Italie, au
xvi^ siècle. Il était connu sous le nom de Rite patriarchin^
et ce nom lui était venu delà dignité de l'Église d'Aquilée
qui s'en servait dans les offices divins.
Comment le Peu après la publication de la bulle de saint Pie V,
rite patriarchin . i / • • j
propre l'église patriarcale se trouvant dépourvue de bréviaires de
d'Aquilée SOU rite, et hésitant^quelque peu à faire la dépense d'une
^ ^suTte^d?^^ réimpression , demanda au Saint-Siège la permission de
^'^des^îivres^^ ^^ servir, hors du chœur seulement, du bréviaire romain,
de saint Pie V. jusqu'à Ce qu'on pût commodément réimprimer le bré-
viaire patriarchin. La Congrégation romaine, qui fut
(i) Libri qui certis Antiphonarum modulationibus olim notati, ex
breviarii nuper editi praescripto nondum emendati sunt, in sua quisque
diœcesi episcopus curet , ut quam primum et accurate emendentur,
atque accommodentur ad breviarii novi editionem. (Labb., t. XV, p. ySo.)
EN ESPAGNE, EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE l'oCCIDENT 4*3 I
consultée à ce sujet, accorda la dispense nécessaire, dans
les termes les plus honorables. « Cest, dit-elle, dans une
« lettre adressée le lo septembre 1589 à Paul Bisanti,
« suffragant du patriarche, c'est une chose sainte et con-
« venable que de conserver le rite si antique et approuvé
« de cette Église, et que tous s'y conforment dans l'office.
« Le chapitre aura donc à se pourvoir de bréviaires de ce
« rite, ce qui est facile, puisqu'il doit être bientôt imprimé
« à Gomo. Comme il ne peut se faire autrement, c'est à
« monseigneur le Patriarche d'en procurer l'impression à
« ses frais, dans l'espace de deux ans, et jusque-là, il sera
« permis de dire l'office romain, mais seulement hors du
« chœur (i). « Toutefois, cette impression du bréviaire
patriarchin n'eut point lieu ; les livres de saint Pie V, une
fois introduits dans Aquilée, y prirent tellement racine,
que, dix ans après, il n'existait plus vestige de l'ancien
rite, même dans l'église patriarcale ; enfin, en 1596, cette
révolution liturgique étant consommée, le patriarche
François Barbaro, dans un concile provincial, tenu à
Udine, prit des mesurées expresses pour consolider à per-
pétuité la Liturgie romaine pure dans toutes les églises
du patriarcat (2).
L'Église de Gomo, qui était du ressort patriarcal d' Aqui-
lée, quoique située dans le duché de Milan, garda le rite
d' Aquilée jusqu'au pontificat de Glément VIII, qui l'obH-
gea au romain, ne jugeant pas convenable qu'une Eglise
enclavée dans le Milanais suivît un office étranger et aboli
I PARTIE
CHAPITRE XV
Ce rite suivi
dans l'Église
de Como
jusqu'au
pontificat de
Glément VIII.
(i) E cosa santa e conveniente, che si serva il rito di quella chiesa
tanto antico, et approvato, e tutti si confrontino nell' officio stesso. Pero
il capitolo si provvederà di breviarii di quel rito : il che potrà fare
commodamente, sendo poco fa stampato in Como. Et quando non si
possi far altrimenti, monsignor Patriarca procuri, che à sue spese tra
due anni sia stampato : e intanto sia lecito extra choriim solamente dir
rOfficio Romano. (Madrisius, in Appendice II ad Opéra S. Paulini
Patriarch. Aquil.)
(2) Zaccaria, Biblioth. ritual. tom. I, pag. liij.
INSTITbflONS
LITURGIQUES
Douceur des
mesures prises
f)ar Rome dans
'application des
ordonnances
pour la réforme
de la Liturgie.
4*32 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE EN ITALIE
même aux lieux d'où il était parti (i). Déjà dès 1679, ^^
synode diocésain de Gomo avait déclaré que les clercs qui
ne pourraient se procurer les livres du diocèse, pourraient
user du bréviaire et du missel de saint Pie V. On a encore
les actes d'une visite apostolique faite la même année dans
ce diocèse par Jean-François Bonomo, évêque de Verceil,
en vertu d'une commission de Grégoire XIII : le prélat y
reconnaît expressément le droit de TEglise de Gomo à con-
server son rite particulier, bien qu'il exhorte les chanoines
à abandonner leur ancien rite pour le romain. Il dit, au
sujet des missels du rite patriarchin, qu'ils ne sont qu'en
petit nombre, manuscrits, qu.Hls ne diffèrent presque en
rien du missel romain (2), et en conclut la grande facilité
qu'on aura de passer à l'usage exclusif des livres de saint
Pie V. Le Père Lebrun^ à qui nous empruntons ces dé-
tails, dit que l'on conserve dans les archives de la cathé-
drale de Gomo un manuscrit du bréviaire d'Aquilée qui
porte ce titre : Breviarium Patriarchinum nuncupatum
secundiim iisiim Ecclesiœ Comensis correctum, et aucto-
ritate Apostolica probatum. A la îîn du volume, est une
attestation du cardinal Sirlet, sous la date du 2 1 octobre
i583, faisant foi de l'approbation de ce bréviaire par
Grégoire XIII. Nous venons de dire pour quels motifs
Glément VIII jugea à propos de l'abolir.
Gette histoire de la destruction de l'ancien rite d'Aqui-
lée nous donne lieu de remarquer avec quelle douceur,
quelle faveur même, Rome a su ménager les usages an-
(i) Ughelli, Italia sacra, tom. V, pag. 235.
(2) Cum autem missalia Patriarchino Ritu quam paucissima inventa
sint , eaque manuscripta, quae praeterea a missali Romano nulla ferme
alla re differunt, nisi dierum aliquorum Dominicorum ordine, et sanc-
tissimœ Trinitatis festo die, qui in aliud tempus translatus est; ideo
Ritu Romano missas passim celebrari, et a plerisque etiam sacerdotibus
pro libito fieri animadvertimus, ex antiqui mi&salis instituto, in quo plu-
rima correctione digna fuisse, novissima ostendit editio. (Lebrun, Expli'
cation de la Messe, tom. II, pag. 227.)
EN ESPAGNE, EN FRANCE, ET DANS LE RESTE DE l'oCCIDENT 433
ciens, dans l'application des ordonnances pour la réforme ^ partie
'^ ^^ ^ ^ CHAPITRE XV
liturgique. Ce serait en vain que, considérant la chose '
d'un autre point de vue, on voudrait mettre en contradic-
tion cette indulgence des Papes du xvi^ siècle avec les
ordonnances vigoureuses de saint Adrien P^ et de saint
Grégoire VII, pour rétablissement du rite romain dans
tous les lieux de TOccident. Tout s'explique du moment Cette conduite
n'était pas
que 1 on veut bien remarquer que 1 œuvre accomplie par en contradiction
1 I , ■• , ,, . avec rénereie
ces deux grands papes n avait pas cesse d exister, et que, déployée par
sauf les variantes introduites par certains usages locaux, ^^^^et saInT
et les incorrections que le progrès de la critique devait ^^^^q^I ^^^
faire tôt ou tard disparaître, l'Occident tout entier louait l'établissement
r ^ du rite romain
Dieu dans une seule et même liturgie. Rome, sans doute, en France et
, . . . . . , en Espagne.
désirait vivement voir toutes les nations complètement
unanimes avec elle dans la prière publique ; mais déjà les
bulles de saint Pie V avaient conquis la presque univer-
salité des Églises, et chaque année en voyait d'autres
encore venir se fondre avec les premières dans l'unité d'un
même bréviaire et d'un même missel.
Toute l'Italie, en effet, se conforma successivement aux L'Italie entière,
. . , , . . . sauf le
intentions du Saint-Siège. Les églises de Sicile, par exemple, territoire
, / . . . !• T 1 ambrosien,
qui avaient un bréviaire particulier, se rendirent de adopte avant la
bonne heure, et le xvi^ siècle, en finissant, ne vit plus dans ^les^h^res^de^ ^
toute la Péninsule, hors le territoire ambrosien, que des ^^^^^ '^
églises réunies sous la plus ponctuelle observance des
usages liturgiques promulgués par saint Pie V. Cepen-
dant, on avait donné la plus grande liberté à toutes celles
dont les bréviaires et les missels avaient plus de deux cents
ans, à l'époque de la bulle ; on avait reconnu non-seule-
ment le droit des cathédrales, mais celui même des collé-
giales et autres églises qui se seraient trouvées dans une
possession analogue (i). Tout cela n'empêcha pas le prin-
(i) Nous avons vu à Rome, dans la bibliothèque de la maison professe
des jésuites, un exemplaire du bréviaire particulier de la collégiale-
abbatiale de Sainte-Barbe, à Mantoue, imprimé aux. frais de cette église,
T. I 28
484 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS c'ipQ d^uiiité dc s'étendre dans ses applications, et après
LITURGIQUES ., , . . ,,T 1" '^ J1 U ' J •
tout, il était juste que lltalie entière^ pays d obédience, y
compris les îles adjacentes, donnât la première et plus
complètement l'exemple d'une entière conformité non-
seulement aux lois, mais aux simples désirs du Siège apos-
tolique. C'est là la force dePItalie, son unique vie : puisse-
t-elle le comprendre toujours!
L'Espagne et La péninsule espagnole se rangea de bonne heure aussi
contrées d^u SOUS l'obéissance absolue aux bulles de saint Pie V. Ce
TJ'umises^Tsa^ n'est pas que les prélats du royaume catholique n'eussent,
sac°rmem:^ieurs à xette époque, retenu encore quelque chose de cet esprit
usages frondeur dont nous avons vu quelques traits dans Thisto-
particulierspour ^ ^
accepter la pjen Rodrigue de Tolède. On avait été frappé, au concile
rétorme *-' , . "^ ' • r'
romaine, sous de Trente, d'une hardiesse qui n'était, certes, pas inte-
l'inspiration de . » ,, , , / i n iv/r • n
Philippe IL rieure a celle des plus oses de nos prélats. Mais 1 amour
de l'unité, le zèle pour la foi, passaient encore à leurs
yeux avant les susceptibilités nationales. La motion de
l'évêque de Lérida au concile, n'avait pas empêché les
Pères de remettre absolument au pontife romain le soin
de la correction . liturgique ; les oppositions de quelques
cathédrales d'Espagne n'arrêtèrent pas non plus l'établis-
sement uniforme du bréviaire et du missel de saint Pie V.
On doit regretter peut-être que quelques bréviaires par-
ticuliers, ceux de Tolède et de Séville, par exemple, aient
entièrement péri : il aurait été intéressant de voir com-
ment les réminiscences de l'ancien rite gothique se ma-
riaient parfois encore aux formes romaines imposées par
saint Grégoire VIL La grande volonté de Philippe II,
prince sévèrement jugé, mais auquel, du moins, tout
homme impartial ne saurait refuser un zèle ardent et
consciencieux pour la foi catholique, pesa de tout son
poids dans l'affaire de l'adoption des usages romains réfor-
més : par lui, les livres nouveaux non-seulement furent
et approuvé par Grégoire XIII, quoique s'écartant en beaucoup d'endroits
du bréviaire de saint Pie V.
EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 435
introduits en Espagne, mais pénétrèrent dans les vastes ^ partie
i^ c) ' r ^ CHAPITRE XV
colonies qui se rattachaient à cette puissante métro-
pôle.
Conformément aux maximes du droit public catho- Donnant
I'gxcitidIc du
lique, saint Pie V n'avait pas jugé à propos de placer la respect pour la
prière pour le roi dans le canon de la messe : c^était au ^'ÉgUse^
Siège apostolique à déterminer quels étaient les princes, ^^^oui^tte^^
en communion avec lui, qu'il fallait considérer comme humblement
^ ^ de saint Pie V
véritablement investis du droit de commander à des chré- le privilège ^
d'être nomme
tiens. Le roi d'Espagne, malgré son titre de roi catholique^ au canon de la
, - /,/ ,. -r>, .,. TT • ^ messeaprèsle
n avait pas ete excepte. Philippe II, ce monarque si ner, pape et l'évêque
1 / , . , . VI". dans toutes
ne dédaigna pas de se mettre en instances auprès de saint les églises de
Pie V, pour obtenir que cette parole Pro rege nostro fût ^^^ Etats,
insérée à la suite de la prière pour le pape et Tévêque dans
les missels destinés à l'usage des églises d'Espagne, et le
pontife octroya sa demande (i). Quand on se remet en
mémoire la puissance colossale de Philippe II, on est bien
obligé de convenir qu'il donna dans cette occasion l'un
des plus grands exemples de respect pour la liberté reli-
gieuse qui aient jamais été offerts par un souverain. Si
nous ajoutions que, tout tyran absolu qu'il était^ Phi-
lippe II laissait volontiers enseigner et prêcher à ses théo-
logiens la doctrine de l'amissibilité du pouvoir, le droit du
souverain Pontife et de l'Eglise de corriger et même de
déposer les princes qui abusent de leur autorité, peut-être
que cette seule remarque suffirait auprès de quelques gens
sensés pour leur faire comprendre que, bien qu'il ait été
en butte aux malédictions des écrivains de la Réforme, et
des historiens beaux esprits du xviii^ siècle, le Démon du
midi n'a pas été tout à fait dépourvu de cette moralité et
de ce désintéressement que les peuples désirent, mais
n'espèrent pas toujours rencontrer dans leurs souverains.
Nous verrons, d'ici à quelques pages, un autre gouverne-
(i) Gavanti, Thésaurus sacrorum Rituum, tom. I, 40, pag. 286.
436 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS mcnt pkcé dans une situation analogue, et on jugera
LITURGIQUES ■*■ O 7 ; o
lequel, du Français ou de l'Espagnol, s'entendait le mieux,
au XVI® siècle, en fait de liberté religieuse.
Le Saint-Siège Philippe obtint aussi du Saint-Siège la permission, pour
permet en i a -, i • . ,, .
même temps tous les pretres de sa dommation, d ajouter aux oraisons
d'ajouter aux , , a j , , i i • /
oraisons de la de la lîiesse, même dans les plus grandes solennités^ une
"^de^demandes^^ suite de demandes que l'on trouve dans les missels espa-
toLilYe^esoins g^^^^ ^^ ^^'^ expriment avec énergie et simplicité tous les
^.^ f^Y?^^^^ besoins du royaume catholique, en même temps que cette
concession, unique dans les fastes de la Liturgie, est une
preuve du grand amour de Rome pour une église qui lui
a gardé longtemps une si forte fidélité (i).
Concession de Enfin, on trouve en tête du Propre des saints^ publié en
nombreux --j t ^ t>'-- • d
offices propres à manière de supplément au Bréviaire romain, pour lusage
.spagne. j^^ églises d' Espagne, un bref de Grégoire XIII, qui
accorde à ces églises la faculté de célébrer la fête d'un
grand nombre de saints chers à TEspagne, par manière
de compensation à l'extinction générale de tous les bré-
viaires diocésains de ce pays. Ce bref, qui est du 3o dé-
cembre iSyS, fut rendu à la demande de Philippe II. Le
recueil auquel il sert comme de préface, renferme le noble
et patriotique office de saint Jacques, patron du royaume
catholique, et celui non moins intéressant du Triomphe
de la sainte Croix ^ au i6 juillet, anniversaire de la fameuse
victoire de Las navas de Tolosa.
Le Portugal, Le Portugal inaugura avec la même fidélité que l'Es-
soumis alors a '^
Philippe II,
admet la liturgie
réformée et la (i) Voici cette prière qui s'ajoute, sub eadem concîusione , non-seule-
lait pénétrer ment à la collecte, mais même à la secrète et à la postcommunion :
dans ses
colonies. << Et famulos tuos Papam nostrum N., Antistitem nostrum N., Regem
nostrum N., Reginam et Principem cum proie regia, populo sibi com-
misso , et exercitu suo ab omni adversitate custodi : pacem et salutem
' nostris concède temporibus; et ab Ecclesia tua cunctam repelle nequi-
tiam, et gentes paganorum et haereticorum dexterae tuse potentia con-
terantur; et captivos Christianos, qui in Saracenorum potestate deti-
nentur, tua misericordia liberare, et fructus terrae dare et conservare
di2;neris... »
I PARTIE
CHAPITRE XV
EN ESPAGNE ET EN PORTUGAL 487
pagne les livres de la liturgie réformée, et les fit pénétrer
tout aussitôt dans ses colonies des Indes orientales et
occidentales. Les volontés de Philippe II retentissaient
alors dans la Péninsule tout entière ; cependant nous
sommes en mesure de signaler au moins une exception
à l'admission du bréviaire purement romain. C'est dans
cette Église de Brague, dont le siése était occupé, à L'Eglise de
.1 . r T^ T-. 1 ' Brague conserve
répoque du concile de Trente, par le fameux D. Barthe- ses usages
, ,_. „ ... , , . . diocésains.
lemy des Martyrs, que Zaccaria signale un bréviaire sous
le titre diocésain de l'an 1634. Nous ignorons si, depuis
cette époque, les livres de saint Pie V ont été introduits
dans cette Eglise ; nous avons même lieu d'en douter, con-
naissant de science certaine que, dans plusieurs lieux du
Portugal, on garde encore, même à la messe, certains
usages totalement distincts de ceux du missel romain. Au
reste, ce bréviaire de Brague, s'il existe encore, ne sau-
rait être autre que le romain, avec quelques particulari-
tés, et un Propre fondu sous le même titre.
Si maintenant nous passons en France, le pays de tout L'anarchie
,,^ -1 XI 1- • 11/1- 1 liturgique delà
1 Occident ou les usages liturgiques actuels s éloignent le France est de
plus de ceux de Rome, il nous faut examiner si cette diffé- ^fa tfuUe de
rence est ancienne et remonte au-delà de la bulle de saint ^^é"é misel^
Pie V. Malheureusement, ce que nous avons à dire de exécution dans
' ^ notre pays,
cette Édise contraste avec ce que nous avons jusqu'ici souvent en
'^ . sacrmant des
rapporté de toutes les autres. Les églises de France, à usages
vénérables et
l'époque de la publication de la bulle, avaient une Litur- légitimes.
gie formée de la romaine introduite par Charlemagne, et
de ces usages particuliers qu'elles y avaient ajoutés,
ensemble qui leur faisait honneur aux yeux de toute
l'Europe, et qu'elles pouvaient conserver légitimement,
aux termes de la bulle ; or, voilà qu'aujourd'hui, dans
ces mêmes églises, on ne trouve plus rien qui rappelle
cette ancienne gloire de la patrie ; d'un autre côté, on est
plus éloigné encore d'y rencontrer les livres romains de
la réforme de saint Pie V. L'Église de France remontant
438 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS ycrs soii berccau, aurait-elle osé, malgré la défense de
LITURGIQUES , ' .
Charlemagne et des pontifes Etienne et Adrien, inau-
gurer de nouveau l'antique Liturgie gallicane des Hilaire
et des Grégoire de Tours ? Hélas ! non. Ce que l'on
chante aujourd'hui dans nos églises, a moins de rapport
encore avec le rite gallican dont nous avons parlé ailleurs
honorablement, que ce rite n'en aurait avec la Liturgie
romaine elle-même. Tout est sorti du cerveau de certains
hommes dont quelques-uns vivent encore. Mais avant de
raconter cette lamentable histoire, dans laquelle nous
verrons foulés aux pieds tous les principes admis par
l'Église, en matière liturgique, dans tous les siècles pré-
cédents, nous avons un tableau bien différent à offrir à
nos lecteurs : celui de l'Eglise de France travaillant, de
concert avec le Siège apostolique, à consolider l'unité
liturgique dans son sein. Nous avons à répondre par des
faits imposants et incontestables à ceux qui ont osé sou-
tenir que la huile de saint Pie V n avait pas été reçue
en France.
L'Université de Nous rappellerons d'abord à nos lecteurs la vigoureuse
Pans persévère -i^ •
dans sa orthodoxie que déploya, sur la doctrme liturgique, l'Uni-
viffoureuse
orthodoxie en versité de Paris, dans la censure du bréviaire de Quigno-
liturgique, nez. Elle avait déjà fait paraître un zèle semblable en
ssert^ons ^des flétrissant les assertions audacieuses de Lefèvre d'Étaples
asser
no"'
sur sainte
novateurs g^j. sainte Marie-Madeleine, et d'Érasme sur saint Denys
Madeleine et l'Aréopagite, questions qui intéressent à un si haut point
l'Aréopagite, les traditions de la Liturgie. Elle veillait en même temps
et dénonce les , . , . . ^ ..,,,. .
nouveautés sur les ^diverses éditions qu'on faisait des bréviaires dio-
introduites dans , . ' , , . , . ....
le bréviaire cesains, et deuonçait energiquement toutes tentatives d in-
en 1329. novation par lesquelles des esprits inquiets auraient cher-
che à altérer le dépôt de Tantique Liturgie. C'est ainsi
qu'en 1629, elle dénonça au chapitre de la cathédrale de
Soissons les nouveautés qu'on avait glissées dans une
nouvelle édition du bréviaire de cette égUse. « On a, dit
« la Sorbonne, introduit dans ce bréviaire beaucoup de
EN FRANCE 489
(( choses étrangères et éloignées du commun usage de i partie
, ^ f ^ ^^ ^ CHAPITRE XV
u l'Eglise. Si Ton n^ portait remède, il en pourrait faci-
« lement résulter un schisme odieux et funeste dans
« rÉglise gallicane. Si cela arrivait, votre nom mainte-
ce nant glorieux serait souillé d'une tache que de longs
«siècles pourraient à peine effacer; c'est donc à vous
« de vous opposer à un si grand mal, avant qu'il ne
« s'étende davantage (i). »
Les docteurs expriment avec plus de précision leurs Censure d'une
• • IV • 1 L-T ' j 1 T • • ^ jj édition du
prmcipes sur 1 mviolabilite de la Liturgie, a propos a une bréviaire
,j. . j 1 / . • j,^ 1' j - 1 d'Orléans en
édition du bréviaire d Orléans, dans une censure en règle 1548.
qui est de 1548. Entre autres reproches caractéristiques
qu'ils font à ce livre, on remarque les suivants : « On a
« retranché dans ce bréviaire beaucoup de leçons des
« matines en tout ou en partie, en sorte que des fêtes
« de neuf leçons sont réduites à trois, et des fêtes de
« trois leçons n'ont plus qu'une simple mémoire. Quand
« ces changements n'ont pas eu lieu, [les leçons ont été
« tronquées, les unes au commencement, les autres
« au milieu, d'autres à la fin. La plupart du temps, on
« a retranché les miracles des saints, leurs mérites,
« leurs invocations. On 'a fait disparaître plusieurs choses
« qui étaient propres à confirmer le dogme de l'Eucha-
« ristie, savoir, dans les histoires de saint Grégoire, de
« saint Benoît, de saint Ambroise et de sainte Marie
« Egyptienne. Plusieurs traits importants pour Tédifica-
« tion ont été élagués, comme le récit des jeûnes, des
« macérations des saints, les fondations et dotations
« d'églises faites par eux, par exemple, dans les fêtes de
« saint Antoine, saint Siméon Stylite, saint Louis, sainte
« Geneviève et autres. On a supprimé les hymnes propres
« des saints, leurs antiennes et suffrages, pour renvoyer
« le tout au commun, ce qui a eu lieu même dans les
(i) Vid. la Note C.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
440 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
« fêtes particulières à l'église d'Orléans. Il est à craindre
« que toutes ces choses ne produisent dans les fidèles la
« diminution, peut-être même l'extinction de la piété envers
« les saints. Les choses que Ton a retranchées pouvaient
« servir à édifier les fidèles dans la foi et les mœurs, et à
« combattre Thérésie ; ce changement est donc une chose
« imprudente, téméraire et scandaleuse, et donne même
« quelque lieu de soupçonner l'envie de favoriser les
« hérétiques (1). »
L'Église de Telle était l'opinion de l'Université de Paris, au xvi« siê-
France 1 i • • '
reconnaît dans cle, sur les innovations en matière de Liturgie. L'Eglise
ses conciles j t-. .^ , . .
l'obiigationdese de France tout entière n avait pas d'autres principes,
soumettre i j u • • t , , . . - . , ,^
à la bulle de lo^s de 1 apparition du bréviaire et du missel réformés.
^procfam7k^ Elle reconnut tout d'abord la supériorité de ces livres
Hvr^es"''réformés ^^^ ^^^^ ^^^ étaient en usage dans le royaume, et comme,
sur ceux du à Cette époque, elle avait encore le droit de se réunir en
roy au me .
conciles provinciaux, on entendit ces saintes assemblées,
en même temps qu'elles réclamaient avec fermeté l'exécu-
tion des décrets du saint concile de Trente, proclamer la
nécessité de se soumettre à la bulle de saint Pie V.
Le concile de Le premier de ces conciles est celui qui fut tenu à
Rouen de i58i -do
ordonne à tous Rouen, en i58i, par Tarchevêque Charles de Bourbon,
les évêques , . . , , ^
de la province et auquel assistaient les eveques de Bayeux, de Séez,
leurs^ ^[^es d'Evreux, de Lisieux, et les procureurs des chapitres
conformément ^'Avranches et de Coutances, etc. Au chapitre deuxième,
constituions de ^^ ^^^^^^ divino in génère, le concile recommande aux
t'ie V. évêques d'examiner avec le plus grand soin les bréviaires,
missels, manuels et autres livres ecclésiastiques, dans la
crainte qu'ils ne contiennent quelque chose de contraire à
la doctrine catholique ou aux vraies histoires des saints,
ou quelque chose encore qui tienne du sortilège ou s'écarte
de la discipline ecclésiastique et de la sainteté des mœurs.
Les évêques devront procurer l'impression et la correction
(i) Vid, la Note D.
i
I PARTIE
CHAPITRE XV
EN FRANCE 441
des livres liturgiques, suivant Tusage des diocèses, confor-
mément toutefois aux constitutions de Pie V, de sainte '
mémoire, sur le bréviaire et le missel romains, publiés et
restitués suivant le décret du saint concile de Trente. Le
concile ensuite rappelle la défense faite par le Saint-Siège
de se servir à l'avenir du bréviaire de Quignonez, etc. (i).
On voit ici que les évêques, quoiqu'ils n'adoptent pas L'étude des
, 1 T • r bréviaires
purement et simplement les livres romains, ne confirment normands de
, / n 1 T • 1 cette époque,
que plus expressément 1 obligation de se soumettre aux montre la
bulles qui les ont promulgués, puisqu'ils exigent que, évêques^ cette
dans la réimpression des usages diocésains, on applique injonction,
la forme d'office publiée par ces bulles. C'est ce que l'on
peut voir mis à exécution dans les rares exemplaires des
bréviaires de Normandie, imprimés à la fin du xvi® et
pendant le xvii® siècle. Nous avons eu entre les mains
ceux de Bayeux, de Lisieux, d'Evreux et d'Avranches :
ils portent le titre : Breviarium Bajocense^ Lexo-
viense, etc.; ad Romani formam ou ex décret o concilii
T rident ini ; et, sauf les saints particuliers à chaque dio-
cèse, le répons des premières vêpres, le neuvième répons
à matines, le verset sacerdotal, et autres particularités
dont nous avons énuméré la plupart au chapitre x, ils
(i) Quocirca hortamur nostrae provinciae episcopos, ut diligenter
inspiciant et examinent suarum diœcesum preculas horarias, breviaria,
missalia, agenda seu manualia curatorum, atque alios libros ecclesias-
ticos ac ceremonias, ne quid contineant contrariu^ doctrinas catholicae,
aut vefis historiis Sanctorum, aut sortilegiis affine, aut aliquid quod ad
œdificationem ecclesiasticae disciplinae, et morum pietatem non pertineat:
sed libros emendatos quoad fieri potest, servato usu diœcesum, juxta
tamen constitutiones sanctae memoriae Pii V super breviario Romano et
Missali, ex decreto sacrosancti concilii Tridentini restituto et edito, pro-
curent imprimi, et provideant ut in omnibus monasteriis, parochiis et
aliis ecclesiis, atque ab omnibus ad sacros ordines promovendis, libri ad
divinum officium necessarii habeantur. Promoti vero sciant se ad bre-
viarium obligari, ac Romanum trium quotidie lectionum a cardinale
Sanctae Grucis compositum, a sacrosancta Sede apostolica sublatura sibi
omnino prohiberi. (Labb., tom. XV, pag. 824.)
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
442 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
sont entièrement conformes au romain actuel. On peut
donc dire que Tunité liturgique fut rétablie au xvi^ siècle
dans la province ecclésiastique de Rouen. Passons à celle
de Reims.
L'obligation de Le concile de cette métropole fut tenu en i583, à
corriger les . ^ .
livres Reims même, par Tarchevêque Louis, cardinal de Guise.
liturgioues
selon l'usage de Les évêques de Soissons, de Laon, de Beauvais, de Châ-
romain^e lons-sur-Marne, de Noyon, d'Amiens, et les procureurs
^T co^iî^fie de^ ^^^ évêques et chapitres de Boulogne et de Senlis, firent
Reims en i583. partie de rassemblée. Voici ce que décrètent les Pères au
chapitre de breviario^ missali et agendis : « Attendu que
« tous les rites et formules de prières sont contenus au
« bréviaire, missel, agenda^ ou manuel, nous exhortons
« les évêques de notre province à examiner avec soin ces
« sortes de livres, au moyen d'une commission de deux
« chanoines, dont Fun sera choisi par Tévêque et l'autre
« par le chapitre, et quand ils trouveront les bréviaires et
« les missels mal digérés, ou moins conformes à la piété,
« ils auront soin de les faire, au plus tôt, réformer et
« réimprimer, aux frais du diocèse, conformément à
« Vusage de l'Eglise romaine, suivant la constitution de
« Pie V [i). « L'obligation de garder cette constitution
est encore rappelée dans un règlement exprès, sous le
titre De Cidtu divino.
Fidèle Les Hvres de la province de Reims, antérieurs au
obéissance des
iiglises de la
province, ^i) Porro quoniam omnes ritus, formulaeque precandi breviario, mis-
sali, et agendis seu manuali continentur, hortamur episcopos nostrae
provinciae, ut adhibitis saltem duobus canonicis, quorum unus ab Epi-
scopo, alter a capitule eligatur, diligenter inspiciant et examinent hujus-
modi libros, illisque similes, sicut preculas horarias, ne quid contineant
contrarium doctrinae catholicae, et veris historiis sanctorum, aut super-
stitionibus affine, aut quod aliqua ratione disciplinam ecclesiasticam,
morumque probitatem labefactet : atque ubi indigesta minusque pietati
consona breviaria vel missalia repererint, curent quamprimum, et quam
proxime fieri poterit, ad usum Ecclesiae Romanae, juxta constitutionem
Pii V, reformari, et in lucem emitti, impensis diœcesis. (Labb., tom. XV,
pag. 888.)
I PARTIE
CHAPITRE XV
des livres
romains.
EN FRANCE 443
xviii^ siècle, font foi de la fidélité avec laquelle ce règle-
ment fut observé. Nous citerons, en exemple, ceux
d^Amiens et de Noyon, qui portent en tête la clause
que nous avons signalée dans ceux de Normandie, et
la justifient par leur accord avec les livres de saint
Pie V.
En la même année i583, nous trouvons le concile de Le concile de
Il 1 A t . T-k ' j Bordeaux en
Bordeaux, tenu par larcheveque Antoine, Prévost de 1 583 décrète
r- 1 • ^ 1 ' >^ ji A j-) A l'adoption pure
bansac, et auquel assistèrent les eveques d Agen, a An- et simple
goulême, de Poitiers, de Saintes, de Sarlat, et celui de
Bazas, quoique de la province d'Auch. On y décréta
l'adoption pure et simple du bréviaire et du missel de saint
Pie V, attendu la grande pénurie des livres diocésains,
qu'il serait trop long et difficile de corriger et de réim-
primer. Le concile en ordonne l'usage exclusif, en public
et en particulier, lequel devra être établi, en tous lieux,
avant le premier dimanche de l'Avent de la même année
i583(i).
(i) Quoniam vero inter divina officia, eorumque ritus et caeremonias in
singulis pêne hujus provinciae diœcesibus, magna et tota diversitas, nec
minor eorum librorum penuria existit, quae breviaria, missalia, ma-
nualia, seu baptismalia nominamus : ut jam nécessitas efflagitet ma-
gnum ejus generis librorum numerum. excudi : ad hase, quia vetustate
vel optima quaeque consenescunt, vel quadam illuvie, situque obsoles-
cunt, ut propterea non pauca in hujusmodi libros irrepserint, quae reco-
gnitione et forsitan emendatione opus habeant, quod tamen longum
nimis esset atque difficile. Idcirco his, aliisque de causis nobis visum est
unum, idque perfacile, his tôt incommodis remedium adhiberi posse, si»
quod jam facimus, Breviario cardinalis a Quignonio, quod trium lec-
tionum vocant, ceterisque omnibus suppressis, decerneremus, sicuti
tenore praesentium decernimus, ut in posterum Breviaria, Missalia et
Manualia ex decreto concilii Tridentini ad usum Romanae Ecclesiae res-
tituta, atque instaurata, et Pii V Pont. Max. jussu édita, ab iis omnibus,
qui in hac provincia sacramentorum administrationi incumbere et
divino cultui , ac precibus, missarumque celebrationi ex officio vacare
debent, ad summum ante Adventum proximi anni i583, tam privatim,
quam publice recipiantur; eaque sola ubique, et apud omnes in usu sint.
Labb., tom. XV, pag. 948.)
444 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS C^étalt allcr, comme on. voit, plus loin que les conciles
LITURGIQUES ^ ^
de Rouen et de Reims, qui avaient du moins sauvé le
La raison titre diocésain des bréviaires et des missels ; mais dans
décide souvent beaucoup de Heux^ la seule raison de l'embarras et de la
liv^res^ romains, dépense devait amener l'introduction pure et simple des
livres romains, ainsi que nous l'avons déjà vu pour
l'Église d'Aquilée.
Les évêques de Le concile provincial de Tours fut tenu aussi en i583.
Toursass^mbiés H f^t présidé par Simon de Maillé, archevêque de Tours,
pr^dameAt ^^ on y vit les évêques d'Angers, de Nantes, de Saint-Pol
l'obligation ^q Léon, de Saint-Brieuc, de Rennes, de Ouimper, de
d obéir en ^ ^ 7 ><_ r ?
France aux DqL de Vannes, et les procureurs des évêques du Mans,
constitutions de -^ . , . -^ , '
saint Pie V sur de Saint-Malo, et du chapitre de Tréguier, le siège vacant.
Les Pères s'occupèrent aussi de la réforme liturgique, et
l'on voit qu'à leurs yeux Tunité en cette matière était
aussi précieuse qu'elle pouvait l'être à ceux des évêques
de ce concile de Vannes, de 461, dont nous avons parlé
au chapitre vi ; seulement^ il ne s'agissait plus de l'unité
restreinte aux limites d'une province ecclésiastique, mais
de cette vaste et catholique unité que les pontifes romains,
depuis lors, avaient établie, au prix de tant de soins, dans
la Liturgie de l'Occident tout entier. Les évêques du con-
cile de Tours ne font aucun doute de l'obligation où l'on
est en tous lieux d'observer la constitution de saint Pie V,
bien qu'on ne trouve nulle part, jusque-là, la plus légère
trace d'une promulgation, et encore moins d'une accepta-
tion qu'on aurait faite de cette bulle en France, soit en
concile, soit autrement. Nous verrons même bientôt les
gens du roi attaquer en plusieurs lieux l'autorité de cette
constitution, et s'opposer aux mesures prises pour son
application.
Les évêques du concile de Tours déclarent donc l'obli-
gation, pour les ordinaires, de faire imprimer les inissels,
les bréviaires^ les graduels, et autres livres nécessaires
au culte divin^ et de les corriger exactement, suivant la
EN FRANCE 445
forme prescrite par le Siéffe apostolique et la constitution ^ partie
' ^ \ . CHAPITRE XV
de Pie F, de sainte mémoire (i).
Dans l'exécution de ce décret, les divers diocèses de la La Bretagne
, rT^ • • ^ ' ^^rr' t adopte tOUt
province de Tours suivirent une conduite dinerente. La entière les
T^ ,,,,,. , ^^^--1 usages romains.
Bretagne, pays d obédience, embrassa tout entière les
livres romains, sans rien réserver de ses anciens usages
qu'un Propre des saints par chaque diocèse. Les Églises
de Tours, du Mans et d'Angers réimprimèrent leurs Tours, Le Mans,
t u ' • • 1 • j- ' • n jj- • Angers,
missels et bréviaires sous le titre diocésain, avec 1 addition corrigent leurs
, • i- 11 • -i 1 I / • livres diocésains
ad romani jormam, et 1 on peut voir dans les lettres epis- ad romani
copales placées en tête des diverses éditions qui en ont jormam.
été publiées jusqu'au changement de la Liturgie, que Ton
se croyait, dans ces trois diocèses, obligé à suivre les
offices de Rome, tant à cause du décret du concile de Trente
et de la bulle de saint Pie V, que par le canon du concile
de Tours de i583. L'espace nous manque pour insérer ici
ces importantes lettres pastorales, que chacun peut con-
sulter en tête des divers exemplaires des bréviaires de ces
trois diocèses que Ton trouve encore dans les bibUothèques
publiques, et même entre les mains de plusieurs parti-
culiers.
La province de Bourges tint son concile en i584, sous Le concile de
Bourses
la présidence de l'archevêque Renauld de Beaulne. On y ordonne en 1584
vit les évêques de Saint-Flour, de Cahors, de Limoges ; 'liturgique pour
les procureurs des évêques de Rodez, de Tulle, d'Albi, de égh^se^sVe^ia
Mende, de Vabres, et ceux des chapitres de Glermont et province.
de Castres, le siège vacant. Au titre premier, canon
dixième, il est enjoint aux évêques de faire réimprimer les
missels, bréviaires et autres livres liturgiques, et de les
(i) Monemus episcopos missalia, breviaria, gradualia, aliosque libros
ad divinum cultum necessarios, quibus fere omnes Ecclesiœ sunt desti-
tutœ, ut exacte emendentur, ad normam a Sede apostolica et constitu-
tione sanctEe memoriae Pii quinti praescriptam, et intra annum eorum qui
ex consuetudine provinciœ ad id tenentur impensis, imprimantur, pro-
curare. (Labb., tom. XV, pag. 102 1.)
44^ INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS corrigcr, suivant le besoin. Les Pères ajoutent les paroles
LITURGIQUES . . ...
suivantes, qui montrent clairement la conviction ou ils
étaient que la réforme liturgique accomplie à Rome
intéressait tout l'Occident: « S'il est des Églises qui se
« soient servies jusqu'ici de l'ancien office romain, qu'on
« les oblige à recevoir celui qui vient d'être réformé
« d'après le décret du concile de Trente (i). » Il ne se
peut, certes^ désirer, rien de plus exprès. Dans la province
de Bourges, comme dans celle de Tours, les Églises se
divisèrent dans la manière d'appliquer la réforme litur-
Bourges et gique. L'Eglise primatiale, et celle de Limoges, entre
corrigent leurs autres, firent imprimer, presque aussitôt après le concile,
diocésains; les leurs bréviaires sous le titre diocésain, avec la clause
^adoptefue^ dont nous avons parlé. Saint- Flour, Cahors, Rodez,
romain pur. Castres, etc., adoptèrent le romain pur, et firent imprimer
séparément Impropre diocésain.
Décretduconcile L'année suivante i585, l'archevêque d'Aix, Alexandre
d'Aix, qui ^ . . . . , -i i • i
prescrit en Lanigiani, tint le concile de sa province, auquel se trou-
les Égitses de^k aèrent les évêques d'Apt, de Gap, de Riez, de Sisteron, et
province de le procureur de l'évêque de Fréius. On v fit le décret sui-
prendre les *^^ n. ) j
livres romains, yant : « Le saint sjmode désirant que tous les clercs de
c( cette province soient unanimes dans la louange de Dieu,
« tant publique que privée, et considérant que, d'après
'« la constitution du pape Pie V, il est défendu, si l'on .<
« quitte un office particulier,, d'en prendre un autre que
« leroniain; comme, d'ailleurs, les autres églises cathé-
« drales ne sont pas en mesure de se conformer à l'office ^
« de la métropole; statue, prescrit et commande à tous
tt ceux à qui il appartient, sous peine d'excommunication,
« et autres à la volonté de l'évêque, d'introduire dans,,:
« toutes les Églises de cette province l'usage du bréviaire
« et du missel réformés d'après le décret du saint concile
(i) Si quae Ecclesiae hactenus usae sunt veteri officio Romano, nuper
reformatum ex concilii Tridentini decreto recipere cogantur. (Labb.
lom. XV, pag. 1071.)
I PARTIE
CHAPITRE XV
EN FRANCE 447
« de Trente, d^ici au premier janvier de l'année prochaine
« i586. » Les Pères ajoutent que cette mesure leur semble
préférable à la réimpression des bréviaires particuliers,
qui nécessiterait de trop grands frais, et ils terminent leur
décret par ces paroles qui mettent dans une nouvelle évi-
dence (si déjà nous n'avions pas rendu cette observation
banale à force de la répéter), la conformité presque maté- Preuve nouvelle
rielle de ces liturgies diocésaines de France avec la conformité
romaine, tant ancienne que réformée: « Et afin que les matéHeUe des
livres tant de l'Église métropolitaine que des autres liturgies
c» r n diocésaines et
cathédrales, ne demeurent pas inutiles, au grand préju- ^^ i^ romaine.
dice de ces mêmes Églises, on les adaptera et corrigera
suivant l'usage romain, aux dépens du clergé de chaque
diocèse (i). »
Le concile de Toulouse, en 1 690, présidé par l'arche- Le concile de
vêque François, cardinal de Joyeuse, ne fut pas moins 1590 prescrit
absolu que celui d'Aix, dans son décret sur Toffice divin, livret romains
On y vit les évêques de Saint-Papoul,de Rieux,de Lavaur, '^''provînce. ^"^
(i) Cupiens haec sancta Synodus, ut omnes ecclesiastici hujus pro-
vinciae, unanimes, uno ore tam in ecclesiis, quam privatim honorificent
Deum ac Patrem Domini nostri Jesu Christi; et attendens quod ex cons-
titutione felicis recordationis Pii Papae quinti prohibitum est proprio
officio relicto, aliud quam Romanum assumere : ideo cum alise Cathé-
drales Ecclesiae officio metropolitanae conforinari non possint : statuit
haec Synodus, et omnibus ad quos spectat praecipit et mandat, sub
pœna excommunicationis, ac alia arbitratu Episcopi, ut usum breviarii
Romani et missalis ex decreto sacro sancti concilii Tridentini restituti et
editi in omnibus hujus provinciae ecclesiis intra illud tempus, quod hinc
t' ad principium. mensis januarii anni proximi i586, interjectum est, om-
nino introducant. Visum est enim id magis decere, quam quod unaquœ-
que diœcesis proprium officium retineret, praesertim cum jam missalia,
breviaria, diurnalia, gradualia, antiphonaria, et alii hujusmodi libri ad
uniuscujusque diœcesis hujus provinciae usum omnes pêne laceri, imo et
omnino consumpti sint, et vix reperiantur, nec de novo imprimi possint
absque magna impensa ; et ne iibri, quos tam metropolitana, quam aliae
cathédrales Ecclesiae habent, illis inutiles remaneant, magno earumdem
ecclesiarum praejudicio, placuit illos ad usum Romanum aptari et recon-
cinnari, impensis totius cleri uniuscujusque diœcesis. (Labb., tom. XV,
pag. Il 34.)
448 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS et ks procurcuFs des évêques de Lombez, de Pamiers, de
LITURGIQiJES
Mirepoix et de Montauban. Le canon est conçu en peu de
mots : « Afin d^établir un accord plus parfait entre les
« chrétiens, les heures canoniales seront récitées^ tant en
« particulier qu'en public, suivant la prescription du bré-
c( viairejomain (i). »
L'archevêque de Le dernier de nos conciles de France que nous trouvons
Narbonne tient . 11 ^ ^ , 1 'r r. • j • ^ -r»- tt
en 1609 le avoir adhère a la reforme liturgique de saint Pie V, est
dernier concile 1 • 1 xt i_ ^ r n 1 ^ t •
provincial celui de Narboune, tenu en 1609, par 1 archevêque Louis
ré'for^me ^ ^^ Vervins, et dans lequel siégèrent les évêques de Carcas-
liturgique. sonne, d'Agde, de Saint-Pons, de Nîmes, d'Uzès, d'Aleth,
de Montpellier, et les procureurs des évêques de Béziers et
de Lodève. Le décret, que nous ne traduisons pas, afin
de ne pas fatiguer le lecteur^ qui peut le voir dans la
note (2), a cela de particulier que les évêques y disent
expressément recevoir la bulle de saint Pie V, et la décla-
rer promulguée^ indiquant et signifiant les peines qui y
Cette assemblée sont déclarées contre les infracteurs. Ce langage est fort
décret ^souï* une différent, comme Ton voit, de celui des sept conciles du
nouveuTe^ a la ^^^^ siècle que nous avons cités. Au reste, la prétention
recevoir °e^ ^Aq ^^^ Pères du concile ne fait que rendre plus grave pour
promulguer les les diverses églises de la province Tobligation de recon-
saint Pie V. naître l'autorité d'une constitution reçue et approuvée
d'une manière authentique.
Les huit conciles provinciaux dont nous venons de rap-
(i) Sed ut major Christianorum sit inter se consensio, horae canon icae,
tum privatim, tum publice, ex breviarii Romani praescripto recitentur.
(Labb., tom. XV, pag. i388.)
(1) Ideo ut in omnibus unitas sit in Ecclesia quae una est : a quibus-
cumque ecclesiasticis, tam metropolitanas, cathedralium, collegiatarum,
aliarumque ecclesiarum officium recitari in choris, et in ecclesiis decan-
tari praecipimus, et mandamus, juxta ritum, ordinem, modum, et formam
a felicis memoriae Pio Papa hujus nominis quinto praescriptam per
buUam, super reformatione breviarii editam : quam nos recipimus, et in
tota provincia recipi volumus, et pressentis nostri decreti publicatione
sufficienter promulgatam declaramus : contra eamdem agentes, pœnas per
ipsam latas eis indicimus et significamus. (Labb., tom. XV, pag. 1616.)
EN FRANCE
449
corrigent leurs
anciens
bréviaires.
porter les ordonnances sur la Liturgie, nous ont fait i partie
, CHAPITRE XV
passer en revue presque toute l'Eglise de France. Les ■
autres provinces, sans se réunir en concile^ adoptèrent des
mesures analogues pour la réforme liturgique. Lyon main- Lyon, Sens,
^ ^ ^ ^ C5 -1 j Vienne et la
tint le fonds de son office mêlé de romain et de gallican, plupart de leurs
éfflises
Plusieurs des églises de cette métropole renouvelèrent, en suffragantes
les corrigeant, leurs anciens livres; nous ne saurions in-
diquer aujourd'hui leurs noms avec précision. Langres,
du moins, adopta le romain pur. Sens ne fit qu'épurer ses
anciens livres à Taide de ceux de saint Pie V. Paris,
Meaux, Chartres, suivirent son exemple. Nous ne pouvons
rien affirmer sur les autres églises de la province de Sens.
Auch adopta purement et simplement la Liturgie romaine Les provinces
,r / 1 , , . . . , d'Auch,
retormee, et le reste de la province suivit son exemple. d'Avignon
Avignon et Embrun, avec leurs églises, firent la même ^ adop?ent^^^
chose. Il faut en dire autant de la plupart des diocèses de ^^ romain,
la province de Vienne. Quant à la métropole elle-même,
elle garda Tancien bréviaire^, et n'en donna même pas
d'édition corrigée.
Si nous passons maintenant aux diocèses qui, depuis, ^y^.'^^^^ï^^ ^^
^ ^ ^ ^ T. 7 r ' Malines de 1007
ont été réunis au territoire français, nous trouvons Cam- prescrit pour
■* . la réforme
brai qui adopta le romain pur; Arras qui corrigea ses liturgique, les
mêmes resles
livres; Saint-Omer, dont la Liturgie ne fut plus autre que que ceux de
la romaine. Dans la même province ecclésiastique, Tour-
nai et Namur adoptèrent également le romain.
Pour dire un mot, en passant, sur la Belgique, nous
mentionnerons le concile de Malines, en 1607, dans lequel
les prélats établissent pour la réforme liturgique les
mêmes règles que les évêques de France dans les conciles
cités plus haut. Les évêques qui prirent part à cette
Assemblée, sous la présidence de l'archevêque, furent
ceux de Gand, Bois-le-Duc, Ruremonde, Bruges, Anvers
et Ypres.
Ainsi fut rétablie en France l'unité liturgique, et cet
événement eut lieu d'une manière si éclatante, qu'il n'est
T. I 29
France.
4.b0 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS p^g d'cxemplc aucune constitution pontificale v ait été
LITURGIQUES ir r X r J
reconnue obligatoire dans un aussi grand nombre de con-
ciles, que Ta été celle de saint Pie V, sur le Bréviaire
Non -seulement romain. On voit aussi que ces conciles dépassèrent même
les conciles . o • o- /
de France daus leur obcissauce au Saint-Siege les limites qu'il avait
reconnaissent / t-»i n • i / ,. , .
comme tracees. Plus d un tiers de nos églises était en possession
tmik de ^ ^'uu bréviaire, romain sans doute pour le fond, mais depuis
^^Ta^ réforme^^^ pl^^ ^^ deux ceuts ans Corrigé, réformé par Tautorité
hturg^i^que^ mais diocésaine. Néanmoins les évêques jugèrent que Tunité
dépassent les ne pouvait être trop parfaite, et reconnaissant d'ailleurs la
limites dans ■*• ^ ^ ^ ^ ^
leur obéissance, supériorité de rédaction du nouveau bréviaire, ils ne firent
aucune difficulté, la plupart, de Tadopter purement et sim-
plement, les autres de le faire imprimer presque en entier
sous le titre diocésain. Nous ne connaissons guère que
Lyon dans toute la France qui retint son ancien bréviaire,
et encore ce ne fut pas sans emprunter quelques améliora-
tions au nouveau romain.
Introduction Un autre événement, important pour l'unité liturgique
romains en France, est l'introduction des livres romains réformés
réformés dans la
chapelle dans la chapelle du roi, à Paris, et dans celles des autres
du roi en i583. , ^ ^ . ' . . ,.
châteaux ro3'^aux. Cette pieuse innovation eut heu, par
ordre de Henri III, en i583 (i). Ce prince, à la sollicita-
tion des jésuites, auxquels l'Église catholique fut si rede-
vable dès le XVI® siècle, avait permis, en i58o, l'impres-
sion du Bréviaire romain, qui souffrait des difficultés de
la part du parlement de Paris (2).
La haine gn effet, la haine de ce corps contre tout ce qui venait
du parlement de ^ ^ ^
Paris contre de Rome, s'était déjà éveillée à l'apparition d'un ensemble
le Saint-Siége ... /
éveillée par de Liturgie imposé aux églises par le Saint-Siése. L'ac-
cette réforme . . , .
liturgique, cord des divers conciles à mettre en exécution la bulle de
saint Pie V, n'avait pas été sans être remarqué, et peut-
être une formelle intimation faite par les gens du roi est-
(i) On ne quitta toutefois le parisien à la Sainte-Chapelle de Paris, que
le mercredi des Cendres 1610.
(2) Grancolas, Commentaire historique du Bréviaire romain, pag. 28.
EN FRANCE 45 I
elle la meilleure explication de la clause par laquelle le i partie
^ ^ ^ CHAPITRE XV
concile de Narbonne, tenu déjà dans le xvii® siècle, a cru
devoir déclarer qu'il recevait en forme cette consti-
tution. Quoi qu'il en soit, le parlement de Paris donna,
vers i58o, un insigne exemple de cette oppression reli-
gieuse que nul autre pays n'a mieux connue que le nôtre.
On se rappelle que le Missel de saint Pie V ne portait Le parlement
point au canon ces paroles Pro rege nostro. Nous avons ordonne
r ,, • j T-»i •!• TT • j l'insertion de la
rapporte i action de Philippe 11 qui, dans son respect pour prière pour
l'autorité religieuse, ne voulut pas employer son pouvoir ^j^ns îe^*Missei
royal pour arracher des prières au clergé espagnol. Voici ^^^ canoï^de la
maintenant ce qui se passa en France. Le parlement, messe.
toujours jaloux des droits du roi, quand il s'agissait d'op-
primer l'Eglise, vit avec indignation l'absence du nom du
roi dans le Missel romain; mais fidèle à son plan de natio-
naliser l'Eglise, il se garda bien de conseiller au souverain
de se pourvoir auprès du Saint-Siège pour obtenir la même
faveur que Philippe II n'avait pas dédaigné de solliciter.
De son autorité laïque, matérielle, incompétente, il fit
défense, en i58o, à tous imprimeurs du royaume de
publier le Missel romain, sans y ajouter le Pro rege nostro
N.; et depuis lors, on n'a jamais osé enfreindre ce règle-
ment (i). Le temps, et plus encore, la condescendance du
Siège apostolique, a pu légitimer l'emploi de ces paroles
au canon de la messe ; mais l'origine de cet usage n'en
remonte pas moins à une entreprise du pouvoir séculier qui
prouve, d'ailleurs, assez clairement que, dans cette Espagne
si méprisée, ou plutôt si mal connue, la couronne s'enten-
dait mieux en fait de liberté de conscience qu'en France,
où cette liberté ne s'est jamais développée qu'en faveur des
hérétiques.
Cette mauvaise humeur des parlements contre les livres
romains semble déjà présager dans l'histoire la réaction
(i) Grancolas, ibid.^ pag. 3o.
452
INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS Qi^[ dcvalt âvoiT lieu un jour en France contre les antiques
LITURGIQUES ^ ' ^
principes de la Liturgie. Car, il faut bien l'avouer, les ma-
Un parti prêt gistrats ne se sentaient pas seuls dans cette opposition ;
^ Imte du ^^ ^^ parti se formait sourdement dans le clergé, et la haine
contre^Rome se ^^ Rome fermentait déjà dans plus d'un cœur. On en vit
forme au ^ ^ne démonstration bien significative de la part de la Sor-
sem du cierge. ^ ^
bonne, en i583. L'évêque de Paris, Pierre de Gondy,
ayant songé à introduire les livres romains dans sa cathé-
Le chapitre de drale^ comme ils venaient d^être introduits par le roi lui-
Notre-Dame ^ 111/-,1' 1TI.T T^
de Paris refuse même dans sa chapelle, le Chapitre de Notre-Dame forma
de recevoir . • . . , ,, , .
la Liturgie opposition contre cette intention du prélat, prétendant,
romaine. ^^^^ fondement, que le Bréviaire et le Missel de Paris se
trouvaient dans le cas de l'exception prévue par la bulle;
qu'on ne devait point abolir un rite dont la renommée
s'était répandue non-seulement par toute la France, mais
dans presque toutes les autres églises de Tunivers ; et
conclut à la simple correction des livres parisiens par les
Arrêté par cette Commissaires déjà députés à cet effet (i). La commission
opposition, . , .,.,,,
l'évêque Pierre Continua Qonc son travail, mais elle s en acquitta avec tant
fait^rev°i se/le ^e zèle pour les usages romains réformés, qu'elle y fit
'"'^^^Tisï ''''' ^^^^^^ ^^ presque totalité du Bréviaire de saint Pie V (2).
Nous venons de voir, d'ailleurs, que le Chapitre, par le
fait même qu'il croyait l'Église de Paris dans le cas de
l'exception prévue par la bulle, reconnaissait la valeur de
cette constitution. Paris doit donc être mis au rang des
Eglises qui prirent part à la réforme liturgique de saint
Pie y. Quant au refus que firent les chanoines de prendre
le romain pur, nous sommes loin de le blâmer. Il était i
trop juste que cette Liturgie romaine- française^ enrichie
par Robert le Pieux, Fulbert, Maurice de Sully ; que
plusieurs ordres religieux avaient adoptée ; qui avait
pénétré jusque dans les églises de Jérusalem, de Rhodes,
de Sicile, demeurât debout comme une de nos gloires natio-
(i) Vid. la NotcE.
(2) Grancolas, ibidem^ pag. 65.
par une
commission
qui le rend
presque
entièrement
conforme
au romain.
ï
I PARTIE
CHAPITRE XV
EN FRANCE 453
nales. Abolie déjà, dans la plupart des cathédrales fran-
çaises par l'introduction des livres romains, Paris, du
moins, ne devait pas la laisser périr; Rome elle-même
avait préparé les voies à cette conservation par les clauses
de sa bulle. Si donc aujourd'hui^ cette belle et poétique
forme du culte catholique n'est plus, demandons-en
compte, non au Siège apostolique, mais aux Parisiens
modernes qui, cent ans plus tard, se plurent à renverser
l'antique et noble édifice que leurs pères avaient défendu
avec tant d'amour.
C'est que malheureusement, comme nous le disions tout Le Chapitre de
^1,, . ^ . . , . , Paris consulte
a 1 heure, un parti se formait qui devait, au temps marque, laSorbonne sur
poursuivre l'œuvre romaine de la Liturgie, jusque dans ^rojetee^Tes
les livres diocésains. La Sorbonne recelait des hommes ^^^^^^ romains,
de ce caractère, et l'histoire nous a conservé le scandaleux
avis que cette Faculté, ou plutôt quelques-uns de ses
membres, consultés par le Chapitre de Paris, donnèrent
contre l'adoption projetée des livres romains. Le lecteur
trouvera cette étrange pièce ci-après (i): nous en choisis-
sons seulement ici les principaux traits.
Après quelques banalités sur le grand bien qu'il y a Réponse
, . , , .,,.,,,. . scandaleuse de
dans la variété, comme si 1 unité n était pas aussi une c^ueiques
chose désirable, les docteurs disent leur véritable pensée :
« L'adoption du Bréviaire romain diminuerait beaucoup
« l'autorité des évêques et des diocèses. Les promoteurs
« de cette mesure sont gens qui veulent faire leur cour.
'f Les évêques ont puissance de police et de règlement
« dans leurs diocèses, comme l'évêque de Rome dans le
« sien; ce grand bien serait ébranlé par le changement
* en question. Cette entreprise serait contre la liberté
« de l'Eglise gallicane qui, si elle se soumettait à celle
« de Rome dans une chose aussi capitale, lui demeure-
ce rait assujétie en tout le reste : car l'accessoire suit le
docteurs.
I
(i) Vid. la Note F.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
La Sorbonne
proteste
elle-même
en i6o3
contre cet avis
dicté par
la haine de
Rome.
Réforme
liturgique en
Franche-Comté
et en Suisse.
454 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
principal. Il n'y a pas plus de raison à ce que tous les
prêtres disent en tous lieux un même bréviaire, quMl
n'y en a à ce que tous les laïques adressent à Dieu la
même prière. Après tout, que résulte-t-il autre chose de
ceci, si ce n'est l'accroissement non de la religion, mais
de la superbe et ambition romaines ? Que la crête du
coq gaulois ne le cède pas ainsi 'au sourcil romain!
Il ne s'agit pas ici de religion, mais d'orgueilleuse four-
berie. Si les évêques connaissent ce qu'ils sont, ils
doivent savoir qu'ils ont pouvoir de régler la forme de
la prière, aussi bien que le pape dans son diocèse de
Rome; autrement, ils ne seraient que les chapelains du
pape. »
Voilà, certes, de la franchise : toute la pièce est dans
le même goût. Les docteurs se prévalent surtout de l'in-
convenance qu'il y aurait de renoncer au culte des saints
du diocèse, en adoptant le calendrier romain. Cette diffi-
culté n'est pas sérieuse, puisque tout le monde sait que,
dans tous les diocèses où l'on suit le romain pur, on est
autorisé à joindre au bréviaire un Propre des saints locaux
qui peut être aussi complet qu'on le désire. Au reste,
dans une cause qui fut plaidée en parlement, en i6o3, et
dont nous parlerons ailleurs, Tavocat du roi, Servin, ayant
inséré cet acte de la Sorbonne en son plaidoyer, la Faculté
réclama contre l'insertion et contre l'acte lui-même qui
doit donc être considéré, non comme l'avis de tous les
membres de cette Compagnie, mais simplement, ainsi que
nous avons dit^ comme la manifestation d'un esprit de ré-
volte dans quelques particuliers. Nous verrons bientôt le
terrible incendie qu'alluma cette étincelle cachée un moment
sous la cendre. Achevons le tableau de la réforme litur-
gique dans l'Eglise latine, au xvf siècle.
Les diocèses qui avoisinent la France du côté de TAlle-
magne, ceux de la Franche-Comté et de la Suisse, par
exemple, réformèrent leur Liturgie, d'après la romaine.
I PARTIE
CHAPITRE XV
EN FRANCE ET DANS LE RESTE DE l'oCCIDENT 455
suivant leur génie particulier. Besançon garda le titre dio-
césain àla tête de ses livres qui retinrent beaucoup d'usages '
particuliers. Zaccaria indique un missel de Coire, sous la
date 1589. Aujourd'hui, toute la Suisse, à l'exception de
Lausanne, suit les livres romains purs.
On trouve, dans les bibliothèques, des bréviaires de Plusieurs
^ ^ églises
Cologne (i), de Trêves, de Mayence, de Constance, de d'Allemagne
. . . , * 1 corrigent leurs
Wurtzbourg, de Worms, de Spire, etc., imprimes a la Ryres
. , -v 1 /r / n ^ 1*1 • -r»' 17" diocésains;
fin du XVI® siècle et reformes d après celui de saint rie V. les autres, ainsi
Aujourd'hui, plusieurs de ces églises suivent le romain ^'Autridie, de
pur, ainsi que toute PAutriche, la Hongrie, la Pologne, ^""""^l'il^^l^ "^^
le Tyrol, etc., qui embrassèrent de suite les livres P^^'iîf^^^l^^^
j ~ 7 1 romain pur.
réformés.
L'Angleterre était déjà séparée de la communion ro- L'Angleterre
, / ^., ,. , j ^11- ne prend aucune
maine, quand le biege apostolique s occupa du rétablisse- part à la
sèment de l'unité de Liturgie : elle ne put donc y prendre ordonnée par
part. Nous apprenons de Burnet et de Larrey, historiens g^g ^jj^q '
de la réforme anglicane, cités par le P. Lebrun {2), qu'a- ^ation^afe^s
vant la défection de l'Angleterre, on comptait dans ce ^y^^^ ^^jf F^^
c> ^ r par suite de
royaume cinq Liturgies principales qui étaient autant de la persécution.
formes de la romaine; savoir, celle de Salisbury, qui avait
cours dans les provinces méridionales, sous le nom de
Sarum^ dont on trouve une édition, ainsi que du bréviaire,
imprimée à Paris en i556; celle d'York, qui était en
usage dans les provinces septentrionales; celle d'Héréford,
dont l'usage était reçu dans la partie méridionale du pays
de Galles; celle de Bancor, pour la partie septentrionale
du même pays; enfin, celle de Lincoln, pour le diocèse de
ce nom.
Il est temps de revenir à Rome, centre de la réforme
liturgique, et de considérer encore les grandes œuvres
(i) Le diocèse de Liège, qui était de la province de Cologne, a gardé
longtemps un bréviaire particulier. Aujourd'hui il est soumis au romain,
sauf certains rites qui lui sont propres.
{2) Explication de la Messe, tom. IV, pag. 5o.
4^6 RÉFORME DE LA MUSIQUE d'ÉGLISE
INSTITUTIONS accomplics dans ce but par les pontifes romains. L'état
LITURGIQUES "^ , ^i^-^- ^^ wtcii.
du chant et de la musique ecclésiastiques appelait tous
Décadence leurs soins. Nous avons vu combien cette partie de
de plus en plus i t v • • ^ rc a «v ,
accentuée 1^ Liturgie avait souffert, aux xiv' et xv« siècles, de
ecciésfas'^tique l'^sprit d'iunovation. Le lecteur n'a pas oublié la célèbre
'''idfgiTuse?''''^"!^^ ^^ J^^" XX"^ ^^^^^ Sanctoriim. Nonobstant
ces efforts si louables, le mal allait croissant en pro-
portion du relâchement de la discipline. Dans la plupart
des églises, le chant grégorien avait disparu presque
complètement; une musique toute profane, bruyante, entor-
tillée, farcie de réminiscences mondaines, et sous laquelle
il n'était nullement question du sens des paroles, avait
envahi les plus augustes basiliques. La voix humaine n'y
paraissait plus que comme un instrument à produire des
sons plus ou moins habiles.
Le concile De tels abus ne pouvaient échapper à la sollicitude du
de Trente -r j t^ t-.
prohibe toute concile de Trente. En i562, dans les congrégations qui
musique lascive , ^ i j/ i •/- i i
dans les églises préparèrent le décret sur le sacrifice de la messe, on pro-
rétuded\fchant P^^sa d'interdire absolument la musique durant lacélébra-
^'^'^^^da^iï'^^^^ tion des saints mystères ; mais le plus grand nombre des
les séminaires, pères, spécialement les espagnols, la défendirent comme
favorisant la piété, lorsque la teneur du chant et les
paroles étaient propres à inspirer la dévotion et que l'on
pouvait comprendre le sens de celles-ci. Le concile se con-
tenta donc de prohiber dans sa vingt-deuxième session, tant
sur Torgue que dans le chant proprement dit, toute musique
qui offrirait quelque chose de lascif et d'impur (i). Quel-
ques mois plus tard, dans sa session vingt-troisième, la
sainte assemblée voulant pourvoir à la réforme du clergé,
décrétait la fondation des séminaires et plaçait l'étude du
chant ecclésiastique parmi les exercices auxquels on devait
appliquer les jeunes clercs.
(i) Ab ecclesiis vero musicas eas, ubi sive organo, sive cantu lascivum
aut impurum quid miscetur, arceant episcopi. {Conc. Trid. sess. XXII.
Decretum de observandis et evitandis in celebratione missae.)
PALESTRINA ET LA ME?SE DU PAPE MARCEL 467
L'année suivante, i563, les cardinaux Morone et
Navagero, récemment envoyés par Pie IV pour présider
le concile, résolurent de porter de nouveau l'attention des
Pères sur des abus toujours subsistants; et dans les articles
de réforme préparés pour la vingt-quatrième session, ils
firent insérer la défense de faire entendre dans les églises
une musique trop molle. L^empereur Ferdinand, auquel
ces articles furent communiqués, exprima la crainte que
Ton n^entendît ces paroles comme une interdiction formelle
du chant figuré, qui souvent excitait à la dévotion. Par
déférence pour Tempereur, les légats renoncèrent à la
rédaction qu'ils avaient proposée; et dans la session célé-
brée le 1 1 novembre 1 563,1e décret publié pour la réforme
des chapitres cathédraux, renvoya aux conciles provin-
ciaux le soin de déterminer tout ce qui touchait à la célé-
bration de Toffice divin, en particulier à la manière de
chanter ou de moduler convenablement, et chargea ces
assemblées de tracer des règles sur cet objet selon l'utilité
et les usages de chaque contrée. En attendant la réunion
des conciles, chaque évêque était invité à pourvoir à ces
nécessités avec l'assistance de deux chanoines, dont l'un
serait de son choix et Tautre désigné par le chapitre (i).
Après avoir donné par son approbation force de loi
aux décrets de réforme du concile de Trente, Pie IV
établit le 2 août i564, une congrégation de huit car-
dinaux, chargés de veiller à leur exacte observation.
Dès la première année de son institution , elle se
(i) Caetera quae ad debitum in divinis officiis regimen spectant, deque
congrua in his canendi seu modulandi ratione, de certa lege in choro
conveniendi et permanendi,simulque de omnibus Ecclesiae ministris, quae
necessaria erunt, et si qua hujusmodi, synodus provincialis, pro cujus-
que provinciae utilitate et moribus, certam cuique formulam prœscribet
Interea vero episcopus non minus quam cum duobus canonicis, quorum
unusab episcopo, alter a capitulo cligatur, in iis quae expedire videbun-
tur, poterit providere. {Co7îC. Trid., sess. XXIV, c. xii.)
I PARTIE
CHAPITRE XV
Les conciles
provinciaux et
les évêques
chargés de la
réforme du
chant et de la
musicjue
d'église.
La congrégation
de cardinaux,
instituée
par Pie IV pour
veiller a
l'exécution des
décrets de
Trente,
s'occupe de la
réforme
de la musique
d'église
dans Rome.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Les cardinaux
Vitellozzi
et Borromée
458 RÉFORME DE LA MUSIQUE d'ÉGLISE
préoccupa de la correction du chant et de la musique
dans la ville de Rome et surtout dans la chapelle ponti-
ficale, qui devait donner l'exemple de la régularité à toutes
les églises de la ville et du monde. Cette réforme était
d'autant plus importante, que la musique tendait à usur-
per de plus en plus la place du chant grégorien dans la
capitale du monde chrétien. La congrégation chargea
spécialement de cette affaire les deux cardinaux Vitellozzo
Vitellozzi et Charles Borromée, et les invita non-seule-
ment à faire observer les décrets du concile en bannissant
les airs lascifs, mais à exiger plus de clarté dans les paroles
des messes, que l'on n'entendait pas, quand on chantait
en musique.
Sur la demande des deux cardinaux, le collège des
, chantres de la chapelle papale désigna huit de ses mem-
traitent avec les i r r o
chantres de la bres pour conférer avec eux. Vitellozzi et Charles Borro-
chapelle papale ,
au nom de la mee demandaient que l'on bannît désormais les messes
congrégation. m / j 1 v ^ ^ 1 t •. • '
mélangées de paroles étrangères a la Liturgie ou composées
sur des airs profanes, ainsi que les motets dont les paroles
avaient été inventées par le caprice de personnes privées.
Les chantres ne firent aucune difficulté à ce sujet ; mais,
lorsque les cardinaux leur demandèrent si les paroles
chantées en musique par le chœur pouvaient être toujours
entendues facilement, ils répondirent que ce n'était pas
toujours possible. Les cardinaux insistèrent et citèrent
comme modèles certains morceaux qui s'exécutaient à la j
chapelle pontificale, en particulier les Impropères du
vendredi saint composés par le maître Jean-Pierre-Louis
de Palestrina, autrefois membre du collège des chantres
pontificaux, exclu sous Paul IV parce qu'il était marié
et alors maître de chapelle de la basilique libérienne.
Après plusieurs conférences, il fut convenu que cet illus-
tre compositeur serait chargé d'écrire une messe dont ni
le thème, ni la mesure, ni les mélodies, n'offriraient rien
de lascif et de mondain, et dans laquelle, malgré l'har-
I PARTIE
CHAPITRE XV
PALESTRINA ET LA MESSE DU PAPE MARCEL 469
monie et les fugues, on entendrait facilement chacune des
paroles et le sens de toutes les phrases. Les cardinaux '
promirent que si Palestrina satisfaisait à ces exigences, la
musique continuerait à être permise dans les églises ; mais
ils ne dissimulèrent point qu'en cas d'échec de sa part,
ils seraient obligés de prendre les mesures qui leur sem-
bleraient opportunes d'après Tavis de leurs collègues.
Le cardinal Borromée, archiprêtre de la basilique libé- ^^aTéi^d'êu-e
rienne, se chargea de donner lui-même les ordres à Pales- bannie du
, ^ sanctuaire, est
trina, qui était sous sa dépendance comme maître de sauvée par une
^ , . , messe que
chapelle de son église. Pour sauver la musique sacrée et Palestrina
., ,,. , y .A ' ' ^ compose et fait
empêcher une resolution trop severe qui eut prive la exécuter
Liturgie d'un de ses plus puissants moyens d'action, la cardînaux de la
Providence avait préparé dans Rome même cet homme XÇo^fdie^.^
d'un génie profondément liturgique, dont les ressources
étaient à la hauteur de sa mission. Palestrina se mit à
l'œuvre avec l'ardeur la plus vive et la plus fervente. Il
sentait qu'il s'agissait, pour la musique religieuse, de la
vie ou de la mort. L'usage du temps était de placer en
tête de chaque nouvelle composition musicale un titre,
auquel on donnait autant que possible une forme piquante
et parfois même bizarre. Dans la simplicité de sa foi,
Palestrina écrivit en tête de son manuscrit ces mots :
Illumina oculos meos , « Seigneur, illuminez mes
yeux »_, voulant que cette humble prière servît seule à
désigner son ouvrage. Aidé par l'Esprit-Saint, dont il
avait appelé le secours, l'illustre maître composa en peu
de jours trois messes dans les conditions qui lui avaient
été prescrites ; et le 28 avril i563, jour à jamais mémo-
rable dans les fastes de la musique sacrée, les chantres de
la chapelle pontificale les exécutèrent devant les huit car-
dinaux, interprètes du concile de Trente, réunis chez
Vitellozzi. Tous les membres de ce tribunal, qui allait
prononcer sur le sort de la musique religieuse, étaient des
princes de l'Église, célèbres par leur savoir, leur expé-
I
4^0 RÉFORME DE LA MUSIQUE d'ÉGLISE
INSTITUTIONS ncnce. la gravité de leurs mœurs : et parmi eux se trou-
LITURGIQUES ^ ^ ■"•
valent deux austères réformateurs, autour du front des-
quels brillait déjà l'auréole de la sainteté, Michel Ghisleri,
depuis saint Pie V, et Charles Borromée. Ils furent una-
nimes dans le jugement qu'ils portèrent des trois messes
de Palestrina : elles répondaient toutes les trois aux
conditions du programme tracé à l'illustre compositeur ;
mais la troisième surtout leur parut admirable par la
simplicité, l'onction et la richesse que Fauteur y avait
déployées. Le sens du texte était exprimé avec une préci-
sion et une clarté que rien ne pouvait surpasser. La cause
était gagnée. Les cardinaux conclurent que la musique ne
serait pas bannie des églises, à condition que de leur côté
les musiciens ne chanteraient plus que des compositions
dignes du sanctuaire.
Après avoir gu^ \q rapport qui lui fut fait par les cardinaux, le pape
le chef-d'œuvre Pie IV voulut entendre lui-même le chef-d^œuvre de
de Palestrina, . ri/ ' i • •
Pie IV déclare Palestrma. Il fut chante en sa présence le 19 juin i563,
impossible de dans la chapelle Sixtine, où le Sacré Collège était réuni
^"mus^ue ^ autour du souverain Pontife pour remercier Dieu de
religieuse. Palliance heureusement conclue entre le Saint-Siège et les
cantons catholiques de Suisse. Le saint cardinal Borromée
célébrait la messe ; les chants de Palestrina, exécutés par
les voix incomparables du collège des chantres pontificaux,
ravirent tous les assistants et le pape dit à la fin de la
cérémonie, qu^après cette messe de Palestrina la musique
ne pouvait plus être attaquée, qu'il ne fallait pas la sup-
primer, mais en modérer l'usage. En témoignage de sa
gratitude, le souverain Pontife créa pour l'illustre maître la
charge de compositeur de la chapelle papale. La jalousie
voulut la lui ôter après la mort de Pie IV ; mais saint
Pie V, et plus tard, Grégoire XIII, Sixte V et Clé-
ment VIII lui conservèrent une récompense si bien méri-
tée, et il en jouit jusqu'à sa mort arrivée en 1594. Déjà de
son vivant, l'enthousiasme de ses admirateurs Pavait salué
PALESTRINA ET LA MESSE DU PAPE MARCEL 46 1
du titre de Prince de la îmisïque sacrée, que personne i partie
. CHAPITRE XV
encore n a pu lui disputer.
Deux ans après son triomphe, dédiant à Philippe II, Paiestrina
roi d'Espagne, un recueil de ses compositions, l'illustre chef-d'œuvre
maître y inséra la messe qui avait gagné la cause de la du^p^^Ma'nïi^
musique religieuse ; et par reconnaissance pour le pape
Marcel II, qui, étant simple cardinal, s'était fait autrefois
son bienfaiteur, Palestrina mit le nom de ce pontife en
tête de son chef-d'œuvre, désirant qu'il fût désigné désor-
mais sous le nom de Messe du pape Marcel. Non-seule- Erreur qui
1 ,./ ,,. ^ ' - ^ j • résulte de cette
ment la postérité a obei au desir du grand compositeur, appellation,
mais trompée par un titre dont elle oublia promptement
l'origine, elle crut bientôt que Marcel II était le pontife
qui avait songé à bannir la musique de TÉglise et que
Palestrina l'avait désarmé en lui faisant entendre cette
, messe d'une harmonie toute divine (i).
Les conciles provinciaux, tenus pour l'exécution des
décrets de l'assemblée oecuménique de Trente, ne négli-
gèrent pas le devoir de surveiller la musique d'église. Ils
parlèrent énergiquement contre les abus qui s'étaient intro-
duits à cet égard ; réclamèrent expressément contre les prov'incîaux
mélodies mondaines qui n'étaient que trop en usage, et ^ ^'^'i^éForme ^ ^^
firent des règlements contre ceux qui ensevelissaient le ^^^^ ia^tî^^e
sens des paroles sous le fracas des voix. Caveant episcopi
ne strepiiu incondito sensus sepeliatur. Ce sont les paroles
du concile de Tolède de i566.
Après avoir assuré la pureté du missel et du bréviaire, ^c^^f^endri^r^
et sauvé les traditions de l'Église sur la musique sacrée, ^ , P.^^ ^„,
^ ^ ' Grégoire XIII
en i582.
(i) Cette fausse tradition, rapportée par Benoît XIV lui-même {BuU
larium , t. III, Constit. de Ecclesiarum cultii, § 3), par Adami [Osser-
va^ioni per ben regolare il coro dei cantori délia capella pontificia. Pre-
fazione istorica, p. 11), et par cent auteurs, a été discutée avec grand soin
par l'abbé Baïni, directeur de la chapelle pontificale, dans son intéressant
et savant ouvrage sur Palestrina. Memorie storico-critiche délia vita et
délie opère di Giovanni Pier-Luigi da Palestrina, detto il Principe délia
miisica. Roma, 1828, t. I, p. 74-294.
462 RÉFORME DU CALENDRIER
INSTITUTIONS ^j^q grande œuvre, à la fois liturgique et sociale, appelait
la sollicitude des pontifes romains. Le calendrier, fonde-
ment de la Liturgie, comme il l'est des relations des
hommes entre eux, était tombé dans un désordre complet.
Le soin de le réformer appartenait aux pontifes romains,
puisque, dès l'origine de l'Église, nous les voyons chargés
de faire parvenir aux églises la date pascale, centre de
l'année chrétienne, et que cette date devenait de plus en
plus incertaine. Le concile de Trente s'était préoccupé de ce
grave objet, mais il avait fini par en renvoyer Fexamen et
le jugement au pape. C'était, du reste, un grand spectacle
de voir encore au xvi^ siècle, l'Europe^ ou plutôt le
monde civilisé tout entier, redemandant à Rome > la clef
perdue de la science des temps. Grégoire XIII eut la
gloire de rendre ce service à Thumanité. Il s'entoura de
Principaux toutes les lumières, forma une commission des hom-
savants
consultés par le mes les plus célèbres dans les études astronomiques, et
souverain j • j- 11 • 1
Pontife. parmi lesquels on doit distinguer les deux qui eurent le
plus d'influence sur les résultats, le cardinal Sirlet et le
jésuite allemand Christophe Clavius. Un médecin italien,
Louis Lilio, bien qu'il fût déjà mort à l'époque même
de la conclusion de cette grande affaire, y eut, peut-être,
la part principale^ au moyen d'un mémoire spécial qu'il
laissa après lui, et dans lequel il indiquait la méthode la
plus facile et la plus sûre pour la correction tant désirée.
Grégoire XIII voulut aussi consulter plusieurs savants
astronomes étrangers, entre autres, François de Foix de
Candale, seigneur français ; et quand il eut recueilli
toutes les notions nécessaires pour une réforme éclairée
et légitime, il la déclara à l'Eglise et l'établit formellement,
par une bulle qui commence par ces paroles : Inter gra-
vissimas^ et qui est datée du VI des calendes de mars
i582 (i). La marche de cet ouvrage nous amènera ailleurs
(i) Bullar. Rom, Edit. Luxemb., tom. II, pag. 448.
XII r
PUBLICATION DU MARTYROLOGE ROMAIN 403
à parler au Ions: du calendrier et de la nature des réformes ^ partie
^ , , CHAPITRE XV
qui ont été faites. Il suffit de rappeler ici que tous les Etats "
catholiques adoptèrent immédiatement le calendrier grégo- Les nations
, . T/v V 1 • V protestantes
rien ; les nations protestantes dmererent plus ou moins a refusent
accepter ce service rendu à la société, parce qu'il venait d'adopter^ie
d'un pape; néanmoins, elles finirent par se rendre; mais ?r|gorYe^n
TAngleterre, seulement au siècle dernier. Il ne reste plus ^^^ ^^ Russie
aujourd'hui, en Europe, que la Russie qui tienne encore autres États
... - -y r 11 -1 schismatiques
pour 1 ancien style^ et cela afin que les hommes voient dans repoussent
/ . / , . • 1 , . encore
tout son jour cette vente historique, que le schisme est aujourd'hui.
encore plus haineux et plus aveugle que Thérésie elle-
même. Mieux valurent à l'Afrique chrétienne les ariens
eux-mêmes que les donatistes.
Grégoire XIII eut bientôt à accomplir une œuvre intime- publication
ment liée à la réforme du calendrier, savoir la publication ^^romaYn pa?^
du Martyrologe romain. Il avait déjà étéjmprimé plusieurs ^^^^^^H^ '^
fois en Italie et notamment à Rome ; mais il appelait une
correction. Le pape nomma, pour préparer ce travail, une
commission composée de César Baronius, Silvio Anto-
niano, Robert Bellarmin, Louis de Torrès, archevêque
de Mont-Réal, Jean-Baptiste Bandini, chanoine de
Saint-Pierre, Michel Ghisleri, théatin, et Barthélemi
Gavanti. La commission donna successivement trois édi-
tions du martyrologe ; les deux premières ayant paru
fautives, ainsi que l'atteste Baronius lui-même (i), ce ne
fut que la troisième qui fut présentée à toute l'Église par
Grégoire XIII. Le bref de promulgation est du 14 janvier
1584, et porte obligation pour tous les patriarches, arche-
vêques, évêques, abbés et autres supérieurs des églises,
monastères, couvents, ou ordres, tant séculiers que
réguliers, de s'y conformer dans l'office du chœur.
Quant aux saints dont on a coutume de célébrer la
fête dans certaines églises ou localités, on ne les insè-
(i) Prœfat, ad martyrolog. Rom., cap. viii.
464 ÉTABLISSEMENT DE LA CONGREGATION DES RITES
INSTITUTIONS rcFa DES au corps du Martyrologe romain, mais on écrira
LITURGIQUES ,.
leurs noms sur un livre à part, pour les placer ensuite
aux lieu et ordre prescrits dans les règles dudit marty-
rologe (i).
Sixte-Quint La publication du bréviaire, du missel, du calendrier,
instituela sacrée , ^1 ^- r • -^ -i • >
congrégation du martyrologe, ne satisiaisait pas encore, il est vrai, a
^e^n 1^88^ ^^^^ ^^^ besoins de la Liturgie : restait à réformer le
pontifical, le cérémonial et le rituel. Toutefois il n'im-
portait pas moins que des mesures fussent prises pour
maintenir la pureté des règles que Rome venait d'établir.
L'idée d^un tribunal spécial pour dirimer toutes les diffi-
cultés, pour répondre à toutes les consultations sur la
matière des rites sacrés, appartient à Sixte-Quinî. Dans
sa fameuse bulle du XI des calendes de février i588, qui
commence par le mot Immensa^ et par laquelle il établit
quinze congrégations de cardinaux pour l'expédition des
affaires ecclésiastiques et le gouvernement particulier de
l'Etat romain, le pontife en érige une spéciale sous le
titre de Congrégation des sacrés rîtes. Voici les paroles
remarquables par lesquelles Sixte-Quint déclare cette
érection :
Attributions « Attendu que les sacrés rites et cérémonies dont l'Église
de ce tribunal , ^ ^ _ , . ^
fixées par « instruite par la tradition et règle apostolique, use dans
la bulle de son ,, , . . . , , , ^ ...
érection. « 1 administration des sacrements, dans les omces divins
« et dans tout ce qui tient au culte de Dieu et des saints^
« renferment une grande instruction pour le peuple chré-
« tien et une protestation de la vraie foi,; qu'ils sont
« propres à élever les âmes des fidèles à la méditation des
(i) Mandamus igitur omnibus patriarchis, archiepiscopis, episcopis,
abbatibus^ cœterisque ecclesiis, monasteriis, conventibus, ordinibus,
sive secularibus^ sive regularibus quibuscumque praefectis, ut in pera-
gendo divino in choro officio, omni uUo Martyrologio amoto, hoc tantum
nostro utantur, nulla re addita, mutata, adempta. Si quos alios habuerint j
sanctos in suis ecclesiis, aut locis celebrari solitos^ eos in hune librum *
ne insérant^ sed separatim descriptos habeant eumque illis locum atque
ordinem tribuant, qui regulis hic descriptis traditur.
ÉTABLISSEMENT DE LA CONGREGATION DES RITES 466
« choses les plus sublimes, et à enflammer leurs cœurs ^ partie
•"• ' ^ CHAPITRE XV
« du feu de la dévotion; désirant augmenter de plus en
« plus la piété des enfants de TÉglise et le culte divin,
« par la conservation et restauration de ces sacrés rites et
« cérémonies; Nous choisissons cinq cardinaux dont la
ft charge principale sera de veiller à ce que les anciens
« rites sacrés soient observés avec soin par toutes sortes
« de personnes, en quelques lieux que ce soit, dans toutes
« les églises de la ville et du monde entier, même dans
« notre chapelle papale, tant aux messes et divins offices
« que dans l'administration des sacrements et autres choses
« appartenant au culte divin. Si ces cérémonies tombent
« en désuétude, il leur appartiendra de les rétablir ; si
« elles s'altèrent, de les réformer. Ils corrigeront et resti-
« tueront, suivant le besoin, les livres qui traitent des
« rites sacrés et des cérémonies, principalement le ponti-
« fical, le rituel et le cérémonial ; ils examineront les
« offices divins des saints patrons, et en concéderont
« l'usage, après Nous avoir consulté. Ils porteront aussi
« leurs soins, avec diligence, sur la canonisation des
« saints et la célébration des jours de fête, afin que toutes
« choses se fassent convenablement et suivant la règle,
« d'après la tradition des Pères. Ils pourvoiront soigneu-
« sèment à ce que les rois et princes, leurs ambassa-
« deurs et toutes autres personnes qui viennent à la ville
« et cour de Rome, soient reçus honorablement, sui-
te vant la coutume des anciens, d'une manière conforme
« à la dignité et munificence du siège apostolique. Ils
« connaîtront de toutes les controverses sur la préséance
« dans les processions et ailleurs, ainsi que de toutes les
« autres difficultés qui se présenteront sur les sacrés rites
« et cérémonies, et les termineront et régleront d'une
« manière définitive (i). »
(i) r/^. la Note G.
T. I 3o
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Le nombre
des cardinauxde
. cette
congrégation
porté
à vingt-quatre.
Clément VIII
publie
en 1596
le Pontifical
romain.
466 PUBLICATION DU PONTIFICAL ROMAIN
Depuis Sixte-Quint, le nombre des cardinaux membres
de la congrégation des rites a été porté à vingt-quatre.
Nous ferons connaître ailleurs plus en détail la nature des
attributions de ce tribunal, et sa manière de procéder dans
ks causes des rites sacrés.
Clément VIII^ qui monta sur le Saint-Siège en 1692, et
dont le glorieux pontificat se prolongea jusqu'à Tan i6o5,
continua avec un zèle infatigable l'œuvre de la réforme
liturgique. Ses premiers soins se portèrent sur le Pontifia
cal. Ce livre, si indispensable pour l'exercice des fonc-
tions épiscopales, avait été imprimé plusieurs fois, tant
en Italie qu'en France, mais il renfermait plusieurs incor-
rections, et le soin de les faire disparaître et de ramener
l'unité dans des rites si importants, ne pouvait appartenir
qu'au pontife romain. Clément VIII, par un bref du
10 février 1596, qui commence par ces mots: Ex quo in
Ecclesia Dei, annonce à l'Église la correction qu'il a fait
faire du Pontifical romain, à Tinstar de celle qu'avait
entreprise, sur les Bréviaire et Missel romains, son glo-
rieux prédécesseur saint Pie V. Il dit qu'il a réuni une
commission des hommes les plus versés dans la science
des rites pontificaux^ lesquels ont procédé dans leur réforme
d'après les plus anciens manuscrits, tant des églises de
Rome que des bibliothèques Vaticane et autres. En con- ;
séquence, le pape supprime tous les autres pontificaux
qui seraient en usage en quelques lieux que ce soit, et
enjoint à tous patriarches, archevêques, évêques, abbés
et autres prélats, de recevoir ce pontifical réformé et d'en
faire usage; « statuant que, dans aucun temps, on ne
« pourra faire à ce livre aucun changement, addition, ou
« retranchement, et déclarant que tous ceux qui doivent
« exercer les fonctions pontificales, ou faire et exécuter \
« quelques-unes des choses qui sont contenues audit Pon-
ce tifical, seront tenus de faire et observer toutes les|
« choses qui y sont prescrites, en sorte qu'aucun d'eux n(
CORRECTION DU CEREMONIAL DES ÉVÊQUES 467
« pourra satisfaire à la charge qui lui a été imposée, i partie
*■ A ^ CHAPITRE XV
c( qu'en se servant des formules contenues dans ce même
« livre (i). »
Quatre ans après, en 1600, le même pontife publia, par En 1600
, rj . .11 ■ ^ lemêmepontite
un bref du 14 juillet, qui commence par ces mots : Lum publie l'édition
nopissîjne, l'édition réformée du Cérémonial des évêques. du Cérémonial
« Après avoir, dit-il, corrigé et restitué, par le minis- eseveques.
« tère d'hommes pieux et érudits, le Pontifical romain,
« qui s'était trouvé corrompu et altéré en plusieurs
« endroits, et l'avoir publié pour l'usage et commodité
« des évêques et autres prélats des églises, il Nous a
« semblé nécessaire de donner nos soins à la réforme du
« Cérémonial des évêques, qui est indispensable pour
« toutes les églises, particulièrement pour les métropo-
« litaines, cathédrales et collégiales, et dans lequel sont
« contenus les rites et cérémonies pour la célébration des
« messes, des vêpres et autres divins offices, et pour les
« diverses fonctions et actes, tels que les doivent observer
« les évêques et les autres prélats inférieurs, etc. (2). »
Clément VIII dit ensuite que les commissaires chargés
(i) Statuantes Pontificale praedictum nullo unquam tempore_, in toto,
vel in parte mutandum^ vel ei aliquid addendum , aut omnino detra-
hendum esse, ac quoscumque_, qui pontificalia munera exercere_, vel alias
quae in dicto Pontificali continentur facere, aut exequi debent, ad ea per-
agenda, et praestanda, ex hujus Pontificalis praescripto, et ratione teneri,
neminemque ex iis, quibus ea exercendi, et faciendi munus impositum
est, nisi formulis, quae hoc ipso Pontificali continentur, servatis satisfa-
cere posse. [Bullar. Rom., tom. III, pag. 5g.)
(2) Cum novissime Pontificale antea mendosum et corruptum, a piis
et eruditis viris emendari et restitui, et demum ad episcoporum, et
aliorum ecclesiarum praelatorum communem usum et commoditatem
divulgari, et in universali Ecclesia ab omnibus observari mandaverimus,
operae pretium visum fuit, Geremoniale episcoporum omnibus ecclesiis
praecipue autem metropolitanis, cathedralibus, et collegiatis, perutile ac
necessarium, in quo ritus et caeremoniae celebrandi missas, vesperas et
alia divina officia, ac in aliis Ecclesiae functionibus et actibus ab eisdem
episcopis ac aliis praelatis inferioribus in eisdem observand8e, etc.
{Id., ibid., pag. iio.)
4^8 PUBLICATÎON DÛ CEREMONIAL DES ÉVEQUES
, INSTITUTIONS (^Q la réformc du cérémonial se sont appliqués à le mettre
LITURGIQUES . , i. i. i
en harmonie avec le Pontifical. En effet, dans son bref
sur le Pontifical, le pontife avait remarqué que les correc-
teurs de ce dernier livre en avaient retranché toutes les
choses qui auraient été mieux à leur place dans le Cérémo-
nial : ces deux sources de la science liturgique se trouvent
donc dans un rapport parfait. Après avoir sanctionné
l'obligation, pour toutes les personnes que ce Cérémonial
concerne, de s'y conformer en toutes choses, et déclaré
abrogés tous les anciens cérémoniaux, dans les points qui
ne seraient pas conformes au nouveau. Clément VIII
statue pour Tobligation absolue de se servir de ce
livre^ le terme de deux mois pour tous ceux qui sont
présents à la cour de Rome, de huit mois pour ceux qui
sont en-deçà des monts, et de douze pour ceux qui sont
au delà.
Le Pontifical Si nous venons maintenant à rechercher la manière
et le Cérémonial ,/i t- it-»-/'i i/-i//
réformés, dont S Opéra la promulgation du Pontifical et du Ceremo-
toutes les églises niai de Clément VIII, nous trouvons qu'ils furent l'un et
sauf une^ pTrtie l'autre reçus dans toutes les églises de l'Occident, à
de France, l'exception de quelques églises de France qui ont jugé à
propos de se donner un pontifical, et d'un beaucoup plus
grand nombre qui n'ont pas cru devoir accepter le céré-
monial. Dieu sait aussi quel désordre existe dans un grand
nombre de nos cathédrales, où les fonctions pontificales
s'accomplissent d'après des règles que personne n'a jamais
vues écrites, et qui, dans tous les cas, sont en contradic-
tion flagrante avec les rubriques si sages, si précises, si
harmonieuses du Cérémonial promulgué par Clément VIII
et ses successeurs. Quoi qu'il en soit, on peut toujours
dire que le décorum de la dignité épiscopale n'a rienj
gagné à ce refus d'admettre le Cérémonial romain ; car il '
n'est aucun cérémonial diocésain dans lequel cette dignité
si sacrée et si éminente soit traitée avec plus d'égards que
dans le romain, et il en est beaucoup dans lesquels on •
I PARTIE
CHAPITRE XV
RÉVISION DU BRÉVIAIRE ROMAIN 469
est en droit de se plaindre du contraire. Le lecteur en ju-
gera dans la suite de cet ouvrage.
Clément VIII entreprit encore un grand travail dans le Clément viii
revise
but de la réforme liturgique. Il fit faire la révision du bré- le Bréviaire
viaire. Des fautes et des altérations nombreuses s^étaient en 1602
glissées dans un grand nombre d^exemplaires,par la négli- ^ ^Tegies
gence des imprimeurs ou l'indiscrétion de quelques par- ^^^afiiTaue^^^^
ticuliers. Le pape forma une commission pour rétablir le le texte corrige
'- ïr ir r ne soit pas
texte dans sa pureté, et après avoir publié un exemplaire altéré dans les
corrigé sortant des presses vaticanes^ il statua par lettres subséquentes.
apostoliques, en date du io^;mai 1602, et [commençant
par ces mots: Cum in Ecclesia^ des peines pécuniaires
très-sévères contre les imprimeurs de FEtat ecclésiastique,
et l'excommunication contre ceux des autres pays, s'ils
osaient imprimer le Bréviaire romain sans une licence
expresse des inquisiteurs, ou des ordinaires pour les pays
dans lesquels le tribunal du Saint-Office n'existe pas. Le
bref expose ensuite les formalités que doivent garder les
inquisiteurs et les ordinaires avant d^accorder cette licence.
Ils collationneront avec le plus grand soin et le bréviaire
qui doit être reproduit, et celui qui sortira de la presse,
avec un exemplaire de celui que publie Clément VIII; ils
ne permettront aucune addition^ ni retranchement ; men-
tion sera faite de cette collation et de la parfaite concor-
dance, sur la licence même donnée à l'imprimeur, et copie
de cette licence sera imprimée au commencement, ou à la
fin de chaque exemplaire. Les peines encourues ipso facto
en cas d'infraction de quelqu'une de ces injonctions, sont,
pour les inquisiteurs, la privation de leurs offices, et Tinha-
bilité perpétuelle à y rentrer; pour les ordinaires, la
suspense a divinis et l'interdiction de l'entrée de Téglise ;
et, pour leurs vicaires, outre l'excommunication, la pri-
vation perpétuelle de leurs offices et bénéfices (0.
(i) Vid. la Note H.
470 REVISION DU MISSEL ROMAIN
INSTITUTIONS Dcux EHs après, le même pontife publiait, sous la date
LITURGIQUES. r ^ JT r '
du 7 juillet 1604, un nouveau bref qui commence par ces
Clément VIII mots : Cum sanctissimum. pour la révision du missel.
publie . . ,.v , .
le 7 juillet 1604 Ce livre avait déjà souffert des altérations, en plus grand
corrigée du nombre même que le bréviaire. Clément VIII se plaint,
Missel romain _, ^ i , '*. ' a' ^^ ^ • '
qui avait subi entre autres choses^ qu on avait indiscrètement corrige,
altéfatlon^s d^après la version de la Bible de saint Jérôme, un grand
^^^Pp-'^ Y^^^^^ nombre à^introït^ de graduels et d'offertoires ,qui étaient
de la plus haute antiquité dans l'Église, puisqu'ils étaient
tirés de l'ancienne Vulgate ; qu'on avait bouleversé plusieurs
épîtres et évangiles; en un mot, qu'on avait introduit
plusieurs modifications, sans autorité comme^sans discer-
nement. Il dit ensuite qu'il a donné le soin de revoir et de
corriger ledit missel, à une commission formée des cardi-
naux les plus érudits et d'autres gens habiles, lesquels ont
non-seulement rétabli, dans les endroits oùil en était besoin,
l'ancienne leçon sur la foi des plus graves exemplaires, -
mais ont fait plusieurs améliorations, particulièrement à
l'article des rubriques, qu'ils ont développées et éclaircies
en plusieurs endroits. Le pontife charge ensuite les inqui-
siteurs et les évêques de veiller à la pureté des exemplaires
qui seront imprimés dans les lieux de leur juridiction,
statuant les mêmes peines, au cas de contravention, tant
pour lesdits inquisiteurs et évêques, que pour les impri-
meurs eux-mêmes, qui sont dénoncées dans le bref cité
plus haut pour la nouvelle édition du bréviaire (i). Nous
examinerons, dans une partie spéciale de cet ouvrage, la
manière dont on se conforme en France aux volontés de
Clément VIII. Ses deux constitutions ne sauraient y être
inconnues, puisqu'on les trouve imprimées en entier, ou
en abrégé, en tête de tous les missels et bréviaires romains
publiés depuis deux siècles, tant à Paris que dans les autres
villes du royaume.
(i) Bullarium Romanum. Edit. Luxemb., tom. III^ pag. 174.
AUTEURS LITURGISTES DU XVF SIECLE 47 1
Tels furent les travaux de Clément VIII pour la réforme
de la Liturgie; ils furent dignes de ce grand pontife et de
ses prédécesseurs. La commission dont il est question
dans les lettres apostoliques que nous venons de citer, se
composait, au rapport de Merati (i): des cardinaux César
Baronius, Sylvius Antonianus et Robert Bellarmin,
auxquels furent adjoints Louis de Torrès, archevêque de
Montréal et depuis cardinal ; Jean-Baptiste Bandini, cha-
noine de Saint-Pierre; Michel Ghisleri, théatin, et l'il-
lustre Barthélemi Gavanti, Milanais, des clercs réguliers
de Saint-Paul. On ne pouvait sans doute réunir des noms
plus imposants, et mettre les rites sacrés sous la sauve-
garde d'hommes plus recommandables par leur science et
leur piété.
Nous allons maintenant donner la liste des auteurs du
XVI® siècle qui se sont occupés de la Liturgie.
{i5oi). Jacques Wimpheling, prêtre du diocèse de Spire,
composa, à la demande de son évêque, un office de la
Compassion de la sainte Vierge, et dédia à ce prélat un
poëme de Laudibus et Cœremoniis Ecclesiœ. Il a laissé
aussi un traité sur les auteurs des hymnes et des séquences.
(i5i6). Josse Clichtoûe, docteur de Paris, est auteur de
l'excellent commentaire liturgique si connu sous le titre de
Elucidatorium ecclesiasticum^ dans lequel il explique les
hymmes, les cantiques, le canon de la messe et autres
prières ecclésiastiques, et enfin les proses. On rencontre
encore assez facilement aujourd'hui ce précieux ouvrage,
qui n'a pas été réimprimé depuis plus de deux siècles.
Beaucoup de points de la Liturgie sont traités, dans un
autre ouvrage de Clichtoûe, intitulé : Anti- Luther us, et
dans ses autres écrits contre la réforme, qui sont tous fort
remarquables pour le temps.
(i52o). Albert Castellani, Vénitien, de l'ordre des frères
(i) Thésaurus s acrorum Rituum, tom. III, 40J pag. 22.
I PARTIE
CHAPITRE XV
Commissaires
employés
à cette révision.
Auteurs
liturgistes du
xvie siècle.
Jacques
Wimpneling,
prêtre de Spire.
Josse Clichtoûe,
docteur
de Paris.
Albert
Castellani,
dominicain.
1^
INSTITUTIONS
LITURGIQUES.
Erasme
de Rotterdam.
Pierre Ciruelo,
chanoine
de Salamanque,
Gabriel
d'Ancône,
sacriste de la
chapelle
pontificale.
George
Wicelius.
François
Titelman,
frère mineur.
Jean Cochlée,
chanoine
de Breslau.
472 AUTEURS LITURGISTES DU XVI® SIECLE
prêcheurs, prépara et dédia à Léon X le livre intitulé Sa-
cerdotale; il dirigea, en outre, l'édition du Pontifical
romain qui parut à Venise en i52o.
(i526). Erasme, de Rotterdam, si connu pour la triste
influence qu'ont eue ses idées demi-protestantes sur une
portion de l'Europe catholique, doit cependant entrer dans
la liste des liturgistes du xvi® siècle. Il a laissé des
hymnes en l'honneur de la sainte Vierge, dont quelques-
unes furent insérées, de son vivant, au Bréviaire de
Besancon.
(i528). Pierre Ciruelo, chanoine de la cathédrale de
Salamanque, a laissé un ouvrage intitulé .* Expositio libri
Missalis peregregia.
(1529). Gabriel d'Ancône, augustin, sacristain de la cha-
pelle du pape, composa trois traités qui sont restés manus-
crits, savoir: 1° De Ritu et Cœremoniis in Capella Pon-
tijicia; 2° Acta in adventu et coronatione Caroli V in
civitate Bononiœ; 3° Acta quœdam cœremonialia ab
anno i5o8, cum supplemento usque ad annum i55o.
(i532). George Wicelius, d'abord luthérien, puis réuni
à l'Église catholique, laissa deux écrits sur l'objet que
nous^^traitons : 1° Defensio Liturgiœ ecclesiasticœ ; 2° Li-
turgica Exercitamenta christ ianœ pietatis. Dans ce
dernier ouvrage, il donne la traduction de plusieurs des
Liturgies de l'Orient.
(i 540). François Titelman, de Tordre des frères mineurs,
composa, entre autres ouvrages, les suivants : 1° Expositio
mysteriorum Missœ et sacri Canonis ; 2° Expositio officii
de sacrosancta Trinitate.
(1640). Jean Cochlée, illustre docteur catholique, cha-
noine de Breslau, et infatigable défenseur de la foi catho-
lique contre les réformateurs du xvi® siècle, opposa au
traité de Luther contre la messe, une édition des livres
d'Innocent III, de Mysteriis Missœ ^ et de ceux de saint
Isidore, de Officiis ecclesiasticis. Il est aussi le compilateur
AUTEURS LITURGISTES DU XVI® SIECLE 473
de la première collection des auteurs liturgistes que l'on
connaisse. Elle parut à Mayence, en 1649, sous ce titre :
Spéculum antiquœ devotionis circa Missam et omnem
alium cultum Dei,ex antiquis^et antea nunquam evulgatis
per typographes auctoribus, a Joanne Cochlœo labo-
riose collectum. Cette collection comprend neuf auteurs,
savoir :
1° Amalaire de Trêves, de Offîcio missœ ;
2° Walafrid Strabon, de Exordiis et Incrementis rerum
ecclesiasticarum ;
3° Saint Basile, de Missa Grœcorum ;
4° Expositio missœ brevis^ d'après d'anciens manuscrits ;
5'' Saint Pierre Damien, Liber qui dicitur Dominus
pobiscum ;
6° Honorius d'Autun, Gemma animœ;
7° Le Micrologue;
8° Pierre le Vénérable, Nucleus de sacrijîcio missœ;
9° Liber de vita S. Bonifacii, Martyris.
(1547). LaurentMassorilli, de Tordre des frères mineurs,
publia un recueil d'hymnes sacrées, divisé en quatre livres,
qu'Arevalo juge n'être pas indignes du siècle qui les a
produites.
(i55o). Gentien Hervet, savant littérateur français qui
assista au concile de Trente et mourut chanoine de
Reims, traduisit en latin, outre beaucoup d'ouvrages des
saints Pères, les Liturgies de saint Jean Chrysostome et
de saint Basile, la Mystagogie de saint Maxime, et l'Expo-
sition de la Liturgie, par Nicolas Cabasilas.
(1557). Matthias Francowitz, plus connu sous son nom
littéraire de Flaccus Illyricus, l'un des centuriateurs de
Magdebourg, fit imprimer, à Strasbourg, la fameuse Messe
latine qui a retenu le nom de ce savant, et qui a tant
occupé les critiques catholiques et protestants. Nous en
traiterons ailleurs.
(i558). Georges Cassandre, docteur flamand, combattit
I PARTIE
CHAPITRE XV
Première
collection
d'auteurs
liturgistes.
Laurent
Massorilli,
frère mineur.
Gentien Hervet.
Mathias
Illyricus.
Georges
Cassandre,
INSTITUTIONS
LITURGIQUES.
docteur
flamand.
Marc-Antoine
Muret,
humaniste.
Le président
Duranti.
Claude
de Sainctes,
évêque
d'Évreux.
Wolfgang
Lasius,
philologue
allemand,
publie
la seconde
collection
d'auteurs
liturgistes.
474 AUTEURS LITURGISTES DU XV!*" SIECLE
avec zèle les nouveautés de la Réforme, quoiqu'on soit en
"droit de lui reprocher quelques propositions trop hardies. Il
publia un ouvrage savant ayant pour titre: Liturgica de
Ritu et Ordine Dominicœ Cœnœ celebrandœ e partis scrip-
toribiis. C'est un recueil de passages des auteurs ecclésias-
tiques sur toutes les parties de la messe. Il est suivi de
rOrdre romain^ le seul que l'on connût alors. Cassandre
publia, en outre, un recueil d^hymnes dans le genre de
celui de Clichtolie, et un autre recueil des oraisons que
Ton appelle collectes.
(i56o). Marc- Antoine Muret, célèbre humaniste, appar-
tient à la classe des liturgistes par ses hymnes, dont
plusieurs ont été admises dans les bréviaires modernes des
diocèses de France.
(i56o). Jean-Etienne Duranti, président du parlement de
Toulouse, et dont tout le monde connaît la fin tragique, a
publié sous son propre nom un ouvrage célèbre intitulé :
De Ritibus Ecclesiœ catholïcœ, dont la dernière édition est
de 1675, à Lyon. Plusieurs auteurs contestent cet ouvrage
à Duranti, et l'attribuent à Pierre d'Anes, évêque de
Lavaur.
(i56o). Claude de Sainctes, évêque d'Evreux, a traduit
en latin les Liturgies de saint Jacques et de saint Basile.
(i56o). Wolfgang Lasius, savant philologue allemand,
publia une collection liturgique qui doit être comptée pour
la seconde et qui parut à Anvers en i56o, sous ce titre :
De Veteris Ecclesiœ ritibus ac cœremoniis. Elle est moins
ample que celle de Cochlée, et se compose des pièces qui
suivent :
1° Une lettre de Charlemagne à Alcuin, de Cœremoniis
ecclesiasticis ;
2° La réponse d'Alcuin à cette lettre ;
3" Le poëme d'Hildebert, de Mysterio missœ.
4° Un fragment anonyme, de Ritibus et Cœremoniis
Ecclesiœ Romanœ a Nativitate Domini per hjemem ;
AUTEURS LITURGISTES DU XVI® SIECLE 476
5^ Rhaban Maur, de Virtutibus et vitiis. i partie
. , , CHAPITRE XV
(i562). Antoine de Mouchy, recteur de l'Université de •
Paris, connu sous le nom de Democharès^ publia un gros Democharès.
traité sur le sacrifice de la messe, ouvrage assez indigeste,
dirigé contre les sacramentaires.
( 1 568). Melchior Hittorp, doyen de la collégiale de Saint- Mekhior
Cunibert de Cologne, a publié la troisième collection litur- doyen de
gique et la plus célèbre de toutes. Elle se compose de douze de Cologne,
auteurs et porte ce titre: De Catholicœ Ecdesiœ dipinis^^ célèbre^ ^^
officiis ac ministeriis, varii vetustiorum aliquot Ecdesiœ d'auteurs
Patrum ac scriptorum libri. Coloniœ^ i568. hturgistes.
Les livres qu'elle contient sont les suivants :
1° L'Ordre romain;
2° Saint Isidore de Séville, de Ecdesiasticis Officiis;
3** Le faux Alcuin, de Officiis divinis;
4"* Amalaire Fortunat, de Divinis Officiis, et de Ordine
Antiphonarii ;
5"* Rhaban Maur, de histitutione dericorum ;
6*" Walafrid Strabon, de Exordiiset Incrementis rerum
ecdesiasticarum ;
"]" Bernon de Richenau, de Quibusdam Rébus ad missœ
officium pertinent i bus;
S"" Le Micrologue, de Ecdesiasticis Observationibus ;
(f Saint Yves de Chartres, vingt et un sermons de
Ecdesiasticis Sacramentis^ ac Officiis, et Prœcipuis per
annum Festis ;
10*^ Hildebert, de Mjsterio missœ;
1 1^ Raoul de Tongres, de Observantia canonum'^
1 2^ Un anonyme, Missœ Expositio brevis.
La collection d'Hittorp a eu plusieurs éditions, et chaque
fois elle a été reproduite avec des augmentations, ainsi
qu'on le verra bientôt.
(i568). Jean Molanus, docteur de Louvain, publia une jean Moianus,
édition du Martyrologe d'Usuard, avec des additions tirées de Louvain.
du Martyrologe romain et de ceux des églises de la basse
47^ AUTEURS LITURGISTES DU XVI® SIECLE
INSTITUTIONS Allemagne. Il y joignit aussi le Martyrologe de Wan-
LITURGIQUES. ^ ,r , /r
delberg, et compléta le tout par une excellente préface en
vingt-trois chapitres. Il est pareillement auteur d'un livre
de Picturis et Imaginibus sacris^ et d'un opuscule sur
les Agnus Dei.
Jean Maidonat, (lôôg). Jean Maldonat, illustre professeur delà compa-
Compagnie gnie de Jésus, joint à ses autres titres de gloire celui de li-
de Jésus. turgiste distingué. On en peut juger par son excellent traité
de Cœremoniis^ tant estimé de Richard Simon, et qui a
été enfin publié par Zaccaria en 1781, dans le troisième
volume de la Bibliotheca ritiialis.
Jean du Tiiiet, (iSyo). Jean du Tillet, évêque de Saint-Brieuc, puis de
de^ Meaux. Meaux, a laissé un traité en français, de V Antiquité et de
la Solennité de la messe.
Jacques [ibii), Jacques Pamélius, évêque de Saint-Omer^ est un
Pamélius, , , . , . ,.,.,. ,.
évêque des hommes qui ont le mieux mente de la science litur-
mer. gjq^g^ ^j^ donnant au public son importante collection
intitulée : Liturgica latinorum. Il y comprit les anciens
livres des églises romaine, ambrosienne, gothique, etc.
Jérôme Maggi, (i 67 1). Jérôme Maggi, Milanais^ d'abord magistrat, puis
mfianals.^ ingénieur militaire, ayant été pris par les Turcs au siège de
Famagouste, composa, pendant sa captivité, un curieux
traité sur les cloches.
Onuphre [ib^2). Onuphre Panvini, augustin, Fun des hommes
augustin. du xvi^ siècle les plus versés dans la connaissance des anti-
quités ecclésiastiques, a laissé plusieurs travaux litur-
giques. Nous citerons: i" L'intéressant opuscule de Urbis
Romœ stationibus, imprimé ordinairement à la suite des
vies des papes de Platine ; 2" de Ritu sepeliendi mortuos
apud veteres christianos, et de eorum cœmeteriis ; 3*^ de
Baptismate Paschali, origine et ritu consecrandi Agnos
Dei ; 4** de prœcipuis urbis Romœ sanctioribusque Basi-
licis^ quas Septem Ecclesiasvulgo vocant; b"" de Episcopa-
libus Titulis et Diaconiis Cardinalium. Panvini avait, en
outre, préparé une collection d'anciens rituels, qui n'a
AUTEURS LITURGISTES DU XVI® SIECLE. 477
pas paru, et dont la préface a été publiée par D. Mabil-
lon, dans le deuxième tome du Musœum Italicum.
(1572). Nicolas Aurificus, carme, donna en cette année,
à Venise, une nouvelle édition du Spéculum de Cochlée,
dont il retrancha la Messe de saint Basile et le Livre de la
vie de saint Boniface; il les remplaça par les opuscules
de Bernon et de Hildebert, qu'il emprunta à la collection
d'Hittorp. Il ajouta ensuite VOrdo missœ de Burchard,
et un opuscule qu^il avait lui-même composé sous ce titre:
De Antiquitate^ Veritate et Cœremoniis missœ.
(1577). Pierre Galesini, protonotaire apostolique, qui
fleurit à Rome sous les pontificats de Grégoire XIII et
de Sixte-Quint, travailla à illustrer et à corriger le Mar-
tyrologe romain, en le mettant dans un style plus
châtié, et ajoutant une notice historique à chaque nom de
saint.
(1578). Gabriel Sévère.^ archevêque de Philadelphie,
prélat auquel le Sénat de Venise avait donné le soin des
Grecs établis sur le territoire de cette république, à com-
posé un livre de Septem Ecclesiœ Sacramentis^ dont le père
Morin a tiré Topuscule intitulé : de Sancto sacerdotii
Sacramento.
(i58o). Joseph-Valentin Stevano^ évêque italien, a laissé
deux opuscules liturgiques: i"" De Adorât ione et Oscula-
tione pedum Romani pont ijîcis, et Levatione seu Portatione
ejusdem ;
2° DeRitu tenendi frœnum et staphades summis pontijî-
cibus ah imper at or ihus.
(1584). Maxime Margunius, évêque de Cythère, est
connu pour avoir traduit et publié, en grec vulgaire, les
Synaxaires et le Ménologe.
(i586). Marc-Antoine-Marsile Colonne, archevêque de
Salerne, est auteur de l'excellent traité intitulé : Hydra-
giologia, sive de Aqua benedicta.
(i586). Vincent Bonardi, dominicain, évêque de Sainte-
I PARTIE
CHAPITRE XV
Nicolas
Aurificus,
carme.
Pierre Galesini,
protonotaire
apostolique.
Gabriel Sévère,
archevêque
de Philadelphie.
Joseph Stevano,
évêque italien.
Maxime
Margunius,
évêque
de Cythère.
Marc-Antoine
Colonne,
archevêque de
Salerne.
Vincent
Bonardi,
478 AUTEURS LITURGISTES DU XVI® SIECLE
INSTITUTIONS Gvriaque, a écrit un volume sur les Aû-nus Dei. intitulé :
LITURGIQUES . „ . , . ^ . .
■ Discorso intorno l antichita, e origine, modo ai fare,
dominicain et , ,. , . j- ^ 'l • • k ta •
évêque. benedire, batenare^ e distribuere i sacri Agnus Dei.
(1587). François Panigarola, évêque de Chrysopolis^ a
Panigaroia, laissé un volume intéressant sous ce titre : De Stationum
évêque . . . rr t\ h yr
de Chrysopolis, veteri uistituto a Xisto V. P. M. revocato.
Rodolphe (1^87). Rodolphe Hospinien, savant protestant, a com-
ïavTnt"' posé, sur les matières liturgiques, deux grands ouvrages
protestant, ^gj^piis d'une érudition qui fait regretter que l'auteur ne
Fait pas consacrée à une meilleure cause. Le premier est
intitulé : De Templis^ hoc est de Origme, Progressu^ Usii
et Abusu templorum, ac omnino rerum omnium ad templa
pertinent ium, libri quinqne. Le second a pour titre : Festa
christianorum, hoc est de Origine, Progressu, Cœre-
moniis et Ritibus festorum dierum christ iafiorum libri
très.
Marc-Antoine (i588). Marc-Autoine Mazzaroni est auteur d'un livre,
I^rî 7 7 Ci VC\X\ 1
de Tribus Coronis pontifias Romani, nec non de Osculo
sanctissimornm pedum ejus.
Gilbert (iSoo). Gilbert Génébrard, moine de Cluny, archevê-
Génébrard, n * '• 1 1 j
moine que d Aix, un des plus savants personnages de son temps,
et a^rchevêque a donné, entre autres traductions de livres et auteurs
^^' grecs^ celles de la Liturgie des présanctifiés, du Ménologe
et du traité de Siméon de Thessalonique sur les Sept
Mystères de l'Église. Il a composé en outre un opuscule,
en français, intitulé : Liturgie apostolique.
Augustin (i5q2). Ausustin Fivizzani, sacristain du palais aposto-
Fivizzani, . ^ , . , . • 1 7 r. • • •
sacristain du lique, a laisse un ouvrage spécial de Ritu sanctissimœ
apostolique. Crucis Romano pontifici prœferendœ.
George Ferrari, (i5q2). Geor^e Ferrari, donna en cette année, à Rome,
nouvel éditeur ^ ^J. ^ 1, • 1 tt- ti • 1
de la collection une édition de la collection de Hittorp. Il y ajouta les
livres de saint Pierre Damien, de Pierre le Vénérable et
d^Honorius d'Autun, que déjà Gochlée avait insérés dans
son Spéculum et de plus, ceux de Rupert de Tuyt, de
Divinis Ofiîciis, ainsi que le Spéculum de Mysteriis
I PARTIE
CHAPITRE XV
AUTEURS LITURGISTES DU XVI^ SIECLE 479
Ecclesîce, et les autres opuscules attribués à Hugues de
Saint- Victor.
(1593). Ange Rocca, évêque de Tagaste, sacristain de la Ange Rocca,
chapelle papale, a traité un grand nombre de questions IhlpTie^îpJl
liturgiques par des ouvrages spéciaux qui ont été réunis
dans les deux précieux tomes intitulés: Thésaurus ponti-
ficiarum sacrarumque antiquitatiim , nec non rituum,
praxîum et cœremomarum. On y remarque, entre autres,
les suivants: De Sacrosancto Christi Corpore Romanis
pontificihus iter conjicientibus prœferendo ; — De sacra
summt pontijicis Communione, missam solemniter celé-
brantis; — Commentarius de campanis ; — de Tiarœ
pontificiœ quant regnum mundi vulgo appellaîit, Origine,
Signijicatu et Usu ; — de Salutatione sacerdotis in missa
et in divinis officiis, nec non de ministri vel chori Respon-
sione; — de Precatione qua lectiones in matutino prœve-
nimusy nec non de fine quo eas claudimus ; — Feria quid-
nam sit, et cur dies ah ecclesiasticis viris feriarum nomi-
nibus in Ecclesia nuncupentur ; — de Origine et Institu-
tione benedictionis candelarum, velcereorum in festivitate
Purijicatioms B. M. V,; — Unde cineres super caput
spargendi usus originem habeat et quœ sibi velint ? —
Aurea rosa, ensis et pileus, quœ regibus ac magnatibus a
summo Pontifice benedicta in donum mittuntur, quid sibi
velint ? etc. Rocca avait en outre donné ses soins à la
correction du sacramentaire grégorien, qui fait partie de
rédition des Œuvres de saint Grégoire, imprimée à
Rome en 1593, et qui a été aussi publiée à part, avec des
notes, dans la même ville, en 1596. On lui doit aussi une
édition du Sacerdotal de Samarini, qui est une sorte de
rituel dont nous parlerons ailleurs.
(1594). François Ferrario est donné par Zaccaria,
comme auteur d'un livre imprimé à Crémone, sur la Con-
sécration des églises.
(1599). Corneille Schulting, doyen de la Faculté de Co-
François
Ferrario.
Corneille
Schulting,
4^0 RÉFORME DE l'ÉGLISE AU XVI® SIECLE
INSTITUTIONS loffiie, ct chaiioine de Saint- André de cette ville, a laissé
LITURGIQUES . , . .
plusieurs ouvrages d^une érudition remarquable pour le
doyen de la temps. L'un d'eux est intitulé : Bibliotheca ecclesiastica^
de théoîogîe de "^^^^ Comment aria sacra de expositione et illustratione
auteur^de'ia Missalis et Breviarii . Coloniœ, 1599, 4 vol. in-folio. Ce
biblfothè^ue travail, malgré ses nombreuses imperfections, doit être
liturgique, considéré comme la première bibliothèque liturgique
qui ait été tentée. Zaccaria y a puisé pour la sienne beau-
coup de renseignements qu'il n'aurait pas trouvés ailleurs.
Les cardinaux (1602). En Cette année, qui est celle de l'édition du Bré-
Robert . \ ' . ,
Beiiarmin viaire romain par Clément VIII, nous plaçons au rang
Antoniani. des liturgistes les deux cardinaux Robert Beiiarmin et
Silvio Antoniani, tous deux, ainsi que nous avons rap-
porté, membres de la commission nommée par le pape
pour la révision du bréviaire. Ils suppléèrent de leurs
fonds Pun et l'autre, à une omission qui déparait le bré-
viaire de saint Pie V. Ce pontife n'avait point assigné
d'hymne spéciale pour le Commun des saintes Femmes.
Antoniani composa celle que nous chantons aujourd'hui :
Fortem virili pectore ; et comme il en manquait pareille-
ment une pour l'office de sainte Marie-Magdeleine, Bei-
iarmin donna celle qui commence par ce vers : Pater su-
per ni luminis.
Ici s'arrête l'histoire de la Liturgie durant ce xvf siècle
qui, malgré ses tempêtes et ses scandales, doit être consi-
déré comme un de ceux que l'Église de Jésus-Christ a
Magnifique traversés avec le plus de doire. On peut dire, au reste,
spectacle que . . . ^ .
donnePÉgiisese que l'histoire de ce siècle est encore à faire ; car pour ceux
elle-même^ dans ^^i Seraient tant soit peu versés dans la science religieuse,
du xvfe^siïcle. l'ouvrage si vanté de Ranke, avec ses omissions, ses pré-
jugés et ses erreurs positives, ne peut être qu'un livre
de renseignements sur quelques points, utile seulement à
ceux qui dominent déjà l'ensemble des faits ecclésias-
tiques de cette époque, très-dangereux pour les autres.
Ce qu'il importe surtout de voir, c'est la réforme de
I PARTIE
CHAPITRE XV
RÉFORME DE l'ÉGLISE AU XVI® SIECLE 48 c
l'Église, renouvelant Q]\Q.'ïntn\Q, sa jeunesse comme celle de
r aigle (i). Que d'œuvres merveilleuses et fortes accom-
plissent les pontifes romains, de Pie V à Clément VIII !
Quel gouvernement énergique et intelligent que celui qui
créa ces institutions sur lesquelles repose aujourd'hui toute
la forme extérieure du catholicisme ! Pie IV publie les
règles de V Index des livres prohibés^ et la célèbre jc'rq/'^^-
sion de foi qui maintient l'orthodoxie au sein de rEghse.
Saint Pie V promulgue le bréviaire, le missel^ et cette
admirable synthèse du dogme catholique, sous le nom de
catéchisme romain. Grégoire XIII réforme le calendrier^
publie le martj^rolog-e, revoit le décret de Gratien. Sixte-
Quint donne l'édition corrigée de la Vulgate, et érige les
congrégations romaines. Clément VIII publie lo, pontifi-
cal et le cérémonial.) et assure pour les'siècles suivants la
pureté du bréviaire et du missel.
Voilà quelques-uns des efforts tentés par, les papes du J^^^^ ^^^.
XVI® siècle pour opérer la réforme de TEfflise. On voit que par les papes à
^ ^ . " ^ ^ cette époque
toutes ces grandes mesures reviennent à V unité comme au ont pour but de
seul but désiré : en effet, l'unité sauva la catholicité, au
XVI® siècle, comme toujours ; mais cette unité avait besoin,
à cette époque, d'être développée dans ses dernières
conséquences. Une forme aussi importante que la Litur-
gie ne pouvait donc rester plus longtemps sans être rame-
née au grand principe de Grégoire VII, de Charlemagne,
de saint Innocent P^ Toute TÉdise le sentit, et la France, i:f:!!?I^:!!f,«
o 7 7 liturgiaue
en tête des autres provinces de la catholicité, s'empressa réalisée
^ 7 r spécialement
de seconder les vues du siège apostolique. Comme aux ^n France.
premiers jours du monde, la terre se trouva n'avoir plus
qu'un seul et même langage (2). Aujourd'hui, cette unité
est rompue; cette harmonie est brisée; si le reste du
monde prie encore avec Rome, la France a déchiré cette
(i) Psalm. cil, 5.
(2) Erat terra labii unius et sermonum eorumdem. (Gen. xi, i .)
T. I 3l .
482 RÉFORME DE l'ÉGLISE AU XVI® SIECLE
INSTITUTIONS commuiiion si touchante, si sacrée (i). Quand renaîtra-
LITURGEQUES . , . • , /
t-elle, cette unité liturgique préparée avec tant de soins par
Rupture les souverains pontifes, pour être la sauvegarde du dogme
de ^cette ^unké ^t ^^ ^^ liberté ecclésiastique ? Quand dirons-nous, comme
^^"sli/vants*^^^^^ ^^^ pères du concile de Vannes, de 461 : Puisque
combien il jiqus navous quuue même foi^ n'ayons aussi qu'une même
serait important ^ j ^ j :z
de la rétablir, règle pouv les divins offices (2) ? Il ne s^agit plus ,
comme au temps de Pépin et de Charlemagne, d'abjurer
des rites établis chez nous par les fondateurs de nos
Eglises. Il n^y a guère plus d'un siècle que nous n'avions
qu'une prière avec l'Église romaine : pourquoi n'y revien-
drions-nous pas ? Nous en appelons à ceux qui nous ont
suivi à travers ces faibles pages : le vœu de l'Eglise n'est-
il pas Vunité dans la Liturgie comme dans tout le reste ?
Nous est-il possible d'avoir sur ce point une autre doc-
trine que celle du Siège apostolique, exprimée par Clé-
ment VIII dans ces belles paroles : « Puisque dans
« l'Église catholiaue^ laquelle a été établie par Notre Sei-
« gneur Jésus-Christ sous un seul chef, son Vicaire sur la
« terre, on doit toujours garder l'union et la conformité
« dans tout ce qui a rapport à la gloire de Dieu et à
« l'accomplissement des fonctions ecclésiastiques ; c'est
« surtout dans l'unique forme des prières contenues au
« bréviaire romain^ que cette communion avec Dieu qui
« est un, doit être perpétuellement conservée^ afin que,
« dans l'Église répandue par tout Tunivers, les fidèles de
« Jésus-Christ invoquent et louent Dieu par les seuls et
« mêmes rites de chants et de prières (3). »
Tel est le vœu de l'Eglise; ce qui y serait contraire n'est
donc pas le vœu de l'Eglise. Prions, afin que le Dieu de
(i) Communionem discerperent. Vid. ci-après la Bulle : Quod a nobis.
(2) Ci-dessus, pag. iib.
(3) Gum in ecclesia catholica_, a Christo D. N._, sub uno capite, ejus
in terris Vicario,instituta_, unio et earum rerum quae ad Dei gloriam et
debitum ecclesiastîcarum personarum officium spectant, conformatio
RÉFORME DE l'ÉGLISE AU XVI® SIECLE 488
la paix et de l'unité dispose toutes choses dans sa force et i partie
^ ^ ^ ^ , CHAPITRE XV
sa douceur; afin que Tunité de prière se rétablisse au sein
de notre patrie, et que la prière du Pasteur suprême soit
la prière des brebis, comme déjà sa foi et sa doctrine sont
leur foi et leur doctrine.
semper conservanda sit; tum praecipue illa communio uni Deo, una et
eadem formula, preces adhibendi, quae Romano breviario continetur,
perpétue retinenda est, ut Deus, in Ecclesia per universum orbem diffusa_,
uno et eodem orandi et psallendi ordine, a Ghristi fidelibus semper lau-
detur et invocetur. (Glemens VIII, Bulla Cum in Ecclesia, § i.)
484 BULLES DE SAINT PIE V
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
NOTES DU CHAPITRE XV
NOTE A
Plus EPISCOPUS, SERVUS SERVORUM DEI,
AD PERPETUAM REI MEMORIAM.
Quod a nobis postulat ratio pastoralis Officii, in eam curam incumbi-
mus, ut omnes, quantum Deo adjutore fieri poterit, sacri Tridentini
concilii décréta exequantur, ac multo id etiam impensius faciendum in-
telligimus, cum ea quae in mores inducenda sunt, maxime Dei gloriam,
ac debitum ecclesiasticarum personarum officium complectuntur. Quo
in génère existimamus in primis numerandas esse sacras preces, lau-
des, et gratias Deo persolvendas, quae Romano breviario continentur.
Quae divini Officii formula, pie olim, ac sapienter a summis Pontifi-
cibus, prœsertim Gelasio , ac Gregorio primis constituta, a Gregorio
autem septimo reformata, cum diuturnitate temporis ab antiqua ins-
titutione deflexisset, necessaria visa res est, quas ad pristinam orandi
regulam conformata revocaretur. Alii enim prœclaram veteris Bre-
viarii constitutionem, multis locis mutilatam, alii incertis et advenis
quibusdam commutatam deformarunt. Plurimi, specie Officii commo-
dioris allecti_, ad brevitatem novi Breviarii a Francisco Quignonio tit.
S. Crucis in Hierusalem presbytero card. compositi confugerunt. Quin
etiam in provincias paulatim irrepserat prava illa consuetudo, ut Epis-
copi in Ecclesiis, quae ab initio communiter cum cœteris veteri Romano
more Horas canonicas dicere ac psallere consuevissent, privatum sibi
quisque breviarium conficerent, et illam communionem. uni Deo, una
et eadem formula , preces et laudes adhibendi, dissimillimo inter se,
ac pêne cujusque episcopatus proprio Officio discerperent. Hinc illa tam
multis in locis divini cultus perturbatio ; hinc summa in Clero igno-
ratio caeremoniarum , ac rituum ecclesiasticorum, ut innumerabiles
Ecclesiarum ministri in suo munere indecore, non sine magna piorum
offensione, versarentur.
Hanc nimirum orandi varietatem gravissime ferens fel. rec. Paulus
Papa IV, emendare constituerat ; itaque provisione adhibita, ne ulla in
posterum novi Breviarii licentia permitteretur, totam rationem dicendi,
ac psallendi Horas canonicas, ad pristinum morem et institutum redi-
gendam suscepit.
Sed eo, postea nondum iis quae egregie inchoaverat perfectis, de vita
decedente, cum a piae memoriae Pio Papa IV Tridentinum concilium,
antea varie intermissum, revocatum esset. Patres in illa salutarii refor-
CHAPITRE XV
POUR LA RÉFORME LITURGIQUE 486
matione ab eodem Goncilio constituta, Breviarium ex ipsius Pauli ^ partie
Papae ratione restituere cogitarunt. Itaque quidquid ab eo in sacro opère
coUectum, elaboratumque fuerat, Concilii Patribus Tridentum a prse-
. dicto Pio Papa missum est ; ubi cum doctis quibusdam, et piis viris a
Concilie datum esset negotium, ut ad reliquam cogitationem, Breviarii
quoque curam adjungerent, instante jam conclusione Concilii, tota res
ad auctoritatem judiciumque Romani pontificis ex decreto ejusdem Con-
cilii relata est ; qui illis ipsis Patribus ad id munus delectis, Romam
vocatis, nonnullisque in Urbe idoneis viris ad eum numerum adjunctis,
rem perfîciendam voluit. Verum eo etiam in viam universse carnis
ingresso, Nos, itadivina disponente clementia, licet immerito, ad Apos-
tolatus apicem assumpti, cum sacrum opus, adhibitis etiam ad illud
aliis peritis viris, maxime urgeremus, magna in nos Dei benignitate
(sic enim accipimus), Romanum hoc breviarium vidimus absolutum.
Cujus ratione dispositionis ab illis ipsis, qui negotio preepositi fuerant,
non semel cognita, cum intelligeremus, eos in rei confectione ab antiquis
Breviarii nobilium Urbis Ecclesiarum, ac nostrae Vaticanae bibliothecee
non decessisse, gravesque praeterea aliquot eo in génère scriptores secutos
esse, ac denique remotis iis, quae aliéna et incerta essent, de propria
summa veteris divini Officii nihil omisisse ; opus probavimus, et Romse
imprimi, impressumque divulgari jussimus. Itaque, ut divini hujus
operis effectus re ipsa consequatur, auctoritate prassentium tollimus in
primis, et abolemus Breviarium novum a Francisco cardinale pr^dicto
editum, et in quacumque ecclesia, monasterio, conventu, ordine, militia,
et loco virorum et mulierum, etiam exempto, tam a primaeva institu-
tione, quam aliter ab hac Sede permissum.
Ac etiam abolemus quaecumque alla breviaria vel antiquiora, vel
quovis privilegio munita, vel ab episcopis in suis djœcesibus pervul-
gata, omnemque illorum usum de omnibus orbis ecclesiis, monasteriis,
conventibus, militiis, ordinibus, et locis virorum ac mulierum etiam
exemptis, in quibus alias OfEcium divinum Romanae ecclesiae ritu dici
consuevit, aut débet; illis tamen exceptis, quae ab ipsa prima institu-
tione a Sede apostolica approbata, vel consuetudine, quae vel ipsa insti-
tutio ducentos annos antecedebat, aliis certis breviariis usa fuisse consti-
terit : quibus, ut inveteratum illud jus dicendi, et psallendi suum Offi-
cium non adimimus, sic eisdem si forte hoc nostrum, quod modo per-
vulgatum est, magis placeat , dummodo episcopus, et universum
Capitulum in eo consentiant, ut id- in choro dicere, et psallere possint,
permittimus.
Omnes vero, et quascumque apostolicas, et alias permissiones, ac
consuetudines et statuta, etiam juramento, confirmatione apostolica, vel
alla firmitate munita, nec non privilégia, licentias et indulta precandi et
psallendi, tam in choro quam extra illum, more et ritu breviariorum sic
suppressorum, prœdictis ecclesiis, monasteriis, conventibus, militiis,
ordinibus et locis, nec non S. R. E. cardinalibus, patriarchis, archie-
486 BULLES DE SAINT PIE V
INSTITUTIONS piscopis, cpiscopis, abbatibus, et aliis ecclesiarum prœlatis, caeteris-
LITURGIQUES
que omnibus et singulis personis ecclesiasticis, sœcularibus et regula-
ribus utriusque sexus , quacumque causa concessa , approbata , et
innovata , quibuscumque concepta formulis, ac decretis et clausulis
roborata, omnino revocamus ; volumusque illa omnia vim et efFectum de
caetero non habere.
Omni itaque alio usu, quibuslibet, ut dictum est, interdicto, hoc
nostrum Breviarium, ac precandi, psallendique formulam, in omnibus
universi orbis ecclesiis, monasteriis, ordinibus, et locis etiam exemptis,
in quibus Officium ex more, et ritu dictae Romanae ecclesiœ dici débet,
aut consuevit, salva praedicta institutione, vel consuetudine praedictos
ducentos annos superante, praecipimus observari. Statuentes Breviarium
ipsum nullo unquam tempore, vel in totum, vel ex parte mutandum, vel
ei aliquid addendum, vel omnino detrahendum esse ; ac quoscumque,
qui Horas canonicas ex more et ritu ipsius Romanae ecclesiae, jure vel
consuetudine dicere, vel psallere debent, propositis pœnis per canonicas
sanctiones constitutis, in eos qui divinum Officium quotidie non dixerint,
ad dicendum et psallendum [posthac in perpetuum Horas ipsas diurnas
et nocturnas ex hujus Romani breviarii praescripto et ratione omnino
teneri, neminemque ex iis, quibus hoc dicendi psallendique munus
necessario impositum est, nisi hac sola formula satisfacere posse.
Jubemus igitur omnes , et singulos patriarchas , archiepiscopos,
episcopos, abbates, et caeteros ecclesiarum praelatos, ut omissis quae
sic suppressimus, et abolevimus, caeteris omnibus etiam privatim per
eos constitutis, Breviarium hoc in suis quisque ecclesiis, monasteriis,
conventibus, ordinibus, militiis, diœcesibus, et locis praedictis intro-
ducant ; et tam ipsi, quam caeteri omnes presbyteri, et clerici, sœculares
et regulares utriusque sexus, nec non milites, et exempti, quibus Officium
dicendi, et psallendi quomodocumque, sicut praedicitur, injunctum est,
ut ex hujus nostri Breviarii formula, tam in choro quam extra illum,
dicere et psallere procurent.
Quod vero in Rubricis nostri hujus Officii praescribitur, quibus die-
bus Officium B. Marine semper virginis, et Defunctorum, item septem
Psalmos pœnitentiales, et Graduales dici, ac psalli oporteat ; Nos prop-
ter varia hujus vitae negotia, multorum occupationibus indulgentes,
peccati quidem 'periculum ab ea praescriptione removendum duximus ;
verum debito providentiae pastoralis admoniti, omnes vehementer in
Domino cohortamur, ut remissionem nostram, quantum fieri poterit,
sua devotione ac diligentia praecurrentes, illis etiam precibus, sufïragiis
et laudibus, suae, et aliorum saluti consulere studeant. Atque ut fide-
lium voluntas, ac studium magis etiam ad salutarem hanc consue-
tudinem incitetur , de omnipotentis Dei misericordia , beatorumque
Pétri et Pauli Apostolorum ejus auctoritate confisi, omnibus, qui illis
ipsis diebus in Rubricis praefinitis, beatae Mariae, vel Defunctorum
Officium dixerint, toties centum dies ; qui vero septem Psalmos, vel
POUR LA RÉFORME LITURGIQUE 487
Graduales, quinquaginta, de injuncta ipsis pœnitentia relaxamus. Hoc i partie
autem concedimus sine praejudicio sanctae consuetudinis illarum eccle-
siarum, in quibus Officium parvum beatae Mariae semper Virginis in
choro dici consueverat , ita ut in praedictis ecclesiis servetur ipsa
laudabilis et sancta consuetudo celebrandi more solito praedictum
Officium.
Ceeterum, ut présentes litterœ omnibus plenius innotescant, man-
damus illas ad valvas Basilicae Principis apostolorum de Urbe, et Can-
cellariae apostolicae, et in acie Campi Floras publicari, earumque exem-
plar de more affigi. Volumusque, et apostolica auctoritate decer-
nimus, quod post hujusmodi publicationem, qui in Romana curia sunt
prsesentes, statim lapso mense, reliqui vero, qui intra montes_, tribus,
et qui ultra ubique locorum degunt, sex mensibus excursis, vel cum
primum venalium hujus Breviarii voluminum facultatem habuerint
ad precandum et psallendum juxta illius ritum, tam in choro, quam
extra illum, maneant obligati. Ipsarum autem litterarum exempla manu
notarii publici , et sigillo alicujus praelati ecclesiastici, aut illius
Curise obsignata, vel etiam ipsis voluminibus absque praedicto, vel
alio quopiam adminiculo Romœ impressa , eamdem illam ubique
locorum fidem faciant, quam ipsae praesentes, si essent exhibitae, vel
ostensae.
Sed ut Breviarium ipsum ubique inviolatum, et incorruptum habea-
tur, prohibemus ne alibi usquam, in toto orbe, sine nostra, vel spe-
cialis ad id commissarii apostolici, in singulis christiani orbis regnis
et provinciis deputandi, expressa licentia, imprimatur , proponatur,
vel recipiatur. Quoscumque vero, qui illud secus impresserint, pro-
posuerint, vel receperint, excommunicationis sententia eo ipso inno-
damus.
NuUi ergo omnino hominum liceat hanc paginam nostras ablatio-
nis, abolitionis, permissionis, revocationis, jussionis, praecepti, statuti,
indulti, mandati , decreti, relaxationis, cohortationis, prohibitionis,
innodationis et voluntatis infringere, vel ei ausu temerario contraire.
Si quis, etc.
Dat. Romae, apud S. Petrum, anno Incarnationis Dominicae i568, sep-
timo Id. Julii, Pontificatus nostri anno tertio.
NOTE B
Plus EPISGOPUS, SERVUS SERVORUM DEI,
AD PERPETUAM REI MEMORIAM.
Quo primum tempore ad Apostolatus apicem assumpti fuimus, ad ea
libenter animum, viresque nostras intendimus, et cogitationes omnes
direximus, jquae ad ecclesiasticum purum retinendum cultum pertine-
488
BULLES DE SAINT PIE V
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
rent_, eaque parare, et Deo ipso adjuvante, omni adhibito studio, efficere
contendimus.
Cumque inter alia sacri Tridentini concilii décréta, nobis statuendum
esset de sacris libris, catechismo, missali et breviario, edendis atque
emendandis, edito jam, Deo ipso annuente, ad populi erL-ditionem, cate-
chismo, et ad débitas Deo persolvendas laudes breviario, castigato,
omnino ut breviario missale responderet, ut congruum est, et con-
veniens (cum unum in Ecclesia Dei psallendi modum, unum Missae
celebrandae ritum esse maxime deceat), necesse jam videbatur, ut quod
reliquum in hac parte esset, de ipso nempe missali edendo, quam pri-
mum cogitaremus.
Quare eruditis delectis viris onus hoc demandandum duximus, qui
quidem diligenter collatis omnibus cum vetustissimis nostrae Vaticanae
bibliothecae, aliisque undique conquisitis, emendatis, atque incorruptis
codicibus, nec non veterum consultis ac probatorum auctorum scriptis,
qui de sacro eorumdem Rituum instituto monumenta nobis reliquerunt,
ad pristinam missale ipsum Sanctorum Patrum normam ac ritum resti-
tuerunt. Quod recognitum jam, et castigatum mature adhibita conside-
ratione, ut ex hoc instituto, cœptoque labore fructus omnes percipiant,
Romae quam primum imprimi, atque impressum edi mandavimus,
nempe ut sacerdotes intelligant, quibus precibus uti, quos ritus, quasve
caeremonias in missarum celebratione retinere posthac debeant. Ut autem
a sacrosancta Romana ecclesia, casterarum ecclesiarum matre et magistra
tradita ubique amplectantur omnes, et observent, ne in posterum perpe-
tuis futuris temporibus in omnibus christiani orbis provinciarum
patriarchalibus, cathedralibus, collegiatis, et parochialibus, saeculari-
bus et quorumvis ordinum et monasteriorum, tam virorum quam mulie-
rum, etiam militiarum regularibus, ac sine cura ecclesiis, vel capellis,
in quibus missa conventualis alta voce cum choro, aut demissa celebrari
juxta Romanae ecclesiae ritum consuevit, vel débet, alias quam juxta
Missalis a nobis editi formulam, decantetur aut recitetur, etiamsi eaedem
Ecclesiae quovis modo exemptae apostolicae Sedis indulto, consuetudine,
privilégie, etiam juramento, confirmatione apostolica, vel aliis quibusvis
facultatibus munitae sint, nisi ab ipsa prima institutione aSede apostolica
approbata, vel consuetudine quas vel ipsa institutio super ducentos
annos missarum celebrandarum in eisdem ecclesiis assidue observata
sit, a quibus, ut prœfatam celebrandi constitutionem vel consuetudinem
nequaquam auferimus, sic si Missale hoc, quod nunc in lucem edi
curavimus, iisdem magis placeret, de episcopi vel praelati , capitulique
universi consensu, ut quibusvis non obstantibus, juxta illud missas
celebrare possint permitlimus, ex aliis vero omnibus ecclesiis praefatis
eorumdem m.issalium usum tollendo , illaque penitus et omnino reji-
ciendo.
Ac huic Missali nostro nuper edito, nihil unquam addendum, detrahen-
dum, aut immutandum esse decernendo, sub indignationis nostrae pœna,
POUR LA RÉFORME LITURGIQUE 489
hac nostra perpétue valitura constitutione statuimus et ordinamus. i partie
CHAPITRE XV
Mandantes, ac districte omnibus et singulis ecclesiarum praedictarum
patriarchis, administratoribus, aliisque personis quacumque ecclesias-
tica dignitate fulgentibus, etiamsi sanctae Romanae ecclesiae cardinales,
aut cujusvis alterius gradus et pra^eminentiae fuerint, illis in virtute sanc-
tae obedientiae praecipientes, ut caeteris omnibus rationibus et ritibus ex
aliis missalibus quantumvis vetustis hactenus observari consuetis, in
posterum penitus omissis, ac plane rejectis, missam juxta ritum,modum,
ac normam, quae per Missale hoc a nobis nunc traditur, décantent ac
legant, neque in missae celebratione alias caeremonias vel preces, quam
quae hoc Missali continentur, addere vel recitare praesumant. Atque ut
hoc ipsum Missale in m.issa decantanda aut recitanda in quibusvis eccle-
siis absque ullo conscientiae scrupulo, aut aliquarum pœnarum, senten-
tiarum et censurarum incursu posthac omnino sequantur^ eoque libère
et licite uti possint et valeant, auctoritate apostolica, tenore praesentium,
etiam perpetuo concedimus et indulgemus. Neve praesules, adminstrato-
res, canonici, capellani, et alii quocumque nomine nuncupati presbyteri,
saeculares, aut cujusvis ordinis regulares, ad missam aliter quam a Nobis
statutum est, celebrandam teneantur; neque ad missale hoc immutandum
a quolibet cogi et compelli.
Praesentesve litterae ullo unquam tempore revocari aut moderari pos-
sint, sed firmae semper et validae in suo existant robore, similiter statui-
mus et declaramus.
Non obstantibus praemissis, ac constitutionibus et ordinationibus apos-
tolicis, ac in provincialibus et synodalibus conciliis editis, generalibus
vel specialibus, constitutionibus et ordinationibus, nec non ecclesiarum
praedictarum usu longissima et immemorabili praescriptione, non tamen
supra ducentos annos roborato, statutis et consuetudinibus contrariis
quibuscumque.
Volumus autem, et eadem auctoritate decernimus, ut post hujus
nostrae constitutionis, ac Missalis editionem, qui in Romana adsunt
Curia presbyteri, post mensem ; qui vero intra montes , post très ;
et qui ultra montes incolunt, post sex menses, aut cum priinum illis
Missale hoc propositum fuerit, juxta illud missam decantare vel légère
teneantur.
Quod ut ubique terrarum incorruptum , ac mendis et erroribus pur-
gatum praeservetur, omnibus in nostro et S. R. E. dominio, médiate vel
immédiate subjecto commorantibus impressoribus , sub amissionis
librorum ac centum ducatorum auri Camerae apostolicae ipso facto appli-
candorum, aliis vero in quacumque orbis parte consistentibus, sub
excommunicationis latae sententias, et aliis arbitrii nostri pœnis, ne sine
nostra, vel specialis ad id apostolici commissarii in eisdem partibus a
Nobis constituendi, ac nisi per eumdem commissarium eidem impres-
sori Missalis exemplum , ex quo aliorum imprimendorum ab ipso
impressore erit accipienda norma, cum Missali in Urbe secundum
490 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS magnam impressionem impresso collatum fuisse, et concordare nec
LITURGIQUES '
in ullo penitus discrepare, prius plena fides facta fuerit, imprimere vel
proponere vel recipere ullo modo audeant vel praesumant, auctoritate
apostolica et tenore praesentium similibus inhibemus.
Verum quia difficile esset prassentes litteras ad quœque christiani
orbis loca deferri, ac primo quoque tempore in omnium notitiam per-
ferri, illas ad Basilicae Principis Apostolorum, ac Cancellariae aposto-
licae, et in acie Gampi Floral, de more publicari et affigi, ac earumdem
litterarum exemplis, etiam impressis, manu alicujus publici tabellionis
subscriptis, nec non sigillo personae in dignitate ecclesiastica constitutae
munitis, eamdem prorsus indubitatam iidem ubique gentium et loco-
rum haberi praecipimus, quae praesentibus haberetur, si ostenderentur
vel exhiberentur.
Nulli ergo, etc.
Datum Romae, apud Sanctum Petrum, anno Iiicarnationis Dominicae
millesimo quingentesimo septuagesimo, pridie Idus Julii, Pont, nostri
anno quinto.
NOTE G
Decanus et Facultas theologiae scholae Parisiensis, venerabilibus viris
ac dominis Decano et Ganonicis ecclesiae Suessionensis, salutem :
Honorandi viri, his diebus intelleximus Breviaria quaedam nuper
cura Reginaldi Ghaudiere excusa clericis diœcesis vestrae tradita esse
in quibus pleraque extranea et a communi Ecclesiae. usu aliéna conti-
neri nobis ex eorum inspectione certo constitit. Quod profecto odiosum
schisma et perniciosum in ecclesiam Gallicanam (ni celerius occur-
ratur), facile potest inducere. Quod si contingeret vestro nomini alias
glorioso nota inureretur quae vix saeculis multis posset aboleri ; ves-
trum itaque erit tanto malo priusquam latius serpat, obsistere..Venerabi-
lem Gœtum vestrum Ecclesiae commodis insudantem Dominus conservet.
Datum in nostra Gongregatione apud Gollegium Sorbonae ad hoc spe-
cialiter convocata, die Sabbati, 24 Julii, anno Domini 1529. (D'Argentré,
Collectio judiciorunij tom. II, p. 77.)
NOTED
Anno Domini 1648, die prima mensis Martii.... Titulus novi brevia-
rii Aurelianensis, suspectus est et erroneus, et quae fuerunt expuncta ex
veteri, neque vana sunt, neque inutilia, neque piarum aurium et docta-
rum offensiva. Quod christianus lector sequentibus facile cognoscet. In
primis ex dicto veteri Breviario subtrahuntur a certis feriis, in quibus
dicitur dieta, preces in illis post laudes et vesperas et alias Horas dici
consuetae. In aliis feriis, in quibus dicitur dieta, dicuntur quidem hujus-
modi preces post laudes et vesperas, sed a reliquis locis adimuntur,
EN FRANCE 49 1
fol. 52. A precibus vero per Quadragesimam dicendis auferuntur Psalmi i partie
_, -,. j-u.T CHAPITRE XV
pœnitentiales, qui antea post Psalmum Miserere, dicebantur. Insuper
subtrahuntur a Sanctorum festis multae lectiones matutinarum, vel
omnino, vel ex parte. Ita ut e festis novem lectionum aliquando festa
trium lectionum fiant, et e festis trium lectionum fiant festa simplicis
memoriae. Ubi autem praedicta festorum mutatio non fit, nihilominus
tolluntur plerumque lectiones aliquot matutinarum, vel ex ipsis festis,
vel ex octavis eorumdem. Tolluntur, inquam, modo integrae, modo in
parte concisae, fitque concisio nunc in principio lectionis. Unde voca-
bulum istud,Beatus, vel Beatissimus praeciditur. Quod tamen in exordio
Legendae Sanctorum, ad Dei laudem et ipsorum laudem propriis nomi-
nibus anteponi consueverat. Aliquando concisio fit in medio, aliquando
in fine; in quibus et aliis plerisque locis nonnulla auferuntur Sanctorum
miracula, quandoque operum mérita, nonnumquam Sanctorum invoca-
tiones, ut videre est a secundo folio partis hyemalis usque]ad secundum,
et in plerisque aliis locis. Ad haec nonnulla expunguntur quas maxime
facere videbantur ad Sacramentum Eucharistiae, Confirmationem, ut
perspicuum est ex historiis BB. Gregorii, Benedicti, Ambrosii, et Mariae
^gyptiacae. Multa sunt et alia subtracta, quae ad veram Christi religio-
nem plurimum conducebant, ut sunt jejunia, carnis maceratio, sancto-
rum Templorum fundationes et' dotationes eorum. Haec patent in festis
SS. Antonii, Ludovici, Genovefae, et aliorum multorum. Item si qui
Sancti in Ofïiciis suarum festivitatum habebant proprios hymnos,
proprias antiphonas, aliave suflfragia, illis plerumque resecatis, ad Com-
mune recurrendum esse annotatur. Quod similiter nonnunquam fit in
lectionibus. Id autem fieri deprehendere licet non tantum in aliis,
verum etiam in eis festivitatibus, quae Aurelianensis ecclesiae peculiares
sunt. Quare timendum est, ne christianorum devotio erga Sanctos, qui-
bus magis afïiciebatur, quando peculiaria eorum mérita et virtutes seu
legebat, seu recenseri audiebat, tandem imminuatur, vel prorsus depereat.
Quapropter tôt et tantae mutationes, ac subtractiones factae sunt, et prae-
sertim earum rerum, quae ad fidei et morum asdificationem et ad haere-
sium destructionem, hac nostra tempestate certo deploranda vigentium,
conducebant. Videtur dicti Breviarii nova ista mutatio imprudens, teme-
raria, et scandalosa, neque carens suspicione favendi haereticis. Quod si
sint aliqua vana et inutilia in veteri, ut dicunt novi concinnatores
Breviarii, illa ostendant et proférant, et de his censebit Facultas.
Datum in nostra Congregatione generali per juramentum celebrata
apud sanctum Mathurinum, prima die mensis Martii, 1548. (D'Argentré,
ibidem, pag. 160.)
NOTE E
Die Mercurii, II mensis Maii, i583.
Cum ob raritatem exemplarium breviarii et missalis Parisiensis, antea
saepius extitisset tractatum de utroque novae impressioni committendo,
49^ INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE
INSTITUTIONS în necessita,te ecclesiarum diœcesis Parisiensis magis urgente a biennio,
LITURGIQUES g^ parte reverendi domini episcopi Parisiensis in hoc Capîtulo relata :
nonnulli viri scientia ac pietate eminentissimi rite delecti essent, qui res-
titutioni et reformationi in hoc non immerito desiderata providerent :
cui rei tanta fuerit per ipsos adhibita diligentia, ut prior pars Breviarii
ferme absoluta sit, ulteriusque reliqua progressa fuisset, nisi opus remo-
ratum esset, a pluribusque optatus usus Romanus ex sacrosancti con-
cilii Tridentini decreto restitutus, cum certis aliis causis accedentibus.
Quibus omnibus per dictum reverendum dominum Parisiensem epis-
copum pro suae diligentiae pastoralis provida, et sapienti functione in
hoc Capitulo propositis, ipsorumque Dominorum Decani et Capituli
consilio super hoc exquisito : certa tandem die specialis convocationis
ob id de more indictae; in primis attenta antiquitate breviarii et missalis
Parisiensis ex decretali novissimi usus Romani permissa, deinde caere-
moniis ac ritu, in quibus ecclesia Parisiensi prae caeteris Galliae, atque
adeo totius fere orbis christiani ecclesiis hune usque claruit, et ab
omnibus videntibus et audientibus in summa admiratione, non' sine
gloria Dei habetur, multis denique aliis considerationibus ; ex parte
dominorum decani et Capituli deputati essent ex ipsis, qui deliberatio-
nem referrent ad dictum reverendum dominum, ipsumque rogarent
veterem usum istis de causis in sua ecclesia continuari. In cujus absentia,
hujusmodi deliberatione domino generali vicario ipsius communicata,
ac perpensis omnibus aliis quae in hac parte perpendanda et consideranda
erant : ex parte dominorum decani et Capituli existimatum est brevia-
rium et missale Parisiense convenientius retineri in ipsa ecclesia Pari-
siensi, ac typis demandari, utroque prius rite purgato ac restituto per
dominos ad hoc jam deputatos, ipsosque ut id maturius et absque ullo
obstaculo fiât, cum omni honesta instantia rogari a dominis cantore, et
Le Prévost, delegatis, restitutionem per illos nuper incœptam ab omni-
bus magnopere laudandam ad similem exitum etiam atque etiam desidera-
tum perducere. {Preuves des Libertés de V Église gallicane, tom. II, p. 1 140.)
NOTE F
Deus optimus maximus semper gavisus et usus est varietate, ut patet
in ipsa creatione in qua diversitate delectatus est. Hic enim ejus potens
et sapiens providentia patet ex concentu et harmonia rerum diversarum
atque contrariarum.
Hoc pugnat cum ratione et cum fide per charitatem opérante. Nam
ratio inferior débet consentire cum ratione aeterna, quae diversitatem in
conditione universi posuit a principio, ut sit concordia discors : ut etiam
magis excitemur ad virtutem, cum ejus plura exempla proponuntur : ut
Deus magis laudetur in multitudine et varietate mirabilium ipsius. Hoc
minueret Dei optimi max. gloriam, Sanctorum cultum, et christianorum
aedificationem exemplariam.
Hoc valde minuit episcoporum et diœceseon auctoritatem.
EN FRANCE 498
Qui hoc promovent non sunt viri simplices, et devoti, seu spiritales, i partie
sed astuti, politici, qui ex re qualibet, quolibet modo rem suam mun- chapitre xv
danam conantur facere. Astitit Regina a dextris sponsi circumamicta
varietate.
Ut omnis novitas est suspecta, ita talis mutatio magna non potest esse
sine detrimento magno.
Hoc foveret cantorum et Ecclesiae servitorum inobedientiam atque
dissolutionem, quum omnium Ecclesiarum unum esset et idem Offi-
cium.
Quot sumptus necessarii essent ? Rustici non possent juvare suos
curatos in Officio agendo : hoc autem maxime est necessarium in
pagis.
Spiritus Sanctus fecit loqui magnalia Dei omnibus linguis (ylcif. 11).
Quod est argumentum diversitatis in Officio in Ecclesia, ut in universo
et in membris corporis humani cernitur.
Nobis sapientia, prudentia, virtute, et donis Sancti Spiritus excei-
lentiores fuerunt antiqui sancti Patres , qui justis de causis sin-
gulis diœcesibus singula concesserunt et ordinaverunt breviaria.
Miretur ergo Gallia suum Marcellum, dum miratur suum Sylvestrum
Roma.
Talis immutatio haereticos juvaret atque delectaret, quasi in errore
aut inscitia fuissent Patres catholici in re tanta. Hoc esset scandalum piis
catholicis qui hoc pacto possent dubitare de ipsa fide et religione, cujus
consuetam professionem ita immutatam cernèrent. Quid hoc affert uti-
litatis ?
Reliqui episcopi habent potestatem politiae et ordinationis in suis
diœcesibus, ut Romanus in sua : hoc autem bona ex parte convel-
leretur.
Ad quid amplexaretur breviarium Romanum, quod a paucis annis ter
immutatum et derelictum vidimus ? Succedente alio papa, novum erit
forsan breviarium expectandum.
Hoc est contra libertatem ecclesiae Gallicanae, quae si Romanae in hac
professione generali et maxima se submittat, quid restât nisi quod etiam
ex consequenti saepe submittet in reliqua omni politia ? Nam accessorium
sequitur principale.
Semper unaquaeque ecclesia et provincia gavisa est suis ritibus, juxta
illud :
SifuerisRomœ, Romano vivito more;
Sifueris alibi, vivito sicut ibi.
Ecclesiae pagorum saepe non sequuntur ordinationem suae cathedralis,
et cathédrales sequerentur Breviarium Romanae ecclesiae.
Avari et semper ambitiosi Romani sic rem suam facere provident ex
impressione, sicut videmus jam factum ex privilegiis multis ad hanc rem
spectantibus.
Corrigantur, et tamen valde prudenter, et non curiose aut scrupulose
494 INTRODUCTION DE LA LITURGIE REFORMEE EN FRANCE
INSTITUTIONS nimis, si quae indigent correctione in breviariis diœceseon, non autem
LITURGIQUES deserantuF.
Hinc prasdicatores et curati non tam facile populum docerent, ignoran-
tes Legendas multorum Sanctorum particularium, particularibus locis
magis celebrium et cognitorum.
Ubi Deus Opt. Max. dédit Sanctos, ibi quoque vult per illos invocari
a fidelibus populis : sicut voluit rogare a filiis Israël per patres illorum
Abraham, Isaac et Jacob. Retineantur ergo breviaria singularum diœ-
ceseon.
Si abjiceretur cultus particularium Sanctorum, qui sunt in tanto et
prope infinito numéro, non ita juvaretur per illos Ecclesia. Nam rogati
et laudati rogant atque juvant : ideo ordinavit Ecclesia per Spiritum
Sanctum illos in locis suis particularibus celebrari.
Quum adhuc Ecclesia nascens et spiritus doctrinae fervens in unum
congregabatur , unusquisque suam particularem devotionem afïerebat
(I Cor. 14) ; quanto magis ergo ipsis per universum orbem dispersis,
unaquaeque parochia, vel saltem diœcesis, suam et devotionem et pre-
candi formam retinebat, semper tamen ordinate ? Hic terra diversorum
fructuum arbores et semina nutrit.
Non major est ratio quod omnes sacerdotes ubique dicant unum bre-
viarium, quam quod omnes laïci unam tantum orationem Deo .Opt.
Max. offerant.
Deus Opt. Max. qui decimis et primitiis vult recognosci, non magis
vult talia sibi oiFerri ex lis quae nascuntur in singulis provinciis (non
enim omnis omnia fert tellus), quam desiderat coli et laudari ex mirabi-
libus quae contulit et operatus est per singulos et particulares Sanctos
singularum et particularium provinciarum.
Quid inde provenit, nisi Romanae, non dico religionis, sed superbiae
et ambitionis auctio ? Non cedat crista Gallica Romano supercilio, non
enim hic de religione, sed de superbia astuta agitur. Ubi enim minus
quam Romae conciliorum œcumenicorum décréta observantur ? An non
est hoc in Cleris dominari magis, quam Ecclesiam aedificare ? Dixit Anti-
quitas quod major est Orbis Urbe : hic vero Urbs Orbem tentât com-
plecti et sibi subjicere.
Hic latet anguis in herba hoc suspecto maxime, astuto et malo tem-
pore. Videntur ergo qui mutant tempora et leges {Daniel, viii). Monet
Christus (Matt. xxiv) eum solum qui usque ad finem perseveraverit sal-
vum fore. Perseverantia autem non est obstinatio novitatis prophanae,
sed antiquitatis religiosa continuatio.
Non propter vitandos sumptus temporales, admittatur ignominiosa et
detrimentosa plaga spiritualis.
In Ecclesia triumphante in cœlo (ad cujus exemplar et similitudinem in
terra cuncta debent fieri), ut cordium, ordinum et graduum variae, ita et
diversae sunt laudum et coronarum formae.
Non putamus abesse ab impietate, illorum memoriam in terris sepelire,
INSTITUTION DE LA CONGREGATION DES RITES 496
quorum nomina scripta sunt in libro vitae et in cœlis gloriosa. Hoc i partie
autem fieret, si particularium diœceseon particularia breviaria tolleren- C'apitre xv
tur. Non enim satis est eos in scriptis retineri, nisi et honorifice in eccle-
siis recitentur.
Hoc non vult Concilium, nec intendit Papa, sed Papœ adulatores
suis propriis utilitatibus, cum religionis amplitudinis detrimento, inser-
vientes.
Si recipiatur Romanum breviarium, aut bona pars ejus amittetur,
aut infinitae devotionum particularium ad celebritatem singulorum Sanc-
torum in illo Breviario omissorum : deserentur fundatores, et Officia in
quibus obligantur, cum summa injustitia, ecclesiae particulares. Monachi
suum retineant breviarium : et suo utantur cum decoro hiérarchie!
pastores.
Qui hoc persequuntur , alii sumptum timent , alii adulantur et
lucrum sperant , alii vero occulte et astute cultum et splendorem
catholicae professionis imminuere, et Ecclesiam catholicam turbare
intendunt.
Hoc propositum convellit, non sine magno religionis detrimento,
consuetudines et traditiones ecclesiasticas, quod non potest fieri sine
catholicorum scandalo, atque haereticorum elatione, qui gloriabuntur
nostram talem immutationem esse argumentum praecedentis erroris atque
inscitiae in religionis catholicae professione, idem concludendo de ejus
persuasione et doctrina : talis ergo immutatio hoc m.axime fieret tempore
imprudenter, atque periculosissime.
Hic episcopi in suis diœcesibus, si intelligunt quod sunt, habent potes-
tatem orationis modum constituendi, sicut Papa in Romana diœcesi et
ecclesia (hoc enim sonat et significat vocabulum Pontifex, Hebr. cap. v,
et ix) ; alioqui fièrent Papas capellani. {Preuves des Libertés de l'Église
gallicane. Ibidem.)
NOTE G
Jam vero, cum sacri ritus et cœremoniae, quibus Ecclesia a Spiritu
Sancto edocta ex apostolica traditione, et disciplina utitur, in sacramen-
torum administratione, divinis officiis , omnique Dei, et Sanctorum
veneratione, magnam christiani populi eruditionem, veraeque fidei pro-
testationem contineant, rerum sacrarum majestatem commendant, fide-
lium mentes ad rerum altissimarum meditationem sustollant, et devo-
tionis etiam igné inflamment,cupientes filiorum Ecclesiae pietatem et divi-
num cultum sacris ritibus, et caeremoniis conservandis, instaurandisque
magis augere; quinque itidem cardinales delegimus, quibus heec prae-
cipue cura incumbere debeat, ut veteres ritus sacri ubivis locorum, in
omnibus Urbis, orbisque ecclesiis, etiam in capella nostra pontificia, in
missis, divinis officiis, sacramentorum administratione, caeterisque ad
divinum cultum pertinentibus, a quibusvis personis diligenter obser-
49^ RÉVISION DU BRÉVIAIRE PAR CLEMENT VIII
INSTITUTIONS ventuF, caeremoniae si exoleverint, restituantur, si depravatae fuerint,
LITURGIQUES ^ reformcntur, libros de sacris ritibus, et caeremoniis, imprimis Pontifi-
cale, Rituale, Caeremoniale, prout opus fuerit, reforment et emendent,
officia divina de sanctis Patronis examinent et nobis prius consultis,
concédant. Diligentem quoque curam adhibeant circa Sanctorum cano-
nizationem, festorumque dierum celebritatem, ut omnia rite, et recte, et
ex Patrum traditione fiant, et ut reges et principes, eorumque oratores,
aliaeque personœ, etiam ecclesiasticae, ad Urbem, curiamque Romanam
venientes, pro Sedis apostolicae dignitate ac benignitate honorifice more
majorum excipiantur, cogitationem suscipiant, seduloque provideant :
controversias de praecedentia in processionibus, aut alibi, cœterasque in
hujusmodi sacris ritibus et caeremoniis incidentes difficultates cognos-
cant, summarie terminent et componant. [Bullarium Romanum, tom. II.
Edit. Luxemb., pag. 669.)
NOTE H
Ut autem illius usus in omnibus christiani orbis partibus perpetuis.
futuris temporibus conservetur, id ipsum Breviarium in aima Urbe nos-
tra in eadem typographia tantum, et non alibi imprimi posse decerni-
m.us, extra Urbem vero juxta exemplar in dicta typographia nunceditur,
et non aliter, hac lege imprimi posse permittimus, ut nimirum typo-
graphis quibuscumque illud imprimere volentibus, id facere liceat,
requisita tamen prius, et in scriptis obtenta, dilectorum filiorum Inqui-
sitorum haereticae pravitatis in iis locis in quibus fuerint, ubi vero non
fuerint, Ordinariorum locorum licentia. Alioquin si absque hujusmodi
licentia dictum Breviarium sub quacumque forma de caetero ipsi impri-
mere, aut bibliopolae vendere praesumpserint, typographi et bibliopolae
extra Statum nostrum ecclesiasticum existentes excommunicationis latae
sententiae, a qua nisi a Romano pontifice, praeterquam in mortis articulo
constituti, absolvi nequeant, in aima vero Urbe ac reliquo Statu eccle-
siastico commorantes, quingentorum ducatorum auri de Caméra, ac
amissionis librorum, et typorum omnium Camerae praedictae applican-
dorum pœnas absque alla declaratione irremissibiliter incurrant eo ipso.
Et nihilominuseorumdem Breviariorum per eos de caetero absque hujus-
modi licentia imprimendorum aut vendendorum usum, ubique locorum
et gentium sub eisdem pœnis perpetuo interdicimus et prohibemus. Ipsi
autem Inquisitores seu Ordinarii locorum, antequam hujusmodi licen-
tiam concédant, Breviaria ab ipsis typographis imprimenda, et postquam
impressa fuerint, cum hoc Breviario auctoritate nostra recognito, et nunc
impresso, diligentissime conférant, nec in illis aliquid addi vel detrahi
permittant, et in ipsa licentia originali de collatione facta, et quod omnino
concordent, manu propria attestentur ; eu jus licentiae copia initio, vel in
cake cujusque Breviarii semper imprimatur : quod si secus fuerint,
REVISION DU BREVIAIRE PAR CLEMENT Vlîl 497
Inquisitores videlicet privationis officiorum, ac inhabilitatis ad illa et i partie
alla in posterum obtinenda, antistites vero et Ordinaru locorum suspen- '
sionis a divinis, ac interdicti ab ingressu ecclesiae, eorum vero vicarii,
privationis similiter officiorum et beneficiorum suorum, et inhabilitatis
ad illa et alla in posterum obtinenda, ac prœterea excommunicationis,
absque alla declaratione, ut prsefertur, pœnas incurrant eo ipso. [Bulla-
rium Romanum^tom. lU, pag. 149.)
T. l 02
INSTITT'XIONS
LITURGIQUES
CHAPITRE XVI
DE LA LITURGIE DURANT LA PREMIERE MOITIE DU XVII® SIECLE.
ZÈLE DE L^ÉPISCOPAT FRANÇAIS POUR LA LITURGIE RO-
MAINE. RÉACTION DE LA PUISSANCE SECULIERE. — TRAVAUX
DES PONTIFES ROMAINS SUR LA LITURGIE. PAUL V. RITUEL
ROMAIN. BRÉVIAIRE ROMAIN. BRÉVIAIRE MONASTIQUE. —
URBAIN VIII. CORRECTION DES HYMNES. AUTEURS LITUR-
GISTES DE CETTE ÉPOQUE.
L'Église de L'unité liturgique régnait donc désormais en Occident.
heur?use%u Un demi-siècle devait s'écouler avant qu'on osât y porter
^^Rmité'^^ atteinte. Non moins fidèle que les autres églises à cette
liturgique, unité, TEsUse de France, qui avait si vigoureusement
s applique a en ^ *=* ^ ^ ^
perpétuer la exécuté, dans ses divers conciles provinciaux, les disposi-
duree.
tions de la bulle de saint Pie V, jouissait en paix d'un si
grand bienfait et travaillait avec zèle à en perpétuer la
durée.
L'assemblée du Ce fut pour ce iTiotif que, dans l'assemblée du clergé de
'en^iôïôX"' i6o5 à 1606, l'archevêque d'Embrun, bien qu'il n'ignorât
subside pour p^^ qu'uii nombre assez considérable d'éslises n'avaient
limpression des r t. o
livres de la ^tcu le Bréviaire réformé que pour le fondre avec les
Liturgie ' _ ^ ^ ^
romaine. usages diocésains, remoiitj^a qu'il serait à propos que
toutes les églises fussent unifornnes en la célébration du
service divin, et que l'office romain Jût reçu partout [i) . Il
ajouta qu'on avait trouvé un imprimeur qui offrait d'im-
primer tous les livres nécessaires, à la seule condition qu'il
plût à l'assemblée de lui avancer une somme de milleécus(2).
(1) Procès-verbaux des Assemblées générales du clergé, tom. I, pag. 767.
(2) Ibidem.
DE LA LITURGIE DURANT LA PREMIERE MOITIE DU XYII*" SIECLE 499
Cette proposition fut agréée par les prélats, et un con- i partie
, 1 1 ' 1 • • CHAPITRE XVI
trat fut passe entre le cierge et rimprimeur en question,
sous la date du 8 mai 1606, ainsi qu'on le peut voir dans
les actes de rassemblée de 1612 (i). On y lit pareillement
que révêque de Chartres et les agents du clergé furent
priés et chargés défaire distribuer aux provinces et dio-
cèses qui en auraient besoin, tous les livres de Vusage
romain imprimés ci-devant (2).
Le résultat de cette mesure fut de déterminer un certain Heureux effets
de cette iTiesure
nombre de diocèses qui n'avaient pas encore quitté leurs au point de
1 / . . • 1- ,1 1 • 11 vue de l'unité
bréviaires particuliers, a embrasser le romain pur; elle ne liturgique.
fut pas non plus sans utilité pour les églises qui voulaient
absolument retenir le rite diocésain, puisque ce rite n'était
lui-même que le romain réformé, auquel on avait associé
l'office des saints locaux et quelques anciens usages parti-
culiers. Par cette mesure de rassemblée de i6o5, la Li-
turgie romaine était donc, pour ainsi dire, proclamée la
Liturgie de TEglise de France en général ; vérité qui
résultait déjà de l'ensemble des canons portés dans les di-
vers conciles du xvi^ siècle que nous avons cités au cha-
pitre précédent.
Un événement, d'abord imperceptible, piais bientôt L'évêque
devenu célèbre, sembla, dès le commencement du Charles Miron,
xvii^ siècle, fournir un présage des atteintes qui devaient ^^^^ Liturgie^ '^^
un jour être portées, en France, à la Liturgie romaine. ^i°^fise^de la^
Charles Miron, évêque d'Angers, sur la demande déplu- .'T^rinité de sa
^ ^ . . . Ville episcopale.
sieurs membres du clergé de l'église de la Trinité d'An-
gers, qui formait un chapitre uni à l'insigne abbaye du
Ronceray^ avait rendu deux ordonnances, en date du
26 octobre 1699 et du 26 mars 1600, portant suppression
du Bréviaire angevin dans ladite église de la Trinité, et
injonction d'y user à l'avenir du seul Bréviaire romain
réformé par saint Pie V. Les oppositions formées par la
(i) Procès-verbaux des Assemblées générales duclergé, tom. II, pag. 43.
(2) Ibidem,
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
L'abbesse du
Ronceray et les
chanoines
de la Trinité
appellent au '
parlement
de Paris.
j\rrêt du
parlement qui
casse les
ordonnances de
l'évêque et lui
interdit
l'exercice de sa
juridiction
ecclésiastique.
5 00 ZÈLE DE L^ÉPISCOPAT FRANÇAIS.
majorité du chapitre avaient été fortement repoussées par
l'official; des sentences de prise de corps, et même Tincar-
cération s'étaient ensuivies contre plusieurs des récalci-
trants; on prétend même que les livres angevins à l'usage
de l'église de la Trinité avaient été brûlés par ordre de
l'évêque.
Les choses étant poussées à cette extrémité, Fabbesse et
les religieuses du Ronceray interjetèrent, avec les cha-
noines et chapelains de leur église de la Trinité, appel
comme d'abus au parlement de Paris. L'avocat général
Servin, homme audacieux et bien connu par son aversion
pour la liberté de TÉglise, embrassa avec chaleur la cause
du Bréviaire angevin contre celui de Rome, et procura un
arrêt devenu fameux, par lequel la cour « ordonne que le
« service divin ordinaire en Téglise de la Trinité sera
« continué; et a fait et fait inhibitions et défenses audit
« évêque d'innover aucune chose en l'exercice et célébra-
« tion du service divin aux églises de son diocèse, sans
« Vautorité du Roi; et à son promoteur et officiai d'entre-
c( prendre cour, juridiction et connaissance que celle qui
« leur est attribuée par les ordonnances. Et pour se voir
« faire plus amples défenses et répondre aux conclusions
c( que ledit procureur général voudra prendre et élire
« contre eux, seront ajournés à comparoir en personne au
« mois ; et jusques à ce qu'ils aient comparu, leur inier-
« dit l'exercice de la juridiction ecclésiastique. Con-
« damne les intimés es dépens des causes d'appel, dom-
« mages et intérêts des emprisonnements, et de ce qui
« s'est ensuivi : ordonne, si aucuns des appelants sont
« détenus prisonniers, que les prisons leur seront
ce ouvertes : aura le procureur général du Roi commis- ^
c( sion pour informer des faits concernant les livres de
« ladite église de la Trinité brûlés, et paroles scandaleuses
« proférées aux prédications publiques, pour ce fait et
ce rapporté, ordonner ce que de raison : et sur le surplus
POUR LA LITURGIE ROMAINE 5oi
« par lui requis, ladite cour en délibérera au conseil. ^ partie
^ CHAPITRE XVI
« Fait en Parlement, le 27*'jour de février, l'an i6o3 (i). »
Maintenant, si l'on examine quels étaient les motifs sur La haine de
lesquels les magistrats avaient pu baser un arrêt aussi commune à
scandaleux^ on trouvera que la haine de Rome, sentiment francaL, perce
inné dans Fàme des légistes français, depuis et avant Phi- ^^"^ ^^^ ^^^^^'
lippe le Bel, l'avait, du moins en grande partie, inspiré.
C'est cette haine de Rome qui dicta les fameuses conclu-
sions de la Sorbonne contre la réception du Bréviaire ro-
main, au temps de Pierre de Gondy, en i583; monument
étrange, mais bien précieux (2), dont nous devons la con-
servation au même avocat général Servin, qui trouva bon,
pour accroître encore le scandale, de l'insérer dans son
plaidoyer contre Tévêque d'Angers. Nous avons dit que
la Sorbonne réclama sur la publicité donnée à cette pièce
qui ne devait, disait-elle, être considérée que comme le
fait de quelques particuliers. Mais le temps était venu où
la mauvaise semence allait germer, et où Tivraie étouffe- ,
rait le bon grain dans le champ du père de famille.
Outre cette haine pour tout ce qui vient de Rome^ carac- Le parlement
j...^j,, ., , ,. veut en outre
tere distinctir de 1 esprit des parlements, on doit noter en- conférer au
^ ^ j 1 1, A , prince séculier
core une autre tendance dans 1 arrêt que nous venons de ^ le pouvoir
citer, savoir l'envie de conférer au prince séculier le pou- ^^^ITturgie!^ ^^
voir souverain sur la Liturgie. C^est le douzième carac-
tère de l'hérésie antiliturgiste. Nous le verrons se déve-
lopper en France et passer enfin dans les livres de droit à
l'usage du clergé. Si on y réfléchit bien, on verra que les
deux maximes de Tavocat Servin s^enchaînent merveilleu-
sement. D'abord, arrêter les influences directes de Rome
sur la Liturgie : car la Liturgie est un enseignement haut
et populaire qu'on ne doit point laisser au pape, dans un
pays de liberté comme est la France ; ensuite, surveiller,
(i) Preuves des libertés de V Église gallicane, tom. II, pag. 1144. *
(2) Vid. ci-dessus, au chap. xv^ pag. 4.53, et pièces justificatives,
Note F, pag. 492-495.
5 02 RÉACTION DE LA PUISSANCE SÉCULIÈRE
INSTITUTIOiNS
LITURGIQUES
par autorité souveraine, le clergé dans une chose aussi
importante que la prière publique, de manière qu'il ne
puisse faire un pas sans ressentir sa dépendance sur cet
article.
La persécution Nous n'iguorous pas que^ sur ce point comme sur tout
^^ s^fe ^^' autre, la puissance séculière prétendait n'intervenir que
nécessaire de comme gardienne des anciens usases : mais rien ne nous
semblables o n •> ^
prétentions, empêcheplus aujourd'hui d'appeler persécution de l'Éslise
vainement *- ^ ^ , . . .
colorées par un toute politique séculière qui la veut contraindre, soit de
zèle apparent • n r nu* v
pour la défense retenir telle forme à laquelle elle juge a propos de renon-
des anciens -ni n in
usages. cer, soit d embrasser telle autre vers laquelle son propre
mouvement ne la porte pas.
L'assemblée Rassemblée du clergé de i6o5 vit avec indignation
de i6o5 cherche
vainement à Tattentat du parlement contre le droit sacré de la Litur-
l'arrét de i6o3, gî^- Elle résolut de suppUer le roi de casser l'arrêt et
3es fon^dements ^^^^ ^^ ^^î s'était fait en exécutiou ; demandant aussi que
des libertés {q^'h arrêt fût ravé des registres, et que défense fût faite
gallicanes. -^ o 7 t.
au sieur Servin de plaider à l'avenir en aucune cause
d'Église. L'assemblée nomma même des députés pour
poursuivre la cassation (i); mais nous ne voyons pas que
l'arrêt ait jamais été rapporté. Bien plus, il est devenu
célèbre dans tous les livres qui traitent du droit ecclésias-
tique français, comme l'un des premiers fondements de
cette maxime de nos libertés, qui porte que les évêques de
France ne peuvent rien sur la Liturgie, dans leurs propres
diocèses, sans la permission du roi.
L'assemblée Au reste, Tassemblée de i6o5, tout en réclamant les
prête elle-même . , ., * . ' .
le flanc aux imprescriptibles droits de l'Eglise, prêtait elle-même le
envahissements ^ , . 1 1 • 1 r-^
de la puissance nanc aux euvahisseurs de la puissance laïque. On se rap-
ordonnant psH^ ^ue lors de la publication du Missel de saint Pie Y,
^M^ss^eT romain^ ^^ parlement fit défense d'imprimer ce livre en France, à
au canon de la nioins qu'on n'y ajoutât au canon de la messe ces mots :
messe ^ •/ ■'
la mention Etrege nostro N. Cette entreprise irrégulière n'aurait pas
(i) Procès-verbaux du clergé, tom. I^ pag. ySS et suiv.
I PARTIE
CHAPITRE XVr
CONTRE Lx\ LIBERTÉ DE LA LITURGIE 5o3
du, au moins^ être sanctionnée par l'autorité ecclésias-
tique. Le devoir du clergé, dans ce cas, était de recourir à
Rome qui eût facilement accordé à la France ce que déjà
l'Espagne avait obtenu. Loin de là, les prélats de l'as-
semblée, avant de clore leurs opérations, ordonnèrent, en
date du 24 avril 1606, que la première feuille du Missel
romain qu'on avait imprimé à Bordeaux, Tannée précé-
dente, serait réformée^ et qu'on insérerait dans la nouvelle
impression, la mention du roi à la suite de celle du pape
et de l'évêque (i). Ainsi la même assemblée qui refusait
aux gens du roi le droit d'intervenir contre les changements
introduits par un évêque dans la Liturgie générale de
son diocèse, acceptait l'initiative donnée par une cour sé-
culière dans une question qui intéressait la lettre même du
monument principal de la Liturgie, le canon de la messe.
Il est vrai que le clergé comptait bien, dans cette affaire,
n'agir qu'en son nom et indépendamment des antécédents
posés par les magistrats; mais du moment qu'il n'allait
pas chercher son point d'appui hors des limites du
royaume, à Rome^ en un mot, il était censé vaincu, et on
pouvait désormais ajouter une nouvelle page à l'histoire de
ces honteuses servitudes que ceux mêmes qui les impo-
saient ont appelées, d'une manière dérisoire, les libertés
DE l'église gallicane. Les parlements^ en effet, ne s'en
firent pas faute, et l'on rencontre depuis lors de nom-
breuses applications de leur fameux principe : Qiie le roi
a un droit spécial sur les choses du culte divin.
Nous trouvons, en effet, sous la date du 27 juillet de la L'évêque et le
même année 1606, les lettres patentes de Henri IV, qui, plJitiers ^
vingt ans après la tenue du concile de Bordeaux dont nous la'^dTdaraïon
avons parlé au chapitre précédent, daigne approuver le ^^ ^^J^^^'^^^
canon fait dans ce concile pour l'adoption des livres ro- ,. d'adopter les
^ ^ livres romains
mains dans toute la province, sans tirer en conséquence en 1606.
(i) Procès-verbaux du clergé, tom. I^ pag. 767.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
5 04 RÉACTION DE LA PUISSANCE SECULIERE
pour les autres résolutions qui pourraient avoir étéprises
dans ladite assemblée et concile provincial dudit Bor-
deaux. L^occasion de ces lettres patentes fut la demande
que firent à Sa Majesté Pévêque et le Chapitre de Poitiers,
qui, ayant été jusqu^alors empêchés par le malheur des
temps, de mettre à exécution le canon du concile de Bor-
deaux, se trouvaient enfin en mesure de satisfaire à ce
devoir. Ils avaient trouvé expédient.^ avant de passer
outre, d'avoir sur ce déclaration du vouloir et intention
de Sa Majesté, afin qiiil n'y eût aucun sujet ni occasion
de plainte à l'avenir en général, ni en particulier^ sur
r exécution d'icelle[i). Quel chemin on avait fait déj.à en si
Cette démarche peu d^années ! A peine le xvii® siècle était ouvert, et le
reconnaissance pouvoir ecclésiastique, le même qui, dans les conciles de
la compétence Roueu, de Reims, de Bordeaux, d^Aix, de Bourges, de
laïque^dans^^ies Tours, de Toulouse, de Narbonne, avait procédé si frau-
de la Liturgie, cliement, si largement à la réforme de la Liturgie, iVosait
déjà plus mettre en pratique ses propres résolutions sans
s'assurer de l'agrément du roi ! On avait bien réclamé,
dans l'assemblée, contre l'outrage fait à l'évêque d'An-
gers : mais à peine quelques mois étaient écoulés, qu'on
reconnaissait, par des actes positifs, la compétence du
pouvoir laïque dans les choses de la Liturgie !
Arrêt du On lit encore dans Timportant recueil intitulé : Preuves
parlement de 7 7-» ^ 1 t^t^ i- n- ai ,
Paris qui dcs libertés de t hgtise gallicane.^ un arrêt du parlement
l'introduction de Paris, rendu sur les conclusions de l'avocat général
romain^^dàns^^ia Serviu, en date du 9 août 161 1, au sujet de Tintroduction
s?int?Ma?xme ^^ Bréviaire romain réformé dans Téglise collégiale de
de Chinon, en Saiut-Maixme de Chinon (2). Il est dit en cet arrêt que,
amrmant ^ ' t. ^
de nouveau le dans les choses qui concernent la Liturgie, « l'autorité du
droit royal sur , . o '
la Liturgie. « Roi j doit passcr pour donner règle, sans laquelle on
« ne peut faire aucune innovation en la police ecclésias-
(i) Preuves des Ubertés de V Eglise gaUicane, tom. II, pag. 11 44,
(2) Ibidem, pag. 1146.
CONTRE LA LIBERTE DE LA LITURGIE
5o5
« tique. En conséquence, vu le désir des parties de ter-
« miner l'affaire d'une manière légale, la cour permet que
« l'on suive, dans la collégiale de Saint-Maixme de Chi-
« non, le Bréviaire romain qui (on en convient), est le
c( plus repiirgé de tous^ à la condition d'y joindre les
« offices des saints qui sont particulièrement en vénéra-
« tion dans cette église. « Après quoi, on lit ces curieuses
paroles : Et c'est la voie qu'il faut tenir en telle occur-
rence, laquelle si l'évêque d'Angers eût voidu prendre
lorsqu'il voulut introduire le Bréviaire romain en une
église de son diocèse, la grande controverse qui fut plai-
dée sur ce sujet, eût été abrégée promptement ; au lieu
qu'icelui évêque n'ayant voulu recourir au roi en ce re-
gard, la cour a improuvé ce qu'il aurait fait de son mou-
vement^ et à lui fait défenses, par [son arrêt du 27 fé-
vrier i6o3^ d.' innover aucune chose en V exercice et célé-
bration du service divin, sans l'autorité royale. Le recueil-
que nous citons produit ensuite des lettres patentes de
Louis XïII, en date du 9 juillet 161 1, par lesquelles la
permission ci-dessus mentionnée est octroyée au chapitre
de Saint-Maixme de Ghinon, dans des termes analogues
à ceux de Tarrêt que nous venons de rapporter.
Ces détails suffiront pour faire voir combien les vrais
principes sur la Liturgie s'altéraient déjà en France, et
comment la dépendance à Tégard du pouvoir séculier, sur
cet article, commençait à s'établir. Nous avons indiqué, au
chapitre xiv^ ce caractère comme un de ceux qui consti-
tuent le système destructif de la Liturgie. Nul catholique,
nous le pensons, ne contestera ni le fait ni l'application.
Ce n'est pourtant encore ici que le commencement des
douleurs de l'Église de France. Hœc autein initia sunt
dolorum.
Avant de dérouler le triste tableau de la révolution li-
turgique qui s'ensuivit bientôt, nous dirons du moins que
cette première moitié du xvii^ siècle, malgré les fautes trop
I PARTIE
CHAPITRE XVI
Caractère de
la première
moitié
du xvii<^ siècle
en France.
5o6 TRAVAUX DES PONTIFES ROMAINS SUR LA LITURGIE
INSTITUTIONS fécondes que nous venons de raconter, fut pour l'Efflise
LITURGIQUES ^ T T D
de France une dernière période de liberté. Ce fut dans ces
Cette époque années trop promptement écoulées, en 1614, que le car-
cierniere
période de dinal Du Perroii^ organe du clergé, vengeaavec tantd'élo-
fidélité aux quence et de dignité l'ancien droit public de la chrétienté,
doctrines i i ^ • j ^* '^ ^ • ^ ji
romaines pour ^^^ ^^s aveugles entreprises du tiers état menaçaient d une
rEgiise destruction complète. Plus tard, en 1626, l'assemblée du
de France. ^ ' ^
clergé professait encore la doctrine de l'infaillibilité du
souverain Pontife (i). Bien plus, en i653, on entendait
une assemblée du clergé déclarer expressément que les
jugements portés par les papes, en réponse aux consulta-
tions des érêques en matière de foi, ont UNE AUTO-
RITÉ SOUVERAINE ET mYmE par toute V Église,
soit que les évêques aient cru devoir exprimer leur sen-
timent dans la consultation, soit qu'ils aient omis de le
faire [2). Nous aimons à nous arrêter sur ces pures tra-
ditions de rÉglise de France; assez tôt, la marche des
événements nous entraînera dans des récits lamentables :
qu'il nous soit donc permis de les retarder encore, et aussi
de faire voir que, pour se montrer de nouveau fidèle
[\) A vis de VA ssemblée générale du clergé de France, de 16 25, à Messei-
gneiirs les archevêques et évêques de ce royaume.
(2) PerspectuiTL enim habebat Ecclesia catholica non solum ex Christi
Domini nostri pollicitatione Petro facta, sed etiam ex actis priorum
pontificum, et ex anathematismis adversus ApoUinarium et Macedoniuni
nondum ab ullo synodo œcumenico damnatos, a Damaso paulo antea
jactis, judicia pro sancienda régula fidei a summis Pontificibus lata,
super episcoporum consultatione (sive suam in actis relationis senten-
tiam ponant, sive omittant, prout illis collibuerit) divina œque ac summa
per universain Ecclesiam authoritate niti : cui christiani omnes ex officio,
ipsius quoque mentis obsequium praestare teneantur. Ea nos quoque
sententia ac fide imbuti, Romanae ecclesiae praesentem quae in summo
pontitice Innocentio X viget authoritatem débita observantia colentes,
Gonstitutionem divini Numinis inst'nctu a Beatitudine vestra conditam,
nobisque traditam ab illustrissimo Athenarum episcopo, nuncio apos-
tolico, et promulgandam curabimus in ecclesiis ac diœcesibus nostris,
atque illius executionem apud fidèles populos urgebinius. (D'Argentré,
Collect. Judiciorum, tom. III, pag. 276.)
RITUEL ROMxMN DE PAUL V Soy
aux doctrines de l'Édise romaine, TÉglise gallicane au- ^ partie
O 7 0 0 CHAPITRE XVI
jourd'hui n'a qu'à remonter de quelques années dans ses
souvenirs.
Pendant que la Liturgie était exposée, en France, à des Rome achève la
1 • 1 réforme du
attaques plus menaçantes encore pour l'avenir que dures culte divin
dans le présent, Rome achevait le grand œuvre de la ré- publication du
forme du culte divin. Le bréviaire, le missel, le martyro-
loge^ le pontifical, le cérémonial avaient déjà paru. Restait
encore à publier un livre non moins important, le rituel.
Paul y, dont le pontificat fut, sous plusieurs points, la
continuation de celui de l'admirable Clément VIII, entre-
prit de mener à fin cette œuvre importante. Déjà, en lôSy,
avait paru à Rome, par les soins d'Albert Gastellani, do-
minicain, le livre intitulé : Sacerdotale^ seu liber sacer- premiers essais
dotalis collectîis^ Leonis X auctoritate approbatiis. Ce casteîîani^^^
recueil, qui renfermait principalement les détails néces- ^sa'iîiarinr^
saires pour l'administration des sacrements, avait été ^^ ^^ cardmai
^ ^ Sanctorio.
approuvé, au moins comme essai, par Léon X, mais ne
fut mis au jour que sous le pontificat de Pie IV, qui s'abs-
tint d'en faire l'objet d'un jugement quelconque. Il ne
laissa pas de se répandre, et Ton en fit plusieurs éditions,
plus ou moins fidèles, hors de Rome. Au même siècle,
Samarini, chanoine de Saint-Jean de Latran, entreprit
une compilation du même genre, dans laquelle il s'aida
beaucoup du travail de Gastellani. Elle parut à Venise, en
1679, sous ce titre : Sacerdotale, sive sacerdotum Thésau-
rus ad consiietiidinem sanctœ Romanœ ecclesice^aliarum-
que ecclesiarum collectus^ juxta Tridentini concilii
sanctiones, etc. Le célèbre prélat Rocca donna une édi-
tion augmentée de ce recueil. Enfin, un troisième rituel
fut rédigé par le cardinal Sanctorio, dans les dernières
années du xvi*" siècle. Ce rituel, qui a mérité des élogesde
Paul V, dans le bref même où il le déclare supprimé, est
assez volumineux, et porte ce titre que Benoît XIV prouve
avoir été mis après coup : Rituale sacramentorum Roma-
5o8 .TRAVAUX DES PONTIFES ROMAINS SUR LA LITURGIE
INSTITUTIONS jium, Gre^orH XIII Pont. Max. jussît ecUiiun, Romœ^
LITURGIQUES ^ ^
■ 1584. Il paraît en effet prouvé que ce fut seulement sous
le pontificat de Paul V, qu^on songea à imprimer le ri-
tuel de Sanctorio, plusieurs années après la mort de ce
cardinal (i).
Jusqu'à cette Ges dlvers essais tentés par des particuliers montrent
époque le rituel 1 • ^ • i 1 .1^15 v • ^r '
ne formait pas Clairement que jusqu alors le rituel n avait point forme un
un livre à part, ijyre liturgique à part. Les formules qui le composent au-
jourd'hui se trouvaient soit dans les missels, soit dans les
bréviaires. Mais le Bréviaire et le Missel de saint Pie Vne
se trouvant plus renfermer ces sortes de détails, si Ton
en excepte les bénédictions, et d'ailleurs le pontifical ne
comprenant que les rites à Fusage des évêques, il devenait
nécessaire de publier un livre spécial qui satisfît aux be-
soins du clergé.
Paul V Paul V entreprit et consomma cette opération. Le bref
R^?u^i\Snain pour lapublication du Rituel romain parut le 17 juin 1614,
par le bref ^^ Commence par ces mots Apostolicœ Sedi. Le pape rap-
ApostolicœSedi. p^jj^ d'abord les travaux de saint Pie V et de Clé-
ment VIII pour la réforme liturgique, après quoi il ajoute :
c( Tout étant donc ainsi réglé, il ne restait plus qu'à ren-
te fermer dans un seul volume muni de l'autorité du Siège
« apostolique, les rites sacrés et purs de TEglise catho-
« lique qui doivent être observés dans l'administration
« des sacrements et autres fonctions ecclésiastiques, par
ce ceux qui ont la charge des âmes; afin que ceux-ci se
« conformant uniquement à la teneur de ce volume,
« eussent à accomplir leur ministère, d'après une règle
c( fixe et unique, et à marcher d'accord et sans scandale,
« sous une même direction, sans être plus jamais détour-
ce nés par la multitude des rituels déjà existants. Cette
« affaire avait déjà été agitée précédemment ; mais elle
« avait été retardée par les soins donnés à Timpression de
ce l'édition grecque et latine des conciles généraux. Nous
(i) Bened. XIV. Epist. ad Cardinal. Guadagnium, § 18.
RITUEL ROMAIN DE PAUL V SoQ
« l'avons reprise avec vigueur, pour obéir à ce que nous ^ partie
« jugeons de notre devoir, du moment que l'entreprise '
« dont nous parlons a cessé de Nous occuper. Afin donc que
« Taffaire se traitât convenablement et avec ordre. Nous
c( l'avons confiée à plusieurs de nos vénérables frères car-
■ dinaux de la sainte Église romaine, remarquables par
« leur piété, leur doctrine et leur prudence; lesquels ayant
« pris le conseil d'hommes érudits, et consulté les divers
ce rituels anciens, mais principalement celui que le car-
ce dinal Jules-Antoine (Sanctorio) du titre de Sainte-Séve-
cc rine, homme d'une piété singulière et d'une excellente
ce doctrine, avait composé et rendu très-complet par une
ce longue étude et un travail éclairé; ayant donc considéré
ce mûrement toutes choses, ils ont enfin, par la clémence
ce divine, rédigé ce rituel avec une brièveté convenable.
ce C'est pourquoi, Nous-même ayant vu que les rites
ce reçus et approuvés de l'Église catholique se trouvent
ce compris en leur ordre dans ce rituel. Nous avons jugé à
ce propos, pour le bien public de l'Église de Dieu, de le
ce publier sous le nom àt Rituel 7^ ornai n, A ces causes, ^^^^ ^^f^J^^^^^
^ ' les prélats a
ce Nous exhortons dans le Seigneur nos vénérables frères adopter le
^ nouveau rituel,
ce les patriarches, archevêques et évêques, et nos chers fils mais il ne leur
1 • • 111/ , , , 1 en fait pas
ce leurs vicaires, les abbes, les cures, et généralement tous rinjonction.
ce ceux auxquels il appartient, en quelque lieu qu'ils se trou-
ce vent, de se servir à l'avenir, dans les fonctions sacrées,
ce comme enfants de l'Eglise romaine, du Rituel publié
ce par l'autorité de cette Église mère et maîtresse de toutes
ec les autres, et d'observer inviolablement, dans une chose
ce de si grande conséquence, les rites que l'Église catholi-
ce que et l'usage de l'antiquité approuvé par elle ont statué.
ec Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, sous
ce l'anneau du pêcheur, le 17 juin 16 14, l'an dixième de
ce de notre pontificat (i). »
(i) Vid. la Note A.
5 10 TRAVAUX DES PONTIFES ROMAINS SUR LA LITURGIE
T^Tur^QUEs O^^ ^^^^' P^^ ^^ teneur de ce bref, que la publication du
Rituel romain ne fut pas accomplie avec moins de solen-
nité que celle du bréviaire, du missel, du cérémonial et du
pontifical: toutefois, on doit remarquer qu'à la différence
des bulles de saint Pie V et des brefs de Clément VI 11^ le
bref de Paul V ne renferme point Tinjonction expresse
d'user du Rituel romain, à Fexclusion de tout autre. Le
Pontife se borne à une simple, mais pressante exhorta-
Le Saint-Siège tion. La raison de cette différence provient de Textrême
ne voulait pas .,.,,. . . ,,^^
détruire diversite qui S était maintenue jusque-là, dans lOccident,
violemment les . i , / . . ,, , . .
nombreuses au sujet des ceremonies qui accompagnent 1 admimstra-
io?aks,"\ui tion des sacrements. La destruction violente des coutumes
radmTnlstrat^on locales, en cette matière, eût occasionné à la fois du scan-
des sacrements j j^ dans le peuple et des murmures dans le clergé. Il est
et que le concile r r n
de Trente^ remarquable que le concile de Trente avait lui-même
avait constatées ^ ^
sans les blâmer, reconnu en principe cette variété comme un fait et comme
un droit : ainsi, dans sa session vingt-quatrième, au
chapitre premier de Reformatione^ les Pères disent que le
curé, ayant interrogé les époux et reçu leur mutuel consen-
tement, prononcera ces mots : Ego vos in matrimonium
conjiingo, etc. ; on se servira d'antres paroles suivant le
rite reçu de chaque province (i). On pourrait citer
Le Rituel plusieurs passages analogues du même concile. C'est
ad^opté^da^s ^i^^si que, dans tous les temps, FÉglise romaine a su
presque tout prendre les tempéraments convenables pour réffir avec
rOccident, sert ^ ^ ^ r o
en outre de force et douceur rhéritaffe du Seigneur. Néanmoins, ce
modèle pour la ^ . " ,
correction des qui devait arriver arriva en effet : le Rituel de Paul V fut
particuliers bientôt adopté dans le plus grand nombre des Églises de
'^^ qlîei^ques ^ TOccident. Les diocèses qui conservèrent le fond de leurs
Eglises. usages, adoptèrent du moins les formules concernant Tad-
(i) Parochus, viro et muliere interrogatis, et eorum mutuo consensu
intellecto, vel dicat : Ego vos inmatrimonium conjungo, innomine Patris,
et FiVii, et Spiritûs Sancti ;\q\ aliis utatur verbis, juxta receptum unius-
cujusque provinciae ritum. (Gonc. Trid., sess. XXIV. De Reformatione,
cap. I.)
BRÉVLVIRE MONASTIQUE DE PAUL V 5 I I
ministration des sacrements, les bénédictions, etc. La ^ partie
' CHAPITRE XVI
publication de ce livre fut le complément de la réformi
liturgique. Toutefois, les souverains Pontifes des âges
suivants jugèrent à propos de faire quelques améliorations
ou additions aux livres approuvés par leurs prédécesseurs:
nous enregistrerons ces faits à mesure que le cours des
années les amènera sous notre plume.
Paul V attacha encore son nom à une oeuvre liturgique Paul v réforme
1, . ,.,,,., . . , 1 . la Liturgie
d une nnportance secondaire, a la vente, mais qui n en doit monastique,
pas moins trouver place dans cet ouvrage. Il s^agit de la
publication du bi^éviaire monastique. Nous avons montré,
au chapitre viii, que les ordres et congrégations monas-
tiques de rOccident, sont en possession d'une forme par-
ticulière d^office divin fondée sur la règle de Saint-
Benoît. La bulle de saint Pie V qui supprimait tous les
bréviaires postérieurs aux deux cents dernières années,
ne pouvait atteindre un ordre d'office qui datait de
mille ans. Les moines continuèrent donc à suivre leurs
usages; mais ces usages étaient différents sous plusieurs
points, suivant les pays^ ou encore suivant les ordres ou
congrégations dans un même pays. Ainsi Cluny avait ses Variété des
o o r j j usages
coutumes différentes de celles du Mont-Gassin: les cister- liturgiques dans
l'ordre de
ciens avaient leurs its fort dissemblables de ceux des saint Benoît,
camaldules; les abbayes des bords du Rhin ou du Danube,
s^écartaient en plusieurs points des formes usitées dans
celles de PEspagneet du Portugal. Il n'y avait en cela rien
qui dût surprendre ni scandaliser personne : un corps
vaste comme F Église d'Occident^ privé d'un centre et divisé
en de nombreux rameaux, puisant une vie propre non-
seulement dans les diverses réformes qui l'avaient modifié,
mais encore dans les mœurs des contrées où il était
répandu, ne pouvait, .pas plus que PÉglise elle-même, avoir
gardé une discipline uniforme dans toutes ses coutumes
liturgiques. Il y avait donc plusieurs bréviaires monas-
tiques au moment de la publication de la bulle de saint
5 I 2 TRAVAUX DES PONTIFES ROMAINS SUR LA LITURGIE
INSTITUTIONS p[q Y qi [{^ ii^avaient rien à redouter de cette constitution,
LITURGIQUES '
pas plus que les bréviaires ambrosien, lyonnais, parisien.
Publication D^autre part, on ne peut nier que le Bréviaire réformé
d un bréviaire _ , ^ ^
monastique de saint Pic V ne fût de beaucoup supérieur à tous ceux
rédigé d'après ... ,,/■. i- i
• le Bréviaire qui existaient aiors dans 1 hgiise; du moment que les
reroriTié de
saint Pie V, moiues songeaient, à leur tour, à réformer leurs propres
bréviaires, ils ne pouvaient recourir à une source plus
pure. En outre, à ne considérer que les moyens d'exécu-
tion les plus faciles pour la réforme d'un bréviaire monas-
tique, il est clair qu'on épargnait une grande partie des
frais, et qu^on facilitait grandement l'opération, en rame-
nant à Tunité la Liturgie bénédictine, en effaçant les
usages particuliers de chaque ordre ou congrégation. Ce
plan, dont les avantages balancent les inconvénients, fut
conçu et exécuté par les procureurs généraux des diverses
congrégations bénédictines, résidant à Rome. Tout en
maintenant la forme générale de l'Office monastique, ils
s'attachèrent à faire entrer dans leur cadre la presque
totalité du Bréviaire de saint Pie V, et soumirent à Pap-
pro.bation du souverain Pontife ce nouveau travail. Un
grand nombre de traditions antiques et vénérables dans
Tordre avait été sacrifié ; le psautier, dont la règle de Saint-
Benoît exige si strictement la récitation chaque semaine,
se trouvait interrompu dans toutes les fêtes des saints ; mais
alors ces fêtes, beaucoup moins multipliées qu'aujourd'hui,
laissaient encore la liberté de satisfaire le plus souvent à
Paul V exhorte cette inviolable loi. Paul V accorda son approbation par
tous les ordres i r i r i /- j -i i
qui militent uu bref du i^^ octobre 1012 : cependant il ne voulut pas
sous la règle de , ,. , , .,. , ^ i i ' ^ j- ^•
Saint-Benoît obliger tous les Ordres militants sous la régie bénédictine.
ce bréviaire. ^ rejeter les autres bréviaires pour suivre exclusivement
celui que venaient de rédiger les procureurs généraux; il
se contenta de les exhorter en général à recevoir le bré-
viaire et les livres de chœur nouvellement réformés (i),
(i) Nos laudabile consilium hujusmodi plurimum commendantes et
omnes ejusdem Ordinis religiosos ad breviarium et libros chorales, ut
I PARTIE
CHAPITRE XVI
BRÉVIAIRE MONASTIQUE DE PAUL V 5 I 3
et afin de porter plus -efficacement les bénédictins à les
adopter, il attribua à la récitation du nouveau Bréviaire
monastique les mêmes indulgences dont saint Pie V avait
encouragé Tusage du Bréviaire romain (i).
En Italie et généralement dans les pays étrangers, les Presque toutes
ordres et congrégations qui vivaient sous la règle de Saint- congrégations
Benoît embrassèrent le Bréviaire de Paul V. Outre Pavan- de l'Occident
^1 1 t Ji 1 ^1 m obtempèrent au
tage de se rapprocher en beaucoup de choses de lomce désir
réformé, on trouvait celui de se procurer aisément les ^^ p^ontïfe.^^^
livres, et d'éviter les grands frais qu^occasionnait toujours,
dans chaque congrégation, la réimpression des usages par-
ticuliers. Néanmoins l'ordre de Gîteaux tout entier refusa
de changer ses livres, dans lesquels, ainsi que nous l'avons
dit, l'élément grégorien était mélangé de parisien. En
France, les congrégations de Saint-Vannes et de Saint-
Maur acceptèrent le nouveau bréviaire, mais plutôt de fait
que de droit, en déclarant expressément, dans leurs cons-
titutions, qu^elles n^entendaientpas recevoir les nouveaux
offices de saints qu^on ajoutait sans cesse à ce bréviaire (2).
En Espagne, la congrégation tarragonaise se tint aussi à
ses anciens livres; celle de Valladolid attendit jusqu'en
1621 pour adopter les nouveaux; mais elle se maintint,
comme celle de Saint- Vannes et de Saint-Maur, dans
Tusage de fixer son calendrier. Nous parlerons de Gluny
au chapitre suivant.
Quatre ans après la publication du Bréviaire monastique
praefertur reformatos unanimiter recipiendos in Domino hortantes, et opus
hujusmodi quantum cum Domino possum.us, promovere cupientes, etc.
(i) Vid. la Note B.
(2) Prœter Sanctorum festivitates quas Sanctissimus Dominus Noster
Urbanus Papa VIII calendario breviarii Romani addidit, nullus inducat
alla festa, inconsulto Capitulo generali. {Declar. Cong. S. Mauri, in
cap. XIV Regulce S. P. Benedicti.)
Nemo, inconsulto generali Capitulo, inducat festa ab iis quae fuerint
in calendario impressa, vel in diœcesi praecepta. {Declar. Cong, SS. Vitoni
et Hydulphi, in idem caput.)
T. I 33
5 14 TRAVAUX DES PONTIFES ROMAINS SUR LA LITURGIE
INSTITUTIONS jg Paul V, il éiTiana un avis et déclaration de la congréffa-
LITURGIQUES ' ^ ^
au sujet
du Bréviaire
monastique
tion des Rites, portant que Topinion de ce tribunal était
Déclaration de ^ , . ^ . , • -i*^ ^ 1^1
la congrégation que tous les moines et moniales qui militent sous la règle
des ites dc Sâ'mt-BQnoît^ peupent et doîpent se sei^vî F dti Bréviaire
de Paul Vy nonobstant que plusieurs exempts se fussent
de Pauiv. servis, par le passé, du romain ou de tout autre (i).
Uautorité de cette déclaration ne prévalut pas néan-
Queiques moins de telle sorte, qu^elle détruisit les bréviaires monas-
congrégations . . . ' r\ ' y u ■> ' •
monastiques tiques qui avaient survécu. On jugea qu elle n était pas
conservent leurs , . . , ha// t
anciens preceptive, puisque, dans ce cas, elle eut ete en contradic-
émanirtous'du ^ion avcc le bref de Paul V, antérieur seulement de quatre
des ^sources ^^^' ^^ daus lequel ce pontife se contente d'exhorter les
grégoriennes, moiues à adopter le Bréviaire rédigé par les procureurs
généraux. Dans Rome même. Tordre de Cîteaux, en par-
ticulier, continua, longtemps encore, d'employer dans les
offices divins le seul Bréviaire cistercien; et, vers la fin
du même siècle, le cardinal Bona, dans son beau traité de
Divina Psalmodia^ imprimé à Rome, consacrait un cha-
pitre entier à détailler avec complaisance les avantages du
Bréviaire cistercien sur le monastique de Paul V.
Au reste^ tous ces bréviaires monastiques ne différaient
les uns des autres que dans des particularités d'un intérêt
secondaire. La disposition des offices était, dans tous, celle
de la règle de Saint-Benoît; dans tous, la plupart des an-
tiennes, répons, hymnes, étaient conformes aux anciens
responsoriaux de saint Grégoire, par conséquent au Bré-
viaire de saint Pie V. Le reste, ainsi que dans les bré-
viaires des diocèses, était emprunté aux coutumes locales,
mais surtout au romain-français^ dont Tinfluence s^était
(i) Sacra Rituum congregatio censuit et declaravit omnes monachos et
moniales qui et quae militant sub régula S. Benedicti, posse et debereuti
breviario Benedictino nuper de mandato SS. D. N. Pauli V papse edito
pro omnibus religiosis qui militant sub régula S. Patris Benedicti :
nonobstante quod aliqui exempti in praeteritum usi fuerint Romano, vel
alio breviario. Et ita declaravit die 24 januarii, anno Domini 1616.
REVISION DU BREVIAIRE PAR URBAIN VIII
5l5
étendue si loin. Pour le missel, nous avons déjà remarqué
que les moines n'en connaissaient point d'autre que celui
de rÉglise romaine, auquel ils joignaient quelques usages
particuliers. Le Missel monastique que publia aussi
Paul V se répandit dans la même proportion que son
bréviaire.
Urbain VIII, qui succéda à PaulV, après le trop court
pontificat de Grégoire XV, entreprit la révision du bré-
viaire; on ne l'avait pas faite depuis Clément VIII. Les
commissaires qu'il nomma pour ce travail furent : le cardi-
nal Louis Gaétan ; Tégrime Tegrimi^ évêque d'Assise et
secrétaire de la congrégation des Rites; Fortuné Scacchi,
sacristain de la chapelle papale ; Nicolas Riccardi, maître
du sacré palais; Jérôme Lanni, référendaire de l'une et
Tautre signature; Hilarion Rancati, abbé de Sainte-Croix
en Jérusalem ; Jacques Vulponi, de l'Oratoire de Saint-
Philippe de Néri ; Barthélemi Gavanti^des clercs réguliers
de Saint-Paul; Térence Alciati, Milanais, consulteur de
la congrégation des Rites, ainsi que plusieurs des précé-
dents ; enfin le célèbre annaliste des frères mineurs, Luc
Wading (i).
Le travail de la commission consista principalement à
revoir les homélies des saints Pères sur les originaux, à
substituer aux anciennes quelques-unes qui paraissaient
mieux adaptées. On s'occupa aussi d'éclaircir les rubri-
ques, et de fixer la ponctuation des Psaumes pour le chant.
Cette correction^ publiée par un bref du 2 5 janvier i63i,
qui commence par ces mots : Divinam psalmodiam (2),
est la dernière qui ait été faite; les successeurs d'Ur-
bain VIII ont pu ajouter des ofiices au bréviaire; mais il
ne porte en tête que les seuls noms de saint Pie V, de
Clément VIII et d'Urbain VIII.
I PARTIE
CHAPITRE XVI
Publication
du missel
monastique par
Paul V.
Urbain VIII
nomme des
commissaires
pour
la révision du
bréviaire.
Promulgation
en i63i et
nature de cette
révision,
la dernière
qu'ait subie le
bréviaire.
(i) Merati in Gavantum. Thesaur. Sacr. Rituum, tom. Ill, 4», pag. 22.
(2) Vid. la Note G.
5rG TRAVAUX DES PONTIFES ROMAINS SUR LA LITURGIE
NSTiTUTioNs La corrcction d'Urbain VIII n'attirait pas seulement
LITURGIQUES . ^ ■*■
■ l'attention par les reformes dont nous venons de parler :
choqué par' ^^^ particularité plus importante encore la rendait remar-
dTs'^hymnes'^ quable. La plupart des hymnes avaient été retouchées et
du bréviaire, ramenées aux rèdes du vers, par ordre d'Urbain VIII. Ce
charge quatre ^ ^ ^
jésuites de les pape, qui aimait les lettres et cultivait avec succès la poé-
corriger d'après , . . ^
les règles de sie latine, ne pouvait supporter les nombreuses incorrec-
la poésie . , • , i , , , , , . .
classique. tions que présentaient la plupart des hymnes du bréviaire.
Il regrettait, comme il le dit dans son bref, que les saints
Pères eussent plutôt ébauché que perfectionné leurs
hymnes; et la décence du service divin lui semblait récla-
mer impérieusement une réforme sur cet article. Le talent
dont il avait fait preuve dans la composition des hymnes
qu'il a mises au bréviaire, et dont nous parlerons plus
loin, le rendait fort capable de réaliser cette entreprise
difficile : néanmoins il ne jugea pas à propos de s^en
charger. Il la confia à quatre jésuites : Matthias Sar-
biewski, Fabien Strada, Tarquin Galluzzi et Jérôme Pe-
trucci, qui corrigèrent au-delà de neuf cent cinquante
fautes contre la prosodie.
Jugements Comme il ne pouvait manquer d^arriver, l'oeuvre de ces
divers sur leur
travail. quatre commissaires a été jugée fort diversement. Les
uns, comme les pères Théophile Raynaud (i), Charles
Guyet (2), Faustin Arevalo (3), etc., ontpris la défense de
l'œuvre de leurs confrères, et, il nous semble, avec raison.
D'autres, comme le P. Louis Cavalli, franciscain, péni-
tencier de Saint-Jean de Latran, dans un livre d'observa-
tions qu^il a composé exprès; Jean-Baptiste Thiers, dans
sa satire du Bréviaire de Cluny ; Henri Valois, cité par
Mérati, ont fort maltraité les correcteurs des hymnes ro-
maines. Si, après tous ces auteurs, il nous est permis de
faire connaître notre avis, nous dirons d^abord que c'était
(i) Theoph. Raynaudi Opéra, tom. XL Alinutalia sacra, pag. 12.
{2) Hortologia sacra, lib. III, cap. v, quœst. 2.
(3) Hymnodia Hispanica. De Hymnis ecclesiast. § 28.
CORRECTION DES HYMNES PAR URBAIN VIII 5 I 7
une œuvre grandement difficile de corriger les vers ^ partie
^ ^ ^ CHAPITRE XVI
d'autrui, et des vers dont le sens et les paroles étaient dans
la mémoire de tout le monde. On demandait aux correc-
teurs de conserver la mesure et le sens de chaque vers,
de maintenir le fonds des expressions, en un mot la cou-
leur particulière. Ils ont rempli cette tâche, suivant nous. Les correcteurs
• A ,. ont rempli
autant qu elle pouvait être remplie. Il y a sans doute de leur tâche _
, . ^ ., .^/ V / , difficile aussi
rares endroits ou ils ont trop sacrifie a une pureté clas- bien qu'elle le
11 ^ j ^ 1) -.• • V ^ pouvait être.
sique : mais la plupart du temps, 1 onction primitive est ^
restée, en même temps que l'expression devenait à la fois
plus nette et plus claire. Nous leur reprocherons seule-
ment d'avoir changé le mètre de Thymne de saint Michel :
Tihi, Christe, splendoj^ Patris, et de celles de la dédicace
d'une église, Urbs Jérusalem beata et Angularis funda-
mentum.
Quoi qu'il en soit de notre sentiment particulier, on ne Opposition que
,, , . , . . . . , , . rencontrent
peut mer que 1 adoption des hymnes ainsi corrigées n ait les hymnes
fourni matière à de grandes oppositions. Leurs causes ^° rigees.
principales étaient la difficulté, en tout temps si grande, de
déraciner la routine, Pimpossibilité de corriger, sans les
gâter^ les anciens livres de chœur, enfin la facture peu
musicale d'un certain nombre de vers. Cavalli rapporte à
ce sujet un mot qui, pour être devenu célèbre, n^en est
pas pour cela plus juste. Un Belge, d'ailleurs homme
pieux et docte, disait, en parlant des hymnes réformées :
accessit latinitas et recessit pietas. Les chantres romains
prétendaient aussi que les correcteurs étaient plus
familiers avec les muses qu'avec la uiusique. Il fut
impossible d^établir l'usage des hymnes corrigées dans
la basilique de Saint-Pierre ; mais elles s'étendirent rapi- ya\q^ sont
dément dans les autres églises de Rome, de Fltalie, et adoptées
^ ^ ' ? ^^ cependant par
même de la chrétienté, hors en France. Ceux de nos dio- toutes les
Eslises
cèses qui suivaient le romain pur, préférèrent, en gêné- de l'Occident,
1 1 1 • .TN ,,,,.. excepté celles de
rai, garder les anciennes. On rencontre peu d éditions France et la
françaises du bréviaire avant 1789, dans lesquelles les Safnt-Pierre.
5i8
REVISION DU MISSEL PAR URBAIN VIII
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
Tous les ordres
religieux
astreints
au Bréviaire
romain
reçoivent les
nouvelles
hymnes; les
moines et les
dominicains
conservent les
anciennes.
Dernière
révision du
missel
accomplie par
Urbain VIII
en 1634.
nouvelles se trouvent : encore, le plus souvent, sont-
elles renvoyées à la fin, en matière d^appendice. Au con-
traire, les éditions publiées depuis douze ou quinze ans,
ont, presque toutes, reproduit uniquement les hymnes
corrigées.
Quant aux ordres religieux, ceux qui sont astreints au
Bréviaire romain embrassèrent les nouvelles hymnes, ex-
cepté toutefois les franciscains des provinces de France.
Les ordres et congrégations monastiques gardèrent les
anciennes. La congrégation de Saint-Maur est la seule
qui, après diverses variations, ait enfin adopté définitive-
ment la correction d'Urbain VIIL Aujourd'hui encore,
dans Rome même, les bénédictins du Mont-Cassin, les
cisterciens, les chartreux, etc., chantent les anciennes
hymnes : elles sont également restées en usage dans le
Bréviaire dominicain.
Urbain VIII, après avoir opéré la révision du bré-
viaire, entreprit celle du missel, considérant ces deux
livres^ fondement de la Liturgie, comme les deux ailes que
le prêtre de la loi nouvelle, à l'exemple des chérubins du
tabernacle antique, étend chaque jour vers le vr^ai propi-
tiatoire du monde (i). La même commission qui avait été
établie pour la révision du bréviaire, donna ses soins à
celle du missel. On fît aux rubriques plusieurs correc-
tions et éclaircissements, et on rétablit dans sa pureté le
texte de l'Ecriture, altéré en quelques endroits. Cette cor-
rection du missel est aussi la dernière : c'est pour cette
raison que ce livre, comme le bréviaire, a porté depuis sur
son titre le nom d'Urbain VIII avec ceux de saint Pie V
(i) Quamobrem sicuti nuper ad divini officii nitorem reformari bre-
viarium, ita demum hujus exemplo ad divini sacrificii ornamentum
corrigi missale mandavimus; et quoniam hasce quasi alas quas sacer-
dos, instar cherubim prise! mystici tabernaculi, quotidie pandit ad
verum mundi propitiatorium, decet esse plane geminas, atque unifor-
mes, etc. [Bref du 2 septembre 1634.)
I PARTIE
CHAPITRE XVI
RÉVISION DU MISSEL PAR URBAIN VIII big
et de Clément VIII. Le bref de publication est du 2 sep-
tembre 1 634, et commence par ces mots: Si quid est in '
rébus hiimanis. Nous ne le donnons pas dans les notes de
ce chapitre, parce qu^il présente moins d'intérêt que celui
qui a rapport à la révision du bréviaire et à la correction
des hymnes. Enfin Urbain VIII publia une nouvelle édi-
tion du pontifical, avec quelques changements et amélio-
rations, et la promulgua, comme désormais obligatoire, par
un bref du 17 juin 1644, qui commence par ces mots :
Quampis alias.
Nous ne terminerons pas cette histoire liturgique de la Accroissements
^ c> ^ du Bréviaire
première moitié du xvii^ siècle, sans parler des accroisse- romain par
^ .... l'addition
ments que reçut, durant cette période, le Bréviaire romain des offices de
n 1 1- • ' 1 nr i i • • - r plusieurs
par 1 addition des omces de plusieurs saints qui lurent saints,
proposés par les souverains Pontifes au culte de TEglise.
Il est juste, en effet, que cette épouse du Christ célèbre les
triomphes de ses enfants, à quelque siècle qu'ils aient
appartenu ; car elle ne doit point rougir de placer dans ses
fastes les fils qu'elle a nourris dans la vieillesse de ses
mamelles (i), à côté de ceux qui furent les prémices de sa
maternité. Au xvii^ siècle, la France ne s'était pas rendue
sourde encore à cette voix du Pasteur suprême qui reten-
tit à chaque pontificat, dans les églises de Dieu,. portant Chacune
^ ^ ^ . . ^ ^ ^ ^ de ces additions
Tordre qu'à l'avenir tel jour de l'année demeure consacré est un signe
ri ' • 11 • 1 TA- o 11 1 nouveau de la
a la mémoire d un serviteur de Dieu. Sous la hutte de vie de l'Église et
roseaux, au fond des antres qui le cachent, le mission- ^pou?^|f fiîs?^
naire qui n^a pour consolation que son bréviaire, apprend
cette grande nouvelle, et se sent fortifié par ce nouveau
signe de vie que lui envoie la Mère des chrétiens; il s'unit
à toutes les églises : celle de France est la seule qui ne
répétera point avec lui le cantique nouveau.
Clément VIII, dans sa révision du bréviaire, avait, à
l'exemple de Grégoire XIII et de Sixte-Quint, ajouté au
(i) Adhuc multiplicabuntur in senecta uberi. {Psaluu XCI, i5.)
520 TRAVAUX DES PONTIFES ROMAINS SUR LA LITURGIE
INSTITUTIONS Calendrier de saint Pie V plusieurs nouveaux saints. Par
différents décrets, il avait établi, pour la première fois,
in^dme ks^êtes l'office de saint Romuald, abbé de Camaldoli, et celui de
Romuaki^et de saint Stanislas, évêque de Cracovie et martyr, l'un et
saint Stanislas l'autre du rite semi-double. Il avait élevé au rang des
de Cracovie ...
et change doubles-majeurs la Visitation de la sainte Vierge, les
le degré de ^ ^ . . . ^ '
plusieurs deux fêtes de la Chaire de saint Pierre, à Rome et à An-
tioche, et celle de saint Pierre-aux-Liens. La fête de saint
Jean Gualbert, abbé de Vallombreuse, avait été établie du
rite simple^ et celle de saint Polycarpe, évêque de Smyrne
et martyr, élevée, de simple qu'elle était, au degré de
semi-double. Clément VIII, après avoir uni le culte de
rillustre martyre Flavia Domitilla à celui des saints Nérée
et Achillée^ avait aussi rehaussé d'un degré cette fête
simple jusqu'alors. Mais en retour, sans doute pour mé-
nager davantage les droits du dimanche, il avait abaissé
du rang des doubles à celui des semi-doubles^ les fêtes de
saint François de Paule, de saint Pierre, martyr, de
saint Antoine de Padoue et de saint Nicolas de Tolentin.
Paul V institue ^^mI V établit Toffice de saint Casimir, prince polo-
saTnt^Caïimlr i^^î^i ^^ celui de Saint Norbert, instituteur des prémontrés,
de saint Norbert, J^ j-j^^ semi-double. Il approuva du même degré, mais ad
de saint Charles /-^ ^
Borromée, des Ubitum, la fête de saint Charles Borromée, celle des
Stigmates de . .,.,,.
saint François, Stigmates de saint François; et du rite double, pareille-
des saints Anges tt-t-. i^/y-j • * j- t
gardiens et de ment ad libitum^ lomce des saints Anges gardiens. La
a e. ^^^^ ^^ saint Ubalde, évêque de Gubbio, fut aussi instituée
par le même pontife, mais du rite simple. Enfin Paul V
rendit à saint François de Paule le degré de double que
Le zèle lui avait enlevé Clément VIII. Mais aucun pape de
d'Urbain VIII , , . ^_ , . ^.t.^^
à cet égard l'epoque qui nous occupe ne surpassa Urbain VIII pour
^deTous^^ le zèle à instituer de nouveaux offices. Il étabUt la fête
œtt'^e^époque.^ double de saint Hyacinthe, dominicain polonais, et insti-
tua semi-doubles de précepte les fêtes de sainte Bibiane,
vierge et martyre; de saint Hermégénilde, martyr; de
sainte Catherine de Sienne, vierge ; de saint Eustache et
INSTITUTION DE FÊTES NOUVELLES 52 [
ses compagnons, martyrs: enfin, de sainte Martine, vierge ^ partie
ir n T J T ^ 1 O CHAPITRE XVI
et martyre. Urbain VIII approuva, en outre, comme "~
semi-doubles ad libitum^ les fêtes de saint Philippe de
Néri, instituteur de l'Oratoire de Rome; de saint Alexis,
confesseur; de saint Henri II, empereur ; de sainte Thé-
rèse, vierge, réformatrice du Garmel, et de sainte Elisabeth,
reine de Portugal, dont il composa lui-même les hymnes
et l'office entier. Innocent X, qui succéda à Urbain VIII, ^ innocent x
établit du rite double la fête de sainte Françoise, veuve de sainte
romaine, et du rite semi-double et de précepte, celles de romain^e^^et de
saint Ignace de Loyola, de sainte Thérèse et de saint ^^^^^^ Claire.
Charles Borromée. L^office de sainteClaire 'fut aussi établi
par ce pontife, mais seulement semi-double ad libitum. '
Tels furent les accroissements du Bréviaire romain, et en l^ plupart
même temps du missel, jusqu'à la moitié du xvii^ siècle. ^^ ^^d/^rfte^°^^
On doit remarquer que la plupart de ces fêtes sont du semi-double,
i^ y i- ^ les souverains
rite semi-double^ pour conserver l'office du dimanche. Pontifes étant
, . , encore
Nous verrons une révolution en sens contraire s^accom- préoccupés
de conserver
plir successsivement, et la récitation hebdomadaire du l'office
1 • 1 • N du dimanche.
psautier perdre une partie de son importance a mesure
que nous avancerons dans l'histoire liturgique des deux
derniers siècles. Nous aurons ailleurs Toccasion de dire
notre avis sur cette grave modification liturgique.
Donnons maintenant la bibliothèque des écrivains Auteurs
!• • . • ^ n • j 1 -v . . , , liturgistes de la
iiturgistes qui ont tleuri dans la première moitié du première
YvrT^ sierjp moitié
XVII siecie. ^^^ ^^^^e siècle.
En tête, nous placerons Victorius Scialak, moine maro- victorius
nite, né au Mont-Liban, qui vivait à Rome au commence- ^'^ maronhe!^^
ment du xvii^ siècle^ et y enseignait les langues orientales.
Il traduisit d'arabe en latin les Liturgies attribuées à saint
Basile, à saint Grégoire de Nysse et à saint Cyrille d'Alex-
andrie.Cette collection fut impriméeàAugsbourg,en 1604.
(1604). Jean de Angelis, frère mineur observantin, Jeande Angeiis,
j^ 1 . • r V Ti/r 1 • 1 observantin.
donna en espagnol un ouvrage imprime a Madrid, sous ce
titre : Tratadode los sacratissimos mysterios de la Misa.
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
André Hove,
professeur
à Douai.
eveque
de Cedonia.
Jean Gretser,
jésuite.
52 2 AUTEURS LITURGISTES
(i6o5). André Hoius ou Hove, professeur de langue
grecque à Douai, est auteur d'un livre intitulé : Anti-
quîtatum litin^gicarum arcana concionatoribiis et pasto-
ribiis uberrïmwn promptuarhim^ sacerdotibus serhim
exercitiiim^ religiosis meditationum spéculum^ nobilibus
spiritiialis venatio^ laids litteratis sancta devotio^ omnia
ex diversis auctoribus tribus tomis comprehensa. A
Douai, in-8''. Pour être juste, nous devons dire que Texé-
cution du livre ne répond pas tout à fait à de si magnifi-
ques promesses.
Jean Palantieri, (i6o6j. Jean-Paul Palantieri, franciscain, évêque de
Cedonia^ a laissé une explication des hymnes ecclésias-
tiques imprimées à Bologne, en 1606.
(r6o6). Le célèbre jésuite Jean Gretser, un des plus
vaillants antagonistes de la réforme, et dont les œuvres
volumineuses forment l'un des plus vastes répertoires de
l'érudition catholique, a laissé plusieurs traités intéressants
sur les matières liturgiques. Nous citerons en particulier :
/" De Sacris Peregrinationibus, libri IV; 2^ De Ec-
clesiasticis ProcessionibiiSy libri II ; J° Podoniptron seu
Pedilavium, hoc est, de more lavandi pedes peregrino-
rum et hospitum^ avec une addition au livre des pèleri-
nages; 4^ De Fiinere christiano, libri III ; 5° De Festis,
libri II. Il donna plus tard un supplément à ce dernier
ouvrage, dans lequel il traite d'une manière spéciale du
culte et de la fête du Saint Sacrement. 6" De Benedictio-
nibus^ libri duo, et ter tins de maledictionibus ; 7° De
sancta Cruce, ouvrage non moins fécond pour la science
liturgique que pour^ celle de l'antiquité chrétienne en gé-
néral. Nous omettons un grand nombre d'autres opus-
cules qui figurent avec les livres que nous venons de citer
dans la belle édition des œuvres de Gretser, donnée en
dix-sept volumes in-folio,[à Ingolstadt, en 1734.
Nicolas (1607). Nicolas Serrarius, jésuite lorrain, est auteur
"jésuite. ' de deux livres intitulés : le Litaneutique ou des Litanies,
I PARTIE
CHAPITRE XVI
DE LxV PREMIÈRE MOITIE DU XVII^ SIECLE 523
dans le premier desquels il traite de l'antiquité et de Futi-
lité des litanies, et dans le second de l'invocation des
saints. Il a composé aussi un traité des Processions divisé
pareillement en deux livres. Ces deux ouvrages, remplis de
science et d'intérêt, se trouvent dans la collection des opus-
cules de Serrarius, imprimée à Mayence en i6i i, in-folio.
(1608). Jean-Baptiste de Rubeis publia à Plaisance un jean-Baptiste
livre intitulé : Rationale dipinorinn qfficiorum. Quelques ^ ^ ^^^*
recherches que nous ayons faites d'ailleurs^ l'auteur et son
livre ne nous sont connus que par la simple mention qu'en
fait Zaccaria.
(16 10). Ce fut en cette année que les éditeurs parisiens ^ Nouvelle
de la Bibliotheca peter um Patrum, de Margarin de la collection
Bigne, donnèrent en manière de supplément un dixième d'Hiuo^rp.
tome qui contient une nouvelle et meilleure édition de la
collection liturgique d'Hittorp. Cette édition, qui est pos-
térieure de dix-neuf ans à celle que Ferrari avait publiée à
Rome, à la fin du xvi^ siècle, est la dernière de toutes. Elle
est aussi la plus correcte, principalement pour l'ouvrage
d'Honorius d'Autun, intitulé : Gemma animœ.
(16 10). André Duval, docteur et professeur de Sor- André Duval,
bonne, si connu par sa franche orthodoxie, a publié, en 1 6 1 o, de Sorbonne.
un ouvrage mentionné par EUies Dupin, sous ce titre :
Observations sur quelques livres de l'Eglise de Lyon.
(1611). Claude Villette, chanoine de Saint-Marcel de Claude Viiiette,
Paris, a laissé un ouvrage intitulé : Les raisojisde l'office, sa^inf-Marcef^de
et cérémonies qui se font en V Église catholique, aposto- ^^^'^'
lique et romaine. Ensemble les liaisons des cérémonies du
sacre de nos rois de Errance, et des dou:{e marques uniques
de leur royauté céleste^ par-dessus tous les rois du
7nonde. Ce livre, dont la doctrine est puisée dans les litur-
gistes du moyen âge^ présente un grand intérêt, et a eu plu-
sieurs éditions, tant du format in-4°que du format in- 12.
(1612). Jean Chapeauville, docteur de Louvain, est au- chapea\wiiie,
teur de Touvrage suivant qni a été réimprimé plusieurs , do'^teur
•^ ^ ^ ao. Louvain.
524 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS fois : Tvactatus de necessitate et modo ministrandi sacra-
LITURGIQUES
• ' menta tempore pestis {MaycncQ^ 1612, in-8"). On trouve,
à la fin du second volume de Thistoire des évêques de
Liège, par le même, un traité historique de prima et vera
Origine festivitatis SS. Cojporis et Sangiiinis Christi.
Augustin (161 3}. Augustin de Herrera, jésuite espagnol, a laissé
de Herrera, i « .,• ' ' ^ c< ' •^^ ^ ^
jésuite. deux ouvrages nnportants, imprunes a Seville, dans la
langue nationale, le premier sous ce titre : Del Origen, y
progreso en la Iglesia catholica de los ritos, y ceremo-
nias, que se iisan en el santo sacrijîcio de la Misa (161 3,
in-4°) ; et le second intitulé : Origen,j progreso del oficio
divin, y de sus observancias calholicas, desde el siglo
primero de la Iglesia al présente (1644, in-4°).
Jean-Baptiste (i6i3). Jean-Baptiste de Glano, religieux augustin,
augus^tîn.' docteur de Paris, a composé, au rapport d'Ellies Dupin,
un livre intitulé : Des Cérémonies des principales Eglises
de r Europe.
Joseph visconti (i6i5). Joseph Visconti, connu dans la république des
conservateur i^^^jp^s ^qus SOU nom latinisé de Vicecomes., fut un des con-
bibhothèque servateurs de la bibliothèque- Ambrosienne, fondée à
Ambrosienne. ^ ^ ^
Milan, par Tillustre cardinal Frédéric Borromée. Il a
composé sous le titre d'Obserpationes ecclesiasticœ^ quatre
volumes devenus rares, mais honorés d'une juste célébrité
(Milan, i6i5, 1618^ 1620^ 1626^ in-4°). Le premier traite
des rites du baptême ; le second, de ceux de la confirma-
tion; le troisième, des cérémonies de la messe, et le qua-
trième, des choses à préparer pour célébrer convenable-
ment ce sacrifice.
Jean-Baptiste (1616). Jean-Baptiste Scortia, jésuite génois, a publié
Scortia, jésuite, qu^^j^g livres, de Sacrosancto missœ sacrijicioy qui ont
été imprimés à Lyon, en 1616, in-4% et qui attestent une
science remarquable dans leur auteur.
Pierre Hailoix, (1617). Pierre Halloix, savant jésuite flamand, parmi
jésuite. , , . , . , .V ,. •
ses nombreux écrits, a laisse sur une matière liturgique
l'ouvrage intitulé : Triumphus sacer sanctorum^ sive de
DE LA PREMIÈRE MOfTlÉ DU XVII® SIECLE 525
cœremoniis in reliquiarnm sanctoriim translationibus i partie
. . /TON CHAPITRE XVI
iisiirpatîs. « AntverpiîB » (In-8°). •
(1618). Martin de Alcazar, hiéronymite, est auteur de Martin
,, .... de Alcazar,
louvrage suivant: Katendamim romaniim perpetuum ex hiéronymite.
Bî^epiario et Missali Clemejitis VIII authoritate recogni-
tisj cumfestis quœ generaliter in Hispaniani celebrantur,
in quo ordo recitandi officium diviniim et missas celé-
brandi dilucide exponitiir (Madrid, in-4°). Cet ouvrage
paraît être le premier dans son genre, et précéda de
plusieurs années VOrdo perpetuus de Gavanti.
(16 19). Gaspard Loartes est auteur d^un livre imprimé Gaspard
à Cologne, sous ce titre : De Sacris Peregrinationibus^
Reliquiis et Divitiis (1619, in-4°). Nous ne connaissons
cet auteur et son livre que par Ellies Dupin et Zaccaria.
(1619). Le cardinal Frédéric Borromée, archevêque de Le cardinal
Milan et neveu de saint Charles, outre le Cœremoniale Borromée,
Ambrosiamim^ par lequel il compléta la Liturgie de son ^^^ Miîan.^ ^'
Église, est auteur d'un livre imprimé à Milan, en i632, du
format in-folio, sous ce titre : De Concionante Episcopo,
dans lequel il traite savamment de Tappareil liturgique
qui doit accompagner Tévêque annonçant la parole de
Dieu à son peuple.
(1621). François-Bernardin Ferrari, préfet delà biblio- François
Ferrari préfet
thèque Ambrosienne, a laissé un ouvrage en trois livres de'ià
sur un sujet analogue à celui du cardinal Frédéric Borro- Ambrosienne.
mée, sous ce titre : De Ritu sacrariim ecclesiœ veteris
concionum^ in-4°. Ce livre remarquable a été réimprimé
plusieurs fois. Nous avons encore du même Ferrari, sur
une matière liturgique, sept livres de veterum Acclamatio-
nibus et Plaiisu. 1627, in-4'^. Il y traite en effet des accla-
mations, tant dans les assemblées ecclésiastiques, que dans
les réunions profanes.
(1623). Michel Lonigo, personnage dont nous ignorons MichelLonigo.
les qualités, mais qui paraît avoir exercé les fonctions de
cérémoniaire, a composé un livre curieux intitulé : DelVuso
526 AUTF.URS LTTURGISTBS
INSTITUTIONS dclh pcsti dc sisTuori cardinali, tanto nelle chiese di Roma,
LITURGIQUES ^ , . '
' quanto fiiori. A Venise, in-8°, i623.
Gabriel de (i623). Gabriel de TAubespine, évêque d'Orléans,
évlque"^' liomme d'une grande érudition, a bien mérité de la Liturgie
Orléans. ^^^ ^^^ \\^\:q, de Veteribus Ecclesiœ Ritihus, imprimé à
Paris, in-4% en 1 62 3 ; et par un autre, en français, intitulé:
Ancienne police deVEglisesur l'administration de reucha-
ristieet sur les circonstances de la messe. Paris, in-8°, 1629.
Fortunat (i625). Fortuuat Scacchi, religieux augustin, fut évêque
sacristain de la ^^ Porphyre et sacristain de la chapelle papale. Il est Pau-
'^^Tt^évêque^^^ t^ur d'un bel ouvrage sur les huiles et les onctions sacrées,
de Porphyre, ^^j p^rut à Rome en 1625, in-4°, et a été réimprimé, au .
XVII® siècle, à Amsterdam, du format in-folio. Il porté ce
X\\.\:q.\ Sacrornm Elœochrismatiim 7iîyrothecia tria. Nous
ne parlerons point de l'ouvrage inachevé du même Scac-
chi, sur la canonisation des saints, non plus que d'un cer-
tain nombre de traités de divers auteurs sur le même
sujet, parce qu'ils sont presque exclusivement consacrés au
détail et à la discussion des procédures, et que la partie
liturgique n'y tient qu'une place fort restreinte. Il en est
tout autrement de l'ouvrage de Benoît XIV.
Mutio, capucin. (1626). Mutio, capucin italien, publia à Rome, en 161 2,
un ouvrage intitulé : Tractatus de signijîcatis sacrosancti
sacrifiai missœ^ et un autre, en 1626, sous ce titre : De-
claratio de divinis offîciis et de cœremoniis quœfiiint in
exeqniis defunctorn7n.
Barthéiemi (1628). Barthélemi Gavanti, Milanais, de la congréga-
barnabite. tion des clercs réguliers de saint Paul, appelés aussi barna-
bit es ^ a laissé un nom à jamais célèbre dans les fastes de
la Liturgie. Nous avons vu qu'il fut appelé, par Clé-
ment VIII et Urbain VIII, à faire partie des commissions
que ces deux pontifes formèrent, à trente années d'inter-
valle, pour la révision du bréviaire et du missel. En i632,
il fut désigné par l'archevêque de Milan pour faire à lui
seul les changements, additions et corrections nécessaires
I PARTIE
CHAPITRE XVI
DE LA PREMIERE MOITIE DU XVII^ SIECLE 627
dans le cérémonial de cette grande Eglise. Sa réputation de
liturgiste s'étendit jusqu'en Allemagne et en France. Le
cardinal d'Arach, archevêque de Prague, l'accabla de solli-
citations pour le déterminer à venir régler les cérémonies de
son diocèse : Urbain VIII refusa à Gavanti la permission
de sortir de Rome. Le pape donnait en ces termes le
motif de son refus, dans un bref qu'il adressa au célèbre
liturgiste : Rescribo te, aiictoritate nosira^ unipersœ
Ecdesiœ heneficio, in hreviarii Romani emendatione occic-
patum. Le P. Boudier, savant liturgiste bénédictin, vint
jusqu'à six fois à Rome pour conférer avec Gavanti. Enfin
plusieurs évêques de France le sollicitèrent à leur tour de
passer les Alpes, et de venir travailler à une édition du
pontifical à l'usage des Églises de ce royaume. Il mourut
en i638. Ses principaux ouvrages sur la Liturgie sont:
1° Thésaurus sacrorum rituum, sive Commentaria in
f^ubricas Missalis et Breviarii. Ce livre est trop populaire
pour que nous ayons besoin de nous étendre sur son
mérite. Nous parlerons plus loin de l'édition qu'en a
donnée Merati.
2^ Octavarium romanum. Nous aurons bientôt Tocca-
sion de parler de ce livre. - ,
3° Ordo perpetuus r^ecitandi officium divinwn.
(1620). Louis Gressol, jésuite français, a laissé, sous le Louis Cressoi,
. ^ ^^ ' ' ^ ' . : . . jésuite.
titre de Mjstagogus^ de Sacrorum hominum disciplina
(Paris, in-folio), un livre rempli d'érudition liturgique.
(i63o). Jean Filesac, docteur de Sorbonne, doyen de Jean Filesac,
docteur
cette Faculté, curé de Saint-Jean-en-Grève, fut un homme de Sorbonne.
remarquable par sa profonde érudition sacrée et profane.
On trouve sur certaines questions de la science liturgique,
un grand nombre de détails curieux dans ses divers écrits,
qui ont été recueillis en deux collections, l'une intitulée :
Opéra varia (Paris, 1614, 2 vol. in-8°); l'autre 0/?^r^
selecta (Paris, 1621, 3 vol. in-4''). Cette dernière ren-
ferme, entre autres, les dissertations suivantes : De Cœre-
528 AUTEURS LITURGISTES
INSTITUTIONS monUs ; de Sanctojnim festis diebiis; Sanctorum imagi-
num radiatum capiit ; Baptismi lux et candor ; Funus
pespertinum ; de Cantu Ecclesiœ, etc,
Anaciet Secchi, (i634). Anaclet Secchi, barnabite, est auteur d'un ou-
barnabite. y^r^g^ précieux et souvent réimprimé, sur le chant ecclé-
siastique; il porte ce titre: Hymnodia ecclesiastica^ et a
été imprimé, entre autres éditions, à Anvers, en i634,
in-8°. Il a été depuis traduit en langue italienne.
Pierre Arcudius, (i634). Pierre Arcudius, savant prêtre grec, a laissé un
prêtre grec, ^^y^^ge très-célèbre sur la Liturgie des Grecs comparée
avec celle des Latins, dans l'administration des sacrements.
Il est intitulé : De Concordia Ecclesiœ occidentalis et
orientalis in septem Sacramentorum administratione. Les
premières éditions de Paris sont de lôiget i625, in-4^
Simon Barbosa, (i635). Simon Vaz Barbosa, Portugais, docteur de
portugais. Coïmbre, frère du célèbre canoniste du même nom, est
auteur d'un livre imprimé à Lyon, in-8% en i635, sous ce
titre : Tractatus de dignitate, origine, et significatis
mysteriosis ecclesiasticorum gradimm, officii divini,
vestium sacerdotalium et pont iji cal iiim, atque verborum,
cœremoniarum et aliarum 7-erum pertinentium adsanctis-
simum Missœ sacrijîcium.
MarcDiaz, (i637). Marc Diaz, Portugais, franciscain de Tobser-
observantin. y^nce, fit paraître à Rome, en 1637, un Ordo perpetiius
recitandi officii divini.
Joseph (1637). Joseph de Sainte-Marie, chartreux espagnol, a
d^ SamjJ-Marie, p^bii£ ^ SéviUe, en i637, un ouvrage in-4% sous ce titre :
Sacros ritos y ceremonias baptismales ; et un autre du
même format, en 1642, intitulé : Triunfo del agiia bendita.
Il paraît qu'il avait travaillé aussi sur les exorcismes.
Dominique (i638). Dominique Giacobazzi, dit en latin Jacobatius,a
Giacobazzi. ^Q^iposé le fameux traité de Conciliis^ qui est joint à Tédi-
tion des Conciles de Labbe. On trouve dans cet important
ouvrage, tous les détails nécessaires sur les formes litur-
giques qui doivent être employées dans les conciles.
DE LA PREMIERE MOITIE DU XVII® SIECLE 629
(164 [). Jacques Éveillon, chanoine de Saint-Maurice
d'Angers, fut charge, vers 1620, par Guillaume Fouquet,
son évêque, de la révision du bréviaire et du rituel de ce
diocèse. Il a publié, sur les matières liturgiques, deux ou-
vrages estimés. Le premier est intitulé : De Processionibus
ecclesiastîcis liber. (Paris, in-8% 1641.) Le second a pour
titre : De Recta psallendi ratîone.{L8i Flèche, in-4% 1646.)
(1641). Jean Garcia, franciscain espagnol, publia, à
Lima, en 1641, un ouvrage sous ce titre : Explicacion de
los mïsierios de la misa, y de sus cereinonias.
(1641). Jacques Lobbetius, de Liège, est auteur d'un
volume in-4°, imprimé en cette ville, sous ce titre : De Re-
ligioso templorum cuit 11.
(1642). Dom Hugues Ménard, qui ouvre avec tant de
gloire rimposante liste des savants de la congrégation de
Saint-Maur, fut un liturgiste du premier ordre. Il suffira
de mentionner ici son édition du Sacramentaire de saint
Grégoire, donnée à Paris en 1642, in-4% avec les excel-
lentes notes dont il l'accompagna. On sait que Dom
Denys de Sainte-Marthe n'a pas cru pouvoir mieux
faire que d'admettre tout ce travail de son ancien confrère
dans sa belle édition des œuvres de saint Grégoire le Grand.
(1643). Isaac Habert, docteur de Sorbonne, chanoine
de Paris, puis évêque de Yabres, donna en cette année
une édition de VArchieraticon, ou Pontifical de l'Église
grecque. Il appartient en outre à la bibliothèque des litur-
gistes du xvii^ siècle, par plusieurs hymnes remarquables
par Ponction et la facilité, et qui ont été admises dans la
plupart des modernes bréviaires de France.
(1646). André du Saussay, évêque de Toul, a laissé trois
ouvrages curieux sur les habits sacrés. Le premier, sur
les ornements épiscopaux, est intitulé : Panoplia episco-
palisy seu de sacro episcoporum ornatu. Libri VIL (Paris,
1646, in-folio.) Le second, qui traite de l'habit clérical, a
pour titre : Panoplia clericalis, seu de clcricoruni tonsura
T. I 34
I PARTIE
CHAPITRE XVI
Jacques
Éveillon,
chanoine
d'Angers.
Jean Garcia,
franciscain.
Jacques
Lobbetius.
Dom Hugues
Ménard,
bénédictin de
Saint-Maur.
Isaac Habert,
évêaue
de Vaores.
André du
Saussay, évêque
de Toul.
53o AUTEURS LIÏURGISTES
INSTITUTIONS et habitu. Libri XV. (Paris. 1640, in-folio.) Le troi-
LITURGIQUES .^ . ^
sième, enfin, a pour objet les vêtements sacrés du prêtre,
sous ce titre : Panoplia sacerdotalis, seii de venerando
sacerdotum habitu, Libri XIV. (Paris, i653, in-folio.)
Du Saussay est encore auteur d'un livre sur le chant
ecclésiastique, publié à Toul, in-8% en 1657, et intitulé:
Divina doxologia, seu sacra glojHJî candi Deum in Iiymnis
et canticis methodiis, et d'un autre qui a pour titre : De
sacro ritu prœferendi crucem majoribiis prœlatis ecclesiœ
libellus. 1628, in-8".
Jacques Goar, (1647). J^^ques Goar, dominicain, s'est rendu à jamais
célèbre dans les fastes de la Liturgie, par son édition de
VEucologion des Grecs, avec une traduction latine et des
notes savantes. L'ouvrage fut imprimé à Paris, en 1647,
in-folio.
Léon Aiiatius. (1648). Léon Allacci, en latin Allatius^ Tun des plus
savants littérateurs italiens du xvii^ siècle, était né de parents
grecs. Il eut la charge de bibliothécaire du Vatican, et a
laissé beaucoup de travaux destinés à faire connaître la
Liturgie des Grecs modernes. Nous citerons, entre autres,
les dissertations de Dominicis et hebdomadibus recentiorum
Grœcorum; de Missa prœsanctijîcatoriini, et de commu-
nione orientalium sub specie unica, que Ton trouve à la
suite de l'excellent traité de Ecclesiœ occidentalis et orienta-
lis perpétua consensione. (Paris, 1648, in-4".) Allacci a
laissé aussi un traité de Libris ecclesiasticis Grœcorum
(Cologne, 1645, in-8°); un autre, de Templis Grœcorum
recentioribus, de Narthece Ecclesiœ veteris et de Grœco^
rum quorumdam ordinationibus (Cologne, 1 646, in-8°), etc.
Michel Bauidry, (1646). Michel Bauldrv, bénédictin de l'ancienne obser-
bénédictin. ' ^ . ,,«-.,,•
vance, grand prieur de Maillezais, a acquis une juste célé-
brité tant en France qu'à l'étranger, par son excellent
Manuale sacrarum cœremoniarum juxta ritum sanctœ Ro-
jnanœ ecclesiœ, in quo omnia quœ ad usum omnium cathe-
draliiim, collegiatarum, parochialium, sœcularium et
DE LA PREMIERE MOITIÉ DU XVII® SIECLE 53 1
7^es:îilarium ecclesiariim pertinent, accuratissime trac-- ^ partie
C" r "> CHAPITRE XVI
tantnr. (Paris, 1646, iii-4°.) Cet ouvrage, fruit des
travaux d'un simple particulier, a obtenu six éditions, et
la pratique qui y est exposée avec une clarté admirable a
été adoptée par tous les auteurs qui, depuis, ont écrit sur
les cérémonies romaines. Bauldry rédigea aussi le Cérémo-
nial de la congrégation de Saint-Maur, à la prière des su-
périeurs de ce corps illustre : il y fit entrer une grande
partie de son Manuel^ qu'il adapta aux usageà claustraux,
et porta cet ouvrage à une grande perfection.
(1649). Marc-Paul Léo ne nous est connu que par Zac- Marc-Paul Léo,
caria, qui mentionne avec un grand éloge un livre publié
par cet auteur, à Rome, en 1649, ^^^^ ^^ ^i^re : De aucto-
ritate et iisu pallii pontifiai .
Nous terminerons ce chapitre par les remarques sui- Conclusions.
vantes :
1° Durant la première moitié du xvii^ siècle, TEglise
universelle se reposa dans Tunité liturgique.
2° L'Eglise de France commença de ressentir les pre-
mières atteintes d'une réaction contre la liberté de la Li-
turgie. Cette réaction provenait des influences de la magis-
trature séculière.
3° En même temps qu'elle protestait, mais en vain,
contre les entreprises de la magistrature, l'Assemblée
de i6o5 donna le premier exemple d'une entreprise contre
le Missel de saint Pie V.
4° Rome continua de déterminer, avec une imposante
solennité, les formes générales de la Liturgie, et l'Occi-
dent tout entier se montrait attentif et docile à ses pres-
criptions.
532 RITUEL ROMAIN DE PAUL V
INSTITUTIONS
LITURGIQUES
NOTES DU CHAPITRE XVI
NOTE A
PAULUS PAPA V,
AD PERPETUAM REI MEMORIAM.
Apostolicae Sedï per abundantiam divinae gratiae, nullis sufFragantibus
meritis, praepositi, Nostrœ sollicitudinis esse intelligimus, super univer-
sam Domum Dei ita invigilando intendere, ut opportunis in dies magis
rationibus provideatur, quo, sicut admonet Apostolus, omnia in ea
honeste, et secundum ordinem fiant, praecipue vero quae pertin^t ad
Ecclesiae Dei sacramentorum administrationem, in qua religiose obser-
vari apostolicis traditionibus, et SS. Patrum Decretis constitutos ritus
et cœremonias pro nostri officii debito curare omnino tenemur. Quam-
obrem feL rec. Pius Papa V, Praedecessor noster, hujus nostri tune
sui officii memor, ad restituendam sacroruni rituum observationem in
sacrosancto missae sacrificio, divinoque officio, et simul ut catholica
Ecclesia in Fidei'nnitate, ac sub uno visibili capite B. Pétri successore
Romano pontifice congregata, unum psallendi et orandi ordinem, quan-
tum cum Domino poterit, teneret, breviarium primum, et deinde missale
Romanum, multo studio et diligentia elaborata pastorali providentia
edenda censuit. Cujus vestigia eodem sapientiae spiritu secutus similis
memorias Clemens Papa VIII, etiam Praedecessor noster, non solum
episcopis, et inferioribus Ecclesiae praelatis accurate restitutum Pontifi-
cale dédit, sed etiam complures alias in cathedralibus et inferioribus
ecclesiis caeremonias promulgato Caeremoniali ordinavit. His ita consti-
tutis, restabat, ut uno etiam volumine comprehensi, sacri et sincerl
catholicae Ecclesiae ritus, qui in sacramentorum administratione, aliis-
que ecclesiasticis functionibus servari debent, ab iis qui curam anima-
rum gerunt apostolicae Sedis auctoritate prodirent, ad cujus voluminis
praescriptum, in tanta ritualium muJtitudine, sua illi ministeria tan-
quam ad publicam et obsignatam normam peragerent, unoque ac fideli
ductu inofFenso pede ambularent cum consensu. Quod quidem jampri-
dem agitatum negotium, postquam generalium Conciliorum graece lati-
neque divina gratia editorum opus morari desivit, sollicite urgere nostri
muneris esse existimavimus. Ut autem recte et ordine, ut par erat, res
ageretur, nonnuUis ex Venerabilibus Fratribus nostris S, R. E. Cardina-
libus/ pietate, [doctrina et prudentia prîEstantibus, eam demandavimus,
qui cum consilio eruditorum virorum, variisque praesertim antiquis et
quœ circumferuntur, Ritualibus consultis, eoque in primis, quod vir
BRÉVIAIRE MONASTIQUE DE PAUL V 533
singulari pietatis zelo, et doctrinae bonce memoriae Julius Antonius S. R. i partie
E. Gard. S. Severinas nuncupatus, longo studio, multaque industria et chapitre xvi
labore plenissimum composuerat, rebusque omnibus mature consideratis,
demum divina aspirante clementia, quanta oportuit brevitate, Rituale
confecerunt. In quo cum receptos et approbatos catholicae Ecclesias ritus
suo ordine digestos conspexerimus, illud sub nomine ritualis Romani
merito edendum publico Ecclesiae Dei bono judicavimus. Quapropter
hortamur in Domino Venerabiles Fratres Patriarchas, Archiepiscopos, et
Episcopos, et dilectos Filios eorum Vicarios, necnon Abbates, Parochos
universos, ubique locorum existentes, et alios, ad quos spectat, ut in
posterum tanquam ecclesiae Romanae filii, ejusdem Ecclesiae omnium
matris et magistrae auctoritate constituto rituali in sacris functionibus
utantur, et in re tanti momenti, quae catholica Ecclesia, et ab ea pro-
batus usus antiquitatis statuit, inviolate observent.
Datum Romae apud S. Mariam Majorem, sub Annulo Piscatoris, die
17 Junii M DG XIV. Pontificatus Nostri anno X.
NOTE B
PAULUS PAPA V,
AD FUTURAM REI MEMORIAM.
Ex injuncto nobis desuper apostolicae servitutis officio ad ea libenter
intendimus, per quae piis monachorum ordinis sancti Benedicti, qui
in Ecclesia Dei singulari quodam splendore refulgent votis consulitur,
prout in Domino conspicimus salubriter expedire. Cum itaque, sicut
accepimus, dilecti filii procuratores générales monachorum militantium
sub régula sancti Benedicti ad reformationem sui ordinis Breviarii, et
aliorum librorum ecclesiasticorum choralium deputati, post diuturnos
et multos labores, Breviarium, et libros hujusmodi reformaverint, eaque
reforrnatione praestiterint, ut ordinis praedicti religiosi in posterum
uniformi ritu Horas canonicas recitaturi, et sacrificium laudis cum con-
sensu Altissimo immolaturi sint, cum antehac diversa officia peragerent;
Nos laudabile consilium hujusmodi plurimum commendantes, et omnes
ejusdem ordinis religiosos ad Breviarium, et libros chorales, ut prae-
fertur, reformatos, unanimiter recipiendos, in Domino hortantes, et opus
hujusmodi quantum cum Domino possumus, promovere cupientes, ut
Breviarii, et librorum praedictorum editio emendatior, et fidelior pera-
gatur, etc. Gaeterum ut praedicti religiosi ad Breviarium, et libros cho-
rales, ut praefertur, reformatos, unanimiter recipiendos eo alacrius indu-
cantur, quo spiritualibus etiam donis se magis refectos esse compererint,
etiam providere volentes : omnibus et singulis praedictis religiosis, ut
Breviarium hujusmodi sic reformatum recitando, eadem privilégia,
gratias, et indulgentias, ac peccatorum remissiones consequantur, quae
534 RÉVISION DU BRÉVIAIRE ROMAIN
INSTITUTIONS fcl. rcc. Pius Papa V, prsedecessor noster recitantibus breviarium Roma-
LiTURGiQUEs j^^j^ conccssit, auctoritate et tenore praedictis indulgemus. Non obstante
nostra de non concedendis indulgentiis ad instar, et aliis constitutio-
nibus^ et ordinationibus apostolicis, ac quibusvis statutis, et consuetu-
dinibus, etiam juramento, confirmatione apostolica, vel quavis firmitate
alia roboratis, privilegiis quoque, indultis, et litteris apostolicis in
contrarium praemissorum, quomodolibet concessis, confirmatis, et inno-
vatis, ceterisque contrariis quibuscumque. Volumus autem ut praesentium
transsumptis, etiam in ipsis libris impressis, manu alicujus Notarii
publici subscriptis, et sigillo personae in dignitate Ecclesiastica consti-
tutœ munitis, eadem prorsus fides adhibeatur, quœ praesentibus adhibe-
retur, si forent exhibitae vel ostensae.
Datum Romae apud S. Marcum, sub Annulo Piscatoris, die 1 Octobris
M DG XII. Pontificatus nostri anno VIII.
NOTE G
URBANUS PAPA VIII
AD PERPETUA M REI MEMORIAM.
Divinam Psalmodiam sponsae consolantis in hoc exilio absentiam suam
a sponso cœlesti, decet esse non habentem rugain, neque maculam ;
quippe cum sit ejus Hymnodiae fîlia, quas caaitur assidue ante Sedem
Dei et Agni, ut illi similior prodeat, nihil, quantum fieri potest, praeferre
débet, quod psallentium animos, Deo ac divinis rébus, ut convenit,
attentos, avocare alio ac distrahere possit : qualia sunt, si quae interdum
in sententiis aut verbis occurrant non tam apte concinneque disposita,
ut tantum tantique obsequii ac ministerii opus exigeret. Quae causac
quondam impulere summos Pontifices prosdecessores nostros felicis
memoriae Pium hujusce nominis quintum, ut breviarium Romanum
incertis per eam œtatem legibus vagum, certa, stataque orandi methodo
inligaret, et Glementem VIII, ut illud ipsum lapsu temporis, ac typo-
graphorum incuria depravatum, decori pristino restitueret. Nos quoque
in eamdem cogitationem traxere et sollicitudo nostra erga res sacras,
quas primam et optimam partem muneris nostri censemus, et piorum
doctorumque virorum judicia et vota, conquerentium in eo contineri
non pauca, quae sive a primo nitore institutionis excidissent, sive incho-
ata potius quam perfecta forent ab aliis, certe a Nobis supremam imponi
manum desiderarent. Nos itaque huic rei sedulam operam navavimus,
et jussu nostro aliquot eruditi et sapientes viri suam serio curam contu-
lerant, quorum diligentia studioque perfectum opus est, quod gratum
omnibus, Deoque et sanctae Ecclesiae honorificum fore speramus : siqui-
dem in eo Hymni (paucis exceptisj qui non métro, sed soluta oratione^
aut etiam rhythmo constant, vel emendatioribus codicibus adhibitis,
PAR LE PAPE URBAIN VJII 535
vel aliqua facta mutatione ad carminis et Latinitatis leges, ubi fieri i partie
CHAPITRE XVI
potuit, revocati; ubi vero non potuit, de integro conditi sunt ; eadem
tamen, quoad licuit, servata sententia. Restituta in Psalmis et Canticis
interpunctio editionis Vulgatae, et canentium commoditati, ob quam
eadem interpunctio mutata interdum fuerat, additis asteriscis consul-
tum. Patrum Sermones et Homiiiae coUatae cum pluribus impressis edi-
tionibus et veteribus manuscriptiS; ita multa suppleta, multa emendata,
atque correcta. Sanctorum Historiae ex priscis et probatis auctoribus
recognitae. Rubricae detractis nonnullis, quibusdam adjectis, clarius et
commodius explicatae. Denique omnia magno et longo labore diligenter
accurateque ita disposita et expolita^ ut quod erat in votis, ad optatum
exitum perductum sit. Cum igitur tanta tamque exacta doctorum homi-
num industria, ne plani in irritum recidat, requirat typographorum
fidem, mandavimus dilecto filio Andreae Brogiotto, Typographiae nostrae
apostolicae Praefecto, procurationem hujus Breviarii, in lucem primo
edendi; quod exemplar, qui posthac Romanum breviarium impresserint,
sequi omnes teneantur. Extra Urbem vero nemini licere volumus idem
Breviarium in posterum typis excudere, aut evulgare, nisi facultate in
scriptis accepta ab Inquisitoribus haereticae pravitatis, siquidem inibi
fuerint, sin minus, ab locorum Ordinariis. Quod si quis quacumque
forma contra praescriptam, breviarium Romanum aut typographus im-
presserit, aut impressum bibliopola vendiderit, extra ditionem nostram
ecclesiasticam excommunicationis latas sententiae pœnae subjaceat, a qua
nisi a Romano pontifice (praeterquam in mortis articulo constitutus)
absolvi nequeat; in aima vero Urbe, ac reliquo Statu ecclesiastico com-
morantes quingentorum auri de Caméra, ac amissionis librorum, et typo-
rum omnium eidem Camerae applicandorum pœnas, absque alia declara-
tione irremissibiliter incurrant; et nihilominus Breviaria sine praedicta
facultate impressa, aut evulgata, eo ipso prohibita censeantur. Inquisitores
vero, locorumque Ordinarii facultatem hujusmodi non prius concédant,
quam Breviarium tam ante, quam post impressionem cum hoc ipso exem-
plari, auctoritate nostra vulgato, diligenter contulerint, et nihil in iis
additum detractumque cognoverint. In ipsa autem facultate, cujus exem-
plum in fine aut initio cujusque Breviarii impressum semper addatur,
mentionem manu propria faciant absolutae hujusmodi collationis, reper-
taeque inter utrumque Breviarium conformitatis, sub pœna Inquisitoribus
privationis suorum officiorum, ac inhabilitatis ad illa, et alia in posterum
obtinenda ; Ordinariis vero locorum suspensionis a divinis, ac interdicti
ab ingressu Ecclesiae; eorum vero Vicariis privationis officiorum et bene-
ficiorum suorum, et inhabilitatis ad illa, et alia in posterum obtinenda,
necnon excommunicationis absque alia declaratione incurrendae. Sub
iisdem etiam prohibitionibus et pœnis comprehendi intendimus et volu-
mus ea omnia, quse a breviario Romano ortum habent, sive ex parte, sive
in totum; cujusmodi sunt Missalia, Diurna, Officia parva beatce Virginis,
Officia majoris Hebdoniadae, et id genus alia, quas deinceps non impri-
536 RÉVISION DU BRÉVIAIRE PAR URBAIN VIU
INSTITUTIONS mantur, nisi pi^aevia illorum, et cujuslibet ipsorum in dicta typographia
LITURGIQUES per eumdem Andream impressionem, ut omnino cum Breviario de man-
dato nostro edito concordent. Injungimus autem Nuntiis nostris ubique
locorum degentibus, ut huic negotio diligenter invigilent, cunctaque ad
praescriptum hujus voluntatis nostra^ confici curent. Nolumus tamen his
litteris Breviaria, et alia praedicta, quae .impressa sunt hactenus, prohiberi,
sed indemnitati omnium consulentes tam typographis et bibliopolis ven-
dere, quam ecclesiis, clericis, aliisque retinere^ atque lis uti apostolica
benignitate permittimus et indulgemus. Non obstantibus licentiis, indultis
et privilegiis Breviaria imprimendi quibuscumque typographis per Nos,
seu Romanos pontifices praedecessores nostros hue usque concessis, quae
per praesentes expresse revocamus, et revocata esse volumus ; necnon
constitutionibus, et ordinationibus generalibus, et specialibus in contra-
rium praemissorum quomodocumque editis, confirmatis et approbatis,
Quibus omnibus, etiamsi de illis, eorumque totis tenoribus specialis,
specifica, et expressa mentio habenda esset, tenores hujusmodi praesen-
tibus pro expressis habentes, hac vice dumtaxat specialiter, et expresse
derogamus_, caeterisque contrariis quibuscumque. Volumus autem, ut
praesentium litterarum nostrarum exemplaribus, etiam in ipsis Breviariis
impressis, vel manu alicujus Notarii publici subscriptis, et sigillo ali-
cujus personae in dignitate ecclesiastica constitutae munitis, eadem
prorsus fides adhibeatur, quae ipsis praesentibus adhiberetur, si essent
exhibitae vel ostensae.
Datum Romae apud S. Petrum, sub Annulo Piscatoris, die vigesima
quinta Januarii, M DC XXXI. Pontificatus nostri Anno VIII.
FIN DES NOTES DU SEIZIEME CHAPITRE.
TABLE DU PREMIER VOLUME
Pag.
Brefs de Notre Saint-Père le Pape Vii
Préface de cette nouvelle édition xxv
Épître dédicatoire LXVII
Préface de l'auteur I^xix
Chapitre Premier
Notions préliminaires 1
Chapitre II
Importance de l'étude de la Liturgie 6
Chapitre III
État de la Liturgie au temps des Apôtres 16
Notes du Chapitre III
A. Passage de Tertullien, de Corona militis, c. m, énumérant un
grand nombre de rites d'institution apostolique 40
B, Témoignage semblable de saint Basile, de Spiritu Sancto,
c. XXVII 40
c. Les rites communs à toutes les Liturgies et qui ne sont pas de
l'essence du sacrifice, sont d'institution apostolique. Bona
Rerum liturgicar., 1. I, c. vi 4 j
D. Les Apôtres ont dû se servir de Liturgies différentes, selon les
lieux où ils se trouvaient. Lesleus, in Missale Moi^ar. prcef.
n. 161, not Al
E. Description d'une assemblée des fidèles par saint Luc.
Act. XX, 7-11 . j
538 TABLE DES MATIERES
F. Le sacrifice de la messe aux temps apostoliques, d'après saint
Proclus de Constantinople, de Traditione divinœ liturgice . . ..... 42
G. Formes diverses de la prière liturgique, d'après saint Augustin,
Epist. CXLIX, ad Paulinum 42
Chapitre IV
De la Liturgie durant les trois premiers siècles de
TÉglise , 43
Notes du Chapitre IV
A et B^ Raisons qui ont déterminé le choix des heures canoniques
de la prière, exposées par les Constitutions apostoliques, 1. VIII,
c. XXXIV, et saint Cyprien, de Oratione dominica.. , 76
C et D. Description des assemblées chrétiennes, par saint Justin, *
Apologia, n°* 67 et 65 77
E. Prières des martyrs extraites de leurs Actes 78
F. Hymne de Clément d'Alexandrie au Sauveur 79
G. Tertullien détourne les chrétiennes d'épouser des païens, à
cause de la difficulté qu'elles auraient par suite de semblables
unions à pratiquer les observances liturgiques et extérieures de
leur religion. Ad Uxorem, 1. II, c. m, iv, v, vi 80
H. Passage de saint Cyprien, de Oratione dominica, dont les nova-
teurs du xvii^ et du xviii^ siècle ont abusé pour établir leur
théorie de l'usage exclusif de l'Écriture sainte dans la Liturgie. 80
Chapitre V
De la Liturgie, dans l'Église en général, au IV^ siè-
cle 82
Notes du Chapitre V
A. Description de la basilique de Tyr, par Eusèbe, Hist. eccles.,
1. X, c. IV • ii3
B. Description de la basilique du Saint-Sépulcre, par le même,
Vita Constantini, 1. III, c. xxxiv-xxxix 1 1 5
C. Dons offerts par Constantin à la basilique de Latran, d'après le *
Liber pontificalis 116
D. Ornements donnés par saint Sylvestre au Titre d'Equitius qu'il
avait bâti. Liber pontificalis 117
E. Le chant alternatif introduit dans l'Église de Constantinople,
par saint Jean Chrysostomc, pour détourner les fidèles des assem-
blées des ariens, Sozomène, Hist. eccles., 1. VIII, c. viii 117
TABLE DES MATIERES 539
F. Saint Augustin décrit l'émotion produite sur son âme par ce
chant alternatif, lorsque saint Ambroise l'institue à Milan,
Confession, 1. IX, c. vi et vu 1 18
G. Hymne de Prudence décrivant la fête des saints apôtres Pierre
et Paul à Rome 1 1 8
Chapitre VI
De la Liturgie durant les V® et VP siècles. Premières
tentatives poLir établir l'unité 121
Notes du Chapitre VI
A. Les formules de la prière liturgique témoignent d'une manière
irréfragable de la foi de l'Église, saint Célestin, Epist. XXI,
et saint Augustin, Epist. CCXVII, ad Vitalem 1 52
B. Canon du quatrième Concile de Tolède décrétant l'unité
liturgique pour toute l'Espagne et la partie de la Gaule sou-
mise à la domination des Visigoths i52
C. Lettre du pape saint Innocent I^r à Décentius, évéque d'Eu-
gubium, réclamant la conformité aux usages liturgiques de
Roine, en vertu du droit patriarcal du siège de Pierre, sur tous
ceux de l'Occident 1 52
D. Décret du pape saint Gélase sur la lecture des Actes des
martyrs durant l'office divin 1 53
Chapitre VII
Travaux de saint Grégoire le Grand sur la Liturgie
romaine, 154. — Progrès de cette Liturgie dans l'Occi-
dent, 166. — Auteurs liturgistes du VIP et du VHP
siècle, 174.
Note du Chapitre VII
Lettre de saint Grégoire à Jean, évêque de Syracuse, en réponse
à ceux qui accusent le saint Pape de sacrifier les anciennes cou-
tumes de l'Eglise romaine à celles de l'Eglise de Constantinople. 182
Chapitre VIII
Digression sur l'histoire des autres Liturgies d'Occident :
Ambrosienne, 184, — Africaine, 19i2, — Gallicane, 193,
— Gothique et Mozarabe, 195, — Britannique, 205,
— et Monastique, 206.
540 TABLE DES MATIERES
Notes du Chapitre VIII
A. Lettre de saint Charles Borromée, réclamant contre la per-
mission accordée par le Pape au gouverneur de Milan de faire
célébrer devant lui la messe selon le rite romain 210
B. Poëme de saint Venance Fortunat, évêque de Poitiers, décrivant
une fête dans l'église de Paris au temps de l'évêque saint
Germain 211
C. Canon du quatrième Concile de Tolède, décrétant que l'on
doit conserver les hymnes dans l'office divin 212
Chapitre IX
Autre digression : sur l'histoire des Liturgies orientales ;
— G-recque melchite, 214; — Copte, Éthiopienne,
Syrienne, Arménienne, pour la secte monophysite, 219;
— Copte, Syrienne, Arménienne unies, 221 ; — Maro-
nite, 221 ; — et Chaldéenne, pour la secte nesto-
rienne, 222.
Chapitre X
Abolition de la Liturgie gallicane. Introduction de la
Liturgie et du chant de l'Église romaine en France, 232,
— Première origine de la Liturgie romaine-fran-
çaise, 244. — Modifications introduites dans le chant, 248.
— Auteurs liturgistes des IX^ et X^ siècles, 2o5.
Notes du Chapitre X
A et B. Passage des Livres caroîins attestant que Pépin a substitué
la Liturgie romaine à la Liturgie gallicane dans ses États, et que
Charlemagne a achevé son œuvre 264
C. Invectives de Jean Diacre contre les chantres francs et germains,
Vita S. Gregor., 1. Il, c. vu 264
D. Récit du moine d'Angoulême sur les efforts de Charlemagne
pour rendre au chant ecclésiastique la pureté grégorienne 265
E. Le pape Adrien II inventeur des Tropes, au dire d'un con-
tinuateur du Liber pontificalis 266
F. Lettre de Charles le Chauve au clergé de Ravenne, déclarant
qu'il faut suivre la Liturgie romaine de préférence à toute autre. 266
TABLE DES MATIERES 641
Chapitre XI
Abolition du rite gothique ou mozarabe en Espagne,
268. — Travaux de saint G-régoire VU sur la Litur-
gie, 281. — Formation du rite romain-français, 284.
— Progrès du chant ecclésiastique, 291 . — Auteurs
liturgistes des XI^ et Xir siècles, 294.
Notes du Chapitre XI
A. Lettre de saint Grégoire VII à Alphonse VI, roi de Castille, et
à Sanche IV, roi de Navarre, demandant la substitution de la
Liturgie romaine à celle de Tolède 3 1 5
B. Lettre de saint Grégoire VII à l'évêque Siméon, sur le même
sujet 3i5
G. Récit de l'historien Rodrigue sur les épreuves du duel et du
feu, auxquelles furent soumises les deux Liturgies romaine et
mozarabe 3 1 6
D. Décret de saint Grégoire VII, sur la lecture des saintes Ecritures. 3 1 7
E. Lettre de saint Bernard à Guy, abbé de Montier-Ramey, sur la
composition liturgique 3 18
Chapitre XII
Révision de l'Office romain par les franciscains, 320.
— Bréviaire des dominicains, des carmes, etc., 325.
— Propagation de la Liturgie romaine-française,
327. — Office du Saint-Sacrement, 332. — Carac-
tère du chant ecclésiastique, au XIII^ siècle, 335.
— Auteurs liturgistes de cette époque, 338.
Chapitre XIII
Altération de la Liturgie et du chant, durant les XIV^ et
XV^ siècles. Nécessité d'une réforme, 345. — Léon X.
Clément VII. Paul III. Hymnaire de Ferreri et Bré-
viaire de Quignonez, 353. — Burchard et Paris de
Grassi, 370. — Auteurs liturgistes des XIV® et
XV' siècles, 374.
Notes du Chapitre XIII
A. Bulle Docta sanctorum de Jean XXII, contre les innovations en
matière de chant ecclésiastique 38o
542 TABLE DES MATIERES
B. Epître dédicatoire au pape Paul IIIj placée par Quignonez comme
préface en tête de son Bréviaire 38 1
C. Censure du Bréviaire de Quignonez par la Faculté de théologie
de Paris 385
D. Nouvelle épître au pape Paul III, servant de préface à la
seconde édition du Bréviaire de Quignonez 386
Chapitre XIV
De l'hérésie antiliturgique et de la réforme protestante
du XVF siècle, considérée dans ses rapports avec la
Liturgie, 388.
Chapitre XV
Réforme catholique de la Liturgie, 408. — Travaux de
Paul IV, de Pie IV et du Concile de Trente, 409. —
Saint Pie V. Bréviaire romain. Missel romain, 414.
— Introduction de la Liturgie réformée en Italie, en
Espagne, en France et dans le reste de l'Occident, 426.
— Réforme de la musique d'église. Palestrina et la
messe du pape Marcel II, 455. — Grégoire XIII. Réforme
du calendrier. Martyrologe romain, 461. — ■ Sixte-
Quint. Institution de la congrégation des Rites, 464. —
Clément VIII. Pontifical romain. Cérémonial des évo-
ques, 466. — Auteurs liturgistes du XVr siècle, 471.
Notes du Chapitre XV
A. Bulle Quod a nobis de saint Pie V publiant le Bréviaire
romain 484
B. Bulle Quo primum tempore de saint Pie V publiant le Missel
romain 487
C. Lettre de la Faculté de théologie de Paris au Chapitre de
Soissons, censurant le Bréviaire nouvellement imprimé pour
cette église, 24 juillet 1 529 490
D. Censure du Bréviaire d'Orléans, par la même Faculté,
I er mars 1 548 490
E. Délibération du Chapitre de Paris pour le maintien de la
Liturgie particulière de cette église, 2 mai 1 583 491
F. Consultation de quelques docteurs de la Faculté de théologie
de Paris sur le projet de substituer la Liturgie romaine
réformée au rite parisien 492
G. Extrait de la bulle Immensa de Sixte-Quint, contenant l'insti-
tution de la congrégation des Rites. ..>.♦..*.* 495
TABLE DES MATIERES 548
H. Extrait du bref Cum in Eccîesia de Clément VIII, statuant les
précautions qui doivent être employées à l'avenir pour assurer
la correction des nouvelles éditions du Bréviaire romain 496
Chapitre XVI
De la Liturgie durant la première moitié du XVir siè-
cle. — Zèle de l'épiscopat français pour la Liturgie
romaine, 498. — Réaction de la puissance séculière, 499.
— Travaux des Pontifes romains sur la Liturgie.
Paul V publie le Rituel romain, 507, et le Bréviaire '
monastique, SU. — Urbain VIII. Correction des hym-
nes. Révision du bréviaire et du missel, M 5. — Insti-
tution de fêtes nouvelles, 519.-- Auteurs liturgistes de
cette époque, 521.
Notes du Chapitre XVI
A. Bv^i Apostolicœ sedi de Paul V publiant le Rituel romain 532
B. Bref Ex injuncto nobis de Paul V publiant le Bréviaire
monastique , coo
C. Bref Divinam psalmodiant d'Urbain VIII publiant l'édition du
Bréviaire romain corrigé par ses soins 534
FIN DE LA TABLE DU PREMIER VOLUME.
Le Mans. — Typographie Edmond Mouuoyer
BRIGHAM YOUNG UNIVERSITY
3 1197 21073 6317
mfm
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